Source : Exonerated By Thecouchcarrot
*Entre sur la pointe des pieds* Y'a quelqu'un ? Echo, 1,2,1,2 ?
Hey,
Tout d'abord, permettez-moi de m'excuser pour cette attente interminable que je vous fais subir (surtout en sachant qu'on est au point culminant de l'histoire, j'ai vraiment l'art de vous faire baigner dans le suspens). Pour ceux et celles qui auraient loupé mon explication minable, j'ai emménagé récemment dans un petit patelin tellement paumé que le réseau téléphonique n'y était même pas installé. En conséquence, je n'ai pas eu internet pendant un moment, mais à présent, ça y est, les affaires reprennent. En soi, je vous promets pas d'être plus régulière, mon emploi du temps ne me le permettant pas, mais je réitère ma promesse comme quoi, je ne laisse pas tomber cette traduction.
Je vous embête pas plus longtemps, et vous laisse profiter du chapitre, vous l'avez amplement mérité.
Enjoyez !
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Le cabinet du légiste ressemble en tout point à n'importe quel autre cabinet de médecin. Petit, chaleureux, avec des diplômes placardés aux quatre coins des murs dont l'agencement fait échos à ces horribles réunions parents-profs de cinquième. Un cabinet de médecin en somme. On peine à imaginer qu'au bout du couloir se trouvent plusieurs chambres froides contenant des corps sous plastiques, ce qui, en plus de l'odeur, leur donnent l'allure de sacs d'ordures en décomposition. Ici, dans le cabinet, les murs sont beiges, le rembourrage des chaises en bois se teinte d'une agréable couleur verte et il y flotte une odeur proche de celle de la colle à enveloppe.
Le Docteur Amanda Rice se trouve derrière le petit bureau en chêne. Ce n'est pas son bureau à proprement parlé – elle fait partie du FBI et a donc un bureau attitré dans le Mariland. Mais il se trouve que le légiste occupant habituellement les locaux a eu la bienséance de partir en congé pour les vacances de Noël, laissant l'opportunité au Docteur Rice de s'y installer provisoirement. Elle fait partie de ces femmes qui sont passées maître dans l'art de paraître gracieusement inaccessible. Ses clairs cheveux bruns sont coiffés en un chignon, son tailleur est impeccable bien que sobre, et ses yeux sont d'un bleu-gris d'acier. Elle n'est pas jolie mais elle a du charme. Dean devine rien qu'en la regardant que son appartement doit également sentir la colle à enveloppe et que tout y est rangé par ordre alphabétique et par couleur.
« J'ai exhumé tous les corps des victimes en lien avec cette affaire, » leur explique-t-elle. « J'ai comparé et répertorié plusieurs empreintes distinctes sur chacun d'entre eux. La similitude des lésions causées au niveau des cavités orbitales est particulièrement marquée. Les entailles effectuées sur les os des victimes sont en adéquation avec le même instrument à lame, manié par des personnes à la dextérité similaire, si ce n'est identique. »
Dean plisse les yeux dans sa direction. « Vous pourriez nous la refaire en Français ? »
Elle soupire, sa lèvre inférieure se creusant en signe d'agacement. « Les lésions au niveau des orbites, » dit-elle. « Elles sont assez semblables d'un corps à l'autre. La lame utilisée pour mutiler les cavités a laissé des cicatrices bien spécifiques, et j'ai retrouvé les mêmes cicatrices sur chacun des crânes. »
Cas baisse le regard.
Dean s'avance jusqu'au bord de sa chaise. « Même Kenny Whidbey ? » demande-t-il.
Le Docteur Rice hoche la tête. « Oui. Les marques retrouvées sur son crâne étaient similaires. »
Dean lâche un soupire ainsi qu'un petit rire, glissant une de ses mains le long de sa jambe pour se masser le genou. « Bon, bah c'est bon alors ! L'affaire est bouclée. Cas était en prison lorsque Kenny a été assassiné, c'est bien la preuve que c'était pas lui ! »
« Pas exactement. » Le Docteur Rice le fixe du regard, refusant de croiser celui de Castiel. « Les marques sont similaires, mais pas identiques. Ça relèverait de l'impossible. Bien que la profondeur, l'alignement et la longueur des lésions suggèrent qu'elle aient été faites d'une seule et même main, ça n'est pas irréfutable. A ce stade de l'enquête, il n'existe pas de preuve formelle. Je ne peux absolument pas prouver que quiconque ait fait ces entailles. Tout ce que je peux faire, c'est écarter les fausses pistes – je peux rayer de la liste les lames qui n'ont pas été utilisées. Je peux démontrer qu'il serait extrêmement difficile pour un gaucher d'être le coupable. Et ainsi de suite. »
« Donc vous avez un profil, » répond Dean. « Un droitier armé d'un couteau. Le champ d'action est assez large. Vous avez rien de plus précis ? »
L'agacement se lit à nouveau sur la lèvre du Docteur Rice, seul signe visible d'une femme se mordant l'intérieur des joues pour rester courtoise. Dean a la très nette sensation qu'elle le considère comme un abruti. « J'ai fait une ébauche approximative de la forme et de la taille du couteau. Tout est dans mon rapport. J'en ai une copie juste là. » Elle retire un bout de papier millimétré du premier tiroir. Il s'agit de l'original, à en juger par les coups de crayon toujours visible derrière l'encre, dans lequel on peut observer une esquisse toute simple à échelle réelle de la lame incurvée d'un couteau.
« Je pense qu'il s'agit d'un petit canif ou encore d'un couteau de poche, » leur décrit-elle en pointant le graphique, « d'environ 10-12 centimètres de long, et extrêmement aiguisé lors des mutilations. »
Ample, légèrement arrondi à l'extrémité, plus large qu'un couteau suisse mais au design quasi identique. Ce n'est pas la première fois que Dean voit ce couteau aujourd'hui.
« Et si on se base sur le rapport préliminaire... » Le Docteur Rice lève les yeux du croquis et les pose sur Dean. « Je dirai que ce couteau est précieux aux yeux du tueur. Ça n'est pas un couteau lambda. Il y a une raison pour qu'il soit utilisé dans chacun des crimes. Probablement qu'il s'agit d'un objet fétiche, qu'il garde toujours à porté de main ou sur lui, ou bien un couteau ayant une certaine symbolique rituelle. »
L'estomac de Dean se tord, et il essaie d'éviter de poser son regard sur le dessin. « D'accord, » dit-il. « Assez parler du couteau. Qu'en est-il de cette nouvelle preuve A.D.N. qu'on vous a fourni ? Vous savez, le fragment d'ongle ? »
« On n'a pas encore de correspondance, » lui dit-elle. « Le profil indique seulement qu'il s'agit d'une femme. Mais CODIS n'a rien trouvé. L'agent Fitzgerald a prélevé un échantillon de l'A.D.N. de Margaret Masters au moment de son arrestation, mais même en accélérant le processus, on ne pourra pas établir de profil avant demain au plus tôt. Et si ce n'est pas elle, il faudra attendre trois jours de plus pour étendre la recherche au niveau national. »
Dean n'a pas besoin de lui demander de traduire cette fois. C'est un système qu'il ne connaît que trop bien. CODIS est une base de données gérée par le F.B.I dans laquelle sont répertoriés les profils A.D.N. des criminels condamnés de chaque État. Lorsqu'un scientifique se retrouve sur une affaire avec un profil génétique inconnu, il le rentre dans la base de données CODIS et le profil est automatiquement comparé avec tous ceux de l'État. Chaque semaine, tout profil encore inconnu est obligatoirement assigné à la recherche nationale. Aucun criminel reconnu de l'État ne correspond au fragment d'ongle retrouvé, donc si Meg ne correspond pas aux critères non plus... ils vont devoir attendre jusqu'à ce que le système pousse la recherche à travers tous le pays.
« Vous pourriez pas accélérer le processus ? » intente Dean. « On ne pourra pas la garder plus de 72 heures. »
Le Docteur Rice secoue la tête. « Non. Les serveurs ne pourront pas supporter une telle démarche. Les protocoles existent pour une bonne raison, Monsieur Winchester. »
« J'ai une question à propos du couteau. »
Dean et le Docteur Rice tournent leur regard vers Castiel.
Assis sur sa chaise en bois, les yeux rivés au sols depuis le début, Cas dévisage à présent le Docteur Rice avec une once d'inquiétude.
C'est à ce moment-là que Dean se rend compte que le Docteur Rice n'a cessé de le fuir du regard. Maintenant qu'il l'interpelle, elle ne peut plus se dérober et s'empêcher de le fixer. Les bords de sa carapace professionnelle commence à se décoller, à s'effriter sur les extrémités, exposant la curiosité morbide brute qui l'avait sans aucun doute poussée, de base, à exercer ce métier.
« Que – » Elle se racle la gorge. « Quelle est votre question ? »
Les doigts entremêlés entre eux, Cas fait nerveusement tourner ses pouces l'un sur l'autre. « Pourriez-vous le prouver si vous l'aviez ? »
Le Docteur Rice fronce les sourcils. « Je ne saisis pas... »
Il reformule sa question. « Si quelqu'un vous donnait le même couteau qui a été utilisé sur les orbites, seriez-vous à même de confirmer qu'il s'agissait bien de ce couteau ? »
Elle cligne brièvement des yeux. « S'il n'a pas été endommagé ou rongé par la rouille depuis sa dernière utilisation, peut-être que je... il y a toujours une marge d'erreur, mais je pourrai faire ressortir plusieurs concordances qui me permettraient de garantir d'un point de vue statistique qu'il s'agissait de la même lame. Il va sans dire que je procéderai également à toute une batterie de tests mettant en évidence des traces de sang ou autre résidus. »
Cas enfonce la main dans sa poche pour en ressortir un objet. Il l'enclenche de son pouce, exposant le brillant de sa lame argenté avant de le poser sur la table.
« Alors testez-le, » dit-il.
Le docteur Rice plante son regard sur le canif au manche nacré.
Dean, lui, ne quitte pas Castiel des yeux.
Il se redresse alors en agrippant Cas par le bras.
« Mon Dieu, » lâche le Docteur Rice dans un souffle.
« Faut que j'te parle, » gronde Dean, en arrachant Cas de son siège. « En privé. »
Cas se laisse entraîner hors du bureau, le long du couloir, à travers la porte de service, dans le froid mordant de l'hiver et jusqu'au jardin avant qu'il ne s'arrête en se détachant de la poigne de Dean. « J'ai vu ta façon de le regarder, » dit-il. « Je pouvais le lire dans tes yeux. »
« J'venais de faire un putain de cauchemar ! » lance rageusement Dean, en l'agrippant par les épaules pour le secouer. « Y'a pas à chercher plus loin ! Qu'est-ce que tu branles là ? »
« Pourquoi ça te contrarie tant que ça, Dean ? » lui demande Cas, le regard brillant d'accablement. « S'il s'agit d'une erreur, pourquoi ça te met tellement en colère ? Tu ne crois pas que les preuves vont m'innocenter ? »
« Non, » explose Dean.
Ce mot résonne dans l'allée du parc avant de s'évanouir dans l'ombre d'un buisson.
Cas s'affaisse dans la prise de Dean en le dévisageant tel un homme à la dérive.
Dean sent ses doigts devenir complètement rigides.
« Non, » répète-t-il. « Cas, écoute. S'ils ne trouvent pas de concordance, ça ne voudra rien dire. Ils diront qu'il s'agissait d'un de tes autres couteaux. Mais si il y a concordance, ça ne voudra rien dire non plus, d'accord ? Ça signifiera seulement que quelqu'un – que quelqu'un l'a échangé. » Il tente de déglutir mais sa gorge trop sèche l'en empêche. « Gabriela et Camden ont été tués il y a des mois de ça. Quand Meg a trafiqué ton téléphone, elle a très bien pu – elle a pu – »
« Dean. » Cas s'éloigne de son emprise, et détourne le regard pour le fixer sur l'allée pavée de béton. « Il n'y a plus rien à faire. Je suis le seul qui puisses mettre un terme à tout ça. »
« Cas, » murmure faiblement Dean, « Cas, écoute-moi. »
« J'en peux plus. » Il ferme les yeux. « Je vais me rendre. »
[…]
Enfoncés dans leur chaise derrière le miroir sans teint, l'agent Garth et Harvelle observent Balthazar feuilleter plusieurs classeurs remplis de clichés anthropométriques.
« Vous pensez qu'il dit la vérité ? » demande Garth.
Harvelle se contente de lui lancer un regard en biais « Tu crois que c'est le cas de Masters ? »
Garth hausse les épaules. « Difficile à dire. Elle aurait tout intérêt à mentir. »
« Lui aussi. » Elle reporte son regard sur l'homme menotté. « Sauf que... j'ai pas l'impression qu'il nous mène en bateau. »
Garth sourit doucement. « J'ai la même impression en ce qui concerne Masters. »
Harvelle soupire en se massant l'arrête du nez. « Tu parles d'une équipe de choc. Voilà maintenant qu'on boit les paroles des criminels en faisant confiance à notre instinct. »
« Je pense pas que ce soit qu'une affaire d'instinct. » Garth se lève en enfonçant les mains dans ses poches. « Je pense pas non plus que ce soit une coïncidence qu'on se retrouve avec deux sources différentes nous affirmant qu'il y a beaucoup plus derrière tout ça que ce que Lucas prétend. Et vous comme moi avons très vite été d'accord sur le fait que Masters n'était pas viable en tant que suspect parce qu'elle se trouvait en Floride ces dix dernières années. C'est pas vous qui, pas plus tard qu'hier soir, trouviez que tous ces éléments ne tenaient pas debout ? »
« C'est justement ce qui m'ennuie, » approuve Harvelle. « Et si j'avais juste envie que cette histoire de "Candy" soit vraie ? Et si c'était juste... » Elle prend une profonde inspiration, « une bonne excuse ? »
Garth la dévisage longuement, dos à Balthazar. « Il vous touche ce Castiel, hein ? »
« J'en sais rien. » Elle se racle la gorge en repoussant ses cheveux en arrière. « Si Lucas et lui sont de mèche pour piéger Masters, ça relève d'une... réflexion beaucoup plus consciente. J'étais prête à mettre toute cette situation sur le compte de son problème d'alter ego, mais quand tu regardes bien la façon dont tout a été orchestré... Garth, c'est pas quelque chose que tu fais quand t'es somnambule. »
« Parce que le meurtre ça l'est ? » répond-t-il, le regard large et perplexe. « Vous êtes prête à admettre qu'il puisse kidnapper, démembrer des enfants et les soulager de la totalité de leurs dents, mais pas qu'il puisse balancer les dites dents dans la baignoire de quelqu'un ? »
« J'en sais rien, » murmure Harvelle. « J'en sais rien. Je trouve que ça manque de plus en plus de... transparence. Tuer c'est d'abord assouvir un désir, satisfaire des pulsions. Organiser un coup monté ça relève plus... de la ruse. Du complot. »
Garth prend le temps de bien réfléchir à ce que vient de dire Harvelle avant de repartir à la contemplation de Balthazar via le miroir. L'homme semble prendre son travail très au sérieux à en juger par sa manière de passer en revue chacune des photos.
« Cet ongle, » commence Garth. « S'il s'avère qu'il s'agit de celui de Masters, on va devoir se préparer à prendre de sales décisions. Mais si ce n'est pas le cas, et qu'il n'y a aucune autres compatibilités... » Il tapote légèrement son doigt sur la glace. « Alors on a en face de nous le seul lien qui peut nous mener au véritable tueur. »
Harvelle lâche un grognement en se levant de sa chaise. « Il n'a même pas de nom. Il ne sait pas où elle habite, ni où est-ce qu'on pourrait la trouver, ni même qui pourrait la trouver. Tout ce qu'il a c'est le souvenir de son visage. »
Garth observe pensivement Balthazar puis hoche la tête. « Alors espérons seulement qu'il trouve son visage dans les dossiers. »
« Ouais, espérons, » soupire Harvelle. « Va voir Sam dans la salle de repos pour le briefer. Voyons s'il sait quoique ce soit à propos de cette Candy. »
[…]
Le ciel de ce début d'après-midi est sombre et couvert, chargé de nuages blancs au parfum d'hiver. Le petit jardin à l'extérieur du bureau du légiste est totalement voilé par le froid de la saison, les quelques buissons récalcitrants dénotant dans cet environnement aux couleurs inexistantes. L'allée pavée se fraye un chemin au milieu des conifères et des parcelles de terre jusqu'aux portes du bureau, où un banc est adossé contre le bâtiment. Cas se dirige vers celui-ci et s'y assoit, le vent s'engouffrant dans les pans de son trench-coat.
« J'ai pris ma décision ce matin, » dit-il. « Ils ont trouvé des fibres kakis sur le corps de Camden... » Il lève le bras et retourne l'avant de sa manche, révélant un accroc dans le tissus, une entaille nette comme si quelqu'un y avait donné un coup de ciseaux. « J'ai trouvé ça dans mon armoire. »
« Cas, ils ont déjà fouillé ton armoire – »
« Pas depuis qu'ils ont découvert le deuxième cadavre. » Sa voix était empreinte d'une résignation, d'un voile rauque propre à celle d'un homme récitant une litanie mainte fois répété dans sa tête. « Anna me l'a dit. Alors j'ai été vérifier. »
Il baisse les yeux avant de relever son pied gauche, habillé d'une chaussure en cuir noire. « Ce sont les chaussures que je portais lorsque j'étais dans le Michigan. »
« Qu'est-ce que ça vient faire là-dedans ? » demande désespérément Dean.
« Quelqu'un s'est introduit dans l'appartement de Meg pour y laisser les dents dans sa baignoire. » Il penche le tête, les yeux rivés vers sa chaussure, le visage calme et impassible. « Ça devait être les chaussures que je portais. »
« Tu – tu – » Dean n'arrive même pas à trouver ses mots, ses poings se serrant de frustration. « Alors quoi, tu t'es juste levé ce matin et t'as décidé d'enfiler ta putain de... panoplie coupable ? »
« Il faut mettre un terme à tout ça. » Cas le fuit du regard, fuit le moindre fichu contact visuel avec lui. Sa voix se brise lorsqu'il ajoute. « Je dois mettre un terme à tout ça, Dean. Je dois me confesser et me rendre. »
Avant même qu'il ne se rende compte de ce qu'il est en train de faire, Dean s'agenouille aux côté de Cas, face au banc et l'agrippe par le bras afin de le forcer à le regarder. « Cas, j't'en supplie, » implore-t-il. « Ne fais pas ça. Donne-moi un peu plus de temps. Pitié ! » Il essaie en vain de ravaler la panique teintant sa voix. « Je vais trouver une solution ! »
Cas laisse échapper un soupir tremblant en levant silencieusement la tête, son regard se perdant dans les nuages peuplant le ciel.
Tu ne peux pas sauver quelqu'un qui ne veut pas être sauvé.
« Quand – » le voix de Cas est comme une déchirure, une plaie béante qu'on recouvrirait de sel. « Quand est-ce que t'as décidé de passer outre le fait que je puisse être coupable ? »
Dean sent ses yeux le brûler et sa gorge se resserrer. « Jamais, » dit-il. « Je ne pourrai jamais faire ça. »
« J't'en supplie. » Cas ferme les yeux. « Ne me mens pas. »
Dean lui empoigne fermement les coudes. « Jamais, » répète-t-il avec force.
Cas ne lui répond pas, gardant la même posture sur le banc, le visage levé vers le ciel, les yeux fermés et les lèvres douloureusement pincées.
« Cas. Castiel. » Dean l'agrippe plus fort que jamais, comme pour empêcher la Terre de tourner. Il focalise toute son attention sur ce qui lui paraît le plus important à l'heure actuelle puis se met à parler de manière aussi neutre et sérieuse que possible. « Apprendre à te connaître a été l'expérience la plus intense, sensationnelle et époustouflante de toute ma vie. Tu es la personne la plus intense, sensationnelle et époustouflante que j'ai jamais rencontré. Il y a quelques années, je t'ai menotté et amené au poste, et si je pensais ne serait-ce qu'une minute que tu étais l'auteur de ces meurtres, je n'hésiterai pas à le refaire. Je n'hésiterai pas une seconde. »
Cas sent sa pomme d'Adam s'agiter.
« Ils continuent de me hanter, Cas. » Les mots semblent dévaler sa bouche inconsciemment, sans qu'il n'ait le temps d'y réfléchir. « C'était mon boulot de les protéger, et j'ai échoué. Je serai toujours – je serai toujours... torturé par cet échec. Alors si tu penses une seule seconde que je serai prêt à leur tourner le dos, à eux et à leur famille, uniquement parce que je refuse de faire face à la réalité, c'est que tu n'as pas conscience de la souffrance dans laquelle je vis chaque jour. »
Cas plisse plus fortement les yeux, malgré qu'ils soient déjà clos,
Et pose sa main sur celle de Dean.
« J'en ai conscience, » murmure-t-il.
« Alors tu dois me croire. Tu dois me faire confiance. » L'espoir se répand en Dean tel un courant d'air à la fois chaud et électrisant, et ce, malgré le ciment froid commençant à lui engourdir les genoux. « Tu dois m'aider. »
Cas rouvre les paupières, les yeux rouges et humides, avant de croiser finalement le regard de Dean. Il déglutit.
« J'arriverai pas à te convaincre de laisser tomber, pas vrai ? »
« Jamais de la vie, » lui promet Dean.
« Dans ce cas... » Cas retire délicatement la main de Dean de son bras, tout en glissant sa main libre dans sa poche. Dean a à peine le temps de cligner des paupières avant qu'un flash d'acier ne lui passe devant les yeux, qu'une sensation de froid ne s'empare de ses poignets, et qu'un bruit métallique ne brise le silence environnant.
Il se retrouve menotté au banc.
Cas se redresse vivement, et lorsque Dean tente de l'imiter son bras le retient brusquement contre le banc, faisant tressaillir Cas.
Sous le choc, Dean reste immobile.
« Je suis désolé, » lui dit Cas. Ces trois mêmes mots qu'il avait griffonnés sur un bout de papier il y a de ça sept mois.
« Cas, » tente Dean.
Cas s'éloigne, tournant le dos à Dean, qui a le temps de le voir porter les mains à son visage tout en s'élançant le long de l'allée pavée.
« Cas ! » Hurle Dean. « Cas ! »
Cas tourne à l'angle du bâtiment avant de disparaître.
Dean garde les yeux rivés dans le vide qu'il a laissé derrière lui, dans la brise éphémère seule témoin de sa présence, tel un mirage dans le désert. Ce n'est que lorsqu'il entend le vrombissement du moteur de l'impala qu'il réalise que Cas a trouvé le moyen de lui faire les poches pendant qu'ils parlaient.
Il se laisse lourdement tomber au sol, se recroquevillant contre le froid des dalles.
Au loin résonnent les premiers accords de « Smoke on the water ».
Un peu plus d'une minute s'écoule avant que Dean ne se souvienne qu'il s'agit de la sonnerie de son téléphone.
Il l'extirpe alors de sa poche.
« Dean, » lance Sam aussitôt. « Faut que tu viennes au poste avec Cas. Il y a... du nouveau dans l'enquête. »
Dean grince des dents. « Cas est déjà en chemin, » lui dit-il. « Il va falloir que tu lui barres la route. »
« Quoi ? Non, Dean, il faut qu'on parle – » Sam soupire de frustration. « Meg n'est pas la tueuse. Elle a été piégé. »
« Oh, alors comme ça tu gobes les mensonges de cette tarée, mais Cas tu le crois pas ? » demande Dean. « Non mais sérieux qu'est-ce qui tourne pas rond chez toi ? »
« Dean, boucle-la deux secondes tu veux ! » claque Sam. « On a un dealer de drogue qui nous affirme qu'une autre femme serait la complice de Lucas. Une prostitué avec qui il aurait un enfant. Il a que dalle qui pourrait nous aider pour le moment, mais tu te souviens, tu m'avais dit que Cas t'avait parlé de Lucas et de sa petite-amie, et j'me suis dit, enfin tu sais – que c'était peut-être une piste. »
« Betsy, » souffle Dean. « Cas disait qu'elle s'appelait Betsy. Je croyais qu'il s'agissait de Meg. Tu penses qu – »
« Je pense qu'il y a une chance, » nuance Sam. « Rien de solide pour l'instant, mais... c'est un début. Les agents ont passé en revue le registre de visites de Lucas mais il n'a vu aucune autre femme en dehors de Meg, cependant Meg a reconnu avoir déjà posté des lettres pour lui. Le dealer est en train de feuilleter plusieurs clichés afin qu'on puisse identifier la fameuse prostitué. Il ne sait pas où elle vit, tout ce qu'il a c'est son nom de rue : Candy. »
Candy.
Candide.
Elisabeth. Betsy.
Le poil sur la victime. Le fragment d'ongle de femme. Le faux numéro de Daphné sur le téléphone de Cas, ce même numéro renvoyant à un téléphone prépayé. La voix de femme à l'autre bout de la ligne, lui demandant de se rendre dans le Michigan.
« Sam, » lance Dean, la voix pressante, « tu dois absolument arrêter Cas. Il est en route pour le commissariat et – » Il se passe une main sur le visage. « Et il compte passer aux aveux. »
Le silence s'empare de la ligne.
« Si Cas veut passer aux aveux, » hasarde prudemment Sam, « pourquoi est-ce que je devrai le stopper ? »
« Parce que ce sont pas de vrais aveux, crétin ! » hurle Dean dans le haut-parleur. « Tu viens toi-même de m'appeler pour me faire part des preuves de son innocence ! » Il crispe férocement sa main libre sur le téléphone, son autre main demeurant attachée au banc. « Je sais ce que tu crois, Sam, mais j'ai vraiment besoin que tu me fasses confiance sur ce coup et que t'essaies de me gagner du temps. Est-ce que c'est possible ? »
Il y a une pause à l'autre bout du combiné avant que Sam ne prenne la parole.
« Oui, » répond-t-il. « T'as besoin de combien de temps ? »
« Merci, » souffle Dean, une immense vague de soulagement le prenant par surprise, le laissant tremblant et les yeux humides. « Je te remercie, Sam. Je sais comment retrouver Candy. C'est juste une question d'heures. »
« D'accord, » dit Sam. Il marque de nouveau une pause. « J'espère que tu sais ce que tu fais. »
« Pas vraiment, » répond Dean. « Mais je sais ce que c'est la bonne chose à faire. J'en suis persuadé. »
« Dans ce cas... bonne chance. »
« Merci. Je vais en avoir besoin. »
Dean raccroche et compose un autre numéro, les tonalités retentissant à son oreille avant que l'interlocuteur ne décroche.
« Allo ? »
Il ravale la boule au fond de sa gorge. « Jody. J'ai besoin de ton aide. »
o0o
A suivre...
