Source : Exonerated By Thecouchcarrot
Bonsoir (ou bonne nuit, ou bonjour, de toute façon, il est bien une heure décente quelque part)
Sorry pour ce petit retard, je suis rentrée tard du boulot et j'avais pas fini de traduire ce chapitre (j'ai perdu toute mon avance, faut que je rattrape ça ^^)
Chapitre presque aussi long (voire plus) que le précédent. On entre dans le milieu - tout pile - de l'histoire, là où le suspens va commencer à faire son entrée.
Enjoyez !
o0o
o0o
Jour de Noël, 17h27
Bobby ne sait pas vraiment ce qui cloche chez les garçons, mais pour sûr, il y a bien quelque chose qui se trame.
C'est le repas de noël et tous le monde agit comme une bande de chat apeurés. Sam et Amélia passent leur temps à regarder partout sauf en direction de l'autre, Cas et Dean sont tellement crispés que Bobby en a mal aux dents, et les deux frères eux-même semblent bizarrement déphasés – ils se rentrent dedans puis s'excusent à profusion, et s'excusent et s'excusent encore. Vive les vacances ! Dieu merci, Jody demeure impassible comme à son habitude, bien qu'elle lance quelques œillades à Bobby ici et là pour lui confirmer qu'elle a pas perdu la boule.
Bobby ne sait pas ce qui cloche. Mais quoiqu'il en soit, Jody n'est pas la seule détective de la pièce ; le vieux renard est capable d'additionner deux et deux.
« Alors, » lance finalement Bobby, au beau milieu des compliments hasardeux murmurés à l'égard du jambon, « Voyons si j'arrive à piger c'qui s'passe ici. »
Les quatre personnes présentes à table se figent.
« Sam et Amélia. » Bobby plisse les yeux en se frottant la barbe. « Vous deux, vous vous êtes disputés. A propos de quoi, j'en suis pas sûr, mais j'imagine qu'il s'agit probablement d'un truc stupide et sans importance comme le mariage, la religion ou les enfants. C'est forcément ça, parce que tous les deux, vous êtes gaga l'un de l'autre depuis près de deux ans, et je n'ai jamais vu deux amoureux transis comme vous se prendre la tête pour autre chose. » Bobby renifle. « La lune de miel est terminée, les gosses. Désormais le plus dur vous attend. Alors passez à autre chose et arrêtez de ruminer, parce que c'est Noël et que j'peux vous assurer que c'est pas aujourd'hui que vous allez résoudre le problème. »
Amélia se racle la gorge et baisse honteusement les yeux sur son assiette, pendant que Sam dévisage gravement Dean.
Dean lève les mains en l'air. « J'ai rien dit ! »
« Et vous deux ! » Bobby se décale sur sa chaise afin de poser un regard circulaire sur Dean et Cas. « Je suis pas sûr de savoir ce qui vous met tant sur les nerfs, mais ça a peut-être un rapport avec le piano que j'ai aidé à faire livrer. »
Au mot piano, Dean et Cas se lancent de brefs regards avant de les détourner nerveusement.
Bobby plisse les yeux. « Attendez, c'était quoi ça ? »
« Rien, Bobby, c'est rien. » Dean se masse la tempe. « On va bien, d'accord ? Cas a simplement appris une mauvaise nouvelle ce matin. »
Jody repose sa fourchette et son couteau. « Quelle nouvelle ? »
« Rien d'important, » marmonne Cas.
« C'est son ex-femme, » lâche Dean. « Daphné. Elle est...elle est mal en point. Un cancer. » Il baisse les yeux sur son assiette, sa bouche se tordant face à ces mots, comme s'ils lui paraissaient inhabituels et étranges. « Cas doit aller la voir. Il part pour le Michigan. »
Un silence abasourdi retentit autour de la table.
Cas regarde Dean avant d'ajouter, « Il faut que j'y aille. Je le lui dois. » Il ne lâche pas Dean des yeux.
Dean se contente d'hocher la tête envers son plat. Puis son bras droit remue légèrement d'une manière que Bobby reconnaît parmi des milliers d'autres mouvements ainsi qu'à la façon dont la bouche de Cas se contracte couplée à la lueur au fond de ses yeux. Et là il comprend –
Dean est en train d'enlacer la main de Cas sous la table.
Bobby le détective vient de résoudre le mystère.
Eh bah, merde.
« Quand est-ce que tu pars ? » demande Amélia, les yeux écarquillés en se penchant en avant.
Cas détache finalement ses yeux de Dean – ces derniers vacillant un instant avant qu'il ne reporte son attention vers Amélia. « Ce soir, à une heure du matin. C'est le seul vol que j'ai pu avoir dans les quatre jours à venir. Tout est complet. »
Sam s'enfonce dans sa chaise et passe une main dans ses cheveux. « Bon Dieu, Cas. C'est – Je suis vraiment désolé. »
« Pourquoi tu ne voulais pas nous en parler? » demande Jody, soucieuse et peinée. Bobby sait qu'elle a intégré Cas dans la troupe bien plus que n'importe qui dans cette famille en dehors de Dean ; ce sont ses garçons.
Cas s'empare de sa fourchette et triture ses patates douces. « Je voulais attendre qu'on ait fini de manger, » dit-il. « Le cancer a tendance à émousser l'appétit. »
Ils baissent tous machinalement le regard vers leur plats en se rappelant qu'ils étaient en train de manger.
Cas jette un œil circulaire à la table et cligne des yeux. « C'était une blague. »
On aurait pu entendre une mouche voler.
Puis Dean se met à rire et regarde en direction de Sam. Sam commence à rire, et le rire tourne bientôt à l'hilarité. Amélia ricane et glousse. Jody ne peut s'empêcher de s'esclaffer à son tour, puis un irrépressible éclat de rire échappe à Bobby, et ils se finissent tous terrassés par le tumulte de cette gaieté insensée.
Ainsi va le monde. Si on ne rit pas, on pleure. Et il n'y a pas de place pour les larmes à Noël.
[…]
20h41
Dean et Cas arrivent finalement à la maison, et Dean soupire en fermant la porte derrière lui. « Bon, j'imagine qu'on devrait charger la voiture maintenant. Je suis bien content que t'aies déjà fait tes bagages. La route est longue jusqu'à l'aéroport, et – »
« Dean. »
Dean retire son manteau avant de le suspendre. « – ils ont dit qu'il fallait que tu sois là-bas deux heures avant le décollage, et puis j'imagine qu'avec la période des fêtes, la sécurité se la joue chasseur de taupe avec tous ces vacanciers, ces paquets et ces boîtes étiquetées fragiles – »
« Dean. »
Dean lève la tête.
Cas se tient debout, son manteau roulé en boule sur le sol près de lui, sa ceinture et sa cravate jonchant le sol de la cuisine, et sa chemise déboutonnée hors de son pantalon. Il fixe également Dean d'un regard intense qu'à cet instant Dean décide de surnommer « le regard de débauché sexuel »
« Dean, » répète Cas, la voix particulièrement rauque. « J'ai un programme très serré. Ne perdons pas de temps. »
Un bruit étranglé s'échappe de la gorge de Dean. Ce n'est qu'un son à demi-paniqué. L'autre moitié est l'équivalent vocal du regard de débauché sexuel.
Cas penche légèrement la tête en plissant sommairement les yeux. « Est-ce que tu – t'as l'air malade – »
« Non, » lâche brusquement Dean. « Je vais bien. Ma chambre. On a qu'à – y aller. »
Les narines de Cas frémissent, et il prend une profonde inspiration. « Je te promets pas qu'on arrive jusque là. »
[...]
20h42, dans la cuisine.
Cas propulse Dean contre la table de la cuisine et l'embrasse sauvagement, fougueusement, frénétiquement, s'emparant de tout son oxygène et de sa santé mentale. Dean lui rend son baiser, haletant contre sa peau, gémissant contre sa gorge, bougeant son corps avec le sien, s'y pressant, s'y frottant, et s'abandonnant complètement à l'étreinte.
Puis il se souvient.
« Cas, » râle-t-il, « La chambre. Ça c'est la cuisine. »
Cas émet un profond soupir de frustration.
[…]
20h49, dans le couloir.
« CasCasCasCas, » appelle-t-il, « Cas, non, lâche – merde – lâche mon pantalon ! »
Cas tire d'un coup sec sur la braguette de Dean et se met à grogner, littéralement à grogner comme le ferait un putain d'animal.
« Oh bordel, » gémit Dean, la tête contre le mur, le regard tombant sur la porte de la chambre qui se trouve oh tellement loin. « On n'y arrivera jamais, pas vrai ? »
« On n'y arrivera jamais, » halète Cas, s'arrêtant pour lécher et mordre le dessous de la mâchoire de Dean. Oh nom de Dieu. « La chambre n'a jamais fait parti de mon itinéraire. »
Dean serre les poings dans les cheveux de Cas et glapit, « T'as un itinéraire sexuel ? »
[…]
20h57, à même le sol du couloir.
« Oh mon Dieu. Oh mon Dieu. Cas. Putain. Cas. Cas. Je vais venir. Merde. »
« Dean... ahhh, han, mmmh, Dean... »
« Cas. Non. Merde. Arrête. »
« Mmmh – Hein ? »
« Cas. Aller. La chambre – »
« DEAN. »
« Mais la chamb – »
« DEAN ! FERME. LA. ET BAISE-MOI. »
« ...ohmondieuc'esttellementbon oooooohhhhhhhhhhhhmonDIEU, MMMH, OUI, CAS ! CAS ! »
« Dean, mmmh, ahhh, ahh, ahhh – »
« Aller, vas-y, vas-y, sexy p'tit salopard – »
« Ahhhh, ahh, ahh, ahh, ahhh, Dean ! »
« Oh mon Dieu...bordel de merde... »
« Mmmmh... »
« C'était...bordel...merde... »
« Pile...dans les temps... »
[…]
21h07, toujours à même le sol du couloir mais sur une autre parcelle de moquette.
Dean et Cas s'embrassent tendrement, étroitement enlacés et silencieux. Puis, à contre cœur, Dean se dégage de l'étreinte en soupirant.
La main lovée au creux de son cou, Cas caresse délicatement la nuque de Dean. « Quoi ? »
Dean fixe le plafond. « Tu reviendras pas, hein ? »
« De quoi tu parles ? » demande Cas, les sourcils froncés.
Dean croise son regard. « T'as pas pris de billet de retour. »
« … Je ne sais pas combien de temps je vais rester. Une semaine normalement, mais ça peut être moins. »
« Donc, tu ne penses pas... » Dean s'interrompt. « Non rien. »
« Je ne pense pas quoi ? » insiste Cas.
« Tu sais comment ça se passe. » Dean se racle la gorge puis se met à fixer le vide. « Ça n'arrivera pas de manière intentionnelle. Tu vas m'appeler dans une semaine pour me dire que tu restes plus longtemps, parce qu'elle a besoin de toi. Ce qui sera irréfutable. Puis peut-être que tu commenceras à y réfléchir, et peut-être que son état va légèrement s'améliorer, mais les médecins te diront que ça signifie seulement qu'elle est sur le point de partir, et tu vas te dire – hé, peut-être que je devrais rester jusqu'à, tu sais, la fin. Tu le lui as promis à une certaine époque – pour le meilleur et pour le pire, dans la richesse et la pauvreté, la santé et la maladie. Là tu commences à repenser à tes vœux de mariage. Puis à ton mariage. Tu en fais part à Daphné. Et tu finis par rester quelques semaines, peut-être un mois, à te remémorer les raisons qui t'ont poussé à te marier, à celui que tu étais, et à ce qui a fait que tu as divorcé. Autrement dit... » Dean déglutit. « Moi. »
Le visage de Cas s'affaisse. « Dean. »
« J'ai été l'élément moteur de votre séparation, » continue Dean, « et désormais tu ne pourras jamais revenir en arrière, jamais. C'est à cause de moi si ton mariage a sombré, c'est probablement à cause de moi que tu n'as pas d'enfant. Tu repenseras à tout ça, tout en regardant la femme que tu aimes mourir. Et quand tu reviendras... » Il hausse les épaules. « Rien ne sera plus jamais pareil. Et tu t'en iras. »
« Dean, » Cas se redresse sur un coude. « Ce n'est pas du tout ce qu'il va se passer. Comment peux-tu penser une telle chose, juste après qu'on – »
« Après notre folle partie de jambes en l'air ? » demande Dean à mi-voix. « Après notre furieuse et désespérée partie de jambe en l'air qui ressemble affreusement à un adieu ? »
Cas ferme la bouche et baisse les yeux.
« Mais ça va, » affirme Dean, même s'il est quasi sûre que ça n'ira plus jamais. « Je veux que tu saches que... tu n'as pas à t'inquiéter pour moi. Ça va aller. » C'est un mensonge, mais un mensonge indispensable. Cas en a besoin. Ce serait tellement facile de lui demander de rester, et il le ferait – suffit juste que Dean utilisent les bons mots pour qu'il le fasse – mais il a besoin de ce voyage. Il a le droit de se réconcilier avec Daphné avant qu'elle ne meurt.
Si je l'aimais moins, je serai incapable de le laisser partir.
Soudainement, Dean comprend exactement ce qu'Amélia a voulu dire.
Castiel se rassoit et dévisage Dean avec une expression indéchiffrable. « Ça n'arrivera pas Dean. Je te le promets. »
« Cas. » souffle Dean. « Comme je te le disais, je sais que ce ne sera pas intentionnel. Ça arrivera que tu le veuilles ou non. Je veux seulement que tu saches que tout ira bien quand ce sera le cas. »
Un silence lourd de sens fait écho à ses paroles.
« Dean. » La voix de Cas devient brusquement tel du granite, de l'acier trempé, glaciale et acerbe. « Est-ce que tu te rends compte à quel point je me sens insulté ? »
Dean se relève avec empressement. « Quoi ?! »
« Est-ce que tu me fais confiance ? » demande sévèrement Cas.
« C'est pas une histoire de – »
« Est-ce que tu me fais confiance ? » insiste-t-il.
Dean déglutit sa réponse. « Oui. »
« Je viens juste de te promettre que je n'allais pas te quitter, » affirme Cas. « Ce n'est pas le genre de promesse que je fais à la légère. T'as décidé de l'ignorer au profit saugrenu de ce sens du sacrifice. Soit tu me fais confiance pour tenir mes engagements, soit tu ne me fais pas confiance, mais on ne peut pas prétendre à une relation sans ça. Est-ce que tu comprends ? »
Dean acquiesce, et paradoxalement, prend pleinement conscience de sa propre nudité. Il n'est rien de plus qu'un homme nu, allongé au beau milieu d'un couloir, totalement vulnérable, et ne pouvant dissimuler quoique ce soit.
Cas glisse sa main sur le bras de Dean. « Je tiens à toi, et je me suis engagé avec toi. Je le suis depuis le jour où tu m'as sauvé la vie. » Il regarde Dean dans les yeux. « C'est tout ce qui importe dans ce monde, Dean : l'affection et l'engagement. Le reste n'est qu'une simple nuance. Est-ce que tu tiens à moi ? »
« Tu sais bien que oui. »
« Est-ce que tu t'engages avec moi ? »
Dean se penche en avant puis, lentement, dépose ses lèvres sur celles de Cas avec douceur. Il souffle ensuite sa réponse, « Bien sûr. »
Cas presse son front contre celui de Dean tout en fermant les yeux. « Je t'aime, » murmure-t-il. « Je n'aurai pas fait l'amour avec toi si ce n'était pas le cas. J'ai attendu tellement longtemps parce que je voulais en être certain, puis j'ai attendu et attendu encore jusqu'à ce que je me rende compte... que j'avais déjà ma réponse. J'attendais parce que j'étais terrifié à l'idée de te blesser, et j'étais terrifié à l'idée de te blesser parce que l'idée même que ça puisse être le cas m'est... physiquement insupportable. » Dean sent sa gorge claquer lorsqu'il déglutit. « Je vais revenir. C'est promis. »
« C'est agréable à entendre, » chuchote Dean. « Mais je...je n'ai pas envie que tu restes avec moi uniquement parce que le contraire me ferait souffrir, d'accord ? Je ne veux pas que ça se passe comme ça. »
« Ce n'est pas le cas, crois-moi. » Cas cale ses mains sur celles de Dean, et les cramponne fermement. « Je tiens énormément à toi, Dean. Tu n'as pas idée à quel point. »
Ses mots emplissent la poitrine de Dean d'une douce sensation de chaleur se propageant au reste de son corps. Il redresse le menton puis l'embrasse à nouveau, fusionnant avec lui de façon si absolue et sincère qu'il a l'impression que rien d'autre n'existe en dehors Cas. Et pendant un instant incroyablement euphorique, cette effervescence le transporte vers une sensation lui procurant plus de bonheur qu'il n'en a jamais ressenti auparavant, plus que les drogues auxquelles il a déjà touché, plus que toutes les relations sexuelles qu'il a pus avoir, et dès lors, la seule chose qui lui vient à l'esprit c'est
Ça y est. C'est ce que nous sommes. C'est ça.
C'est ça.
Puis bien trop vite, cette sensation s'atténue pour ne laisser qu'une douce lueur tels des points blancs persistant au fond des yeux après un éclat de lumière aveuglant.
Il retire ses lèvres de celles de Cas et ricane. « Non, j'suis sûr d'être genre... dix fois plus amoureux que toi. Peut-être vingt fois. »
« Ce n'est pas une compétition, » dit Cas.
Dean lui lance un sourire en coin. « C'est ce que les perdants disent toujours. »
Cas reste dubitatif. « S'il s'agissait d'une compétition, c'est moi qui gagnerais. »
« Dixit le gars qui s'envole pour le Michigan. Je suis la femme fidèle que tu laisses derrière, avec le ruban jaune [1] et tout le tralala. Rien que ça devrait m'accorder plus de points. »
« Je n'avais pas remarqué que tu étais une femme. Je suppose que j'étais trop distrait par ton pénis. »
« Et voilà maintenant le sarcasme. Sois réaliste, Cas, ta flamme s'est consumé. Mon amour est bel et bien plus fort que le tien. Et plus beau, même, disent certains. »
« Dans ce cas, il est clair que tu n'as interrogé que des alcooliques. »
« Ça coule de source Cas, j'en fais parti. »
[…]
22h51
Dean se gare près du terminal et tire la valise de Cas pour la sortir de la voiture. « Bordel mais qu'est-ce que t'as fourgué là-dedans ? Il pèse un âne mort ton truc. »
« J'ai emporté quelques livres, » répond Cas, en s'extirpant du siège passager.
Dean positionne le bagage sur ses minuscules roues chevrotantes. « On dirait plutôt que t'as emporté la bibliothèque au complet. »
Cas tire habilement sur la poignée et incline la valise dans l'angle idéal avant de commencer à la traîner derrière lui. « Ça doit faire une dizaine d'années que je n'ai pas pris l'avion, » déclare-t-il. « Il me semble que les mesures de sécurité sont beaucoup plus rigoureuses aujourd'hui. »
Dean frémit. « Je saurais pas t'dire. J'essaie d'éviter l'avion par tous les moyens. Ce tas de ferraille volant est un véritable engin de mort, si tu veux mon avis. »
Cas le fusille des yeux.
« Mais – mais pas pour toi ! » tente pitoyablement Dean. « Tout va biiiiiien se passer. »
« Viens par là, » maugrée Cas . « Offre à l'homme voué à une mort certaine un baiser d'adieux digne de l'intensité du moment. »
Dean s'esclaffe avant de tirer Castiel par la manche pour l'embrasser. Le baiser s'éternise. C'est le genre de baiser qui perdure sur le pas d'une porte à la tombée de la nuit, le genre de baiser qui donne envie au concierge de se racler la gorge tandis que les portes de l'ascenseur s'ouvrent, un baiser qui nécessite de reprendre son souffle lorsqu'il se termine mais où les lèvres continuent de s'effleurer, dans l'attente, dans l'espoir, dans la supplication muette d'une minute de plus.
Cas finit par agripper son sac par la poignée en s'éloignant de Dean. « Vraiment très intense, » dit-il. « On se revoit bientôt. »
Dean enfonce les mains dans ses poches. « Appelle-moi ou quelque chose du genre une fois que t'es là-bas. Juste histoire que je sache que t'es vivant. »
Cas hoche le tête. « Je le ferais. »
Dean commence à regagner la voiture. « Joyeux Noël ! »
Cas lui fait un signe de la main. « Joyeux Noël, Dean. »
Il observe Cas marcher jusqu'au terminal tout en essayant de se débarrasser des désagréables frissons remontant le long de sa nuque.
[…]
26 décembre, 7h22
Le téléphone de Dean vibre sur sa table de nuit.
Celui-ci ne se réveille pas.
[…]
26 décembre, 7h32
Le téléphone de Dean vibre à nouveau.
Dean émerge lentement de son sommeil, la tête complètement dans le cirage. Il cherche à tâtons son téléphone avant de le porter à son oreille. « Cas ? »
« Dean, c'est Jody. »
Dean plisse fortement les yeux tout en essayant de se concentrer. « Jody ? Qu'est-ce qui a ? »
« Lève-toi, Dean. Et habille-toi. »
Dean se redresse, tous les muscles de son corps se raidissant. « Jody, qu'est-ce qui s'passe ? »
Quelqu'un se met à tambouriner à la porte.
« Il s'est passé quelque chose de pas net, Dean. T'as des visiteurs en chemin. »
La personne derrière la porte frappe à nouveau, quatre fois.
« Ils sont déjà là, » siffle Dean. « Jody, tu as trois secondes pour m'expliquer ce que signifie tout ce bordel ! Qui est-ce qui est à ma porte ? »
« Va répondre, Dean ! » s'exclame Jody. « Je ne suis même pas sensée te parler alors fais-moi plaisir et va m'ouvrir cette fichue porte ! »
« Monsieur Winchester ? » appelle une femme, la voix se perdant au travers de la maison. « Monsieur Winchester ? »
Dean raccroche au nez de Jody, attrape sa robe de chambre pour l'enfiler brusquement avant d'ouvrir la porte à la volée, plissant les yeux face à la lumière du jour. « Bonjour ? »
Un homme et une femme se tiennent sur son palier, tout deux fagotés de leur costume gris. La femme semble plus âgée, et autoritaire, bien que séduisante si on aime le genre strict aux boucles brunes. L'homme, quant à lui, n'est qu'un espèce de gringalet, affublé d'un gros nez, de grandes oreilles, et d'un sourire de demeuré.
« Monsieur Winchester. » La femme fouille dans sa poche pour en sortir un badge qu'elle met en évidence. « Je suis l'agent spécial Ellen Harvelle, et voici mon partenaire, l'agent Garth Fitzgerald. »
L'homme lui tend la main, son sourire s'élargissant un peu plus. « Vous pouvez m'appeler Garth. »
Dean ne lui rend pas son geste.
« Nous sommes ici sur demande du F.B.I. car votre ami Castiel Goodwin ne répond pas au téléphone, » explique l'agent Harvelle. « Avez-vous un autre moyen de le contacter ? »
« Non, il – il l'a probablement éteint à cause de l'avion, » répond Dean, levant une main pour se protéger du soleil.
Harvelle ne semble pas surprise. « Son avion a atterri il y a une heure. »
« Comment vous le savez ? » demande Dean. « Pourquoi vous voulez le joindre ? »
Harvelle et Garth s'échangent un regard. « Nous avons seulement quelques questions à lui poser en lien avec une enquête que nous venons d'ouvrir, » explique Garth. « Nous souhaiterions entrer et en faire de même pour vous, si cela ne vous dérange pas. »
« Si, si ça me dérange oui, » rétorque Dean, « Je veux savoir quel est l'objet de l'enquête, et pourquoi Cas est impliqué, et aussi pourquoi vous sonnez chez moi à sept heures du mat', et je ne répondrais à aucune de vos questions tant que vous ne répondrez pas aux miennes. »
L'agent Harvelle fait un pas en avant, un lueur provocatrice lui déformant la mâchoire et la bouche bizarrement tordu. « Eh bien, Monsieur Winchester, puisque vous insistez. » Elle remet son badge dans la poche de sa veste. « La nuit dernière, aux alentours de minuit, un corps a été découvert près du Lac Madeleine. D'après le niveau de décomposition, il semblerait que le décès remonte à environ un mois. »
L'air de la pièce devient subitement glacial.
« Il s'agissait du corps d'une fillette de quatre ans, » continue Harvelle en montrant ses doigts, « son corps a été mutilé selon le même mode opératoire que les meurtres du Lac Madeleine pour lesquels Castiel Goodwin avaient été poursuivi, et nous avons des traces d'ADN reliant Monsieur Goodwin au corps. » Elle plisse les yeux en effectuant un nouveau pas en avant, son visage se retrouvant à seulement quelques centimètres de celui de Dean. « A présent, si on se base sur cette seule preuve, je pourrai souscrire un mandat d'arrêt contre lui sur le champ, et pour tout vous dire, c'est ce que je compte faire dans un futur proche. La seule chose qui m'en empêche, c'est mon excessive bonté d'âme ; ça et le fait que Castiel Goodwin ait réussi un travail remarquable à se dérober du système. Si vous commencez à faire de vous un obstacle, je serai dans mon droit le plus strict de traîner vos fesses jusqu'à la court pour obstruction à la justice. » Elle croise les bras. « Donc soit vous m'autorisez, moi et mon partenaire, à entrer pour répondre à nos questions, soit vous y répondrez depuis les barreaux d'une cellule. »
Dean resserre tellement la main sur l'encadrement de la porte que ses phalanges en blanchissent à l'instar du monde qui semble avoir également perdu de ses couleurs. Tout semble fade, gris et froid.
Rien de tout ça n'a de sens.
« C'est une erreur, » lâche-t-il d'une voix rauque. « Il doit y avoir une erreur. »
Garth s'approche à son tour, la visage marqué par l'inquiétude tout en balayant Harvelle et Dean du regard. « J'ai conscience que ça fait beaucoup à avaler à une heure aussi matinale, » s'excuse-t-il, en tapotant sa main sur l'épaule de Dean. « Désolé mon vieux. Et si on rentrait plutôt à l'intérieure boire un café ? »
Dean tâtonne à la recherche de son téléphone dans la poche de sa robe de chambre. « Cas, faut que j'appelle Cas. »
Harvelle soupire, « Il ne répond pas. Nous avons des collègues dans le Michigan qui vont venir l'embarquer. »
Dean sent sa bouche devenir sèche comme si elle était remplie de craie. Il n'arrive pas à déglutir et les mots restent bloqués dans sa gorge. « Ne l'arrêtez pas, j'vous en prie. Vous ne le connaissez pas. Ça – ça le tuerait. J'vous en prie, s'il vous plait. »
« Aller, mon vieux, rentrons, » dit Garth en le guidant à l'intérieur. « On est seulement là pour discuter. »
Dans quinze minutes, les autres membres du F.B.I. seront sur place pour fouiller la maison de fond en comble, d'un bout à l'autre de chaque coin et recoin. Puis ils catalogueront et photographieront tout ce qu'ils trouvent, même les choses les plus insignifiantes ; ils passeront au peigne fin chacun de leurs effets personnels afin de ne négliger aucune piste.
Castiel Goodwin est suspecté de meurtre au premier degré.
o0o
o0o
A suivre
[1] Aux USA, le ruban jaune est, en général, associé à ceux qui attendent le retour d'un être cher ou de soldats en guerre à l'étranger.
