Source : Exonerated By Thecouchcarrot
Hallo les gens !
Nous voici en route pour le chapitre 13 qui suit directement la dispute entre Dean et Jody du chapitre précédent.
Je suis contente de voir que cette histoire vous plait toujours, de même que découvrir de nouveaux lecteurs me ravie autant que l'auteur (à qui je fais régulièrement parvenir l'ambiance ressentie par son histoire), donc Merci pour elle !
Enjoyez !
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Dans la voiture, la radio déverse sa musique pour y noyer les réflexions silencieuses de l'habitacle. Le chemin du retour est long et pesant.
Cas finit par prendre la parole. « J'apprécie notre travail. »
Dean le zyeute brièvement.
« J'aime bien avoir quelque chose à faire, » continue Cas, en regardant par la fenêtre. « Ça me donne une raison d'être. Puis j'aime bien travailler avec toi. »
Dean fixe la route et crispe ses mains sur le volant.
« Je pense que tu as eu raison de refuser cette mission. » Il peut sentir Cas réorienter son regard, le dardant en lui traversant la peau. « Mais j'aimerai que l'on continue de travailler pour Jody, si possible. »
« Je suis désolé, » grommelle Dean. « Je fais toujours tout foirer. »
Cas tend sa main et lui tapote le bras. « Je sais. »
Le silence bat la mesure.
« C'était une blague, » dit Castiel. « Je plaisantais. »
« Ce n'était pas une blague, » riposte Dean. « Tu penses que je foire tout ! »
« C'est une affirmation très universelle. »
« Donc tu l'admets ! »
« Tu es généralement compétent dans la plupart des domaines – »
« Compétent ! Dans la plupart des domaines ! Wow, Cas, arrête avec la flatterie – »
« – mais tu as une certaine tendance à exacerber tes désaccords. »
« Je suis trop sanguin, c'est ça que t'es en train de dire ? »
« Oui. »
« De toutes les choses ridicules – »
Ils s'arrêtent devant la maison tout en continuant à se chamailler. Dean gare la voiture mais laisse le moteur tourner. « Il est bientôt 5 heures, » dit-il. « Va récupérer tes bouquins que j'te dépose chez Becky... »
[…]
Jody ne sait pas trop quoi dire à Bobby
Elle finit par prendre une décision, « On s'est disputé. Dean et moi. »
Bobby est occupé à dévorer son ragoût de poulet, enchaînant les cuillerées les unes après les autres aussi vite que possible, mais devant l'hésitation de ses mots, il suspend ses gestes. Il lève le regard de son bol. « C'est grave ? »
Jody soupire. « Rien qui ne puisse s'arranger autour d'une bonne tarte aux pommes, » admet-elle, « mais... on s'est enflammé bien comme il faut. »
Bobby ne lui demande pas de précisions quant à qui a dit quoi. Il ne le fait jamais. Il fonce toujours droit au cœur du problème. « C'était la faute à qui ? »
« La sienne ! » répond Jody de façon indignée. Puis elle grogne et pose sa tête entre ses mains. « D'accord, surtout la mienne, mais...il est tellement têtu, Bobby ! Il n'a aucune idée d'à quel point je m'efforce juste de l'aider. »
« Peut-être qu'il le sait, » suggère Bobby. « Peut-être qu'il ne veut pas qu'on l'aide. Tu ne peux pas sauver quelqu'un qui ne veut pas être sauvé. »
Jody fronce les sourcils et croise les bras. « Conneries. »
Bobby ricane. « Et après c'est Dean le têtu. »
« Hé, si je vois un mec sur une corniche et que je peux pas lui faire entendre raison, j'vais pas me contenter de le laisser sauter, » dit Jody. « J'vais l'attendre en bas avec un trampoline. C'est pas parce que lui décide de laisser tomber que moi je vais le laisser tomber également. »
Bobby la scrute pendant un moment, avec cette expression de sagesse qui présage toujours quelque chose que Jody n'a pas envie d'entendre. « Alors vas-y, chérie, » dit-il. « Sors ton trampoline. Prépare-toi seulement à ce qu'il remonte sur cette corniche le jour d'après, et le jour d'après, et le jour d'après. »
Jody plisse les yeux.
Bobby repart à son ragoût. « Excellent ce dîner. »
« C'est que du ragoût, » grommelle-t-elle. « Un enfant de trois ans aurait pu le faire. » Elle pioche dans son propre bol, et doit admettre que... en effet, c'est sacrément bon.
Ce n'est que dix minutes plus tard qu'ils entendent quelqu'un toquer à la porte.
Jody se recule de sa chaise. « Ah, je te le donne en mille. »
« Soit pas trop dur avec lui. »
Jody l'ignore et piétine jusqu'à la porte.
Comme elle s'y attendait, Dean winchester se tient sur leur véranda, les pieds tournés vers l'intérieur, penaud, et malgré ses quelques centimètres de plus qu'elle, ayant l'air d'un pauvre petit garçon désemparé.
« Hé, Jody, » la salue-t-il. « Je viens juste de déposer Cas à son club de lecture, et vu que j'étais dans le voisinage... »
Jody hausse un sourcil. « Le club de lecture ? C'est pas un truc de bonne femme ça ? »
« C'est – c'est Cas ayant du temps pour Cas, » rétorque Dean, sur la défensive. « Lui il a le club de lecture, moi j'ai le stand de tir, et ça nous permet à tous les deux de souffler un peu, alors est-ce que tu peux juste – » Il secoue la tête en agitant la main. « Merde, non. Je pars du mauvais pied. Jody, je suis venu pour m'excuser. Je suis désolé d'avoir réagi comme un connard. »
Jody sent un petit pincement au cœur, une pointe de compassion qu'elle étouffe en courbant l'échine. « Tu sais, Dean, » commence-t-elle d'une voix dure, « ça m'a vraiment foutu en rogne, la façon dont tu m'as parlé au bureau. Je sais que tu as été mon supérieur il n'y pas si longtemps que ça, et que je ne serai jamais aussi proche de toi que Bobby, mais – »
« Non, t'avais raison, » l'interrompt sérieusement Dean. « Tu fais partie de la famille, Jody. Je sais que t'essaies simplement de m'aider. Je le sais. Et je sais que... » Il déglutit péniblement en fixant ses pieds. « Quand j'ai été dépassé par les événements, j'ai pris la fuite. Et je t'ai tout laissé sur le dos. C'était pas juste, et...je comprends pourquoi t'es en colère. Tu en as tout les droits. »
La pointe de compassion se transforme en une véritable flaque. Elle en retient la majeure partie mais une infime quantité parvient à s'en échapper malgré tout, quantité qu'elle essaie d'éponger par le biais de ses dernières forces. « Je te demande pas de te racheter, » lui dit-elle calmement, sincèrement. « Je te demande seulement de m'aider. »
Elle peut voir les émotions s'escrimer sur le visage de Dean, l'hostilité évidente, le conflit gravée sur les lignes de sa mâchoire, et la ride marquée entre ses deux sourcils. « Je suis désolé, » répond-t-il, « mais crois-moi quand je te dis que...je ne peux pas. »
Jody soupire.
Elle le croit, sincèrement. Malheureusement, qu'importe les conflits personnels de Dean, il y a un trafic de drogue en pleine expansion dans le comté qui est sous sa responsabilité depuis ces neuf derniers mois, et elle se retrouve avec les journalistes, les présentateurs ainsi que les mères angoissées sur le dos. Elle a conduit ses hommes à l'épuisement en essayant de coincer ce trafic, et le seul instrument qu'elle n'a pas encore utilisé se tient debout devant elle et lui soutient qu'il est inutile. Et d'une certaine manière, elle est sensée l'accepter sans sourciller.
A l'époque où Dean était le Shérif, Jody se demandait comment ce gamin arrivait à tenir le coup. Depuis qu'il s'est retiré, elle a réalisé à quel point il passait son temps à faire comme s'il tenait le coup. Le magicien d'Oz derrière son rideau, avec ses illusions et ses tours de passe-passe, dissimulé derrière un flash et une colonne de fumée pour couvrir ses nuits blanches à l'instar de l'ivresse de son verre.
Ce n'est pas la faute de Dean. Jody doit seulement être une meilleure magicienne.
« Je comprends, Dean, » lui dit Jody. « Et je ne t'embêterai plus avec ça. C'est juste tellement dur de te voir sur le banc de touche quand j'ai tant besoin de toi sur le terrain. » Elle se frotte le coude. « J'imagine que c'est le prix à payer quand on est le big boss. »
Dean acquiesce, il acquiesce avec compassion. « Boulot merdique, hein ? »
Jody sourit sarcastiquement. « Complètement merdique. Mais faut bien que quelqu'un le fasse. »
Ils se tiennent tous les deux sur le seuil en se dévisageant l'un l'autre.
« Entre donc, » dit-elle. « J'ai fait du ragoût de poulet. »
Dean redresse le menton et plisse les yeux de suspicion. « Alors comme ça... tu connais mon point faible. »
Jody ricane. « La bouffe est le point faible de tous les hommes. »
« Est-ce que vous avez bientôt fini de jacasser ? » retentit la voix de Bobby depuis l'autre pièce. « Vous faites du courant d'air ! »
Jody roule des yeux et Dean passe la porte. Puis très vite, ils sont attablés autour d'un dîner, à discuter de banalités, dans cette ambiance dégagée telle que les choses devraient toujours l'être.
[…]
Deux heures plus tard, Castiel salut toutes ses bonnes femmes et se glisse dans le siège passager à côté de Dean.
« Bien amusé ? »
Cas sourit et lisse la couverture rigide de son livre. « J'aime beaucoup Jane Eyre. »
Dean va pour ricaner, puis se retient et essaie de le dissimuler derrière une quinte de toux.
Cas tourne son regard vers lui.
« Super, » dit Dean. « C'est super. »
« C'est un très bon livre, » déclare sérieusement Cas. « Tu devrais le lire avant de t'en moquer. »
« C'est juste pas vraiment mon truc, » réfute Dean. « Je suis pas tellement branché... littérature pour femme. »
Cas hausse les sourcils et son visage s'assombrit. « Ce n'est pas de la littérature pour femme. C'est un livre écrit par une femme. Il y a une nette différence. »
« Très bien, très bien ! » Dean lève une main en signe d'abandon.
Cas le fixe durant un moment. « Tu sais, tu me fais un peu penser à un des personnages. »
Dean fronce les sourcils. « Tu veux dire que Batman est dans ce bouquin ? »
Castiel ignore son commentaire. « Lors de son enfance, Jane est envoyée dans un pensionnat pour jeunes filles, » continue-t-il. « Là-bas, ils lui disent que les filles désobéissantes sont envoyées en enfer. Quand le directeur demande à Jane si elle veut aller en enfer, elle lui dit que non. Puis il lui demande comment elle va faire pour échapper à un tel destin. Après y avoir réfléchi, elle lui répond... "En restant en bonne santé pour ne pas mourir."»
Dean ne peut s'empêcher d'en rire.
Cas sourit tout en tournant son regard vers la fenêtre. « Je trouvais que ça ressemblait à quelque chose que t'aurai pu dire. »
« Ouais, » avoue Dean. « Je te l'accorde. »
« Mais ce que je trouve vraiment intéressant, c'est la partie dans le château de Thornfield Hall, » ajoute Cas. Il est d'humeur bavarde, apparemment. Dean ne l'a jamais entendu parler autant de son club de lecture.
D'un autre côté, Dean ne lui pose jamais de questions.
« Jane doit aller travailler au château de Thornfield Hall, et elle tombe amoureuse du maître des lieux, Monsieur Rochester. Pendant un moment, il semble que le destin ainsi que leur situation sociale ne cessent de les séparer, et puis finalement, Monsieur Rochester lui fait sa demande. Ils sont sur le point de marier, mais... » Cas baisse les yeux sur le livre reposant sur ses genoux, une légère ride d'inquiétude lui barrant le front. « Il se passe des choses à Thornfield. Des choses obscures, et secrètes. Aussi heureuse que Jane et Rochester devraient l'être, quelque chose ne va pas. Il y a des signes. Des présages. Rochester agit étrangement. Jane fait des rêves déconcertants... » Cas s'interrompt, son pouce glissant sur la reliure, perdu dans ses pensées. Ses yeux sont focalisés sur la couverture et semblent pourtant ailleurs, quelque part entre la contrée perdue et l'introspection. Ses lèvres sont légèrement entrouvertes, comme s'il avait oublié la suite de son discours.
Dean s'arrête à un feu et tapote la jambe de Cas. « Soit pas si perturbé, vieux, » dit-il. « C'est juste un bouquin. Je suis sûr que tout va bien se passer. »
Cas garde les yeux rivés sur la couverture de Jane Eyre, incapable de s'extirper de ses pensées pour rejoindre le monde des vivants.
Le feu passe au vert et Dean démarre à nouveau. « Je me suis arrêté chez Bobby, » dit-il à Cas. « J'ai parlé à Jody. Je pense qu'on a mis les choses au clair tous les deux. »
« Bien. »
« Je sais pas toi, mais moi je suis quand même content d'en avoir terminé avec l'affaire Yuri. Un peu de temps libre ne serait pas du luxe... »
« Pour passer tes journées devant ta console ? » demande Cas.
« Je ne fais pas que jouer ! » proteste Dean. « Je fais aussi des... foutues... maquettes de voiture et d'autres trucs. »
Cas arque les sourcils.
« J'en fais, » insiste Dean. « Juste pas...récemment. »
Les sourcils de Cas se haussent davantage.
« La ferme, » claque Dean. « T'es juste jaloux. »
Cas se tourne pour plonger son regard à travers la vitre, un petit sourire en coin lui étirant la joue.
« J'ai dit la ferme, » gronde Dean.
Cas ne rajoute rien, mais c'est tout comme.
Et Dean a de la chance d'être en train de conduire sinon il aurait probablement fait quelque chose de stupide comme épingler Cas contre un mur pour lui arracher ce sourire moqueur des lèvres en y apposant les siennes. Et le fait même que Dean se rende compte que ce cas de figure puisse être une possible marche à suivre lui donne le tournis tout comme il lui assèche la bouche. Dès lors, il préfère arrêter d'y penser.
Ils s'engagent dans l'allée, les pneus de l'Impala crissant au-dessus du gravier. A la lueur des ténèbres hivernales, la maison est magnifique – les traditionnelles guirlandes lumineuses de Noël suspendues le long du toit, des reliques que Dean a retrouvé perdues au fond de la cave. La nuit a recouvert le toit d'une fine couche de givre scintillant sous les halos orangés des lampadaires, et la pelouse en est également recouverte, formant de petits flocons, croustillants, purs et étincelants. Ils s'assoient tous les deux en silence pendant un moment, s'abreuvant de cette nuit au mille et unes couleurs.
« C'est bientôt Noël, » lâche Dean.
Cas hoche la tête.
Un courant d'air frais se glisse dans le col de Dean, et il se met à frissonner.
« Rentrons à l'intérieur, » grommelle-t-il. « J'me les gèles ici... »
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A suivre...
