"-Je dois te demander, est-ce que ton père est au courant de ta décision ?"

Araki regarda nerveusement la petite fille à côté d'elle.

"-Il ne vaut mieux pas. Surtout pour vous."

Sans attendre plus longtemps, Danielle sortit de l'ascenseur. Elle se sentait plutôt calme malgré les circonstances... Mais rencontrer l'auteur du kidnapping de son ami et parallèlement le sien n'avait pas l'air d'être une si mauvaise expérience. Quelque part, elle sentait que ce serait un passage utile pour guérir et grandir. Elle en avait besoin. C'est ce lui disait son instinct.

Seulement, à mesure que ses pas l'amenaient de plus en plus vers la chambre de Kibach Hisoka, son corps devint plus tendu. Son cœur commença à s'accélérer et ses mains devinrent un peu moites.

"-Calme." lui chuchota quelque chose dans son esprit.

L'espace inconscient du cerveau de la petite fille prit le conseil et tentait de calmer celui conscient qui paniquait et qui était beaucoup moins sensible à la voix. On pouvait dire que Danielle ne pouvait pas consciemment l'entendre mais que son corps oui. Son cœur reprit un rythme normal et un calme olympien reprit possession de la fillette.

Kei n'eut pas le temps de se poser des questions car elle et l'agent était déjà arrivées devant la porte de la chambre.

"-Tu seras seule avec lui. La porte sera fermée et la pièce est insonorisée mais soit assurée que nous interviendrons au moindre geste suspect. Il est peut-être immobilisé mais il reste dangereux donc reste à bonne distance s'il te plaît."

Son ton sérieux déstabilisait la fillette parce qu'elle lui avait toujours parlé assez légèrement, comme à une enfant. L'adulte dut détecter son malaise parce qu'elle lui fit un sourire maladroit et désolé.

"-Nous serons dans la pièce avec plein de caméra. Ça nous permettra de voir et entendre votre conversation. Donc il ne pourra pas te blesser, d'accord ?"

Elle lui tendit également une série de questions qu'elle devait poser. En s'accroupissant pour se mettre à sa hauteur, la jeune femme mit une main hésitante sur l'épaule de Danielle. Le corps de celle-ci ne put s'empêcher de se tendre au contact inconnu. Immédiatement, elle retira sa main en s'excusant mais son regard fut déterminé quand elle reprit la parole :

"-Bonne chance.

-C'est peut-être pas le meilleur truc à me dire étant donné que maintenant j'ai l'impression de partir pour une mission suicide dans un abattoir de chaton."

Sans pouvoir s'en empêcher, Kei mit son meilleur sourire sarcastique et répondit avec le même ton :

"-Je vous remercie pour votre encouragement Araki-san. Ça me rassure vraiment."

Sans sentir le ton particulier dans la bouche de la fillette, l'inspectrice lui sourit.

Finalement, Danielle entra.


Hisoka n'a pas été capable de percevoir tout de suite la nouvelle présence, semblant être profondément plongé dans ses pensées.

Danielle hésita avant d'annoncer sa venue mais prit finalement son courage à deux mains et referma bruyamment la porte. Toujours en essayant de rester calme quand les yeux de son agresseur se posèrent sur elle, la fillette se tint droite.
Un joyeux sourire naît sur les traits de Kibach avant qu'il ne parle :

"-Kei-chan ! Tu es venue ! C'est vraiment sympa de te voir."

Danielle fronça les sourcils. D'une voix neutre, très contrastée de celle de l'autre, elle lui répondit :

"-Je ne peux pas dire la même chose Kibach-san... mais tu n'as pas l'air d'être mourant."

Hisoka rit pendant quelques secondes et Kei ne put s'empêcher de sentir un frisson traverser sa colonne vertébrale et des flashs désagréables du passé défilèrent devant ses yeux. Une expression sérieuse reprit rapidement le visage de son interlocuteur, mais toujours ce ton insupportablement enjoué :

"-Ouais, merci à toi Kei-chan."

Il y eut un silence quand Danielle parla une nouvelle fois. Désireuse de terminer vite.

"-On m'a demandé de te poser quelques questions.

-Fais-donc. Tu ne veux pas t'assoir ? -et t'approcher ?-"

En l'ignorant délibérément, Danielle jeta un coup d'œil sur la fiche. Hisoka soupira.

"-"Test de psychologie : Avez-vous vous-même conscience que vous avez enlevé deux jeunes enfants pour de l'argent ?" Lu-t-elle.

"-Oui.

-"Avez-vous vous-même conscience que cela représente un acte illégal et qui va à l'encontre de la morale humaine ?"

Les deux haussèrent un sourcil à la question mais Kei beaucoup plus discrètement.

"-Oui.


"-Elle les lit avec beaucoup de soin pour quelqu'un de son âge." Fit Aida un peu impressionné.

"-Oui. Pour l'instant, tout se passe bien.

-Espérons que ça continue."


"-Où est-elle ?"

La température de la pièce descendit de plusieurs degrés à mesure que Tatsuma parcourut la maison vide.

"-Kei ?" Appela-t-il.

Son corps se figea en voyant le numéro de téléphone de sa collègue oublié négligemment près du téléphone.

"-Quand...?"

Tout à coup, leur conversation lui revint en mémoire. Kibach Hisoka.

"-ARAKI !"


- "Avez-vous vous-même conscience que vos actes sont une véritable honte et que... Vous êtes un déchet de l'humanité qui devrait être balayé ? -Qui a écrit ces questions ?"

-Non... mais tu ne serais pas en train d'inventer au fur et à mesure Kei-chan ?"

Danielle lui jeta un coup d'œil.

"-Qui a écrit les questions ? L'inspecteur qui a toujours l'air d'être sur le point de s'endormir ? La femme flic brutale ? Ou le mec aux cheveux noirs avec des problèmes de colère ?"

La fillette parcourut la fiche des yeux en l'ignorant.

"-Je l'ai jamais vu... Qu'est-ce que je lui aie fait au juste ?

- "Qui vous a engagé ?"

Hisoka la regarda en arrêtant de parler. Son sourire se fit plus sauvage et les yeux de Danielle se creusèrent de méfiance.

"-Ce n'est pas dans mes habitudes de dénoncer mes employeurs. Sinon je finirais au chômage."

La brune gardait toujours le silence. Ses yeux allèrent à la prochaine question. Avec ce genre de cas social, essayer de le supplier pour répondre ne ferait qu'empirer les choses et elle ne voulait pas entrer dans un jeu de pouvoir avec lui. En ouvrant la bouche, elle fut interrompu par l'autre.

"-Mais juste pour Kei-chan, je veux bien." Dit-il en penchant un peu la tête.

Intérieurement, l'homme avait deviné que c'était son employeur qui avait attenté à sa vie pour éviter qu'il ne le dénonce, ce n'était pas la première fois qu'un imbécile lui faisait ce coup. Au début, il n'avait pas directement l'intention de le faire, juste laisser quelques indices pour le sport, mais l'autre avait tenté de l'assassiner donc... ô les cœurs, la guerre était déclarée. Il avait cependant vu une opportunité et c'est avec joie qu'il l'avait pris. Son marché avec les inspecteurs lui avait permis de retrouver l'une de ses seules sources d'amusement.

Danielle attendit. Elle attendit même deux minutes. C'était beaucoup trop long. La fillette voulait s'en aller et rentrer à la maison.

"-Oui ?" Fit-elle, faisant un geste impatient.

Il rit.

"-Je veux bien te le dire, mais à l'oreille !"

Le corps entier de la petite fille se tendit et repoussa absolument cette possibilité. Rien ne put empêcher le mouvement de recul qui s'empara d'elle.

Une nouvelle fois, Danielle entendit Hisoka rire.

"-Tu me fais tellement penser à un petit animal, effrayée et méfiante. A vu de nez, un petit chat errant."

En souriant cette fois de manière sinistre, il se pencha en avant :

"-J'ai bien envie de te recueillir."

Kei sentit quelque chose de son estomac essayer de remonter.


Puis tout à coup, une vague de calme détendit son corps. Ses yeux s'élargirent et elle regarda très rapidement son bracelet. La petite fille se demandait tout à coup si ce n'était pas ses nouvelles capacités qui la calmaient de force... mais elle détourna vite son esprit de cette hypothèse pour se concentrer à nouveau sur l'autre. Elle y réfléchirait plus tard.
En essayant de son mieux de cacher les changements de son corps, Kei oublia de réguler le ton de sa voix. Résultat, on pouvait aisément y sentir le dégoût, supprimant la neutralité qu'elle avait adoptée :

"-Je ne suis pas un animal." cracha-t-elle avec haine.

Hisoka parut surpris.

"-Alors arrête d'agir comme l'un d'eux. Approche. Je ne te ferais aucun mal."

Toutes les pores du corps de Danielle refusèrent viscéralement cette proposition.

La logique par contre se disait qu'il était enchaîné et lui rappela pourquoi elle était venue ici.

Son cerveau calmé de force poussa de côté ses sentiments et agit alors logiquement, bien qu'à contrecœur.


Se rapprochant doucement, et prudemment, Kei ferma les yeux et prit une profonde inspiration.


Les pas furieux de Tatsuma l'amenèrent devant les grandes portes de l'hôpital. En prenant une grande respiration dans une tentative de se calmer, il s'avança.


Les deux inspecteurs de la pièce étaient trop concentrés pour se rendre compte de la nouvelle présence qui se dirigeait vers la chambre du suspect.


Danielle sentait le froid accablant de doigt d'Hisoka qui touchait son poignet et la dureté de ses ongles qui s'y enfonçaient.
Elle essaya de le repousser, mais dans un mouvement vif et rapide, Hisoka hissa son petit corps sur le lit et l'emprisonna dans ses bras en tirant ses deux poignets dans le dos.

La fillette tenta de toutes ses forces de lutter, ou du moins de réussir à enlever le bracelet qui scellait ses capacités mais l'autre la tenait très fermement et sa force normale ne faisait pas le poids contre lui.

Effrayée, Danielle ouvrit la bouche pour crier désespérément à l'aide, mais Kibach prit d'une main ses deux minuscules poignets et mit sa main libre sur sa bouche.

Le souffle court et rapide, la petite fille se rendit compte qu'elle était, une nouvelle fois, totalement à sa merci. La situation, plus des souvenirs qui remontèrent vivement à la surface fit couler des larmes sur son visage.

Hisoka lui chuchota alors à l'oreille :

"-Tu sais Kei-chan, j'aimerais beaucoup devenir ton ami. Les vrais amis sont censés se dire tout, pas vrai ?"

Sans pouvoir réellement répondre autre que par des cris étouffés, il continua :

"-J'aimerais beaucoup que tu me dises tes secrets. Comment tu as pu me casser des côtes, l'épaule et la jambe par exemple... Comment se fait-il que la tienne par contre n'est rien et que tu puisses marcher... comment diable t'en es-tu sortit vivante ? Tu vois, j'ai beau y réfléchir mais je n'arrive pas à comprendre, à trouver la solution. Alors, c'est d'accord ? On devient amis et tu me racontes tout ? Les petits enfants ont toujours besoin d'amis non ? En échange, je te promets de tout te raconter aussi et de ne pas te faire du mal... à toi et à ceux que tu aimes bien ok ?"

Avec un bruit fort, la porte s'ouvrit et tout à coup, la prise sur ses poignets se fit plus légère et elle sentit être tirée en arrière. Avec un autre bruit sourd, Hisoka retomba sur son lit, le sang s'écoulait d'un grand trou dans son épaule déjà blessé et Danielle put voir des minuscules morceaux de viande et d'os s'échapper de la blessure. Sans pouvoir arrêter le cri horrifié, Kei détourna les yeux avec dégoût et peur.

Gémissant, Kibach serra fermement la source de sa douleur en jetant un œil dans la direction du tireur.

Tatsuma était là, à genoux. Une main était sur la tête de sa fille, l'autre tenait une arme. Ses yeux emplis d'une fureur brûlante et destructrice. Seul sa prise sur Danielle était douce, mais ferme et il détourna son regard du mercenaire pour se concentrer sur sa fille, la prendre et la sortir de la pièce.


"-Ça va ?" Il a demandé doucement après s'être isolé.

Danielle se tourna vers lui et elle vit de la douleur dans ses yeux. Son corps se tendit et immédiatement, elle sentit une culpabilité naître en elle.

"-Oui."


CLAP

Danielle tomba en arrière, les yeux écarquillés. Ses doigts touchèrent à peine la peau mais ça piquait.

La fillette avait mal à la joue. Elle avait presque arrêté de respirer. Elle entendait quelqu'un crier mais son esprit était concentré sur ce qui venait de se passer.

Puis, elle avait compris, vu sa situation que Tatsuma lui criait dessus après l'avoir giflé.

Son état de choc inquiéta son tuteur même si elle était entièrement méritante de cette claque. Le brun savait qu'elle était parfaitement lucide dans ses actions, elle était assez intelligente pour s'en rendre compte... mais il doutait sérieusement de toutes les conséquences et implications qui iraient avec sa décision. Même s'il savait qu'elle était plus avancée que les autres enfants de son âge, ça n'empêchait pas qu'elle lui avait désobéi exprès pour se mettre sciemment dans une situation dangereuse. Ça rendait la situation encore plus compliqué. Si l'enfant avait été manipulé sans s'en rendre compte, il aurait été le coupable mais là, Araki lui avait laissé un choix.


Le retour jusque chez eux avait été glacial et Danielle s'empressa de suivre l'ordre de Tatsuma quand il lui avait d'aller dans sa chambre. Le dîner n'avait pas mieux. Kei dormit dans sa chambre.


Le lendemain, il s'avère qu'Hisoka avait tout raconté à la police.

Cependant, bien que l'affaire soit bien terminée, la police n'avait apparemment pas encore trouvé le coupable même si elle savait qui il était. Quand la fillette avait demandé, son tuteur avait été très vague et refusait de lui donner la moindre information.

Avec un peu de culpabilité, Danielle ne put s'empêcher de se sentir extrêmement satisfaite qu'elle ait contribué à tout ça. Même si la conversation l'avait rendu encore plus craintive de l'homme, elle était heureuse que tout se termine bien.

Tatsuma était également satisfait mais il était toujours déçu et en colère.

Les deux évitèrent de se confronter l'un à l'autre et la tension entre eux était palpable.

Kei détestait ça et encaissait encore moins les gestes et regards froids que lui donnait son père. Elle savait qu'elle avait fait une erreur bien sûr, mais ce n'était pas pour ça qu'elle le regrettait. Tatsuma en était également conscient mais ne voulait pas que la petite fille soit louée pour lui avoir désobéi. Tout ça parce que tout c'était pratiquement bien fini, il devrait ignorer tout et oublier ? Non pas possible.

Donc il attendit.


20:00

Sans surprise, c'est Danielle qui craqua la première. Ne supportant plus la situation.

"-Tatsuma... je..."

L'homme la regarda avec un visage vide.

En affrontant son regard directement depuis des jours, Kei prit une profonde inspiration.

"-Je ne voulais pas te décevoir. Je voulais juste..."

Elle avala.

"-... aider. Je sais que je n'aurais pas dû m'impliquer mais... Je voulais juste vous protéger et... si lui parler pouvait aider, al-alors..."

Kei ignora son ventre qui se tordait et reprit une inspiration mais avec une voix encore plus lente qu'au début :

"-J-je ne vais p-pas... Non, j-je n-ne veux pa-pas m'excuser po-ur ça, parce... que..."

Elle ne savait pas comment elle pouvait continuer à parler alors que Tatsuma était quasiment en train de la tuer du regard mais, même en bégayant, elle voulait vider son sac et lui expliquer à haute voix :

"-Parce que j-je pen-se qu-que ce que j'a-ai fait ét-était ju-juste et nécé-ssaire... po-pour moi et pour vo-vous. Mais... j-je suis dé-solée par-ce q-ue j-je ne vou-lais pas q-ue t-tu te fâches contre m-moi."

En fait, Danielle n'avait pas fait exprès, mais des larmes avaient commencé à couler et avec leur tailles différentes, Tatsuma avait du mal à garder sa concentration et sa déception contre la fillette... principalement à cause des yeux larmoyants de chiot qu'elle lui montrait en s'expliquant et en s'excusant. Tout à coup, c'est lui qui se sentait coupable et qui avait l'air d'être le méchant.

Intérieurement, il se grondait d'être aussi faible devant une petite fille mais c'était tellement difficile de rester en colère contre sa fille. Il avait tellement eu envie de la prendre dans ses bras ces derniers jours.

Ce besoin de donner sa protection, Tatsuma pouvait le comprendre mais lui, n'avait pas besoin de protection. Ce n'était pas lui le plus petit des deux.

"-Ce n'est encore qu'une enfant."

L'adulte serra les poings en fermant les yeux.

"-J'ai besoin de me calmer et de réfléchir à tout ça."

Puis il tourna le dos à Kei.

Son petit cœur se cassa en mille morceaux.

Et une colère sourde s'empara d'elle. Qu'avait-elle fait de si mal ?

En serrant les poings, elle reprit son calme. Sa fureur s'évanouissant.

Ses yeux s'élargirent et elle se mordit la lèvre.

"-Pourquoi je peux pas être en colère ?"

Sans avoir de réponse, la fillette fit ce qu'elle avait toujours fait dans ce genre de cas. Enfouissant au plus profond d'elle-même ses sentiments négatifs. La colère, la confusion, l'impuissance, la tristesse, le sentiment que c'était injuste.

"-Ça sert à rien, il ne voit pas pourquoi je l'ai fait. Il me voit comme une petite fille. Il ne sait pas que je n'en suis pas une."

En détournant la tête, Kei partit dormir.

Même avec son âge intérieur, Danielle ne se rendait pas exactement compte à quel point son cas émotionnel n'était pas normal.


21:00

Tatsuma soupira en se massant l'arête du nez. Il voulait dormir. Il se sentait si engourdi, épuisé. Physiquement et émotionnellement. Il ne voulait pas en venir à ces extrémités avec sa petite. D'autant plus qu'ils n'arrivaient pas à retrouver le commanditaire de l'affaire kidnapping malgré le fait que son nom et sa photo soient placardés partout dans la ville.

"-Pourquoi tout doit être si compliqué ?"

Les lignes des rapports sur son bureau devenaient floues et son siège devenait plus confortable à mesure que les heures passaient.

Le jeune père laissa son esprit dériver, pour finalement s'éteindre.

Son père à lui aurait été déçu de constater son état.

D'autant plus que l'heure n'était pas la plus idéale pour dormir...


23:00

Il semblait au jeune policier qu'il n'avait dormi qu'une seconde avant que son téléphone ne l'arrache au délicieux bras de Morphée.

Sans prendre la peine de regarder le correspondant, il répondit d'une voix mi-froide mi-agressive :

"-J'espère que c'est important.

-Ça concerne l'affaire."

Tatsuma hésita un moment en entendant la voix d'Aida. Il avait toujours en travers de la gorge la petite manipulation de sa collègue Araki.

"-Je vous écoute.

-Notre bon monsieur a rendu une petite visite à la famille Akashi, ainsi qu'au poste de police.

-Pardon ?

-Apparemment, il se serait introduit discrètement.

-Vous l'avez ?

-Non il n'a pas traîné.

-Que voulait-il ?

-Je suppose qu'il cherchait les preuves de sa culpabilité."

Tatsuma jeta un regard vif sur l'un des tiroirs de son bureau.

"-Développez.

-Il est connu comme quelqu'un d'intelligent mais aussi d'impulsif. Le désespoir s'est peut-être emparé de lui en constatant que sa vie actuelle allait prendre fin.

-Il veut détruire les preuves.

-Il a déjà vérifié au poste, mais il n'y avait rien d'intéressant. Il a tenté de pénétrer dans le manoir mais je pense que ce n'était qu'une diversion...

-... pour envoyer des renforts chez les Akashi et concentrer l'attention sur eux.

-Il connaît bien l'affaire. Il sait que vous avez eu accès aux plus grosses preuves quand vous avez cherché un lien extérieur quand vous avez vérifié les comptes. Il sait que vous les avez rapportés.

-Il va venir."

Son ton était plus calme, mais d'un tranchant mortel.

"-Je l'attends.

-Et j'ai déjà envoyé des renforts au cas où. Ils savent qu'il y a une petite fille dans la maison."

Tatsuma hésita avant de soupirer.

"-Merci."

L'autre ne répondit pas.

"-Faites attention, il peut être armé. Il est désespéré et ça le rend extrêmement dangereux.

-Bien."


23:05

Tatsuma entendit la sonnerie de la porte. En prenant une arme avec lui, il alla ouvrir.
Il soupira de soulagement en voyant l'agent. Ce dernier lui expliqua où ils se situeraient pour ne pas créer de fausses alertes et pour ne pas effrayer la fillette.

Le jeune agent les remercia et ferma la porte.

23:07

Un bruit précipité à peine perceptible se fit entendre dans le bureau, puis des frottements, un clac et puis des bruits de pas.

23:11

Tatsuma revint dans son bureau et alla s'installer tranquillement à sa chaise. Toujours une arme à portée de main, il fut content de poser toutes ces sécurités, en particulier la serrure de la porte de Kei qu'il avait verrouillée en revenant. Heureusement, sa fille n'ouvrait jamais sa fenêtre. D'habitude, ça le gênait mais ce soir, il était bien content.

23:15

Un mouvement silencieux se déplaça juste avant qu'une fine ligne blanche floue ne s'échappe d'une des armoires du bureau et que la substance ne se repende silencieusement et lentement dans la pièce.

03:10

Tatsuma jeta un coup d'oeil à l'heure en soupirant. Il se sentait encore plus fatigué qu'avant. Son corps criait d'épuisement et ses muscles étaient engourdis. Il prit le talkie walkie et annonça qu'il allait se coucher.
Il se leva mais avant qu'il puisse faire un pas, les forces dans ses jambes l'abandonnèrent et il tomba sur le sol. Sa vision devenait trouble, il respirait lourdement et ses oreilles sifflaient. En toussant, il cligna des yeux en essayant de reprendre le contrôle.

Il réussit à se relever avec l'aide de sa prise sur le bureau mais d'un coup, il sentit une douleur aiguë dans sur sa tête.

Ses yeux s'élargirent alors qu'il évitait par pur instinct le prochain coup et se retourna pour faire face à la menace.

"-Merde..."

03:20

Danielle se réveilla en baillant. Ses yeux étaient rouges et douloureux.

"-Soif..."

Elle se leva avec beaucoup de difficulté et se dirigea vers la porte. L'esprit pas tout à fait encore réveillé, elle ne se rendit pas compte qu'elle était verrouillée et appuya encore... et... encore et... encore. Jusqu'à ce qu'avec une grande fissure, elle s'ouvre de force.

Un autre bâillement lui échappa avant qu'elle ne se dirige lentement vers la cuisine pour se prendre un verre d'eau.


03:28

"-Je vais pas aller en taule. J'ai travaillé trop dur !"

Tatsuma sentit sa joue brûler alors qu'un nouveau coup de poing lui frappa le visage. Il tomba une nouvelle fois et avant qu'il ne puisse se relever, il sentit un corps, déjà faible, se mettre sur lui. Immobilisé, son cœur s'accéléra quand il sentit deux mains s'envelopper autour de sa gorge.

"-Je vais prendre les preuves et les détruire. Je vais tuer cette petite merde de mercenaire et je vais prendre ta gamine. La famille Akashi ne pourra rien faire contre ça, la police ne pourra rien faire contre ça et toi, tu ne pourras rien faire contre ça et je sortirais libre !"

Tatsuma ne sentait qu'un amer regret alors qu'il essayait en vain de se débattre.

"-Danielle... non... Pas elle... Elle est... trop... jeune. Pourquoi... toujours... elle... ? Non non non..."

Pourquoi ? Pourquoi est-ce que ça devait toujours être sa petite fille ? D'abord l'histoire avec le parc, l'école, les Akashi, tout.

Pourquoi n'avait-il pas été capable de la protéger ? Pourquoi l'avait-il fait autant souffrir ? Pourquoi l'avait-il rejetée ?

Non.

NON !

Ça ne pouvait pas se terminer comme ça !

Tatsuma étouffait et pourtant, ses yeux étaient toujours en feu.

La douleur ne faisait qu'augmenter alors qu'il essayait désespérément de respirer de l'air. Chose si précieuse. Il haletait comme un poisson hors de l'eau, ou quelqu'un qui se faisait effectivement étrangler. Un cri silencieux déchira sa forge en même temps qu'une douleur intense et c'était comme si dix mille aiguilles s'enfonçaient dans sa gorge.

03:30

Danielle avait peur, non elle était terrifiée. Et bien réveillée. Presque.

Bref, depuis tout à l'heure, elle entendait des bruits effrayants. Elle détestait les bruits effrayants dans le noir. Elle détestait la pénombre en général... qui sait ce qui pouvait vous sauter dessus.

Bien que ce ne soit pas du tout son genre, elle décida d'aller voir la source A CONTRECŒUR. Dans les films, elle avait toujours trouvé les héros débiles quand ils ne s'enfuyaient pas directement après avoir entendu le premier bruit suspect.

Danielle s'était toujours dit que si elle était à leur place elle prendrait directement ses jambes à son cou.

A la place, elle cherchait et cherchait.

"-Rien que pour ça, je devrais être nommée Championne de GRYFFONDOR ! BORDEL !" se dit-elle en rigolant dans une tentative de se rassurer.

Ses pas la menèrent inexplicablement au bureau de Tatsuma.

03:30

Silencieusement, timidement, Kei ouvrit la porte.


"-Mais meurs !" rugit l'homme alors qu'il appuya plus fort.

Le corps de Danielle gela quand elle ouvrit la porte. Une image effroyable se peignait devant elle : L'homme qui l'avait recueilli à terre, son cou enveloppé par deux mains fermement serrées, son corps mou et les yeux à peine ouverts.

La vision de la fillette lui jouait sans doute des tours, mais... le temps semblait ralentir.

Son sang coulait furieusement dans ses veines et elle pouvait entendre son cœur battre dans ses oreilles.

Alors qu'elle n'avait pas l'habitude de laisser sa tête sans pensée, ou d'agir sans réfléchir, ou même de voir quelqu'un en danger de mort... Son esprit était étrangement vide alors qu'elle regardait la scène. Ses yeux bleus scintillaient de fureur alors qu'elle s'avançait silencieusement.

"-Faire quelque chose."

Le battement s'arrêta et Kei ne put plus rien entendre.

Son cœur redevint calme.

Sa peur avait disparu.

Sa vision semblait s'éclairer malgré la pénombre et elle pouvait voir tellement de choses avec une clarté aveuglante.

Le visage de l'homme, sa panique, son désespoir, la fatigue de son père, la force exacte qui pesait sur sa gorge, l'impulsion des doigts qui la serraient, les tremblements de leurs corps. C'était... indescriptible.

Tout s'est passé tellement vite.

Danielle savait qu'elle ne devait pas avoir peur.

Elle se sentait si paisible. Ses pas étaient légers et imperceptibles.

Elle avait l'impression de rêver... mais son esprit la faisait garder un pied dans la réalité. Il lui semblait qu'elle pouvait faire ce qu'elle voulait, comme dans un songe, mais que ça se passerait dans la réalité. Elle savait ce qu'elle avait à faire.

"-L'arrêter. Il lui fait mal."

La fillette aurait dû s'arrêter, prendre en compte la possibilité qu'elle puisse se faire tuer ou même tuer.

Seulement, si elle devait choisir, elle choisirait de vivre et de sauver son père. Alors, peu importaient les conséquences.

Elle était son seul rempart entre lui et sa mort.

Alors...

Pourquoi être terrifiée ?


Avec une force mortelle, Danielle frappa.

Un bruit de déchirement distinct puis d'écoulement.

Une seconde de silence.

Quelque chose tomba sur le sol.

Ensuite, la chute d'un corps, dénué de vie.

Puis plus rien. Le silence.

La mort.

Seulement Tatsuma qui put enfin reprendre de l'oxygène, si précieux. De grandes bouffées pour étancher sa soif, de soulager sa gorge rappée.

Puis, une nouvelle pénombre.

Et un autre corps tomba, plus petit.


La mort.

La mort.

La mort.

La mort.

Tout était fini.

Complètement et définitivement terminé.


NDA : VOILA comme promis, l'affaire est terminée (ou presque mais comme Hisoka a été arrêté et le commanditaire tué, il ne reste que les explications, qui je vous rassure seront rapides, claires, concises et ne prendront pas tout le prochain chapitre -bravo à toi DangerJacky972 je sais que tu as essayé de trouver et je suis sûre que tu VEUX savoir x) ) ET Danielle a EFFECTIVEMENT utilisé sa force d'une manière TRÈS particulière :3.

Encore et toujouuuurs, n'hésitez pas à me faire la moindre remarque, ça m'aidera dans tous les cas (ou ça me fera rire, OU ça me fera tout simplement plaisir).

QUESSSTIOOOON POUR LE CHAPITRE SUIVANT : Tatsuma va bientôt, très très bientôt apprendre la vérité à propos de Danielle. J'ai déjà décidé qu'il saurait pour sa force (là je pense que même un aveugle aurait remarqué qu'il y a QUELQUE CHOSE de bizarre avec sa force), mais je ne sais pas encore très bien si je vais lui faire savoir à propos de Tobias ou du fait qu'elle soit d'un autre monde. Ca peut être un peu beaucoup, même pour Tatsuma xD. Du coup, qu'est-ce que vous en pensez ?

Réponses aux reviews :

F : Hehe, j'avoue que j'aime assez les lys. Blanche, belle aaah. MERCI POUR TON COMMENTAIRE !
J'espère que ce chapitre ne t'as pas déçu et que cette attente en valait la peine ! x)!
Ps : oh je te rassure, il aura bien plus qu'un simple coup de poing dans la figure ;)
Pps : J'ai un serpent dans ma botte.
AAAA LAAAA PROOOOCHAIIINE ! N'oublie pas, de répondre à la question (je ne t'influence pas du tout) et OVER !

Siell : Non, je finirai cette fanfiction, même si ça me tue ! Merci pour ton commentaire :)