Source : Exonerated By thecouchcarrot

Hi Guys !

Comme promis, un chapitre un peu plus long pour cette fois-ci (le prochain le sera tout autant, je n'ai pas encore fini de le traduire ^^).

Je suis mitigée quant à vos réactions à venir. Je prévois un mélange de soulagement et de frustration...haha !

Enjoyez bien !

Réponse à Oli la patate (ça c'est un pseudo qui déchire sa purée!) : tout d'abord, n'aie en aucun cas honte de ne pas laisser de reviews. Certes, je ne cacherai jamais que ça fait plaisir, mais je ne poste nullement pour cette ultime raison. J'aspire plus au partage qu'à la "récompense". Ensuite, je tenais à te remercier pour tes gentils compliments, je suis contente que ma façon de traduire te plaise, c'était un peu l'effet recherché de ne pas sentir le texte Anglais derrière. Ça vient, en outre, du fait que parfois, je suis plus dans l'interprétation que dans la traduction parce que, Littéralement, ça gâche le pétillant de la phrase, à mon sens. Encore Merci, et à une prochaine fois !

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24 décembre, 23h12

C'est une vieille tradition des Winchesters de faire en sorte que la veille de Noël soit le plus beau jour de la période des fêtes. La veille de Noël, le père de Sam et Dean les emmenait en montagne pour qu'ils puissent avoir un aperçu de la neige – étant sur la côte-ouest, c'était généralement ce à quoi ils pouvaient aspirer se rapprochant le plus d'un Noël en blanc. Après sa mort, Sam et Dean se sont essayés à une randonnée en montagne en souvenir du bon vieux temps et se sont retrouvés dans une taverne à 3 heures de l'après-midi près d'une ville quasi invisible répondant au nom de Gold Bar, population 2075 habitants. C'est pourquoi les sept années qui suivirent, ils se contentèrent de célébrer la veille de Noël en picolant toute la journée avant de se mater un Die Hard tout en massacrant des chants de Noël.

Cette année, Sam passe le réveillon chez Amélia et sa famille.

Pour être honnête, Dean en est quelque peu soulagé. Il n'était pas sûr que leur tradition soit conforme à l'idée que Cas se faisait d'un Noël typique, et il commençait à devenir trop vieux pour une biture express avant l'heure du goûter. Ce n'est qu'après avoir réalisé que Sam et moi n'aurons probablement plus jamais l'occasion de remettre ça... qu'il sent son cœur s'enfoncer dans sa poitrine.

Malgré cela, la veille de Noël reste la veille de Noël, le plus beau jour de l'année. Bien mieux que Noël lui-même. Dean et Cas décident donc d'aller à la patinoire, où Cas se révèle être terriblement mauvais, s'attirant les moqueries de Dean. Ils vont ensuite manger Chez Sella, un restaurant italien qui fait des calzones d'enfer de la taille d'un ballon de foot. Et pour finir, ils sortent prendre un verre dans un bar à proximité ayant des allures un peu trop snob au goût de Dean mais servant du bon lait de poule.

Ils sont désormais assis au bar à se tordre de rire, et Dean n'est plus tout à fait sûr d'en connaître la raison. La conversation a débuté sur les Power Rangers pour dériver sur la garde-robe douteuse de Janet Jackson. Bon sang que ces laits de poule sont forts. Dean observe la façon dont les épaules de Cas commencent à se relâcher, la façon dont ses doigts se détendent autour de sa tasse et l'éclat au fond dans son regard.

« Et la jeune femme dans la cabine d'essayage n'arrêtait pas de me demander ce que j'en pensais, » pouffe Cas. Il n'est pas ivre, seulement pompette, mais i présent une légère différence dans la rythmique des ses mots, une tonalité plus lyrique. « Moi, un simple adolescent. Comme si je comprenais quoique ce soit à la mode en étant vendeur ! »

Dean roule des yeux en ricanant dans sa tasse. « Cas, » dit-il. « Elles en avaient rien à faire de ton sens de la mode. Elles étaient probablement en train de te draguer. »

Cas écarquille les yeux. « Vraiment ? »

« Évidemment, crétin, » rétorque Dean en lui donnant un petit coup de coude dans le bras. « La vache. Que t'aies pu un jour être marié restera le mystère du siècle. »

Cas prend une longue gorgée de son lait de poule puis se lèche les lèvres.

« Oh, c'est elle qui me courait après. Moi j'étais simplement... » Il repose sa tasse, et son sourire se rétracte, conciliant et songeur. « ...partant pour la balade. »

Dean hoche la tête.

Une horrible adaptation mélancolique de "Rudolph the Red-nosed Reindeer" transperce les hauts parleurs de qualité évidente du bar pompeux. C'est étonnement plein pour une veille de Noël, et la tranche d'âge avoisine la quarantaine ˗ des gens divorcés qui n'ont pas le droit aux enfants ce soir, se dit Dean. Plus d'une couguar lui fait de l'œil, et à vrai dire, certaines d'entre elles sont franchement canons ; une nouvelle paire de sein couplé à la liposuccion font des merveilles en matière de silhouettes. Mais Dean n'est pas intéressé. Il est déjà pris.

Ou pas ? En fait, il n'en sait rien. Il ne sait tout simplement pas.

Dean se rend compte que Cas a repris la parole et revient à lui. « De quoi ? »

« On devrait y aller, » répète Cas, « Si on veut regarder Die Hard. »

Dean se glisse hors de son tabouret en sortant son portefeuille. « Allons payer de l'addition dans ce cas. »

Ils règlent leur boissons et le barman leur appelle un taxi. Tout en se dirigeant vers la sortie, Dean ne peut s'empêcher de lever les yeux vers la branche de gui en plastique accrochée au-dessus de la porte. Une invitation. Il ose un coup d'œil vers Cas pour constater que ses yeux sont tournés vers le haut également, rivés sur la décoration.

Puis ils reviennent brusquement au sol, fuyant ceux de Dean.

C'est peut-être une invitation, mais pas de la part de Cas. Dean pousse la porte, faisant ainsi tinter une cloche. « Après toi. »

L'air au dehors est vif et froid, le ciel assombri de nuages nocturnes. Les lampadaires diffusent leur lueurs orangées sur le trottoir devant le bar, et Dean et Cas se blottissent sous leur halo comme s'il y faisait plus chaud, dans cette lumière où les ombres sont plus nettes, plus petites et plus éparses.

Cas a les mains profondément enfouies dans les poches de son chandail. Il déclare calmement. « Pour chaque cloche qui sonne, un ange obtient ses ailes. »

Dean plisse les yeux. « Quoi ? »

Cas tourne à nouveau son regard sur l'entrée du bar. « La cloche. Sur la porte. C'est une réplique de La vie est belle. »

Dean hausse les épaules. « Je l'ai jamais vu, à vrai dire. »

« C'était un de mes préférés. » Cas sourit mélancoliquement tout en sortant ses mains de ses poches pour les frotter entre elles en soufflant dessus. « Ça fait des années que je l'ai pas vu. »

Tout au bout de la rue, Dean aperçoit un taxi se garer sur le trottoir.

« Amène-toi, voilà le taxi ! » Sans réfléchir, il empoigne Cas par la main puis l'entraîne dans son sillage, sa paume s'emboîtant dans la chaleur de la sienne, grisé par l'excitation et la peur parce qu'ils rentraient à la maison, et qu'une fois là-bas –

Son bras le freine brusquement dans sa course.

Cas s'est arrêté, au beau milieu du trottoir, et regarde en direction de l'extérieur en brique d'un bâtiment. Un vieux sac de couchage pourri est recroquevillé contre le mur, quasi imperceptible dans l'obscurité. Un visage crasseux, des yeux sombres, une moustache et une barbe grise souillée se distinguent de la petite ouverture cintré du duvet.

Cas retire sa main de celle de Dean pour la plonger dans sa poche. Il en ressort son portefeuille.

Le sac de couchage s'agite lorsque l'homme s'assoit, les yeux brillant d'avidité.

Cas s'approche et sort un billet de son portefeuille – un billet de vingt. « C'est tout ce que j'ai sur moi, » dit-il. « Joyeux Noël. »

Un froissement déforme le duvet, puis une main tremblante s'en extirpe pour s'emparer du billet. « Merci, mon ami, » dit l'homme d'une vois râpeuse. « Joyeux Noël, que Dieu te bénisse. »

Cas hoche la tête, range son portefeuille avant de revenir vers Dean – et de lui passer à côté pour se diriger droit vers le taxi.

Dean reste figé sur place pendant un moment, puis se précipite à sa suite. « Cas, » le prévient-il, « c'était hyper dangereux. Faut pas à distribuer ton fric comme ça au beau milieu de la nuit. »

Cas s'arrête et se tourne vers lui. « Je n'avais pas le choix. »

Dean fronce les sourcils. « Qu'est-ce que tu veux dire ? »

« Je n'aurai pas pu agir autrement, » dit Cas, les yeux brillants et les joues empourprées par l'alcool et le froid. « Il fallait que je le fasse. Je lui en aurai donné plus si j'avais pu. Tu comprends ? »

« Bien sûr, » reconnaît Dean, « L'esprit de Noël et tout ça, mais – »

« Non, c'est plus que ça. » Il expire une volute de fumée, puis regarde Dean droit dans les yeux, parlant lentement et de manière résolue. « Lui et moi sommes liés. Nous sommes tous les deux des êtres humains. On est parents l'un avec l'autre, peu importe que ce soit de façon éloignée. On est de la même famille. Et en tant qu'humain de la même famille, on doit s'aider les uns les autres... sinon on perd notre humanité. C'est notre devoir. »

Dean le fixe pendant un long moment, une pointe d'affection lui enserrant la poitrine.

« Dean. » Cas soupire avant d'écraser sa main sur l'épaule de Dean en secouant la tête. « Je crois bien que j'ai trop bu. »

« Je t'aime, » laisse échapper Dean.

Cas se fige, sa prise se resserrant.

« Il – il fallait juste que j'te le dise maintenant, » balbutie Dean. « Je suis dingue de toi. En tant que personne, en tant qu'ami, et... tout ce qui s'en suit. Et la vérité c'est que – je t'ai fait sortir de la maison pour une raison bien précise. » Il déglutit. « Ton cadeau est en train d'être livré. Bobby m'a donné un coup de main, il est sur le coup. E–et la raison pour laquelle je te dis ça c'est parce que je pense que soit tu vas aimer ce cadeau, soit... tu vas vraiment le détester. »

Le front de Cas se plisse sous la confusion.

« Donc, peu importe ce qui arrive... » Le cœur de Dean tambourine à plus de mille à l'heure désormais, submergeant le son de sa propre voix. « Je voulais que tu saches que... Je t'aime. »

Le chauffeur de taxi donne un coup de klaxon.

Cas lance un dernier regard appuyé à Dean, puis reprend sa route en direction du taxi. Dean le suit, et ils s'engouffrent tous les deux dans la voiture qui va les ramener à la maison.

[...]

La porte de la maison grince, captivant l'attention du silence et de l'obscurité.

Dean passe devant en appuyant sur l'interrupteur, les côtes bien trop comprimées pour pouvoir respirer correctement. « Il devrait être dans le salon, » dit-il.

Castiel le suit à l'intérieur, zyeutant prudemment les alentours. Il déboutonne sa veste et s'en débarrasse en l'accrochant au porte-manteau derrière la porte.

Dean ne retire son manteau qu'après coup, trop occupé à surveiller les moindres mouvements de Cas tout en essayant de faire comme si ce n'était pas du tout le cas.

Cas se dirige lentement vers le salon, Dean sur les talons depuis le couloir. Les guirlandes du sapin de Noël diffusent un halo rosé à travers la pièce, et une douceur ambrée se répand le long du plafond de l'étoile en plastique jusqu'au sommet. L'odeur de pin a imprégné chaque recoin de la maison et elle ne fait que s'accroître tandis qu'ils se rapprochent de la pièce. Cas tourne au bout du couloir, et là... il le voit.

« Joyeux Noël, » murmure Dean.

C'est un piano.

Un sombre piano droit au bois rutilant, fraîchement lustré, accordé, et posé près du sapin. Le couvercle est relevé et des partitions de chants de Noël ont été apposées sur le pupitre, avec de drôles de décorations de Noël peintes sur la couverture. Près du piano se trouve également un banc assorti recouvert de cuir souple noir.

Cas marche en direction de l'instrument, et fait délicatement courir ses doigts le long des touches crèmes. Il est dos à Dean. Il baisse la tête sans dire un mot.

Dean a peur de respirer, peur de bouger, peur de découvrir qu'il a tout misé sur un bête coup de tête.

Cas demeure silencieux. Il presse son doigt sur l'une des touches, faisant retentir un léger plink.

Dean se rapproche de lui avec précaution, la moquette étouffant ses pas. « Qu'est-ce que t'en penses ? »

Pendant un moment, Cas garde le menton contre sa poitrine, dévoilant sa nuque, les épaules repliées.

Dean déglutit.

Puis Cas prend une profonde inspiration, et tourne le visage vers Dean, la main toujours sur les touches. Ses yeux sont rouges et brillants. « Merci. »

Le cœur de Dean recommence à battre.

Cas ne le quitte pas du regard avant de cligner rapidement des yeux. « J'ai aussi un cadeau pour toi, sous le sapin. »

Un flot de soulagement et de joie se répand dans les veines de Dean, lui procurant des frissons dans tous le corps, et lui donnant envie de ne plus jamais se départir de cet endroit, de ce moment, de cette sensation. Néanmoins, il finit par dire, « Tu veux que je l'ouvre maintenant ? »

Cas va récupérer le cadeau, s'agenouillant pour l'extirper de sa "cachette". Ça faisait des jours que Dean louchait littéralement dessus, essayant de deviner ce que ça pourrait bien être. C'est un paquet de taille moyenne, enveloppé d'un papier rouge quelconque et agrémenté d'un petit nœud blanc.

Dean détache le nœud pour le coller sur le front de Cas, ce que celui-ci apprécie moyennement, puis déballe soigneusement le cadeau avant d'ouvrir la boîte qu'elle contient.

C'est une montre, une montre en or, une très belle montre, le genre possédant toutes sortes de mini cadrans pouvant donner l'heure dans 3 pays différents, sur une surface noire, avec des aiguilles de pointe en or massif, et le nom de quelqu'un qui, Dean en est sûr, doit être celui d'un créateur très célèbre, ciselé avec goût sous les chiffres. Il va sans dire que Cas a dû y mettre pas loin de 2000 dollars.

« Wow, » lâche Dean. « Wow, Cas – merci. »

Cas l'observe anxieusement, la mâchoire étriquée et le regard scrutant attentivement le visage de Dean sous tous les angles. « Tu trouves que c'est impersonnel. »

« Non, non pas du tout, » lui assure Dean, sortant la montre de son écrin. « Elle est géniale, Cas, je l'adore. » Elle s'ajuste à merveille sur son poignet, le contact froid sur sa peau, tandis qu'il referme l'attache.

« Je sais qu'une montre est un cadeau superflu, » continue Cas, cette nuance d'inquiétude toujours présente dans la voix, « mais je me suis dit que peut-être... entre nous, un compteur de temps aurait plus de sens. »

L'aiguille des secondes avance sans difficulté, et Dean réalise que la montre a été préalablement réglé. 23H54.

C'est bientôt Noël.

« Parce qu'à cause du temps – du temps perdu, et du temps retrouvé... » Cas a les joues roses désormais, et il émet un bruit de frustration à l'arrière de sa gorge. Il serre les poings avant de marmonner, « Ça sonnait mieux dans ma tête. »

« C'est parfait, » lui dit Dean, le visage rayonnant, incapable de s'arrêter de sourire. « Cas, c'est parfait. Arrête de te faire du mouron ou je vais commencer à m'en faire aussi. »

Cas répond gentiment à son sourire, et l'instant les enveloppe tous les deux dans un véritable cocon.

Cas se rassoit ensuite près du piano, ses yeux faisant des allées et venues le long des touches, avant de se poser sur Dean. « Est-ce que je... » Il se racle la gorge. « Qu'est-ce que je devrais jouer ? »

« Quelque chose en rapport avec Noël, » suggère Dean.

Cas réfléchit à la proposition, puis hoche la tête.

Il ne feuillette pas les partitions, n'y jette pas même un œil. Au lieu de ça, il presse ses doigts contre les touches puis commence à jouer, un air envoûtant et mélodieux, semblant familier mais dont Dean n'arrive pas à se rappeler ; Lent et simple, mais quelque peu mélancolique, cynique, fragile, et suppliant à la fois.

« Je ne pense pas connaître celui-là, » avoue Dean.

« C'est O Come, O Come Emmanuel, » lui dit Cas, ralentissant la mélodie et réduisant les notes à un simple murmure. « Un de mes chants de Noël préféré. »

« Qui est Emmanuel ? »

« C'est un autre nom pour Jésus, » explique Cas. « Ça veut dire, "Dieu est avec nous". »

« Oh. » Dean se frotte le coude. « Ça m'a l'air plutôt... triste pour un chant de Noël. »

Cas hoche la tête. « Ce n'est pas vraiment un chant de Noël. C'est un chant de l'avent – pour les jours précédents Noël, avant que Jésus ne vienne au monde. Lorsque le monde patientait... »

Il entame les paroles à voix basse, chantant légèrement faux mais âprement juste dans l'air adopté.

« O come, o come, Emma-a-anuel/ and ransom captive I-i-israel/ that mourns in lonely e-exile here/ until the son of God appear. Rejoice, rejoice, Emma-a-anuel shall come to thee, o I-i-israel. »

Cas recommence à jouer la mélodie, doucement, de façon mesurée et dense, mais en amplifiant progressivement, jusqu'au triomphant crescendo où il martèle les touches Rejoice ! Rejoice...avant de s'apaiser lors du dénouement, le flot retrouvant son intensité et sa mélancolie.

Pour une raison qui lui échappe, Dean sent les cheveux à la base de sa nuque se redresser.

Cas termine sur une dernière note déchirante qui reste emprunt dans la pièce.

« C'est pour cette raison qu'elle est ma préféré, » dit-il, les yeux sur les touches et la voix basse. « Elle parle d'espoir, de foi, de patience. Elle dit qu'il faut... croire en la lumière, même lorsque l'on est plongé dans l'obscurité. »

Soudainement, Dean visualise les six derniers Noël que Cas a fêté, au fond de la cellule isolée d'un glacial bâtiment gris, seul, haït et condamné de tous, allongé sur sa couchette dans sa combinaison orange, les yeux grand ouverts, en se demandant si, juste pour cette fois, il ne pourrait pas s'autoriser la pénible indulgence d'un bref moment d'espoir. Peut-être même a-t-il imploré en chuchotant, O come o come Emmanuel... dans un élan de faiblesse.

Dean avale une grosse goulée d'air, trouvant ça bien plus difficile que prévu. « Mon Dieu, Cas, » dit-il, la voix rauque. Il pose une main sur son épaule et la serre.

Cas remonte sa main et la place au-dessus de celle de Dean.

Ils ferment conjointement les yeux et restent rattachés l'un à l'autre de cette manière un bon moment. Dans une autre maison, réunissant des personnes différentes à la veille de Noël, quelqu'un espionnant par la fenêtre pourrait confondre un tel silence avec un moment de prière. Mais dans cette maison, réunissant ces deux personnes, il aurait paru évident à n'importe qui les voyant qu'ils étaient en pleine communion, non pas avec Dieu, mais avec l'autre, l'honnêteté farouche de leur caresse jaillissant de tous leur être, leur visage emprunt de dévotion, d'envie, de révérence et d'appréhension.

Ce qui se produit ensuite a lieu sans qu'aucun mot ne soit prononcé, et n'en nécessite guère.

Castiel se lève, et prend le visage de Dean en coupe à l'aide de ses mains. Il marque un temps d'arrêt, les yeux rivés dans les siens, son visage exprimant un mélange de trépidation et d'envie. Puis Dean sent son souffle se couper lorsque Cas se penche vers lui pour presser lentement ses lèvres contre les siennes dans une douce caresse silencieuse. Dean hésite un instant, puis incline la tête pour lui rendre son baiser, son nez heurtant celui de Cas tandis que leur bouche se fait plus audacieuse. Pendant qu'ils s'embrassent, Dean glisse ses bras derrière ceux de Cas et l'attire plus près de lui, les doigts de celui-ci se perdant dans ses cheveux.

C'est alors que Dean butte contre l'un des pieds du banc puis trébuche en dérapant momentanément, emportant presque Cas dans son élan. Il se retient sur le siège et manque de s'étaler de tout son long, jurant contre le banc pendant que Cas rit à gorge déployée, dénué de toute compassion. Dean se redresse avec indignation avant de se diriger d'un pas raide vers le couloir, uniquement pour être retenu par le bras et plaqué contre la porte alors que Cas l'embrasse avec une fougue doublée d'enthousiasme, un ricanement persistant au fond de la gorge.

Dean lui rend son baiser et agrippe Cas par les hanches, rapprochant leur deux corps, savourant la sensation foutrement satisfaisante que ça lui procure, comme une démangeaison invisible que l'on peut enfin soulager. Le souffle de Cas s'alourdit et il mordille la lèvre de Dean. Et celui-ci n'est certainement pas l'auteur de ce petit gémissement désespéré. Pas du tout.

C'est la raison pour laquelle la pensée qui lui traverse l'esprit, bien qu'appropriée, lui semble être une horrible, horrible pensée.

« Cas, » halète-t-il, posant sa main près de sa clavicule pour le repousser. « Cas, attends. »

Les sourcils de Cas se froncent et il fixe les lèvres de Dean avec un peu trop d'insistance avant d'assimiler entièrement les paroles de Dean. Il lève le regard. « Quoi ? »

« Cas, on a – on a bu, » articule Dean. « Peut-être qu'on devrait lever le pied. J'ai juste pas – » Il déglutit. « J'en ai envie. Seulement, j'ai pas envie que ça soit quelque chose qu'on regrettera plus tard. Pour quelque raison que ce soit. »

Cas le dévisage avec une expression proche de l'offense.

« Je dis pas que ça va être le cas ! » proteste Dean. « Je dis juste que, j'ai envie que ça se passe...de la bonne façon, tu vois ? J'ai pas envie de tout foutre en l'air juste parce que j'en crève d'envie. Demain on sera encore là tous les deux, donc pas la peine de – se presser. »

Cas continue de le jauger du regard, puis soupire bruyamment. « Le pire c'est que tu as raison, » marmonne-t-il.

« Bienvenue dans mon monde, » lance Dean avec un sourire en coin. « Le monde merveilleux de la patience. »

« Est-ce que je peux au moins dormir dans ton lit ? » demande Cas. «Je ne suis pas disposé à arrêter de te toucher plus que je ne le dois. »

Dean sourit et un frisson d'excitation dévale sa colonne. « Bien sûr. Pourquoi pas ? La moitié du temps t'y es contre mon gré. »

Vingt minutes plus tard, ils s'endorment dans le lit de Dean complètement habillés, aucun de deux ne se faisant confiance même en gardant un bout de vêtement. Le bras de Cas recouvre le dos de Dean, leur pieds blottis l'un contre l'autre, confortablement installés pour une longue hibernation.

[…]

Jour de Noël, 9h34.

Lorsque Dean se réveille, Cas est déjà sorti du lit. L'endroit où il a dormi n'est même plus chaud, mais tout cela relève de la logique – Cas est généralement celui qui se lève en premier. Dean s'étire et se glisse dans ses chaussons, puis tout en s'imprégnant de lucidité alors qu'il s'extirpe des brumes de son sommeil, il commence à réfléchir aux nombreuses façons avec lesquelles il peut aborder Cas. Serait-ce approprié de quémander du sexe dès le matin dans ce genre de situation ? Serait-ce plus poli de patienter pour u ? Ou devrait-il – Dieu l'en préserve – attendre à nouveau la nuit tombée ?

Dean se dirige vers la cuisine d'une démarche enjouée, en sifflant sur l'air de Vive le vent. Il aperçoit Cas, assis dos à lui à la table de la cuisine. « Joyeux Noël, Cas ! »

C'est à ce moment là qu'il se rend compte de la position figée de Cas, à l'instar de son silence. Sa main droite tient toujours le téléphone.

« Cas. » Dean contourne la chaise pour voir son visage. « Qu'est-ce qu'il y a ? »

Son visage est comme une ardoise vide, un bloc, une pierre. Ses yeux sont rivés sur le téléphone. « C'est Daphné. »

Dean marque un temps d'arrêt.

Instinctivement, il tire la chaise près de lui, se préparant mentalement.

« Je l'ai appelé pour lui souhaiter un Joyeux Noël, éventuellement lui laisser un message, » continue Cas, la voix terne et monotone. « Sa mère a décroché. Il semble qu'apparemment...Daphné soit très malade, et ce depuis un certain temps. Elle pensait que je le savais. »

La bouche de Dean s'assèche. « Malade comment ? »

Pour la première fois, Cas lève le regard et croise le sien. « Elle a un cancer du col de l'utérus. C'est génétique. Il ne l'ont pas décelé assez tôt. A ce stade, ils sont plus dans la recherche du...confort. »

« Cas. » Dean resserre son emprise sur la chaise. « Cas, je suis vraiment désolé. »

« Dean. » La bouche de Cas ne forme plus qu'une fine ligne, et sa pomme d'Adam s'agite. « Il faut que j'aille au Michigan. »

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A suivre...