Source : Exonerated By Thecouchcarrot
Hey les guys !
Sorry pour cette longue attente. Comme d'hab', j'ai un emploi du temps de folie mais une volonté de fer, donc armez-vous seulement de patience car comme je me plais à le répéter : je n'abandonne PAS cette traduction !
Je poste un peu en coup de vent, je bosse demain donc je répondrais aux reviews dans le Weekend !
Enjoyez!
PS : J'ai repris la même liberté que pour le chapitre 7 au niveau de la traduction. Donc la phrase en espagnol que vous voyez est en réalité en français dans la version originale.
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Dean est assis sur une chaise au bord du ponton, admirant l'étendue calme et paisible du Lac Madeleine. L'air est frais et limpide, et le brun de l'horizon se reflète sur la surface lisse du Lac. Un sourire éclaire son visage tandis qu'il prend une gorgée de sa bière.
C'est alors qu'il la sent – une résistance au bout de sa canne à pêche. Il saisit le manche coincé entre ses jambes et commence à tourner le moulinet pour faire remonter sa prise. Il peut déjà sentir qu'elle ne sera pas grosse, mais il n'a rien attrapé de toute la journée alors il aimerait bien se la dégoter, même si c'est pour la relâcher après. Il mouline jusqu'à que le poisson sorte de l'eau et fait basculer sa prise sur le ponton.
Prise qui s'avère être ridiculement petite, minuscule même, et blanche. Il la fixe, et fronce les sourcils face à cet espèce de gros ver de terre albinos pendu à son hameçon.
Avant de réaliser qu'il s'agit d'un doigt.
Il lâche précipitamment sa canne, figé d'horreur, et le doigt se met à se tortiller sur les planches. L'eau du Lac Madeleine commence à s'agiter puis à frémir avant qu'une nuée de doigts ne grouillent à la surface en se tortillant comme des asticots. S'ajoute à ce funeste tableau des centaines de globes oculaires ainsi que tout un attroupement d'intestins se déroulant le long du quai, serpentant entre les planches, leur ondulation fouettant l'air tel de la viande putréfiée alors qu'ils s'enroulent autour de lui, l'odeur cuivré du sang émanant de toute part. Dean titube vers l'avant, à la recherche d'air, puis trébuche sur la chaise et s'effondre au sol. Il lutte désespérément contre ses liens, les jambes paralysées et les mains complètement moites.
Une fillette entièrement nue se tient près de lui, les entrailles saillantes traînant à ses pieds. Sa peau présente des marbrures grisâtres ainsi que de profondes marques violacées au niveau des jambes et des bras ; de sombres hématomes s'étendent autour de son cou et la plaie béante de sa gorge baille outrageusement. Là où elle aurait dû avoir des yeux, se trouvent simplement des orbes éviscérées desquelles jaillissent des larmes de sang roulant le long de ses joues. Elle dégage une forte odeur de putréfaction, comme celle d'un animal qui faisande au soleil. Elle pose son moignon glacé sur l'épaule de Dean.
Dean ne peut que la fixer du regard, complètement pétrifié et acculé au ponton.
Ses lèvres fendues et écorchées laissent entrevoir ses gencives dénuées de dents tandis qu'elle lui chuchote en un sifflement âcre,
Tu l'as vu.
Dean se réveille.
Le souffle pantelant et le cœur au bord des lèvres, il met un moment à se rappeler où il se trouve : dans la chambre de Cas, recouvert de sueur, entortillé dans les draps, suffocant et complètement oppressé. Cas dort à poings fermés à ses côtés, un bras calé sous le visage et l'autre pendouillant en dehors du lit.
Dean s'assoit et s'essuie le front à l'aide de son bras. Il s'installe au bord du lit en serrant fermement le matelas entre ses mains.
Même avec les rideaux fermés, il fait plus clair dans la chambre, la lumière du début d'après-midi se frayant un chemin à travers les quelques fentes ici et là en se refletant le long du mur. Dean plisse les yeux face au réveil pour constater qu'il est presque midi. Il tend la main et se met à secouer l'épaule de Cas. « Debout là-dedans. »
Cas grogne et enfonce sa tête dans l'oreiller.
Dean se penche vers lui et embrasse son épaule. « Aller. On a du boulot. »
« Non. » Cas agrippe chaque bord de son oreiller pour les presser plus fortement contre ses oreilles. « No quiero. » [1]
Dean roule des yeux en se levant. « Quelle diva, » critique-t-il. Il s'étire en se craquant le dos et baille à s'en décocher la mâchoire. « Fut un temps où on dormait cinq heures par nuit et on aimait ça. »
Cas roule sur lui même et se met sur le dos, son visage exprimant une totale résignation. « Fut un temps où les dinosaures régnaient sur terre, » maugrée-t-il. « Et on dormait très bien. »
Dean lui sourit, son sourire s'élargissant sans qu'il ne s'en rende compte, et machinalement il s'agenouille sur le lit et se penche en avant afin d'embrasser Cas avec un profond enthousiasme.
Lorsqu'il se recule, Cas le fixe du regard, légèrement pantelant.
« Bonjour, » murmure tendrement Dean.
« Bonjour, » répond Cas. Il dévisage toujours Dean avec une intense curiosité, un pli soucieux se dessinant à la jonction de ses sourcils.
Tout va bien se passer maintenant, a envie de dire Dean. J'en suis sûr. J'en suis sûr. Tu n'as pas à t'en faire. Mais il sait qu'à la minute où il prononcera ces mots à voix haute, un événement de mauvais augure pointera le bout de son nez pour réduire toutes ses bonnes ondes en miettes et en cendres avant de les envoyer croupir six pieds sous terre. D'une façon ou d'une autre, il sait que quelque chose finira par mal tourner, alors il n'a pas envie de leur porter la poisse. Il n'a pas envie de tout foutre en l'air.
C'est pour cette raison qu'au lieu de verbaliser ses pensées, il décide de lui offrir un sourire, un léger sourire avant de lui répéter « Bonjour, »
Cas toise longuement Dean. « Est-ce que tu as fait un cauchemar ? »
« Hein ? J'ai – » Dean fronce les sourcils dans sa direction. « Qu'est-ce qui te fait croire ça ? »
« Je t'ai entendu te réveiller. » Cas le regarde droit dans les yeux sans ciller. « Tu avais du mal à reprendre ton souffle. »
Dean inspire calmement par le nez en secouant la tête avant de s'éloigner de Cas. Il s'extirpe du lit, récupère son T-shirt tombé au sol et le passe par-dessus ses épaules. « C'est rien, te mine pas pour ça. »
Cas se redresse et le dévisage un bon moment avant de se glisser hors du lit à son tour pour se diriger vers la salle de bain.
Dean met la main sur son boxer qu'il enfile à la va-vite. Le soulagement s'empare de lui lorsque Cas arrête de le sonder du regard, et il ne sait pas vraiment pourquoi. Ce n'est pas comme s'il avait besoin de lui cacher ce genre de truc, mais il n'a non plus envie de le faire flipper. Il veut simplement que Cas soit heureux, et qu'il le croit heureux, sans la moindre appréhension et totalement convaincu que tout se –
Son pied rencontre un objet froid.
Il baisse les yeux. Il vient de marcher sur le pantalon de Cas, roulé en boule sur le sol, et quelque chose de froid dépasse de sa poche avant. Dean s'en empare et l'examine plus attentivement.
Il s'agit d'un long canif au manche nacré. Il amorce la lame et l'effleure avec son pouce. Lisse et affûtée. Il la rengaine à nouveau et s'intéresse de plus près au manche. Celui-ci est d'un blanc opalin vétuste, avec une prise en main parfaite. Le couteau en lui-même est minutieusement entretenu et traité avec soin, comme le serait un bien précieux.
Tu l'as vu.
Dean observe l'objet entre ses mains et le fixe intensément u regard. « Cas, » appelle-t-il, « où est-ce que t'as eu ce couteau ? »
Il entend les pas de Castiel retentir depuis la salle de bain, de même qu'il l'entend s'arrêter au seuil de la porte. « Oh, ça, c'est mon vieux couteau de poche, » répond Cas. « C'est mon père qui me l'avait offert. »
Dean n'arrive pas à détacher ses yeux de l'objet en question. « Comment t'as pu passé la sécurité de l'aéroport ? »
« Il était dans mes bagages, » dit Cas.
« Je croyais que t'avais laissé toutes tes affaires. »
Cas marque une pause. « Je l'ai récupéré dans ma valise avant de tout laisser sur place, j'ignorais ce qui allait arriver... et je me suis dit que j'en aurais peut-être besoin. »
Parmi tout ce qu'il possédait, c'est cet objet que Castiel a décidé de garder sur lui.
« Elle pense que les blessures infligées au niveau des globes oculaires l'ont été, non pas seulement par la même personne... mais par la même personne, avec le même canif. »
Dean sent son estomac remonter et se tordre douloureusement, tandis que sa tête se met à bourdonner à lui en donner le vertige.
« Dean, » intervient Cas. « Qu'est-ce qu'il y a ? »
Tout est là. L'évidence dans la paume de sa main. La pièce manquante.
« Pourquoi Cas ? C'est ton frère. Je sais que tu ne l'aimes pas parce qu'un salopard dans ton genre est incapable d'amour, mais pourquoi tu le détesterai ? T'as pu te promener en liberté pendant six ans grâce à lui. »
La lueur momentanée au fond du regard de Lucas s'évapore, et son visage revêt une enveloppe froide vierge de toute ignorance.
Pourquoi piéger Cas ? Ça n'avait aucun sens... parce que Lucas n'était pas en train de le piéger.
Lucas n'était pas en train de piéger Cas.
Il ne faisait que se payer la tête des enquêteurs en prenant un malin plaisir à les faire mariner dans ses énigmes tordues, alors que les preuves étaient là, juste sous leur nez, telles des miettes de pains laissées par le tueur.
Dean resserre sa main autour du couteau avant de prendre une profonde et tremblante inspiration.
« Dean ? » La voix de Cas lui semble lointaine, comme à des années lumières de la pièce. « Dean, est-ce que ça va? »
Comment se fait-il que Cas ait pu garder le couteau aussi longtemps ? Dean a procédé lui-même à la perquisition de son ancienne maison. Il avait dû le planquer quelque part lorsqu'il était en prison – ou peut-être qu'il l'avait donné à Lucas pour qu'il aille le cacher dans un endroit qu'ils seraient les seuls à connaître, et que lorsque Cas est sorti de prison, tout ce qu'il a eu à faire, c'est de s'y rendre pour le récupérer, sa paume caressant tendrement le manche avant d'amorcer la lame qu'il aurait soigneusement nettoyé, laissant ses doigts en effleurer l'arrête –
Réfléchi, Dean ! Lui ordonne une voix dure dans sa tête. Elle ressemble un peu à celle de son père, ou de Sam peut-être, ou encore des deux à la fois. Sois pas bête. Réfléchi à ce qu'ils t'ont dit !
« Notre toubib souhaite exhumer le corps de Kenny Whidbey pour le confirmer, mais... elle pense que les blessures infligées au niveau des globes oculaires l'ont été, non pas seulement par la même personne... mais par la même personne, avec le même canif. »
Kenny Whidbey. Kenny Whidbey est le corps qui a permis d'innocenter Castiel. Kenny a été assassiné lorsque Cas se trouvait en prison. Si les blessures infligées au niveau des globes oculaires de Kenny correspondent à celles infligées à Gabriella Chavez et Camden Rodebaugh, alors... c'est que Cas n'a pas pu les tuer. Ça ne peut pas être Cas, et ça ne peut pas être ce couteau. C'est juste une horrible coïncidence. Quelqu'un d'autre est forcément dans le coup, comme il s'acharne à le répéter depuis le début. Ça ne peut être que Meg.
Une main lui effleure l'avant-bras, « Dean ? »
Ce n'est qu'en entendant son prénom que Dean se rend compte qu'il a les yeux fermement clos. En les rouvrant, il tombe sur le regard de Cas qui le dévisage avec inquiétude et – et avec crainte. Dean peut clairement discerner la crainte latente envahir son regard.
« Ça va, » lui dit-il. « J'étais juste – j'étais en train de repenser au rêve que j'avais fait. »
« Dean. » Sa paume d'Adam s'agite. « Est-ce qu'il y a quelque chose que j'devrais savoir ? »
Dean lui envoie un sourire forcé en se passant une main sur le front. « Nan, nan, c'était seulement un rêve, Cas. »
Les doigts de Cas s'attardent un moment sur son bras avant qu'il ne décide de retourner dans la salle de bain.
Dean soupire et range le couteau de Cas dans sa commode. Pile au moment où il enfile son pantalon, quelqu'un frappe à la porte. Il descend rapidement les escaliers, et en profite pour jeter un œil par la fenêtre, pour constater que les journalistes sont toujours bel et bien campés devant chez lui. Néanmoins, la personne se trouvant sous le porche n'en fait pas partie. Dean déverrouille la porte avant de l'ouvrir à la volée. « Quoi ? »
Sam le fusille du regard. « Faut que t'apprennes à décrocher ton fichu téléphone. »
[…]
« Très bien, Travers. » Harvelle s'installe à cheval sur sa chaise avant se donner une claque mentale devant un tel cliché. « Tu as ton public. Qu'est-ce que tu as ? »
Balthazar plisse les yeux. « Où vous avez mis Barney Fife ? »
« Ce sera Agent Fitzgerald pour toi, et il a d'autres chat à fouetter pour l'instant. Que tu le crois ou non, on a des priorités qui vont bien au-delà du blabla d'un petit trafiquant de drogue de la cambrousse. » Harvelle éloigne une mèche rebelle de devant ses yeux en notant pour elle-même de prendre une barrette pour la prochaine fois. « J'te l'demande encore une fois. Qu'est-ce que tu as ? »
Balthazar s'enfonce dans sa chaise et pose ses mains sur la table. Il transpire le luxe avec ses cheveux en bataille assortis à ses fringues de marques ainsi qu'à sa montre valant plus chère que la voiture d'Harvelle. « J'ai la réponse à toutes vos questions. »
Harvelle lui offre un sourire méprisant. « Fantastique. Qui est le complice de Lucas ? »
« Oh, j'vous en prie, » raille-t-il en roulant des yeux avec dédain. « Offrez-moi au moins à dîner avant d'essayer de m'entuber. »
Harvelle fait claquer sa mâchoire. « Amuse-toi bien dans ta cellule. » Elle commence à se lever.
« Je le connais. » Balthazar se rapproche de la table. « Je sais qui c'est, mais je vais avoir besoin de garanties sur papier avant de cafarder. »
Harvelle se rassoit. « Admettons. On peut abandonner les poursuites pour trafic et se montrer indulgent envers la détention de stupéfiants. »
Balthazar ricane. « Vous abandonnez toutes les poursuites, et vous me dénicher un vol direct pour le Panama. »
Harvelle éclate de rire. « Ça c'est absolument hors de question. »
« Très bien. Abandonner les poursuites, je m'occupe du billet, et vous ne m'en empêcherez pas. » Il hausse un sourcil. « C'est un marché tout à fait raisonnable, Agent Harvelle. »
Harvelle le dévisage longuement. « Comment tu t'es fait chopper, Travers ? »
Il soupire et se laisse retomber lourdement contre le dossier. « Un p'tit futé. Un gamin que je pensais trop futé pour être flic. Ça faisait des mois qu'il rodait aux alentours de mon district ; il vivait dans la rue, s'est fait tabassé deux ou trois fois par des gangs mexicains et autres caïds du genre mais il faisait profil bas. Un p'tit boit-sans-soif mais pas un junkie, j'ai cru que je pouvais lui faire confiance... »
Harvelle plisse les yeux. « Alors tu lui as vendu tout un kilo de coke ? »
Balthazar lève le menton en lui rendant son regard. « Les débutants achètent toujours en masse. Question de sécurité, au cas où ils la snifferaient dans la foulée ou se feraient pincer. Lui, il a fait le coursier pendant des semaines pour pouvoir se l'acheter. »
« Ça me semble quand même bien généreux, » intervient Harvelle. « Un kilo de coke. »
« Je l'aimais bien, » lance nonchalamment Balthazar. « J'avais un bon feeling. »
Harvelle fait pianoter ses doigts sur la table.
« Voilà c'que j'te propose, » dit-elle. « On laisse le comté t'inculper pour détention de stupéfiant avec une liberté sous caution fixée à dix mille dollars, et on ne se mettra pas en travers de ta ruée pour le Panama. C'est à prendre ou à laisser. »
Il fait mine de réfléchir. « Par écrit, » finit-il par lâcher.
[…]
Meg fusille Garth des yeux depuis sa table en plastique bon marché. « Sérieux ? » demande-t-elle. « Vous allez rester planté là tout le long ? »
Garth sourit. « Absolument ! »
Elle gémit, faisant cliqueter ses menottes contre sa chaise. Son uniforme aux teintes rouges vives fait ressortir la pâleur de sa peau. Ses cheveux sont complètement en vrac et décoiffés, et son visage semble creusé par de profondes cernes. « Très bien, » crache-t-elle. « Dans ce cas j'veux pas vous entendre la ramener. »
Sam la dévisage avec méfiance.
« Quant à vous, Stalone. » Elle le désigne du menton. « Vous m'aviez dit que vous feriez venir Castiel. Où il est ? »
« De l'autre côté du miroir. Au même titre que Dean. » Sam se trouve dos au miroir sans tain et peut sentir sa nuque le picoter. « Dites c'que vous avez à dire, et s'il le souhaite, il viendra rejoindre la conversation. Avec Dean. »
Meg soupire bruyamment en scrutant la vitre d'un œil noir.
Sam pose ses mains à plat sur la table. « Vous m'avez dit au téléphone que vous étiez prête à vous montrer complètement honnête. Êtes-vous disposée à vous confesser pour meurtres ? »
« C'était une façon de parler, » rétorque Meg, agacée. « Ce que je voulais dire c'est que, j'ai menti. J'ai menti à Castiel, je vous ai menti, tout comme j'ai menti dans mon bouquin, et maintenant y'a un pauvre type qui s'est amusé à décorer ma baignoire avec des dents de laits et, du coup, j'me retrouve coincée ici. »
Garth et Sam se regardent du coin de l'oeil. « Voyez-vous, on a toujours trouvé ça curieux que Lucas ne possède aucun trophées de ses victimes, » explique Garth. « Mais des dents de laits, ça m'a tout l'air d'un sacré bon souvenir, pas vrai ? »
« Effectivement, » confirme sobrement Sam. « Saviez-vous que la plupart des preuves rattachant les six premières victimes à la maison du lac de Castiel ont été retrouvées dans et autour d'une baignoire ? »
« Oh mon DIEU, » s'écrie Meg. « Arrêtez donc de vous la jouer Colombo, bande de crétins ! C'est ma putain de – » Elle se tortille sur sa chaise, le souffle court, et les fusille de son regard embué de larmes. « C'est ma putain de vie qui est en jeu ! »
« Dans ce cas, cessez donc de me faire perdre mon temps. » Sam croise les bras. « Et parlez. »
« Lucas m'a offert les droits exclusifs sur sa vie au mois d'avril, » lâche Meg entre ses dents serrées. « En échange, il m'a demandé de déposer une lettre pour lui. »
Sam opine du chef. « Elle était adressée à la prison, c'est ça ? A Lucas ? »
Meg fronce les sourcils. « Non. Pourquoi est-qu'il – non, elle était adressée à une boite postale. »
Garth s'empare de son calepin. « Quelle était l'adresse ? »
« Quelque part dans Royal City. C'était une enveloppe assez épaisse, qui était scellée, et... je ne l'ai pas ouverte. » Elle serre la mâchoire et se laisse retomber sur sa chaise en soupirant de frustration. « Bordel, j'ai été tellement stupide... J'arrive pas à croire que je n'aie rien vu venir. »
« Vu venir quoi ? » demande Garth.
« C'était des instructions. » Une mèche de ses cheveux lui tombe sur le visage. « Il envoyait des instructions à quelqu'un. Il m'a tendu un piège. »
Garth et Sam haussent leur sourcils de concert.
« Depuis avril ? » demande Sam.
Elle se penche en avant et adopte un ton résolu, « Vous avez lu mon livre, vous savez donc ce qu'il m'a raconté. Tout ce qu'il a fait, c'est me conduire droit vers Castiel – il m'a pratiquement incitée à enquêter, à écrire, à m'investir à fond. J'avais le scoop du siècle qui dormait sur mon disque dur avec Pulitzer à la clef. Au mois d'octobre, j'avais déjà écrit une bonne partie du manuscrit et je suppliais mon éditeur de me donner un délais supplémentaire – il fallait que je le vois de mes propres yeux avant de l'envoyer sur le bûcher. Il fallait que je sache. »
« Alors vous l'avez suivi, » intervient Sam.
Meg hoche la tête. « Je l'ai suivi jusqu'à ce bar, et – je me suis présentée. J'avais pris... j'avais pris des cachetons... » Son regard vacille en direction de Garth. « De l'ecstasy... enfin bref, on a picolé tous les deux et je l'ai ramené chez moi. »
« Avez-vous couché avec lui ? » demande Garth.
Meg garde les yeux rivés sur le miroir. « Non. En quelque sorte. On – j'ai essayé de le stimuler un peu, mais ça n'a pas marché, du coup il a voulu me rendre la pareille mais sans résultats. On a préféré en rester là. »
« Et pourquoi vouloir faire ça si vous pensiez que c'était un tueur ? » demande Garth.
« Pour assouvir son fantasme, » explique Sam.
« Non, je mentais quand j'ai dit ça, » rétorque Meg, « Ça n'a rien à voir avec du fétichisme, en fait c'était plutôt – » Elle ferme les yeux en interrompant son discours. « Bref, on s'en fout. L'important c'est que Lucas m'a dit que Castiel était impuissant sauf quand il s'agissait d'enfants. Je me suis prise pour Loïs Lane, l'intrépide reporter, et – » Elle laisse échapper un rire spontané et irrationnel. « Bon sang, est-ce que vous avez la moindre idée de ce que ça fait lorsqu'un homme vous touche de cette façon ? »
« Non, » dit Sam, impassible. « Je n'en sais rien. »
Le regard de Meg se durcit. « Vous voilà bien chanceux. »
« Vous êtes-vous procurée un poil pubien de Monsieur Goodwin au cours de cette soirée ? » demande Garth.
« Je ne l'ai pas piégé ! » claque-t-elle. « Quand est-ce que vous allez vous mettre ça dans le crâne ? Lucas est celui qui est en train de me piéger. Vous avez pas encore saisi ?! » Elle se rapproche de la table et grince des dents, la mine revêche alors qu'elle tire sur ses liens. « Lucas m'a dit que Castiel était impuissant pour que j'aille me le taper. Il m'a affirmé qu'il était dangereux pour que je le traque. Il m'a expliqué que c'était un tueur pour que je ponde 90 000 mots qui lui seraient dédiés, puis au final, et j'ignore encore comment, il a réussi à coller un poil pubien sur un cadavre et à convaincre Cas de se faire la malle suite au propos d'une nana quelconque. Il a mis ces dents dans ma baignoire et s'est délecté de l'effet domino. » Son front est luisant de sueur, plaquant ses cheveux contre son visage. « Est-ce que vous voyez le topo là ? Vous saisissez ? » »
Sam acquiesce, car il voit tout à fait ce qu'elle veut dire, qu'il en saisit parfaitement les composantes, et que son estomac commençait déjà à se tordre bien avant que les mots ne sortent de sa bouche.
« Lucas n'est pas en train de piéger Castiel avec mon aide, » continue Meg de façon désespérée. « Lucas me piège pour piéger Castiel. »
Sam sent un tourbillon d'émotions se déchaîner au fond de ses tripes dans une lutte acharnée. Margaret Master est probablement la personne la plus mythomane du monde, mais son récit est affreusement sensé. Évidemment que Lucas allait s'amuser avec la journaliste avide de détails, qu'il allait jouer au chat et à la souris avec la police dans le seul but de la piéger au sein du filet qu'elle aurait elle-même tissé. De la même manière qu'il était capable de se servir de son frère pour remuer le couteau dans la plaie, en le plaçant d'office aux premières loges d'un scandale public afin de s'approprier progressivement les feux de la rampe. Avec l'approche de la publication du livre de Meg, tout ce qu'il manquait, c'était une quatrième de couverture qui révélerait d'elle-même les spectaculaires divagations d'une romancière de faits divers prête à tout pour se faire éditer. Mais d'un autre côté, si Meg n'est pas la complice de Lucas...
Ça veut dire que quelqu'un d'autre l'est.
Meg se penche le plus près possible du miroir. « Bon, est-ce que j'peux parler à Cas maintenant, s'il vous plait ? »
Sam se racle la gorge en ajustant sa cravate. « Ouais, euhm, en fait, il est pas là. »
Meg tourne brusquement son visage vers Sam. « Pardon ? »
« Je me suis dit que ce serait une mauvaise idée de le faire venir, » avoue Sam. « Il est avec Dean dans le bureau du médecin légiste. »
Garth jette un œil vers Sam en haussant les épaules. « Oups ! Vraiment désolé ! »
[…]
Harvelle s'assoit en face de Balthazar et appuie sur le bouton afin de débuter l'enregistrement. « Ici l'Agent Ellen Harvelle, » énonce-t-elle, « nous somme le 30 décembre 2012, et je m'entretiens avec Balthazar Travers au sujet des meurtres du Lac Madeleine. » Elle lève le regard en direction de Balthazar. « Monsieur Travers, savez-vous qui est le complice de Lucas Goodwin ? » Elle ose à peine respirer, ose à peine croire que cet espèce de dealer du dimanche puisse avoir une piste sérieuse, mais la lueur d'espoir qu'engendre cette possibilité est indéniable, même pour elle.
« En effet, » confirme Balthazar. « Il s'agit d'une femme, une ancienne prostituée qui se faisait appeler Candy. Je ne connais pas son véritable prénom. »
A cet instant, Harvelle ressent l'envie folle de sauter par-dessus la table pour aller tordre le cou de Balthazar.
« Pouvez-vous m'en dire davantage ? » Demande-t-elle en maîtrisant sa voix, peinant à ravaler la colère lui enserrant les poings en vibrant contre ses tempes.
« Bien entendu. Laissez-moi vous raconter toute l'histoire. » Il s'appuie sur le dossier et pose ses pieds sur la table. « A une certaine époque, avant qu'on ne sache qui il était, Lucas était un habitué du Strip club "Le Pacific". Je dirai que ça remonte à 1999. Je le connaissais parce que j'ai conduit un taxi en direction de ce club – tout ça c'était bien avant mes jours de gloire, vous l'aurez compris, avant de me faire une place dans le réseau. Bref, les filles jacassaient continuellement au sujet de Lucas. Il était jeune, il était beau, mais c'était aussi une sacré brute. Les macs le connaissaient eux aussi, mais au bout du compte il payait toujours bien alors... » Balthazar hausse les épaules. « Quoiqu'il en soit, y'avait ce gars là, Lenny Jones, un junkie réputé au sein du club parce qu'il était capable d'absolument tout et n'importe quoi pour de l'héroïne. En ce temps-là, il avait commencé à prostituer sa fille contre de la drogue. Elle devait pas avoir plus de treize ans, aucune forme, la peau sur les os, de long cheveux noir et de grands yeux bleus. Il a fallut un coup d'œil à Tommy Weiss pour qu'il la veuille dans son cheptel ; il a offert à Lenny juste assez d'héroïne pour son prochain fixe et a commencé à faire sniffer de la coke à la gamine, avant de la surnommer Candy et de la faire bosser au club. C'est comme ça qu'elle a rencontré Lucas. » Balthazar s'interrompt pour boire un verre d'eau, puis secoue la tête. « J'ignore où il a déniché le fric, mais Lucas la voulait. Il voulait l'acheter. Au début, Tommy a dit non, mais il lui avait fait arrêter les strip-tease et Lucas était son seul client. Autant qu'il la lui vende. »
« Et il serait resté avec elle pendant douze ans ? » demande Harvelle, incrédule. « T'arriveras pas à me faire croire ça. »
Balthazar l'interrompt en claquant sa langue contre ses dents. « J'y viens, j'y viens. Vous m'interrompez dans mon récit. » Il s'enfonce dans le dossier et continue sur un ton lyrique. « Lucas la tabassait régulièrement, et lui avait même coupé les cheveux extra court. Ça la dérangeait pas plus que ça, cela dit, parce que pour elle c'était sécurisant. Mieux vaut un diable qu'on connaît... enfin vous connaissez la chanson. Elle n'avait plus besoin d'aller sucer des étrangers soir après soir – seulement le pervers qui la nourrissait. C'était la meilleure vie à laquelle elle pouvait aspirer, exception faite des séjours aux urgences. Malheureusement pour elle, après environ un an à suivre ce train de vie, elle est tombée enceinte. Ils étaient pas vraiment très regardant sur les préservatifs parce qu'elle avait pas... vous savez... » Il fait un geste circulaire de la main. « Atteint la maturité. A l'évidence, il était de Lucas. Elle a voulu se faire avorter mais il s'y est vivement opposé, donc ils sont arrivés à un compromis : Il lui a trouvé un p'tit appart' minable dans la zone universitaire et lui payait le loyer. Après la naissance du bébé, Lucas n'avait plus trop envie d'avoir affaire à elle, mais il continuait de payer. Du coup, elle est repartie bosser pour Tommy au Strip club où elle est restée durant les quatre années qui ont suivies. »
Harvelle soupire. « Et là, que s'est-il passé ? »
Balthazar roule des yeux. « Patience, ma chère, patience. Curieusement, quelques années plus tard, Lucas a voulu que Candy revienne. Il lui a fait quitter le Strip Club puis a repris ses bonnes vieilles habitudes. Il la frappait, la sautait, et lui jetait son pognon en pleine face. Et elle, elle gobait tout – elle disait aux filles qu'elle allait se marier. Elle avait même ralenti sur la coke. Tout allait pour le mieux en ce qui la concerne. Mais ensuite... » Balthazar s'interrompt pour boire une nouvelle gorgée d'eau avant de reposer lourdement son verre sur la table. « Un ou deux ans plus tard, des cadavres ont commencé à faire leur apparition. Castiel Goodwin a été arrêté. Personne n'avait fait le rapprochement jusqu'à ce qu'on voit la photo de Lucas dans le journal, et même là, ça n'a surpris personne. Après tout, avec un frère aussi dérangé que Lucas, pas étonnant que ce Castiel en arrive à étrangler des bambins. Après ça, Lucas a disparu de la circulation, et Candy s'est de nouveau retrouvée toute seule. »
Harvelle se masse les tempes. « Viens en au fait, Travers. »
« Eh bien, il se trouve que j'ai souvent vu Candy traîner au club pendant les années qui ont suivies, » continue Balthazar, « juste avant que Kenny Whidbey ne soit retrouvé. Là, elle a brutalement disparu des écrans radars, a arrêté de venir au Club et a quitté son appart' miteux. Puis le petit Kenny a été découvert, Castiel a été disculpé, et Lucas a pris sa place. Mais Candy... » Balthazar fronce les sourcils. « Candy est restée introuvable. Je l'ai croisée un soir aux alentours de Pine Street ; elle s'était teint les cheveux en roux mais s'est fait la malle dès qu'elle m'a aperçu. Des cadavres ont continué à faire surface quelques mois plus tard, et correspondaient au mode opératoire des corps retrouvés sept ans plus tôt. Plus important encore, lorsque je suis allé parler de mes suspicions à mon patron... » Balthazar marque une pause et fait tourner sa langue dans sa bouche. « On m'a dit qu'elle était intouchable. »
Harvelle fronce les sourcils en se redressant. « Ce qui veut dire ? »
« Ça veut dire qu'on a pas intérêt à lui chercher des noises. » L'amertume brille dans son regard. « Lucas a plus ou moins graisser la patte de M, et du coup personne n'a le droit de s'approcher, de toucher ou même de déranger Miss Candy sous peine d'en subir les représailles de M en personne. Là encore, je n'ai absolument aucune idée d'où Lucas tire tout ce pognon. »
« C'est bien joli tout ça mais si elle ne travaille plus au Club, que tu ne connais pas son véritable prénom et qu'en plus tu ne sais pas où elle se trouve actuellement, » lance Harvelle, « comment est-ce qu'on est sensé la retrouver ? »
Balthazar contemple pensivement le plafond. « C'est là qu'est l'os, » commente-t-il. « J'imagine qu'il va vous falloir gratter un peu de paperasse auprès de... certains de vos collègues, le patron peut-être ? »
« J'ai pas le temps pour ces conneries, Travers, » claque Harvelle.
L'expression de Balthazar se fait plus sérieuse. « Je peux l'identifier de vue. Donnez-moi des clichés et je vous trouverai votre tueuse. Tout ce que vous aurez à faire c'est de la retrouver... » Il fait un geste vague en direction de la sortie. « Là-dehors. »
Harvelle soupire. « D'accord. On va t'apporter quelques dossiers. C'est tout pour le moment. » Elle se lève, éteint le dictaphone, et examine longuement le drôle de spécimen qui lui fait face.
Balthazar la dévisage avec impatience.
« Comment tu t'es fait chopper ? » demande-t-elle à nouveau.
Le coin de sa bouche se redresse. « J'ai vendu un kilo de coke à un flic sous couverture. »
Elle enfonce ses mains dans ses poches. « Et pourquoi est-ce que tu lui as vendu un kilo de coke ? »
Le visage de l'homme se creuse. « Parce que, » dit-il, « j'imagine que j'en avais assez de lire de mauvaises nouvelles. »
Elle se mord l'intérieur de la joue et détourne le regard. « C'était plutôt risqué. Je te pensais pas du genre citoyen responsable. »
« C'est drôle de constater à quel point toutes les victimes que vous avez retrouvées étaient des nantis, pas vrai? » Balthazar fait glisser son contrat le long de la table et le plie avant de le mettre dans sa poche. « D'un milieu modeste, je veux dire. Aucun des corps n'étaient ceux d'enfants de la rue, dont la disparition n'aurait jamais été signalé, et dont les corps n'auraient même pas pu être identifiés. » Il plante ses yeux perçants dans les siens. « Faudrait être bête pour passer à côté du fait que c'est parce qu'aucun d'entre eux n'a été tué. »
Harvelle croise son regard, la même intensité s'emparant d'elle. « Est-ce que tu souhaites signaler la disparition d'un enfant, Travers ? »
« Je viens de le faire, » dit-il. « Elle s'appelait Candy. »
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A suivre...
[1] J'ai pas envie
