Source : Exonerated By Thecouchcarrot

Hey there !

Sorry pour le délai d'attente, ce chapitre était particulièrement long et j'ai pas beaucoup de temps pour moi en ce moment. Je ne vous promets pas le chapitre suivant pour la semaine prochaine non plus étant donné mon emploi du temps, mais j'espère que la patience sera avec vous (même à J+1 de la sortie du film, cette blague est nulle...)

Enjoyez !

o0o


o0o

Une élégante Camaro noire roule au pas le long d'un lotissement aux immeubles verdâtres ; les émanations du moteur se perdent dans cette soirée pluvieuse et hivernale pour ne former qu'une volute de fumée blanche.

« Bon, c'est ici que je m'arrête, » dit Meg, un rictus nonchalant lui étirant le visage. Elle défait sa ceinture. « Merci pour la balade. »

L'homme se trouvant au volant éteint le moteur et glisse une main sur sa cuisse. Son regard est sombre et bien trop fébrile. « Tu ne m'invites pas à entrer ? »

Meg se mord légèrement la lèvre inférieure avant de doucement secouer la tête.

La main sur sa cuisse se fait plus insistante.

« Fais gaffe. » La voix de Meg est placide et dangereuse, telle une lame survolant la peau. « Avise-toi d'abîmer la marchandise, et je te le ferai regretter »

L'homme la regarde dans les yeux et retire prudemment sa main.

Meg sourit. « Bon garçon. »

Elle quitte la voiture et s'élance sous la pluie jusqu'à son appartement, bataillant un moment avec ses clefs. Elle est peu plus saoule que ce qu'elle croyait et ça lui prend donc plus de temps que prévu. Une fois à l'intérieur, elle se débarrasse de son manteau et retire ses bottes en les repoussant avec un soupir de satisfaction. Elle s'extirpe de son jean moulant et le balance sur le canapé.

Meg se frictionne les cheveux avant de se mettre à frissonner. Se balader pieds nus en hiver n'est définitivement pas l'idée du siècle. Elle s'avance vers le minibar pour en sortir une bouteille de Whisky à moitié vide, estimant qu'il s'agit là d'un bon moyen de se réchauffer. Elle observe le liquide ambré se répandre dans son verre, jaillir avec grâce sur les bords, et luire au fond de celui-ci avant de se délecter de l'arôme boisé qu'il contient.

Elle a toute la nuit devant elle.

Elle prend une lente et longue gorgée de scotch, et se laisse envahir par la chaleur que celle-ci lui procure dans tous le corps.

[…]

Dans la chambre à l'étage de la maison Singer, Bobby reste assis au bord du lit en compagnie de sa femme. C'est de loin la nuit la plus agitée qu'il ait vécu depuis longtemps. Il a d'abord été sorti d'un sommeil profond par l'équipe du GIGN défonçant la porte de sa chambre, lui aboyant des ordres, l'informant qu'un homme, et ami, suspecté de meurtre s'est introduit chez lui pendant son sommeil, et que celui qu'il considère comme son fils tient sa femme en joue. Et maintenant qu'il est au fond du trou, il faut qu'il fasse semblant de garder la tête froide.

Il passe son bras autour de Jody en la serrant contre lui. « T'en fais pas, » dit Bobby. « Il n'est pas...il n'a pas réfléchi. S'il avait les idées claires, il se serait rendu compte de ce qu'il faisait. »

« Je ne le reconnais même plus, » proteste Jody, la voix brisée. « Depuis combien de temps est-ce qu'il nous ment ? Est-ce que tu penses que, pendant tout ce temps, il couvrait Castiel – »

« Non. » Bobby secoue la tête, bien disposé à croire ses propres paroles. « Non, ils ont dit que Cas s'est effectivement rendu dans le Michigan. Et pour ce qui est du reste... cette histoire entre lui et Castiel... je crois qu'elle a débuté bien avant tout ce chaos... »

Elle resserre son étreinte et enfouit sa tête contre son épaule. « Ça me met hors de moi, » sanglote-t-elle.

« Je sais. » Bobby la presse fortement contre lui. « Mais ils partiront à la première heure dans la matinée, ce sera bientôt plus qu'un – »

« Non, je parle pas seulement de ça. » Sa voix est étouffée par le tissu rêche de son vieux T-shirt, et ses épaules tremblent. « Je déteste tout ça. Je déteste avoir à balancer un ami. Je déteste devoir me casser le cul à résoudre une affaire de drogue minable pendant que ma famille est en train de s'écrouler. Je déteste ce job, Bobby. »

Bobby ouvre la bouche pour répondre avant de se rendre compte qu'il n'a aucune paroles réconfortantes à offrir. Il sent l'impuissance, la vieillesse, et la fatigue, lui nouer les tripes.

Le téléphone de Jody sonne.

Jody renifle en le délogeant de sa poche. Elle s'essuie les yeux du revers de la main et soupire en lisant le message qui apparaît à l'écran. « Les hommes que j'avais postés aux abords d'Hanneville, » dit-elle. « Ils ont réussi à mettre la main sur Balthazar Travers. »

Bobby lui sourit sans grand enthousiasme. « Bon c'est mieux que rien, pas vrai ? Tu lui cours après depuis des mois. »

Jody fixe son téléphone de ses yeux rougis. « C'est mieux que rien, » dit-elle. « C'est juste pas le mieux dont on a besoin. »

[…]

Sam se tient dans le couloir de l'étage alors qu'il envoie un message à Amélia. Castiel est revenu, écrit-il. Il n'a pas encore été arrêté mais les fédéraux sont sur place. Je peux pas t'en dire plus pour le moment – la situation est épineuse. Reste à la maison. Je te tiens au courant.

Il range ensuite son téléphone dans sa poche et pénètre dans le bureau, la pièce où il va devoir focaliser toute son attention.

Dean est assis à même le sol, les genoux repliés devant lui et le dos appuyé contre l'un des pieds du bureau. Il porte à présent un jogging ainsi qu'un T-shirt, bien que ses yeux soient toujours boursouflés et rouges à cause du gaz lacrymogène. Son regard fixe obstinément le vide, la mâchoire complètement relâchée. Deux hommes en uniforme du GIGN montent la garde aux deux extrémités de la pièce, prêts à l'assaut au moindre geste.

Sam se rapproche et s'accroupit près de Dean en lâchant un grognement.

Il est maintenant suffisamment proche pour entendre Dean fredonner à voix basse. L'air lui semble familier, mais Sam met un petit moment avant de remettre un nom sur la mélodie – O come O come Emmanuel.

Le cadet hausse les sourcils. « Un chant de Noël ? »

Dean répond sans lever le regard vers lui, « Ça parle de patience. »

Sam hoche la tête.

Dean prend une profonde inspiration avant d'ajouter, « Ça parle de foi. »

Sam sent comme une déchirure lui ravager la poitrine tellement tout cela le bouleverse – de voir son frère s'accrocher désespérément à ses convictions, et de réaliser à quel point il a envie de lui donner raison. Il aimerait tellement pouvoir dire à Dean que tout se passera bien, ou que Cas est innocent, ou encore qu'il est lui-même convaincu que Cas est innocent. Mais au lieu de ça, il doit se contenter du peu de sincérité qu'il a à offrir.

« J'ai prié pour toi, » lui dit-il. « La nuit dernière. »

Les yeux de Dean se tournent vers lui.

« Je sais que tu ne crois pas en Dieu, et que Cas non plus, » explique-t-il, « la plupart du temps, je n'y crois pas moi-même, mais... juste au cas où. Au cas où quelqu'un écouterait. » Sam sent un picotement lui chatouiller le nez. « Au cas où quelqu'un là-haut s'en soucierait, j'ai prié pour toi. »

Dean croise son regard et déglutit. « Merci. »

Sam n'arrive pas à supporter la détresse que son frère lui renvoit et détourne les yeux. « Je sais pourquoi tu n'as pas contacté Harvelle, » dit-il, la voix rauque. « Mais pourquoi tu ne m'as pas prévenu moi ? »

« Je voulais le faire, » répond Dean, une note suppliante dans la voix. « Sam, j'te jure, j'ai juste – j'ai été égoïste, j'ai cru que j'avais plus de temps devant moi – » Il écrase les paumes de sa main contre ses yeux. « Putain, Sam, j'ai – j'ai pointé un flingue sur Jody, non mais à quoi je pensais, bordel – »

« J'en sais rien ! » claque Sam, « A quoi est-ce que tu pensais, Dean ? Que t'allais sauter par la fenêtre et te la jouer Butch Cassidy ? Que toi et Cas vous alliez faire le plein au Total du coin pour ensuite vous barrer à Rio ? Que – que j'essaierai pas de te retrouver ? »

Dean presse plus fortement ses paumes. « Je sais pas. »

« Tu sais très bien que la seule manière de gagner cette affaire, c'est de respecter les règles, » dit-il. « Tu es bien placé pour connaître l'importance que tout cela aura si on va jusqu'au procès. »

« Sam, si on va jusqu'au procès, on aura perdu d'avance ! » insiste désespérément Dean. « Si Cas doit passer ne serait-ce qu'une nuit en prison, on est foutu ! » Il désigne la fenêtre qui, malgré les rideaux fermés, laisse transparaître quelques reflets bleus et rouges. « Ils vont le bouffer tout cru là-dehors. Ça n'aura aucune importance qu'il soit acquitté ou non. Il sera comme O. J. Simpson, ou Michael Jackson, ou encore le père de Jon Benet Ramsey, et rien ni personne ne sera en mesure de le blanchir ! Il va se faire harceler pour le restant de sa vie, où qu'il aille ! »

« Et qu'est-ce que ça peut bien faire qu'il soit suivi à la trace ? Au moins, il aura une vie, » réplique Sam.

L'expression que Dean arborait jusqu'à maintenant change radicalement. Elle passe d'un farouche désespoir à une froideur sans nom en une micro seconde, et Dean plisse ses yeux enflés vers Sam. « T'as vraiment rien compris en fait, hein ? »

« Compris quoi ? » demande Sam.

« Cas ne vivra jamais comme ça. » Dean le dévisage franchement. « Il se suicidera d'abord. »

Les mots que Sam étaient sur le point de prononcer vacillent avant de s'effondrer.

C'est vrai.

« Je sais que tu penses qu'on peut le protéger, » continue Dean. « Il aurait une famille, et des gens qui l'aiment. Peut-être qu'il s'en contenterait. Mais il suffit juste qu'il décide que sa vie n'en vaut pas la peine, et il le ferait. Il y mettrait un terme. Il essaierait de nous épargner, peut-être même qu'il s'enfuirait dans un premier temps s'il estime que c'est la seule solution. » Dean détourne le regard, ramène ses genoux encore plus près de lui et croise les bras par-dessus. « Je refuse que ce soit le cas. »

Sam soupire en hochant la tête.

Ils restent assis en silence pendant un moment. Les gardes à chaque recoin de la pièce ne bougent pas un cil.

« Dean. » Sam a l'impression que sa langue pèse une tonne, l'empêchant de s'exprimer correctement. « Soit franc avec moi. Est-ce que tu crois purement et sincèrement qu'il est innocent, ou... est-ce que tu es émotionnellement trop impliqué pour admettre le fait que tu puisses avoir tort ? »

Dean ne répond pas et garde le visage tourné vers le mur.

« Dean ? »

« La ferme, Sam. » Dean se recroqueville un peu plus en s'éloignant de lui. « Ferme ta gueule. »

« Dean, je – »

« Tu oses encore me demander ça, après tout ce qu'il s'est passé. » Sa voix déborde de rage, menaçant de jaillir tel un volcan. « Tu peux aller te faire foutre. »

« Dean, il est présentement assis dans ta cuisine dans un état catatonique, » se défend Sam, « Et tu n'envisages même pas la possibilité – »

« Ferme ta gueule, » murmure Dean, en se ratatinant sur lui-même. « Ferme-la, Sammy, j't'en supplie. »

Cette note suppliante finit de l'achever.

Il se rend compte qu'il n'est pas au beau milieu d'une audience, qu'il n'a pas affaire à un client borné qui refuse de voir la réalité en face, ou encore à un inspecteur qui s'acharne à nier les faits. Non, là il s'agit de son frère s'accrochant à sa dernière parcelle d'espoir. Et lui, Sam, est en train de la lui arracher.

« D'accord, » murmure-t-il en clignant brièvement des yeux. « D'accord, je – je m'en vais. »

Il se relève et quitte la pièce, se préparant à passer une longue nuit enlisé dans un silence de plomb.

[…]

Dans la cuisine, l'urgentiste remballe son matériel. « Ses constantes sont normales, » dit-elle à Harvelle. « Ses yeux sont gonflés à cause des gaz lacrymogènes, mais je lui ai administré un collyre. Ses pupilles paraissent dilatées mais sont réactives. Quel que soit son problème, c'est purement psychologique. »

Harvelle se mordille l'ongle du pouce. « Inutile de l'envoyer à l'hôpital donc. »

L'urgentiste secoue la tête. « Vous ne risquez rien en le gardant ici. »

Harvelle acquiesce lentement. « Très bien. Mais je préférerai que vous restiez dans le coin, si possible, au coin où il tournerait de l'œil ou quelque chose du genre. » Elle désigne la porte arrière d'un mouvement de tête. « Il y a du café dans le fourgon si vous voulez. »

Harvelle s'approche ensuite de la table de la cuisine où est actuellement assis l'homme de la soirée.

Il se tient aussi raide qu'une statue, les mains menottées à l'arrière de la chaise. Deux gardes se trouvent à ses côtés, mais c'est tout juste s'il a cligné des yeux au cours de la dernière heure. Ses cheveux bruns sont complètement raides et plaqués contre son front, tandis que ses yeux sont encore boursouflés et à vifs. En dehors de ça, il semble calme.

Il s'agit là de Castiel Goodwin, en chair et en os. C'est la première fois qu'Harvelle le rencontre, et elle en a des frissons dans tous le corps.

D'un œil avisé, Anna Lawrence s'assoit près de lui, les mains posées sur la table.

« Castiel, » appelle Harvelle. « Est-ce que vous m'entendez ? »

Castiel demeure statique.

Anna soupire. « Peut-on arrêter cette comédie ? Il est clair que mon client ne va rien vous dire ce soir, et il nous reste pas moins de cinq heures avant d'obtenir une info concrète – »

Castiel baisse la tête, et se met à tousser.

Anna et Harvelle se figent toutes les deux. Les deux gardes se toisent du regard avant de rediriger celui-ci vers Castiel.

Il se remet à tousser, de manière plus virulente, avant d'être pris d'une violente quinte de toux manquant de l'étouffer, le laissant pantelant et le souffle court, et lui faisant brusquement relever la tête. Les yeux écarquillés et visiblement terrifiés, il s'agite sauvagement sur sa chaise. « Que se passe-t-il ? » demande-t-il. « Qui êtes-vous ? Relâchez-moi ! »

« Castiel, regardez-moi, tout va bien, vous n'êtes pas en état d'arrestation – » Anna presse ses deux mains sur ses épaules avant de dévisager vivement les deux gardes. « Pourriez-vous lui retirez ces menottes, je vous prie ? »

Castiel se débat encore plus violemment contre le dos de sa chaise, la respiration lourde et le regard empli de panique. « Relâchez-moi ! » hurle-t-il.

[...]

Dans le bureau, un cri étouffé provient depuis la cuisine. « Relâchez-moi ! »

Les gardes de chaque côté de la pièce resserrent la prise autour de leurs armes.

Dean se redresse. « Cas, » souffle-t-il.

[…]

Après dix minutes d'altercations et de modérations, Castiel se retrouve exempté de ses menottes, la poitrine se soulevant toujours à un rythme effréné. Il dévisage Harvelle avec un mélange de peur et de suspicion.

« Castiel, » dit-elle, « vous rappelez-vous de ce qu'il s'est passé au cours de la dernière heure ? »

Il déglutit et tourne le regard vers Anna.

Celle-ci hoche la tête.

« Je me souviens...du Shérif Singer, » déclare-t-il à tâtons. « Elle – elle est rentrée dans la chambre, m'a ordonné de me lever, ensuite... c'est le trou noir, et... je me suis réveillé ici. »

C'est assez effrayant de se rendre compte à quel point Harvelle a pitié de lui. Elle a eu son lot d'imposteur au cours de sa carrière, ceux qui pensent que finir le restant de sa vie en institution psychiatrique est une alternative préférable à la prison, ceux qui plaident la folie. Mais cette fois – cette fois c'est vrai.

Il n'y a aucune autre façon d'expliquer les preuves qui jonchent le comté. Il ne pourra pas plaider la folie, parce que son type de "folie" ne correspond pas au profil. Cet homme va finir sa vie en prison pour des crimes qu'il ne se rappelle même pas avoir commis.

Elle a vraiment pitié de lui.

Et c'est peut-être pour cette raison qu'elle se penche vers lui afin de le lui annoncer avec le plus de diplomatie possible. « Castiel, ce genre de chose vous est déjà arrivé auparavant, n'est-ce pas ? Ces absences, durant lesquelles vous ne vous souvenez de rien ? »

« Mon client n'est pas tenu de répondre à cette question, » la coupe Anna. Castiel lui jette un coup d'œil inquiet.

« Nous sommes en possession du dossier médical de la prison. » Harvelle le regarde droit dans les yeux. « Lors de votre première incarcération, vous avez expérimenté ce genre de troubles, n'est-ce pas ? Et je suis prête à parier que ces absences remontent à votre enfance, à commencer par l'époque où vous viviez avec votre père. »

Castiel se penche vers elle avec insistance. « Quoi que Lucas vous ait dit, c'est un tissus de mensonge, » dit-il. « Notre père ne nous a jamais fouetté ou battu. Je me soumettrais à un examen médical s'il le faut, et vous verrez que – je n'ai aucune cicatrices – »

« Nous somme bien conscient que sa "biographie" est fortement enjolivée, » admet Harvelle, « et manque cruellement d'authenticité en ce qui concerne les faits. Mais la maltraitance ne laisse pas que des séquelles physiques, Castiel. » Elle hausse gravement les sourcils. « Si je vous soumets à un examen psychologique, je pense que n'importe quel psychiatre pourra témoigner du nombre de séquelles que vous détenez réellement. »

Castiel s'enfonce dans le dossier de sa chaise tout en ravalant sa salive.

« Vous avez vécu de nombreuses phases de transe au cours de votre enfance dont vous ne gardez aucun souvenir. Des phases durant lesquelles vous n'avez aucune idée de ce que vous faites, ou encore de qui vous êtes. Et vous continuez à avoir ce genre de phase maintenant que vous êtes adulte, » continue calmement Harvelle. « Il vous est arrivé de partir en virées nocturnes, et je parie que vous ne vous en souvenez pas non plus, puis pour couronner le tout, vous êtes insomniaque. J'en mettrai ma main à couper que vous êtes également somnambule. Des enfants ont été assassinés, ce qui vous a conduit en cellule ; dès lors, les meurtres ont cessé. Et à présent que vous êtes de nouveau dehors, d'autres enfants se font tuer. Nous avons trouvé un poil vous appartenant sur l'un des cadavres. Et là, on vient de découvrir un fragment d'ongle sur un autre ; nous l'avons envoyé pour des analyses A.D.N. dont les résultats nous parviendront d'ici quelques heures. » Harvelle le fixe sans sourciller, le rendant prisonnier de son regard. « Donc ce que je vous demande, Castiel, c'est : pouvez-vous à cet instant précis me regarder dans les yeux et me jurer que vous êtes sûr à cent pour cent que cet ongle n'est pas à vous? »

Castiel la fixe à son tour de ses yeux rougis et gonflés, et le coin de sa bouche s'effondre.

Non, il ne peut pas.

« Je regrette mais Castiel n'est pas tenu de vous répondre, » l'interrompt Anna. « Et permettez-moi de vous rappeler qu'il n'est pas en état d'arrestation car il y a une forte probabilité que cet ongle appartienne au véritable meurtrier. A présent, si vous n'avez pas d'autres questions à lui poser, j'aimerai qu'il puisse aller se reposer. »

Harvelle repousse sa chaise et se lève sans quitter Castiel des yeux. « Neuf enfants, » dit-elle. « Neuf gamins sont morts. Faites en sorte qu'il n'y en ait pas un dixième. »

Elle quitte la pièce en laissant à Castiel un moment pour réfléchir à ses options.

[...]

Il est passé deux heures du matin lorsqu'un coup résonne contre la porte du bureau. Dean se réveille aussitôt en trébuchant sur ses pieds tandis que le garde ouvre la porte. Anna et Castiel pénètrent dans la pièce, escorté par deux autres gardes.

« Cas ! » s'exclame Dean, le cœur battant la chamade. « Cas, tu vas bien ! Je t'ai entendu crier – bordel, j'me suis fait un sang d'encre ! »

Castiel acquiesce silencieusement avant de tourner son regard vers Anna et les gardiens. « Est-ce qu'on peut rester seuls une minute ? » demande-t-il. « Étant donné que je ne suis pas encore en état d'arrestation... vous pouvez rester derrière les portes et les fenêtres si vous le souhaitez, mais j'aimerai pouvoir rester seul un instant. »

Anna sourit doucement. « Bien sûr. » Elle lance un regard méprisant aux quatre gardes se trouvant dans la pièce. « Il n'est pas en état d'arrestation, » gronde-t-elle. « Vous pouvez surveiller les issues et vous en contenter. »

Les gardes préviennent Harvelle via leur radio, et après quelques minutes de négociation, Dean et Castiel se retrouvent seuls dans le bureau. Les quelques lampes allumées déversent leurs halos jaunes et tamisés sur la tapisserie bordeaux à motif qui recouvre les murs, octroyant au reste de la pièce une atmosphère intime aux sombres nuances pourpres.

Dean ne se fait aucune illusion quant au caractère factice de cette intimité, mais il s'en contrefiche. Il se jette sur Cas et l'enlace fortement contre lui avant de l'agripper par les épaules. « Cas, j'me suis fait tellement de soucis pour toi, tu peux même pas imaginer à quel point, » débite-t-il. Il sent l'adrénaline fourmiller le long de son cuir chevelu, de ses doigts et de ses pieds. « T'étais en état de choc et ils étaient sur le point de t'arrêter et là, Sam et Anna ont débarqué comme des putains de chevaliers en armures pour leur botter le cul et – » Il respire un bon coup en secouant la tête. « Mais ça on s'en fiche, ce qui compte maintenant c'est la stratégie qu'on va adopter, d'accord ? On a toute une chiée de preuves de ton côté, à commencer par ce fichu téléphone prépayé – »

« Dean. » Castiel le dévisage gravement, le regard lourd tout en glissant ses mains sur celles de Dean. « Écoute-moi une seconde. »

Dean referme aussitôt la bouche puis hoche la tête.

Cas l'entraîne jusqu'au canapé en le tirant par la main et s'y assoit, invitant Dean à faire de même. Le teint de Cas paraît si pâle, si livide à la lueur des lampes. Ses cheveux ont séché de manière étrange, les laissant complètement plats et raides, et ses yeux sont encore légèrement enflés. L'inflammation fait anormalement ressortir le bleu de ses iris. « J'ai discuté un long moment avec Anna, » dit-il, « pour finaliser avec elle ce que je comptais faire. »

Pour une raison qui lui échappe, Dean sent l'appréhension lui picoter la nuque. « Je sais, » dit-il. « C'est justement ce dont j'étais en train de te parler – »

« Je suis parvenu à une décision. » L'expression de Cas est calme et posée , mais ses mains tremblent dans celles de Dean. « Si le résultat du test A.D.N. confirme que l'ongle m'appartient, je me rendrai à la justice. »

Dean le fixe longuement.

« Non, » murmure-t-il, « non. Cas. C'est un coup monté. Si cet ongle t'appartient, ça signifiera seulement que Lucas a une longueur d'avance sur nous, rien de plus. Cas, tu sais que tu es innocent – »

« Non. » Le regard de Cas se fait plus brillant, sa bouche se tordant vers le bas. « Je n'en sais rien, Dean. »

Dean cligne des yeux face à lui. « Quoi ? »

« J'ai...des bribes de temps dont je n'arrive pas à me souvenir, » avoue Cas. « Je les ai depuis que je suis enfant. Je croyais m'en être débarrassé quand j'ai commencé à voir Chuck, mais je pense qu'il est possible que je... » Sa voix vacille, et il prend une profonde inspiration. « Que je sois responsable... »

« Je t'interdis de dire ça, Cas. » Dean lui agrippe fermement les mains en luttant contre l'oppression dans ses poumons et le picotement dans ses yeux. « Cas, ça ne peut pas être toi. Il y a encore tellement de choses qu'on a besoin d'éclaircir. Tu as appelé Daphné, tu te souviens ? Et quelqu'un a répondu au téléphone, quelqu'un qui a prétendu être la mère de Daphné – »

« Vraiment ? » La pomme d'Adam de Cas s'agite. « Ou était-ce juste une hallucination ? Une voix que j'aurai imaginé à l'autre bout du fil ? »

« Pourquoi t'irai imaginer un truc pareil ? » demande Dean. « Explique-moi pourquoi t'irai te piéger toi-même en te rendant dans le Michigan, Cas ? »

Cas ne fait que lui rendre son regard, la résignation pesant lourdement sur son visage, avant de répondre, « Peut-être que je voulais me faire démasquer. »

Le cœur de Dean cesse brusquement de battre.

La lettre.

pris conscience que la Noirceur qui m'habite était à présent démasquée et que les autres n'auront plus à subir l'assaut de mes mains

Il voulait que quelqu'un le démasque –

Il voulait –

« Non, » lâche Dean, la voix saccadée même à ses propres oreilles. « Non non non, c'est Lucas, c'est forcément lui. »

Cas le dévisage, la mine défaite. « Pourquoi Lucas ferait-il cela ? Pourquoi est-ce qu'il chercherait à me nuire, Dean ? »

Dean ne sait pas quoi lui répondre.

Il referme la bouche et ravale la vague de nausée qui le prend à la gorge. « Parce qu'il est taré, » tente-t-il. « Parce qu'il – parce qu'il a que ça à faire. Et pour des milliers d'autres raisons – Cas, on parle d'un psychopathe là, tout ce qu'il fait va forcément manquer de logique. Il y a tellement de choses à prendre en considération, Cas, si on en discute tranquillement – »

Les yeux de Cas se remplissent de larmes, brillantes et prêtes à tomber, et il détourne le regard de Dean pour fixer la fenêtre. Il ne se sent pas la force de croiser son regard. « Je vois bien que tu essaies de plaider ma cause, » dit-il, « et j'apprécie l'ardeur avec laquelle tu me soutiens. Mais ce n'est pas ce dont j'ai besoin pour le moment, Dean. »

« T'as besoin de quoi alors ? »

Cas ferme les yeux en prenant une inspiration tremblante. Ses mains se referment autour de celles de Dean, et sa voix se brise douloureusement lorsqu'il reprend la parole. « J'ai seulement besoin de mon meilleur ami. »

Dean sent tout son être se déchirer de l'intérieur. Il attire Cas près de lui et le serre fortement contre sa poitrine, sans pouvoir s'empêcher de se cramponner violemment à lui, sans pouvoir retenir les larmes qui dévalent ses joues, sans pouvoir faire taire la douleur qui lui comprime si vivement le torse qu'il en éprouve des difficultés à respirer.

« J'ai peur, » résonne la voix éraillée de Cas. « Dean, j'ai tellement peur. »

« Moi aussi, Cas, » chuchote Dean, la voix tout aussi rocailleuse. « J'ai vraiment la trouille. »

« Il est de mon devoir de prendre la bonne décision. » Les larmes de Cas répandent leur chaleur dans son cou, ses doigts s'agrippant fermement aux épaules de Dean. « Mais je ne sais pas si j'en aurai la force... »

« Ça ce n'est pas la bonne décision. Tu n'es pas un tueur, Cas. » Dean plisse fortement les yeux en grinçant des dents. « Tu n'es pas un tueur. Quelles que soient les preuves qui vont s'accumuler, quels que soient les problèmes que t'aies pu avoir, personne n'arrivera à me faire changer d'avis. Pas même toi. Tu comprends ça ? »

Cas se contente d'enfouir son visage dans l'épaule de Dean sans répondre.

Ils s'enlacent l'un l'autre sous la nimbe hâlée provenant de la lampe du bureau, jusqu'à ce que le silence les enveloppe entièrement.

[…]

Harvelle s'installe au bord de la table de la cuisine en se mordant la lèvre inférieure tout en tapant du pied contre le lino. Elle croise les bras au-dessus de sa poitrine, prise d'une vague de frissons.

« Excusez-moi, pardon. » Garth passe le seuil de la porte où sont postés deux gardes et pénètre dans la cuisine, un large sourire plaqué au visage. « Vous avez demander à me voir, lieutenant ? »

« Dieu soit loué ! » Harvelle se relève d'un bond en s'emparant de son dossier. « J'te jure, impossible pour moi d'avoir les idées claires tant que t'es pas là. J'aurai vraiment besoin d'un deuxième avis sur la question. » Elle étale les documents sur la table. « J'ai beau examiner la situation dans tous les sens, y'a quelque chose qui ne tourne pas rond ... »

Garth s'approche de la table et épluche le dossier. « Qu'est-ce qui vous pose problème ? » demande-t-il. « Tout porte à croire que Goodwin est notre homme. Son absence d'alibi, ses traces A.D.N... »

« Oui, pour l'instant. » Harvelle pince les lèvres. « On a toujours le fragment d'ongle sur le feu, et là on verra ce qu'il en est, mais même sans ça... Garth, s'il s'agissait de n'importe quelle autre affaire, je l'aurai déjà fait boucler dans un quartier de haute sécurité, toujours est-il qu'absolument tout dans cette situation me semble bizarre. La lettre envoyée à Lucas sans aucune empreintes le coup de fil passé vers un téléphone prépayé. » Elle secoue la tête. « Je suis prête à mettre l'histoire de l'aller-retour depuis le Michigan sur le compte d'un dédoublement de personnalité, mais pourquoi est-ce qu'il irait s'acheter un téléphone prépayé pour se passer un coup de fil à lui-même ? Pourquoi est-ce qu'il irait effacer ses empreintes d'une lettre qui, en plus d'être dérangeante, est compromettante ? Ça n'a aucun sens, Garth, troubles de la personnalité ou non. »

« Il y aura toujours des parts d'ombres dans une enquête, » lui rappelle Garth. « Aucune affaire n'est jamais parfaitement résolue. De plus, quelle autre explication pourrait-il y avoir ? »

Harvelle se frotte la nuque. « Tu sais que Winchester mise tout sur Margaret Masters. Et honnêtement, je ne fais pas confiance à cette fille... Elle avait quelque chose de pas net quand on l'a interrogée, et ce livre ressemble fortement à une déclaration d'amour. Tu étais présent dans le bureau – Winchester nous a dit qu'un autre corps serait retrouvé si c'était elle la tueuse, et voilà où nous en sommes. »

Garth hausse les épaules. « Cette théorie a aussi sa part d'ombre. Meg Masters n'avait encore jamais rencontré Cas ou Lucas jusqu'à l'année dernière. Rice est certain à 100% que la personne qui a tué ces enfants il y a dix ans est impliquée dans les meurtres de Gabriela et Camden. Comment vous expliquez cela ? »

Elle soupire. « Je n'en sais rien. Je ne sais pas. Peut-être que c'est juste une imitatrice de talent. »

Garth pose ses mains sur la table et presse son épaule contre celle d'Harvelle. « Quelle que soit la personne qu'on va condamner, il y aura forcément des incohérences. On peut pas aboutir à une conclusion avec un joli point final. On ne peut que prendre des décisions qu'on est capable d'assumer par la suite. » Il la regarde droit dans les yeux. « Parce que ce sont là les décisions qu'on devra défendre de notre mieux. »

Harvelle baisse la tête, son regard se perdant sur les photos de ces enfants assassinés.

« Si le fragment d'ongle s'avère être celui de Goodwin... » Ses doigts effleurent le menton de Camden Rodebaugh.

Garth l'observe attentivement, s'attendant au pire.

« Ma décision sera prise. » Elle se redresse, se passe une main à l'arrière du crâne et se frotte les yeux. « Je l'arrêterai. »

Garth lui tapote l'épaule en hochant la tête. « D'accord. »

[…]

Les heures suivantes sont plongées dans le silence, dans l'abattement, et dans le noir.

Bobby et Jody, allongés dans leur chambre.

Sam et Anna, assis sur les marches de l'escalier, leur téléphone greffés dans la main.

Garth et Harvelle, faisant les cents pas dans la cuisine et passant en revue chaque annotation manuscrite de chaque dossier.

Dean et Castiel, assis côte à côte sur le canapé du bureau.

Les agents du GIGN, parqués à toutes les portes, fenêtres et points d'accès possibles.

Les autres officiers, terrés dans leur voitures de patrouille, semblant incapables de quitter la demeure des yeux.

Et les journalistes, trépignant derrière les rubans jaunes, à la recherche du meilleur angle de vue.

La lune est voilée par les nuages, les étoiles tapissent le ciel sombre, froid et vaste, alors que le temps semble s'écouler à la manière d'un robinet mal vissé, mesquinement, lentement et fatalement.

Puis soudain, le téléphone d'Harvelle se met à sonner, attirant l'attention de tous les occupants de la maison.

Dean et Cas se relèvent en se dévisageant l'un l'autre. Cas déglutit avant de s'emparer de la main de Dean.

« Ça peut être n'importe qui, » lance Dean.

Cas se penche vers lui jusqu'à faire frôler leurs lèvres, et marque un temps d'hésitation. Puis il l'embrasse à pleine bouche, lui offrant un long et lent baiser. Un baiser qui s'éternise. Le genre de baiser qui perdure sur le quai d'une gare avant le départ du train, le genre de baiser qui donne l'impression que le monde ralentit tandis que le cœur bat son plein, un baiser qui nécessite de reprendre son souffle lorsqu'il se termine mais où les lèvres continuent de s'effleurer, dans l'attente, dans l'espoir, dans la supplication muette d'une minute de plus.

Offre à l'homme voué à une mort certaine un baiser d'adieux.

« Cas, » chuchote Dean, « je – »

La porte du bureau s'ouvre sur Harvelle, accompagnée de Garth, d'Anna, de Sam et d'une escorte de gardes du GIGN. « Le légiste m'a appelé, » annonce-t-elle, « ils ont terminé l'analyse d'A.D.N. retrouvé sur le crâne de Camden Rodebaugh. »

Dean sent ses membres s'engourdir tout en ayant l'impression de vivre la situation à travers un objectif fish-eye, l'image lui semblant distordue et voilée. Il baisse les yeux pour voir ses jointures blanchirent autour de celles de Castiel, au point où il peut même les sentir.

« Et si l'on en croit les dires de Mademoiselle Rice... » Harvelle prend une profonde inspiration avant de regarder Cas droit dans les yeux. « L'A.D.N. ne correspond pas à celui de Castiel Goodwin. »

Dean sent tout l'oxygène quitter ses poumons. Il lève les yeux vers Cas.

Castiel la dévisage sans ciller, totalement livide.

Dean est à peine conscient des cris de joie que poussent Sam et Anna.

« A vrai dire, il ne coïncide avec aucune personne de notre base de données, » continue Harvelle, « mais nous savons qu'il s'agit de celui d'une femme. Dans la conjoncture actuelle, je ne procéderai pas à l'arrestation de Monsieur Goodwin, néanmoins je vous défends de quitter le territoire et vous place sous étroite surveillance jusqu'à ce qu'une arrestation soit effectuée. Je vais envoyer des officiers au domicile de Mademoiselle Masters afin de recueillir un échantillon d'A.D.N. »

Dean se redresse tant bien que mal, entraînant Cas dans son mouvement. Il sent une main chaleureuse lui claquer le dos, mais son regard reste focalisé sur Castiel à qui il ne cesse de répéter « On a réussi. On a réussi. »

Castiel est dans le même état que lui, ne se rendant même pas compte des sillons humides qui dévalent ses joues. Il aventure une main sur le visage de Dean avant d'ouvrir la bouche, « Tu m'as sauvé. »

Dean lui offre un faible sourire avant de réussir à répondre, « Je te devais bien ça. »

« Ce n'est pas encore terminé » leur rappelle Anna. « Mais ce ne sera plus très long maintenant. » Elle leur lance une accolade à son tour, et malgré son sourire, ses yeux brillent de larmes contenues. « Ce ne sera plus très long. »

[…]

Meg Masters termine son scotch, et savoure jusqu'à la dernière goutte de son verre. Son CD ne cesse de sauter dans la chaîne hi-fi ; c'est le cas depuis un bon moment maintenant, mais elle s'en fiche royalement.

Elle se lève du canapé en vacillant légèrement, essayant de se stabiliser à l'aide de la table basse, ce qui la fait basculer en avant. Elle s'esclaffe. Il est grand temps d'aller se coucher. Elle se défait de son débardeur et titube jusqu'à la salle de bain. La poignée de la porte lui donne de fil à retordre, mais après quelques ratés, Meg parvient à entrer.

La jeune femme s'admire longuement dans le miroir. C'est vrai qu'elle a un superbe corps, pour ce que ça vaut à l'heure actuelle. Elle grogne dans sa barbe et tâte lourdement le robinet. Après avoir batailler un moment à trouver le parfait réglage entre chaud et froid, elle renonce à se débarbouiller le visage et se tourne pour relever le siège des toilettes –

Son regard est attiré par la baignoire. Le rideau est à moitié ouvert et il y a un dépôt blanc au fond de la cuve. Elle s'approche et plisse les yeux – on dirait du... gravier ? Elle tend la main et en ramasse une poignée avant de la porter à son visage.

Elle examine attentivement les petits granulés, puis...

Elle écarquille les yeux en laissant retomber sa main et recule précipitamment en manquant de glisser sur le carrelage.

Ce sont des dents.

Des centaines de petites dents de laits.

Elle se met à crier, à hurler, encore et encore.

o0o


o0o

A suivre...