Source : Exonerated By Thecouchcarrot

Salut salut !

Petit chapitre de transition, on peut dire. Le prochain sera plus long, et... plus intéressant, promis !

Enjoyez !

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21 décembre

Vendredi au soir, Sam reçoit un coup de téléphone.

« Allô ? »

« Sam, ici Castiel Goodwin. »

« Ouais, je sais, ton nom s'affiche quand tu m'appelles, » dit Sam.

« J'ai besoin d'aide. »

« Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? Tu vas bien ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ? »

« Je ne sais pas quoi offrir à Dean. »

« … Quoi ? »

« Pour Noël, » explique Cas. « J'ai pensé qu'en tant que frère, tu saurai quel serait le cadeau qui lui conviendrait le mieux. »

« Ahh. Eh bien, tu sais, je suis sûr qu'il sera content, peu importe ce que tu lui offres – »

« Il va m'offrir quelque chose de cher, Sam. C'est ce j'ai pu en déduire en tout cas. Il est resté très mystérieux sur le sujet. »

« Les gens sont généralement mystérieux quand il s'agit de cadeaux de Noël, Cas. »

« Je ne sais pas quoi lui acheter. Il ne va pas me faire de liste. Les personnes auxquelles j'ai fait des cadeaux dans le passé m'avaient fourni des listes très détaillées. Je ne suis pas très doué pour trouver moi-même des idées de cadeaux. Est-ce que tu sais ce qu'il veut ? »

« Cas, enfin – Je peux te dire quel genre de trucs il aime d'une façon générale, mais... je pense que ce dont il a vraiment envie, c'est quelque chose que tu lui offriras, tu sais, quelque chose qui vienne de toi. Il s'en fichera complètement de ce que c'est, du moment que c'est toi qui l'a choisi pour lui. »

« Ça ne me rassure pas du tout. »

« Bon écoute. Demain c'est samedi, et Dean sera au stand de tir le matin. Pourquoi tu viendrais pas faire les magasins avec moi ? Il faut encore que j'aille acheter deux-trois bricoles pour Bobby, de toute façon. Si on doit faire les boutiques pour deux vieux grincheux, autant faire d'une pierre deux coups. »

« A quelle heure ? »

[…]

C'est ainsi que le matin suivant, Sam se retrouve seul en compagnie de Castiel au centre commercial, la plupart des silences gênants camouflés par la frénésie des passants et les hurlements des chants de Noël dans les hauts-parleurs. Sam n'avait pas réalisé jusqu'à ce jour le peu de temps qu'il avait passé avec Castiel sans que Dean ne soit présent pour jouer le rôle d'intermédiaire. Ce n'est pas désagréable, loin de là, c'est juste – bizarre. C'est comme s'il manquait quelque chose.

Ils se retrouvent à flâner au milieu des rayons de la Bijouterie Macy, à jeter un œil sur toutes les parures extravagantes exposées en vitrine, bien qu'aucun des deux ne risquent de trouver ce qu'ils recherchent parmi les bijoux hors de prix et leurs filigranes en excès. Après quelques tentatives boiteuses, Sam décide d'engager la conversation.

« Alors, » dit-il. « Dean m'a dit que tu faisais parti d'un club de lecture. »

Cas se penche vers le plexiglas et dévisage suspicieusement un collier un peu trop tape-à-l'œil. « Oui. Nous sommes en train de lire Jane Eyre. »

Sam hausse les sourcils. « Wow. Gros bouquin. C'est cool. »

« Nous sommes un club ambitieux, » murmure Cas tout en longeant distraitement le comptoir. Ses yeux se posent sur un étalage de montres. « Dean m'a dit qu'Amélia et toi aviez des problèmes de couple. »

Sam est tellement surpris qu'il tousse et s'esclaffe en même temps.

Castiel tourne son regard vers lui. « Est-ce que tu préfères ne pas en parler ? »

« Euh... ouais. » Sam tousse encore une fois. « Je préférerai. »

Castiel acquiesce sérieusement, « Oui. C'est plus facile de l'ignorer comme ça. »

« Je ne – » Sam se ressaisit et baisse d'un ton. « Je ne l'ignore pas, seulement c'est privé. »

Cas n'a rien à répondre à ça. Il se contente de diriger son regard vers une vitrine de montres hors de prix.

Sam soupire en faisant lentement tourner un présentoir à boucles d'oreilles. Voilà un bijou qui plairait à Amélia, de simples perles tombantes qui embelliraient son sourire.

« Désolé d'avoir été indiscret, » dit calmement Cas. « Ce ne sont pas mes affaires. »

« C'est rien, » répond Sam.

[…]

Ils finissent tant bien que mal par trouver quelque chose pour satisfaire leurs obligations de Noël et se baladent dans les galeries, aucun des deux ne voulant être celui qui mettra un terme à leur sortie. Ils décident de lézarder au niveau de l'aire de restauration en s'achetant une part de pizza douteuse avant de s'installer à une minuscule table en plastique, sur d'inconfortable chaises en métal, dans une configuration ne rappelant que trop bien celle de la cafétéria du lycée.

« Alors, » lance Sam en s'emparant de sa part de pizza. « Premier Noël en homme libre. Tu dois être impatient. »

Cas triture sa pizza de sa piètre fourchette en plastique. « Oui. Je devrais. »

Sam suspend ses gestes, la pizza à quelques centimètres de sa bouche et hausse les sourcils. « Tu ne l'es pas ? »

Cas garde les yeux rivés sur sa pizza et soupire lourdement. « Noël est... un rappel de mon ancienne vie. C'est la période des traditions, de la famille...de la foi... » Il se mordille les lèvres. « Et pour couronner le tout, il y a Dean. »

Sam repose sa pizza et s'essuie les mains à l'aide de sa serviette. « Qu'est-ce que tu veux dire ? »

Cas lève le regard, et sa bouche se tord d'inquiétude. « C'est très important pour lui que je profite de ces fêtes, et je crois bien qu'il est en train de se monter la tête. Je pense qu'il en attend beaucoup et... j'ai peur de le décevoir. »

Sam glousse.

Cas fronce les sourcils, confus.

« Cas, tu n'as vraiment pas besoin de t'inquiéter des attentes de Dean en ce qui concerne les fêtes, » lui assure Sam. « Chez les Winchesters on a genre passés les Noëls les plus rustiques que tu puisses imaginer. Est-ce que tu sais que quand on était petit, notre père m'a un jour offert un fusil pour Noël ? Rien que ça. Un fusil, et une boîte de cartouches. Il les avaient même pas emballés, il les a seulement sortis du placard le matin de Noël. » Sam force un sourire. « J'avais neuf ans. »

Cas écarquille les yeux.

« Il pensait pas à mal, mais notre père n'était pas quelqu'un de religieux ou de sentimental, » explique Sam. « Donc Noël était plutôt... superflu pour lui. Il nous donnait ce dont on avait besoin et ce qu'il croyait qu'on avait besoin. Bobby est un peu pareil, bien que lui avait davantage conscience de ce qu'on voulait vraiment. Alors crois-moi, dans la famille, l'échange des cadeaux de Noël n'est pas quelque chose pour lequel on se prend la tête. Du moment que tu le remercies pour ce qu'il t'a offert et que tu lui offres quelque chose en retour, il sera comblé. »

« Je ne veux pas que mon cadeau se contente uniquement de le combler, » rétorque ardemment Cas. « Je veux qu'il le rende heureux. »

Sam sent un nœud familier se former dans son estomac, et il ajoute lentement, « Tu le rends heureux, Cas. »

Cas dévisage Sam, puis déglutit.

« Cas, est-ce que toi et Dean... » Sam amorce la question, les mots dévalant sa bouche sans qu'il ne puisse les arrêter. « Est-ce qu'il se passe quelque chose... entre... » Il n'arrive pas à le dire, n'arrive pas à mettre des mots pour le formuler.

« Oui, » répond Castiel.

Nouvelle pirouette dans l'estomac de Sam, mais plus violente cette fois, et il demande, « Et quoi donc, au juste ? »

Cas détourne le regard sur sa droite, la bouche pincée. « Je ne sais pas. »

Ils demeurent silencieux un moment, les bavardages insipides des autres clients autour d'eux en fond sonore.

« Je ne sais pas, » répète Cas, « et j'ignore comment j'arriverai à le savoir un jour. »

C'est amusant au fond, car ce qui pourrait être qualifié d'incohérent trouve tout son sens aux oreilles de Sam. Ça ressemble tellement à la façon dont il s'est senti ces dernières semaines qu'il se laisse retomber au fond de sa chaise en explosant de rire.

« Merde, » s'esclaffe-t-il. « C'est carrément ça. Toute ta vie on te rabâche à tort et à travers que "tu le sauras". Mais comment diable on est sensé savoir si on le sait ou pas ? »

Castiel secoue la tête. « Je n'ai aucune idée de ce que je dois faire, » avoue-t-il. « Je voulais attendre d'être certain, mais je ne suis même plus sûr d'être certain un jour. »

Sam acquiesce. « Moi non plus. J'ai l'impression de faire du surplace dernièrement. Mais je peux pas continuer comme ça, donc j'imagine que la vraie question c'est... quitte ou double ? »

Cas digère l'information, puis abaisse à nouveau les yeux vers sa pizza. Il abandonne sa fourchette et se saisit de sa part à l'aide de sa main avant d'en prendre une large bouchée.

Sam l'interprète comme un geste signifiant qu'il doit revenir à sa propre assiette, et ils terminent leur repas sans poursuivre la conversation portant sur le dilemme non résolu planant au-dessus de leur tête, chacun avouant tacitement qu'il continuera d'avancer comme il l'a toujours fait. Aucun des deux ne va se rendre, aucun des deux ne va abandonner, et aucun des deux ne va laisser tomber. Ni l'un ni l'autre n'est prêt à arrêter de lutter contre le courant pour se laisser tranquillement sombrer.

Et Sam se dit que peut-être... peut-être qu'elle est là, sa réponse.

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A suivre...