Bonjour à tous et toutes !

Allez, dernier dimanche avant la rentrée, j'espère que vos vacances (pour ceux qui en ont eu) ce sont bien passées !

A présent, retour au dur quotidien... !

Bien, à présent, un petit moment de détente pour nos enquétrices avant de reprendre le travail et d'avancer dans l'affaire.

/!\le sujet abordé en seconde partie de chapitre peut être assez sensible /!\

ENJOY


Juste un verre

Lorsque Clarke se gara en trombe devant l'établissement, son cœur tambourinait dans sa poitrine. Elle entra et grimpa les marches, sachant pertinemment où elle devait aller. Elle bouscula deux ou trois personnes, s'excusant à l'arrachée, jusqu'à ne retrouver son souffle que lorsqu'elle se posta devant la porte qu'elle convoitait.

« Je peux vous aider ? »

« Je viens pour Madi Griffin, on vient de m'appeler. »

« Oh oui, je vois, la directrice vous attend. »

Clarke reprit son souffle et contenance avant d'entrer dans le large bureau de la directrice de l'école de sa fille. Son regard se posa tout de suite sur sa fille, assise, penaude, dans un fauteuil faisant face à une femme dont le regard sévère et la cicatrice lui barrant le visage, témoignaient du caractère assez rude de la directrice.

« Mme la directrice. »

« Miss Griffin, merci d'avoir chamboulé votre emploi du temps. »

« C'est normal. » Elle jeta un œil vers sa fille avant de se tourner de nouveau vers la directrice.

« Nous nous connaissons depuis un moment déjà, c'est moi qui suis venue vous voir afin de faire entrer Madi dans cet établissement. Et nous avons un passif commun. »

« Indra, je… »

La femme leva la main pour la faire taire « Je sais tout ce que vous avez fais pour ma fille, et je vous en serais éternellement reconnaissante. C'est pour cela qu'aujourd'hui je ferais grâce à Madi d'un simple rappel à l'ordre. »

« Qu'est-ce qu'il s'est passé ? »

« Elle s'est battue. »

Clarke fixa, incrédule, Indra avant de se tourner vers sa fille dont la tête s'enfonçait petit à petit dans ses épaules « Pardon ? Mais… »

« Rien de grave en soi. La jeune fille victime n'a eu que quelques griffures et bleus. »

« Mon Dieu… »

« Je ne tolérerais pas de tels actes de violences au sein de mon école. Cet établissement vise l'excellence et Madi est promise à un brillant avenir, pour autant qu'elle s'en donne les moyens. Aujourd'hui, j'ose croire qu'il ne s'agissait que d'un acte isolé, une perte momentanée de contrôle. »

« Madi… Pourquoi ? »

« Elle est restée muette, refusant de me dire ce qu'il s'était passée. En attendant, la jeune fille qu'elle a agressée la charge de toutes les accusations, y compris ses amies. Connaissant cette fille, j'imagine qu'elle n'était pas toute rose dans cette histoire, mais sans le témoignage de Madi… C'est sa parole contre la sienne. »

« Madi, parle-moi, parle-nous. Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Elle t'a fais quelque chose ? Dit quelque chose ? Madi ! »

Mais devant le mutisme de la petite, Clarke soupira « Qu'est-ce qu'elle risque ? »

« Comme je vous l'ai dis, elle n'aura qu'un avertissement aujourd'hui. Madi est là depuis ses 6 ans, il n'y a jamais rien eu à redire sur son comportements, ni même ses notes. Nous avons tous nos moments de faiblesse. Veillez juste à ce que cela ne se reproduise pas, ou je serais obligée de la sanctionner : d'abord une exclusion de 3 jours, puis une semaine… »

« … »

« Mais nous n'en sommes pas encore là. Pour l'heure, j'écourterais simplement la journée de Madi. Ramenez-la chez vous, parlez-lui… Elle finira peut-être par vous dire quelque chose. »

« Merci Indra. »

La femme opina et se leva, accompagnant le départ de Madi et Clarke. Sur le chemin les menant jusqu'à la voiture de la jolie blonde, le silence régna. Madi ne leva pas une seule fois son nez de ses chaussures, quant à Clarke, elle essayait de comprendre et d'assimiler les faits : jamais Madi n'avait montré le moindre signe de violence, envers elle ou ses camarades. Elle imaginait bien que cette gamine l'avait cherché, elle était curieuse de savoir qu'elle fut le déclencheur.

Une fois dans la voiture, elles restèrent quelques secondes, seules, immobiles, Clarke les mains sur le volant, Madi serrant son sac à dos contre elle, comme un ultime bouclier.

« Ecoute… Je ne sais pas ce qu'il s'est passé et dans mon job, tant qu'on a pas de preuve, on est présumé innocent. »

« … »

« Y'a aussi cette chose qu'on appelle circonstances atténuantes. Tu sais ce que c'est ? » Madi dodelina faiblement de la tête en signe de négation « Avoir des circonstances atténuantes cela signifie que la personne qui a fait une mauvaise action avait de bonnes raisons pour cela. On ne dit pas que ça justifie l'acte, mais on le comprend mieux. »

« … »

« Là où je veux en venir c'est… Peut-être que, toi aussi, tu as des circonstances atténuantes. Cette fille avec qui tu t'es battue, elle t'a dit quelque chose ? Elle t'a provoqué ? Elle te harcèle ? »

« … »

Clarke soupira, elle détestait quand Madi se murait dans son silence. Lorsqu'elle eut 3 ans, elle eut sa première phase, lorsque son grand-père mourut. Les temps qui suivirent furent compliqués pour elles deux, soutenues par Raven, Bellamy et Echo. Madi avait mal vécu la chose et avait commencé un vœu de silence trop pesant pour Clarke pour qu'elle ne s'en inquiète pas. Sur les conseils de ses amis, elle se décida à consulter un psy qui, au bout de 5 séances, avait réussi à comprendre le mutisme de la petite fille. Elle avait reparlé par la suite mais sans vraiment expliquer la chose à sa mère.

Depuis, lorsque quelque chose contrariait, elle se taisait. Clarke craignait à chaque fois qu'elle ne reste muette durant des jours, ce dont elle était totalement capable selon sa mère.

« Madi je t'en prie… »

Mais il ne servait à rien de pousser plus loin. Elle savait que lorsque Madi serait prête, elle reparlerait. En attendant, elles rentrèrent chez elles et si Madi se rua sans un mot dans sa chambre, Clarke, elle, s'affala dans son canapé et tapota sur son téléphone un appel à l'aide de sa meilleure amie. Meilleure amie qui ne mit pas longtemps pour arriver chez la jolie blonde.

« Ok, c'est quoi le problème ? »

« Elle s'est battue. »

« Quoi ? Madi ? Mais… C'est un petit cœur en guimauve. »

« Il faut croire que sous la guimauve réside quelque chose de bien plus dur… Indra a dit qu'elle avait laissé quelques traces chez l'autre gamine. »

« Bah merde… Evidemment, elle a rien dit ? »

« Exact. Je comptais sur toi. Elle te parlera peut-être à toi. »

« Huh huh, au contraire. Elle sait que, si elle me parle, je viendrais te le dire… »

« … »

« Hey, écoute, elle a 9 ans… »

« Elle en a 10 à la fin de la semaine… »

« Bref, elle a 10 ans bientôt. Elle est encore jeune. Elle a déjà vécu des trucs pas cools dès son plus jeune âge. Elle a un foutu caractère, comme sa mère… » Clarke gloussa

« Elle n'a même pas passé l'adolescence. »

« Tu vas en chier… On va bien se marrer. »

« Pourquoi, quand tu parles, j'ai l'impression qu'on est en couple, élevant une petite rebelle ?! »

« Parce qu'on est un couple ma grande : je passe 70% de mon temps ici, je garde ta fille quand tu bosses, ce qui arrive plus que fréquemment en ce moment. Je la borde, je lui chante des berceuses… »

« Ray, tu ne chantes jamais. »

« Ouais bref, si je chantais, ça serait des berceuses pour elle. »

Clarke sourit « Après tout, tu serais une petite amie pas mal… »

« Merci. » sourit Raven

« J'imagine que Shaw serait d'accord avec moi. »

« Ah je ne peux pas te dire le contraire. » lança dans un sourire la belle latino. Mais elle perdit son sourire en voyant un voile de tristesse sur les yeux de son amie « Hey… Viens on va boire un verre. »

« Non, Madi… »

« Je crois que Madi n'a pas besoin de t'avoir sur le dos maintenant, et toi tu as besoin de souffler. »

« Et donc je laisse ma fille de 10 ans à peine seule ?! »

« Bien sur que non… Ta mère ne bosse pas là, ça lui ferait plaisir, je pense, de l'avoir quelques heures. »

« … »

« Tu sais que j'ai raison. Tu le sais parce que tu n'as aucun argument contre. »

« Oh la ferme Reyes. »

« Allez appelle-la ! »


Abby avait tout de suite accepté. Malgré son emploi du temps chargé, elle avait de suite accepté de venir chez sa fille, n'habitant qu'à 10minutes à peine, pour venir.

Raven avait raison : Clarke avait besoin de souffler, de prendre l'air, de voir autre chose que son bureau ou son canapé. C'est donc naturellement qu'elles se rendirent dans un bar où elles avaient leurs habitudes.

Ce soir, il n'était pas blindé : début de semaine et match de foot américain ce soir, elles avaient donc la chance de pouvoir faire un pas devant l'autre. Elles s'accoudèrent au bar, attendant que le barman se libère.

« Je crois que je vais m'enfiler une dizaine de bières… » souffla Raven

« Fais gaffe quand même, c'est toi qui conduis. »

« Quoi ? T'es sérieuse ? »

« On est sorti pour que ce soit moi qui me défoule ce soir, je te rappelle. »

« Mouais ok… Tu m'en devras une ! »

Clarke sourit alors et lorsque le barman se posta devant elles, chacune commanda deux bières. Puis Raven se tourna, fixant le peu de gens présent et après une longue gorgée de bière, elle écarquilla les yeux « Merde Clarke, bombasses à 6 heures ! »

« Ray, stop… »

« Non, non, sérieux… Elles sont genre… wow. »

Clarke leva les yeux au ciel, avant de se tourner à son tour et de suivre le regard de son amie, pour se poser sur… »

« Oh merde, c'est pas vrai… »

« Quoi ? Tu les connais ? »

« Oh t'as pas idée. Ce sont les flics du FBI dont je t'ai parlé. »

« Sérieux ? Mais tu m'avais pas dis qu'elles étaient de véritables top model ! »

« Faut pas non plus exagérer. »

Clarke les fixa et se rendit compte que, pour la première fois, elle voyait ces deux agents dans des tenues de la vie de tous les jours, à défaut de leur sempiternel complet bleu marine ou noir. Reynolds avant les cheveux lâchés, Woods avait les cheveux attachés mais mis sur le coté.

« Viens on va les voir. »

« Quoi ? Non, non, je me les coltine déjà la journée… »

« Roh allez, elles connaissent pas les lieux surement… »

« Et quoi ? Tu veux leur faire faire le tour de la ville ?! »

« Pourquoi pas. »

« Raven ! Ray, viens ici ! »

Mais c'était peine perdue : la belle latino était déjà en chemin pour rencontrer les deux jeunes femmes. Clarke hésita avant de la suivre, mais préféra quand même prendre ses distances.

« Hey salut ! » lança avec un certain aplomb la jeune femme

Anya et sa comparse la regardèrent des pieds à la tête, sans un mot. Mais loin de se démonter, Rave sourit de plus belle « Vous voulez de la compagnie ? »

« Non merci. » répondit Woods en jouant avec la paille de son cocktail

« Oh, vous manquez quelque chose… Quoi ? Le FBI ne sait pas s'amuser ? »

Anya releva le nez et la fixa, incrédule « Pardon ? Comment… »

« Mon petit doigt qui me l'a dit. » sourit malicieusement Raven « Je peux m'asseoir ? »

« Absolument pas. »

« Ray stop ! » Clarke arriva en trombe, empoignant son amie

« Ah tiens… Le hasard… » railla Anya « Griffin… »

« Ah bah vous vous connaissez, c'est encore mieux ! » Raven se laissa tomber sur la banquette aux cotés d'Anya qui se décala, bousculant Woods au passage « Alors les filles, Polis vous en pensez quoi ? »

Anya gloussa « Ok, c'est ça votre approche ? »

« Non, généralement, j'y vais plus franco mais on va épargner votre intégrité physique pour commencer. »

« Raven… » grommela Clarke, lasse de ses extravagances

« On ne se connait même pas… » lança Anya, tandis que Woods resta étrangement silencieuse

« Raven Reyes, je suis la meilleure amie de Clarke. »

« Raven ? Pourquoi ça me dit quelque chose… » siffla Anya en plissant les yeux

« Parce qu'il s'agit de l'expert en informatique dont Griffin nous a parlé cet après-midi. » répondit sur un ton, aussi neutre que las, Woods

« Ah oui voilà ! » Alors comme ça vous êtes experte ?! » s'amusa Anya

« Et pas qu'en informatique ! »

« J'imagine… »

Voyant que son amie n'avait pas l'intention de bouger, Clarke se résolut à s'asseoir à son tour, en face d'elles, sur un tabouret.

« Vous avez une bonne mémoire, je n'ai évoqué Raven qu'une fois et rapidement. » lança-t-elle vers Woods

« J'ai la faculté de retenir toute information. J'ai une très bonne mémoire auditive. » répondit sobrement la jolie brune

Ce ne fut qu'à ce moment-là que Clarke se rendit compte de la beauté de la jeune femme : de magnifiques yeux verts perçants, une mâchoire coupée au couteau, des pommettes relevées, une bouche pulpeuse et une cascade brune épaisse. Elle était vraiment jolie, dommage qu'elle ait l'air si strict dans son costume d'agent du FBI.

Elle fut sortit de ses pensées par un mot qu'elle n'avait jamais entendu, un mot qu'il résonna en elle comme une brise dans une nuque, des frissons le long des bras, courant sur sa colonne vertébrale.

« Lexa, tu veux boire quelque chose ? »

Lexa…

« Non, j'ai assez bu, et toi aussi. »

« Comme tu veux, c'est Reyes qui offre. » gloussa Anya

Raven et Anya se levèrent alors, sous les regards curieux de Woods et Clarke, avant que cette dernière ne se tourne de nouveau vers la jolie brune « Lexa hein… »

« Et ? »

« Non rien, ça fait quelques jours que je me demandais si vous étiez la seule personne sur cette terre à ne pas avoir de prénom. L'agent Reynolds ne cessait de vous appeler par votre nom de famille alors… »

« Peu importe, ça restera Woods pour vous. »

« Pourquoi tant de distance ? Connaitre votre prénom, ne va pas faire de nous des amies. »

« Il n'en est pas question de toute manière. »

Clarke inspira puis se tourna vers le bar « En tout cas ces deux là se sont bien trouvées… »

Elle fixa Anya et Raven en grande conversation, l'une gloussant comme une jeune demoiselle, l'autre bombant le torse comme si elle essayait de l'impressionner.

Lexa hoqueta avant de boire une gorgée d'un cocktail que Clarke imaginait sans alcool « Anya est comme un chat : elle s'amuse de sa proie avant de la manger. »

« Elle va manger Raven ? » s'amusa Clarke

« Ca ou elle va s'amuser avec et quand elle en aura marre, elle passera à autre chose. »

« Croyez-moi, si y'en a une qui se fout d'être mangée, c'est bien elle. »

Lexa haussa un sourcil « Ah oui ? »

« Elle est casée. »

La jolie brune gloussa « Oh ça… Si ça avait du arrêter Anya un jour… »

Clarke sourit à son tour « C'est étrange de vous trouver ici toutes les deux. »

« Ah oui ? »

« Bah on vous imagine qu'avec vos tailleurs stricts, et vos coupes de cheveux… »

« Nous les quittons… parfois. »

Clark avala une gorgée de sa bière « Faut croire… Je pensais que vous alliez rentrer sur Washington. »

« Nous avons pris un hôtel. Les trajets sont une perte de temps inutile. »

Clarke sourit « Ah j'me disais aussi… Le FBI n'est jamais bien loin. »

« Jamais. » répondit Lexa en finissant son verre tout en regardant la piste de danse

Soudain, Clarke eut une multitude de questions : cette jeune femme était-elle célibataire ? Quelle était sa couleur préférée ? Son plat ? Faisait-elle du sport ? Avait-elle une famille ? Elle était curieuse et de savoir qu'elle était là, près d'elle, à portée de main, n'aidait pas son imagination.

« Un problème ? »

« Quoi ? Oh non… Lexa, c'est le diminutif de quoi ? Alexa ? »

« Alexandria. »

« Joli, et peu commun. »

« Mes parents étaient de grands aventuriers, ils ont eu un cou de cœur pour l'Egypte, d'où mon prénom. »

« Bah merde, heureusement qu'ils ont pas eu un flash pour le Japon… »

« … »

« … Lexa, ça vous va mieux que Tokyo. »

Clarke savait sa blague mauvaise, à la seconde même où cette dernière franchit le seuil de ses lèvres, et pourtant, elle crut déceler un léger rictus de la part de la jolie brune. Elle ne sut pourquoi mais à ce moment précis, son cœur rata un battement. Mais avant qu'elle ne creuse un peu plus de ce coté là, Raven et Anya revinrent, chacune avec un verre supplémentaire dans leur main.

Raven s'assit lourdement à coté de Clarke, la bousculant au passage « Alors les filles, ça papote ? »

« Pas vraiment… » grommela Clarke, soudain gênée de l'incursion de son amie entre elle et Lexa.

« Roh si j'ai bien compris, on est amené à bosser ensemble un moment encore non ? »

« On ? » fut surprise Lexa

« Elle pourrait nous être utile par la suite… » plaisanta Anya

« Ouais c'est ça, faites vos malines, mais quand vous serez coincées dans votre enquête, vous viendrez avec votre air mielleux me demander de l'aide. Vous me supplierez même. »

Anya et Lexa gloussèrent en chœur « Bah voyons… Ces flics qui pensent qu'on les attend pour clôturer une enquête. »

« Ce FBI qui pense qu'il a réponse à tout. » rétorqua naturellement Raven avant de s'enfiler une gorgée de whisky « Vous vous la racontez sur le papier, mais dans les faits… »

« Quels faits ? Danser sur cette piste crasseuse de ce bled paumé ? » railla Anya « Nous avons un standing plus élevé que ça. S'enfiler des shoots à la suite ? S'il vous plait, plus au rabais tu meurs… »

Piquée au vif, Raven se redressa « Ah parce que vous savez ce que danser veut dire ? Sans rire… Je vous cloue sur place sur cette piste, sans possibilité de vous défendre. »

Par défis, Anya se leva d'un bond et sourit malicieusement « Vous les péquenots de la campagne, vous ne savez jamais vous arrêter à temps. »

Sur ce, elle suivit Raven sur la petite piste de danse, occupée par quelques personnes. Et soudain un vieux tube des années 90 de No doubt retentit.

« Je ne peux pas croire ce que je vais voir… » soupira Lexa, totalement résignée devant l'infantilisme de sa collègue et amie.

« Ouaip… Ca va être moche, ça va être très moche… » constata la jolie blonde dont le nez était déjà dans sa bière

Puis le spectacle commença et bientôt, sur la piste, on assista à une bataille de prise de possession du dancefloor par des enchainements d'ondulations, de mouvements parfois sensuels, parfois largement sur-interprétés. Lexa ne voulait pas voir ce spectacle affligeant, et pourtant la curiosité l'emporta lorsqu'elle commença à voir qu'en face d'Anya, les réponses étaient tout aussi probantes. Il fallait bien le remarquer : Raven Reyes avait de quoi faire se pavaner quelques hommes à ses pieds : son teint halé parfait, ses longs cheveux, son regard de biche relevé par un maquillage parfait, et un regard perçant… Tout cela aurait pu en faire flancher plus d'un… ou une.

Elle connaissait aussi le pouvoir de séduction d'Anya : ses racines atypiques, son teint, ses yeux en amande et ses pommettes relevés, sans parler de sa chevelure de lionne… Grande, élancée et musclée, Anya Reynolds était le parfait exemple de la mante religieuse qui séduisait ses proies avant de les tuer pour les manger. Anya n'avait jamais eu de réel challenge lorsqu'elle approchait sa proie : elle savait à l'avance qu'elle n'en ferait qu'une bouchée.

Et pourtant Lexa sentait, sur cette piste de danse, que cette belle latino mettait son amie au défi, qu'elle arrivait presque à sa hauteur, ne flanchait pas devant elle, elle qui faisait presque une tête de plus.

Cela l'amusait. D'ailleurs, Anya était certainement l'amie la plus déjantée qu'elle pouvait avoir dans son univers si calculé et millimétré. Etre agent du FBI exigeait une certaine tenue et retenue, un self control et une attitude neutre. Mais Anya savait conjuguer les deux : le jour c'était un agent du FBI impitoyable et redoutée, droite et douée. Mais lorsqu'elle n'était pas au bureau ou sur une enquête, elle était une toute autre femme : délurée, rafraichissante.

Tandis qu'elle, Lexa Woods, n'arrivait pas à cela. Elle se devait à un contrôle à toute épreuve tout le temps, comme si toute sa vie devait être une démonstration de ses talents, de ses capacités, comme si elle était constamment jugée. Elle se devait à une impartialité, une neutralité, mais aussi une qualité dans ses enquêtes, irréprochable. Comme si elle devait être parfaite en tout point, comme si on la jugeait sans cesse.

Elle ne pouvait se lâcher comme Anya le faisait, même si cette dernière avait tenté mainte et mainte fois de l'initier au débridement, à la débauche ou juste au lâché prise… Mais cela ne devait pas être dans sa nature… Au lieu d'approuver et de s'amuser ce soir, elle regardait d'un air atterré son amie se frotter à une parfaite inconnue juste par plaisir et pas défi, sans conséquence, si ce n'était une gueule de bois le lendemain et peut-être, pensait-elle, une belle latino dans ses draps sans aucun souvenir de la manière dont elle y avait atterri.

« Hey, elle danse pas mal… » gloussa Clarke en pointant une Anya totalement désinhibée et semblant apprécier son petit jeu avec Raven.

« Si on peut appeler ça de la danse… »

« Oh Alexandria Woods en saurait-elle un rayon sur la danse ? »

Pour toute réponse, Lexa haussa les épaules, peu encline à rentrer dans le jeu de la blonde. Et quand elle sentit cette dernière se dandiner sur son tabouret au rythme de la musique, elle ne put résister à lui jeter quelques coups d'œil furtifs et curieux. On ne pouvait nier que Clarke Griffin avait un certain charme : de beaux yeux bleus, changeant certainement de couleur selon le temps, des cheveux blonds platine légèrement ondulés, un grain de beauté discret mais assez sexy près de la lèvre supérieure, une voix rauque et suave. Et soudain, elle entendit son rire, aussi profond et enfantin qu'elle-même. Elle fut surprise mais, lorsqu'elle suivit son regard, elle ne put que tirer un sourire aussi : Raven avait, semble-t-il, marché sur le pied d'Anya et cette dernière l'avait presque soulevé de terre de sa seule main droite accrochée à l'encolure de sa chemise.

« La vache, elle va la tuer non ? » gloussa Clarke, pas vraiment apeurée sur le sort de son amie

« Hm, c'est probable. Mais Anya est un agent du FBI… Si elle veut la tuer, elle le fera dans un lieu sans témoin, et elle ne laissera pas de trace. »

Clarke sourit « Vous vous connaissez depuis longtemps ? »

« Lorsque j'ai intégré le Bureau, ce fut ma tutrice. Elle m'a guidée. Nous sommes devenues coéquipières par la suite. »

« Vous semblez proches. »

« Tout comme vous semblez proches de cette Reyes… »

« On a partagé quelques coups durs, c'est clair. Ca renforce les liens… »

Lexa ne répondit rien et continua de fixer le spectacle devant elle « J'y crois pas… » soupira-t-elle presque trop faiblement pour que Clarke ne l'entende

« Hein ? »

Pour toute réponse, Lexa donna un coup de tête et Clarke suivit son regard « Bordel… »

Devant elles, Anya enlaçait plus que sensuellement Raven dont le corps était soudé au sien des pieds à la tête. Leur visage était à quelques centimètres l'un de l'autre et Lexa aurait pu jurer que selon l'angle où l'on regardait, leurs lèvres étaient déjà collées.

« Elles vont quant même pas… »

Lexa se leva alors, sous les yeux ahuris de Clarke, et se dirigea vers la piste « Anya, on y va. »

Et sans aucune pression supplémentaire, Anya lâcha Raven et s'écarta.

« Hey mais… sérieusement ? Ca devenait sympa là ! » grogna la belle latino

« Il est tard, demain nous avons du travail… Et vous aussi d'ailleurs. » sermonna Lexa en posa sa main sur l'épaule de son amie afin de lui faire comprendre que son petit manège était fini, du moins pour ce soir.

Anya jeta un œil vers Raven et haussa les épaules « Désolée chérie, on remet ça à plus tard. »

Lexa leva les yeux au ciel en sachant que le ton penaud et son attitude à minauder n'était qu'une raillerie de plus.

Elles s'éloignèrent alors et Lexa fit un crochet par leur table pour récupérer leurs sacs « A demain Griffin. »

La jolie blonde ne répondit que d'un signe de tête avant de voir Raven s'affaler sur la banquette tout juste abandonnée « Merde… C'était chaud là ! » sourit-elle

« Tu crains vraiment, tu sais ça ? »

« N'empêche… Elle est grave sexy, c'est pas légal. »

« Tu parleras de légalité à Shaw pendant que tu y es. »

« T'es folle ? Il serait foutu de vouloir un plan à trois. Et puis on est pas mariés que je sache, je m'amuse. »

« Je me demande si tu réagirais comme cela si Shaw venait à t'annoncer que lui aussi s'amuse. »

Raven perdit subrepticement son sourire et fronça les sourcils avant d'hausser les épaules, comme si elle s'en fichait.

« Tu es une cause perdue. Tu sais que cette nana ne fait que se foutre de toi ? »

« Pas sûre. Je crois qu'elle me kiffe. »

« Qu'elle te kiffe ?! Ray… Elle… »

« Elle me plait bien. »

« Stop, terrain glissant. Tu es avec Shaw depuis des mois, vous êtes heureux… Tu vas pas tout gâcher pour un amusement ? Cette Anya… Elle n'est pas faite pour toi. »

« Tu en parles comme si j'allais plaquer Shaw ce soir pour me mettre avec cette fille. Je ne la connais même pas… Je la trouve juste sexy, ce n'est que physique, ça n'ira pas plus loin. En plus, à l'inverse de toi, moi j'ai jamais touché une fille, c'est pas mon truc. » mentit-elle « Et pourtant, tu as essayé au lycée. »

« Qu… Quoi ? T'es sérieuse ? Je t'ai jamais dragué ! »

« Tu te souviens pas à cette soirée Chez O' Donnell ? Tu m'as tripoté… »

« Non mais t'es sérieuse ? On était complètement bourrées… C'est d'ailleurs cette soirée là que j'ai failli perdre ma virginité… Souvenir peu glorieux. »

« Tu m'as tripoté… »

« N'importe quoi ! »

« Tu m'as touché les seins et mis une main aux fesses. C'est pas que j'ai pas aimé hein… Mais t'es comme ma frangine… »

« Arrête, à t'entendre, je t'ai dragué. »

« Si j'avais dis oui, tu n'aurais pas dis non. »

« T'es complètement folle, t'es pas mon type de fille. »

« Hm laisse-moi deviner ton type de femme : de longs cheveux bruns, des yeux verts, le teint légèrement halé, mais très légèrement hein… Un profil digne d'un top model… Musclée, sûre d'elle… »

« Ray… »

« … Oh, et, évidemment, elle serait agent du FBI. »

Clarke s'étouffa avec sa dernière gorgée de bière « Quoi ? »

« Oh arrête, c'était flagrant. Je te l'accorde, elle est vraiment pas mal. Si on aime le coté glaciale, genre je suis sûre que cette fille était la pimbêche populaire du lycée, ce genre de fille que tu détestais au lycée. »

« … »

« Bon, elle est moins sexy qu'Anya, maiiiiiis je dois bien avouer qu'elle est vraiment pas mal. »

« Stop, t'es soulante. »

Raven ricana alors et finit, à son tour, son verre « Bon allez, on rentre. Faudrait pas qu'on ait la gueule de bois devant nos futures femmes ! »

Clarke soupira de lassitude : quand Raven était dans cet état, il était inutile d'essayer de la raisonner. Quand elle avait une idée en tête, elle ne l'avait définitivement pas ailleurs. Alors elle l'a laissa déblatérer sur cette paire d'agents du FBI tout le long du chemin du retour. Et lorsqu'elles arrivèrent jusqu'au domicile de Clarke, Abby Griffin était sur le pas de la porte, visiblement heureuse et rassurée que sa fille soit enfin rentrée.

« Maman ? Un problème ? Madi ? »

« Elle va bien. Enfin je crois… Elle n'a pas mangé et a préféré rester dans sa chambre. »

« Pourquoi tu ne m'as pas appelé ? »

« Parce que je voulais être là, et je savais que tu avais besoin d'un moment pour toi aussi. Cette enquête, ce n'est pas une partie de plaisir. »

Clarke soupira mais avant qu'elle ne dise quoique se soit, Raven posa sa main sur son épaule « Je vais dormir avec ma nièce, à demain ! »

La jolie blonde sourit alors et se tourna vers sa mère : Abigail Griffin était une femme dans la quarantaine, épanouie et brillant médecin. Veuve depuis des années, elle avait élevé sa fille comme elle pouvait, jonglant entre son poste à l'hôpital et son foyer. Clarke n'avait jamais été une enfant à problème, soutenant ses parents, puis sa mère. Et si cette dernière la voyait suivre son chemin professionnellement, Clarke avait une tout autre idée. Elle aimait l'uniforme, elle aimait résoudre les énigmes et chercher les indices. Sa mère partageait toujours l'anecdote où Clarke, enfant, n'aimait jouer qu'aux Mystères de Pékin et ce genre de jeux et qu'elle sentait que c'était inné en elle.

Clarke avait réussi son entrée à l'école de police, juste avant que son père ne meurt. Il aurait été si fier de la voir en uniforme, de la savoir à la tête d'une équipe, d'être épanouie et heureuse. Voilà plus de 7 ans déjà qu'il les avait quitté, mais sa présence était toujours aussi forte au domicile familiale : des photos, quelques chemises, même son parfum trônait encore sur une étagère de la salle de bain. Chez Clarke, c'était plus sobre : quelques photos sur une commode et une montre à son poignet.

« Clarke… Que s'est-il passé ? »

« Aucune idée. Je n'en sais que ce que la directrice m'a raconté. Depuis, elle est muette sur la chose. Je pensais qu'elle se confierait à toi ce soir… »

« Nous avons mangé en silence devant la télé. Nous avons commenté les quelques artistes de l'émission « America's got talents » avant qu'elle ne montre les premiers signes de fatigue. Elle est partie sans demander son reste. »

« Je ne sais pas quoi faire… »

« Elle a 10 ans, sois patiente. Tu n'étais pas non plus de tout repos à son âge… »

« Hey, j'étais un amour, c'est toi-même qui l'a dit ! »

Abby sourit et lui caressa le visage « Je suis là si tu as besoin. » Clarke se laissa aller à cette marque de tendresse en fermant brièvement les yeux « Alors cette soirée ? »

« Oh ça… On a croisé des collègues, bossant aussi sur l'affaire… »

« Ah ? Et ? »

« Tu connais Raven, quand elle a un coup dans le nez… Elle a fait son numéro… »

« Mais… Elle n'a pas quelqu'un en ce moment ? »

« Oh tu sais Ray… »

Abby sourit : oui, elle connaissait Raven. Meilleure amie de sa fille depuis des années, elles avaient fait les 400 coups toutes les deux, rendant parfois chèvre Abby. Combien de colles, punitions, de rendez-vous chez le directeur avait-elle subi au nom de ces deux demoiselles… Elle en souriait aujourd'hui, mais c'était un souci dont elle se serait bien passée. Elle avait pris sous son aile Raven, lorsque sa mère avait été incapable de remplir son rôle de mère : souvent sortie, l'alcool coulant à flot tant dans la maison que dans ses veines… Elle avait délaissé totalement sa fille qui s'était débrouillée seule avant que Clarke ne fasse un appel à l'aide à ses parents et qu'ils ne finissent par la prendre sous leurs ailes.

Aujourd'hui, Abby la considérait comme sa seconde fille, ce second enfant qu'elle n'avait jamais eu avec son mari « Repose-toi ce soir. Si tu as des problèmes avec Madi… »

« Non, ça ira. Ca passera. Il faut que ça passe. »

Abby l'embrassa sur le front et partit, tandis que Clarke sentit une grande lassitude. Que ferait-elle si Madi se murait dans un mutisme rebelle ? Elle n'avait aucune idée du déclic qu'il lui faudrait pour la débloquer, si elle ne le faisait pas elle-même. Elle se rendit dans la chambre de sa fille et ne put que sourire en voyant Raven, allongée aux cotés de sa fille, collée à elle et la tête de sa fille contre le torse de son amie.

Raven et Madi avaient toujours eu ce lien spécial entre elles : Raven avait vu Madi grandir, ses premiers pas, ses premiers mots… Elle les avait vécus comme si c'était sa propre fille. Elle avait accompagné Clarke durant sa grossesse alors que le père était aux abonnés absents. D'ailleurs, le sujet « papa » était tabou à la maison. Madi avait toujours eu très peu d'intérêt pour lui, ne posant de questions que rarement. Mais Clarke qu'un jour viendrait ce moment où sa fille se rebellerait et en viendrait à lui faire comprendre que c'est de sa faute si elle n'a pas de père.

Mais si elle connaissait la vérité, cela lui briserait le cœur alors, elle préférait encore prendre la charge de la menace et de la culpabilité.

Seules Raven et Abby étaient au courant, mais jamais elle ne dirait la vérité à Madi. C'était son seul trésor, la personne pour qui elle tuerait sans hésiter. Alors, elle referma doucement la porte de la chambre, priant pour que demain soit un autre jour et que Madi daigne enfin s'ouvrir de nouveau.


Et les prières de la jolie blonde furent entendues le lendemain même. Tandis qu'elle s'était levée plus tôt pour préparer un copieux petit déjeuner, sa fille sortit de sa chambre, visiblement encore endormie.

« Hey salut chérie. Pancakes ? »

Et alors que Clarke s'attendait à ne pas avoir de réponse, elle fut surprise d'entendre la voix endormie de sa fille « Oui je veux bien. »

Evidemment, Clarke n'en fit aucune remarque, elle ne voulait pas braquer sa fille. Au lieu de ça, elle fit comme si de rien n'était et lui tendit une assiette de pancakes « Bien dormi ? »

« Ray a dormi avec moi… »

« Oui, nous sommes rentrées tard hier, je ne tenais pas à ce qu'elle reprenne le volant. »

Madi opina silencieusement avant d'attaquer son petit-déjeuner.

« Hey, je pensais, pou ton anniversaire, pourquoi ne pas aller à cet aquarium dont tu me parles tant depuis des semaines ? »

Madi se redressa, haussant un sourcil « Vraiment ? »

« Pourquoi pas. Il a l'air pas mal, j'ai vu des pubs. Ca t'irait ? »

« Je… Ouais… »

« Si tu veux, on peut inviter quelques amis à venir… »

« … Non. Je veux seulement toi, grand-mère et Raven. »

Clarke fronça les sourcils mais ne répondit rien. Etait-ce qu'il s'était passé la veille à l'école qui la rebutait autant ? Peu importait, elle devait renouer le dialogue avec sa fille et gagner sa confiance.

« Mais tu vas pas avoir du travail ? »

« J'ai toujours le temps pour ma fille, et encore plus lorsqu'elle va avoir un an de plus ! » sourit Clarke

Puis Raven sortit à son tour, l'air visiblement défait « 'Lu… »

« Un café ? »

« Une citerne si tu as… »

Clarke gloussa et lui glissa un mug entière « Ca suffira ? »

« Pour les 5 premières minutes oui. Hey toi le microbe, tu ronfles, tu le sais ça ? »

« Pas du tout ! C'est toi qui couinait ! Et puis d'abord, c'est qui cette Anya ? T'as pas arrêté de répéter son nom. »

« Ah oui ? » s'amusa Clarke en souriant vers Raven

« Ouais… Un cauchemar surement… » répondit Ray

« Ouais, ça doit être ça… » gloussa la jolie blonde

« Bon ! Stop, Madi, tu vas pas être en retard en cours ? Je t'emmène ! » lança la belle latino sans possibilité à aucune des Griffin de répliquer.

Madi avala ses derniers pancakes avec rapidité avant de partir s'habiller, laissant sa mère et Raven seules.

« Intéressant… »

« La ferme Clarkie… »

« Tu rêves d'elle… C'est du sérieux. »

Raven lui afficha un majeur tendu avant de se lever « Je dépose ta fille, et je passe prendre une douche. On se retrouve au bureau. »

« Bien chef ! »


Lorsque Clarke arriva à son poste, elle ne fut pas surprise d'y trouver, déjà en train de feuilleter les dossiers, Lexa et Anya « Mesdames… »

Anya releva le nez et ferma son dossier tandis que Lexa leva à peine le regard, absorbée par sa lecture.

« Des nouvelles ? »

« Il semblerait que votre portrait de la jeune fille ait bien servi. »

« Sérieux ? Enfin je doutais pas de mes talents mais là… »

Lexa leva les yeux au ciel « On a envoyé son portrait à la faculté dans laquelle officiait Mathias Telford. Il se trouve que plusieurs personnes, notamment du corps enseignant, on répondu à l'appel. Une certaine Mme Dean a répondu. Heureusement pour nous, elle vit à Washington. »

« Alors on attend quoi ? » s'enjoua la jolie blonde


S'il y avait une définition de la petite maison parfaite, celle de Susan Dean en était l'illustration : une petite maison cossue, aux volets lavande, allant de pair avec les barrières entourant la demeure. Le jardinet était impeccablement entretenu : pelouse tondue, haies taillées en formes géométriques nettes, un massif de fleurs qui n'avait rien à envier au catalogue de déco. Quelques nains de jardin trônaient ça et là, et un petit moulin à vent trahissait une légère brise matinale.

« Bah mon vieux… Elle passe ses journées à ça… » souffla Clarke en voyant le soin qu'avait pris cette femme pour prendre soin de son jardin « Pour sûre, elle a pas d'enfant… »

Lexa leva les yeux au ciel avant d'appuyer sur la sonnette. Un léger bruit se fit entendre derrière la porte avant que celle-ci ne s'ouvre pour laisser apparaitre une femme brune, grande et élancée, à la crinière brune « Oui ? »

« Susan Dean ? »

« Oh non, je suis Kathy Dean, Susan est ma femme. Vous êtes ? »

« Agents Reynolds et Woods du FBI et l'inspecteur Griffin. »

« Oh… Oui Susan m'en a parlé, entrez. »

Les trois jeunes femmes entrèrent alors et constatèrent que l'intérieur était tout aussi impeccable que l'extérieur : tout était rangé, à sa place. Rien ne trainait et chaque meuble semblait être fait pour une place particulière. Un intérieur harmonieux tant en meuble qu'en couleur, comme dans les plus beaux catalogues de décoration d'intérieur.

« Je vais la prévenir. Vous voulez boire quelque chose ? »

« Non merci madame. » répondit poliment Lexa

Et lorsqu'elles se retrouvèrent seules, Clarke laissa échapper un gloussement « La vache, je suis la seule à trouver cette maison aussi impersonnelle que flippante ? »

« Chacun ses gouts. » répondit Anya qui vaqua son regard partout dans le salon à la recherche d'une chose personnelle comme une photo de famille, un objet témoignant d'un voyage… Mais rien « On dirait une maison témoin. »

« C'est rien de le dire. » pouffa Clarke, qui reprit son sérieux lorsqu'une rousse aux cheveux courts pointa le bout de son nez

« Bonjour, je suis Susan Dean. »

« Enchantée. Lexa Woods, du FBI, voici ma collègue Anya Reynolds et notre correspondante du bureau de la ville de Polis, Clarke Griffin. »

« Vous venez au sujet de Judy ? »

« Judy ? La femme sur le dessin ? »

« Asseyez-vous. » invita la jeune femme. Elle qui semblait souriante parut soudain plus tendue, stressée, regardant sans cesse si sa femme n'était pas dans les parages.

« Un problème miss Dean ? »

« C'est juste… Je n'ai jamais parlé de cette fille à Kathy. C'est un passage assez… étrange de ma vie. »

« Mais vous acceptez d'en parler aujourd'hui. »

« Oui… Parce que j'imagine que si vous la cherchez c'est que ce genre de chose continu. »

« Ce genre de chose ? »

Susan inspira longuement « J'étais une jeune enseignante. C'était mon premier poste, j'étais stressée mais aussi heureuse. J'enseignais les arts appliqués. »

« Ce n'est plus le cas maintenant ? »

« Non… J'ai quitté la faculté il y a cinq ans. Je suis décoratrice à présent. »

« Ah bah voilà… » lança Clarke. Et devant les regards de chacune, elle se crispa « Désolée… Continuez. »

Susan reprit constance « J'avais des élèves doués, tous différents mais passionnés. Avec les Arts, j'avais beaucoup de marginaux, de personnes qui se démarquaient par leur style, leur vie… Beaucoup se voyait bohème et vivre de leur passion : l'art, que ce soit le dessin, la peinture, la sculpture… Ca ne me dérangeait pas de voir des gothiques côtoyer des cheerleaders ou encore des punks assis côte à côte avec un féru de Picasso. Je trouvais ça tellement intéressant. »

« Mais ? »

« Mais… Il y avait des élèves inclassables, dont on n'arrivait pas à lire leur vie : qui ils étaient, d'où ils venaient, ce qu'ils voulaient, notamment de ce cours. Judy était de ceux là. »

Clarke sentit alors Lexa et Anya se tendre, comme lorsque l'on est sur le point de trouver quelque chose que l'on attendait depuis trop longtemps.

« Judy ? Avez-vous son nom ? »

« Elle se faisait appeler Judy Brown. »

« Vous pensez que ce n'est pas son vrai nom ? »

« Après les faits, j'ai tenté de la retrouver en fouillant dans les archives administratives de la fac, mais je n'ai trouvé aucune trace d'elle. Ce qui me fait dire que ce n'était pas son vrai nom et qu'elle n'était pas, officiellement, inscrite à la fac. »

« Pouvez-vous nous dire ce qu'il s'est passé avec elle ? » Susan se crispa, regardant de nouveau derrière elle « Miss Dean ? »

« Je… Pouvons-nous sortir ? »

Lexa fronça les sourcils : cette inquiétude et cette angoisse, elle les connaissait pour les avoir vu plusieurs fois sur les visages de personnes qu'elle interrogeait.

« Oui. »

Susan prit sa veste et se tourna soudain « Kathy, je sors 5 minutes. » puis elle sortit, suivie des 3 agents

Elles marchèrent un moment avant d'arriver dans un petit parc avec une aire de jeux et quelques structures comme un bac à sable, des balançoires et autres toboggans. Susan s'assit sur un banc vide, imitée bientôt par Lexa et Clarke, Anya préférant rester debout.

« Miss Dean… Je ne veux pas vous presser mais… »

« C'était l'expérience la plus étrange de ma vie. » coupa Susan, le regard dans le vide, comme si elle parlait sous hypnose : il semblait alors qu'elle venait de faire un bond en arrière, la replongeant dans sa première année d'enseignement « Judy était une fille tout ce qu'il y a de plus banale… Rien chez elle n'attirait l'attention, elle était commune et se fondait aisément dans la masse. Rien ne la différenciait des autres… Mais pourtant, il y avait ce regard. Lorsqu'elle vous regardait, on avait l'impression qu'elle lisait dans nos pensées, qu'elle nous transperçait le cœur. C'était aussi flippant qu'attirant. »

« C'était votre élève. »

« Oui. Elle venait assidument à mes cours. Elle était au premier rang… Lorsqu'elle me regardait j'étais aussi mal à l'aise que curieuse. »

« Mme Dean… Avez-vous eu une relation avec votre élève ? »

Susan gloussa soudain « Si on peut appeler ça une relation. J'étai jeune et j'avais la certitude que cette Judy ne faisait pas son âge. Je peux quasiment dire que nous avions même sensiblement le même âge. Un jour, après les cours, elle est restée… Elle disait avoir un problème avec un devoir que je leur avais donné. Evidemment, c'était purement intentionnel, Judy n'avait jamais de problème avec mes cours, c'était même une des meilleurs élèves de ce cursus. »

« Que s'est-il passé ? »

« Nous étions majeures… Mais… Ce n'était pas bien, je le savais… Elle m'a avoué que je lui plaisais, qu'elle aimerait bien me connaitre un peu plus, autour d'un verre. J'ai accepté parce qu'il fallait bien l'avouer, elle m'intriguait. »

« Alors vous avez accepté ? »

« Nous nous sommes retrouvées le soir même et… Les choses se sont enchainées à une vitesse que je n'imaginais pas. Après plusieurs verres, elle m'a conduite dans sa voiture… Elle m'a embrassé, je l'ai laissé faire. Je suis lesbienne, je l'ai toujours été. Je ne sais pas si elle le savait ou si elle a tenté sa chance, dans le doute. Mais j'étais célibataire et elle n'était pas désagréable à regarder… ou toucher. »

« Continuez. »

« Nous l'avons fais… Dans sa voiture… Je ne couche jamais la première fois mais là… Je ne sais pas, j'avais l'impression d'être totalement ivre. Et d'en avoir envie comme jamais. »

« Que s'est-il passé par la suite ? »

« Ce fut la relation la plus étrange que j'ai vécu : elle agissait sur moi comme une véritable drogue : plus elle m'en donnait et plus j'en voulais. Nous nous sommes fréquentées durant des jours et des jours, avec toujours plus de… plus. »

« C'est-à-dire ? » Susan rougit soudainement, se sentant gênée « Mme Dean, nous ne vous jugeons pas. C'est votre vie et cela s'est passé il y a des années… Nous voulons juste comprendre et connaitre cette Judy. Vous êtes la personne qui nous a contactées, celle qui semblait assez proche d'elle à l'époque. »

« Oui je… Mais vous comprenez, je n'en ai jamais parlé à personne… A l'époque, les faits se sont déroulés de manière si… naturelle que cela semblait normal, jusqu'à un certain point. Mais aujourd'hui, lorsque j'y repense… Jamais je ne referais ce genre de chose… J'ai honte parce qu'à l'époque, c'était plus libre, mais aujourd'hui… Je serais, aux yeux de certains, une débauchée. C'est à cause de cela que j'ai quitté le corps enseignant, par peur qu'un jour cela se sache et que je sois radiée. J'ai préféré partir et, finalement, me tourner vers autre chose, tout en restant dans mon domaine. »

« Allez-y, je vous promets que nous n'émettrons aucune jugement, nous ne sommes pas là pour ça. »

Susan inspira alors « Elle en demandait à chaque fois un peu plus : un peu plus de dévotion, un peu plus de moi-même. A chaque fin de cours, elle m'attendait et nous rentrions chez moi. »

« Jamais chez elle ? »

Susan haussa un sourcil « Non… A vrai dire. Ca ne m'a jamais marqué. Je crois n'avoir jamais mis les pieds dans sa chambre, si tant est qu'elle ait une chambre étudiante un jour… Bref, nous nous retrouvions chez moi et… Il faut bien avouer que nous ne parlions guère. Il s'agissait beaucoup de sexe, toujours plus de sexe… Elle en demandait un peu plus chaque jour : des… » Elle hésita, baissant le regard

« Mme Dean ? »

« Des positions toujours plus… embarrassantes, des choses que je n'avais jamais faites et que je n'imaginais pas faire un jour. Mais, dans l'impulsion du moment, même si j'étais hésitante, elle savait trouver les mots, les gestes, pour me convaincre. Je n'ai jamais été vraiment sûre de moi… Et encore moins sexuellement parlant. J'assumais mon homosexualité mais je ne l'exposais pas. J'avais eu très peu de partenaires avant cela, enfin c'était surtout des petits rencards de lycée, l'exploration, le tâtonnement adolescent… Mais avec Judy, c'était un tout autre niveau. Elle me demandait sans cesse de franchir mes limites, d'abolir ce que les gens pensaient être hors norme, des choses… qui pouvaient être qualifiées de… Vous savez… peu conventionnelles. »

« Comme ? »

« Je… Nous… Au bout de quelques semaines de relations intenses, un jour, elle a décidé de me présenter à son groupe d'amis. Ils étaient tous… comme elle : ils étaient discrets, sans prétention. J'ai appris qu'ils étaient chacun dans une branche différente de l'université : l'un était en section mathématique, l'autre en informatique, un autre en science… Ils étaient une vingtaine au moins, garçon, fille, blanc, noir, latino… Je notais qu'ils étaient très proches les uns des autres et lorsque j'ai été introduite, ils m'ont accueillie comme si j'étais l'une des leurs. »

« L'une des leurs ? »

« Ils s'apparentaient à une véritable communauté… Ils se faisaient appeler « frère » et « sœur ». J'imagine que c'était une sorte de sororité dont je n'avais jamais entendu parler avant, comme les Delta Alpha Pi ou ce genre de chose. Bref, elle m'a convaincue de l'intégrer, qu'ils m'aideraient dans n'importe quel domaine, qu'ils avaient des connaissances un peu partout dans le pays, que si j'avais un problème, je serais soutenue quoiqu'il arrive. C'était une sorte de garantie de vie. J'étais jeune, je débutais dans le métier, elle savait trouver les mots pour me rassurer. Pour me prouver leurs dires, ils m'avaient expliqué qu'un jour, un de leur membre avait eu un accident de voiture et que, grâce à eux et leurs forces jointes, non seulement ils n'avaient rien eu à payer, mais que l'autre voiture impliquée avait été jugée et lui devait de dommages et intérêts. Ou cette fois où l'une des leurs, sortant à peine de la fac, à trouver le boulot de ses rêves dans un coin paradisiaque. En gros, ils tentaient de m'expliquer que si je les rejoignais, mais vie serait changée à jamais, plus facile. »

« Vous avez accepté ? »

« Je… J'ai essayé. J'étais jeune et Judy savait me parler… D'ailleurs, elle parlait sans cesse, comme un texte qu'elle récitait par cœur, comme quoi leur communauté était bonne, la meilleure qui pouvait m'arriver, qu'ils étaient solidaires, que rien ne pouvait leur arriver. Elle récitait ça comme un hymne que tous reprenait. »

« Un bourrage de crâne. » rétorque Clarke « Une sorte de lavage de cerveau par les sentiments. »

« Oui. Mais quand nous sommes dedans, nous ne nous en rendons pas compte. Cela a duré quelques semaines supplémentaires. Jusqu'à ce que j'accepte finalement, que je capitule. Elle me disait que pour m'intégrer totalement, je devais faire corps avec tous, comme si nous n'étions qu'un seul être pour ne parler que d'une voix. Je… »

Anya nota le tremblement dans sa voix, ses yeux s'embuèrent de larmes « Miss Dean, ça va aller. Continuez. »

« Un soir, nous sommes sortis… Nous nous baladions sur la plage, puis elle m'a dit de la suivre… Nous sommes allées dans un immense hangar où elle disait qu'il y aurait une célébration. Je pensais naïvement à une fête de sororité, avec alcool et drogue. Quelque chose d'illégal qui nécessitait donc que cette fête soit située si loin à l'extérieur de la ville. Finalement, nous sommes arrivées dans ce hangar… Il était silencieux, je dois bien avouer que je n'étais pas vraiment rassurée… Et encore moins lorsque j'ai compris que ce n'était pas dans le hangar que nous avions rendez-vous, mais au sous-sol de ce dernier. »

« Un sous-sol. »

« Nous y sommes entrées par une porte dérobée que seuls ceux au courant pouvaient connaitre. Et lorsque nous sommes arrivées à l'intérieur, j'ai compris que la fête promise n'avait rien à voir avec ce que je pensais. Les lumières étaient feutrées, la musique lancinante… Puis j'ai vu… Au milieu de la pièce, cette immense piscine vide dans laquelle… Ils… »

Lexa posa sa main sur celle de la jeune femme pour la rassurer et lui intimer l'ordre de continuer sans la bousculer

« C'était… C'était une véritable orgie. »

Clarke écarquilla les yeux tandis qu'Anya et Lexa restèrent neutres « Une… Orgie ? Genre… »

« Du genre que vous pouvez imaginer : du sexe partout avec des dizaines et des dizaines de personnes. Je pouvais reconnaitre quelques visages, ces frères et soeurs… Et j'imaginais que les autres étaient des gens comme moi, ramenés par leur partenaire pour… tester la chose. »

« Qu'avez-vous fais ? »

« Au début, j'ai évidemment refusé. Judy ne m'a pas forcé, elle disait comprendre, que je ne devais tout simplement pas être prête pour cela, pour eux. Elle m'a fait comprendre implicitement que si je ne le faisais pas, nous n'aurions pas d'avenir toutes les deux, et que je serais seule… Alors, j'ai eu peur. J'ai eu peur de l'abandon, moi qui n'avait eu qu'elle durant des semaines. La perspective de revenir à cette solitude m'effrayait : j'étais devenue dépendante de Judy sans même m'en rendre compte. »

« Vous avez accepté. » rétorqua Lexa sans jugement aucun

« Elle m'avait promis que ça ne serait qu'une fois, et qu'elle serait là avec moi pour m'aider, me guider. Alors… oui, je l'ai fais. Ce soir-là dans cette piscine, et pendant des heures, j'ai participé à ma première orgie. »

« Première ? Ce ne fut pas la seule ? »

« Non… Plus j'en donnais, plus il en fallait. Après cette soirée, un mélange étrange de sentiments m'a envahi : d'un coté j'avais honte de ce que je venais de faire, et d'un autre coté, j'étais fière d'avoir franchi cette étape supplémentaire qui me rapprochait un peu plus de Judy, du moins c'est ce que je pensais. J'imaginais que faire ce que Judy veuille me ferait entrer dans ses bonnes grâces, qu'elle serait à moi et moi à elle. Elle m'avait promis, elle m'avait dis que j'étais exceptionnelle, que j'étais spéciale. »

« Mme Dean… Lorsqu'on intègre un tel groupe, il est difficile d'en sortir. Comment avez-vous fais ? »

« J'ai… J'ai eu de la chance je crois. Cela faisait 3 mois que nous étions ensemble, et quelques semaines déjà que nous participions à ces soirées orgiaques : du sexe, de l'alcool et des drogues dont les effets étaient aussi étranges qu'illusoires : elles nous désinhibaient totalement et, à la fin, il était devenu normal pour moi de descendre dans cette piscine pour m'adonner à un sexe sans tabous, sans limites : je m'envoyais même en l'air avec des hommes, choses que j'avais toujours trouvé horrible… Et pourtant, là… Je me laissais faire, je faisais même des appels. J'ai souvent remis ma sexualité en question après cela. Bref… Au bout d'un moment, Judy parlait de s'affranchir de tout cela : du travail, des choses matérielles et administratives. Elle me parlait d'un endroit, une sorte d'Eden, qu'elle voulait atteindre, qu'elle pouvait atteindre, grâce à moi notamment. »

« Un Eden ? »

« Je pense que c'était un lieu… L'endroit d'où ils venaient, d'où ils venaient tous, y compris Judy. Cette sororité assez spéciale venait probablement de ce lieu qu'ils appelaient Eden. Et Judy ne cessait de me dire que je pourrais en faire partie, que si je le voulais, je ne pourrais ne faire qu'un avec elle, avec eux tous, une grande famille qui s'aide et se soutient. C'était tentant, très tentant : des perspectives d'avenir plus claires, plus simples… Une vie plus simple. J'aurais accepté… Si je n'avais pas surpris Judy avec un jeune homme, probablement un étudiant comme elle. Au début, je me suis dis que je me faisais des idées, alors je les ai suivi, et j'ai entendu… Ce discours qu'elle m'avait sorti sur le fait que j'étais spéciale, qu'ils avaient besoin de moi… Tous ces mots qui me faisaient me sentir unique à ses yeux… J'ai compris que ce n'était rien que des mots qu'elle récitait aussi à d'autres. Elle se foutait de moi, elle n'en avait jamais rien eu à faire de moi. J'avais été manipulée, j'avais fais des choses pour elle dont je n'étais pas fière, que je n'aurais jamais fais en temps normal. J'ai eu soudainement honte. Oui, j'ai été bien plus honteuse qu'en colère contre elle. Tout ce que j'avais fais depuis des semaines me revinrent alors en mémoire : les orgies, la drogue, l'alcool dans lequel je nageais, et puis, plus largement, mon job pour lequel je décrochais petite à petit, ma famille avec laquelle je m'étais éloignée… Elle avait réussi à me cloitrer dans son délire d'Eden… J'ai… J'étais dévastée. »

« Qu'avez-vous fais ? »

« Un soir, je l'ai confronté. Elle voulait m'emmener une nouvelle fois dans cette piscine. Je lui ai demandé si j'étais la seule, si j'étais la seule qu'elle avait emmenée ici, à qui elle avait dit ces mots. Elle m'a juré que oui. Elle m'a menti aussi facilement que l'on peut le faire, et si je ne l'avais pas prise sur le fait, je l'aurais cru, une nouvelle fois. Je suis montée en pression alors en la traitant de menteuse, qu'elle m'avait menti pour mieux m'utiliser comme viande fraiche pour leurs parties de jambes en l'air. J'ai cru qu'elle se défendrait, qu'elle essaierait de me garder, de me retenir… Mais au lieu de cela, elle m'a simplement dit que je ne devais certainement pas être prête ni être élue, que ma place n'était pas dans l'Eden après tout. Et elle m'a repoussée, aussi rudement que si j'avais échoué à un examen. Car, en fait, il s'agissait de cela pour elle : toute cette histoire n'était qu'un immense test pour savoir si j'étais apte d'entrer dans son foutu Eden. »

« Alors, elle vous a laissé partir ? N'avait-elle pas peur que vous racontiez tout ? »

Susan hoqueta désespérément « Franchement ? Vous pensez sincèrement que j'aurais pu raconter ça à qui que se soit ? Je venais tout juste d'obtenir mon premier poste d'enseignante, J'avais fricoté avec une de mes élèves, j'avais participé à des orgies, j'avais pris des drogues et autres substances illicites… Comment aurais-je pu raconter quoique se soit ?! J'ai pris peur… J'ai finis, quelques jours après notre rupture, par démissionner de mon poste et quitter la ville. Je suis retournée chez mes parents où j'ai intégré un petit lycée sans prétention, histoire de retourner à mes premiers amours du dessin… Mais les choses avaient changé, quelque chose avait changé en moi. Je n'étais évidemment plus la même, j'avais accompli des choses que je n'imaginais pas possible… J'avais honte, je me sentais trahie et salie… Et j'ai repensé à tout cela : même si j'avais été consentante, des mains et des mains m'avaient touchée, des femmes, des hommes, de tous âges… Je ne connaissais pas la moitié des personnes avec qui j'avais couché ou eu des gestes intimes. Je me sentais… violée dans mes convictions, dans ma vie. Mais j'étais surtout honteuse de me dire que j'avais été impliquée dans tout cela et que j'étais consentante. J'ai mis un moment avant de m'en remettre, je n'en ai jamais parlé à quiconque. Quand j'ai rencontré Kathy, je ne lui ai parlé de ça… Elle… Si elle savait… »

« Nous ne lui dirons rien, ne vous inquiétez pas. »

Susan esquissa un faible sourire « Vous pensez surement que j'ai été idiote de me laisser faire, d'avoir fait ce genre de pratiques… Il faut être débile hein… »

« Nous ne pensons absolument pas cela. Les circonstances et, comme l'a dit notre collègue, le lavage de cerveau exercé à été efficace. Ces gens là sont experts dans la manipulation mentale, ils savent reconnaitre les personnes faibles ou isolées, puis s'en servir contre eux afin de mieux les manipuler. Vous n'avez pas à rougir, au contraire, il vous a fallu une grande force de conviction pour sortir de ce cercle infernal. Aujourd'hui, je vois que vous avez su rebondir et aller de l'avant, c'est la plus belle conclusion que vous puissiez tirer de tout cela. »

« Oui… Vous savez… Avec toute cette histoire, je me demandais si j'étais vraiment… lesbienne. Vous voyez, je n'imaginais jamais avoir de relations sexuelles avec un homme… Et encore moins avec une dizaine d'autres… en même temps. J'étais perdue… Puis j'ai rencontré ma future femme. Elle a bien vu qu'au début, c'était compliqué, mais elle a été patiente et aimante… Si elle savait tout ce que j'ai fais il y a plus de 10 ans… »

« Elle ne le saura pas, ça ne viendra pas de nous en tout cas. » certifia Clarke

« Revenons à Judy Brown… Vous avez dis que vous aviez fais des recherches sur elle ? »

« Oui, juste avant de démissionner, j'étais intriguée par ce groupe… J'ai fais des recherches, mais je n'ai rien trouvé sur elle, aucune trace… Elle n'existait pas dans l'administration. J'aurais pu être rassurée de me dire que, finalement, ce n'était peut-être pas une étudiante et que je risquais moins si l'on venait à découvrir ce à quoi j'avais participé… Mais au contraire, j'ai eu peur : s'ils avaient réussi à envahir la faculté sans que personne ne s'en rende compte… J'ai soudain pensé à leur chez eux, ce qu'il appelait l'Eden, ce groupe qui était si puissant. J'ai imaginé que ce groupe surpuissant avait réussi à les faire entrer à l'université dans l'indifférence la plus totale… J'ai eu soudain peur qu'ils s'en prennent à moi, qu'ils divulguent des choses… Je suis devenue limite paranoïaque : et si, dans le corps enseignant ou administratif, il y avait aussi des gens de l'Eden ? »

« Et vous le pensez toujours ? »

« Judy m'avait fait comprendre qu'ils étaient partout… Qu'ils étaient puissants… Peut-être étaient-ils à la tête des hautes instances, y compris celle de l'Université. C'est aussi pour cela que j'ai démissionné… »

« Mme Dean, vous avez dis que, lors de ces orgies, vous pensiez qu'il y avait des gens comme vous, des gens « recrutés » par des personnes de ce groupe qui avait, à l'instar de Judy, séduit des partenaires pour les réunir là. »

« Oui, c'est ce que je pense. Certains étaient comme moi, novices en la matière, d'autres semblaient avoir été recrutés depuis un moment… Oui, c'est le mot, nous avions été recrutés. Judy m'a choisi, comme d'autres de son groupe ont choisi des personnes : étudiants, jeunes enseignants… On avait l'impression qu'ils manquaient de membres et qu'ils en cherchaient d'autres. Et, finalement, il semble qu'ils ne se contentaient pas de recruter un par un. Judy jouait sur plusieurs tableaux, et quand je me suis rebellée, elle m'a tout simplement repoussé, comme si je n'étais plus nécessaire… Tout l'inverse de ce qu'elle m'avait fait croire des mois durant. Je l'ai mal vécu, je suis tombée en dépression avant que mon job et ma famille ne m'aident, sans me demander quoique se soit en retour. »

« Vous ne savez rien de cette Judy mise à part son nom, probablement faux ? »

« Non, désolée… Quand j'ai déménagé, je n'ai plus voulu y revenir… Mais après quelques années, je me suis longtemps demandée ce qu'il s'était passé pour ceux et celles qui étaient tombés dans ses filets, et dans ceux des autres. Avaient-ils finalement gagné cet Eden tant promis ? Avaient-ils eu un cas de conscience et avait fui comme moi ? S'ils sont si puissants, j'imagine qu'ils officient encore aujourd'hui, dans d'autres milieux, avec d'autres techniques… »

Lexa et Anya échangèrent un regard avant que cette dernière ne sourit « Merci Mme Dean de nous avoir aidé. Je sais que cela à du être difficile pour vous de vous replonger dans tout cela. »

Susan hoqueta tristement « Vous n'avez pas idée… » Lentement, elle remonta les manches de sa chemise pour laisser apparaitre des cicatrices fines et légères, des scarifications infligées pour combattre le mal-être dans lequel cette histoire l'avait plongée « J'ai survécu, mais je me dis que beaucoup n'ont peut-être pas eu cette chance, et c'est pourquoi j'ai tenu à vous parler aujourd'hui. Je n'ai pas été forte ce jour là, j'ai simplement été flouée et rejetée. Si Judy m'avait retenu, m'avait obligée à rester, je n'aurais probablement pas pu faire autrement. J'étais faible mentalement, totalement soumise à elle, à eux… On parle souvent de ces sectes qui lavent le cerveau jusqu'à perdre totalement sa personnalité. J'étais à la limite de tout cela… J'ai failli… Mon Dieu… Je ne sais pas où je serais à l'heure actuelle… »

Clarke se retint alors de dire qu'elle aurait pu finir comme Mathias Telford, mais elle sut, à l'expression d'inquiétude de Lexa et d'Anya, que ces dernières pensaient la même chose.

« Mais aujourd'hui, vous êtes là, heureuse, mariée, soutenue. »

« Oui. » sourit Susan « Si je peux faire quoique se soit pour vous aider… Je sais que ce genre de groupe ne s'arrête jamais vraiment. En tout cas, tant qu'il n'est pas arrêté, il continue. Son recrutement peut changer, évoluer avec les années… Aujourd'hui, Internet peut-être un de leurs atouts. »

« Nous travaillerons cette voie aussi. Pouvez-vous nous dire quoique se soit sur le groupe : un nom est-il ressorti ? »

Susan fronça les sourcils, essayant de ce souvenir de cette période qu'elle avait pourtant voulu oublier si fort « Je… Je ne me souviens plus vraiment… Lors des soirées, en dehors des orgies, il y avait tant de monde… Et de l'alcool… »

« Si vous vous souvenez de quoique se so… »

« …Attendez… Il y avait… Il y avait ce jeune… Il était… Si jeune. Oui je me demandais même s'il était majeur. Je ne l'avais jamais vu sur le campus mais plusieurs fois lors de soirées… Et aux orgies, plus d'une fois il était là, à regarder, comme s'il se satisfaisait du spectacle, comme un voyeur. Il était beau, je veux dire : les cheveux blonds, les yeux bleus, le visage d'un ange… On aurait pu aisément lui faire confiance, n'importe quelle fille. D'ailleurs, lors de ces soirées, il en ramenait une différente à chaque fois. Il était si charismatique pour son âge. J'ai souvenir que Judy lui a parlé de moi, lors de la première piscine. Il semblait attendre que je passe le cap, que je montre de quoi j'étais capable… Quand, au petit jour, l'orgie fut fini, il félicita tout le monde, disant que nous nous approchions un peu plus de ce que l'Eden était : un groupe uni et fort, un même esprit, un même corps. Il semblait être une sorte de chef spirituel, Judy buvait ses paroles… »

« Vous avez un nom ? »

« Jonathan… Attendez… Jonathan… »

Elle ferma les yeux et soudain, cette piscine ressurgit : ce sous-sol aux escaliers étroits, puis cette musique entêtante, cette odeur de sueur mêlée à l'alcool. Les lumières tamisées violette, puis rose… Le tout donnant une atmosphère feutrée, sensée mettre en confiance les gens y entrant. Elle se souvenait de ces gémissements, ces cris de jouissance, mêlés à la musique et aux engouements de la foule autour, encourageant les plus réfractaires.

Elle se souvenait de cette piscine désaffectée où l'on descendait par l'unique échelle. Ces corps, des dizaines et dizaines de corps s'enchevêtrant les uns dans les autres, se mêlant jusqu'à ne plus savoir qui était où, qui faisait quoi à qui…

Elle se souvenait de cet homme, en haut d'un balcon, regardant la foule s'adonner à ces plaisirs collectifs, un sourire narquois sur son visage. Et Judy qui souriait, fière de lui apporter de la chair fraiche. Et Susan qui ne voyait pas tout cela, Susan qui n'imaginait pas rentrer dans un complot afin d'agrandir leur famille, leur Eden. Elle descendit dans cette piscine et fut soudain caressée, touchée par des mains inconnues… Elle se souvenait de cette nausée et soudain, cette odeur d'huile… Certainement de l'huile de massage qu'ils se passaient de main en main, de corps en corps. Puis elle se sentit tomber à genoux, emportée par le mouvement, pour ne plus se relever avant le petit jour. Puis, l'ivresse et l'étape de la première fois passée, elle se laissa emportée, Judy la rejoignit et finalement la rassura… Et cet homme, dont le regard fier ne cessait de la fixer… Ce regard qui revint chaque soir de piscine. Elle ferma les yeux et la musique devint un bruit sourd, un acouphène inaudible où se mêlaient aussi des gémissements et parmi ce bruit flou, elle discerna des paroles, des mots, des prénoms…

« Hey Ryce ! C'est l'heure ! »

« Ryce… » murmura-t-elle, comme à bout de souffle après une course effrénée… Une course aux souvenirs dont elle se serait bien passée.

« Pardon ? »

« Jonathan Ryce, je crois. Il avait un tatouage dans le cou, un aigle… Judy en avait un semblable sur le poignet. Elle ne m'a jamais vraiment dit ce qu'il signifiait. Ce détail ne m'avait pas choqué mais en repensant à cet homme… Ce tatouage, il était partout : tagué sur les murs, en tatouage…»

Anya nota cela sur son téléphone « Vous pourriez me décrire ce symbole ? »

« Ou… Oui je crois. »

Clarke s'approcha un peu plus et sortit un calepin et un crayon, deux choses qu'elle avait toujours sur elle, peu importe où elle allait.

« Je vous écoute. »

« Un cercle, et un aigle aux ailes déployées, touchant le cercle. La tête de l'animal était de profil, tournée vers la gauche. Pas de couleur. Dans le corps de l'aigle un symbole je crois, un triangle… »

Clarke dessina au fur et à mesure de la description, Susan Dean approuvant les lignes dessinées.

« Oui, c'est ça… Quelque chose qui ressemblait à ça. »

« Très bien, c'est parfait. » sourit Clarke, essayant de rassurer la jeune femme rousse

« Mme Dean, merci de votre aide, vraiment… »

« J'espère que… J'espère que ce genre de personnes sera arrêté. »

« Nous ferons tout pour cela. Merci encore. »

Susan Dean se leva alors, serra les mains des agents avant de repartir, la gorge serrée.

« Merde, je déteste ça… » grommela Anya

« Quoi donc ? »

« Faire revivre ce genre de chose à des personnes qui avaient réussi à tourner la page. A cause de tout cela, elle va replonger dans des cauchemars qu'elle avait réussi à enfouir. »

« On lui paiera un psy. En attendant, grâce à ça, on va tenir la promesse qu'on vient de lui faire : apprêter ces malades. » lança Lexa en se levant « Rentrons. » Elle se tourna vers Clarke « Il est temps de voir si ton amie est aussi douée qu'elle le prétend. »

TBC