Shot 9
Du côté de Yuya
C'était une après-midi calme qui se dessinait pour Yuya et Kyo. Assise à la table à manger, la chasseuse de primes revenait tout juste de la pharmacie et préparait ses herbes contraceptives pour les prochains jours. Le couple n'avait plus rediscuté du sujet « bébé » depuis la question de la jeune femme, il y a plusieurs semaines. Son attitude comme celle de Kyo n'avait pas changé. Ce qui s'était passé dans leur chambre était un épisode clos, en tout cas pour le moment. La jeune femme savait que sa question était osée et n'en voulait absolument pas au démon pour la réaction qu'il avait eue.
Il n'était pas prêt et elle pouvait attendre, tout simplement.
« Arrête-les. »
La blonde tourna son regard vers l'homme aux yeux rouges et se figea. Il était adossé à l'un des murs de leur entrée et l'observait attentivement. Kyo venait de revenir de deux jours d'un « week-end entre mecs » comme aimait le dire Yukimura. Le concept du « week-end entre mecs » avait le mérite d'être simple : passer la moitié du week-end à se battre et l'autre moitié du week-end à boire. Ni plus, ni moins.
Et à en juger par l'état du démon, ils se battaient encore il y a peu, Kyo ayant de multiples blessures, les vêtements déchirés et une fine couche de sueur visible de là où était Yuya.
Les yeux de la chasseuse de primes s'assombrirent. Elle déglutit à la vision qu'il lui offrait… avant de reprendre ses esprits. Sérieusement, comment je peux encore le trouver sexy dans un état pareil ?!
« Kyo… Assied-toi, je vais chercher la trousse à pharmacie et je te soigne ».
Elle se rendit immédiatement dans leur salle de bain, profitant de ce court laps de temps pour se ressaisir. D'abord le soigner. Ensuite aviser. Elle eut le temps de se rendre compte qu'elle n'était même pas allée l'accueillir comme il se doit. Bordel, elle avait immédiatement eu envie de lui.
Lorsqu'elle revint dans la pièce principale, il s'était installé sur la chaise où elle était une minute plus tôt. Elle prit donc celle à côté de lui et commença à lui retirer son kimono afin de pouvoir le soigner correctement. L'homme se laissa faire, sans lâcher du regard la chasseuse de primes qui se sentit rougir. Elle avait visiblement les hormones en ébullition. S'il continuait à la regarder comme ça, elle allait avoir du mal à se concentrer pour le soigner et elle aurait droit à son sourire arrogant pour le reste de la journée.
Hors de question.
« Arrête-les. »
La jeune femme le regarda.
« A ton avis, je fais quoi là ? Laisse-moi quelques minutes pour te soigner, je ne m'appelle pas Akari. »
- Ce n'est pas de ça que je parle, Planche à Pain, rétorqua aussitôt l'homme aux yeux rouges.
- Qu'est-ce que je dois arrêter alors ? répondit la jeune femme dans l'incompréhension la plus totale, stoppant momentanément ses soins. »
Yuya eut l'impression de vivre la scène au ralentit. Elle suivit le regard de Kyo lorsqu'il dévia sur les herbes qu'elle avait laissées sur la table. Elle se figea une minute, peut-être deux, prenant la mesure de ce qu'il était en train de lui faire comprendre. Mais avait-elle bien compris ?
Elle le regarda ébahi.
Il la regardait toujours, un demi-sourire étant apparu sur ses traits.
« Tu…. Tu veux dire que… »
La demoiselle se releva, les jambes tremblantes.
« Nous allons être parents ? »
Leur regard ne se lâchèrent pas : ni lorsque Kyo se releva, ni lorsqu'elle se retrouva bloquée contre la table, entre les bras du démon.
« J'espère que tu es prête Planche à Pain, répondit Kyo en souriant narquoisement, parce que nous allons devoir faire de l'exercice physique. Beaucoup d'exercice physique. »
Le cerveau de la blonde n'avait pas encore repris son fonctionnement normal alors que le démon continuait de se rapprocher d'elle, la faisant maintenant se pencher en arrière.
Mais Yuya n'aurait pas été Yuya si son sens de la répartie n'était pas aussi aiguisé. Aussi la réponse fusa presque immédiatement :
« Kyo, tu ne peux pas être romantique plus de deux minutes, IMBECILE ! »
L'histoire ne s'attardera pas sur la vitesse à laquelle la chasseuse de primes se fit plaquer contre la table de la salle à manger, ni la vitesse à laquelle elle répondit en mettant les jambes autour de la taille de son homme aux yeux rouges.
*…*…*
Du côté de Tokito
Tokito était perdue. Oh pas perdue géographiquement mais complètement paumée intérieurement. Alors qu'elle avançait en direction du territoire des Mibu, elle ne pouvait ôter de sa tête les souvenirs de ces deux derniers jours. En deux jours, elle avait été jetée par l'homme dont elle avait eu la mauvaise idée de tomber amoureuse… Et Akari avait trouvé un moyen de lui redonner son vrai corps, en ayant trouvé un remède à la maladie de la mort, jusqu'à présent incurable. Toute cette situation avait de quoi lui donner le tournis.
Suite à l'annonce de la tempête aux cheveux roses, Tokito s'était décidée à partir immédiatement pour le territoire des Mibu malgré les tentatives de Yuya de la retenir. Quel intérêt avait-elle à rester ? La situation ne serait que plus gênante si elle attendait le retour des deux hommes. Elle était la seule atteinte de la maladie de la mort. Kyo et Yuya avaient une vie de couple à vivre et Akira… Akira avait décidé de ne pas faire partie de la sienne.
Après tout, c'est moi qui suis Akira depuis plus de trois ans… Ça n'a jamais été l'inverse.
Une larme coula le long de la joue de la jeune femme qui se reprit immédiatement. Elle ne pleurerait plus pour lui. Aujourd'hui, elle marchait vers sa guérison. Et le chemin était encore long pour pouvoir rejoindre le territoire des Mibu.
Cela faisait plus de 6 heures que Tokito marchait à travers la forêt d'Aokigahara lorsqu'elle sentit l'atmosphère changer et son corps réagir. Le traître.
Il approchait. Il serait bientôt là.
Inutile de chercher à comprendre comment elle le savait. Elle le savait. Aussi sûrement qu'elle savait qu'il n'y avait que deux solutions : prendre les devants et se retourner pour le confronter, ou attendre qu'il se lasse et ne le fasse de lui-même. Autrement pourquoi l'aurait-il suivi jusqu'ici ?
Elle essaya de calmer les battements frénétiques de son cœur. Le traître aussi. Elle se détestait de réagir comme ça. Mais puisqu'elle avait décidé de continuer sans lui et qu'il était pourtant, quelques heures plus tard, à quelques dizaines de mètres d'elles, elle se décida à l'attendre. Autant choisir le moment de la confrontation, au lieu de le repousser.
Elle prit le temps de se refermer complètement. Ses yeux du cœur ne devineraient pas son trouble. Plus jamais. Pour lui, elle redeviendrait la glaciale quatre sages du clan Mibu. Elle avait passé la plupart de sa vie sous cette couverture. Elle y était plus que rodée.
Elle ne manifesta aucune émotion à l'apparition du roux. Toute sa concentration était focus sur le maintien de son foutoir intérieur, ne demandant qu'à exploser pour former un bordel complet. Pourquoi le voir accoudé à l'arbre me donne envie de lui sauter dessus ?
« Alors comme ça, on s'émancipe Tokito ? »
La jeune femme l'observa plus attentivement. De vilaines traces de coup pris par Kyo un peu partout sur le corps, de la sueur sur le front, aucun bagage avec lui. Visiblement, le départ avait été précipité.
« C'est toi qui me suis maintenant ? »
« Tu pars sans même me dire au revoir ? »
Les répliques avaient fusé au même moment. Il l'observait. Elle restait impassible. Il était la seule personne à laquelle elle avait réussi à s'ouvrir. Cet homme, à une dizaine de mettre d'elle, était aujourd'hui sur la défensive.
Tant mieux.
Il ne semblait pas savoir comment réagir à son mutisme.
Tant mieux.
La jeune femme fut prise d'un fou rire qui résonna longuement dans la forêt. Akira ne bougeait toujours pas. Il ne fallait pas se méprendre. Dans la situation actuelle, Tokito était inapprochable. Son aura massacrante ne laissait aucune ouverture et le Hokutoshichisei fermement tenu dans sa main droite était prêt à trancher toute personne ayant la mauvaise idée de s'approcher trop prêt.
« C'est incroyable hein Akira ? Ce qui peut se passer en deux jours ? »
Elle le vit commencer à s'avancer.
« Pourquoi venir ici ? Les Mibu n'ont pas besoin de toi. Et je n'ai pas besoin de toi. »
La jeune femme se retourna. Elle ne vit pas l'homme derrière elle froncer les sourcils en observant le dos de Tokito continuer d'avancer sans se retourner.
« Tu avais pourtant besoin de moi hier encore. »
Elle sentit tout son maintien voler en éclat au seul souvenir des évènements de la nuit précédente. Le roux eut à peine le temps de parer qu'il fut projeté violemment en arrière contre l'arbre sur lequel il était accoudé quelques minutes auparavant. Il se releva aussitôt avant de l'attaquer. Elle para sans difficulté mais n'émit aucune réponse à sa pique précédente.
« Alors dis-moi Tokito, c'est à ça que ça se résume ? Je te dis « non » et tu t'enfuies comme une gamine mal élevée ? »
Le hurlement de la blonde résonna lui aussi pendant de longues minutes. Il voulait la faire vriller, il avait réussi. Elle ne voulait pas répondre. Elle allait simplement se défouler. Tokito se perdit complètement dans l'échange de coups de sabre. Les blessures ne l'atteignaient pas, ni lorsqu'elles la concernaient, ni lorsqu'elles le concernaient. Elle le mordit férocement lorsqu'il la désarma une première fois et la plaqua de son bras gauche contre l'arbre le plus proche.
Elle voulait qu'il ait mal. Ce qui comptait se résumait à défouler toute sa frustration, sa colère, sa peine et son amour au principal responsable de la situation. L'homme en face d'elle encaissait les coups bien mieux que lors de leur combat plus de trois ans plus tôt. Lorsqu'il réussit à la maitriser dans ses bras, elle se déchaîna, menaçant de se transpercer de son sabre pour le tuer lui. Il la projeta alors violemment au sol et vint la chevaucher.
Elle ne réussit pas à se dégager, le corps d'Akira sur le sien dans une tentative réussie de l'immobiliser.
« Putain Akira, lâche-moi !
- Si je te lâche, tu ne t'enfuiras pas ?
- Tu ne comprends pas ? J'arrête de te suivre. Je vais retrouver mon vrai corps et parcourir le monde. Tu n'as pas ta place là-dedans. »
Le temps sembla se figer alors que la blonde cherchait à se libérer par tous les moyens.
« Tu ne ressens donc rien pour moi ?
- Non.
- Ce n'est pas ce que tu disais hier soir.
- Tu n'as aucune idée de ce que je disais hier soir. Je vais t'oublier. Je vais rencontrer un homme, un vrai.
- Donc tu ressens quelque chose pour moi ?
- Mais quel con ! Lâche moi Akira, jura la blonde en se démenant pour sortir de l'étau de cet homme.
- Laisse-moi te rappeler ce que tu ressentais hier soir. »
Tokito n'eut pas le temps de comprendre les événements. Une bouche impérieuse vint s'écraser sur la sienne. Sa respiration s'accéléra alors qu'elle tenta de repousser Akira à la force de ses bras. Maigre force pour une femme si en colère quelques minutes plus tôt. Tokito ne put que constater les frissons incontrôlables qui la parcoururent. Le baiser déclencha en elle une vague de fusion qu'elle ne chercha pas à contrôler. Sa main droite précédemment armée de son sabre se retrouva rapidement dans les cheveux du roux, l'autre autour de ses épaules.
Elle ne réagit pas lorsqu'il la releva pour la plaquer contre un arbre. Au contraire, ses jambes se retrouvèrent autour de la taille du roux en un temps record. Ils ne se séparèrent que lorsque le souffle leur manqua. Mais très vite, les questions reprirent le dessus.
« Akira, commença Tokito.
- Il n'y aura aucun autre homme que moi ».
L'histoire ne s'attardera pas sur le temps que les deux individus mirent avant de se remettre en route, ensemble, pour le territoire des Mibu. Le temps perdu avait besoin d'être rattrapé.
Fin du Shot 9.
Tout d'abord... MEILLEURS VŒUX POUR 2019 à tou(te)s !
Neliia, Taqasim, Andouille cuite, un grand merci pour vos reviews ! Merci également à tous les lecteurs du premier jour ou plus récents. Vous avez répondu présent à mon retour dans l'écriture et c'est très motivant.
Bonne lecture à tous !
A bientôt pour le 10ème et dernier Shot de cette fiction.
