Bonjour tout le monde !

Comment allez-vous bien ? Moi impec : terrassée par la gastro, mais tout va bien XD

BONNE NOUVELLE ! Pour ceux et celles qui ne le savent pas encore : ma dernière Nouvelle est sortie en début de semaine et est dispo à l'achat en Ebook sur le site "Reines de Coeur"... Elle s'appelle Aloah et prend place à Hawaï. Si le coeur vous en dit, jetez-y un oeil ^^

Autre nouvelle, moins jojo celle-là, je ne serais pas là dimanche prochain, du coup, si je peux, j'essaierai de poster la suite samedi dans la matinée, sinon, ça devra attendre Lundi matin.

En attendant, merci encore pour vos reviews et à présent, place à la suite !

ENJOY


Infiltration

Trois jours passèrent… Trois jours durant lesquelles Clarke avait repris ses habitudes, avec sa fille, au travail. Elle était sur une nouvelle enquête, bien moins passionnante avouait-elle, que la précédente : une histoire de vol à mains armées dans une banque, une récidive d'un gang qui semblait plutôt bien organisé.

« Bell, tu aurais le rapport des experts sur les possibles traces ADN ? » demanda-t-elle tandis qu'elle avait le nez collé à son ordi

« Hm nope, pas encore. Ils ont un matos de pro… Ils sont défoncés le coffre-fort en quelques secondes. D'ailleurs, si l'on en croit les vidéos de surveillance, il semblerait qu'ils sachent exactement ce qu'ils font. »

« Oui enfin, il le faut un minimum si tu veux t'attaquer à une banque… T'arrive pas les mains dans les poches. »

« Non je veux dire : ils ont un timing impeccable : ils savent à la seconde près combien de temps mettront les flics à arriver. »

« Un complice ? »

« Pourquoi pas. Faudrait revoir les dépositions des employés et leur dossier. »

« Merde, on va y passer la nuit… »

« Clarke… »

« Je vais devoir appeler Madi… »

« Clarke… »

« On avait prévu pizza. »

« Clarke ! »

« Quoi ?! »

Bellamy fit un coup de tête derrière elle pour qu'elle se retourne. Lorsqu'elle le fit, elle se figea : devant elle, Anya, le visage impassible, les bras croisés.

« Bah merde… » souffla Clarke en se levant « Je pensais jamais vous revoir… »

« Griffin, on peut parler ? »

« Ah parce que maintenant vous voulez parler ? Trois jours plus tard ? »

« Griffin. »

Clarke aurait voulu l'ignorer, comme elles l'avaient fait avec elle, mais au lieu de cela, elle soupira et se leva. Sans un mot, elles sortirent du bureau de police et Clarke les conduisit vers un banc dans le parc bordant l'immeuble. Ce n'est qu'une fois assises, que la jolie blonde consentit à ouvrir la bouche « Alors… Vous êtes là pour ? »

« Je suis désolée. »

Clarke hoqueta « Elle est bien bonne celle-là. Depuis quand le FBI s'excuse ? »

« Depuis que les choses n'ont pas été faites à la régulière. »

« Vous saviez ? Le dimanche quand vous êtes venues chez moi, vous saviez que l'enquête me serait retirée ? »

« Non. Nous l'avons appris le lundi matin alors que nous nous apprêtions à venir à Polis. »

« … »

« Nous n'avons pas pu vous prévenir. »

« Et Raven ? »

« Raven ? »

« Bah… Il parait que vous êtes… proches. Je sais pas moi, vous auriez pu au moins la jouer réglo avec elle. »

Anya fronça les sourcils « Pour autant que je sache, ce que je fais en dehors de l'enquête ne regarde que moi et l'intéressée. Pour ce qui est de l'enquête, j'ai été aussi surprise que vous. »

« Ah oui ? »

« Griffin, quoique soit nos points de vues, et croyez-moi, ils diffèrent, je reconnais que vous nous avez beaucoup aidé sur cette affaire. »

« Merci. » railla amèrement la jeune femme

« Mais pour ce qui va suivre, nous avons besoin de compétences précises, que vous ne pouvez apporter. »

« Des compétences précises ? Comme ? »

« … »

« Oh sérieusement, vous allez me sortir le couplet du « secret défense » maintenant ? »

« … »

« Merde, pourquoi vous êtes venue ici à la fin ? Pourquoi prendre la peine de venir vous excuser et vous expliquer ? Si ce n'est pour Raven, je ne vois pas d'autres explications… »

« Lexa y tenait. »

Clarke la regarda d'yeux ronds et interloqués « Ah oui ? »

« Elle reconnait elle aussi votre plu value sur cette enquête et trouvait que ce n'était pas juste envers vous que l'on vous mette sur la touche ainsi. »

« Si c'est vraiment Lexa que ça chamboule, pourquoi ce n'est pas elle qui est là aujourd'hui ? » Anya inspira mais se tut. Clarke fronça les sourcils alors « Y'a un problème ? »

« Non, pas vraiment… J'espère en tout cas. »

« Oh, c'est quoi ce mystère ? Crachez le morceau ! »

« Elle est en mission d'infiltration. »

Clarke se braqua, interloquée « Infiltration ? Et elle infiltre quoi ? »

« L'Eden. »

« Quoi ? Mais… »

« Grâce aux informations recueillies durant l'enquête, et aux précisions apportées par Raven, nous avons été en mesure de cerner le processus de recrutement de Ryce. »

« Ses séminaires… » murmura Clarke, comme si elle comprenait enfin la situation

« Exact. »

« Mais… Vous n'avez pas dis que par deux fois vous avez envoyé des flics là-bas et que l'un était revenu les pieds devant, tandis que l'autre avait été refoulé ? »

« Lexa a été entrainée et formée pour cela. C'est sa spécialité. »

« Mais c'est du suicide ! »

Anya se leva alors « Je voulais vous prévenir, parce que c'était le souhait de Lexa. Je n'ai pas à débattre avec vous des bien-fondés de la chose. Lexa sait ce qu'elle fait. Elle est entrée dans un de ses centres hier. »

« Seule ? »

« Y entrer à plusieurs en même temps éveillerait les soupçons. »

« Ca veut dire oui. » conclut avec énervement Clarke

« Elle sait ce qu'elle fait. »

« On connait même pas les méthodes de ce dingue pour les convaincre ! Non mais sérieusement il poussait les victimes à participer à des orgies ! Vous voyez vraiment Lexa faire ça ? J'imagine pas ce qu'ils pourraient faire et qui serait bien pire, surtout s'ils découvrent qui elle est ! »

Anya inspira « C'est une pro. »

Clarke resta interdite : comment pouvaient-ils envoyer un de leur agent lorsqu'aucune sécurité n'était assurée pour qu'il revienne sain et sauf ? Et tandis qu'Anya s'éloignait…

« Anya ! Hey… Je… » elle soupira « Merci… De m'avoir prévenue. »

Anya opina « C'est ce que Lexa souhaitait. » Elle lui tendit une carte « Voici nos numéros. Si vous souhaitez connaitre l'avancement de l'enquête. »

« Merci. » Anya sourit faiblement alors « J'imagine qu'on est amenées à se revoir par le biais de Raven ? »

« Peut-être. »

« Hey… C'est une fille géniale, ok ? Si c'était un jeu pour vous, je vous jure qu'il n'y aura pas assez de flingues sur cette planète pour sauver votre cul dans le cas où Ray serait blessée de n'importe quelle manière, ok ? »

« Compris. » répondit Anya sans une once d'hypocrisie ou d'amusement. Elle savait le lien unissant Raven et Clarke, car il reflétait à peu de chose près celui qu'elle avait avec Lexa. Car, elle ne le dirait jamais à Clarke, elle aussi appréhendait cette infiltration. Elle savait que les méthodes de Ryce et des Wallace pouvaient être plus qu'abusives. Evidemment qu'elle craignait pour Lexa car même si cette dernière avait été entrainée pour cela de nombreuses années, les choses pouvaient tourner très mal et très vite.


« J'ai besoin de toi Ray. »

« Comme dab' ! » plaisanta la jeune femme, assise derrière son ordi, les yeux rivés sur l'écran

« Non sérieusement. J'ai besoin que tu fasses un truc énorme. »

« Enorme comment ? » lança Raven dont la curiosité fut piquée au vif

« J'ai besoin que tu entres dans les bases de données du FBI. »

« Ah carrément… Tu fais rien à moitié là. »

« J'ai vraiment besoin que tu le fasses… »

« Clarke, je t'ai dis de laisser tomber… »

« Ta copine est venue me voir ce matin. »

« Anya ? »

Clarke opina « Elle m'a dis qu'ils étaient sur le point de boucler l'affaire, qu'il ne restait plus qu'à avoir des preuves concrètes. »

« Et ? »

« Lexa s'est infiltrée dans un des centres de Ryce. »

« Wow, carrément ! »

« Carrément. Et… Il faut que j'y aille aussi. »

« Pourquoi ? »

« Bah parce que je ne veux pas lâcher l'affaire et que je vois ça de mes yeux. »

« Y'a pas d'autres raisons ? »

« Bah non, pourquoi ? »

Raven sourit en haussant les sourcils « Bah voyons… C'est bizarre qu'Anya ne soit venue que pour t'avertir de ça, non ? »

« Parait que c'est Lexa qui y tenait. Qu'elle trouvait ça plus réglo vis-à-vis de nous. »

« Ah oui ? C'est… Gentil de sa part, vraiment. »

« Pourquoi tu souris ? »

« Oh pour rien… J'imaginais pas que le FBI soit aussi… altruiste. »

« Tu peux parler toi, tu sors avec un de ses agents. » railla la jolie blonde

« Ouais enfin sortir est un bien grand mot. On s'entend bien, on discute… »

« Et vous passez la nuit à faire ça. »

« Ca s'appelle pas sortir. »

« Quoi, y'a pas eu de bisous ou de papouilles ? »

« Y'a eu… des miettes de ça. »

« Si tu réglais le problème avec Shaw, ça serait déjà plus clair, non ? »

« Bon bref, on parle de moi ou de toi qui veut absolument rejoindre Lexa dans une mission pour laquelle tu n'es absolument pas formée et préparée ?! »

« Ca n'a rien à voir… »

« Bah voyons… Tu veux quoi ? »

« Je veux que tu cherches dans quel centre elle a été… »

« T'es sérieuse là ? Tu crois vraiment qu'ils ont balancé ça comme ça ? »

« J'en sais rien moi ! C'est ton boulot. »

« Ah bah merci… »

Clarke posa ses mains sur ses épaules et déposa un baiser sur le haut de son crâne « T'es la meilleure, et j'en doute pas. » Elle s'éloigna alors « Je dois y aller, tu me tiens au courant ? »

« Evidemment. Infiltrer le réseau du FBI… Les doigts dans le nez… » railla sarcastiquement la jeune femme tandis que Clarke était déjà hors de sa vue.


Quand Clarke donnait une mission à Raven, généralement cette dernière, et surtout par défi personnel, essayait de répondre à ses attentes au plus vite. Ainsi, quand Clarke lui demanda de fouiller dans les dossiers du FBI, elle trouva ce qu'elle cherchait en moins d'une journée. Et c'est le soir venu, quand elle fut sûre de ses infos, qu'elle appela Clarke, de retour chez elle.

« Allo ? »

« Hey beauté, c'est moi. »

« Je m'en doute, c'est marqué sur mon téléphone. »

« Hey, si tu le prends comme ça, tu peux te mettre où je pense les infos que j'ai récupéré. »

« Ok, ok, désolée… Alors ? »

« Alors… Deux faits importants : le premier c'est qu'ils ont un système informatique digne de celui de ma grand-mère, et deux… Ils ont même pas tenté de cacher les infos, ce qui a rendu ma quête beaucoup moins excitante je t'avouerais. »

« Et donc ? »

« Ryce a plusieurs centres dans le pays, mais celui qu'a infiltré Lexa est celui de Dinson dans le Vermont. »

« Le Vermont ? Pourquoi celui-là ? »

« Promiscuité avec le domaine Wallace probablement. Et aussi le centre où a été vu pour la dernière fois Ryce. »

« Elle va se jeter dans la gueule du loup… »

« Elle en est consciente je pense, c'est son métier. »

« … »

« Clarke, tu vas pas faire de connerie dis-moi… »

« Non… Promis. »

« Promets-ça à Madi. »

Clarke sourit alors, comprenant la mise en garde « Je sais, merci encore. »

« Ouais, fais gaffe… »

Lorsque Clarke raccrocha, elle ouvrit son ordinateur portable et pianota sur son clavier quelques mots clés. Pourquoi n'y avait-elle pas pensé avant. C'était une stratégie intelligente mais terriblement risquée. Elle ne devait pas se laisser aller et se focaliser sur l'enquête. Coute que coute, elle la clôturerait.


Elle ne savait pas ce qui lui était passé par la tête. Une impulsion, guidée par la voix de Raven qui lui disait de ne pas faire de folie, et la voilà devant l'immense building aux murs en verrière. Après avoir accompagné Madi à école, elle prit un vol pour le Vermont, vol qu'elle trouva rapidement grâce aux nombreux passe-droits dus a sa fonction. Et ce ne fut que lorsqu'elle fut au pied de ce building qu'elle pensait que c'était une mauvaise idée. Pour l'occasion, elle avait revêtu des fringues trop grandes pour elle et dont la propreté était à revoir. Ses cheveux étaient en bataille et son jeans était troué.

Elle ressemblait à ses jeunes qui erraient dans la ville, démunis et sans abris, elle espérait que sa couverture soit crédible. Elle ne savait pas vraiment ce qu'elle faisait là : que faire ? Que dire ? Elle n'était pas formée pour cela, elle, simple flic d'une bourgade de Washington… Peut-être n'allait-elle-même pas y trouver Lexa… Et Madi… Si jamais elle entrait dans ce centre mais qu'elle ne puisse plus en sortir… Non, c'était définitivement une mauvaise idée.

Et tandis qu'elle faisait demi tour, une voix féminine l'alpagua « Hey, attends ! »

Clarke se retourna et vit une jeune femme aux cheveux longs blonds « Moi ? »

« Oui toi. » gloussa la femme « Tu ne veux pas entrer ? Ca fait 10 minutes que je te regarde, plantée là. »

« Je… Non, désolée… »

« Tu ne risques rien à venir voir. » Clarke fronça les sourcils « Je fais partie du centre, je m'appelle Niylah. »

« … »

« Entre au moins. Tu sais que rien n'arrive par hasard. Si tu es venue jusqu'ici c'est qu'il y a une raison. Peut-être ne la connais-tu pas encore. »

La voix douce de la jeune femme et son sourire étaient fait pour rassurer. C'était d'ailleurs certainement pour cela qu'elle était là, à attirer les gens comme les sirènes attiraient les marins. Et comme les sirènes, cette femme semblait aussi belle que dangereuse : les marins se fracassaient contre les rochers, tout comme Clarke se jetait dans la gueule du loup en la suivant et en entrant dans ce centre.

« Viens. »

Clarke soupira : c'était peut-être un signe, c'était peut-être une folie… Mais elle avança, sans même s'en rendre compte, jusqu'à l'entrée où de lourdes portes vitrées s'ouvrirent pour la laisser passer, elle et cette femme, qui avait calé habilement une de ses mains au creux de ses reins, comme pour l'empêcher de rebrousser chemin.

« Nous y voilà. »

« L'Eden ? »

Niylah pouffa de rire « Non. Pas encore ma belle. »

Clarke vaqua son regard un peu partout et mise à part un immense hall immaculé, un lustre aux contours futuristes et un accueil ou trônait deux autres jeunes femmes, il n'y avait rien : peu de meubles et encore moins de monde.

« On est où alors ? »

« Ou pensais-tu débarquer ? »

« Je… Un ami m'en a parlé… »

« Il t'a parlé ? De quoi ? »

« D'ici. Ce lieu qui pourrait peut-être m'aider. »

« Tu cherches de l'aide et pourtant, quand je t'ai vu, tu faisais demi tour. »

« Parce que je ne pense pas qu'on puisse m'aider, pas ici. »

Niylah sourit « Attends de voir. » Elle la conduisit vers l'accueil et prit une feuille « Viens avec moi. »

Clarke ne broncha pas, nageant totalement en eaux troubles. Elle savait ce qu'était ce centre et soudain un malaise oppressant s'empara d'elle : comme si elle perdait déjà son libre arbitre et sa liberté de mouvement. Elle fut amenée dans une pièce ou séjournaient des tables rondes hautes et des tabourets autour, le tout blanc. Sur les dizaines de table, seules 5 étaient occupées par des personnes, toute différente les unes que les autres.

« Installe-toi et remplis ce questionnaire. »

« Un questionnaire ? Pourquoi faire ? »

« Pour apprendre à te connaitre. Savoir ce que tu veux. »

Clarke jeta un coup d'œil sur le papier et la première ligne du questionnaire lui donna un frisson : nom – prénom.

« Un problème ? »

« Hm nope… Je… Je vais le faire, merci. »

« Lorsque tu auras fini, tu me trouveras derrière cette porte. » sourit-elle

« Ok. »

Niylah s'éloigna alors et Clarke prit le stylo devant elle. Elle inspira et commença à noircir les lignes du questionnaire, remplissant des champs tels que les loisirs, les études, le poids, la taille

… Puis, lorsqu'elle eut fini, elle retourna à la première ligne et hésita longuement sur quoi y mettre. Puis lorsqu'elle trouva, elle sourit faiblement et sortit de la salle pour trouver Niylah non loin derrière, comme si elle guettait sa proie.

« Fini ? »

Clarke opina et tendit la feuille que Niylah prit avant de l'étudier. Elle sourit alors et leva le nez pour ancrer son regard dans le sien « Enchantée de te connaitre Eliza. »

La jolie blonde sourit, presque soulagée avant de répondre « Pareillement. »

« Viens avec moi. »

Elles quittèrent l'immense hall pour entrer dans un ascenseur. Clarke, qui était loin d'être claustrophobe, se sentait pourtant opprimée, sa poitrine compressée comme si l'on appuyait dessus de toutes ses forces. La cage de l'ascenseur était en verre et lorsqu'elle vit les étages défiler devant elle, elle eut soudain le vertige.

Et quand le « ding » retentit et que les portes s'ouvrirent, elle s'expulsa de la cage comme si elle manquait d'air et qu'en sortir lui redonnait la bouffée qui lui manquait.

« C'est par là. »

Elle eut à peine le temps de se remettre de ses émotions qu'elle suivit sans réfléchir Niylah. En passant dans le couloir, elle remarqua des tableaux aux airs des plus grands peintres de ces deux derniers siècles. Elle ne put s'empêcher de se demander s'ils étaient authentiques ou si c'était de magnifiques reproductions…

Dans ses pensées, elle se heurta presque à son accompagnatrice quand celle-ci s'arrêta devant une double porte. Clarke allait poser une énième question lorsque les portes s'ouvrirent et qu'une immense table ovale se présenta à elle. Autour, une dizaine de personne, là encore de profils différents : des jeunes, des moins jeunes, des races différentes, mais aussi des classes sociales variées. En s'installant à une chaise vide, Clarke remarqua des costumes trois pièces, des punks ou encore des personnes qui, comme elles, semblaient négligées.

Niylah prit place en bout de table « Bien, bienvenue parmi nous, qui que vous soyez, peu importe les raisons. Aujourd'hui, ici même, nous allons, ensemble, faire en sorte que votre vie change. »

Chacun sourit, de ce petit rictus pessimiste, y comprit Clarke. Voyant ses novices perplexes, Niylah sourit « Ne vous inquiétez pas. Vous êtes curieux, c'est normal. Vous êtes hésitants, là aussi c'est normal. Bientôt ce que vous pensez être utopique sera une réalité concrète, pour peu que vous vous en donniez les moyens. »

Sur ces mots, la porte s'ouvrit une nouvelle fois et le cœur de Clarke rata un battement, un frisson parcourant son échine : devant elle, Jonathan Ryce, tout sourire, dans un costard blanc cassé, le brushing impeccable. On avait l'impression qu'il sortait tout droit d'un magazine de mode.

« Mesdames, messieurs. Je me présente, je suis Jonathan Ryce. Je suis l'un des précurseurs dans le domaine de la reconquête de soi, de la revalorisation de sa personne et la pérennité du bien-être. Au travers de plusieurs ateliers ou séminaires, chacun peut trouver ici ce qui lui manque. Nous avons des groupes qui travaillent sur la revalorisation de soi, afin de trouver, ou retrouver, une assurance que l'on demande de plus dans notre société. Aujourd'hui les gens sont stressés, ils ne vivent que pour payer les factures, élever les enfants. Beaucoup s'oublient dans la voie de l'urbanité. Nous, nous pouvons vous faire ressentir humain de nouveau, sans les affres de la consommation, d'une demande constante de succès, perfection et de performance. »

Au fur et à mesure qu'il parlait, Clarke vit la tête de chacun dodeliner, comme s'ils étaient peu à peu d'accord avec ses dires. Il avait une voix lancinante, rébarbative, comme ces hypnotiseurs qui ne cessaient de vous parler et qui vous endormaient, ou encore ces marchands ambulants qui vous feraient acheter n'importe quoi en vous rabâchant encore et encore les bienfaits d'un objet totalement inutile. Oui, Jonathan Ryce arriverait certainement à vendre une paire de jumelles à un aveugle et le convaincre que sans lui, sa vie serait foutue.

Clarke sourit légèrement, peu encline à croire ses mots. Heureusement, elle avait sa mère, sa meilleure amie mais aussi et surtout sa fille pour la supporter, l'aider et la faire se sentir vivante. Puis son regard vaqua sur les personnes autour de la table, toutes de profils, âge, sexe, ethnie différents. A sa gauche une jeune femme d'une vingtaine d'année aux cheveux violine et aux nombreux piercings au visage. Elle distinguait un tatouage dans son cou et une armada de boucles d'oreille. A sa droite, un homme d'une quarantaine d'années bien tassées, un embonpoint certain, trahissant un laisser aller sur le donuts et les beignets. Il portait une cravate affreuse selon Clarke, avec des motifs indécis. Elle ne voulait pas le fixer de peur qu'il n'engage la conversation.

Elle se tourna devant elle et vit alors un jeune homme noir d'une vingtaine d'années qui semblait propre sur lui, calme. La jolie blonde se demanda ce qu'il pouvait faire ici.

« Bien. Beaucoup se demande comment nous pourrions les aider ? Et bien par différents moyens : des petits groupes seront formés en fonction de vos attentes, de vos envies et de ce que nous pouvons faire pour vous. Nous avons des séminaires, entendez par là des groupes de soutien, personnalisés. Nous pouvons, par exemple, vous emmenez faire des randonnées détox, pour se purifier de cette vie de stress qui vous entoure quotidiennement. Ne rien penser que son bonheur, la plénitude et le calme. »

Clarke vit quelques têtes opinées, déjà conquises par son discours. Elle-même, si elle n'avait pas un but précis en venant ici, aurait pu être charmée par la perspective d'un tel séminaire.

« Ainsi, nous avons ici plusieurs séminaires… » il fit passer un catalogue à chacun « Feuilletez les. Inscrivez-vous et, selon votre questionnaire, rempli à votre arrivée, nous essaierons de faire correspondre vos envies et attentes et nos compétences. »

Lorsque Clarke eut le catalogue en main, elle fut impressionnée par la mise en page, très attractive, et les premières promesses de réussite.

« A présent, je vais vous laisser avec mon assistante qui va vous faire un tour des locaux. Bonne journée à vous, et puissions-nous nous revoir très vite. »

Et c'est aussi simplement que Ryce disparut, pour le plus grand étonnement de Clarke. Aucun forcing, aucune menace, aucune promesse. Oui, définitivement, sa méthode avait changé, depuis ses orgies à la fac pour contraindre ses disciples. Elle se leva et Niylah se mit devant la porte « Nous allons visiter les locaux, puis je vous laisserais faire connaissance autour d'un verre et d'un apéritif dinatoire. »

Chacun sourit, comme s'ils étaient soulagés puis ils la suivirent, sans réfléchir, sans se demander où elle les emmenait. Ils semblaient aussi inconscients que des enfants qui suivaient un homme inconnu dans un camion sous prétexte que celui-ci avait des bonbons pour eux. Mais elle fit comme eux, parce qu'elle voulait savoir, parce qu'elle ne pouvait pas encore se faire remarquer.

Sur le même étage, Niylah leur expliqua qu'il y avait une bibliothèque, un véritable restaurant avec un chef français, une salle de sport toute équipée, un spa, hammam, une piscine ou même un potager, preuve que les légumes et autres produits étaient frais et local. Il y avait même un cabinet médical avec médecin, dentiste, psy…

A l'entendre, ce centre était une mini ville high tech, un énorme centre commercial pour déprimés et paumés. Mais Clarke voyait cela autrement : ce centre faisait juste en sorte qu'une fois dedans, on ait plus besoin d'en sortir, même pour de simples courses. Oui, ils faisaient en sorte de les garder près d'eux, de les éloigner des autres, de les cloisonner dans ce centre. C'était malin, c'était intelligent…. C'était pervers.

« Nous y voilà. Un buffet vous attend. Allez-y, servez-vous, tout cela est pour vous. Parlez entre vous, faites connaissance… Nous avons reçu, il y a quelques jours, un premiers groupe et c'est leur deuxième visite aujourd'hui, échangez avec eux leur expérience. »

Niylah repartit alors, non sans envoyer un clin d'œil discret vers Clarke. Cette dernière fronça les sourcils mais suivit la jeune femme près de la porte, à l'écart du groupe « J'espère que tu reviendras, que nous t'avons convaincue. » sourit-elle

« Bah disons que ça promet déjà bien plus que ce que ma famille me promettait… »

« Je ne sais pas ce qu'il s'est passé, mais n'hésite pas à en parler, nous sommes là pour cela. Et si tu es venue ici, je suppose que c'est pour avoir de l'aide, un soutien. Comme tu as pu le voir, nous avons ce qu'il faut. »

« Ouais, niveau structure, vous avez ce qu'il faut… Mais est-ce que c'est pareil niveau humain ? »

Niylah sourit et s'approcha un peu plus près « Nous avons ce qu'il faut. Nous avons ce qu'il te faut. » Elle recula alors « A bientôt j'espère. »

Puis elle disparut, laissant Clarke pantoise de stupéfaction : était-ce écrit sur son front qu'elle était bisexuelle ou était-ce un test ?

« Qu'est-ce que vous faites là ?! »

Le ton incisif de cette voix familière donna des frissons à al jolie blonde qui se tourna lentement pour apercevoir Lexa, devant elle, en jean et T-shirt rouge vif. Elle avait les cheveux attachés en une queue haute et des lunettes à monture noire. Elle paraissait 10 ans de moins.

« Je… J'essaie de trouver ma voie. » sourit Clarke

Lexa inspira et attrapa Clarke par le bras pour l'entrainer un peu plus loin, à l'écart d'oreilles indiscrètes « Pourquoi êtes-vous là ? Et qu'est-ce que c'est que cet accoutrement ? »

« Anya est venue me voir, elle m'a dis pour vous, pour votre infi… »

Lexa plaqua sa main sur sa bouche sans prévenir « Shh ! » Elle se tourna pour voir si l'on avait entendu quelque chose, mais non… Les gens semblaient hypnotisés par le buffet.

« Par ici ! »

Elle attrapa la main de Clarke et elles sortirent de la pièce pour se rendre à quelques mètres de là, dans les toilettes pour femmes. Lexa vérifia qu'ils étaient déserts en poussant chaque porte.

« La vache, paranoïa bonjour ! » chantonna Clarke

Mais avant qu'elle ne puisse sourire davantage, Lexa la plaqua violemment contre le mur, juste à coté du sèche-mains.

« Hey ! On est dominante à ce que je vois ! » ricana de plus belle Clarke

« Vous êtes folle ma parole ? Vous voulez tout foutre en l'air ? »

« Absolument pas, et c'est pourquoi je suis là. »

« Je suis déjà sur place. J'ai passé la première journée. »

« Et moi je m'apprête à le faire aussi. »

« Ce n'était pas le but. Quand j'ai dit à Anya de vous tenir au courant. Il n'était pas question que vous me rejoigniez ici. »

« Mais j'y suis. Ca m'a déjà bien saoulé qu'on me dégage de l'enquête… Mais quand j'ai appris que c'était parce que vous jouiez les Mata Hari… Je dois dire que c'est assez excitant cette situation. »

« Excitant ? Excitant ? Je suis dans une mission qui nécessite discrétion, tact et réflexion, ce dont vous êtes dépourvue visiblement. Et, je suis désolée de le dire, mais en vous pointant comme une fleur ici, vous risquez non seulement de vous faire démasquer, mais aussi de faire tout capoter. Des années d'enquête pour que tout soit réduit à néant par une enquêtrice du dimanche ! »

« Hey, on se calme ok ? Je sais ce que je fais. »

Lexa hoqueta « L'infiltration n'a rien à voir avec un jeu de rôle. C'est difficile, complexe et endurant. Ca peut durer des jours, comme ça peut durer des semaines, voire des mois. Il en sera peut-être question ici. Avant qu'on nous autorise l'accès au domaine Wallace, il faut gagner leur confiance, prouver qu'on en est digne… »

« Je suis prête. »

« Sans vouloir vous offenser… »

« … Oh allez-y, vous êtes bien partie là… »

Lexa soupira et reprit « Bref, j'ai été formée pour cela. Ca fait des années que je me prépare. Vous ne pouvez pas imaginer arriver avec vos gros sabots et prétendre être à la hauteur. »

« J'y arriverai. »

« Vous ne pensez qu'à vous et votre petite fierté. Mais avez-vous pensé à ces gens qui bossent sur cette affaire depuis des années ? Vous allez tout faire foirer. Ryce disparaitra. Nous ne pouvons pas nous permettre d'attendre encore 15 ans pour clôturer l'affaire. »

« … »

« Et… Il y a Madi. »

« Madi ? »

« Vous venez ici sans savoir si vous reviendrez ce soir. Imaginez qu'ils comprennent qui vous êtes. »

« Je suis Eliza ici, une nana paumée, rejetée par ses proches à cause de sa bisexualité. Vous voyez ? Pour l'instant tout se passe bien. Et si l'on parle de Madi… Parlons d'Aden alors. »

« … »

« Vous êtes comme moi, vous dédiez votre vie, ou une grande partie, à votre travail. Nos enfants font avec, et on s'en rend compte trop tard. Vous arrivez ici et avez-vous, vous aussi, pensé à votre fils ? »

« Il sait, il est grand. Il a l'habitude. »

« Ah ouais ? Et quand sa mère aura échoué, et qu'elle ne reviendra pas ? »

Lexa sourit « Je n'échouerai pas. On ne peut pas en dire autant pour vous. »

« On va pas épiloguer 3 plombes. Je vais pas partir. Je crois que j'ai une touche avec cette Niylah… Elle pourrait nous être utile. »

Lexa soupira « S'il vous arrive quelque chose, je ne pourrais compromettre ma couverture pour vous. »

« Je ne vous demande rien. »

« Tant mieux, parce que vous serez seule sur ce coup. »

« Vous ne rentrez pas chez vous ce soir ? »

« Non… Je vais rester ici quelques jours en immersion. On vous le proposera aussi d'ailleurs, avant que vous ne repartiez ce soir. »

« Ok, c'est bon à savoir, merci. » sourit faiblement Clarke

« Si vous persistez dans cette voix, je ne saurais que trop vous recommander de profiter de Madi durant la journée qui s'offrira à vous demain. »

Clarke opina « Entendu. »

Lexa s'éloigna alors, se rendant compte que, tout au long de l'échange, elle avait empoigné Clarke par le bras. Elle recula, vérifia son reflet dans le miroir, imitée par Clarke quelques secondes plus tard avant de sortir.

Mais avant qu'elles ne puissent faire un pas supplémentaire, un homme d'une carrure imposante se tenait devant elles « Mesdames. »

« Oui ? » lança innocemment Lexa.

« Veuillez me suivre, s'il vous plait. »

« Mais… »

« Maintenant. »

Son ton ne laissait aucune place à la protestation, et les deux jeunes femmes n'eurent pas le choix de le suivre, un nœud à l'estomac.

TBC