Source : Exonerated By Thecouchcarrot
Hello !
Bon c'était pas du rapid express, mais c'est déjà mieux que deux ans entre deux chapitres x)
On arrive bientôt à la fin de l'histoire (il me reste 2 ou 3 chapitres je crois)
Enjoy !
PS : On devrait tous avoir un Garth de compagnie à la maison :)
o0o
Il a mal partout.
Il a mal partout et la lumière est trop forte.
Ah, non, attendez, ses doigts ne lui font pas mal. Ses pieds non plus. Et s'il plisse un peu les yeux, il arrive presque à supporter la lumière.
Par contre, il a mal au ventre. Une douleur lancinante à s'en briser la mâchoire.
Il voit du vert, du vert et des serpents rouges, entremêlés les uns aux autres.
Il ferme de nouveau les yeux.
[…]
Une vive douleur l'oblige à se réveiller à nouveau.
Il cligne des yeux, ouvre les paupières même si elles lui semblent lourdes et quasi scellées. Il voit à nouveau le vert et les serpents rouges – non, pas des serpents, des rubans, des rubans noués les uns aux autres. A présent qu'il les voit clairement, il ne les lâche pas du regard. Ils sont plats, verts et rouges.
« Dean, » résonne la voix de son père. « Dean, tu m'entends ? »
« Papa, » essaie-t-il de dire sa voix lui faisant cruellement défaut, grinçant telle un vieux clou rouillé que l'on retire du bois. Mon Dieu, que c'est douloureux. « Papa, où es-tu ? »
« C'est Sam, » répond son père en prenant sa main dans la sienne. « Dean, c'est moi. Je suis là. »
« Il va bien, » continue Dean, le ton guttural. « Il va bien, papa. J'ai pas pu... rester avec lui jusqu'à la fin. J'ai dû partir. M'excuse... »
Son père raffermit sa prise contre sa paume. « Dean. Papa n'est pas là. C'est moi, Sammy. »
Les rubans verts et rouges deviennent flous avant de disparaître totalement et Dean bredouille un « Adieu. »
[…]
Au sein du silence et de l'obscurité permanente, quelqu'un lui serre fortement la main.
Dean ne lui rend pas son étreinte. Il n'en a pas la force.
Il faut qu'il se repose.
[…]
« Dean, » chuchote une voix. Celle d'une femme, peut-être, ou d'un homme, ou d'un enfant. « Dean, tu dois te battre. »
Dean est éreinté. Il faut qu'il se repose. Il n'en peut plus.
« Il faut que tu te réveilles. » La voix chancelle avant de se briser. « J'ai encore besoin de toi. »
Il ne sait pas qui prononce ses mots, mais ils font naître une lueur aux confins de son esprit, comme un souvenir, celui d'une étreinte, d'un frère à un autre, d'une mère à son enfant, d'une main contre sa poitrine, et pour la première fois, il ressent... une volonté. Celle d'ouvrir les yeux et de se fondre dans ces étreintes de nouveau, d'apaiser la personne qui lui tient la main, de se réveiller.
Il tente d'ouvrir les yeux. En vain. Ses paupières sont vraiment trop lourdes.
Il s'excuse dans un murmure inaudible, n'arrivant dans sa lutte qu'à remuer les lèvres desquelles s'échappent un faible soupir.
La pression se fait plus intense sur sa main, comme une urgence dans le geste. « Dean ? Dean ? »
Il se rendort et rêve de rubans verts et rouges.
[…]
Dean ouvre brusquement les yeux, sentant un couteau lui lacérer le flanc. Il bascule vers l'avant et sent des fils le retenir, des tubes et des tas de fils qui se cramponnent à lui telles des sangsues. Des tuyaux lui sortent du visage, du nez. Il est pris au piège.
« Jody ! » hurle-t-il tout en s'arrachant les fils, faisant mugir toute une panoplie d'alarmes. « Jody, tu vas bien ? »
Des étrangers débarquent en pressant plusieurs boutons à la hâte et en le forçant à se recoucher. Ils lui aboient des ordres avec beaucoup de trop de mots tout en essayant de le retenir.
« Où est Jody ? » exige Dean, tentant de se libérer de leur poigne. Son flanc recommence à terriblement le lancer, et il se met à frissonner, la sueur perlant sur son front. « Elle a eu un accident ! Où est-elle ? »
« Monsieur, il faut vous calmer ! » lui ordonne une femme imposante à l'air strict. « Tout va bien. »
Puis soudainement, les membres de Dean deviennent lourds, très lourds, ses yeux se ferment d'eux-même, une étrange sensation pâteuse s'empare de sa bouche, et la douleur lancinante laisse enfin place à une douce quiétude.
Cette même quiétude qui s'empare à nouveau de son monde.
[…]
En prison
Lorsque l'on conduit Castiel en salle de visite, Lucas arbore déjà un large sourire. « Cassie ! » s'exclame-t-il. « Content de voir que t'es un homme libre ! »
« Pourquoi ? Pourquoi t'as fait ça ? » exige Castiel. Il ne prend pas la peine de s'asseoir. Il a besoin de cette distance. Besoin de cette supériorité physique.
« Écoute, j'aurai pas dû te mettre dans une position aussi délicate, » s'excuse Lucas. « Je sais que ça t'a probablement foutu les jetons. Mais est-ce que t'imagines la tête qu'elle a dû tirer quand ils l'ont arrêtée ? J'suis sûr qu'elle s'est mise à chialer et à les supplier en braillant comme une oie. » Il ricane en se frottant les mains. « Quelle pauvre conne. »
Castiel grince des dents. « Pourquoi Candy ? »
Le regard de Lucas change radicalement, sa posture se rétracte pour devenir plus droite et plus sombre. Plus lourde de sens. « P'tit frère, » lance-t-il. « Un homme a des besoins. »
« Tu en as fait un monstre, » tempête Castiel. « Tu l'as façonnée à ton image et tu as fait d'elle un être diabolique. Pourquoi lui apprendre à tuer ? La briser et lui voler son enfance n'étaient-ils déjà pas suffisant ? »
Lucas hausse les épaules. « J'me sentais seul. »
Castiel détourne le regard, les poings vibrants de rage et de désarroi.
« Cas, je sais que t'es en colère, » poursuit Lucas. « Mais crois-moi quand j'te dis que t'avais absolument rien à craindre. J'avais tout prévu. »
« Et pour notre père ? » grince Castiel.
Il entend distinctement les chaînes de Lucas cliqueter entre elles. « C'est-à-dire ? »
Castiel plante à nouveau son regard vers lui, cet homme qui fût autrefois l'unique raison pour laquelle il se forçait à vivre. « Est-ce que notre père s'est réellement suicidé ? »
Lucas le fixe à son tour, le regard semblant plus sombre que jamais, tel un voile inextricable. « Oui, » répond-t-il. « Il est responsable de sa propre mort. »
Castiel serre la mâchoire. « Ce n'est pas ce que j'ai demandé. »
Lucas le dévisage un moment.
Puis s'affale contre le dos de sa chaise en soupirant. « Question bête, réponse idiote. »
Castiel décide alors de s'avancer et d'enfin poser les mots sur la raison de sa présence. « C'est la dernière fois que tu m'adresses la parole, » lui dit-il. « Lorsque j'aurai quitté cette pièce, tu ne me reverras plus jamais. »
Lucas roule des yeux. « Tu penses même pas c'que tu dis. »
« Tu vas passer le restant de tes jours en prison, » assène Castiel. « Même si ce temps est compté à présent. » Il se dirige ensuite vers la porte et appuie sur le bouton pour prévenir le gardien.
Lucas se redresse sur sa chaise. « Castiel. »
Le gardien s'avance vers la porte et tape le code permettant de la déverrouiller.
« Cassie, » répète Lucas, la voix basse et agitée. « Ne fais pas ça. T'as pas envie de savoir quelles ont été ses dernières paroles ? »
Castiel quitte le parloir sans jamais regarder en arrière.
[…]
Pendant ce temps, à l'hôpital.
Tout doucement, Dean commence à revenir à lui.
Son estomac lui fait un mal de chien. Sa bouche est pâteuse. Un mollard séché lui taquine le bout de la langue et menace de passer la barrière de ses lèvres.
La première chose qu'il voit en ouvrant les yeux est un ciel jaune. Il cligne plusieurs fois des paupières avant de comprendre que l'irrégularité de la surface représente en réalité un plafond. A l'extrémité du moulage en plâtre se trouve une frise en papier-peint orné de motifs verts, de rubans rouges, le tout sur un fond blanc.
Huh.
Il est à l'hôpital. Cela ne fait plus aucun doute pour lui à présent. Les événements faisant suite à sa blessure reviennent par bribe dans son esprit. Il se souvient du sang sur ses mains, et d'avoir pensé qu'il allait mourir, d'avoir accepté cet état de fait, puis de mourir.
Pourtant, il lui semble bien être pleinement vivant. Curieux.
« Dean ? »
Dean tourne la tête pour faire face à son frère, droit comme un I sur la chaise bordant le lit et semblant sur le qui-vive, les yeux plantés dans les siens.
« T'es avec nous ? » demande Sam.
« Soif, » grince Dean, la voix éraillée. Il a la bouche tellement sèche et pâteuse que parler devient une véritable épreuve.
Sam attrape un gobelet en plastique et se penche vers lui, approchant le verre de ses lèvres. Dean sort le bras de sous les couvertures et s'en empare d'un geste fébrile, les mains tremblantes, avant d'en avaler plusieurs gorgées. Boire en étant couché n'est vraiment pas pratique ; la moitié du liquide dévale ses joues. Il s'essuie sommairement, le dos de sa main crissant contre son début de barbe, puis lance un regard noir en direction de Sam.
« On m'a pas tiré dans le bras, » lâche-t-il. « J'suis encore capable de boire tout seul. »
Et c'est à l'entente de ces mots que Sam s'effondre.
Les traits de son visage se crispent avant qu'il n'éclate en sanglots et se mette à pleurer comme une véritable madeleine, les larmes dévalant ses joues de manière très disgracieuse. Il s'effondre sur Dean et l'enlace contre le lit tout en sanglotant, « Putain de merde, espèce d'enfoiré ! »
« Ow ! Tout doux, Samantha, » maugréé Dean, en clignant rapidement des yeux, le souffle court, « Garde les chutes du Niagara pour le jour où je serai vraiment mort. »
Sam le relâche et s'essuie le visage en ravalant ses larmes. « Si t'essaies de mourir encore une fois, j'te jure que j'te parle plus. »
« Aide-moi à me redresser, » lui demande Dean.
Ils bataillent un petit moment avec les boutons de la télécommande mais finissent par réussir à mettre le lit en position demi-assise. Cette simple manœuvre suffit à relancer la douleur, mais Dean déteste rester à plat dos, cette position lui donnant l'impression d'avoir son champs d'action et de vision restreints. Sam ajuste donc ses oreillers pour le soulager.
« Alors, » commente Dean, en haussant le sourcil. « J'en conclu que j't'ai fichu la trouille, hein ? »
Sam le jauge du regard. « T'as été héliporté jusqu'ici, » lance-t-il d'une voix ferme. « L'accident a provoqué une hémorragie interne, et t'as rien trouvé de mieux que d'aller faire des sauts périlleux en forêt comme si t'étais Sonic le Hérisson avant d'te faire tirer dessus. T'as perdu quatre litres de sang. Ton cœur s'est arrêté sur la table d'opération. Et quand ils ont enfin réussi à te suturer, t'as fait une infection à staphylocoque et t'as commencé à délirer en appelant papa. Alors ouais, je dirai sur tu nous as bien fichu la trouille. »
Dean se mort la lèvre, relativement impressionné « Et bah putain. Mais maintenant ça va, non ? »
Sam roule des yeux. « T'es lucide, c'est déjà ça, donc j'imagine que oui. Tu vas probablement en baver pendant les prochains mois à venir, mais les médecins disent que t'es hors de danger. »
« Hors de danger, » marmonne Dean, se rappelant cette sombre nuit alors qu'il s'effondrait dans les bras de Jody. « Krissy n'a rien ? »
« Elle a une jambe cassée, mais à part ça tout va bien. Elle a déjà quitté l'hôpital. Elle va être transférée en famille d'accueil. »
Dean gratte son menton râpeux, et réalise à ce moment-là qu'il a largement dépassé le stade de la barbe de trois jours. « Combien de temps j'suis resté dans les vapes, Sammy ? »
« Six jours. » Et Dean peut voir chacun d'entre eux imprimé sur le visage de Sam. « Quasiment une semaine. »
« Et t'es resté là pendant tout ce temps ? » demande Dean ? « Et ton boulot ? »
Sam le jauge à nouveau du regard. « On alternait les visites. Je venais après le travail et restais jusqu'à ce que Bobby prenne le relais. A cinq on s'en sortait très bien. »
Dean fronce les sourcils. « Cinq ? »
« Ouais. » Sam décompte sur ses doigts. « Moi, Bobby, Jody, Cas et Amélia. »
Dean est bizarrement touché qu'Amélia ait son propre tour de garde, mais ne trouve pas les mots pour l'exprimer. Au lieu de ça, il préfère lancer, « Bah dis donc, ça en fait du monde pour s'occuper d'un seul invalide. »
Sam roule des yeux. « Ouais, un invalide qui, pas plus tard qu'hier, a réussi à s'échapper de son lit en demandant à voir Jody pendant que j'étais à la cafétéria. Il a fallu six infirmiers pour t'immobiliser le temps de t'administrer un sédatif. »
Dean lâche un rire. « Ça me ressemble assez. »
Il y a autre chose qu'il aimerait savoir, mais qu'il appréhende de demander. Il a peur de ce que pourrait être la réponse, car si elle ne correspond pas à ses attentes, il n'est pas sûr d'avoir encore la force de recommencer.
Mais il faut qu'il sache. Il le faut.
Par conséquent, il décide de poser la question qui tergiverse dans son esprit. Il a l'impression que son rythme cardiaque s'accélère, d'avoir oublié comment respirer, il essaie de paraître aussi détaché que possible mais les mots franchissent tout de même ses lèvres de manière forcée.
« Elle est en garde à vue, hein ? »
Sam hoche la tête. « Garth et Harvelle vont venir te voir pour t'en dire d'avantage, mais oui, elle est en cellule et ils ont engagé une procédure d'inculpation pour meurtres. Cette fois on l'a eue. » Il marque une pause avant de plonger sérieusement son regard dans celui de Dean « Tu l'as eue. »
Dean lâche un soupir fébrile, les yeux brûlants, ses poings se crispant et se relâchant à un rythme frénétique. « Oui. On l'a eue. » Il tente de sourire mais celui-ci se brise, et l'humidité obstruant sa vision arrive à saturation latente. « On l'a eue. » Il lâche un rire qui reste coincé dans sa gorge et avant qu'il ne puisse s'en rendre compte, il fond en larmes à son tour, le poing écrasé contre ses lèvres tandis que le reste de son corps se met à trembler.
Sam s'empare de son autre main en la serrant solidement, et demeure silencieux aux côtés de son frère.
[…]
Sam passe quelques coup de fils et en l'espace d'une demi-heure, Dean reçoit tellement de visiteurs qu'ils lui sortent carrément par les oreilles. Ils veulent tous le serrer dans leurs bras, chose qu'il a de plus en plus de mal à supporter au fur et à mesure que la journée avance, mais qu'il tolère tout de même. Jody le chambre sur sa barbe de biker ; Bobby, fidèle à lui-même, le remercie de manière bourrue d'avoir "veiller sur Jody". Amélia lui amène un énorme bouquet de tournesol dans un vase en prétextant qu'il s'agissait du "bouquet de bon rétablissement le plus viril" qu'elle ait pu trouver. D'autres personnes se présentent et demandent à le voir. Dean refuse l'accès aux journalistes mais donne néanmoins le feu vert au père de Gabriela Chavez. Celui-ci ne prononce pas un mot, se contente de déposer une carte à l'attention de Dean avant de partir. A l'intérieur se trouve une photo d'école de Gabriela suivie d'un simple mot "Merci".
Garth et Harvelle, eux, débarquent en terrain conquis et font évacuer tout le monde de la chambre. Garth offre à Dean une tourte aux pêches maison, pendant qu'Harvelle installe un ordinateur sur l'adaptable près de son lit. Elle y ouvre un dossier contenant plusieurs photos. « La femme qui vous a tiré dessus, celle connue sous le nom d'Elizabeth Goodwin, a déjà été arrêté par le passé. » Elle clique sur une photo, datant d'il y a dix ans, où l'on peut apercevoir une jeune fille aux yeux bleus et aux courts cheveux bruns. « Son vrai nom est Candace Jones. »
Dean cligne des yeux.
Donc Candy était son vrai prénom. Ou son surnom, qu'elle a certainement dû hériter de son enfance. C'était Elizabeth le pseudonyme.
Il se demande si c'est Lucas qui le lui a donné.
« On a fouillé l'appartement, et, au départ, on n'a rien pu trouver, » continue Harvelle en faisant défiler les photos de l'intérieur de la maison. « Mais ensuite Garth a découvert un panneau à double fond dans son armoire, et là on a touché le gros lot. »
Garth sourit en secouant la tête. « Tous du genre à avoir des cachettes secrètes ces gens-là ! » déclare-t-il.
La photo suivante dévoile l'appentis se trouvant derrière le panneau duquel luit le reflet d'une lampe torche, et à l'intérieur de l'appentis se distinguent deux sombres valises en piteux état. « L'une des valises était vide, » dit Harvelle. « On a supposé qu'il s'agissait de celle où elle gardait les dents. Mais la deuxième... »
La photo d'après montre le contenue de la deuxième valise. Elle devait être pleine à craquer – parmi le désordre, Dean arrive à discerner un pied de biche, quelques produits pharmaceutiques, une paire de ciseaux, du ruban adhésif, et tout au fond une sorte de rame de papier orange.
Harvelle pointe le orange en question. « Ceci est l'enveloppe contenant les instructions. Lucas les a écrites sur un petit bloc-notes avant d'utiliser Margaret Master pour les lui faire passer en douce à l'insu de la prison. Quant à savoir pourquoi Jones ne s'en est pas débarrassées, ça je l'ignore. »
Garth est focalisé sur l'écran, le regard intensément grave. « C'était tout ce qui lui restait, » murmure-t-il. « Il lui a ordonné de ne pas venir le voir en prison. C'était tout ce qui lui restait de Lucas. »
Les photos suivantes sont celles des instructions contenues dans le bloc-notes. Elles ont été griffonnées à la main, l'écriture en pattes de mouche empêchant Dean d'en saisir le moindre mot.
« Il y avait pas mal de messages codés, mais ils ont été faciles à déchiffrer. Apparemment Lucas s'était mis en tête de faire durer le plaisir. Il méprisait Masters, et il semblerait également qu'il soit conscient du fait que Mademoiselle Jones continuerait de tuer, alors il a décidé de tendre un piège à Masters. Il a dit à Mademoiselle Jones que ça brouillerait grandement les pistes s'ils faisaient passer Masters pour une lunatique qui menait Castiel en bateau. Il lui disait que ça « noierait le poisson » et embrouillerait les forces de l'ordre. »
Les autres photos représentent des clichés individuels de chaque objet se trouvant dans la valise. Le pied de biche, le scotch, les ciseaux, une paire de pinces, une bouteille de chloroforme, un foulard bleu, un flacon de valium, un sachet de cocaïne. Il y a ensuite quelques babioles assez déroutantes – une petite voiture Hotwheels, une maquette Lego, un petit nœud rose. Dean réalise avec un haut-le-cœur qu'il s'agit probablement d'objets ayant appartenu aux victimes.
Harvelle clique ensuite sur une autre photo. « Nous avons également trouvé ceci dans sa table de nuit. »
Un canif au manche nacré, identique à celui que Cas a donné au Dr Rice.
« Nous pensons qu'à l'origine, ce couteau appartenait à Lucas, » explique Garth. « Papa Goodwin en avait certainement offert un à chacun de ses fils. Ils sont en tout point identiques, à ceci près que celui-là – » dit-il en pointant l'écran, « – correspond aux entailles retrouvées sur le crâne des victimes, ce qui n'est pas le cas de celui de Castiel. »
« Et l'ongle ? » demande Dean. « Il était à elle ? »
Harvelle acquiesce. « Le profil A.D.N. correspond. »
Le flot d'informations fait son chemin, provoquant l'exultation de Dean. « Putain, c'est vraiment du tout cuit à ce stade, pas vrai ? »
Harvelle et Garth se dévisagent du coin de l'œil. « La marge de manœuvre est suffisamment ample pour envisager d'aller jusqu'au tribunal, » dit-elle. « Les détails de cette affaire sont relativement... flous, à défaut de trouver un meilleur termes. Les médias vont s'en donner à cœur joie et c'est probablement un sale requin en quête de renommée qui sera à la défense. Mais de vous à moi... » Sa bouche se tord en un rictus railleur. « C'est dans la poche. »
« Va falloir attendre quelques années avant que vous et Castiel puissiez officiellement sortir des feux de la rampe, » lui rappelle Garth. « Mais pour l'instant vous pouvez dormir sur vos deux oreilles. Elle est sous les verrous et pas prête d'en sortir de sitôt. »
Dean éclate d'un rire qui se transforme vite en grimace lorsqu'il sent la douleur de ses sutures le rappeler à l'ordre. « Dormir sur mes deux oreilles. Ouais. J'vais essayer. La morphine va sûrement m'aider. »
Harvelle ferme alors l'ordinateur en croisant les jambes. « Dean, je vous dois des excuses. On vous doit tous les deux des excuses. »
Dean hausse les épaules. « Probablement. Mais j'en n'ai pas besoin. »
« Eh bien, à titre d'info... » Harvelle plonge la main dans la poche intérieure de sa veste pour en sortir une carte professionnelle. Elle lui sourit, et pour la première fois, Dean se rend compte que derrière les rides aux coins de ses yeux se cachent en réalité des traits chaleureux. « Quand vous serez sur pied, disons d'ici un an ou deux... si vous avez toujours envie de faire parti de la maison, vous n'aurez qu'à nous passer un coup de fil. » Elle glisse la carte le long de l'adaptable dans sa direction.
Dean fixe la carte, incrédule. « Est-ce – est-ce que vous me proposez de rejoindre le F.B.I. ? »
Garth lui lance un petit sourire. « Vous avez démasqué un serial killer et pris une balle pour lui mettre le grappin dessus, » relate-t-il. « Vous connaissez quelqu'un de plus qualifié que ça ? »
Dean pose délicatement ses doigts sur la carte et déglutit. « Pour être honnête, je crois que je vais avoir besoin de réfléchir. »
« Y'a pas d'urgence. Comme je l'ai dit, prenez un an pour vous. » Harvelle se lève en réajustant sa veste. « Faite du tuning, partez en Jamaïque, ménagez-vous. Et lorsque vous serez prêt à reprendre du service, faite-nous signe. »
Garth se lève à son tour. « On vous tient au courant. Nos chemins n'ont pas fini de se croiser avec cette affaire. » Il tapote le genou de Dean en souriant. « On se dit à bientôt, Crocro ! »
Ils quittent la chambre, laissant un Dean songeur.
La nuit finit par pointer le bout de son nez, et avec elle un Dean épuisé et un Cas aux abonnés absents. Lorsque Dean en fait la remarque, Sam lui répond que Castiel lui a confié avoir des affaires à régler à Highline.
Highline, l'endroit où se trouve la prison de haute sécurité.
Dean se rase en se demandant pourquoi il y est allé et surtout pourquoi maintenant.
Il l'attend le plus longtemps qu'il peut, cependant la fatigue commence à prendre le dessus au bout d'un moment. Tout le monde quitte peu à peu la chambre, même Sam, bien que cela soit plutôt dû à l'acharnement de Dean pour qu'il rentre chez lui, prenne une douche et aille "jouer au docteur avec Amélia. Sérieux."
Sam fait une mine dégoûté mais s'exécute sans broncher.
En dépit d'une profonde fatigue, la douleur empêche Dean de trouver le sommeil. Il essaie de lutter, de ne pas trop succomber à l'appel des morphiniques, mais chaque fois qu'il commence à s'endormir, son abdomen en feu se charge vigoureusement de le réveiller. Le pire étant qu'il ne peut même pas se remuer dans les draps ; il est condamné à rester allongé sur le dos alors même qu'il déteste dormir sur le dos. C'est pourquoi, après des heures de somnolences épisodiques, il s'empare de la pompe à morphine et s'administre une dose suffisamment forte pour assommer un éléphant.
Il ferme les yeux en suivant.
[...]
Castiel pénètre silencieusement dans la chambre de Dean et s'installe sur la chaise posée près du lit. Dean dort encore, chose qu'il espérait fortement en arrivant ici. La lumière de la pièce est douce et tamisée, formant un véritable halo sur les machines et écrans qui l'entourent. Il s'est rasé depuis la dernière fois que Cas l'a vu, et celui-ci ne peut s'empêcher de tendre la main et d'effleurer la peau lisse découvrant sa mâchoire.
Dean papillonne des yeux, et Cas rétracte immédiatement ses doigts.
« Cas, » murmure Dean, le regard hasardeux ayant du mal à se focaliser. « Cas, mec, t'étais où ? Tu m'as manqué. »
Entendre le son de sa voix, après une semaine de silence, fait remonter une boule le long de la gorge de Castiel tandis qu'une vague de culpabilité se répand dans sa poitrine. « J'avais peur de te faire face. »
« Peur ? » Dean fronce les sourcils, louchant imperceptiblement sans le vouloir. « Cas, excuse-moi, leur potion magique me fait totalement planer. J'ai cru t'entendre dire que t'avais peur de moi. »
« C'est le cas, » avoue Castiel. « J'ai trahi ta confiance, et toi t'as rien lâché, t'as quand même continué, t'es allé jusqu'au bout, tu m'as sauvé la vie, et je... je sais pas comment me faire pardonner. »
Encore un peu confus, Dean le dévisage un moment avant de rouler exagérément des yeux. « Oh Seigneur, t'es en train d'me parler de c'truc dans le parc ? Cas, je m'en contrefiche de ça ! Mon Dieu, c'que tu peux être bête. »
« Je te remercie, » fait sèchement remarquer Cas.
« Tu crois vraiment que je – je – que j'pourrai t'en vouloir pour un truc aussi stupide. » ricane narquoisement Dean. Il tend la main vers Cas, remuant les doigts dans un geste voulant dire "donne" « Viens par là, aller. »
Cas pose sa main sur celle de Dean.
Dean pose son autre main par-dessus la sienne, et lui offre ensuite son regard chargé à l'opium le plus sérieux du monde. « Castiel Marie Goodwin, » dit-il.
Cas fronce les sourcils. « Mon deuxième prénom n'est pas Marie. »
« Castiel Sexy Goodwin », se reprend Dean. « Je suis à l'heure actuelle sous l'influence de toute une chiée de médocs. Mais je peux te jurer que ce que je suis sur le point de te dire, je le pense. Tu me suis ? »
Cas hoche la tête.
« Quand j'me suis fait tirer dessus, j'ai pensé à toi, » poursuit-il. « A d'autres personnes aussi évidemment, mais j'ai aussi pensé à toi. Et tu sais quoi ? J'ai pas pensé à c'qu'il s'est passé dans le parc, ou à quel point ça m'a fait de la peine sur le moment ou encore à toutes les fois où tu me piquais mes chips ou mes chaussettes. Non, non, rien de tout ça. »
« C'est toi qui piquais mes chaussettes, » lui rappelle Castiel.
Dean fait semblant de ne pas avoir entendu. « Ce à quoi j'ai pensé, c'est au jour tu as emménagé chez moi. T'étais tellement fermé, j'avais aucune idée de comment t'approcher, et j'me rappelle, je t'aidais à accrocher tes tableaux. Et là j'ai fait une remarque à propos de Van Gogh, t'as eu l'air tellement consterné, c'était à mourir de rire. J'pense que tu te rendais même pas compte à quel point t'étais drôle, mais tu m'as quand même fait rire. C'est l'une des premières fois où tu m'as fait rire, et t'avais même pas fait exprès. » Ses yeux sont brillants lorsqu'il serre la main de Castiel. « Voilà ce dont j'me suis souvenu. Parce que c'est ça qui est important. Parce que tu me fais rire, sans jamais chercher à le faire. »
Cette déclaration remplit Castiel de joie. Sincèrement. Mais, de la même manière, elle lui brise le cœur si vivement qu'il ne peut que baisser la tête en l'appuyant contre la main de Dean pour ne plus s'en déloger.
« Caaaas. » Dean soupir et passe son autre main dans les cheveux de Castiel. « Oh, Cas. »
Cas relève la tête et prend un profonde inspiration. « Je m'en veux tellement, Dean, » dit-il, la voix éraillée. « Je suis désolé de ne pas t'avoir fait confiance. Désolé que t'aies eu à l'affronter seul. J'aurai dû être avec toi. »
Dean lui lance un regard débordant d'affection, ses doigts courant le long de son bras. « Je ne t'en veux pas, pas du tout. Tu avais peur. Je peux comprendre ça. Mais maintenant, c'est fini, tu n'as plus à avoir peur. Je te le promets, tu m'entends ? Plus de secrets, plus de mensonges, on a sorti tous les squelettes du placard, et t'as plus de raison d'avoir peur, même de toi. » Il resserre sa prise sur la main de Cas. « T'as plus rien à craindre, plus rien, pas tant que je serai là. »
Cas se contente d'acquiescer car les mots sont coincés au fond de sa gorge.
Dean se met alors à gémir en remuant dans le lit. « Okay, moi j'suis vidé, Cas. Alors t'as intérêt à venir poser ton cul vite fait et me prendre dans tes bras parce que j'ai besoin de mon shoot d'endorphine réparateur, okay ? Et j'vais pas le demander deux fois. »
Castiel grimpe aussitôt dans le lit, par-dessus les couvertures, et s'allonge sur le ventre, le bras par-dessus le torse de Dean. Celui-ci se blotti contre Cas qui l'embrasse sur le front. Dean ferme les yeux,
Et se met à ronfler dans la minute qui suit.
o0o
A suivre...
