Source : Exonerated By Thecouchcarrot
Hellooo people !
Nous voici en route pour le chapitre 11 qui suit directement le chapitre 10, soooo... enjoy !
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Pendant ce temps
L'hiver s'est installé pour de bon avec sa vague de froid mordante dès la première semaine de décembre ainsi que ses arbres nus, frêles et sombres se projetant dans le ciel grisâtre. Pas de neige, seulement des pluies glaciales et de la grêle, du verglas sur les routes accompagnée d'une épaisse couche de givre sur chaque pare-brise. Le seul avantage à ce temps pourri, c'est de pouvoir servir d'excuse à la recherche du confort. Des trois planques que Dean et Cas se sont faites cette semaine, deux d'entre elles se sont soldées par un retour à la maison, le chauffage à fond dans la voiture, et un roupillon à deux sur le canapé. La troisième aurait dû se terminer de la même manière mais pour une raison inconnue, aucun des deux n'a réussi à trouver le sommeil, donc après quelques heures à se pelotonner sous la couverture devant un marathon NCIS, ils ont chacun regagné à contrecœur leur lit respectif.
En somme, tout bien considéré, le froid n'est pas une si mauvaise chose.
En ce samedi après-midi, néanmoins, Dean se trouve dans une situation assez délicate. En tant normal, il se serait contenté d'appeler Sam et de lui demander un coup de main. Seulement, celui-ci n'est pas fichu de décrocher son téléphone, et maintenant il doit fait appel à des mesures extrêmes.
« Allô ? »
« Hé, Amélia. C'est Dean. Tu sais où est Sam ? »
« Il est encore au bureau, je crois… »
« Merde. D'accord, donc il a coupé son téléphone. »
« Tu peux appeler à son bureau. »
« Nan, c'est pas… si important. Merde, je me demande si Bobby est chez lui… »
« …Est-ce que j'peux faire quelque chose pour t'aider ? »
« … »
« Ou, sinon, je suis sûr que Sam sera à la maison – »
« T'y connais quelque chose toi en cuisine ? En bonbon, plus précisément ? »
« Euhm, je m'y connais un peu, ça dépend, c'est quoi le problème ? »
« Cas va revenir de la bibliothèque d'une minute à l'autre et j'ai fait ces espèces de caramels et – merde. Ok, laisse-moi t'expliquer depuis le début. »
« D'accord… »
« J'ai jamais fait de caramels de ma vie. J'ai jeté un œil à la liste d'ingrédients et je me suis dit que ce serait facile. De la crème, du sucre, du sirop de maïs et paf – t'as ton caramel. Et tout se passait très bien, vraiment, jusqu'à ce que je décide de verser le caramel fondu sur une plaque recouverte de papier sulfurisé parce que ça relève de la logique et du bon sens, puis j'ai mis la plaque au frigo. Seulement il se trouve que quand tu verses du caramel chaud sur du papier sulfurisé… »
« …ça le fait fondre. »
« Les caramels sont complètement collés au papier. J'ai essayé de les couper et de les décoller du papier, mais c'est pire que d'essayer de gratter une étiquette autocollante. »
« Hmmm… wow, euh… laisse-moi réfléchir. Ermmm… bon c'est juste une idée comme ça mais, et si t'utilisais un sèche-cheveux ? »
« Un sèche-cheveux ? »
« Ouais, utilise-le pour réchauffer le caramel et faire fondre le papier. »
« … ça pourrait marcher. »
« Essaie voir et tiens-moi au courant. »
« Attends – Amélia. »
« Ouais ? »
« J'ai pas de sèche-cheveux. »
« … »
« … »
« J'arrive tout de suite. »
[…]
En tant normal, Dean se serait contenté de manger son caramel enrichi en papier sulfurisé ou encore de jeter le tout à la poubelle. Mais la seule raison pour laquelle il se donne tant de mal, c'est pour surprendre son platonique de mes deux de colocataire et inaugurer la saison des fêtes d'un homme qui a vécu noël derrière les barreaux pendant ces six dernières années. Et si tout n'est pas absolument parfait, alors ça ne sera jamais assez bien pour Cas. C'est pourquoi il laisse présentement la petite amie de son frère y jeter un œil curieux alors même que, pas plus tard que la semaine dernière, il discutait avec son petit copain, du fait qu'elle soit probablement en train de le larguer, tout ça dans le fol espoir de sauver un tant soit peu ces foutus caramels.
Ouais.
Amélia examine le bloc de caramel et branche son sèche-cheveux. Sa longue chevelure sombre et frisée est tirée en arrière, et à l'évidence, elle porte des vêtements décontractes – un vieux T-shirt gris miteux, un jean avec une poche trouée, et des tennis dégueulasses. Elle soulève le sèche-cheveux et hausse les épaules. « Ça coûte rien ! »
Dean regarde anxieusement l'appareil bourdonner d'air chaud et se diriger vers le bloc de caramel, réchauffant la pâte doucement mais sûrement. Pendant qu'Amélia augmente la chaleur, il tire avec précaution sur le coin du papier sulfurisé.
Celui-ci commence à se décoller.
« Ça marche ! » s'exclame Dean. « Putain ouais ! »
« Je suis un génie, » jubile Amélia. « Je devrais recevoir un award pour cette trouvaille digne de MacGuyver. »
En tout juste quelques minutes, ils réussissent à décoller tout un pan de caramel et Cas reste toujours nulle part en vue. Ils se tapent tous les deux la main, prennent chacun un couteau et commencent à couper le caramel en petits carrés, le silence se réinstallent entre eux.
Au bout d'une minute, Dean décide de faire quelque chose de stupide. « Hé, Amélia. »
Celle-ci est concentrée sur sa tâche, découpant des carrés droits et réguliers. « Oui, Dean ? »
Dean repose son couteau. « Est-ce que tu as parlé à Sam récemment ? »
Amélia marque une brève pause, la prise plus ferme sur sa lame.
Elle reprend son découpage, les yeux rivés sur le caramel. « Non, » avoue-t-elle. « Je fais tout pour l'éviter, à vrai dire. »
Dean soupire. « Ecoute, je sais que ça me regarde pas – »
« En effet, » approuve Amélia.
« Mais il faut que tu lui parles. Il a besoin d'une explication. »
Amélia s'immobilise à nouveau, puis elle repose son couteau. Son regard se pose sur celui de Dean. « Et qu'est-ce que je fais si d'emblée je sais que l'explication que je vais lui fournir ne suffira pas ? »
« Tu peux pas le savoir, » réplique Dean. « Pas avant de la lui avoir donné. »
« Je le sais, » murmure-t-elle, les yeux voilés. « Je le sais déjà. »
Un nœud rempli d'appréhension se forme dans la poitrine de Dean, et il se force à prononcer ces mots. « Amélia, si tu n'aimes pas Sam, tu dois le lui dire. »
Amélia se passe une main devant les yeux et secoue la tête. Elle prend une profonde inspiration et se racle la gorge, essayant de retrouver son calme. Elle lève ensuite les yeux au plafond et laisse échapper un petit rire chargé d'amertume. « C'est tout le contraire, en fait. »
Dean fronce les sourcils. « Qu'est-ce que tu veux dire ? »
« Je veux dire que… » Amélia crispe ses mains et cligne rapidement des yeux, la voix étouffée et saccadée. « Si je l'aimais moins, je serais incapable de le laisser partir. »
Dean s'approche d'elle et baisse d'un ton. « Amélia… »
« S'il te plait. » Elle s'empare de son sèche-cheveux. « Je n'ai plus envie d'en parler. »
Elle enroule le cordon autour du sèche-cheveux avant de s'éclipser, récupérant son sac au passage et s'éloignant au volant de sa Subaru alors que Dean l'observe depuis la fenêtre de la cuisine.
[…]
Dean est étalé de tout son long sur le canapé, passant en revue des clichés des caméras de surveillance lorsque Cas rentre finalement à la maison. Il entend la porte d'entrée s'ouvrir et lance par-dessus son épaule. « Hé, comment c'était à la bibliothèque ? »
Un court silence lui répond.
« Bien, » finit par lâcher Cas.
« T'aurai dû m'appeler quand tu voulais rentrer, » dit Dean en tournant la tête pour le regarder. « J'aurai pu venir te… chercher… »
Cas tire une tête de déterré. Il a le regard creux, le visage défait et les épaules affaissés comme s'il avait été trucidé sur place.
Dean se relève précipitamment du canapé. « Mec, qu'est-ce qu'il s'est passé? »
« Rien, » répond platement Cas. « Je n'ai pas trouvé les livres que je voulais. »
« Merde, mec, faut pas que tu le prennes aussi mal, » dit Dean. « T'as qu'à te les mettre de côté ou un truc dans le genre. »
Cas hoche la tête, ne remarquant même pas le sapin dans le coin de la pièce, et se dirige d'un pas lourd vers la cuisine.
Dean se précipite dans son sillage, puis se niche entre Cas et la porte, le souffle court en essayant d'adopter un air détaché. « Hé, alors, pendant que t'étais pas là, j'avais un peu de temps libre, et euh, j'ai préparé quelque chose. Pour toi. »
Cas cligne des yeux.
Dean s'avance dans la cuisine et s'empare de la boite aux rayures rouges posée sur le comptoir. Il tente vainement de ne pas rougir d'embarras lorsqu'il la tend maladroitement vers Cas en bredouillant, « J'veux dire, j'ai pensé que, puisqu'on est en décembre, genre y'a les vacances qui arrivent, et les gens normaux font ce genre de conneries, enfin bref si tu les aimes pas t'es pas obligé de les manger, et de toute façon ils sont sûrement à chier donc désolé pour – »
Castiel ouvre la boîte et jette un œil à l'intérieur, surpris. « Des caramels. »
« Ouaip. » Dean enfonce ses pouces dans ses poches et se balance d'un pied à l'autre. « Dooooonc. Voilà. »
Cas pose la boite sur la table de la cuisine et glisse un des carrés dans sa bouche. Tout en le mâchant, il tourne à nouveau le regard vers Dean. « T'as fait des caramels ? »
Dean hausse les épaules. « Une grande première. »
Cas acquiesce. « C'est bon. » Il essuie pensivement sa main sur son pantalon.
Dean sourit. « Content de te l'entendre dire. »
Cas ramasse le couvercle de la boîte, et pendant un moment, il le scrute sans bouger. Il le repose délicatement au-dessus des caramels, puis sans lever le regard, il souffle lentement, « C'est vraiment très attentionné de ta part. »
Dean sait qu'il doit être écarlate, et il a abandonné l'idée de s'en défaire. « J'essaie seulement de me mettre…dans l'ambiance. » Il agite la main en direction du salon. « J'ai aussi mis un sapin, j'ai pensé que demain on pourrait se trouver quelques guirlandes lumineuses… »
Les doigts de Cas s'attardent sur le métal, ses pouces caressant la surface lisse. Lorsqu'il reprend la parole, son regard demeure rivé sur la boîte, la voix sombre et étouffée. « Dean, il faut que je te demande quelque chose. »
Le ton de sa voix laisse transparaître une note à l'aspect inquiétant. Dean s'adosse contre le plan de travail et le dévisage. « Balance. »
« Depuis combien de temps tu… » La main de Cas se rabat sur la boîte, et ses joues se creusent lorsqu'il les aspirent. « Depuis combien de temps tu sais pour moi ? »
Dean fronce les sourcils. « Que je sais pour toi quoi ? »
Une teinte rosée apparaît dans la nuque de Cas, et il continue d'examiner attentivement la boîte. « A propos de ma sexualité. »
Dean ouvre la bouche pour poser une question mais n'arrive pas à trouver les mots.
« Je sais que t'as dû le découvrir après le procès, » poursuit Cas, continuant d'éviter son regard. « J'en aurai entendu parlé s'ils avaient voulu le prendre en compte dans les preuves. »
« Cas, » réussit à dire Dean, « je ne vois pas du tout de quoi tu parles. »
La teinte rosée se propage jusqu'aux joues de Cas. « Quand as-tu découvert que j'étais bisexuel ? »
Ahhhhhhh.
Dean se sent à la fois soulagé et terrorisé, à la fois étourdi et les pieds sur terre. Tout à coup, l'amer terrain inconnu de l'impossible s'amenuise et le monde tel qu'il le connaissait devient étrange et sauvage. Ce sentiment énigmatique comprimé dans son cœur a enfin une identité, un nom, une couleur brillant vivement, ardemment et dangereusement.
« Jamais, » dit-il. « J'en savais rien. »
Cas tourne brusquement la tête vers Dean, les sourcils férocement dressés.
« Je pensais – » Dean sent sa peau s'embraser de l'intérieur, rouge de honte. « Je croyais que t'étais hétéro, à l'exception de, du, enfin peu importe ce que c'est que cet espèce de truc entre nous. Je croyais que c'était…la raison pour laquelle…tu ne voulais pas. Ça. »
Cas ne fait que froncer un peu plus les sourcils. « Mais si tu n'étais pas au courant, » dit-il, « pourquoi tu m'as embrassé ? »
Dean déglutit et enfourne profondément les mains dans ses poches. « Cas, j'avais bu. J'ai pas réfléchi. J'ai seulement – pris ce que je voulais. J'ai pas pensé à ce que toi tu voulais. J'veux dire, après, j'y ai réfléchi, j'ai eu l'impression que peut-être tu le voulais aussi mais sur le moment – j'en avais aucune idée, et je m'en fichais. »
Cas continue de le fixer, continue de froncer les sourcils de confusion, continue d'être partagé entre ce qu'il croyait et ce qu'il entend.
Dean s'humidifie les lèvres et finit par avouer, « Au fond, c'était la chose la plus égoïste que j'ai pu faire. »
Cas détourne le regard, la bouche pincée et les yeux rivés au sol.
Puis il se rapproche, pose une main sur l'épaule de Dean, et demande, « Tu te sens coupable à cause de ça, pas vrai ? »
Dean s'esclaffe discrètement. « Ah, tu me connais trop bien. »
« Et si moi je faisais quelque chose d'égoïste… » Les yeux de Cas sont braqués sur les siens, sérieux et contenus. « Est-ce que ça remettrait les compteurs à zéro ? »
Le cœur de Dean tambourine violemment contre sa cage thoracique. Il peut sentir l'endroit où Cas a posé sa main s'alourdir et se réchauffer, chaque parcelles de sa peau clairement conscientes du moindre centimètre de celle de Cas, et il répond alors, « Oui. J'imagine que oui. »
Lentement, délibérément, Cas se penche et presse sa bouche contre celle de Dean, l'embrassant tendrement, fermement, avec retenu. Dean ferme les yeux et répond à son baiser, glissant ses mains sur la taille de Cas, inclinant la tête pour un meilleur angle, bougeant ses lèvres contre les siennes, soufflant contre sa peau, léchant ses lèvres, les effleurant à peine du bout des dents, et s'abandonnant au plaisir grandissant qui le stimule encore et encore et encore.
Et subitement le froid s'empare de ses lèvres.
Cas se recule, étudiant attentivement son visage avec une sorte de douce amertume subsistant dans le regard. « Là, » murmure-t-il. « On est quitte. »
« C'est tout ? » souffle Dean, un sourire légèrement agité lui tiraillant le coin de la bouche. « C'est tout ce à quoi j'ai droit ? »
Cas prend une profonde inspiration, et fait passer ses bras autour de Dean. Il pose sa tête sur son épaule et soupire. « Oui. Je suis désolé. »
Dean enroule ses bras autour de Cas et ils restent appuyés contre le plan de travail, dans les bras l'un de l'autre, silencieux, incomplets et refusant de se lâcher.
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A suivre...
