Hello hello !
Alors cette rentrée comment ça a été ?
Bon, je vous ai entendu... Je sais, pour l'heure il n'y a pas énormément de Clexa, j'en suis consciente, mais dans ce genre (soit le policier) il est important d'instaurer avant tout l'affaire avant de distiller quelques détails, notamment sur la romance.
MAIS... Aujourd'hui, gros chapitre avec du clexa (du moins des scènes où elles intéragissent ensemble hors enquête) PROMIS !
ENJOY
Une part de gâteau
Clarke, Lexa et Anya furent silencieuses tout le long du retour, assimilant les nouvelles données, essayant d'imaginer ce que la vie de cette Susan Dean avait pu être au contact de Judy Brown.
Il était évident que cette femme recrutait ses proies sur les campus : après avoir tenté Susan, elle s'était penchée sur Mathias Telford et avait réussi son coup. Ce dernier avait tout abandonné pour elle : famille, amis, études… Elles se souvenaient des dires de son ancien meilleur ami qui disait qu'il avait changé. Effectivement, si Mathias avait vécu la même chose que Susan, il avait du être initié aux orgies, à l'alcool et aux drogues. Il avait du participer à des scènes qu'il n'aurait jamais imaginé, dont il eu certainement honte… Mais cette fois-ci Judy avait réussi. Mathias l'avait probablement suivi à l'Eden. Et 10 ans plus tard, on le retrouva mort au bord d'une rive, brûlé.
Susan avait eu une chance folle de survivre et d'arriver à vivre normalement après cela. Mais combien n'avait pas eu cette chance ? Est-ce que ce fameux Ryce recrutait encore ?
« Elle a raison… » lança Clarke, dans ses pensées
« C'est-à-dire ? »
« S'ils sont en pleine réussite, ils ne doivent pas s'arrêter là. Ils recrutent encore. »
« Certainement. »
« Ils ont certainement d'autres méthodes à présent. Elle a raison quand elle dit qu'Internet est certainement leur meilleur allié à présent. Rien de pire que les réseaux sociaux pour toucher un max de gens sans même bouger de sa chaise. C'est même pire… »
« Oui, ça va corser notre affaire… »
« Ou au contraire l'aider. S'il y a bien une personne qui pourrait retrouver une aiguille dans une botte de foin informatique, c'est bien Raven. »
Anya hoqueta « On verra de quoi elle est capable. A présent, on a des noms, des tatouages… Et un lieu. »
« Un lieu ? »
« Ce fameux hangar. Susan nous a indiqué son emplacement, on va y faire un tour. »
« Pourquoi ? Y'a une chance sur mille pour qu'ils continuent leurs orgies là dedans… Ca fait plus de 10 ans… »
« Ce sous-sol n'est connu que de ceux qui y ont mis les pieds. S'ils l'ont abandonné quelques temps après les événements avec Susan, il est peut-être encore intact. »
« Ou alors, ils l'ont fait cramer pour ne pas laisser de traces. »
« Ca on ne le saura que lorsqu'on ira. En attendant, envoyez les informations que l'on a reccueillies à Reyes pour voir ce qu'elle en tire. »
Clarke opina et envoya alors un message à son amie avec les noms Judy Brown, Jonathan Ryce et Eden, puis le dessin du tatouage « Ok c'est fait. Dès qu'elle aura quelque chose, elle me l'enverra. »
« En attendant, nous, nous partons pour ce hangar. »
« Et s'ils pratiquaient encore dedans ? Vous avez entendu Susan Dean : malgré sa fuite, ça n'a pas eu l'air de faire peur à cette Judy qui a continué à recruter après, la preuve en est ce Mathias Telford. Ca se trouve, on va débarquer en pleine orgie… C'est pas que ça me déplait, mais je suis pas rasée… »
Lexa soupira « Il est peu probable qu'ils initient encore là-bas. Il semblerait que le point fort de cette secte, car nous parlons clairement d'une secte ici, c'est l'ancrage dans plusieurs domaines professionnels : il est évident que l'Eden, nous l'appellerons ainsi en attendant d'en trouver le vrai nom, avait des membres dans le corps enseignant de cette fac… Si tous les « amis » de cette Judy Brown étaient comme elle, c'est-à-dire des fantômes dans cette université, leur arrivée n'a pas pu passer inaperçue… Ils ont forcément été couverts à un moment donné. Il n'est pas idiot de penser qu'ils ont les moyens financiers et matériels. Ce hangar est peut-être le leur. Et même si la défection de Susan n'a visiblement pas affecté le groupe… Ce genre de recrutement ne peut se faire durant une longue période au même endroit. »
« De plus, peut-être que Susan n'a pas été la seule à pouvoir fuir avant que ça ne soit trop tard. »
« Mais c'est la seule à nous avoir contacté. » répondit Clarke
« Ce qui semble normal quand on voit ce qu'il s'est passé… Qui aimerait raconter à la police que, plus jeune, ils ont partagé des orgies avec des inconnus… »
« Susan l'a fait. »
« Parce qu'elle ne veut pas que cela se reproduise… »
« Cette secte est quand même étrange. Qui peut laisser partir comme ça des futurs membres, surtout en en ayant autant vu et fait. Ils n'ont même pas eu peur de se faire prendre. »
« Comme l'a dit Susan : qui pourrait raconter ça sans se faire juger, et passer de la victime au complice ? Les jugements sont vite fait. Cette Judy n'hésitait pas à recruter plusieurs membres à la fois et lorsque Susan est partie, elle ne s'en est pas inquiétée. Parce qu'elle savait que ce qu'elle avait fait vivre à Susan était inracontable. »
« Si elle en avait conscience. Ce genre de personne croit dur comme fer à ce qu'ils racontent. Cette histoire d'Eden, de ne faire qu'un avec les autres, de s'unir d'une même voix… Elle pense que c'est vrai. Que seuls ceux y parvenant pourraient atteindre l'Eden. Elle a seulement jugé Susan trop instable. Susan a échoué à ce test. Un test qui resterait secret de par son caractère… débridé. On juge bien trop vite une personne qui participe à des orgies, y compris si elle a eu un lavage de cerveau juste avant : peu importe, ce que l'on retiendra, malheureusement, c'est qu'elle s'est envoyée en l'air avec, peut-être, des centaines de personnes, des inconnus… C'est à la limite de la perversité. Et ça, aux yeux des autres, c'est perdre toute crédibilité. »
« C'est triste pour elle… » souffla Clarke
« En attendant, elle nous a bien aidé, et elle pourra dormir tranquille si on arrive à les coincer grâce à ses infos. »
« On fera tout pour ça… » jura la jolie blonde
Le lieu était, à priori, désert : un vieux hangar désinfecté au milieu d'un désert. Un hangar rongé par la rouille dont les taules ondulées couvraient à peine la carcasse en métal. Des graffitis témoignaient du passage de quelques junkies et autres punks marginaux. Des animaux errants y avaient élu domicile comme des renards, des chats ou encore des chiens dont les déjections donnaient à l'atmosphère une odeur âcre.
« Charmant… » conclut Clarke « Rappelez-moi pourquoi on a pas fait venir de renfort ? »
« Parce qu'il n'y a rien a renforcé… » répondit Anya qui sortit alors son arme, imitée par Lexa puis Clarke. Lorsqu'elles entrèrent dans le hangar en arrachant une taule servant de porte de fortune, elles constatèrent qu'il n'y avait plus rien : le hangar était vide, n'accueillant que des plantes sauvages, des détritus au sol et une vieille carcasse de voiture rouillée.
« Ca n'est qu'un repère de drogués… » souffla Clarke
« Elle a dit que ça se passait en sous-sol. On y accède via une porte dérobée. Avec un peu de chance, les dealers et autres vagabonds n'ont jamais trouvé cette porte et les lieux sont restés intacts. »
« Prions pour ça alors… »
Anya fit le tour du hangar, sa main glissant le long des taules « Y'a rien ici. »
Lexa fit le tour aussi avant de lever son nez « Ce genre de hangar est assez vieux. Si y'a un sous-sol, on doit probablement y accéder par dehors, via une trappe ou un local plus loin… »
Les trois jeunes femmes sortirent alors et firent le tour de la structure métallique « Pas de local… » soupira Anya
« Hey, venez voir ! » cria Clarke. Lexa et Anya arrivèrent au pas de course « Vous me remerciez plus tard les filles. »
Anya leva les yeux au ciel avant de dégager l'immense bouche d'égout rouillée cachée par des fougères « Elle doit penser une tonne… »
« Heureusement, on est trois. » railla Clarke « Allez ! »
Elles s'accroupirent autour de la plaque ronde et, d'un même geste et élan, elles la soulevèrent dans un grincement glauque. Essoufflées, Elles restèrent quelques secondes au dessus de l'ouverture, Lexa balayant le trou de sa lampe torche « On voit rien… »
« Je suis pas sûre que ce soit l'entrée. Susan parlait d'un escalier… Pas d'une échelle. »
« C'est peut-être une sortie de secours ? »
« Ouais ou simplement une bouche dégout qui mène aux canalisations de la ville… » Clarke leva son nez ver Lexa « Après vous. » Lexa la fusilla du regard avant de soupirer, de ranger son arme dans son étui et de tenir sa lampe dans la bouche. Elle disparut soudain dans le trou noir « Hey, alors ? »
« Descendez ! »
Anya et Clarke échangèrent un regard avant qu'Anya ne passe en second, puis Clarke. Lorsque cette dernière posa ses deux pieds au sol, ce qui la frappa en premier fut l'odeur âcre de l'humidité et de la moisissure « Merde ça pue… »
« Mais ça ne sent pas les égouts. On doit être dans un ancien conduit marchant. Les ouvriers les utilisaient durant l'été pour aller d'un chantier à un autre. Ces tunnels doivent longer les conduits électriques alimentant la ville. »
« Par où on va alors ? »
« Le hangar est par là… Si y'a une autre entrée qu'on a loupé, ça ne peut être que de ce coté. »
Toutes les trois marchèrent alors, arme et lampe en main dans ce tunnel sombre et peu rassurant lorsque soudain, Clarke s'arrêta « Je crois qu'on est sur la bonne voie. »
Elle éclaira un pan du mur, imitée bientôt par Lexa et Anya « Super… »
Sur une des parois, tagué en rouge écarlate, un symbole familier aux agents : un cercle dans lequel trônait un aigle déployant ses ailes « L'Eden… » souffla Clarke
« Avançons. »
Après quelques détours de couloirs le tunnel s'arrêta sur une porte fermée « Merde, si elle est verrouillée, on est obligé de rebrousser chemin. »
Anya s'approcha et glissa sa main sur la porte, cherchant un verrou ou même une serrure. Elle ne trouva qu'un loquet de fortune « C'est ouvert… » Elle n'eut qu'à pousser la porte pour que cette dernière ne s'ouvre, là encore, dans un grincement caractéristique et lugubre.
« Bah merde… »
Lorsqu'elles entrèrent, elles tombèrent directement sur une grande salle dans laquelle une piscine vide et en mauvais état trônait. Clarke frissonna alors imaginant ce qu'il s'était passé ici. « J'arrive pas à croire qu'on l'ait trouvé… » soupira-t-elle, retenant presque son souffle tant les lieux étaient chargés d'électricité.
Lexa ne pipa mot, préférant vaquer sa lampe sur les lieux. Elle se dirigea vers une sorte de compteur électrique et descendit la poignée. Soudain, un grésillement résonna et les néons verdis par la mousse s'allumèrent pour donner une lumière blanche teintée légèrement de vert.
« Putain c'est glauque… »
Lexa regarda la piscine puis leva son nez pour voir un balcon plus haut, celui, certainement, sur lequel Jonathan Ryce surveillait ses orgies et leur bon déroulement. Elle monta les escaliers en colimaçon pour poser les mains sur la rambarde.
« Fais gaffe Lex, c'est peut-être pas solide. » L'avertit Anya.
Lexa opina alors et regarda la pièce jusqu'à ce que son regard ne s'arrête sur un immense dessin tagué au mur : le symbole de l'aigle.
Anya fit le tour de l'immense piscine tandis que Clarke y descendit « Griffin, faites gaffe… »
« Ouais, j'imagine que, vu ce qu'il s'est passé dedans, doit y avoir des tas de saloperies qui trainent… » Elle marcha, prenant garde à ne pas marcher n'importe où, des tessons de bouteilles et des débris trainant ça et là « … Comme ce genre de truc par exemple. » Elle pointa sa lampe en direction d'une seringue au sol « Ca devaient certainement aider certains à se… laisser aller… »
Anya grimaça avant de faire le tour et de tomber sur une porte, qu'elle ouvrit « Je pense que c'est l'entrée dont parlait Susan. » dit-elle en pointant un couloir d'une trentaine de mètres au bout duquel résidait un escalier « Il doit y avoir une porte au bout. Je reviens. »
Anya disparut dans le couloir tandis que Lexa resta là, juchée sur ce balcon, imaginant le sentiment de pouvoir que pouvait avoir Jonathan Ryce à regarder ce petit monde s'affairer, se dévouer pour lui, sa cause, l'Eden. Il devait avoir un égo surdimensionné pour se croire si puissant qu'il puisse diriger une armée d'hommes et femmes pour en recruter d'autres. Il devait se sentir sûr de lui et de ses apôtres, il devait se sentir intouchable, un gourou parmi ses fidèles.
« Hey Woods, vous êtes là ? » cria Clarke, sortant ainsi Lexa de ses pensées
« Quoi ? »
« Je disais : je ne pense pas que qui que se soit ne soit venu ici depuis un moment. »
Lexa recula pour descendre quand, sous son pied, se colla une feuille qu'elle arracha. C'était, un bout de journal, collé lui-même à un prospectus déchiré.
« J'ai ici un journal datant d'i ans. Je pense qu'ils sont partis dans ces eaux là. » Elle scruta le demi prospectus sur lequel on distinguait le symbole de l'aigle, mais aussi des photos d'une immense maison, que Lexa reconnu comme le domaine du Mont Weather.
« Intéressants… » murmura-t-elle
Clarke, pendant ce temps là, arpentait la piscine, et s'arrêta sur des traces qui semblaient être du sang « Ah mon avis, y'a pas eu que de l'amour là dedans… Y'a eu aussi de la guerre. » siffla-t-elle
Elle tourna sur elle-même et tenta d'imaginer des corps enchevêtrés les uns dans les autres, s'adonnant à des plaisirs inavoués. Elle imaginait dans quelles conditions mentales certains devaient être : imbibés d'alcool, drogués, ou juste pétri de peur… Pourtant autant, elle ne pouvait imaginer aussi le plaisir de certains. Après tout, une orgie n'était pas des viols groupés en soi… Du moins en temps normal… La majorité étaient descendus dans cette piscine parce qu'ils le voulaient, parce qu'ils pensaient atteindre cet Eden, cette terre promise. Avaient-ils réussi ?
« Griffin, sortez de là, c'est glauque. » lança Anya
La blonde sortit et Lexa descendit « Mont Weaver. Y'a un lien. » lança la jolie brune en tendant le prospectus à Anya
« Donc ce Ryce serait un émissaire de Wallace… Il aurait ses fidèles ici et les aurait déployés dans les divers campus de l'université afin de recruter de nouveaux membres pour l'Eden, qui serait en fait le Mont Weaver. »
« Il y a des chances que les adeptes qu'ils ont réussi à convertir ont été rapatriés à Mont Weaver pour devenir des membres de leur clan… »
« Des reproducteurs humains surtout… » grogna Clarke « Ca devient plus que glauque là. »
« En pratiquant les orgies, les novices réussissent le premier test, mais le plus important : savoir qu'ils sont prêts à coucher avec des inconnus, avec n'importe qui, ce qui en fait des candidats parfaits pour procréer. Ryce, une fois sûr de leur dévouement, doit certainement leur faire miroiter un avenir prometteur, pour autant qu'ils soient prêts à tout abandonner derrière eux, comme avec Mathias Telford : partir sans laisser de trace, sans avertir qui que se soit… »
« Alors Judy Brown travaille pour Jonathan Ryce qui travaille, lui-même, pour les Wallace ? » conclut Clarke « C'est pire qu'un réseau organisé… »
« C'est bien pire que ça… C'est une véritable secte. »
« Mais… Je comprends pas pourquoi ils tuent des membres s'ils ont besoin de recruter du sang neuf. Pourquoi tuer cette jeune fille ou encore Mathias ? »
« Parce que même si le clan est immense, ils se doivent de sélectionner… Ils recyclent leurs gènes. Mathias, en 10 ans, à eu certainement le temps d'apporter sa contribution au clan… »
« La jeune fille trouvée avait enfanté… Elle était jeune, elle aurait pu être enceinte encore des dizaines de fois… »
« Je n'en sais rien… » soupira Lexa « Parfois, il ne sert à rien de trouver une explication là où il n'y en a pas. »
« Pression. » lança Anya « Ils ont tué pour garder le contrôle. Plus vous amenez de monde dans un clan, plus il y a d'esprits à contrôler. Et plus le risque que certains esprits se rebellent est grand. Alors, pour garder la main mise sur tout ce petit monde, ils peuvent leur mettre la pression en tuant. »
« Ca voudrait dire qu'ils jouent sur la peur des gens ? »
« Non, pas nécessairement. La peur alimente le désir de fuir… Ils n'ont pas besoin de ça. Ils ont commencé une histoire avec cet Eden… Peut-être ont-ils bâti une mythologie autour de ça… Peut-être que mourir pour eux ne signifie pas la fin mais le début de quelque chose d'autres. »
« Donc, ils contrôleraient les gens comme ça ? Ils élimineraient ceux qui ne leur serviraient plus pour les remplacer par du sang frais… »
« Si c'est le cas, il semblerait qu'ils soient en campagne d'annihilation pour l'instant : 2 meurtres en un mois. Sans compter ceux dont on n'a pas encore fait le lien… »
« Vous avez dis que des meurtres similaires remontaient à 15 ans… C'est un cycle. Y'a 15 ans, ils ont commencé leurs meurtres, puis quelques années après, ont commencé à recruter via les universités. Puis ils se sont arrêtés et maintenant, 10 ans plus tard, ils recommencent… Ce qui veut dire… »
« Qu'ils vont refaire une séance de recrutement… » continua Anya. Son regard croisa celui de Lexa, comme si elles se comprenaient sans se parler.
« Ca veut aussi dire que les meurtres ne sont pas finis… » rajouta Clarke « Et s'ils commencent à balancer leurs corps près de Polis, ça veut dire qu'ils peuvent recruter dans le coin, non ? »
« Pas forcément… Les meurtres d'il y a quinze ans ont été perpétrés sur la côte ouest… Et pourtant, Susan ou encore Mathias ont été recrutés de ce coté du pays… »
Clarke soupira « On est dans une impasse alors… Si on ne sait pas quand ni comment ils vont recruter cette fois-ci… »
Toutes les trois restèrent silencieuses un moment avant de se décider à remonter à la surface par l'endroit où Anya avait découvert le couloir et les escaliers. Effectivement, cela donna sur une porte dérobée, collée au hangar.
Une fois dans la voiture, elles réfléchirent « Ils ont besoin d'un espace assez grand. Si leur méthode de recrutement n'a pas changé, à savoir des orgies d'une vingtaine de personnes minimum, il leur faut un lieu sécurisé mais spacieux. »
« Un autre hangar désaffecté ? »
« Peut-être… Mais les temps ont changé. A présent, Internet entre en jeu, les règles sont différentes. Il est plus facile de recruter à distance, mais aussi plus difficile de convaincre les gens dans un monde où l'on dit perpétuellement aux jeunes de faire attention aux réseaux sociaux. »
« Ils vont devoir être plus convaincants cette fois… Et trouver des méthodes subtiles… »
« Nous y réfléchirons plus tard… » conclut Anya qui démarra le moteur « Pour l'instant, faisons notre rapport. »
Chacune opina alors. Et tandis qu'elles revinrent toutes à Polis, Kane les attendait, un large sourire sur son visage « Mesdames. Si j'avais du champagne, je le sabrerai pour vous. »
« Rien n'est encore fait. Nous avons juste découvert un iceberg en surface, il nous reste à découvrir ce qu'il y a en dessous, et c'est le plus important. »
« Nous y viendrons, en attendant, Raven Reyes vous attend au labo, je crois qu'elle a quelques trucs pour vous. »
Clarke sourit et passa devant, guidant les deux agents du FBI jusqu'au labo où séjournait Raven.
« Hey, salut les filles ! » lança sur un ton léger la belle latino « Hey Anya… Quoique neuf ? Je t'ai pas manqué au moins ? »
« Pas le moins du monde. » répondit d'un ton sec Anya
« Wow, on s'est levé du pied gauche ou quoi ? »
« Ray… On s'en fout, vas-y balance. »
Raven se mit derrière son écran et montra sur un écran géant ce qu'elle y faisait « Ok les filles, j'ai fouillé un peu du coté de l'Eden et de ce symbole. J'ai trouvé des trucs assez sympas, façon de parler : Bien, l'Eden a plusieurs significations MAIS associé avec ce symbole… J'ai trouvé ceci… » Elle pianota sur son ordi et sur l'écran apparut une sorte de pub pour agence immobilière.
« C'est quoi ? »
« Mesdames, je vous présent l'Eden. »
Lexa s'approcha « Ca n'est pas Mont Weaver. »
« Non, ça ne l'est pas. L'Eden n'est pas une maison, mais un centre. »
« Un centre ? »
« Ce centre a pour fonction l'épanouissement de soi, le développement de ses capacités et plusieurs programmes visant à l'amélioration des performances, au travail ou dans sa vie familiale. Il propose aussi des programmes détox, des cours comme du yoga ou des techniques apaisantes afin, je cite, de se décharger des problèmes de la vie quotidienne. »
« Ce centre est légal ? »
« Tout ce qu'il y a de plus légal. Il est assimilé à ce qu'on peut appeler aujourd'hui, des centres de remise en forme sur le plan physique mais aussi spirituel. C'est très en vogue en ce moment… Dans une société où la performance est de rigueur, où on en demande toujours plus au travail ou même chez soi… Une pression constante qui demande, parfois, quelques tuyaux pour être relax. »
« Et donc, ce centre, cet Eden, aide à cela… Légalement ? »
« Légalement, il s'agit de cours, de programmes, de séminaires sur le bien-être et la compréhension de soi. Dans les registres y'a rien qui indique qu'ils ont eu le moindre problème venant des personnes qui ont participé à ces séminaires. »
« Est-ce qu'on est sûre au moins que ça a un rapport ? »
« J'ai croisé tout ce que vous m'avez donné, et quand on y regarde de plus près… Voilà le logo de l'Eden… »
Raven afficha alors un dessin qui, bien que légèrement modifié, ressemblait beaucoup au tatouage que Susan avait décrit : un cercle avec un aigle déployant ses ailes, dont la tête était de profil.
« Et pour finir de vous convaincre… Voici l'homme qui fait sa pub pour l'Eden… » Raven tapota sur son clavier et soudain, un article sur le net s'afficha avec une photo d'un homme blond au sourire éclatant.
« Jonathan Ryce… » souffla Lexa
« Il est pas mal… » se moqua Clarke « Si on aime l'aspect gueule d'ange pour un démon. »
Lexa s'approcha de l'écran et fixa le visage de l'homme : il avait une stature imposante, un charisme qui ressortait même au travers d'une photo. Effectivement, il avait une gueule d'ange, ce qui contribuait surement à rassurer ses proies.
« Il est dangereux. »
« Ce mec a su créer un immense centre de recrutement sans être inquiété… »
« Ce centre est entièrement financer par un investisseur privé, mais, évidemment, j'ai creusé les comptes, les virements et transit. Il s'avère qu'il s'autofinance grâce à un revenu extérieur : une base de départ amenée par un compte basé dans le Vermont. »
« … Mont Weaver. »
« Y'a des chances oui. » confirma Raven « Y'a des mouvements mensuels, des flux d'argent apporté certainement par le Mont Weaver. Les Wallace possèdent des comptes offshore un peu partout dans le monde, y compris les îles caïmans… Ils sont blindés de thunes ces cons ! »
« D'où vient cet argent ? »
« Il semblerait que les programmes, séminaires et autres cours donnés à l'Eden sont payants. Certains sont même des abonnements que les gens paient par mois, voire par année. Les tarifs vont de 10$ à 300$ selon le programme choisi et sa durée. »
« Purée, et les gens gobent ce genre de connerie ? Ils sont prêts à payer pour ça ? » s'étonna Clarke
« Quand on est désespéré, on est vulnérable. Ce Ryce, il a un bagout qui ferait participer une nonne à ses orgies. » répondit Raven
« Ce mec est un malade. Il croit dur comme fer à ce qu'il enseigne. Il est passé un cran au dessus : avant il tapait dans les jeunots qui débutaient dans la vie, mais maintenant, il peut s'attaquer à des personnes qui ont du vécu… Qui ont aussi de l'argent. »
« Mais c'est parce qu'ils ont du vécu, qu'ils ont aussi des cicatrices de vie qui sont la cible de Ryce. Plus les gens sont abîmés, plus ils sont une cible facile pour lui. » Anya s'approcha de l'écran à son tour « Il a pour lui les réseaux sociaux, le bouche à oreille… Ce que je me demande c'est comment fait-il pour recruter dans ce centre sans éveiller les soupçons ? Je veux dire, les personnes visées ont des amis, des collègues, de la famille… S'ils venaient à disparaitre, la police ferait vite le lien avec leur passage à l'Eden… »
« Pour l'heure, aucun rapport de police sur les dernières disparitions n'a fait mention de l'Eden. » lança Raven « Il semblerait que ce Ryce ait trouvé un moyen de détourner l'attention ou alors de recruter à l'intérieur du recrutement. »
« Comment ça ? »
« Là, nous n'avons que les programmes officiels de l'Eden, mais peut-être que, à l'image des orgies qu'il organisait, il fait passer un test à ceux qu'il sent prêt… S'ils réussissent, peut-être entrent-ils dans un sous programme plus poussé… Un programme qui les mènerait, finalement, au clan Wallace. »
« Mais ça n'expliquerait pas pourquoi les familles n'implique pas l'Eden dans la disparition de leur proche… »
« Peut-être que ceux qu'ils visent, sont des gens seuls ou isolés. Généralement le type de personne qui entrent dans ce centre et dans ce genre de programme, sont des personnes qui ont un malaise sous-jacent : solitaire, mal être au travail… Ils sont déjà isolés avant même d'entrer là-bas. En gros, dès qu'ils signent pour un programme, ils sont déjà foutus, mais ne le savent pas encore… »
« Il est machiavélique… » souffla Anya
« … Avec un visage d'ange. » rétorqua Lexa « Comment on va le coincer ? Parce qu'il est évident que si on le chope, il niera toute implication avec les Wallace. »
« On trouvera… Il faut qu'on trouve. On est si près du but Lexa… On a bossé des années pour ça. » murmura Anya vers sa collègue
« Je sais… »
« Tu sais ce qu'il nous reste à faire. »
« Oui, je sais Anya, je sais. »
La jolie asiatique posa une main amicale sur son épaule « On en reparlera, en attendant, on rentre chez nous. On l'a mérité. »
« … »
« Ces quoi ces cachoteries ? » plaisanta Clarke, mais lorsqu'elle vit le visage grave de Lexa, elle fronça les sourcils « Hey, ça va ? »
« Oui. »
« Ca a pas l'air. »
« C'est juste… On bosse depuis si longtemps sur cette affaire… On s'approche tellement de la fin, j'ai peine à le croire. J'ai peur que quelque chose foire, qu'ils nous échappent si près du but. »
« On va y arriver. On est des badass, et on a une super informaticienne pour nous aider. » dit-elle en faisant un clin d'œil
« Peut-être… »
« Hey, vous n'êtes pas seule. On est une équipe. »
Lexa esquissa un léger sourire avant de se tourner et voir que Raven et Anya étaient en grande conversation « Décidemment, ces deux là… »
« Elles vont finir par y arriver. » gloussa Clarke
« Anya est un électron libre. Elle n'aime pas les attaches. Votre amie souffrira. »
« Ca, elle en fait son affaire. C'est une grande fille. »
« Si vous le dites. »
« Alors on fait quoi maintenant ? »
« On attend. On fait nos rapports respectifs, on étudie le terrain et lorsqu'on aura un plan solide, on l'exécutera. »
« Donc là… Quoi, on est en congés ? »
Lexa gloussa « En quelque sorte, même si, techniquement, nous ne sommes jamais en congés. »
« On se tient au courant alors. »
« On fait ça. »
Clarke se tourna alors « Ray, quand tu auras fini de draguer, on pourra y aller ? »
Raven sourit et glissa quelques mots à l'oreille d'Anya avant d'éteindre son poste.
« T'es pas croyable toi, sérieux… »
« Bah quoi ? La vie est courte non ? »
La jolie blonde haussa les épaules : son amie n'était qu'une enfant.
En parlant d'enfant, Clarke n'avait pas oublié que le lendemain, elle avait promis à sa fille de l'emmener à l'aquarium de Washington. Et pour commencer ce week-end spécial, elle décida d'aller chercher Madi à l'école, avec Raven.
« Maman ? »
« Hey chérie ! Regarde qui est là ! »
« Ray ! Mais… Pourquoi vous êtes là ? »
« On voulait te faire une surprise pardi ! Et commencer un week-end qui te sera entièrement consacré. »
« C'est vrai ? »
« Et ça commence par un tour à Burger King ma chérie ! »
Et alors que Madi était tout sourire, un groupe de filles de son âge passa à coté d'elle et gloussa, à peine discrètes. Madi détourna le regard et baissa le visage, ce que remarqua Clarke tout de suite.
« C'est elle ? »
« Maman… »
« C'est cette fille que tu as cogné ? » s'étonna Raven
« … »
« Tu as bien fait, elle a une sale gueule ! » répondit Raven
« Ray ! »
« Bah quoi ? Si on t'emmerde Madi, tu répliques, normal. »
« C'est quoi cette philosophie ? »
« C'est toujours mieux que celle du lâche qui laisse passer et se fait marcher dessus. »
« Pour ce que ça lui a apporté de lui cogner dessus… Visiblement, elle n'a pas l'air si traumatisé que ça… »
« Maman, stop, s'il te plait. »
« Je vais aller la remettre à sa place cette gamine, elle t'emmerdera plus ! » argua Raven
« Non, surtout pas. Laisse tomber. »
Raven inspira, prenant sur elle pour ne pas exploser : il y avait une règle simple chez elle : on ne touche pas aux Griffin. Elle soupira et prit sa nièce par les épaules « Hey, écoute moi, je me fous que tu sois violente, si cette fille te cherche, elle te trouve. Je sais pas ce qu'elle t'a dit, et je m'en fous mais sache que… »
« … Elle a parlé de mon père. » coupa Madi d'un ton à peine audible
Cette phrase percuta Clarke en plein cœur « Madi… »
« Je voulais pas le dire parce que… Parce qu'elle sait pas de quoi elle parle mais… Elle a dit des trucs… »
« Ma chérie, peu importe ce qu'elle a dit… Elle ne sait rien. »
« Et moi non plus. » rétorqua soudain Madi « Je sais rien sur lui, ou peu de choses… Elle… Elle a dit que j'étais un bâtard… Et soudain, elles m'ont toutes appelée comme ça… »
« C'est pour ça que tu l'as frappé ? »
« Elles ne s'arrêtaient pas… »
« Pourquoi n'en as-tu pas parlé à Indra ? »
« Parce que… Ca l'a regardait pas. Et que Chloé avait peut-être raison… »
Clarke se mit à genoux devant sa fille et inspira profondément « Tu n'es pas ce que ces filles disent de toi. Elles ont dit cela simplement parce qu'elles sont jalouses. »
« Jalouses ? »
« Mon dieu Madi, regarde toi : tu es magnifique. Tes longs cheveux, ton visage, tes yeux… Tu es bien plus jolie que ces pestes. Et leur seul moyen d'attaque c'est ça. Elles ne valent rien, non même moins que rien. »
« Mais pour mon père… »
« Ton père… Ton père est parti il y a longtemps. C'était un choix compliqué pour lui, pour nous. Mais il a fait ce qu'il croyait être juste pour toi et moi. »
« … »
« Je sais, c'est injuste mais tu vaux mieux que ça, tu vaux mieux qu'elles. »
« Je… »
« On en reparlera, je te le promets. »
« Vrai ? »
« Vrai. Mais en attendant, on va fêter ton anniversaire comme il se doit. »
Madi esquissa un faible sourire avant de monter en voiture. Ray posa une main sur l'épaule de son amie « Tu ne lui as rien dis ? »
« T'es folle. Elle saura en temps voulu, mais pour l'instant elle est trop jeune et fragile. Je m'occuperai de ces gamines moi-même. »
« Vas-y doucement : un flic qui tabasse des gamines de 10 ans ça fait tâche dans un dossier. »
« Je tâcherais de m'en souvenir, merci du conseil. »
« Alors comme ça, c'est l'aquarium demain ? »
« Tu veux venir ? »
« Pourquoi pas. »
« Ma mère sera de garde le soir mais elle pourra se détacher pour manger avec nous le midi. »
« J'accepte. » sourit Raven « Ca me laissera la matinée pour lui trouver un cadeau ! T'en as un toi ? »
« Je… J'ai bien une idée… »
« Ah ouais ? »
« Je pensais à un chiot… »
« Houlà Griffin… Tu sais que c'est vivant hein ? »
« La ferme Ray. »
« Non parce que de tous les animaux que tu as pu avoir entre les mains, aucun n'est encore vivant pour témoigner du fait que tu sois la proprio la plus sérieuse du monde. »
« Tu exagères, vraiment. »
« Ah oui ? Monkey la souris, Roméo et Juliette les poissons rouge, Whisky le chat obèse, Dragon le furet… Tous sont morts prématurément. Et si ta fille tient de toi, ce dont je ne doute pas, elle sera traumatisée à vie parce qu'elle sera incapable de veiller sur un être vivant, et que sa mère sera tout aussi incapable de le faire. »
« Tu as oublié Jimmy l'escargot au passage. Et je te signale que Jasper est toujours vivant. »
« Parce que c'est un chat qui est a 80% a l'extérieur de ton appart. Il a compris depuis bien longtemps que s'il veut rester en vie, il doit se barrer de là au plus vite. »
« Bref, tout ça pour dire que Madi est bien plus douée que moi pour ça. Je sais qu'elle s'en occupera bien. Je crois… Je crois qu'elle a besoin de ça, besoin de se sentir utile. »
« Ok, tu marques un point. Mais j'ai mon mot à dire sur la race : pas de mini merde genre chihuahua ou connerie de ce genre. Si Madi a un chien, je veux qu'il ait de la gueule. »
Clarke gloussa « Ok, ok. Allez, rentrons, ça a été une rude journée. »
Madi semblait soulagée d'un poids. Et quand elles quittèrent toutes les trois le Burger King, la petite souriait à pleines dents, imaginant déjà sa journée du lendemain.
« Il y a des requins blancs maman ! »
« Ouais je sais, les plus gros de ce coté du pays. » rabâcha Clarke tandis que sa fille était intarissable sur le sujet.
Et quand elles revinrent à l'appartement de la jeune femme, Raven leur souhaita bonne nuit en promettant de les retrouver le lendemain midi.
Alors que Clarke laissa Madi se changer pour dormir, elle s'assit au bord du lit et soupira : cette journée avait été éprouvante : elle repensa à Susan Dean et le destin funeste de Mathias Telford. Ce qu'ils avaient enduré pour atteindre l'Eden, et ce qu'avait pu leur dire Ryce et ses disciples pour les convaincre de l'atteindre… Clarke repensa alors aux diverses épreuves qu'ils avaient du traverser… La drogue, le sexe… Autant d'étape à franchir pour casser la personnalité de base et modeler un être affaibli et dépendant.
« Maman ? »
« Hm ? Oh viens… »
Madi s'engouffra sous sa couette et sourit à sa mère « Je suis désolée… Je sais qu'il ne faut pas se battre mais… »
« … Tu as eu raison. Peu importe ce qu'elle t'a dit, tu as eu raison de te défendre, tu n'as juste pas eu la bonne méthode. »
« … »
« Si elle a parlé de ton père, c'est une attaque gratuite et totalement perdue. Si elle en vient à ça, c'est qu'elle ne sait plus quoi faire pour t'atteindre. Tu lui fais peur. »
« Peur ? Moi ? »
« Bien sûr. Tu es magnifique, intelligente… Tu feras des ravages plus tard, et elle le sait. Elle a la trouille parce que tu seras reine du bal et c'est elle qui t'apportera la couronne et la posera sur ta tête. »
Madi sourit « J'ai pas envie d'être reine du bal. »
« Tu seras une reine, du bal ou ailleurs, tu brilleras un jour. »
La petite se pelotonna dans sa couette et sa mère l'embrassa sur le front « Je t'aime ma chérie. Je suis là pour toi, n'hésites plus à me parler, je t'en prie. »
« On parlera un jour de mon père ? »
Clarke se crispa et inspira « Ton père… Ton père est parti quand tu étais un bébé. D'abord parce qu'il devait travailler et ensuite parce qu'il s'est rendu compte qu'il ne pouvait pas s'occuper de toi, de nous correctement. Parce qu'il avait un choix à faire et qu'il ne voulait pas nous faire souffrir. »
« Mais il pourrait prendre des nouvelles, savoir comment on va, comment on se débrouille. Pourquoi il ne veut plus entendre parler de nous ? »
« Je crois que c'est trop douloureux pour lui. »
« Et pour toi ? »
« Pour moi ? Je… J'ai appris à vivre avec. » sourit-elle tristement
Madi sembla se contenter de cette réponse, du moins pour l'instant. Elle soupira « Demain on va à l'aquarium alors ? »
« Oui, le midi on mange avec grand-mère Abby, et ensuite direction les poissons ! »
« Merci maman… »
« Et attention, ce n'est pas fini, dimanche grande fiesta à la maison ! »
« Ah oui ? Avec ballons, gâteau et cadeaux ? »
« Evidemment, et de l'alcool aussi, n'oublions pas ! »
Madi explosa de rire « Y'aura grand-mère et Ray ? »
« Il y aura qui tu veux ma chérie, c'est ton week-end. »
La petit soupira d'aise alors et se blottit un peu plus contre sa mère « Dors avec moi ce soir… s'il te plait. »
Et sans se faire prier, la jolie blonde se fit une place aux cotés de sa fille et s'assoupit aussi vite qu'elle.
Lorsqu'elle se réveilla le lendemain, le lit de sa fille était vide. Elle s'étira et soudain ses narines furent titillées par l'odeur caractéristique du café. Elle sourit et, lentement, se rendit dans la salle où Madi jouait à la console « Hey salut toi… »
« Hey, y'a du café et des pancakes. »
« Des pancakes ? Tu as fais des pancakes ? »
« Evidemment, c'est pas sorcier. Et puis si tu peux y arriver, moi aussi. »
« Je ne sais pas comment je dois le prendre, mais on va dire que je le prends bien, ok ? »
Madi sourit et fut rejointe par une Clarke avec un mug de café dans une main et un pancake dans l'autre. Elle s'affala sur le canapé « A quoi tu joues ? »
« Crash Bandicoot. »
« Hm… »
Madi était assise par terre, en tailleur, adossée au canapé, une tasse de chocolat chaud encore fumant à coté d'elle « A quelle heure on retrouve grand-mère ? »
« Elle m'a dit à midi. A 14h, elle a un colloque. Ca nous laissera le temps d'arpenter l'aquarium de long en large. »
« Et Ray, elle nous rejoint là-bas ? »
« Nope, elle vient nous chercher, elle mange avec nous et on part ensemble. »
« Cool… Ah merde, j'ai perdu ! »
« Pardon ? Madi Elisabeth Griffin, je crois avoir mal entendu… »
« Oh euh… Je voulais dire zut… Je crois… »
Clarke leva les yeux au ciel, amusée. Elle n'avait jamais rien eu à reprocher à sa fille. Elle l'avait élevée seule, bien qu'aidée par sa mère et sa meilleure amie, mais elle ne devait cette victoire qu'à elle seule. Là où d'autres auraient baissé les bras ou l'auraient enfoncé, elle, garda la tête haute et réussi le challenge de conjuguer son rôle de mère et celui de flic. Voilà aussi pourquoi elle avait choisi Polis : une petite ville tranquille, du moins elle l'était jusqu'à ce dernières semaines.
« Je vais me préparer, ne tarde pas trop non plus. »
« Ok m'man. » lança la petite, le regard vissé sur l'écran, un bout de langue sorti témoignant d'une concentration extrême, ce qui fit sourire Clarke qui disparut derrière sa porte de salle de bain.
Et lorsqu'elles furent enfin prêtes, comme si Raven l'avait senti, cette dernière toqua à leur porte.
« Hey les Griffin ! »
« Ray ! » lança Madi qui se rua littéralement dans ses bras « Ca va être une super journée ! »
« Tu l'as dis ! Alors prêtes mesdames ? »
« Prêtes ! »
« Ma mère nous attend pour déjeuner, je viens de lui envoyer un message comme quoi nous sommes sur la route. »
« Parfait ! Allez en route ! »
Et lors du trajet, Madi n'avait qu'un seul mot à la bouche : l'aquarium. La petite nourrissait une véritable passion pour le monde aquatique, ce que n'avait jamais compris sa mère : elles n'avaient jamais réellement été à la plage ou faire de la plongée. Mais elle se jura qu'un jour, sa fille mettrait les pieds dans l'océan pacifique. En attendant, Madi lisait des livres, regardait des documentaires, elle était incollable sur la faune et la flore marine. Elle connaissait une large partie des espèces habitants les bas fonds de l'océan et si Clarke et elle n'avaient encore jamais été au grand aquarium de Washington c'était tout simplement par manque de temps.
Mais aujourd'hui, Clarke était bien décidée à prendre le temps avec sa fille, ses amies et famille. Alors lorsqu'elles arrivèrent au restaurant où Abby avait tenu à les inviter, Clarke gloussa « Sérieusement, elle ne fait jamais rien à moitié… Carrément un 4 étoiles. »
« Profite, ma mère à moi, elle préfère voir des étoiles plutôt que de me les offrir. »
Clarke était toujours un peu mal à l'aise lorsque Raven parlait de sa mère. Il était évident qu'elle n'avait pas le respect pour elle qu'elle-même avait pour Abby. Les années de débauche et d'insignifiance envers sa fille avait rendu cette dernière âcre et amère la concernant. Aujourd'hui, elle parlait à peine et quand elle l'évoquait, c'était toujours avec une pointe de sarcasme et de moquerie. Mais au fond, Clarke savait que cela trahissait un certain mal être.
« Abby hey ! »
« Voilà ma petite tribu. » Abby nota le changement de comportement de Madi et interrogea sa fille du regard, cette dernière la rassurant d'un signe de la tête et d'une sourire « J'espère que vous avez faim, ils ont la plus grande carte de la ville. »
« Jamais les choses à moitié hein. »
« Ce sont les 10 ans de ma petite fille. » répondit-elle naturellement, comme si c'était évident de payer un resto de chef étoilé pour sa petite-fille. Clarke était habituée de ces marques d'affection. Abby avait toujours été un médecin occupée et elle avait comblé bien souvent son manque de présence par des cadeaux tous plus luxueux les uns que les autres pour sa fille. Aujourd'hui, grand-mère dévouée, elle n'en restait pas moins occupée et réitérait la chose avec sa petite-fille.
« Je veux des spaghettis ! » lança avec joie Madi dont le pêché mignon était les pâtes, sous quelques formes que ce soit.
« Absolument ma chérie, tout ce que tu veux… »
Clarke leva les yeux au ciel par tant de gagatitude de la part de sa mère. Elle se souvenait du jour où elle avait annoncé à sa mère qu'elle était enceinte. Ce jour-là, elle était sur le point d'obtenir son diplôme de fin d'année et s'apprêtait à passer deux mois de vacances avec Raven en Australie. Mais ces plans furent contrariés et elle fut obligée de suivre un cursus en parallèle du sien, pour avoir une bouée de sauvetage lorsque sa grossesse l'empêcherait de suivre les cours. Le dernier trimestre fut compliqué et elle accoucha durant l'été d'un petit bout de chou. Elle ne fut pas présente à sa remise de diplôme, trop occupée à gérer les derniers préparatifs avant l'arrivée de son bébé. Sa mère et Raven la soutinrent du mieux qu'elles purent et c'est avec force et opiniâtreté qu'elle décida d'entrer quand même à l'école de Police, mettant ainsi Madi en crèche dès son plus jeune âge.
A 18 ans, on ne pense pas forcément à rentrer pour s'occuper de sa famille, mais plutôt à sortir, danser, boire et fumer… Clarke avait grandi trop vite, c'est toujours ce qu'avait pensé Abby, mais d'un autre coté, elle ne pouvait être plus fière de sa fille et de ce qu'elle était devenue : un flic respecté et doué, une mère attentive, une fille respectable et une amie fidèle.
« Je peux aller aux toilettes ? » lança Madi entre deux conversations
« Bien sûr. »
Et quand la petite fut hors de vue, Abby se racla la gorge « Quand vas-tu enfin donner un père à cette petite ? »
« Maman… » grogna Clarke
« Ou une mère, peu importe. »
« Pas maintenant, s'il te plait. »
« Ca fait 10 ans que tu es seule… »
« Officiellement. » gloussa Raven
« Ah… » lorsqu'Abby comprit le sous-entendu, sa mine se ferma « Tant que cela n'affecte pas Madi. »
« Maman, stop. Je t'en prie. Je suis très bien comme je suis. Madi est heureuse. »
« Que tu crois. Ce mal être qu'elle a et qui la pousse à se battre. C'est une chose qu'elle ne faisait pas avant. »
« Elle a juste un fort caractère. Ca lui servira plus tard. »
« … »
« Maman, je sais ce que tu veux, on est pas pressé. Je n'ai que 28 ans, j'ai encore la vie devant moi pour m'harnacher à quelqu'un. »
« Le terme harnacher n'est pas un peu fort ? »
« S'il te plait… Tu fréquentes Kane depuis quelques semaines et, ca y est, tu crois en connaitre autant en amour que moi ?! »
« Ka… Kane ? Mais… De quoi tu… »
« Maman, s'il te plait… Je sais qu'on ne se voit pas assez, mais quand je viens et que je vois une cravate qui traine, j'imagine que ce n'est pas ton style vestimentaire… »
« … »
« Je ne te jette pas la pierre, tu as droit d'être heureuse de nouveau. J'aurais préféré que ça ne soit pas avec mon patron, après tout c'est pas comme si y'avait des milliers de mecs aux alentours. »
« … »
« Y'a pas de soucis, il ne laisse rien transparaitre au boulot, et c'est très bien ainsi. »
« Je… C'est juste que… »
« Mais laisse-moi le temps de trouver mon rythme aussi, comme tu as pris le temps de trouver le tien. »
Abby soupira et sourit « Je voulais t'en parler. »
« Peu importe. Je suis heureuse pour vous. Ca veut juste dire qu'on aura une table plus grande à Noel, et quelques moments gênants à partager. »
Et quand Madi revint et qu'elle nota les sourires sur les visages de sa mère et sa grand-mère « J'ai loupé quelque chose ? »
Le repas fut aussi bon et copieux que les étoiles le laissaient imaginer. Abby dut repartir pour l'hôpital tandis que Raven, Clarke et Madi partirent en direction de l'aquarium. Excitée comme une puce, Madi sautait partout, ses yeux vaquaient d'une décoration à une autre, et pourtant, elles n'étaient même pas encore rentrées dedans.
« On va voir les méduses maman ! J'adore les méduses ! Oh, il parait qu'il y a des belugas aussi ! »
« Tout doux Madi, on prendra le temps de tout faire, je te promets qu'on ne repartira pas d'ici sans avoir vu tout ce que tu voulais voir. »
Satisfaite de cette promesse, Madi se calma un peu, trépignant tout de même d'impatience dans la file d'attente. Et lorsqu'elle eut son ticket entre les mains, elle le plaqua contre elle comme le plus beau des trésors.
Clarke déplia un immense plan et la petite commença à pointer du doigt tous les lieux qu'elle voulait parcourir « Attends, soyons efficaces. Tu vas numéroter ce que tu veux absolument voir en priorité, comme ça nous ne louperons rien. »
« Y'a aussi des spectacles, des présentations de dauphins et les requins ! »
« Eh bah mon vieux, on est pas sorties... » pouffa Raven qui pianotait en même temps sur son téléphone
« Ce que Madi veut, Madi a… Du moins aujourd'hui. » concéda Clarke « Ok princesse, on commence par quoi ? »
« Les tortues ! Et ensuite y'a la présentation des dauphins. Et après, on peut faire le gros tunnel qui passe dans le plus grand aquarium. »
« Alors c'est parti. »
Clarke aimait voir sa fille ainsi : épanouie, souriante. Non pas qu'elle ne l'était pas en temps normal mais lorsqu'elle était dans cette état d'ivresse et de joie, Clarke aurait fait n'importe quoi pour que cela dure.
« Maman, le tunnel est par là ! »
« Je crois que tu as tapé dans le mille avec ce cadeau. » sourit Raven
« J'espère. » sourit Clarke « Demain nous faisons une petite fête avec un énorme gâteau, des ballons et de la musique, tu viendras ? »
« Si je viendrais ? T'es sérieuse ?! »
Clarke gloussa et son regard fut attiré vers sa fille qui avait le nez collé à l'épaisse paroi vitrée, admirant les raies, les méduses et l'énorme requin qui voguait au dessus de leur tête. Clarke s'agenouilla à ses coté « Imagine si la vitre cède… » lança Madi dans une admiration qui fit presque froid dans le dos à sa mère
« Bah on va espérer que non. » hoqueta-t-elle
« C'est beau hein… »
Clarke ne voyait certainement le monde marin comme sa fille pouvait le voir. Pour elle, la mer était un danger comme un autre avec ses poissons voraces, ses méduses aussi hypnotiques que cruelles, du sable partout, des algues gluantes vous collant à la peau… Non, il n'y avait rien de beau dans tout cela, mais quand elle regardait le visage de sa fille, admirant l'océan et sa faune, Clarke pouvait comprendre la beauté telle qu'elle la voyait. Alors, elle répondit « Oui chérie, magnifique. »
Et quand Clarke se releva pour appeler Raven, elle se figea « C'est pas vrai… »
Madi jeta un œil aussi et fronça les sourcils en se relevant « Maman ? »
A quelques mètres de là, Anya et Lexa s'avançaient.
« Hey salut les filles ! » lança Raven en leur faisant de grands signes
« Mais qu'est-ce qu'elles font là ?! »
« J'ai invité Anya a passé l'après-midi avec nous… Je savais pas qu'elle amènerait Lexa avec elle. C'est cool non ? »
« T'es sérieuse ? C'est censé être une sortie en famille… »
« Avec un peu de chance, elles en feront un jour partie. » s'amusa Ray
« Très drôle ! »
« Hey les filles, super que vous soyez venues ! »
Anya fixa Clarke « Griffin… »
« Anya, Lexa… Vous venez visiter l'aquarium aussi ? »
« Raven m'a proposé de venir, et Lexa ne savait pas quoi faire alors… »
« Je savais exactement quoi faire, seulement, ça ne te convenait pas. » argua Lexa
« Restée cloitrée chez toi à manger des chips devant la télé, ce n'est pas un programme ça. »
« Moi j'adhère à ce genre de programme. » sourit Clarke
« Merci ! »
« Bah voyons, comme c'est étonnant… » siffla Anya
« Bref, vous êtes ici alors… profitons-en ! » lança Raven en se collant un peu plus à Anya
Lexa leva les yeux au ciel avant de s'éloigner un peu pour admirer les poissons flottant au dessus d'elle. Puis son regard fut attiré par la petite fille qui la fixait en contre bas.
« Vous travaillez avec ma mère ? »
« Pardon ? »
Madi se leva alors et se posta juste devant elle « Avec ma mère, Clarke. »
Lexa se figea et jeta un œil vers Clarke avant de reporter son attention vers Madi « Ah… »
« Alors ? »
« Oui. »
« Je vous ai jamais vu avant. Je connais Bellamy ou encore Echo… »
« Je suis du FBI, c'est peut-être pour ça. »
Madi écarquilla les yeux « Wow, sérieux ? Le vrai FBI ? »
Devant l'air admiratif de la petite, Lexa ne put que sourire « Exact. »
« Vous avez une arme et un badge alors ? »
« Encore exact. »
Madi sourit avant qu'une ombre ne la surplombe. Elle leva le nez et vit juste au dessus d'elles, l'immense requin « Wow… Il est trop beau. »
« C'est ton animal préféré ? »
« Non, moi j'adore les méduses. »
« Les méduses ? »
« Parce qu'elles sont magnifiques mais aussi étranges et super dangereuses. On a l'impression qu'elles volent dans l'eau, comme un sac plastique au vent. Elles sont mystérieuses et quand on veut s'approcher… c'est déjà trop tard. »
« La manière dont tu en parles rendrait n'importe quelle méduse magnifique. » sourit Lexa
« Et vous, c'est quoi votre animal préféré ? »
« Hm… J'aime les raies Manta. Là aussi, on a l'impression qu'elles planent dans l'eau. Leurs mouvements sont gracieux. Les raies sont étranges aussi : on ne voit pas leur visage, à peine leurs yeux… Regarde… » Lexa pointa du doigt une immense raie manta qui passait au dessus d'elles « On voit sa bouche, tu vois ? »
Madi suivit son doigt et la fixa, bouche ouverte d'admiration « Woah… »
« Elles sont belles hein ? »
« Carrément. »
Clarke regardait cette interaction de loin, un pincement au cœur. Madi était assez solitaire et sauvage, elle ne se liait pas facilement, et encore moins aux étrangers. Alors la voir aussi complice avec Lexa sur un sujet qu'elles semblaient maitriser toutes les deux.
« Hey, le courant passe… » souffla Raven
« Ouais… »
« Je vais faire un tour avec Anya, on revient. »
« Ray… »
« Quoi ? »
« T'es sérieuse là ? »
« On ne vit qu'une fois. »
« Shaw est de ton avis ? »
« Shaw s'envoie en l'air avec sa stagiaire. »
Clarke se figea « Je… Quoi ? »
« C'est la vie. Il va papillonner ailleurs, alors je fais pareil. »
« Anya n'est donc qu'une vengeance ? »
« Ca pourrait être plus que ça, on verra. Je ne me fixe rien… Je me laisse porter… » Raven sourit « Allez, on revient. »
Une fois seule, Clarke se tourna de nouveau vers sa fille et Lexa, en grande conversation. Elle les rejoignit « Hey… Vous complotez ? » plaisanta-t-elle
« On parlait des requins. »
« Oh, intéressant. J'en connais un paquet moi de requins… »
Devant l'allusion, Lexa esquissa un léger sourire, ce à quoi Clarke répondit aussi par un sourire.
« Hey, vous venez, je veux aller voir les bélugas ! »
Lexa fut surprise d'être invitée à suivre les Griffin, aussi facilement que si elle avait été prévue durant cette visite. Clarke opina alors, comme pour lui donner son consentement. Et la visite continua alors : les bélugas, les otaries, les loutres… Clarke ne savait pas combien de kilomètres elles avaient parcouru, mais il était certain qu'elle avait fait son sport pour les semaines à venir.
Et c'est devant un immense aquarium consacré aux dauphins et devant lequel Madi était collée, que Lexa et Clarke, en retrait, se laissèrent aller à une conversation qu'elles savaient être hors cadre professionnel. Mais, après tout, qu'est-ce qui l'était dans cette visite ?
« Alors comme ça vous avez une fille… » lança Lexa en fixant devant elle
« Yep, depuis 10 ans… » Clarke sourit « Le temps passe si vite… »
Lexa esquissa un faible sourire « Je ne vous imaginais pas maman… »
« Ah ? Pourquoi ? Parce que je suis encore super bien foutu ? »
Lexa hoqueta « Non, parce que je vous trouve bien plus immature qu'elle. »
« Ouch, ça fait mal ça… »
« Comment faites-vous pour jongler entre votre métier et votre rôle de maman ? »
« Hm… J'ai de bons soutiens : ma mère, Raven… Madi n'a jamais été seule. J'ai toujours voulu être flic et pour moi, je n'ai jamais trouvé cela incompatible avec l'envie d'être mère… Même si, je l'avoue, je n'imaginais pas l'être aussi tôt. »
« Grossesse non désirée ? »
« Grossesse surprise mais vite prise comme un signe du destin. Madi est toute ma vie, je ferais n'importe quoi pour elle. Si elle me le demandait, j'abandonnerais mon travail pour me reconvertir dans quelque chose de plus… conventionnel, de moins dangereux. »
« Vous n'avez pas peur, justement, qu'avec votre métier à risque, vous risquiez d'en faire une orpheline ? »
« J'ai toujours pris mes précautions. Je suis une tête brûlée mais je sais où m'arrêter. Parce qu'il y a Madi et que je ne veux pas qu'elle connaisse la peine que j'ai connu. »
« Comment ça ? »
« Hm, j'ai perdu mon père et je l'ai mal vécu… J'en étais très proche et se fut une douleur atroce. »
« Oh je comprends… On a tous eu des pertes un jour… »
Clarke lui jeta un coup d'œil mais ne releva pas « Ouais… Donc voilà, vous connaissez mon secret. » sourit-elle « Et vous ? »
« Moi ?! »
« J'ai l'impression que vous savez beaucoup de choses sur moi, mais moi j'ai rien sur vous. »
« Il n'y a rien à savoir. »
« Ahh le mystère des agents du FBI… »
« Qu'est-ce que c'est ? »
« Bah vous savez : toute cette mythologie autour du FBI : les secrets défenses, le coté rigide, vous ne vivez que pour votre job. Moi quand on me parlait du FBI, j'imaginais Mulder et Scully dans leur costard, cherchant à déjouer les complots politique brumeux… Ce genre de trucs… »
Lexa pouffa « Et maintenant, nous vous faisons changer d'avis ? »
« Vous êtes en train oui. » sourit Clarke avant de la fixer « J'imaginais pas que vous seriez du genre à venir ici parce que le flirt de votre collègue vous implorerait de le faire. »
« Elle ne m'a pas imploré. » rectifia Lexa, de la fierté dans la voix
« Ouais enfin… J'imaginais que le FBI ne dormait jamais, qu'il n'était en train que de bosser sur l'affaire en cours… Ce genre de chose. »
« Je ne vis pas que pour mon travail, sinon ma vie privée en pâtirait, et ça, je me le refuse. Je suis juste casanière et sors peu. Je laisse mon travail au bureau. Si je ne fais pas la part des choses… Je deviens folle. »
« Je comprends, moi j'ai le tort de, parfois, ne pas pouvoir dissocier la chose. »
« Même avec Madi ? »
« Parfois je lui parle des affaires, évidemment pas les plus trash, et ça m'aide à y voir plus clair. Un peu comme quand on réfléchit à voix haute. Sans le savoir, Madi m'a aidé dans beaucoup d'enquêtes. » sourit-elle
Lexa sourit à son tour et reporta son attention sur l'immense aquarium. Un court moment de silence avant que Clarke ne reprenne, poussée par la curiosité « Pour Anya… Vous pensez que c'est juste un jeu pour elle… Raven je veux dire ? »
« Je n'en sais rien, c'est mon amie et collègue, mais parfois ses choix de vie peuvent être discutables. Mais qui suis-je pour lui donner des leçons. Elle est majeure. »
« J'imaginais pas des agents du FBI aussi… libre d'action. »
« Ah oui ? Vous pensiez que nous étions liées par le bureau fédéral jour et nuit ? »
« Ouais en quelque sorte, genre pas de vie sociale, pas de vie privée… Un rat de bureau quoi. »
« Charmant. Vous avez décidément pas mal de préjugés sur le FBI… »
« Mais je suis contente de m'être trompée. »
« Ah oui ? »
« J'aurais détesté bosser avec ce genre de flic. »
Lexa leva les yeux au ciel avant de jeter un coup d'œil vers Madi, elle sourit alors avant de regarder son téléphone quelques secondes puis de le remettre dans sa poche. Clarke ne vit rien, obnubilée par les poissons devant elle « Putain si ça pète on est mal… »
Lexa gloussa « Pourquoi penser si négativement ? »
« Je crois que c'est mon coté pessimiste. » sourit Clarke
« Avec une petite fille comme Madi, c'est triste de se penser pessimiste. »
« Madi m'aide beaucoup… Je lui en demande certainement beaucoup trop. Je le vois bien, elle est solitaire… Demain, elle n'a invité personne de son école… Elle préfère être entourée de sa famille, c'est génial mais… Elle a 10 ans bon dieu… Des fois, j'me dis que je passe à coté de mon éducation, de faire d'elle un être aussi casanier que moi… A 10 ans, moi, je m'éclatais avec mes potes dans les rues : on bidouillait dans la terre, on construisait des cabanes dans lesquelles on avait nos règles, nos lois, notre langage… Purée, c'était les plus belles années de ma vie. Madi, elle, j'ai l'impression qu'elle les subit. »
« Cela lui passera. Elle est encore jeune. »
« Ouais… »
Lexa fronça les sourcils mais ne commenta pas. Cela n'était pas vraiment sa place, d'ailleurs, être la confidente de quelqu'un n'était pas la place qu'elle préférait. Elle écoutait, elle conseillait parfois, mais à choisir, elle préférait éviter ce genre d'interaction.
Madi revint, tout sourire « C'est trop génial, j'adore ! »
Clarke était heureuse : pour une fois, Madi oubliait ses tracas quotidiens, ne pensant qu'à cette journée, qu'à être la petite fille qu'elle aurait du toujours être.
« Hey, ça te dit une pause glace ? »
« Ouais ! »
« Woods, une glace ? »
« Pourquoi pas. Menthe chocolat s'il y a. »
« Ok, je reviens. »
Lexa et Madi s'assirent alors sur un petit banc, en face d'un aquarium rempli de coraux.
« Tu travailles avec ma mère hein ? »
« Oui. »
« Dis… Tu la protègeras ? »
« Pardon ? »
« Ma maman. Tu la protègeras ? Tu es du FBI… C'est fait pour ça, non ? »
« Ta mère, je pense, est capable de se protéger elle-même. » sourit-elle
« Je sais, mais au cas où… »
Sentant la peine et la tristesse dans la voix de la petite, Lexa posa sa main sur son épaule « Pas de problème, je le ferais, promis. »
Rassurée, Madi sourit de nouveau avant que Clarke n'arrive les mains chargées de glaces « Et voilààà ! » Elle tendit la glace au chocolat à sa fille puis l'autre à Lexa qui l'en remercia d'un sourire, avant de s'asseoir à ses cotés « J'espère que Raven n'a pas ruiné votre samedi… »
« Non, comme ma charmante coéquipière l'a dit, je n'avais pas un programme très folichon… »
Clarke sourit « Moi j'aime bien fainéanter dans le canapé à ne rien faire qu'à manger devant Netflix. C'est cool comme soirées. »
« Je suis d'accord. » sourit Lexa
Elles échangèrent alors un regard complice, comme si elles savaient exactement ce que l'autre pensait, avant que Madi ne se lève « On y va ? »
« Tout de suite chérie. Qu'est-ce que tu veux voir à présent ? »
« Les nano aquariums. »
« Et bah allons voir les nano machins… »
Lexa réprima un sourire et suivit la mère et la fille. Une fois dans les aquariums, Madi ne tarit pas d'éloges sur les poissons présentés jusqu'à la question fatidique que redoutait tant Clarke depuis le début de la journée « Maman, je peux avoir un poisson ? Comme cadeau d'anniversaire ! »
« Et merde… » grogna discrètement la jeune femme
Lexa réprima un rire « Loupé. »
« Regarde, ceux-là ils sont minuscules. Ils prendront pas de place ! »
« Et qui s'en occupera ? »
« Bah moi ! »
« Madi chérie… Tu t'en occuperas les premiers temps et ensuite… »
« Non, promis ! Tu sais que c'est faux, que j'adore les poissons. Je m'en occuperai certainement mieux qu'un chien d'ailleurs. »
Clarke se figea, elle qui avait dans l'idée de l'emmener par la suite dans une animalerie, venait de se prendre une douche froide. Elle soupira alors « Et Jasper ? Il va pas kiffer… » Elle se tourna vers Lexa et lui glissa « Jasper, c'est notre chat. »
Lexa opina silencieusement, préférant restée à l'écart de ce débat mère-fille
« Maman… Regarde les avantages : ca salit pas, ca peut rester des jours autonomes… »
Les regards de Clarke et sa fille se croisèrent, s'ancrèrent et finalement… « Ok… »
« Vrai ? »
Et avant que Clarke ne réponde, son téléphone vibra. Elle lut le message est grimaça « C'est une blague… »
« Quoi ? »
« Raven et Anya sont parties ensemble… »
Lexa haussa un sourcil « Sérieusement ? »
« Merde, c'est elle qui nous a accompagné… »
« Mais alors et mon aquarium ? Et mes poissons ? »
Lexa vit la tristesse sur le visage de la petite fille et se tourna alors vers Clarke « Je peux vous ramener. »
« Non, merci, on va rentrer en bus. »
« Ne soyez pas butée. Votre fille réclame son cadeau d'anniversaire et je peux le transporter. »
Clarke soupira alors, se sentant coincée entre sa fille et sa collègue de travail « Et merde… »
« Ca ne me dérange absolument pas, vraiment. »
« Super ! » ! s'enjoua la petite qui comprit que, grâce à Lexa, elle reviendrait chez elle avec tout ce qu'il fallait.
Et ce fut effectivement le cas : Madi repartit avec une petite armée de nano poissons, un aquarium de 100 litres et tout le matériel allant avec comme des filtres, des lumières, de la décoration pour l'aquarium et de la nourriture pour les poissons. L'aquarium était tellement imposant que ce fut un employé du parc qui les aida à le mettre dans le gros rover de Lexa.
« Je suis désolée encore de me servir de votre voiture comme d'un livreur. »
« Y'a pas de soucis, vraiment. »
Clarke indiqua la route jusqu'à son appartement « Heureusement, j'ai un ascenseur. »
« Merci mon dieu. » lança Lexa, les bras chargés de l'immense aquarium. Une fois dans l'appartement, Clarke dégagea rapidement un meuble afin de le poser dessus, pour le plus grand soulagement de Lexa.
« Ouch, ok c'est bon là ? »
« Même si ça ne l'était pas, merci mille fois ! » concéda Clarke
« De rien. »
Madi suivit quelques secondes plus tard, portant ses poissons et leur nourriture « Maman, il ne faut pas tarder à remplir l'aquarium. Il faudra y installer le filtre, les lumières, les décos et y mettre les bactéries. »
« Les bactéries ?! »
« Pour qu'un éco système se crée et que les poissons y soient bien. »
« La vache, il faut avoir un diplôme pour ça ou quoi ?! »
Lexa gloussa et soudain un petit silence gênant s'installa « Euh bon… Si vous n'avez plus besoin de moi, je vais rentrer. »
« Non reste ! » lança Madi, à la surprise des deux jeunes femmes « Maman, tu peux lui offrir un café ou un truc à boire… »
Clarke haussa un sourcil interrogateur mais se tourna vers Lexa « Un café ? »
« Oh euh non, merci. »
Clarke s'approcha doucement de Lexa, jusqu'à ce que ses lèvres ne frôlent son oreille « Acceptez quelque chose, sinon Madi va me faire la guerre pour le reste du week-end. Ayez pitié. »
Lexa sourit et quand Clarke se dégagea, elle ne put s'empêcher de plonger son regard dans le sien, frissonnant au passage « Ok. »
Madi sourit et attira Lexa vers l'aquarium, trop heureuse d'avoir enfin trouvé une alliée à qui parler de sa passion. Pendant ce temps là, Clarke eut une idée. Elle partit dans la cuisine et sortit deux immenses pizzas qu'elle fit chauffer. En préparant la salade d'entrée, elle ne put s'empêcher de jeter quelques coups d'œil à Madi et Lexa, en grande conversation sur l'écosystème maritime et ce qu'il serait bon de faire pour son aquarium. Puis elles débâtèrent sur les décorations à mettre ça et là, ce qui fit sourire la jolie blonde.
Et finalement, sans s'en rendre compte, Lexa resta jusqu'à ce que les pizzas soient prêtes. Et quand Clarke lança un « A table ! » elle fut surprise.
« A table ? »
« Je me suis dis que, vu l'heure, autant manger, non ? »
Lexa jeta un œil à sa montre et constata, effectivement, qu'elle était là depuis plus d'une demi heure « Je n'ai pas fais attention. »
« J'espère que vous aimez la pizza 4 fromages. »
« Oui. » sourit Lexa
Madi était aux anges : elle pouvait rallonger son temps de parole, déblatérant littéralement sur son aquarium et ses futures possibilités « S'ils font des petits ça serait cool non ? Et j'économiserai pour leur acheter une décoration qui leur servira d'habitat, tu sais maman, ce genre de roche creuse où ils peuvent se cacher. »
« Oui je vois très bien. » s'amusa Clarke « Un peu comme dans Nemo ? »
« C'est ça ! »
Lexa regarda ces interactions comme un programme télé rafraichissant. Il y avait bien longtemps qu'elle n'avait pas passé une telle soirée. Puis soudain, elle fronça les sourcils et jeta un coup d'œil à sa montre.
« Un problème ? »
« Non, je… Je ne vais pas tarder, j'ai… quelque chose à faire. »
« Oh, ok pas de soucis. C'était déjà très gentil d'accepter de m'aider et de diner. N'est-ce pas Madi ? »
« Oh oui ! Dis maman, Lexa peut venir demain à ma fête ?! »
« Oh euh… Lexa a peut-être des choses à faire… »
Madi se tourna alors vers la jolie brune et soudain cette dernière se sentit piégée « Oh euh… Je ne voudrais pas m'imposer, je suppose que ça sera une réunion de famille. »
Clarke haussa les épaules « Comme vous voulez. »
« Mais maman… Tu m'as dis que c'était ma journée… » grogna la petite « Ce que Madi veut, Madi a, c'est ce que tu as dis pour ce week-end. »
« … »
Clarke hésita à regarder Lexa, elle ne voulait surtout pas qu'elle pense qu'elle n'avait pas le choix.
« Je viendrais. » concéda Lexa dans un sourire rassurant
« Vous n'êtes pas obligée… »
« Je sais, mas je n'ai rien d'autre à faire et j'ai comme l'impression que j'y retrouverai Anya. » sourit-elle en finissant sa pizza « Par contre, je dois vraiment y aller. » Elle se leva, suivie de Clarke « Merci encore pour la pizza. »
« Merci pour l'aide pour l'aquarium. »
« Ce n'est rien. Madi, à demain. »
La jeune fille lui sourit et opina « Viens pour 14h, hein maman ? »
« Ou… Oui, oui, c'est ça. » Elle raccompagna Lexa jusqu'à la porte « Sérieux, si ça vous tente pas, vous n'êtes pas obligée de venir. Je peux lui dire que vous avez été appelée par votre bureau. »
« Non je viendrai. Serait-il possible que j'amène quelqu'un avec moi ? »
« Oh euh oui… Pas de soucis. Venez avec votre compagnon, plus on est de fou plus on rit. »
« Ce n'est pas… »
« Huh ? »
« Non rien. A demain donc. »
« A demain. » Et quand elle referma la porte, elle se tourna vers sa fille « Oh toi, tu es dans le pétrin ! »
« Pourquoi ? » lança innocemment la petite
« Non mais sérieusement ? Tu invites une nana que tu connais depuis quoi… 3h ? »
« Tu l'aimes pas ? Moi je la trouve sympa. »
« Sympa ? Mais… On parle bien de la même personne ? »
« Elle nous a ramené ici avec l'aquarium. » lui fit remarquer Madi
« Y'a une différence entre être polie, bien élevée et… sympa ! »
« Alors, elle a accepté de venir juste… pour être polie ? »
Clarke se raidit « Oh non, non, je suis certaine qu'elle a dit oui parce que le courant est bien passé entre vous deux. »
Madi regarda son aquarium « Merci maman, pour l'aquarium je veux dire. »
« De rien… Il est pas mal hein… Tu le montreras à ta grand-mère. »
« Elle est comme toi, elle y connait rien en poisson. La seule avec qui je peux en parler c'est Lexa. »
Clarke haussa un sourcil « Bah merci, dis que je sers à rien ! »
« Si, bien sur que si, tu me l'as payé. » gloussa-t-elle
« Espèce de… petite… crapule ! Va au lit ! »
Madi sauta hors de la table alors et embrassa sa mère sur la joue « A demain, bonne nuit ! »
Evidemment, Clarke comprit en voyant la table non débarrassée « La petite maline… »
Elle se leva et débarrassa les plats, repensant à cette journée : comment tout lui avait échappé ? Elle qui avait toujours le contrôle de tout. Elle avait passé l'après-midi avec cet agent du FBI aux yeux verts perçants, ce même agent qui l'intriguait et qui, à présent, était invitée à l'anniversaire de sa fille.
« Purée… »
Puis son téléphone vibra et elle ne put que sourire en lisant le message de Raven :
*Demain, je peux venir accompagnée ?*
Clarke lui répondit *Laisse-moi deviner…*
*Non pas la peine. Alors ?*
*Bien sur. De toute manière, Madi a déjà invité Lexa*
Mais Clarke ne reçut aucune réponse. Au lieu de cela, son téléphone sonna « Allo ? »
« Comment ça Madi a invité Lexa ?! »
La jolie blonde gloussa « J'y peux rien, elle m'a eu. »
« Bah merde… »
« Et toi, tu amènes Anya ? »
« Ouais.. »
« Hey, pas de connerie hein… »
« Rien que tu ne ferais, promis. »
« C'est rassurant. Et je te rappelle qu'on est en pleine enquête… »
« Je sais, je sais. On le sait toutes les deux. Et on est assez pro pour faire la part des choses… C'est pas comme si tu invitais une collègue à un anniversaire. »
« Alors, rectification : c'est Madi qui l'a invité. »
« Peu importe, ça reste dans un cadre non professionnel. »
« C'est toi qui a commencé en amenant Anya et Lexa à l'aquarium ! »
« Ouais, ouais en attendant… »
« Stop, c'est une collègue sur une enquête compliquée. Tu devrais, toi aussi, faire gaffe à ce que tu fais. Tu la connais à peine… »
« Elle s'appelle Anya Reynolds, c'est un agent du FBI, elle est canon. J'ai pas besoin d'en savoir plus. »
Clarke leva les yeux au ciel « Un jour, ça te retombera sur le coin de la gueule… »
« En attendant, c'est la petite gueule d'Anya sur laquelle je tombe ! On viendra pour 14h30 demain. »
« Ok. Au fait, j'ai finalement acheté un aquarium à Madi, avec tout le bordel allant avec, y compris les poissons. »
« Pauvres poissons… »
« Hey ! »
« Bon allez, j'te laisse, madame m'attends. »
« A demain. »
Clarke regarda son téléphone et l'écran noir, avant de soupirer : son amie avait l'habitude de bruler la chandelle par les deux bouts, elle l'avait toujours fait et Clarke suivait tant bien que mal. Raven était le moteur des deux, celle qui avait toujours été forte. Clarke avait pour rôle de prendre le relai lorsque Raven n'était pas dans un bon jour. Raven fonçait, et Clarke tenait sur la longueur.
De savoir que Raven s'envoyait certainement en l'air avec cet agent qu'elle ne connaissait pas 3 jours plus tôt, n'aurait même pas du l'étonner. Peut-être avait-elle raison ? Peut-être fallait-elle qu'elle se lâche un peu plus ? Mais la dernière fois qu'elle avait fait cela, Madi vint au monde et elle du passer sa grossesse seule et démunie. Elle se jura alors de ne plus refaire les mêmes erreurs, et 10 ans plus tard, elle n'avait, pour l'instant, accumulé que conquête sur conquête, homme ou femme, toute plus éphémère les unes que les autres, sans prise de tête, sans engagement.
Voulait-elle quelque chose de plus stable ? Peut-être… Mais elle n'avait tellement pas le temps ni aucune piste pour l'instant, que seule l'enquête qu'elle menait actuellement serait sa compagne pour un moment encore.
Madi n'avait jamais été aussi excitée. Quand Clarke émergea enfin, elle eut la surprise de voir non seulement sa fille debout et prête, mais aussi et surtout en train d'admirer son aquarium béatement « Maman, s'ils font des bébés, ça sera trop petit. »
« Minute papillon, tu parles de bébé à une maman qui a peu dormi et qui n'a pas encore pris son café, sois conciliante s'il te plait. »
« J'ai vu sur Internet qu'on a encore pas mal de trucs à acheter… »
« Hey, je pense qu'on a ce qu'il faut pour commencer. A moins que tu ne veuilles élever une armée de nano machin. »
Madi sourit et rejoignit sa mère dans la cuisine « Un chocolat ? »
« S'il te plait. Alors… On va faire le gâteau ? »
« Tu me fais confiance pour le faire ?! »
« Tu préfères le commander hein… »
« J'ai seulement envie que ma fille passe son onzième anniversaire. » Elle fit le tour du comptoir et embrassa sa fille sur le front « Joyeux anniversaire ma chérie. »
« Merci maman… »
« Bon alors, je commande le gâteau, on est bien d'accord ? »
« Laisse, grand-mère s'en charge. » Clarke haussa un sourcil « Elle a appelé ce matin, tu dormais encore. Elle a dit qu'elle allait apporter le gâteau… te connaissant. »
« Ah bah merci, ça fait chaud au cœur de se sentir soutenue par sa mère et sa fille… »
Madi gloussa « «Je suis contente que Lexa revienne, elle est cool. »
« Si tu le dis… »
« Elle fait partie du FBI, c'est trop cool ça ! Tu te rends compte ?! »
« Ouais, ouais, j'me rends bien compte. Elle est super cool cette Lexa hein… »
« Bah elle a un flingue et une plaque ! »
« Moi aussi j'te signale ! »
« Mais toi t'es pas du FBI… »
« Hey, si j'veux, je pourrais y être… J'ai juste pas envie d'être un agent coincé du c… Bref… Je suis bien comme je suis. »
Madi s'approcha et posa sa tête sur l'épaule de sa mère « Mais oui maman, t'es géniale… »
Clarke soupira « Mais tu es contente que Lexa vienne… »
« Oui ! Bon on prépare ?! »
Lorsque Madi proposa son aide, Clarke n'imaginait pas que cela consisterait à : Madi donne des ordres et elle les exécutait. La jolie blonde s'activait tandis que Madi, entre deux ordres, se pâmait devant son aquarium. Clarke n'imaginait même pas le jour où un de ses poissons serait retrouvé un matin, flottant sur le dos.
« Maman ? »
« Hm ? »
Madi détourna son regard de ses poissons « Tu te marieras un jour ? »
Clarke faillit s'étouffer avec sa salive et après avoir retrouvé constance, elle la fixa « Pardon ? Mais… »
« Parce que, tu vois… Enfin… »
« Madi ? »
« C'est juste que… T'es toute seule et… »
« Madi, si j'avais envie, je le ferais. Je n'ai tout simplement plus le temps. »
« … »
« Hey, regarde moi… » la petite obtempéra « Y'a un problème ? »
« Non c'est juste… Si tu veux personne c'est à cause de papa ? »
« Quoi ? Non, pourquoi tu penses ça ? »
« Il est parti, mais parfois on pense que ressortir avec quelqu'un, c'est comme le trahir. »
« Ce n'est pas mon cas… » rassura la jolie blonde « Ton père et moi… » Elle inspira, pesant ses mots face à sa fille qu'elle sentait avoir besoin de réponses « Nous nous sommes aimés, énormément. C'était intense, mais aussi fugace. La vie a fait que les choses se sont passées différemment de ce que nous pensions… Mais c'est ainsi, on a fait avec, tous les deux. Tu es arrivée et ce fut la plus belle chose pour moi, la meilleure, et de loin. Si je peux me targuer de dire que j'ai réussi correctement une chose dans ma vie, ce n'est ni professionnellement, ni même quotidiennement… C'est toi. Ca a toujours été toi. Je tuerai n'importe qui si cela signifiait te garder en sécurité. Tu es ma chair et mon sang, j'ai une arme, et je sais m'en servir. » Madi gloussa alors « Maintenant, pour ce qui est de partager mon quotidien avec quelqu'un d'autre… Ce n'est clairement pas à l'ordre du jour. Mon travail me prend du temps, et le reste, j'aimerais te le consacrer. Tu vois, il n'y a, pour l'instant, aucune place pour autre chose. »
« Mais… Tu es heureuse ? »
« La question principale est de savoir si, toi, tu l'es. Alors ? »
Madi se pinça la lèvre inférieure et détourna brièvement le regard, signe que sa mère savait décrypter parfaitement : sa fille s'apprêtait à mentir, ou du moins ne pas dire entièrement ce qu'elle pensait « Je veux… Que tu sois heureuse. »
« Je le suis, crois-moi. Mais toi Madi, dis-moi ce que tu souhaites. »
« … »
« Madi ? »
« Ca serait plus simple si on était comme tout le monde… »
Le cœur de Clarke se serra alors « Comme tout le monde ? Ou comme ces filles aimeraient que tu sois ? »
Madi la fixa, puis soupira : évidemment que sa mère savait. Elle savait toujours. N'était-ce pas le super pouvoir des parents de lire entre les lignes, voire même les pensées, de leurs enfants ? De savoir sans vraiment le montrer jusqu'à ce qu'on ne puisse plus le cacher et que, lors de la grande révélation, ils agissent comme ils avaient toujours su mais qu'ils n'en font pas étalage ?
D'un coté, Madi était soulagée que sa mère sache sans qu'elle ait besoin de le lui dire, cela la soulageait d'un poids. Mais d'un autre coté : cela voulait-il dire que rien n'échappait à sa mère ? Cette perspective était aussi étouffante que terrifiante.
« Je… Non, elles… »
« Madi, je me doute que ce qui t'a mis en rage au point de la cogner, c'est que cette fille a du appuyer là où ça fait mal… Et à part l'absence d'une figure paternelle dans ta vie, je ne vois pas ce qu'elle pourrait te reprocher d'autre. »
« … »
« Alors pour commencer, cela ne la regarde absolument pas. Est-ce que je vais voir si sa mère est portée sur l'alcool ou sniffe de la drogue ? Est-ce que je vais fouiller sa vie privée pour voir si ça va avec son mari ? Je m'en fous… Et si elle, elle t'attaque sur cela c'est que, dans sa propre vie, il doit y avoir quelque chose qui ne va pas. »
« Tu crois ? »
« Je n'en sais rien… Et je m'en fous. Sauf si elle s'attaque de nouveau à toi sur ce sujet… Je serais incisive… Et rappelle-toi que j'ai un flingue, ok ? » Madi opina « Alors, dis-moi : est-ce que l'absence d'un papa te pèse tant que ça ? »
« Je sais pas… Je sais pas ce que c'est de vivre avec alors… Comment on peut savoir ce qui nous manque si on l'a jamais connu ? »
Clarke lui caressa le visage « Et si un jour je retrouve quelqu'un ? »
« Bah… S'il est cool, pourquoi pas ? Mais… Si tu trouves pas chez les hommes, tu peux voir pour les filles, non ? »
Clarke fut surprise : elle n'avait jamais réellement parlé de sa bisexualité à sa fille, simplement parce qu'elle n'en faisait pas étalage devant elle. Madi ne savait que pour son père. Pour ce qui était des relations d'une nuit ou trop courte pour s'en soucier, Clarke n'en avait pas parlé et, à chaque, fois, préférait passer la nuit chez la conquête du jour, préférant afficher une stabilité à sa fille plutôt qu'un amoncellement de relations fugaces.
Clarke avait toujours été bisexuelle, d'aussi loin qu'elle se souvenait, elle avait toujours regardé des deux cotés de la rue, comme Raven aimait métaphoriser la chose. Sa mère était au courant, mais n'en prit jamais ombrage, tant que sa fille était heureuse et prudente.
L'histoire avec le père de Madi avait été aussi fugace qu'intense, donnant naissance à une petite fille, mais dont la relation se termina aussitôt qu'il apprit qu'elle fut enceinte. Madi ne savait pas la vérité sur lui, et Clarke espérait qu'elle ne l'apprenne jamais.
« Pourquoi tu dis ça ?! »
« Bah c'est vrai non ? Que tu aimes les garçons et les filles. »
« Comment tu sais ça toi ? »
« C'est Ray qui me l'a dit. »
« Ray ? »
« En fait, elle me l'a pas vraiment dit… Je l'ai entendu. »
« Oh… Et ? »
« Et quoi ? »
« T'en penses quoi de ça ? »
« Hm… J'en sais rien… »
Clarke lui sourit et l'embrassa sur le bout du nez « Tu sais quoi ? On s'en fout. On se posera la question quand le moment viendra. Pour l'instant, c'est ta journée ! Grand-mère ne va pas tarder à arriver. »
Madi sauta du tabouret et afficha un sourire éclatant « Ma journée ! »
TBC
