Tobias donnait un regard impassible à l'homme devant lui.

Akashi Masaomi n'était pas un homme à prendre à la légère, mais l'ange n'avait pas peur de lui, ni des hommes postés tout autour d'eux.

D'une


voix calme, Tobias commença à expliquer la situation tout en présentant ses excuses pour la frayeur, n'ayant aucunement l'intention de tuer la mère du meilleur ami de sa protégée.

L'Akashi ne sembla pas se détendre. Étrangement.

Masaomi plissa les yeux. Ne le croyant pas.

L'ange avait envie de hausser les épaules, ce n'était pas son problème si l'autre ne le croyait pas mais Kei le lui avait demandé. Il avait tenté.

Dans un dernier effort, Tobias dit à l'homme devant lui que s'il changeait d'avis, il devait simplement revenir au même endroit et l'appeler en lui donnant un numéro factice. En fait, c'était un objet qui lui permettait de savoir l'état d'esprit de quelqu'un si ce dernier le touche si lui-même était trop loin pour entendre les pensées. Si Masaomi revenait avec cette carte sur leur lieu de rencontre, il saurait immédiatement sa décision.

Puis, avec une distraction bruyante sous la forme d'un lampadaire qui tombait derrière l'un des hommes postés, il disparut dans un écran de fumée.

Danielle aima la sortie dramatique lorsque Tobias lui raconta tout.

En soupirant, elle sentit son estomac se tordre d'anxiété. Elle était contente de savoir qu'au moins, Masaomi aurait le choix.


Le temps passa tranquillement. Tatsuma et sa fille passèrent du temps ensemble et quelques fois, Tobias les rejoignait et appréciait leur compagnie, ou plutôt celle de la petite.

Les deux hommes n'avaient pas l'air de s'aimer, avait remarqué la brune.

Elle passa également beaucoup de temps à étudier la calligraphie japonaise en compagnie de son ami Seijuro, c'était amusant. Les deux faisaient des fautes mais c'était Kei qui en faisait le plus souvent. Ce qui lui faisait faire une moue, chose qu'elle n'admettrait jamais, sous le rire de son ami.

Akashi Shiori cependant, n'avait pas l'air d'aller bien à mesure que les semaines passaient.

Elle ne se sentait plus aussi mal qu'avant sachant qu'il y avait une alternative mais elle faisait tout son possible pour distraire Seijuro lorsqu'elle devait s'absenter ou lorsque elle avait besoin d'aller se reposer en interrompant leur session de jeu.


Les deux enfants avaient fêté leur 10ème année chacun.

Le temps de Shiori fut soudainement écoulé lorsqu'elle perdit connaissance lors d'une fête de l'école.
A ce stade, non seulement son fils était au courant qu'elle était dans un état maladif, mais aussi toute la ville. D'ailleurs, Danielle se demandait comment elle avait même pu se lever.

Plus tard, elle avait eu la réponse à sa question lorsque Seijuro était venu la voir en pleurant et en lui demandant si cela était de sa faute parce que c'était lui qui avait insisté pour que sa mère viennent à cette fête parce qu'elle n'avait pas passé autant de temps avec lui qu'avant et lui avait demandé s'il avait fait quelque chose de mal pour qu'elle ne l'aime plus.

Cela avait rendu triste la mère et elle s'était levée pour assister à la fête de son fils. Malgré son état.

Kei le rassura du mieux qu'elle pouvait, que ce genre de choses arrivaient parfois et qu'elle guérirait bientôt.

Le rouquin l'avait regardé avec tellement d'espoir. Avec cette petite voix d'enfant vulnérable en lui demandant si c'était vrai.

Kei espérait vraiment que tout se passerait bien.


Tobias était apparu devant elle alors qu'elle était en train de somnoler sur son lit en fin d'après-midi. Sa surprise l'avait bien réveillée. Elle lui jeta un regard interrogateur.

"-Il a appelé. Il y a quelques secondes."

Danielle hocha la tête.

Et il est partit.


Tobias n'était revenu que le lendemain, le visage sombre. La fillette avait craint le pire mais il avait juste hoché la tête en lui disant que c'était fait. Que Shiori ne souffrait plus de sa maladie et qu'elle vivrait.

Le sourire brillant et reconnaissant de la petite fille faillit faire taire l'ange sur la suite des évènements, mais finalement, il dut se résoudre à lui dire toute la vérité.

La condition pour que Akashi Shiori puisse vivre, était... "partiellement horrible" avait-il dit. "Mais équitable" avait-il rajouté.

En échange de sa vie, Shiori avait dû échanger celle de l'enfant, ou du fœtus, à l'intérieur d'elle.

Et encore, l'ange lui avait dit avoir été généreux car normalement, il aurait dû prendre sa capacité à féconder pour rassembler suffisamment d'énergie. Au lieu de cela, il avait pris une partie de sa propre énergie pour sauver quelqu'un dont il n'avait pas la charge.

Le visage de Kei tomba et son cœur se remplit d'un effroyable sentiment de culpabilité... et de soulagement.

Elle agrippa son t-shirt à l'endroit où se tenait son cœur, prit d'une piqûre à la poitrine. La couleur bleue éclata sur ses iris. Des yeux humides regardaient l'ange alors que ce dernier la regarda avec sympathie. Il la prit lentement dans ses bras avant d'observer les traits de son visage. En lui fermant doucement les yeux avec ces pouces, faisant couler plus rapidement ses larmes, il posa son front contre le sien.

La douleur s'en alla peu après et Tobias continua son récit : Shiori n'était pas d'accord. Masaomi avait donc dû agir vite.

Manoir Akashi

"-Quoi ?"

Masaomi regarda l'homme devant lui. Shiori était enceinte... et il demandait la vie de ce futur enfant contre la vie de sa femme.

Cette dernière écoutait avec fureur les nouvelles et agrippa avec force les draps autour d'elle.

"-Hors de question." siffla-t-elle.

Masaomi les regardait avec de grands yeux, à tour de rôle. Il serra violemment ses poings, son sang se glaça et ses yeux se fermèrent. L'ange les regardait avec impassibilité.

"-C'est votre choix. Sachez cependant, que si je n'interviens pas ce soir, vous mourrez. C'est quelque chose d'inévitable."

Lorsque cet homme était d'abord venu le voir, Masaomi l'avait appelé dès qu'il avait appris que Shiori s'était effondré. Le brun lui avait montré des preuves qu'ils possédaient des capacités hors-normes. Des capacités qui pourraient sauver le plus grand amour de sa vie.

Il essayait de garder son sang-froid, mais son anxiété était palpable.

"-Allez-vous abandonner votre vie, plutôt que d'abandonner une vie à peine formée ? Vous ne survivrez pas assez longtemps pour qu'elle puisse naitre de toute façon."

La voix froide de l'homme avait fait frissonner les deux parents de la pièce. La jeune mère le regardait avec une haine silencieuse tandis que Masaomi prenait en considération ses paroles.

Masaomi passa une main sur on visage alors qu'il entendit la voix de l'homme résonner dans la pièce :

"-Refuser cette opportunité pour sauver votre foetus ne vous apportera aucun bénéfice si la mère meurt." Avait-il dit en se tournant vers le chef Akashi.

Shiori porta également son regard sur lui.

"-Quand je pense à ce bébé, je pense à Seijuro... et pour rien au monde, je ne l'aurais abandonné." Dit-elle d'une voix tremblante.

Des larmes émergèrent de ses yeux alors qu'elle continua :

"-Si je dois abandonner un de mes enfants, je pourrais aussi bien être morte."

Masaomi haleta silencieusement.

"-Shiori. Tu es..."

Il ferma les yeux en faisant une pause, rassemblant ses pensées pour soigneusement choisir ses prochains mots. Il rouvrit les yeux.

"-... l'amour de ma vie, tu es la femme la plus intelligente, la plus belle, la plus déterminée et la plus forte que je connaisse."

Ses propre yeux se durcirent et il fallut toutes ses années de contrôle pour continuer sa phrase :

"-Mais nous... nous pourrons réessayer. Nous pourrons avoir un autre enfant, des dizaines, si c'est ce que tu veux."

Il s'approcha d'elle et lui prit doucement les mains.

"-Je ne peux pas. Je ne peux pas te laisser partir. Pas s'il y a une autre possibilité. Et il y en a une !"

Shiori arracha brusquement ses mains des siennes, comme si elle s'était brûlé en reculant.

"-Tu...

-Shiori. Je suis dé...

-Non !" Cria-t-elle.

Masaomi avala nerveusement. Il ferma à nouveau les yeux durant quelques secondes avant de partir de la pièce en prenant soin de prendre l'ange avec lui.

Une fois hors de la pièce, il se tint fermement devant l'étrange être.

"-Je veux que vous le fassiez."

L'autre haussa un sourcil.

"-Mais elle ne le veut pas."

Le jeune père ouvrit la bouche, puis la referma. Il secoua la tête.

"-Elle n'a pas la capacité de réfléchir rationnellement. Elle est malade, elle est fatiguée. Il n'y aura aucun accouchement si elle meurt. Elle préfèrerait mourir que de perdre l'enfant. Je préfèrerais mourir que de la perdre."

Tobias plissa les yeux pendant une seconde avant de remettre son masque


de neutralité.

"-Et votre aîné ? Il a besoin d'un parent." Répondit Tobas en pensant à sa propre protégée. Comment elle s'était retrouvée seule.

Masaomi parut se sentir coupable pendant un moment mais il ne dit rien.

"-Faîte-le. S'il vous plaît."

...

"-Non... Non !

-Shiori, s'il te plait...

-Non ! N'approchez pas ! Ne me touchez pas !"

C'est tout ce que la jeune femme put dire avant de sentir comme une violente brûlure dans son ventre. Son cri résonna dans la pièce. Heureusement, la chambre était insonorisée.

Puis elle s'évanouit

Sans attendre, il effaça la mémoire des deux adultes et implanta de faux souvenirs : un médecin avait guérit la jeune femme lors d'une opération longue et périlleuse, elle s'en était tirée mais au prix de leur enfant à naître. Masaomi ayant fait pression pour que sa femme subisse cette opération car c'était sa dernière chance.

Et l'étrange être partit.


(NDA : J'étais vraiment tentée d'arrêter ici, mais je trouvais le chapitre un peu court, alors j'ai continué. J'espère que vous aimez, bonne lecture.)

Danielle évita de se rendre au manoir Akashi pendant quelques temps, prétextant être plus occupée. Elle pouvait voir Seijuro pendant les cours mais elle refusait quand il l'invitait. Il était cependant tellement heureux que sa mère soit guérie qu'il n'en fut que légèrement déçu.

La fillette restait enfermée dans sa chambre, à réfléchir.

Elle réfléchissait à la petite vie précieuse et vulnérable du bébé de Shiori. Le temps qu'elle passait à y penser avait augmenté de plus en plus depuis que Tobias lui avait donné les nouvelles. En serrant les poings, elle ferma les yeux. Puis les ouvrit lorsqu'elle entendit la porte de sa chambre grincer. Elle se redressa et vit son père à la porte.

"-Ca va ? Tu m'as l'air un peu pâle."

Kei répondit rapidement par un hochement de tête.

"-Ton ami a appelé. Il voudrait savoir si tu voulais venir chez lui."

Danielle baissa la tête durant quelques instants. Elle en avait envie, mais...

Elle le sentit s'assoir à côté d'elle.

"-Qu'est-ce qui ne va pas ? C'est encore à propos de sa mère ? Ou de Tobias ?

-Comment tu sais ?" Répondit-elle, en relevant la tête avec des yeux comiquement ronds.

Elle tourna frénétiquement la tête pour voir s'il y avait des caméras autour d'eux. Tatsuma rit.

"-Tu y penses beaucoup. J'ai entendu dire qu'elle était guérie. Ton ange a fait quelque chose ?"

Immédiatement, le ton léger de la pièce disparut.

"-Oui. Je lui ai demandé.

-C'est une bonne nouvelle.

-Oui. Tobias a assuré."

Tatsuma ouvrit la bouche pour parler lorsque une voix le coupa :

"-Tu y penses encore ?"

Danielle sursauta et Tatsuma avait sortit une arme en la pointant dans la direction de l'ange par réflexe.

Le visage du père était hésitant pendant quelques instants, ne baissant pas son arme malgré sa reconnaissance de l'individu.

Ce ne fut que lorsque sa fille le regarda d'une manière confuse, en penchant la tête, qu'il baissa le bras.

"-Je ne comprends pas pourquoi tu y penses autant." Dit l'autre comme si rien ne s'était passé.

La fillette baissa la tête en entendant sa déclaration. Elle entendit des pas et sentit sa présence tout près d'elle.

"-Tu es trop sensible. Tu as pourtant eu ce que tu voulais, je ne te comprends pas." Lui murmura-t-il.

Doucement, il mit ses mains sur ses joues et posa son front contre le sien. Leurs yeux brillèrent d'une même lueur. Avant que Danielle ne soit brutalement arrachée du contact.

Tatsuma ne chercha pas à cacher son mépris alors qu'il regardait l'ange. La fillette se laissa faire, un peu étourdie.

"-Va-t-en. Sors de ma maison."

Tobias parut confus et légèrement agacé, mais disparut.

Tatsuma regarda le visage endormi de sa fille. Il se coucha sur son lit et la laisser se reposer près de lui.


Plus tard, Danielle n'avait pas pu refuser l'invitation de son ami. Cela faisait assez longtemps qu'il n'avait pas pu jouer ensemble et cette fois, il avait eu l'air très triste lorsqu'elle refusa dans un premier temps.

Le weekend, ils se retrouvèrent dans la chambre de Seijuro à jouer à un jeu de société.

L'ambiance autour d'eux était légère et emplie d'une joie enfantine venant du petit roux.

Jusqu'à ce qu'ils entendirent des cris non loin d'eux. Danielle reconnut la voix de Shiori et Masaomi, leur dispute sembla assez animée.

Ses yeux rencontrèrent ceux de son meilleur ami et ce dernier baissa la tête avec un air attristé.

En clignant des yeux, Kei lui sourit et lui proposa de jouer à un jeu qui nécessitait de crier ou d'écouter de la musique.

L'autre parut se détendre.

A la fin, Seijuro la remercia de cette journée.


Au fur et à mesure que l'année passait et que les visites de Danielle s'enchaînaient, elle put se rendre compte des changements dans le manoir Akashi. Par exemple, la relation entre Shiori et Masaomi s'était tendue. De plus, les deux devenaient, sans s'en rendre compte parfaitement, plus distant avec leur fils. Shiori avait également tendance à devenir plus émotive et réagissait parfois excessivement pour de petites choses. Elle peinait à garder on calme d'avant et elle devenait plus facilement en colère contre tout le monde.

La seule personne qui semblait être un temps soit peu à l'abri était son fils bien aimé.

Elle ne criait pas après lui, mais à chaque fois qu'elle le regardait, son visage se crispait et ses yeux jadis heureux devenaient tristes.

Danielle n'aimait pas non plus la lueur dangereuse dans son regard à chaque fois qu'elle regardait Masaomi.


Lorsque Kei entendit des coups à la porte, elle ne fit pas immédiatement un mouvement pour aller ouvrir.

Seulement, elle se souvenait que son père était dans son bureau et qu'il lui avait demandé de ne pas entrer parce qu'il serait très occupé.

En prenant une chaise pour regarder dans le trou, elle vit de courts cheveux roux.

En ouvrant la porte, Danielle n'a pas eu le temps de prendre une respiration avant qu'elle ne soit brutalement projeté en arrière.

"-Kei... Pardon." Dit-il en se relevant et en l'aidant à se relever.

Elle lui fit un signe pour dire qu'elle allait bien avant de lui demander s'il voulait quelque chose à boire.

Timidement, il demanda un jus de fruit.

Elle prit quelque chose à manger et ils s'installèrent sur le canapé.

"-Je... Désolé, je n'ai pas de jeux, mais on peut regarder la télé si tu veux."

Danielle le regarda, mais il ne répondit pas. La tête basse. Un silence les entoura et Kei se demanda pourquoi il avait l'air si confus et perturbé.

Toujours sans dire un mot, il lui prit la main et la regarda dans les yeux.

"-Kei..."


Seijuro regardait avec tristesse son amie alors qu'il lui prenait la main, la rapprochant. Son contact chaud le calma un peu. Elle le regardait avec une confusion et une inquiétude qui lui serra joyeusement le cœur.

Il repensa aux moments où il entendait ses parents se disputer, crier et parfois il entendait des bruits d'objets qui se cassaient.

Depuis que sa mère est guérie de sa maladie, elle est peu à peu devenue plus froide avec son père et il se sentait vraiment seul parce qu'ils passaient plus de temps à se disputer qu'à jouer avec lui.

Évidemment, ce n'était pas la première fois qu'il se sentait seul, sa mère le laissait toutefois rarement tout seul, mais c'était la première fois que ses parents se disputaient autant au point de le délaisser, cela lui faisait encore plus mal.

Avant sa rencontre avec Danielle, il avait l'habitude de lire un livre dans sa chambre ou dans le jardin mais là, il n'avait pas du tout envie. Il n'avait pas non plus d'amis.

Maintenant, il se sentait seul.

Alors il est venu voir sa meilleure amie.

Il est venu voir ses yeux bruns chauds, ses cheveux noirs brillants, son visage mignon, son sourire chaleureux.

Il aimait voir ses yeux chocolats et son sourire dirigés uniquement vers lui, juste lui. Il aimait lorsqu'elle le protégeait, le rassurait, lui parlait. Il aimait sa chaleur, il aimait leurs câlins. Il aimait sa préoccupation et son inquiétude qu'elle lui montrait lorsqu'il était triste. Sa gentillesse, son intelligence, il aimait sa façon d'être, même lorsqu'elle gardait rancune contre les gens. Certaines personnes n'aimaient pas Kei parce qu'elle était avec lui, il aimait le fait qu'elle s'en fichait.

Il l'aimait. Elle était très précieuse pour lui.

Et il savait qu'elle l'aimait aussi.

C'est vrai, elle n'allait pas le délaisser, pas comme ses "amis" d'avant, pas comme son père trop occupé, pas comme sa mère pour une raison qu'il ne pouvait pas discerner. C'est vrai, non ?

Bien sûr que oui.

N'est-ce pas ?

Évidemment.

Sans aucun, aucun doute.

Seijuro hocha fermement la tête pour lui-même alors que ces yeux bruns le regardaient.


"-Je crois que maman ne m'aime plus."

Danielle fronça ses sourcils en entendant la déclaration triste de son ami.

"-C'est faux."

Le petit roux releva la tête, et lui jeta un regard hésitant.

"-Il faudrait être aveugle pour ne pas voir qu'elle te regarde comme si tu étais fait d'or."

En penchant la tête, il fronça à son tour les sourcils.

"-Quoi ?

-Ca se voit que pour elle, tu es la chose la plus unique et la plus précieuse au monde. Tu n'as pas à t'inquiéter pour ça."

Seijuro cligna ses yeux.

"-Mais alors, pourquoi est-ce qu'elle a du mal à me regarder dans les yeux ? Pourquoi est-ce qu'elle ne passe plus de temps avec moi maintenant qu'elle est guérie ? Ca fait très longtemps que je ne l'ai pas entendu me dire "je t'aime" ou..."

Il baissa un peu la voix et la fillette put voir une teinte rose sur ses joues.

"-... "mon bébé" ou "mon chéri"".

Danielle lui sourit.

"-Elle doit être fatiguée. Et occupée. Mais ça ne change pas le fait qu'elle te regardait comme si tu étais une des merveilles du monde."

Avec une brève hésitation, elle lui passa la main sur la joue.

"-Seijuro, ta mère t'aime, c'est évident. N'importe qui pourrait te le dire."

Kei sentit les bras chaud de son meilleur ami s'enrouler autour de son torse. Il la rapprocha et elle put sentir ses cheveux la chatouiller. Elle ne fit pas de remarque quant à l'humidité qui s'échappait de l'endroit où était enterré le visage de l'autre. En passant une main dans ces cheveux rouges, elle essaya de le réconforter.

Lorsque Seijuro renifla, et la serra plus fort, elle lui rendit son étreinte.


Danielle n'avait pas remarqué immédiatement.

En fait, elle ne l'aurait sans doute pas remarqué si les problèmes ne seraient pas venus directement à elle. Son père était très énervé ces derniers temps. Enfin c'était plus comme si quelque chose l'ennuyait.

Tatsuma était encore une fois dans son bureau lorsque qu'elle entendit la sonnerie de la porte.

Encore une fois, elle avait prit une chaise et regardé dans le trou de la porte.

Elle vit un homme, en uniforme militaire, l'air sérieux et dur.

Elle avait ouvert avec une grande hésitation et s'était rappelé les recommandations de son père.

"-Oui ?" Avait-elle demandé timidement, prête à crier si l'homme était un danger.

L'homme ne l'avait pas vu tout de suite, et baissa le regard vers elle en entendant sa voix.

Il s'accroupit et lui sourit.

"-Bonjour mademoiselle, est-ce que Nakamura Tatsuma serait ici par hasard ?"

Danielle hocha la tête.

Il se présenta en donnant son nom, son rang et l'objet de sa venue, soit parler à son père.

Elle alla chercher son père en refermant la porte.

Lorsqu'il vit l'étranger, le visage de Tatsuma se crispa.

En allant dans sa chambre, comme il lui avait demandé, Kei se demandait si son père avait des ennuis et essaya de les espionner discrètement.

"-Vous avez du culot pour venir chez moi, déranger ma fille et interrompre mon travail." Avait-elle entendu dire d'une voix dure son père.

"-Je voulais simplement vous amener à considérer notre proposition, Nakamura-san. Vous devez...

-Vous ne me direz pas ce que je devais ou ne devrais pas faire dans ma propre maison.

-Mes excuses. Seulement...

-Je vous ai déjà dit non. J'ai une fille, j'ai des responsabilités, je ne veux pas partir.

-Vous ne serez pas sur le terrain ! Vous ne ferez que recruter, entraîner et enseigner aux jeunes comment faire votre ancien travail.

-Vous avez déjà entendu ma réponse, trouvez quelqu'un d'autre.

-Mes supérieurs...

-J'ai déjà dit à vos supérieurs que je refusais. Maintenant, partez. Je ne serais pas une monnaie d'échange pour les politiciens.

-Votre expertise nous serait d'une aide précieuse, je vous en prie, Nakamura-san...

-Je suis policier, pas militaire. Au revoir."

Et il entendit la porte se refermer.

Le plus discrètement et le plus rapidement possible, elle retourna dans sa chambre.

"-Qu'est-ce qui s'est passé ?"


Lorsqu'un appel de la maison Akashi lui avait demandé si elle voulait bien venir, Danielle ne s'attendait pas à ce soit Masaomi et non Seijuro qui la demandait.

Pendant une petite seconde, elle s'était demandé avec angoisse s'il avait découvert que c'était elle qui avait envoyé son ange et que par conséquent, elle était entièrement responsable de la perte de son bébé.

Cependant, l'idée était partit aussi vite qu'elle était venue. Tobias lui avait assuré qu'il n'avait rien laissé au hasard et qu'il avait même modifier la mémoire des hommes du chef Akashi qui l'avait vu lors de la premier rendez-vous.

Alors, la voilà devant le paternel Akashi.

Un peu nerveuse, elle attendit qu'il prenne la parole.

"-Comment vas-tu ?" Demanda-t-il avec une voix fatiguée.

"-Bien. Et vous ?

-Ca va.

-Vous semblez fatigué."

Masaomi la regarda puis soupira. Il passa une main sur on visage.

"-Je n'ai pas pu dormir dans mon lit depuis longtemps. Shiori..."

Il marqua une pause.

"-Les autres lits sont beaucoup moins confortables."

La fillette était confuse de la raison pour laquelle il l'avait appelé.

"-J'ai entendu qu'elle était guérie, félicitations." Dit-elle en lui donnant un petit sourire.

Les yeux de l'Akashi se firent beaucoup plus triste.

Il ne parla pas pendant un moment.

En faisant un contact visuel avec l'enfant devant lui, il finit par laisser échapper un lourd soupir exaspéré.

"-Je ne comprends pas pourquoi je fais ça."

Danielle ne dit rien, attendant qu'il continue.

"-Je ne comprends même pas pourquoi je t'ai appelé."

En penchant la tête sur le côté, Kei décida de prendre son courage à deux mains et parler :

"-Peut-être que vous... vouliez parler ?"

Immédiatement, la fillette regretta ce qu'elle venait de dire alors que Masaomi plissa les yeux vers elle.

"-Je n'ai pas besoin...

-On a tous besoin de quelqu'un à qui parler. Si vous ne voulez pas d'une petite fille, vous devriez parler à un ami adulte, ou même à un psychologue."

Il sembla qu'elle l'avait insulté.

"-Les psychologues sont des escrocs.

-Il n'a pas nier qu'il voulait parler à un ami."

Les sourcils de la brune se soulevèrent.

"-Il y a de bons psychologues comme de mauvais."

La voix convaincu de Kei fit à son tour lever les sourcils de Masaomi.

"-Qu'en sais-tu ?"

La petite fille ouvrit d'un millimètre la bouche avant de la refermer.

"-J'ai connu une personne qui en avait besoin. Elle avait perdu quelqu'un, quelqu'un de très précieux. Elle ne voulait pas non plus voir un psychologue et finalement, ça l'a un peu aidé le temps que ça a duré."

Les yeux suspicieux du chef Akashi l'observaient attentivement.

"-Je n'ai pas besoin de parler à quelqu'un."

Danielle hocha la tête, et ses épaules se soulevèrent légèrement.

"-Mais... je pense que Shiori en aurait besoin. Elle ne va pas très bien ces temps-ci. Elle..."

Il lui fit signe d'approcher. Elle le fit à contrecœur.

Lorsqu'elle fut suffisamment près de lui, il se pencha à son oreille et lui dit :

"-Elle devient un peu irrationnelle. Et peut-être un peu... hystérique."

Kei ne savait pas pourquoi il le lui disait à l'oreille, ou même le lui disait tout court. Elle se contenta de hocher la tête.

Les deux finirent par discuter d'elle et de Seijuro, et d'autres choses qui le concernait. Danielle sourit quand elle vit l'intérêt caché du jeune père pour son fils. Elle ne comprenait vraiment pas pourquoi il faisait tant d'effort pour nier et ignorer son comportement de père attentionné et protecteur.

Elle laissa échapper un rire alors qu'il grommelait doucement près d'elle alors qu'elle y avait fait implicitement allusion.


Cependant, c'est à peu près à ce moment-là, que Masaomi fronça soudainement les sourcils. Il se leva brusquement de son bureau, la mine méfiante et le corps en alerte.

Danielle sursauta à son mouvement.

Ses yeux se dirigèrent rapidement vers la porte. Il fit quelques pas pour l'atteindre et l'ouvrit.

Son visage perdit toute sa couleur. Il mit sa manche devant son nez et sa bouche et se recula. Kei qui était devenu aussi pâle que Masaomi. Ce dernier pouvait même apercevoir un début de larmes dans ses yeux. Il avala et tenta de garder son calme. En refermant la porte, il alla dans la salle de bain attelée à son bureau, pris des serviettes, les humidifia et les utilisa pour colmater la porte.

En prenant la main de Kei, il composa frénétiquement le numéro des secours puis ouvrit la fenêtre.

La fillette sembla pétrifiée et s'accrocha à l'homme alors qu'il la tenait.

Cette fois, Danielle n'hésita pas :

"-Tobias !"

A peine avait-elle crié le nom de son gardien qu'il apparut dans la pièce. Il fronça les sourcils en constatant la situation. Il prit ensuite Kei et Masaomi hors de la maison.

"-Et Seijuro ?" Cria-t-elle.

"-Il est partit faire des courses, personne n'est à la maison. Les employés ont tous été congédiés." Avait répondu l'Akashi, encore abasourdi.

Presque une seconde après qu'il ait terminé sa phrase, Tobias modifia sa mémoire et partit après avoir pris soin de calmer sa protégée.

Les secours arrivèrent peu après et commencèrent à éteindre le feu qui ravageait le manoir Akashi.

"-Qu'est-ce qui vient de se passer ?"


La police, dont Tatsuma qui avait demandé à être sur l'affaire, avait conclu et ce, avec l'expertise des pompiers, à un incendie criminel. Un incendie criminel camouflé en un excellent accident. Danielle était fière de dire que c'était son père qui avait émit cette hypothèse.


Une enquête a été ouverte et Masaomi a donné carte blanche aux inspecteurs, enragé que quelqu'un puisse faire ça.

Sa propre maison.

Heureusement il n'y avait pas eu de blessé.

La police et Masaomi se demandaient cependant qui aurait pu déclencher l'incendie.


NDA : merci à Guest pour son commentaire, j'espère que l'attente de ce chapitre a

été moins pénible que le dernier.

N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez dans les commentaire et si vous avez une idée de qui pourrait être l'incendiaire !

Voila j'espère que vous avez passé un bon moment, à la prochaine !