Source : Exonerated By Thecouchcarrot

...euhm, hey !

Je sais pas trop comment soigner mon entrée en la matière sachant que je vous ai laissé tomber pendant deux semaines sans explications...
Que certaines se rassurent, je ne laisse PAS tomber cette histoire, la traduction me passionne toujours autant et je vais pas vous laisser en si bon chemin. J'ai seulement eu quelques contre-temps qui m'ont éloignée de mon ordinateur et j'ai, en outre, eu un mal fou à traduire ce chapitre (pourtant vous verrez qu'il a rien d'exceptionnel, mais moi il m'a fait souffrir !) notamment le passage en italique (qui ne fait que 5 lignes !) que je me suis contentée d'interpréter plutôt que de traduire car il possède un fond très métaphorique mais surtout psychotique.
En soit, ce sont de piteuses excuses que je vous offre, mais j'espère que ce chapitre vous plaira quand même, d'autant qu'il est plutôt long, c'est un plus pour essayer de me faire pardonner.

Enjoy !

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11h01

Retrouver l'adresse de Margaret Master s'avère relativement simple – il suffit à Sam de taper son nom sur le web pour que ses coordonnées apparaissent parmi les cinq premiers résultats. Les deux frères décident de lui rendre une petite visite. Sam est au volant, pendant que Dean est assis sur le siège passager. Il déteste le siège passager.

« A quelle heure t'as dit à Harvelle qu'on arrivait ? »

« Treize heures, » répond Sam. « On a un peu de temps. »

Dean fixe son téléphone. Pas de messages. « Ils vont pas toucher à ma voiture, hein ? »

« L'impala était listée dans le mandat. »

« Les salauds. »

« Ils vont pas faire de mal à ta voiture, Dean. »

« Ça t'en sais rien, » lance Dean. « Imagine qu'ils décident de prélever des morceaux de siège pour leurs analyses, hein ? »

« Tu sais très bien qu'ils le feront pas à moins d'y être contraint. »

C'est vrai. Lorsque Dean était inspecteur, il faisait toujours en sorte de respecter les biens des gens. Ceci dit, il a entendu parler des méthodes du F.B.I.

Il jette un nouveau coup d'œil à son téléphone. Pas de messages.

Sam s'engage le long d'un immeuble verdâtre à l'aspect sordide, l'un des vingt immeubles du lotissement portant le nom aventureux de "la colline dans les bois." Il doit y avoir une demi-douzaine d'arbres implantés sur des lopins d'herbes gelés qui font offices de pelouses ; tout le reste n'est que du bitume.

« Il est pourri ce quartier, » fait remarquer Dean. « Je croyais que c'était une auteur plutôt reconnue... »

« Elle l'est, » dit Sam. « Elle a une maison en Floride. Elle s'est seulement installée ici durant son passage à Hanneville cette année pour pouvoir interviewer Lucas. »

Les deux frères sortent de la voiture et s'approchent de l'entrée de la biographe de Lucas. Son tapis fantaisie est recouvert d'une couche verglacée, mais Dean parvient à distinguer le message qui y est imprimé : "Si t'es riche, canon, et célibataire, je suis là."

« Charmant, » commente Sam. Il toque à la porte, et Dean plonge ses mains dans ses poches.

Moins d'une minute plus tard, la porte s'ouvre en grand, et une femme à la chevelure ébène encadrant un visage rond fait son apparition. Ses cheveux sont entremêlés et elle a de grosses poches sous les yeux, signes plutôt révélateurs d'une nuit agitée et un peu trop alcoolisée. Elle ricane.

« Shérif, » lance Meg de sa voix traînante. « Ça fait un bail. »

[...]

L'agent Ellen Harvelle est juchée sur le bord de son casier, les bras croisés tout en tapant du pied. Elle sort ses lunettes de la poche intérieure de sa veste et commence à en mordiller la branche.

« Qu'est-ce qui s'passe, chef ? » demande Garth, installé dans le bureau adjacent. Il soulève son "mondo burrito" tout en le soupesant de ses deux mains. « Vous faîte encore cette tête bizarre. »

Ellen retire les lunettes de sa bouche. « Garth, donne-moi cinq bonnes raisons pour lesquelles je devrais mentir à Dean Winchester. »

Garth s'arrête en pleine mastication, mangeant la moitié de ses mots, « A pro'co d'quoi ? »

« A propos de tout, » dit-elle. « Cinq raisons pour lesquelles je devrais le laisser dans le brouillard, bluffer, le mettre à l'écart de cette enquête. »

Garth avale sa bouchée. « Premièrement : il pourrait entrer en communication avec le suspect et l'avertir dès lors qu'on sera sur le point de trouver sa planque. »

« On n'a pas besoin de lui dire où se trouvent nos agents, » réplique Ellen. « Traquer Castiel ne fait pas partie de l'enquête criminelle en elle-même. Suivante. »

« Deuxièmement : il pourrait saboter l'enquête, » propose Garth. « S'il est au fait de ce qui est en notre possession, alors il est également au fait de ce qui ne l'est pas encore. Il pourrait détruire et/ou altérer des preuves. »

« Pas si on l'empêche de mettre la main dessus, » dit Ellen. « Si on garde un œil sur lui, qu'on lui colle aux basques H-24... Il pourrait même nous fournir de nouvelles pistes si on le surprend en train de fouiner de son côté. Suivante. »

« Troisièmement : il pourrait très bien être en train de nous mentir à l'heure actuelle. » Garth s'empare d'un autre morceau avant de l'avaler. « Peut-être que tout ce qu'il a toujours voulu, c'est prouver sa propre innocence, et qu'il ferait n'importe quoi pour mettre Castiel derrière les barreaux – y comprit falsifier des preuves matérielles. »

Ellen secoue la tête. « Non, ça n'aurait pas été trop dur pour lui de l'avouer si c'était le cas – il coopérerait avec nous. Il n'aurait aucune raison de mentir. »

« Quatrièmement : il va vouloir prendre part à l'enquête. »

Ellen roule des yeux en agitant dédaigneusement la main. « Il connaît les règles du jeu, Garth. Il a été inspecteur. Il peut pas faire partie de cette enquête, et s'il chouine de trop, je l'en écarterai complètement. Donne-moi-en une autre. »

Garth s'essuie les mains à l'aide de sa serviette en se creusant la tête. « Eh biennnn...Euh...bon c'est un peu tiré par les cheveux, mais durant toutes ces années Winchester a été proche de l'épicentre de toutes ces tragédies. Il y a une éventuelle possibilité qu'il soit le véritable tueur. Ce qui lui laisserait une longueur d'avance sur nous. »

Ellen mordille à nouveau la branche de ses lunettes, plisse les yeux, puis secoue la tête. « Non, y'a rien qui nous met sur cette voie-là. Et puis, je l'ai bien cerné... il est transparent. D'une transparence qui frise l'exubérance. Je pense pas qu'il puisse nous cacher quelque chose d'aussi gros. »

Garth lâche une moue dubitative. « Il peut très bien vous avoir enjôlé avec son physique de beau gosse. »

Ellen lui jette un regard noir. « Je suis une professionnelle, Garth ! »

Garth hausse les épaules. « J'disais ça comme ça. Ce mec est plus mignon qu'un chiot tacheté derrière une vitrine. Si j'étais né avec d'autres convictions, je pourrai me laisser tenter – »

« Ça suffit. » Ellen se dégage de son perchoir tout en rangeant ses lunettes. « Donne-moi cinq autres raisons. »

[…]

Castiel Goodwin se tient dans un coin de la rue d'un Lansing enneigé, zyeutant la rue de long en large. Il n'a ni bagage, ni sac avec lui, et porte seulement un manteau qu'il n'avait pas auparavant – un manteau gris foncé dont le col est remonté, protégeant sa nuque du vent glacial. Il est en train d'attendre un taxi.

L'un d'eux se gare près du trottoir, laissant Castiel s'installer à la plage arrière.

« C'est pour aller où ? » demande le taxi, la lueur rougeoyante des chiffres se reflétant déjà sur le compteur.

« La gare routière de Greyhound, » répond Castiel. Il se penche en avant et tend une épaisse liasse de billet au chauffeur. « Vite. »

[…]

11h17

« Toi ! Cette garce ? » vocifère Dean, en pointant Margaret Masters tout en cherchant une arme qu'il n'a pas. « La saloperie de chienne biographe de Lucas Meg la garce?! »

« Dean, » le met en garde Sam, jetant un œil nerveux aux alentours, « baisse d'un ton, et – essaie de faire des phrases. Tu la connais ? »

Meg s'avance dans l'entrée, affublée de son pyjama en soie rouge. « J'ai cru comprendre que ça parlait de Lucas et de mon livre. Aurais-je oublié de le mentionner la dernière fois ? »

« Vraiment hilarant ! » explose Dean. « Oh, quelle garce, tu brûleras en enfer pour c'que t'as fait – »

Son regard se durcit et elle raffermit sa posture. « Excusez-moi, mais j'ai arrêté d'aller au catéchisme il y a quinze ans. La conversation s'arrête là. » Elle commence à refermer la porte.

Avant même que Sam n'ait le temps de cligner des yeux, Dean engouffre son pied dans l'encadrement et la stoppe net dans son élan, agrippant la porte tout en la forçant à rouvrir. « On va certainement pas en rester là, » gronde-t-il. « Dis-nous où il est. »

« Qui ? Lucas ? » demande Meg. « Il est en taule, Einstein ! »

« Castiel Goodwin ! » rugit Dean. « L'homme que tu as fait accuser de meurtre ! »

Meg se recule, ses doigts se refermant sur la poignée. « Je ne l'ai pas fait accuser de quoique ce soit, » siffle-t-elle. « Ce meurtrier se débrouille très bien tout seul. »

Dean se jette sur elle et l'empoigne violemment par le bras, le visage livide et déchaîné. « Toi – je vais te tuer – »

« Dean ! » Sam tire son frère en arrière, l'écarte de la femme et le flanque contre l'entrée. « Dean, bordel, qu'est-ce qui t'prend?! » Il le pousse une nouvelle fois pour être sûr. « Sérieusement, qu'est-ce que tu fous, putain ? »

Meg se frotte le bras, à l'endroit où un bleu est probablement déjà en train de se former sous la manche en satin, et dévisage Dean, la mâchoire serrée et le regard provocateur. « Il n'a jamais rappelé, vous savez. La gazelle ne m'a jamais rappelé. »

« Qui êtes vous ? » demande Sam. « Comment connaissez-vous Dean ? »

« Je suis Meg Masters, » répond-t-elle. « On s'est rencontré dans un bar il y a quelques mois de ça. »

« Elle a couché avec Cas, » lance Dean d'une voix rauque, un peu à bout de souffle, ses épaules continuant de vouloir fondre vers elle au détriment de la volonté de ses jambes. « Elle a pu se procurer – ses poils – »

« Je n'ai pas précisé à la gazelle que je connaissais son frère, » continue Meg. « Ce genre d'info coupe l'envie à la plupart des gens. »

« Pourquoi pensez-vous qu'il s'agit d'un meurtrier ? » demande Sam.

Meg revêt un sourire narquois. « J'ai toujours su pour Castiel. Je suis en train d'écrire sur la vie de Lucas. J'ai appris deux-trois trucs. »

« Ah ouais ? » contrecarre Dean. « Dans ce cas, pourquoi tu lui as sauté dessus ? »

Le sourire de Meg gagne en intensité et ses yeux se mettent à briller d'une lueur étrange. « On appelle ça du fétichisme, chéri. Il se trouve que les psychopathes ont tendance à faire vibrer ma corde sensible. »

Dean s'avance à nouveau vers elle, et Sam tend le bras pour lui barrer le passage. Dean n'essaie pas de le repousser, mais son regard noir est tellement glacial qu'il n'en a pas besoin. « T'es tordue. Et tu vas venir avec nous au commissariat. »

Meg serre les poings. « Primo, non. Et deuxio – sûrement pas, non. »

Sam accentue la pression de son bras contre le torse de Dean, et à sa grande surprise – Dean comprend effectivement le message. Il recule et garde la bouche fermée.

Sam prend une profonde inspiration et regarde Meg dans les yeux. « Vous écrivez un livre à propos de Lucas Goodwin, » dit-il. « Il nous affirme que vous avez la version complète en votre possession. Nous avons besoin d'y jeter un œil. »

« Demandez à voir son exemplaire dans ce cas, » suggère Meg. « Je le lui ai donné le mois dernier. Il l'a approuvé et on va le publier. Il devrait être dans les rayons d'ici quelques semaines... »

Sam sent son cœur s'enfoncer dans le creux de son estomac. Soit Lucas ne leur a pas proposé son exemplaire, soit il l'a déjà remis au F.B.I.

« On a besoin d'un autre exemplaire, » dit-il. « Vous devez avoir la version manuscrite. »

Meg plisse les yeux. « Et pourquoi je devrais vous la donner ? »

La lèvre de Dean s'étire avec mépris. « Parce qu'autrement je te foutrais mon poing dans la – »

« Parce qu'autrement on fera venir la police, » l'interrompt Sam. « Et ils feront appliquer une commission rogatoire, et qui sait ce qu'ils vont trouver... »

Meg jette un coup d'œil dans son appartement.

Dean reste silencieux tout en lançant un regard vers Sam.

Ce dernier hoche la tête.

« Donnez-moi une seconde, » dit Meg, le regard fusant d'un frère à l'autre. « Ne défoncez pas la porte ou j'sais pas quoi. » Elle leur referme la porte dessus, faisant résonner une multitude de loquet derrière elle.

Sam patiente en compagnie de Dean. Le cadet calcule mentalement les probabilités pour qu'elle revienne avec un flingue récupéré dans son placard.

Après une longue et interminable minute, le cliquetis des différents loquet résonne à nouveau et la porte s'ouvre à la volée. Meg balance un épais cahier à Sam. « Voilà. Tout est là. Est-ce que vous allez me foutre la paix maintenant? »

Sam s'empare du cahier en souriant. « Eh bien, je ne peux rien promettre, mademoiselle Masters. Mais nous vous remercions pour votre coopération. Passez une bonne journée. » Sur ces mots, il tourne les talons.

Dean, quant à lui, lui lance un sourire emplit de sarcasme tout en lui faisant un signe de la main. « Rendez-vous en enfer, saleté de succube ! »

Meg lui claque la porte au nez.

Dean trottine pour pouvoir rattraper Sam, et ils retournent jusqu'à la voiture. Sam jette le cahier sur la banquette arrière puis fait vrombir le moteur. Dean ne peut s'empêcher de demander, « Comment tu le savais ? »

Sam met sa ceinture. « Savais quoi ? »

« Pour sa came, » insiste Dean. « Comment tu savais qu'elle planquait de la drogue chez elle ? »

Sam étouffe un rire. « J'en savais rien, Dean. Je me suis juste dit qu'une personne ayant un faible pour les tueurs en série devait avoir un ou deux placards qu'elle n'a pas envie que la police aille fouiller. »

Dean hausse les sourcils. « Bien vu. »

« Elle sera certainement pas ravie lorsque les fédéraux vont se pointer, » annonce Sam, en tournant la tête pour regarder à travers la vitre du coffre pendant qu'il sort de sa place de parking. « Mais c'est pas notre problème. »

[…]

11h47

« Aller, » dit Sam. « Faut que tu manges, Dean. »

« Non sérieusement – j'ai envie de rien, » insiste Dean. « Toute cette journée me donne envie de gerber. »

Sam se penche quand même vers le haut-parleur du drive-in. « J'aimerai aussi un double cheeseburger et un milk-shake. »

[…]

12h24

« Je pense qu'on devrait se mettre en route pour le commissariat, » déclare Sam, en froissant sa serviette avant de démarrer la voiture. Il s'engage sur la chaussée et se fraye un chemin jusqu'à l'autoroute, zigzaguant le long des voyageurs installés au bord de l'aire de pique-nique.

Dean jette un œil à son téléphone.

Pas de messages.

Le fond de sa gorge commence à le tirailler, et le revers de sa langue devient pâteux.

« Sam, » prévient Dean, « Arrête-toi. »

« Dean, on est au beau milieu de – »

Dean s'agrippe à la poignée de porte jusqu'à s'en blanchir les phalanges, le visage recouvert d'une pellicule de sueur froide. « Sam, je suis sérieux ! Arrête-toi tout de suite ! »

Sous un concert de klaxons et tout en manquant de peu de s'encastrer dans une voiture, Sam se rabat sur la bande d'arrêt d'urgence juste à temps pour que Dean puisse ouvrir la portière et vomir sur le macadam, l'estomac convulsant et déversant tout son contenu au sol. Il hoquette jusqu'à ce qu'il n'ait plus rien que de la bile au bord des lèvres puis reste dans cette position, à moitié en dehors de la voiture en serrant la portière, les yeux humides.

Il peut sentir le regard de Sam sur lui. « Dean ? »

« Je te l'avais dit, » grommelle Dean. Il s'essuie les yeux en frissonnant. « T'as voulu me faire bouffer ce fichu cheeseburger... »

« Désolé. »

« Donne-moi de l'eau. Bordel, c'est dégueulasse... »

[...]

12h53

Les deux agents du F.B.I. s'installent d'un côté de la table, et les frères Winchesters de l'autre. La pièce lambrissée avec sa moquette rouge bordeaux et ses chaises en métal clair pourrait passer pour une salle de conférence ordinaire si l'absence de fenêtre ainsi que le verrou sur la porte n'était pas aussi flagrante. Cette pièce n'a qu'un seul et unique but.

L'agent Harvelle appuie sur le bouton d'enregistrement du dictaphone posé au centre de la table. « Dean, » dit-elle, « nous aimerions vous poser quelques questions. »

« Écoutez, je me sens un peu à cran aujourd'hui, » répond poliment Dean, « alors pourquoi on passerait pas outre tout ce blabla pour entrer directement dans le vif du sujet. » Il joint ses mains entre elles et les repose sur la table. « Nous avons le nom et l'adresse de la femme qui a été en contact avec Lucas Goodwin ces derniers mois, qui nous a abordé avec Castiel dans un bar aux alentours d'Halloween et qui a commencé à lui faire du rentre-dedans. Je connais pas l'étendue réelle de leur relation, mais ce que je sais, c'est qu'environ un mois plus tard, elle a déniché notre adresse et s'est pointé chez nous à l'improviste, soi-disant pour refiler son numéro à Castiel. Pas une seule fois elle n'a fait allusion au fait qu'elle était la biographe de Lucas. Sam et moi sommes allés la voir toute à l'heure pour en savoir plus sur ses rapports avec Lucas et elle nous a fait part de son penchant pervers pour les meurtriers. Je pense qu'elle est de mèche avec Lucas dans l'accusation de meurtre de Castiel, et si vous avez ne serait-ce qu'une once d'éthique morale vous irez fouiller sa baraque brique par brique jusqu'à en dénicher la preuve. »

L'agent Harvelle et Fitzgerald restent silencieux sur leur chaise.

Sam fait glisser un morceaux de papier contenant le nom, l'adresse et le numéro de téléphone de Meg par-dessus la table en direction de Garth.

Harvelle lisse sa veste en serrant la mâchoire. « Monsieur Winchester, êtes-vous en train de mener votre propre enquête du meurtre sans autorisation ? »

Dean s'enfonce dans sa chaise en haussant les épaules. « Je suis détective privé maintenant, donc...ouais j'imagine. »

« Je ne crois pas que vous réalisez la situation dans laquelle cela nous expose. » Harvelle se penche en avant, le regard dur et tranchant. « Je suis venue ici prête à coopérer, Dean, mais je ne peux absolument pas vous autoriser à compromettre notre enquête de la sorte. Nous avons déjà le livre de Margaret Masters en notre possession ainsi que la totalité de ses sources, toujours est-il qu'aucune preuves ne semblent converger vers son hypothétique complicité. »

« Ah ouais ? » conteste Dean. « Et c'est quoi ces preuves ? »

« Je vous communiquerai cette information à une condition. » La voix d'Harvelle est basse et aussi tranchante qu'un rasoir. « A partir de maintenant, vous cessez votre enquête. Ce sont mes conditions. Vous avez bien compris ? Si ça vous ronge les tripes, vous nous appelez, soit moi soit Garth. Si vous faîtes ne serait-ce que penser à jouer les détectives, je me ferai une joie de porter vos entrailles en bandoulière. Est-ce que c'est clair ? »

Dean se renfrogne. « Je ne "joue" pas les détectives. Je suis un détective – »

« C'est d'accord, » le coupe Sam. « Il ne poursuivra plus aucune piste de son propre chef. »

Harvelle les dévisage tous les deux un long moment.

« Je t'avais dit que ce serait une mauvaise idée, » dit-elle à Garth. « Mais t'as voulu en faire qu'à ta tête.. »

Garth lui fait un large sourire. « Oh, vous voyez bien qu'ils sont réglos, chef ! Non mais regardez-les ! »

« Quelle est cette preuve que vous avez ? » demande Sam. « Nous savons à propos du poil sur la victime. »

Harvelle fait glisser l'épais dossier beige se trouvant à côté d'elle vers le centre de la table avant de l'ouvrir. « Eh bien, comme vous le savez, le corps a été retrouvé en état de décomposition avancée dans une zone particulièrement boisée, nous avons donc fait venir un expert médico-légal afin d'en analyser les vestiges. Elle a terminé le rapport préliminaire il y a environ une heure, mais elle procédera à des examens complémentaires au cours des prochaines 24 heures. »

Dean déglutit. « Et ? »

« Et... » Harvelle leur tend une photocopie suivi d'un compte-rendu type, accompagné d'un rapport détaillé des observations de la scientifique. « Si on part du principe que tous les autres meurtres ont été commis par Lucas, la première explication logique pour ce qui est du meurtre de Gabriella serait celle d'un tueur imitateur. Si tel était le cas, on se serait attendu à voir une certaine dissemblance entre la façon dont Gabriella a été tuée et la façon dont les autres victimes l'ont étés. »

Dean balaye la feuille du regard, mais comprend à peine ce qu'il lit. Ça pourrait aussi bien être du Grec. Sam y jette un œil par-dessus son épaule, ses yeux parcourant le document ligne par ligne.

« Il y a bien quelques dissemblances, » commente Garth. « Aucune des autres victimes n'a été droguées, on a pourtant retrouvé des résidus chimiques sur le visage de Gabriella attestant l'usage de chloroforme. Les côtes ont également été fracassées de l'extérieur au lieu d'être arrachées depuis l'intérieur. »

« Mais ce qui est troublant, ce sont les similitudes. » Harvelle se masse les tempes. « Notre toubib souhaite exhumer le corps de Kenny Whidbey pour le confirmer, mais... elle pense que les blessures infligées au niveau des globes oculaires l'ont étés, non pas seulement par la même personne... mais par la même personne, avec le même canif. »

« Ça n'a absolument aucun sens, » rétorque Dean, les yeux toujours rivés sur la feuille. « L'A.D.N. de Lucas se trouvait sur Kenny. Il est le seul enfant dont on est sûr qu'il soit le meurtrier. »

Harvelle et Garth échangent un regard.

« Ce qui nous amène à la preuve suivante, » dit Harvelle. « Garth et moi sommes allés voir Lucas aujourd'hui, et il nous a remis une copie de sa biographie. Nous l'avons quelque peu feuilletée, et il se trouve qu'il y tient des propos très intéressants. »

« L'A.D.N. ! » insiste Dean. « Les preuves A.D.N. ! C'est la putain de norme par excellence ! »

Garth tend la main et lui tapote le bras. « Là là. »

Dean se retire sèchement tout en le fusillant du regard.

« Il reconnaît toujours être l'auteur des meurtres, » explique Harvelle. « Mais d'après lui, il ne les a pas perpétrés tout seul. »

L'information met un bon moment avant d'arriver jusqu'à Sam et Dean.

Sam baisse le regard en remuant la mâchoire.

« Vous – vous êtes en train de dire que, » bredouille Dean, serrant et desserrant les poings, « vous êtes en train de dire que vous pensez que Lucas – et Castiel, qu'ils sont de mèche tous les deux depuis le début. Que c'était une complicité fraternelle. »

« Ça expliquerait les similitudes, » dit Garth. « Ça expliquerait pourquoi les preuves nous ont conduites vers Castiel en premier lieu. Ça expliquerait pas mal de choses. Et... » Il tend la main et extirpe une autre photocopie du dossier de Harvelle. « Ça expliquerait ceci. » Il tend le papier vers Dean.

Il s'agit de la copie d'une lettre, écrite à la main et quasi illisible, l'écriture en patte de mouche s'étendant d'un bord à l'autre de la feuille, emplissant les marges tout comme elle emplit la totalité de la page. Dean plisse les yeux avant d'en discerner une bribe –

J'ai pris conscience que la Noirceur qui m'habite était à présent démasquée et que les autres n'auront plus à subir l'assaut de mes mains. Il m'est malgré tout venu à l'esprit que, certes, l'autre en moi n'engendrerait plus aucune souffrance, mais les vivants, vestiges du Père, du Frère, des Enfants, des Amis et de la Femme souffriront, tout comme ma vraie nature, de chair, de sang et d'esprit se languira dans les brumes de la profonde torpeur et du plaisir extatique d'un chaos digne des plus grandes vignes.

« Cette lettre a été envoyée à Lucas via le service postal de la prison le 30 novembre, » explique Harvelle. « Tout son courrier y est étroitement surveillé. » Elle se mordille l'intérieure de la joue et prend une profonde inspiration avant d'ajouter, « Lucas est en possession de l'originale, encore dans son enveloppe. Il y a les empreintes de Castiel dessus. »

Les lignes perdent de leur netteté devant le regard de Dean, sa vision s'obscurcissant.

« Le lendemain, Lucas a envoyé la lettre suivante. » Ellen fait glisser une nouvelle photocopie le long de la table. « L'établissement pénitencier nous en a fait une copie. Nous avons trouvé l'originale dans la chambre de Castiel. »

Une page blanche. Une seule phrase.

Tu as ma permission.

« Castiel a rendu visite à Lucas deux jours plus tard, » déclare Harvelle. « Nous avons un enregistrement vidéo. »

En décembre ? Cas ne s'est pas rendu à la prison en décembre. Il n'y est allé qu'une fois. Au printemps. Avec Dean.

Cas se trouvait à la prison en décembre.

Il ne l'a pas dit à Dean.

Il a menti.

« Qu'a-t-il dit ? » demande Sam, le regard large et alerte.

« Castiel demande à Lucas la signification de cette lettre. Lucas répond en lui parlant de leur père et de la maltraitance qu'ils ont subie étant enfant. Castiel lui répond qu'il ne se rappelle pas avoir été maltraité. »

« D'après le légiste, » continue Garth, « Gabriella a été tué dans les trois jours qui ont suivi cette visite. » Il balaye Dean et Sam du regard. « Nous pensons que Lucas pourrait avoir envoyé cette lettre pour... donner sa permission à Castiel. »

Dean laisse le papier lui glisser des mains, et lui filer entre les doigts.

Il ferme les yeux.

« Vous avez épluché ses relevés téléphoniques ? » chuchote-t-il.

« Dean, » dit Sam.

« Est-ce que vous avez épluché ses relevés téléphoniques ? » répète Dean.

« Pas encore, » répond Garth. « Mais nous le ferons. »

« Il a appelé quelqu'un, » insiste Dean. « Quelqu'un lui a demandé de se rendre dans le Michigan. Trouvez cette personne et vous trouverez des réponses. Je n'ai pas ces réponses. Pas encore. Mais je vais les trouver. »

Sam le saisit par le bras. « Très bien, Dean – »

« A-t-il pris contact avec vous ? » demande l'agent Harvelle. « S'il-vous-plaît, Dean, soyez honnête avec nous. »

Dean se lève et rassemble tous les papiers devant lui. « Je vais avoir besoin d'une copie de tous ces fichiers, » dit-il. « Je veux avoir accès à tous les rapports de votre légiste. Vous pourrez me les faire parvenir au domicile de Jody Singer. »

Garth se lève à son tour. « Dean, Castiel est le seul qui puisse mettre un terme à tout ça. Si vous êtes en contact avec lui, vous devez lui dire de nous joindre immédiatement. »

« Je ne sais pas où il se trouve, » répond froidement Dean. « Je ne sais pas où vous pensez qu'il se trouve non plus. Je ne sais pas s'il vivant ou non. Tout ce que je sais, c'est qu'il n'a pas fait ça. »

« Dean. » Sam se redresse et pose une main sur son épaule. « Ça suffit, aller viens, on rentre. » Il ouvre la porte et désigne la sortie d'un mouvement de tête.

« On vous tiendra au courant, » dit Harvelle.

« Je suis vraiment désolé, » ajoute Garth.

Dean essaie de ravaler la boule au fond de sa gorge sèche avant de passer la porte.

[…]

Le silence résonne dans l'habitacle de la voiture. L'atmosphère lui-même semble se raréfier, se pétrifier, devenir aussi glacial que l'air de la montagne, paralysant les poumons en laissant tout juste assez d'oxygène pour pouvoir respirer. Sam augmente le chauffage avant d'appuyer sur le bouton des sièges chauffants.

Dean jette un nouveau coup d'œil à son téléphone. Pas de message.

Il se fige.

« Sam, » dit-il. « Je viens juste de penser à un truc. »

Sam cesse de souffler sur ses mains pour les réchauffer avant de le zyeuter brièvement. « Quoi ? »

« Le F.B.I. » Dean n'arrive pas à quitter son écran des yeux, obnubilé par la bande verte en arrière plan surplombée des chiffres nacrés indiquant l'heure. « Ils auraient pu localiser le GPS du téléphone de Cas. Donc s'ils ne l'ont pas encore retrouvé... »

Sam écarquille les yeux. « C'est qu'il ne l'a pas sur lui. »

Le cœur de Dean se met à cogner quelque part au fond de son palet. « Quelqu'un lui a piqué son téléphone, Sam. Quelqu'un le lui a chipé. »

« Ou alors... » Sam marque une pause. « Il s'en est débarrassé. »

Dean tourne violemment le regard vers lui, sentant cette nausée familière lui remonter la trachée.

« Peut-être qu'il s'en est débarrassé, » répète Sam en clignant brièvement des yeux. « Et qu'il l'a jeté dans une benne, peut-être même qu'il l'a laissé dans l'avion... »

« J't'en prie, Sam. » Dean serre les dents en essayant de retenir le picotement de ses yeux. « J't'en prie, non pas toi. J'ai besoin de t'avoir de mon côté. J'ai besoin que tu sois de mon côté. »

« Je suis de ton côté, » murmure Sam. « Dean, j'ai – je suis obligé d'envisager toutes les possibilités, d'accord ? »

« Il n'y a aucunes possibilités. Ce n'était pas lui. Ce n'est pas possible, » insiste Dean, la voix s'étranglant brutalement. « J'ai voulu le laisser prendre cette avion, Sammy, j'étais prêt à le laisser partir, et il a refusé, d'accord, putain il a refusé de me laisser lui dire au revoir. Il m'a dit – il m'a dit ces choses et il a – il a – » Sa vision est embuée par les larmes qui lui dévalent les joues, l'obligeant à prendre une profonde et tremblante inspiration. Sa voix se brise lorsqu'il reprend la parole. « Il a juré. »

Sam lâche un soupir tout aussi tremblant, et sa bouche se tord douloureusement. « Je te crois, Dean. Je te crois. »

Dean frappe du poing sur la porte en s'exclamant, « C'est pas moi qu'il faut qu'tu crois, Sammy ! C'est lui ! »

Sam s'essuie les yeux du revers de la main avant de reporter son regard vers Dean, le visage contrit et résigné. « Je ne peux pas. »

Dean sent sa poitrine se tordre violemment.

Sam tourne la clef et fait gronder le moteur ; tout est dit, et la vive douleur de leur vies respectives vibre entre eux, telle une entité vivante, une lame dentelée. Dean ferme les yeux tout en laissant les ténèbres s'emparer du monde.

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A suivre...