Bonjour à vous tous ! Comment allez-vous ?
Moi bien bien, demain rdv à la FACTS pour rencontrer Jennifer Morrison !
En attendant, voici une trèèèèèèès longue suite (je crois un de mes chapitres les plus longs d'ailleurs) !
ATTENTION : certains propos et situations peuvent être assez durs dans ce chapitre !
Et, rdv dimanche prochain !
ENJOY
Séminaire
Clarke avait le cœur qui battait la chamade. Lexa ne laissait rien paraitre : son visage arborait un air calme et neutre. Comment faisait-elle ? Etait-ce ses années d'entrainement ? Elle devait essayer de se calmer.
Elle pourrait se targuer d'être la personne ayant fait l'infiltration la plus rapide du monde. Lexa la haïrait et la tuerait à coup sûr… Enfin si Ryce ne le fait pas avant. Et quand le gorille qui les accompagnait, ouvrit une double porte en bois, elles retinrent leur respiration en synchro. Lorsqu'elles comprirent qu'elles étaient dans le bureau de Ryce, l'angoisse s'empara d'elles.
Ce dernier était assis dans son large fauteuil en cuir, finissant une conversation téléphonique. Lorsqu'il vit les deux jeunes femmes, il congédia son gorille d'un signe de la main, ce dernier refermant les portes derrière lui, enfermant Clarke et Lexa. Se sentant au piège, Lexa inspira fortement, gardant pour elle ses angoisses et ses craintes. Elle jeta un regard furtif à Clarke et remarqua que cette dernière semblait tendue. Elle aurait aimé la calmer, lui dire que rien n'était joué encore.
« Oui nous verrons ça demain. Encore quelques jours… C'est ça, bye. » Ryce raccrocha avant de se tourner vers les deux jeunes femmes debout devant lui « Mesdemoiselles… Asseyez-vous. » Elles s'exécutèrent alors, crispées et silencieuses.
« Je ne vais pas passer par quatre chemins. Je suis soucieux du bien-être de mes disciples. »
« Disciples ? » demanda Clarke dont le terme semblait trop facilement amené
Ryce sourit « Oui. C'est ainsi que j'appelle les personnes qui osent franchir les portes de mes centres afin de changer de vie. Je leur apprends, selon différentes méthodes, comment faire. »
« … »
« Bien. Je n'aurais qu'une question, et j'aimerais entendre la vérité. » Les deux jeunes femmes opinèrent alors « Vous vous connaissez ? »
Elles se regardèrent et soudain Clarke ne sut pas quoi dire, que faire… Elle resta figée en fixant Lexa. Cette dernière sourit faiblement avant de se tourner vers Ryce et répondit naturellement « Oui, c'est exact. »
Ryce se laissa retomber sur le dossier de son fauteuil, haussant un sourcil curieux « Comment ? »
« Je… J'ai toujours eu cette tendance à l'altruisme, aider l'autre. Alors, souvent, après les cours, je me rendais dans des missions locales, des banques alimentaires, et j'aidais les sans-abris. C'est la raison pour laquelle mes parents m'ont mis dehors d'ailleurs. »
« Continuez. »
« Eliza… Je l'ai rencontré dans la rue. Je ne l'avais jamais vu avant. J'ai été intriguée par cette jeune fille qui devait avoir sensiblement mon âge. Je ne l'ai vu qu'une fois, puis elle a disparu. C'est une sœur qui tenait la soupe populaire qui m'a dit son prénom, en me disant qu'elle venait de temps en temps, qu'elle était plutôt nomade. Puis, entre temps, il y a eu cette bagarre avec mes parents… Avec mon père… » Elle frissonna, ce qui surprit Clarke « Et je n'y ai pas repensé… Jusqu'à la voir ici. J'ai été étonnée, mais heureuse de la voir vivante. »
Ryce plissa les yeux, comme s'il essayait de discerner le vrai du faux, puis soupira avant de se tourner vers Clarke « Et vous ? »
Il était temps, et c'était le moment idéal pour ça, de montrer et prouver à Lexa qu'elle avait sa place tout autant qu'elle ici, et qu'elle aussi pouvait faire preuve de sang-froid et de sérieux.
« Moi ? Je… Comme elle a dit… On s'est vu qu'une fois… J'étais surprise de la voir ici. Faut dire qu'on pense pas revoir des gens qu'on croise dans la rue… Surtout des nanas sapées aussi classe. »
Ryce sortit alors deux chemises de couleur et les ouvrit pour en sortir le questionnaire que chacune à rempli dès son arrivée.
« Eliza Taylor. Selon votre questionnaire, vous avez été chassée de chez vos parents à cause de votre… sexualité, c'est ça ? »
« C'est ça. Ils sont cons et bornés… »
« Mais ils vous ont coupé les vivres. »
« Ils pensaient que leur fille normale pourrait être entretenue par eux, mais qu'une fille débauchée et bisexuelle, elle, devrait se démerder sans rien. »
Ryce lut le second questionnaire alors « Alycia Carey. Etudiante en sociologie, vous avez quitté le domicile voilà quelques semaines. Vous n'avez pas donné d'explications. » Il la fixa, prêt à entendre son histoire
Lexa inspira lourdement et baissa la tête, l'air abattu. Un air que jamais Clarke n'avait vu chez elle « Mon… Mon père… Plutôt mon beau-père… Abusait de moi depuis des années. Quand j'ai osé en parler à ma mère, elle a tout rejeté en bloc et m'a même accusé de l'avoir cherché. Quand j'ai compris qu'elle ne m'aiderait pas… Je suis partie. »
Ryce écouta attentivement avant de se lever et de faire le tour de son bureau pour se poster à coté d'elles « Vous avez toutes les deux de lourds bagages à porter sur vos frêles épaules. Et j'espère que nous répondrons à vos attentes, car il est évident que vous avez besoin d'aide et que nous sommes ceux qui pouvons répondre à vos attentes. »
Voyant que leur mensonge avait marché, Clarke se détendit légèrement et sourit même « J'espère. »
« Nous ne séparons pas ceux qui se connaissent ici. Mais n'hésitez pas à vous fondre dans la masse, à aller vers les autres, sans pour autant oublier que vous vous connaissez. »
« Entendu. »
« Bien, à présent, retournez au buffet, profitez de cette journée. Alycia, je vois que vous avez choisi le séminaire Nature, il vous conviendra parfaitement je pense. »
« Oui je pense. » sourit-elle faussement
Clarke la regarda d'un haussement de sourcil avant de la suivre à l'extérieur. Le gorille était encore là, chargé certainement de vérifier qu'elles se rendaient bien de nouveau au buffet. Une fois de nouveau dans la salle, Lexa s'éloigna de la jolie blonde pour se rendre vers un petit groupe qu'elle connaissait certainement de sa première visite. Clarke, elle, se dirigea vers le buffet et se retrouva épaule contre épaule avec une des jeunes femmes qui était dans son groupe.
« Oups, pardon. »
« Pas de mal. Tu étais avec moi tout à l'heure non ? »
« Exact. Je m'appelle Lucy. »
« Moi Eliza, enchantée. »
« De même. Alors, tu es là pour une raison précise ou tu viens juste tâter le terrain ? »
Clarke sourit « Et toi ? »
« Mon frère est venu ici il y a quelques mois… Il n'est jamais revenu à la maison. »
« Je suis désolée. Tu crois que ça a un rapport avec ce centre ? »
« Oui. »
« Et tu vas faire ton enquête ? »
« En quelque sorte. Je veux savoir pourquoi mon frère a disparu et le fait que ça coïncide avec sa venue ici avant… C'est juste une piste que j'étudie. Peut-être que ça n'a aucun rapport… »
« Peut-être. Mais tu n'as pas peur qu'ils découvrent la raison pour laquelle tu es ici ? »
« J'en m'en fous. Ma mère est morte d'un cancer. Elle est morte sans savoir ce qu'était devenu son fils… J'ai juré de le retrouver. »
« Je comprends, et j'espère que tu trouveras ce que tu cherches. »
La jeune fille sourit « Et toi, tu cherches quoi ? »
« C'est compliqué. » concéda Clarke.
« Ouais… On a tous quelque chose de compliqué à ce stade… Si tout allait bien, on aurait pas besoin de venir dans ce genre de centre. »
« Ton frère y était. »
« Ouais, parce que mon père ne cessait de lui foutre la pression : pour ses études, trouver un job. Il avait l'alcool facile, et parfois les coups. Ca a été la goutte d'eau quand il lui a annoncé qu'il voulait arrêter la fac pour bosser chez un fleuriste. Mon frère a une passion pour les fleurs. » sourit-elle nostalgiquement « Il a fini par fuir la maison. Mais lui et moi on est restés très proches, on l'a toujours été. On correspondait par mail, message… il me tenait au courant de tout. C'est pour ça que je savais pour ce centre, il m'en a parlé. »
« Il en disait quoi ? »
« J'ai perdu contact avec lui quand il m'a dit qu'il avait rencontré quelqu'un d'ici. »
« Ah oui ? »
« Il me disait qu'il avait trouvé sa place. Je sais pas, on avait l'impression que c'était quelqu'un d'autre qui parlait… Ou alors on l'obligeait à dire tout cela, j'en sais rien… Mais il n'aurait jamais coupé les ponts avec moi, pas comme ça. »
Clarke ne put s'empêcher de penser à Mathias Telford et sa disparition, l'éloignement d'avec sa famille. Elle priait pour que le destin de son frère ne connaissance pas la même fin. Elle lui envoya un sourire rassurant, mais espérait qu'elle n'aurait pas à lui annoncer une mauvaise nouvelle un jour.
« Et donc, pour toi c'est compliqué ? »
« Hm ouais… Problèmes parentaux aussi. »
Lucy hoqueta « J'imagine que ce centre, et les autres, peuvent remercier la société actuelle et les parents. C'est grâce à eux qu'ils bossent finalement. »
« Ouais, devrait y avoir un sponsor officiel. »
Lucy rigola alors et soudain les portes s'ouvrirent alors « Bien, je vais demander aux nouveaux arrivants de nous suivre. Quant à ceux ayant décidé de rester ici, veuillez suivre Monroe qui vous conduira à l'ail ouest où sont les dortoirs. Merci. »
Le groupe de Clarke sortit alors et la jeune femme fit de même sans oublier de jeter un œil vers Lexa qui suivait le petit groupe qui avait décidé de dormir sur place jusqu'au départ pour le séminaire.
Clarke sortit du bâtiment et soudain, un sentiment étrange l'envahit : tout semblait si normal, si propre, si calme à l'intérieur. Ils avaient réussi à recréer un cocon, et lorsque l'on sortait, on était directement confronté à la réalité : le monde, le bruit…
Elle fronça le nez avant de prendre le métro pour revenir là où elle avait garé sa voiture. Une fois à l'intérieur, elle jeta un coup d'œil à sa montre : sa fille sortait bientôt de l'école. Elle partit lors au Burger King et prit le repas favori de sa fille. Ainsi, lorsqu'elle vint la chercher à la sortie, Madi était plus que ravie.
« Maman ! »
« Hey mon amour… Regarde ! »
Madi tourna la tête et vit les sacs et ses yeux pétillèrent « Génial ! » puis soudain son sourire disparut
« Quoi ? Un problème ? »
« Pourquoi tu viens me chercher et que tu as du burger king dans la voiture ? T'as une mauvaise nouvelle à m'annoncer ? »
« … »
« Hey, c'est ça hein… »
« On rentre, je t'expliquerai à la maison, mais ya rien de grave, promis. »
Evidemment cela n'aida en rien à calmer Madi qui ne pipa mot jusqu'à leur arrivée à l'appartement de la jeune femme. Et c'est autour des burgers et de Percy Jackson que Clarke décida à parler à sa fille « Comme tu sais, je suis sur une grosse affaire… »
« Hm hm… »
« Ca va requérir une légère infiltration. »
« Légère ? »
« Tu sais que je ne peux pas t'en dire beaucoup, parce que je veux te préserver et que ça ne serait pas bon pour toi. »
« Je suis plus une gamine ! « ronchonna la petite
« Oui, pardon, j'oubliais que tu avais eu 10 ans ! »
« Alors ? »
« Des gens s'accaparent la tristesse d'autres dans leur vie pour les éloigner de leurs proches. »
« Pour faire quoi ? »
« On n'en sait rien, et c'est pour ça que je dois me rendre dans un centre où ils opèrent afin de voir ce qu'il advient des personnes qui y entrent. »
« Mais… Si tu y entres… Tu vas en sortir hein ? »
« Evidemment ! Je n'ai pas l'intention de te laisser. »
« Ca va durer combien de temps ? »
« Ca s'est le hic. Ca peut durer des jours, voire des semaines. »
« Mais… »
« J'ai parlé à ta grand-mère et tu vas aller chez elle le temps de ma mission. Hey tu y gagnes finalement, elle habite plus près de l'école, tu pourras faire une grasse matinée plus longue. » sourit Clarke
« … »
« Hey chérie, je sais que tu es inquiètes mais ça va aller. Et puis Lexa sera là aussi. »
« Lexa ? »
« Alors, tu vois, je ne crains rien. »
« Ca veut dire qu'Aden est comme moi ? »
« Oui, il faut croire. »
Elle soupira « Promets-moi que tu reviendras. »
« Je vais faire mieux que ça, approche. »
Madi s'exécuta et Clarke enleva son collier « Tu vas garder mon cœur. »
« Mais… »
« Si je te confie mon cœur, il ne pourra rien m'arriver non ? On ne peut pas mourir si on a pas de cœur. Alors je te le confie, mets-le avec le tien. Tu me le remettras quand je rentrerai. »
« J'espère que ça sera dans pas longtemps. »
« Je l'espère aussi. Mais surtout, ne t'inquiète pas si je ne donne pas de nouvelles, je ne dois pas me faire découvrir, tu vois un peu comme un cache-cache. »
« Et si on te trouve ? »
Clarke ne répondit pas, un frisson parcourant son échine le fit pour elle. Elle ne devait pas penser que cela serait possible. Elle reviendrait, pour sa fille, pour sa famille, ses amis. Elle n'avait pas le droit à l'erreur. Elle sourit, essayant de cacher ses appréhensions, elle était assez forte à cela, et la rassura d'un baiser sur le front « Je t'aime. Je suis Robocop n'oublies pas. »
Madi esquissa un faible sourire et la serra dans ses bras, de toutes ses forces du haut de ses 10 ans « J'ai peur maman… »
« Hey écoute, je te promets qu'après tout ça, on s'offrira des vacances rien que toi et moi, ok ? »
« Ou ça ? »
« Ou tu veux ! »
Madi se pinçait les lèvres avant d'écarquiller les yeux « Je veux nager dans le Pacifique ! San Francisco et Los Angeles ! »
« Alors on fera ça. D'ailleurs, je te charge d'étudier le terrain : trouve des activités à faire, des trucs à voir. Tu me fais une liste, quelque chose de clair et si tu réussis, alors, à mon retour, si je suis convaincue, on ira, ok ? »
« Moi aussi j'ai une mission alors ? »
« Tout à fait. »
« Mais maman… Si je pars chez mamie, qui va s'occuper de mes poissons ? »
« Ta grand-mère à les doubles des clés, vous viendrez ici de temps en temps. » assura la jolie blonde « Madi, je t'aime tu le sais. Je ne risquerais jamais ma vie et je ne risquerais jamais la perspective de ne plus te revoir, sauf si c'était très important. »
« Je sais. Toi, tu arrêtes les méchants. Nous, on est les gentils. »
Elle aurait aimé lui dire que personne n'était gentil. Qu'il y avait toujours un vice, un mensonge, un passé qui rongeaient les gens, qui pouvait leur faire prendre une décision drastique, qui ferait basculer leur vie et celles d'autres. Non, il n'y avait pas de gens fondamentalement gentils. Parce que dans une situation de crise, au bord du précipice, certains pour survivre, seraient prêts à pousser les autres dans ce gouffre.
Mais au lieu de cela, elle lui sourit, la laissa dans sa vision idyllique de petite fille de 10 ans. Elle aurait bien le temps plus tard d'être confrontée à la dure réalité de la vie. Clarke avait pour but d'éviter que sa route croise un jour celle de personnes comme Jonathan Ryce. Et c'était là son unique but, sa motivation.
« Allez, on finit le film, ensuite dodo. »
Madi ne protesta pas et se colla à sa mère jusqu'à s'endormir dans ses bras. Clarke n'osa pas bouger. Et lorsqu'elle sentit le poids de sa fille peser sur son avant bras jusqu'à en provoquer des fourmillements, elle se leva avec habileté, prit sa fille dans ses bras et la posa délicatement dans son lit, avant de s'y frayer un chemin à son tour et de s'endormir à ses cotés.
Elle avait parcouru le catalogue du Centre et avait été étonnée de la multitude des séminaires proposés : des stages sportifs, des stages de remise en forme, de détox, nature. Elle avait même vu passer un stage où les gens faisaient vœux de silence. Les photos montraient des gens heureux et épanouis : des gens randonnant, des gens partageant un repas ou encore nageant dans une large piscine. Oui, sur le papier, tout semblait idyllique. Mais Clarke savait que sous le vernis, la peinture s'écaillait.
« Maman ? On y va ? »
Clarke sortit de ses pensées, ses mains encore sur son volant. Elle était garée devant chez sa mère depuis 5 bonnes minutes. Et même si elle savait que sa mère était plus que capable de s'occuper de sa fille, elle ne pouvait s'empêcher de penser qu'il y avait une infime chance, si l'on pouvait appeler cela comme ça, qu'elle ne la revoit jamais.
« Oui, désolée. »
Clarke sortit de la voiture, la brise légère l'enveloppant comme pour lui donner le courage de parcourir les quelques mètres qui la séparaient de l'entrée de la demeure de sa mère. Oui, a quelques mètres, et quelques minutes d'avec sa fille.
La porte arrière de son SUV claqua, ce qui la sortit de ses pensées, et elle fut rejointe par Madi, son sac à dos aux couleurs pastelles sur le dos.
« Tu as pris tout ce dont tu as besoin ? »
« Oui, je crois. »
« De toute manière, tu sais que tu peux revenir à la maison quand tu veux, il suffira de le dire à ta grand-mère, ok ? »
« Hm hm. »
Clarke serra sa fille dans ses bras, puis la porte d'entrée s'ouvrit et Abby apparut, ce fut le signe pour Clarke qu'il était l'heure. Elles s'approchèrent, le cœur serré et les mouvements lourds.
« Ma chérie, je suis contente que tu sois là. »
Madi adorait sa grand-mère, elle lui vouait même une admiration qui pouvait rivaliser avec celle qu'elle portait à sa mère. Madi était chanceuse d'avoir une grand-mère aussi jeune, belle, intelligente et renommée. L'énorme demeure dans laquelle elle vivait témoignait de son train de vie aisée et de la notoriété de sa profession.
« J'ai pris quelques jours pour m'occuper d'elle. » rajouta Abby
« Tu n'aurais pas du. Madi est grande et… »
Abby l'interrompit en levant sa main « Je peux travailler de la maison. En ce moment je siège au Conseil et il est en pleine restructuration. »
« Comme tu veux. »
Abby sourit et se tourna vers Madi « Pourquoi ne t'installerais-tu pas dans ta chambre ? »
Madi comprit le message et avant de s'engouffrer dans ce foyer qui serait le sien pour les jours à venir, elle se précipita dans les bras de sa mère « Reviens vite maman. »
« Promis ma chérie. »
Cette promesse, Clarke aurait aimé la tenir, vraiment. Elle détestait mentir à sa fille mais elle devait y croire, pour elle, pour elles deux. Elle sourit, essayant d'être la plus convaincante possible. Parce que Madi était maline et savait lire comme dans un livre ouvert chez certains, dont sa mère. Mais, par déni ou aveuglement, Madi ne vit rien à ce moment précis. Elle se contenta de serrer sa mère dans ses bras, de confiner son visage dans le creux du cou de sa mère, et, si elle y croyait assez fort, elle pourrait espérer un retour dans les jours à venir.
Puis, sans un mot supplémentaire, Madi quitta le carcan réconfortant qu'étaient les bras de sa mère, pour entrer dans un monde d'incertitudes et d'attente, un monde, une demeure, qui lui apparaissait autant comme un couffin protecteur qu'une prison étouffante.
Et lorsqu'elle disparut en haut des marches, Abby poussa légèrement sa fille vers l'extérieur, et referma la porte derrière elles. Et soudain, Clarke se sentit oppressée… Alors qu'elle était à l'extérieur.
« Je n'ai aucun conseil, aucune réflexion… Tu ne te le permets pas pour mon travail, je ferais de même pour le tien, mais… »
« Mais ? »
« Mon Dieu Clarke, dans quoi tu t'embarques ? Tu t'infiltres dans une secte pour la démanteler, laissant ta fille derrière toi… »
« Tu as assez bien résumé la situation. » sourit tristement la jolie blonde
« Tu es folle ! »
« Merci. »
Abby soupira « Tu sais, quand tu m'as annoncé que tu voulais entrer dans l'école de police, si ton père était plus que fier, pour ma part, j'étais terrifiée. T'engager dans une telle carrière alors que tu venais d'être mère, je trouvais ça totalement insensé. Et finalement… Je t'ai vu t'épanouir, en tant que femme, mère et flic. » Clarke sourit « Mai ça… C'est autre chose, un autre niveau. »
« Je dois le faire. »
« Pourquoi ? »
Clarke soupira « Parce que ces hommes, cette organisation, ont recruté par des moyens plus que douteux, des dizaines et des dizaines de personnes, qui disparaissent, qui quittent leur famille, qui sont embrigadés et font en sorte qu'ils ne se sentent plus la bienvenue dans notre monde pour entrer dans le leur. »
« Clarke… »
« Comment tu veux que je dorme sereine en sachant que de telles personnes existent ici. Des personnes qui pourraient s'en prendre à des enfants, à Madi. »
Abby se figea alors et Clarke sut qu'elle avait touché un point sensible « Oui. Parce qu'il s'agit essentiellement de ça maman : protéger Madi. C'est une des raisons pour lesquelles je fais ce métier : faire de ce monde un endroit un peu plus sûr pour Madi. C'est une quête que je me dois d'accomplir. Chaque voleur, tueur ou violeur que j'arrête, me conforte un peu plus dans l'idée que ce monde est dangereux, mais qu'il l'est un peu moins quand j'en arrête une paire. Alors oui, c'est un autre niveau, mais… Maman, si tu savais ce que je sais sur eux… Toi aussi, tu aimerais les savoir derrière les barreaux et hors d'état de nuire. »
« Je… Je comprends. »
Clarke caressa la joue de sa mère dans un geste maternel, un geste qu'avait l'habitude de faire Abby elle-même envers sa fille. Dans un sens, elle était heureuse d'avoir transmis au moins cela à sa fille.
« Sois prudente. »
« Je ne pourrais surement pas vous contacter avant un moment. »
« Si jamais il t'arrive quelque chose, comment le saurons-nous ? »
Elle n'avait pas la réponse. Et cette incertitude la fit frissonner : peut-être ne sortirait-elle jamais de l'Eden, peut-être était-ce la dernière fois qu'elle voyait sa fille et sa mère. Non, elle ne devait pas penser comme ça, elle devait se battre, comme elle l'avait toujours fait, pour ses idéaux, pour sa fille. Les Wallace, Ryce, et tous ceux qui bossent pour eux… Ils ne devaient plus agir. Et puis, il y avait Lexa… Déjà dans la gueule du loup. Elle devait savoir ce qu'il se passerait pour elle si elle n'était pas là près d'elle. Lexa était surentrainée peut-être mais sans soutien…
« Je t'aime Clarke. »
« Je sais, et je t'aime bien plus encore. Prends soin de Madi. Et si, quand je reviens, elle veut devenir chirurgien, je t'en tiendrais personnellement responsable ! » Elles échangèrent un sourire et une chaleureuse accolade avant que Clarke ne jette un regard vers sa montre « Je dois y aller. »
Abby opina, déposa un dernier baiser sur le font de sa fille avant de la laisser partir. Clarke ne regarda pas en arrière, elle le savait, si elle se l'autorisait, elle pourrait renoncer et faire machine arrière. Et ne vit pas, alors, la silhouette de sa fille se dessinant derrière la fenêtre à l'étage.
A peine dans sa voiture, le téléphone de la jolie blonde retentit « Allo ? »
« Hey, t'avais quand même pas l'intention de te foutre dans une merde sans nom sans que je le sache ? »
Clarke gloussa « Ca ne m'était absolument pas venu à l'idée. »
« Hey Clarkie, fais pas de connerie ok… »
« Tu me connais. »
« Je sais. »
« La tête brûlée des deux, c'est toi. »
« Je sais. »
« Hey Ray, je ne peux pas te dire de ne pas t'inquiéter, mais… Si tu pouvais jeter un œil sur Madi de temps en temps. Non pas que je n'ai pas confiance en ma mère, mais je sais qu'elle peut être assez… Enfin tu vois… »
« Je vois. Et pas de soucis, je l'appellerai. Tu sais, Anya n'est pas sensée me parler de l'avancement de l'affaire mais je l'ai supplié de me tenir au courant si y'avait du mouvement… Comme ça, je saurais, enfin tu vois ce que je veux dire. »
La phrase S'il t'arrive quelque chose, je serais au courant resta suspendue à ses lèvres mais toutes deux purent l'entendre distinctement.
« C'est bien. Tu ne seras pas seule. »
« Oh tu sais, Anya c'est juste… Enfin on se connait à peine. C'est surtout une passade. »
Clarke s'abstint de tout commentaire, sachant que s'il y avait bien une chose dont Raven Reyes n'était pas certaine, c'était l'intérêt d'être en couple. La jeune latino n'imaginait pas vraiment se lier à une personne, dépendre de quelqu'un. Avec Shaw, les choses étaient simples : ils travaillaient chacun de leur coté, ne se voyaient que le matin et le soir. Mais il allait croire que c'était déjà bien trop pour Shaw qui voyait, depuis quelque temps déjà, sa secrétaire entre deux sorties au bar avec ses collègues. Raven était au courant, elle avait reçu par erreur un message de Shaw pour son amante, ne laissant plus aucun doute.
Depuis la jeune femme avait fait comme si de rien n'était : elle revenait le soir, parfois il était déjà là, parfois non. Elle faisait la cuisine, sortait le plus souvent possible. Elle faisait comme si de rien n'était : elle lui parlait, lui souriait… La seule chose qu'elle ne put jamais plus faire c'était de lui faire l'amour. Elle refusait de passer derrière elle, de devoir sentir son parfum sur lui, d'imaginer ce qu'il lui faisait et qu'il ne faisait pas avec elle.
Ainsi, le privant de sexe avec elle, Raven savait qu'elle le jetait directement entre les jambes de sa secrétaire, lui donnant une bonne excuse lorsqu'elle le mit au pied du mur, il y a deux jours. Ce dernier se défendant en lui lançant un « De toute manière, nous ne partageons plus rien. »
Finalement, il quitta leur appartement sans demander son reste. Et Raven persista sur la voie du célibat voulu, avec quelques compensations non négligeables comme le sexe sans prise de tête.
Clarke imaginait qu'Anya était une bonne transition, quelqu'un qui pourrait lui faire oublier sa précédente déception. Elle savait aussi que Raven pensait pareil, même si, dans son for intérieur, la jolie blonde imaginait que l'agent spécial pourrait être bien plus qu'un passe-temps. Même si Raven ne l'envisageait pas encore, Clarke savait d'avance que leur histoire était loin d'être finie, même si elle n'avait pas encore officiellement commencé.
« Hey Clarkie, ne fais rien de stupide hein, genre si on te propose des drogues chelous ou des acides quelconque. Sans parler des parties de jambe en l'air collectives… »
« Ne t'inquiète pas. Tu te souviens au lycée quand je faisais semblant de boire et d'être déchirée, juste pour paraitre cool ? »
« Sérieusement ? Tu vas me faire croire que tu faisais semblant ?! »
« Comment tu crois que je pouvais conduire pour te ramener, toi complètement déchirée, de nos soirées à la con ? »
« Merde… J'ai rien vu. Même pas une fois ? »
« Bien sur que si. Mais pas autant que tu le crois. Tout ça pour dire : je simule très bien. »
« Ah oui, ça on me l'a dit. »
« T'es con. » gloussa Clarke en levant les yeux au ciel « Je dois y aller. »
« Fais gaffe à toi Griffin. J'ai pas l'intention d'élever Madi toute seule. »
« Pour que tu en fasses une junkie de l'informatique et une rebelle ? Non merci. »
Elles échangèrent un rire salvateur, libérateur, avant que la lourdeur de la situation ne les rattrape. Un silence s'installa avant que Raven ne le brise « Bon, je vais te laisser. Je t'aime Clarkie. »
« Je t'aime Ray. »
Et sur ces simples promesses, Clarke raccrocha. Son cœur était lourd, mais son envie de démanteler ce réseau prenait largement le dessus.
Elle se gara plus loin, histoire d'arriver à pieds devant le centre, espérant retrouver sa voiture lorsqu'elle reviendrait. Elle prit son large sac kaki qu'elle avait trouvé dans un surplus miliaire et dans lequel elle n'avait mis qu'un jean trouvé supplémentaire, quelques T-shirts aux logos de groupes de rock des années 90, une paire de converse défraichit, deux bouquins, un MP3 datant d'un autre âge. Elle s'était attachée les cheveux dans un chignon déstructuré, avait rafraichit ses mèches rouges et sa veste militaire trop large pour elle recouvrait ses bras musclés et bardés de bracelets en cuir cloutés. Elle ressemblait à ces jeunes punks des années 90 qui jonchaient les allées lugubres tagués de slogans anarchistes. Oui, elle semblait être une caricature assez grotesque mais elle pensait que ce style collerait bien plus à l'histoire qu'elle s'était créée.
Elle se dirigea alors vers le centre, prospectus en main dans lequel elle avait annoté quelques commentaires et relevé quelques informations. Et devant l'entrée, elle eut la surprise de croiser un regard qu'elle commençait à connaitre « Eliza ! »
« Niylah ! A croire que vous m'attendiez. » plaisanta-t-elle
« Peut-être bien. » minauda la jolie blonde « Entre, je suis contente de te revoir. Alors, je vois que tu as lu notre brochure… Quelque chose t'a tapé dans l'œil ? »
« Hm à vrai dire oui, pas mal de trucs… Y'a des séminaires et des stages sympa comme celui dans la nature, qui est, si j'ai bien compris, une sorte de rando camping pour s'éloigner de tout, c'est ce dont j'ai besoin. »
« Quoi d'autre ? »
« Ce truc sur l'équitation ou encore ce stage d'immersion de quelques jours. »
« Hm, celui-ci est dédié aux confirmés. »
« Confirmés ? »
« Les personnes qui ont déjà passé quelques séminaires parmi nous. »
« Oh… »
« J'espère que se sera bientôt ton cas. »
Clarke sourit alors « J'espère. »
Clarke suivit Niylah, presque aveuglément, jusqu'à l'ascenseur. Une fois à l'intérieur, la jolie blonde se tourna vers les parois vitrées l'élevant à des centaines de mètres du sol.
« Vertige ? »
« Non. Admirative seulement. »
« Si tu es admirative par un simple ascenseur, j'ai hâte de voir ta tête quand tu verras le reste des installations. »
« Oh, vous voulez parler de la piscine… Je ne suis pas très fan de l'eau… »
Niylah gloussa « Tu verras. Ca n'a rien à voir. En attendant, viens, je vais te montrer où tu peux dormir pour ce soir. J'imagine qu'il y a un moment que tu n'as pas vu de lit… »
Clarke sourit discrètement : son attirail d'ado paumée des rues fonctionnait bien jusque là. Elle suivit Niyla jusqu'à une aile éloignée du bâtiment « Je n'imaginais pas que cela était aussi grand, en tout cas, ça ne le laisse pas paraitre de l'extérieur. »
« Oui, tu serais surprise de ce que l'on peut trouver ici. » Elle arriva devant un long couloir aux portes de chaque coté, identiques. Alors qu'elles le traversèrent, Clarke vit des chiffres sur les portes, comme dans un hôtel. Elles s'arrêtèrent devant celle portant le numéro 087 « Voici où tu logeras. »
« Vous abritez tous les gens qui veulent ? » s'étonna Clarke
« Nous hébergeons ceux qui sont prêts. »
« Vous ne m'avez vu qu'une seule fois. »
« Tu serais surprise de voir combien revienne aussi vite. Eliza, si tu es là, c'est qu'il n'y a pas de hasard. »
« … »
Niylah sourit avant d'ouvrir la porte et de laisser apparaitre une large chambre avec 2 lits jumeaux l'un en face de l'autre. Visiblement, aucun n'était habité pour l'instant. Elle aurait donc une chambre pour elle seule.
« Te voici chez toi. »
« Chez moi… »
« Quand une personne ressent le besoin de quitter son foyer, c'est qu'elle ne s'y sent pas bien. Ici, nous espérons que tu trouveras la paix et la sérénité. »
« Et pour les séminaires ? »
« Patience. Ce soir, tu en découvriras plus. »
Tout ces mystères, comment pouvait-elle penser que cela marcherait ? Parce que si Clarke restait parce qu'elle avait une mission, d'autres auraient pu être rebutés par tant de silence. Au lieu de cela, Clarke se choisit un lit et, dès qu'elle y posa son sac, Niylah sourit « Ne tarde pas. Nous nous donnons rendez-vous dans une heure pour la cérémonie. »
« La cérémonie ? »
« D'introduction des nouveaux venus. »
« Hm, une sorte de bienvenue ? »
« C'est ça. Oh, une dernière chose. » Elle s'approcha et pointa le prospectus « Le séminaire nature te plairait pour commencer, c'est ça ? »
« C'est ça. »
« Alors… » Niylah sortit de sa porte une ribambelle de bracelets multicolores et en tira un vert qu'elle clipsa autour du poignet de la jolie blonde.
« C'est quoi ? »
« Un signe de reconnaissance. En temps voulu, tu seras dans un groupe. »
« Laissez-moi devenir : le groupe Nature ? »
« Exact. » sourit Niylah « Installe-toi, tu auras peut-être des compagnes de chambre. »
« Compagne ? Pas de compagnon ? »
« Taxe nous de régressifs mais nous ne mélangeons pas homme/femme, pas sous nos locaux. »
« Hm je vois. »
« Mais… » elle s'approcha « … Rien ne t'empêche de créer des liens par la suite… »
Clarke haussa un sourcil : oui, il était évident que cette Niylah lui faisait du rentre-dedans. La question était : en faisait-elle a tout ceux et celles qu'elle croisait ? Où ne visait-elle que des proies qu'elle sentait à sa portée ?
« On a le droit à des relations sexuelles ici ? Ou lors des séminaires ? »
« Nous n'interdisons rien. Vous êtes chez vous ici, à partir du moment où vous portez ce bracelet. »
Clarke y jeta rapidement un œil avant de revenir vers la jeune femme « Intéressant… »
« Je ne te le fais pas dire. Bien, je vais te laisser. »
« Hey, je vais où dans une heure ? »
« Ne t'inquiète pas, on viendra te chercher. Installe-toi. »
Puis Niylah s'évapora et laissa Clarke seule. Elle monta les quelques marches menant au lit supérieur, où elle y déposa son sac. Elle soupira en jetant un œil dans la pièce : elle ne devait pas faire plus de 15m². Comprenant deux lits jumeaux, avec, au bout de chaque, deux larges armoires. Et encore derrière, un petit lavabo et un miroir ovale. Entre les deux lits, une large fenêtre sans rideau. Cette chambre était aussi impersonnelle que celles des dortoirs universitaires. Elle se souvenait de cette pièce qui avait été sa chambre lors de sa première année, avant que Raven ne débarque et ne décide de s'installer avec elle dans une chambre double.
Elle descendit du lit, laissant son sac en haut, et fit rapidement le tour de la chambre avant d'ouvrir la porte pour savoir si, oui ou non, elle était définitivement seule ici. Elle sortit : personne dans le couloir. Elle marcha quelques pas avant de prendre conscience des caméras au plafond « Bah voyons… » murmura-t-elle avant d'avancer jusqu'à entendre des paroles et des rires au loin. Elle se figea : que devait-elle faire ? Retourner dans sa chambre rapidement ? Ou rester là et attendre ? Après tout, elle ne faisait rien de mal…
Elle n'eut pas à se poser plus de questions : devant elle, un groupe de trois personnes : deux femmes et un homme. La première chose qu'elle remarqua fut leur bracelet. Chacun en avait un, tous de la couleur bleu ciel. Ils continuèrent leur chemin, passant à coté de Clarke en la saluant poliment d'un signe de main ou de tête.
Clarke les regarda, éberluée, avant de les voir disparaitre au détour du couloir. Elle hésita mais finit par les suivre et, avant de tourner à gauche, comme eux, elle se stoppa et passa discrètement sa tête. Elle vit alors une des deux femmes saluer les deux autres et entrer dans une chambre, tandis que l'homme et la femme papotèrent visiblement intimement avant qu'ils ne s'embrassent et n'entrent dans la chambre opposée.
« Eh bah mon vieux… » sourit Clarke « Perdent pas de temps… »
Elle fit demi-tour et retourna dans sa chambre. Elle sortit de son sac son MP3 et s'allongea sur son lit : il était étrange qu'ils laissent entrer des inconnus dans leurs murs sans même les avoir fouillé. Elle aurait pu avoir un téléphone, une caméra, peu importe. Personne n'avait regardé dans son sac. Dans le doute, elle ne l'avait pas pris, minimisant les risques de se faire pincer.
Soudain, la porte s'ouvrit et une jeune fille entra avec un garçon « Voilà, tu y es. »
« Merci c'est cool. »
« On se voit plus tard. » lança le garçon, une grande perche maigrichonne aux cheveux noirs en bataille
La jeune fille, ou plutôt l'adolescente, fut soudain seule avec Clarke
« Hey… » La gamine leva ses yeux alors « Salut. »
Elle s'approcha, son sourire ayant disparut, et se laissa tomber sur le lit en contrebas à l'opposé du sien « 'lu… »
« Alors… Toi aussi tu viens toucher l'Eden du doigt ? »
La petite la fusilla du regard avant de s'allonger sur ce qui serait visiblement son lit, lui tournant le dos. Clarke haussa un sourcil « Okayyy… »
Elle remit ses écouteurs et se laissa bercer par la musique, tombant doucement dans une légère torpeur, quand soudain, elle sentit une main lui agripper la cheville. Elle se redressa avec énergie pour voir la main fine et noircie de crasse de la petite.
« Un problème ? »
« T'as un truc à manger ? »
Clarke fronça les sourcils : la petite ne devait pas être plus âgée que Madi au vue de sa carrure. Elle ne put s'empêcher de se demander si sa fille la connaissait, par l'école ou des amis en commun. Evidemment le Vermont était bien trop loin de Polis. Elle mit sa main dans son sac et en sortit une barre chocolatée « Tiens. »
La petite lui arracha presque des mains avant de retourner vers son lit.
« Pas de quoi. » grommela Clarke qui se rallongea. Mais sa curiosité était piquée au vif. Elle se redressa et vit soudain la petite engloutir la barre en quelques secondes, comme si elle n'avait pas mangé depuis des jours. La jolie blonde fouilla de nouveau dans son sac et lui lança une nouvelle barre, qui atterrit sur ses genoux mis en tailleur. Elle la fusilla du regard.
« Hey, si t'as faim prends. De toute manière, je suis sûre qu'ils ne vont pas nous laisser crever de faim ici. Ils ont parlé d'un buffet à volonté. »
La petite baissa le regard et hésita avant de prendre la barre dans ses mains « Merci… » souffla-t-elle
« De rien. Alors… Comment tu t'appelles ? »
« … »
Clarke se rendit compte qu'elle avait, autour de son poignet, un bracelet vert, comme le sien « Ah tu vas aussi faire le séminaire Nature. »
« … »
« Hey je suis pas flic tu sais. » Elle capta alors le regard de la gamine « Je pense qu'on est tous là pour la même chose, ou sensiblement. »
« … »
« Moi j'me suis tirée de chez moi, enfin mes parents m'ont foutue dehors, parce que je préfère les filles. Ma mère a surement pas supporté l'idée qu'elle aurait jamais de gendre ni de petits-enfants. » se moqua-t-elle « Et toi, t'es là parce que ? »
Mais la petite resta muette, engloutissant la barre chocolatée aussi vite que la première.
« Ok, t'es pas obligée de me parler mais, on sait pas vraiment quand est-ce que ce séminaire commence, alors si on est sensées être des colocataires, ça serait plus simple, non ? »
La petite finit sa barre, s'essuyant la bouche du revers de la main et fixa Clarke, comme si elle essayait de la juger, puis elle soupira « Charlotte. »
« Charlotte ? Moi c'est Eliza. Dis… T'as quel âge ? Genre… 10 ans ? »
La gamine la fusilla d'un regard noir, comme si elle venait de l'insulter « J'en ai 12, bientôt 13.
Clarke fut étonnée de la condition physique chétive de l'adolescente : elle était crasseuse, des tresses semblant être sur son crâne depuis des mois, le teint blafard et les ongles sales « T'as fui ton foyer ? »
« Oui… »
« Hm, tes parents ? »
« … »
« Non ? »
Charlotte détourna le regard avant de prendre sa besace aussi maigrichonne qu'elle et de la serrer contre sa poitrine. Clarke sentit son malaise alors et descendit de son perchoir pour la rejoindre sur son lit. Elle n'osa pas la toucher, de peur de s'introduire trop près de sa sphère personnelle.
« Tu veux en parler ? »
« Si je suis venue ici c'est pour ne plus y penser. » argua Charlotte
« Je comprends. » Clarke soupira alors et resta à ses cotés, silencieusement. Et finalement, la voix fluette de la jeune fille résonna péniblement « C'est mon frère… Enfin mon demi-frère. Ma mère s'est remariée. Mon beau-père avait un fils, Trevor, de 5 ans mon ainé. »
Clarke craignait la suite du récit « Il ne m'aimait pas vraiment… Il m'a jamais vraiment considéré comme sa sœur… »
« Les grands-frères, tous des cons. » essaya de plaisanter Clarke
« Ca a commencé quand il est revenu du lycée plus tôt un soir. Mes parents étaient pas encore là… »
« Charlotte, si tu veux pas… »
Mais la petite semblait lancée, comme si les mots avaient besoin d'être expulsés de sa bouche tant ils semblaient douloureux dans sa gorge.
« Il est arrivé dans ma chambre en me criant dessus, en disant que j'avais touché ses affaires. C'était faux… Mais parfois, il mentait pour avoir raison… Il a commencé à me taper dessus, alors j'ai voulu me défendre et j'ai pris un de mes livres et je l'ai tapé avec. Je l'ai tapé à la ceinture. Il a été surpris mais… Il a tiré une grimace avant de me dire que c'était pas comme ça qu'on s'en servait… Et ensuite… Il… »
Elle posa machinalement sa main sur la cuisse de Clarke, et cette dernière lui prit la main, comme pour la soutenir. Elle savait ce qu'elle ne pouvait pas dire, cette phrase qu'elle ne pouvait finir. Elle avait entendu des dizaines et des dizaines de témoignages d'enfants battus, torturés, abusés, violés. Elle savait, et pourtant, à chaque récit, elle était encore et toujours étonnée du sadisme et de la violence des hommes.
Alors, quand Charlotte expliqua que son frère, après le premier viol, prit gout au sadisme et renouvela la chose dès que ses parents s'absentaient, Clarke eut presque la nausée. Charlotte lui expliqua qu'elle essayait, tant bien que mal, d'être rarement à la maison : en restant tard à l'école ou avec ses amies… Elle avait presque le sourire lorsqu'elle lui dit qu'elle avait réussi à faire cela deux semaines de suite. Mais que ses absences rendaient son frère plus fou encore.
Mais le pire survint lorsqu'elle expliqua à Clarke que durant l'absence de ses parents pour une soirée, son frère avait invité des amis pour regarder le match de foot, elle se retrouva au milieu d'eux, attirée par son frère au sous-sol, à être violée tour à tour par ses amis imbibés d'alcool.
« Je crois qu'ils étaient 8… Je sais plus, certains sont passés deux fois je crois… Le match de foot était à peine terminé quand ça a été fini. Ils ont eu le temps de fêter la victoire de leur équipe devant l'écran géant du sous-sol. Ils sont retournés à leur match comme si de rien n'était. Mon frère m'a dit de me rhabiller et de déguerpir de là… Il rigolait en disant que je n'avais pas l'âge pour l'alcool qu'ils allaient ingurgiter. »
« Oh Charlotte… Tu… Tu n'as rien dis à tes parents ? »
Les larmes de Charlotte roulèrent sur ses joues « J'ai essayé mais… Mon frère… »
« Il t'a menacé… »
« Il disait qu'ils ne me croiraient pas de toute façon et qu'à cause d'un mensonge si grave, je serais mise en internat loin d'eux. J'ai eu peur… Ma mère, elle comprenait rien, elle voyait rien, ou ne voulait pas voir. Elle aimait mon beau-père et… Elle savait que Trevor pouvait les séparer si jamais ça n'allait pas. Alors si elle accusait le fils de son mari d'abuser de leur fille… »
« Tu es partie… »
« J'ai laissé un mot pour expliquer pourquoi, même s'ils ne me croient pas… »
« Pourquoi être venue ici ? »
« Parce qu'ici, je pourrais repartir de nouveau sans être jugée. Quoiqu'il arrive, je pourrais plus revenir à l'école… Ca sera plus jamais pareil. »
Clarke était furieuse : le flic en elle était prêt à aller casser la gueule de ce petit con pervers et menteur, de protéger cette gamine pas plus vieille que sa propre fille. Elle rageait aussi de penser que cette gamine, esseulée, n'avait trouvé de refuge que dans cet endroit, où elle risquait sa vie bien plus encore.
« Charlotte, tu n'es pas seule. »
« Plus maintenant, je sais. » sourit Charlotte
Clarke aurait tellement eu envie de lui dire de fuir ce lieu, qu'il y avait beaucoup mieux à l'extérieur, des gens qui pourraient s'occuper d'elle, de sa situation. Elle voulait l'emporter loin d'ici… Mais elle s'abstint, elle se tut, elle préféra lui serrer la main et lui donner toute sa force, son courage au travers d'elle.
« Et toi alors ? Tu aimes les filles ? »
« Ouais… » pouffa Clarke en se rendant compte que son histoire semblait tellement dérisoire face à la sienne, encore alors qu'elle savait que c'était un mensonge. Ses parents avaient été plus que compatissants et aimants, même après qu'elle ait avoué sa bisexualité « On choisit pas il parait. J'ai été attirée par les deux très tôt, mais je ne l'ai jamais dis. »
« Moi, personne me touchera plus jamais… » grommela la petite comme si la réalité venait de la frapper
« Ne dis pas ça… »
« Quand ils sauront, ils… »
« Hey, je croyais que tu étais venue ici pour effacer tout ça, non ? »
Mais Charlotte comprit alors qu'il était plus facile de le dire que de l'appliquer. Changer de vie, effacer son passé… En théorie c'était bien beau, mais dans la pratique, chaque regard qui se posait sur elle lui rappelait comme elle était sale tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. Elle n'était plus la petite fille chérie de ses parents… Elle n'était plus qu'une vagabonde meurtrie et sale qui n'avait d'autre refuge qu'un centre providentiel, tel un oasis. L'Eden : loin de sa famille, mais n'était-ce pas mieux finalement…
Puis on vint toquer à la porte et le jeune homme mince et aux cheveux hirsutes apparut « Venez, c'est l'heure. »
Sans se poser plus de question, Charlotte et Clarke se levèrent d'un même mouvement et suivirent l'inconnu. Dans les couloirs, Clarke fut surprise de voir une trentaine de personnes sortirent à leur tour, certains avec des bracelets verts, d'autres rose, rouge, jaune… Autant de couleur que de stages, séminaires, clubs à rejoindre… Les profils étaient aussi variés que les couleurs : des jeunes, comme Charlotte, des vieux, plus âgés que sa propre mère, des femmes, des hommes, des asiatiques, des noirs…
Tous suivirent les quelques personnes sans bracelet mais arborant un T-shirt blanc frappé du logo de l'Eden dans le dos.
« Au fait, tenez. » Le garçon leur tendit un badge à chacune « Mettez-le. »
Il était ovale, vert, la couleur de leur groupe, et leur prénom était gravé dessus : Charlotte et Eliza.
Cette dernière l'accrocha sur sa poitrine, et aida Charlotte à faire de même. En quelques secondes, elle se prit d'affection pour cette enfant peu chanceuse et solitaire. Elle se devait de la protéger. Peut-être que, quand tout serait fini, elle lui présenterait Madi, et même Aden… Peut-être seraient-ils amis et qu'ils l'aideraient à passer ce cap. Peut-être que Clarke irait coffrer elle-même ce fils indigne et qu'elle ramènerait Charlotte dans les bras de sa mère. Oui, peut-être que leur rencontre n'était pas dû au hasard.
« Suivez-moi. La cérémonie va commencer. »
Clarke et Charlotte passèrent plusieurs couloirs avant de descendre de larges marches métalliques.
« Merde on descend… » lança Clarke comme si elle venait de s'en rendre compte de ce fait.
« Eliza… »
Clarke sentit la main de Charlotte s'immiscer dans la sienne, pour se rassurer, pour la rassurer. La descente semblait éternelle pour la jolie blonde quand soudain, elle vit deux portes battantes que les gens traversaient, visiblement sans peur ni hésitation. Elle fit de même, suivie de Charlotte, avant de rester bouche bée sur ce qu'il y avait devant ses yeux.
« Oh mon… »
Devant Clarke, une sorte d'immense terrain de hockey, avec des gradins tout autour. Aussi large qu'un terrain de foot, le stade avait en son centre une estrade ronde, et des écrans géants retransmettant ce qu'il se passait dessus. Les gradins se remplissaient de centaines de fourmis, oui une véritable fourmilière : mais où étaient tous ces gens avant ? Parqués dans des dortoirs comme elle ? Y avait-il que des novices ? La présence de l'homme ayant accompagné Charlotte, et plus loin de Niylah, lui confirmait que, non, il n'y avait pas que des gens en perdition. Elles furent poussées dans une allée et trouvèrent un siège à une dizaine de rang du terrain, pile devant l'estrade sur laquelle elle distinguait à présent un unique tabouret, une petite table avec un micro sans fil posé dessus, et une simple bouteille d'eau.
Tout autour des murs, des estrades, des gradins, le symbole de l'Eden était présent, comme si l'on essayait de les imprimer de force dans leur esprit, et ça marchait. Clarke se rendit compte qu'à chaque extrémité des gradins siégerait une personne en T-shirt blanc. Veillaient-ils à ce que personne ne quitte les lieux avant la grande messe ? Ou à calmer les quelques esprits échaudés ? Peu importe, elle se sentait piégée.
« Qu'est-ce qui se passe ? » demanda Charlotte, un léger trémolo dans la voix, peu rassurée
« La cérémonie sans doute. » murmura plus pour elle-même Clarke que pour Charlotte.
Soudain, les lumières s'éteignirent et le silence régna, un silence pesant, presque effrayant. Puis alors, les spots multicolores baladèrent leurs rayons multicolores dans les gradins, comme s'ils cherchaient quelqu'un, puis tous convergèrent vers le centre de la scène, sur l'estrade. Ce n'est qu'à ce moment précis que Clarke vit un homme, et pas n'importe qui, Jonathan Ryce, micro en main.
Les écrans s'allumèrent et le visage de l'homme apparut sur grand écran, un visage souriant aux dents éclatantes, comme ces pubs pour une dentition impeccable. Il arborait un brushing comme les pures vedettes hollywoodiennes… Bref, il était le stéréotype de l'homme parfait, le gendre idéal, celui a qui tout réussissait.
« C'est lui… » souffla dans un sourire Charlotte, admiration devant cet homme
Clarke était surprise de son attraction, comme si elle avait été littéralement envoutée. Elle regarda de chaque coté, et tous était en ivresse, tapant dans leurs mains, hurlant leur joie à l'apparition de Ryce. Ils semblaient déjà tous acquis à sa cause, alors qu'il n'avait pas encore ouvert la bouche.
Puis, en parcourant la salle des yeux, le regard de Clarke tomba sur une chevelure brune à trois rangs devant elle. Elle ne savait pas pourquoi mais elle était certaine que cette nuque fine, ce châtain, ces épaules frêles mais musclées appartenaient à…
« Lexa… »
Et alors qu'elle s'apprêtait à crier son nom pour attirer son attention, elle s'abstint, se rappelant qu'elle ne devait, sous aucun prétexte, utiliser les noms Lexa ou Clarke dans ces murs. Mais elle avait déjà oublié le nom d'emprunt que Lexa avait utilisé et qu'elle avait entendu la veille « Merde… »
« Ca va ? » demanda Charlotte
« Oui, oui, pas de soucis. »
Et alors qu'un larsen indiquait que Ryce venait d'approcher son micro de sa bouche, Clarke n'avait d'yeux que pour cette tignasse brune qu'elle jurait être celle de sa coéquipière. Puis soudain la voix suave de l'homme résonna.
« Bonjour à tous ! Je suis heureux de vous accueillir une nouvelle fois au sein de notre centre où, je l'espère, vous trouverez ce que vous cherchez. » quelques applaudissements et cris de joies plus tard, il continua « Vous devez certainement avoir déjà au poignet votre bracelet et accroché à votre vêtement, votre badge nominatif. Cela ne vise pas à vous parquer dans un groupe, mais bien plus comme un mode de reconnaissance, bien plus agréable et familier. Car c'est ce que nous sommes ici, une famille. Une famille qui n'a qu'une seule visée : votre bien-être. Nous ne partons avec aucun à priori, ni de situation, ni de race, ni de taille, de poids, de notes scolaires, de métier… Non, ici nous repartons sur un pied d'égalité : nous sommes tous des enfants qui cherchons notre voie. Et je suis là, nous sommes là, pour vous y aider. » Les cris redoublèrent, la ferveur s'empara même de Charlotte qui sortit de son carcan timide pour afficher sa joie et son allégresse. Ryce leva sa main afin de calmer l'assistance et reprit « Comme vous le savez déjà, mes assistants et moi sommes là pour vous, vous guider, vous aider, vous aimer aussi. Parce qu'il est primordial que vous compreniez qu'ici… Nous sommes une famille. Pas celle qui vous a rejeté, pas celle qui ne vous comprend pas, pas celle qui ne vous aime pas à votre juste valeur. » Clarke fronça les sourcils : c'était donc ainsi qu'il s'y prenait : dénigrer nos convictions, du moins ce qu'il en restait, pour mieux intégrer les siennes. Le concept de famille était primordial pour ces âmes perdues, c'était la seule chose de fiable dans ce monde : être seul ne comptait pas, mais une famille, que l'on avait à la naissance ou celle que l'on se construisait au fil des rencontres, c'était primordial.
Ryce savait cela, il savait que tous ces gens étaient perdus et seuls, il savait appuyer là où ça fait mal : pour la majorité d'entre eux, les problèmes venaient essentiellement de leur famille : rejet, brutalité, vices… Et finalement, pour la plupart, ils avaient quitté leur domicile en quête d'un nouveau foyer. Et Ryce leur offrait cette possibilité. Un lavage de cerveau dans les règles, mais tout en douceur.
« Ici, nous répondrons à vos attentes, nous essaierons de vous aider, de vous guider, tout en vous respectant, vous en tant que personne, qu'individu créant ce monde. Parce qu'il est certain que vous êtes le futur de cette société. Aujourd'hui, on nous demande toujours plus de résultat, toujours plus de pression, d'expérience. Nous nous oublions pour que la société nous façonne à son image… Et pourquoi ? Pour qu'au final, elle nous rejette quand nous n'entrons pas dans les cases. Ainsi, mesdames et messieurs, nous nous sommes oubliés sur le chemin, au profit d'une société qui ne nous aime pas. Ici, nous apprenons à nous retrouver, à retrouver nous nous intérieur, à oublier les impératifs de cette société dans laquelle, finalement, nous ne nous reconnaissons pas. Et si, aujourd'hui, nous bâtissions la notre ? Une société qui n'exige pas le meilleur de nous, mais seulement que l'on se donne nos propres moyens. Pas une société qui veut nous modeler à son image, mais au contraire une société qui s'adapte à chacun d'entre nous. Nous sommes le changement. C'est vous qui allaient créer la société de demain, et pas l'inverse. Chacun d'entre vous compte. Oubliez ce qu'on a pu vous dire ou faire ressentir, ici, personne ne vous jugera, ne jugera vos actes passés, ce que vous avez subi ou fais subir. Ici, vous êtes une personne nouvelle que nous apprendrons à connaitre, à aimer et avec qui nous bâtirons le monde de demain. Parce que vous comptez ! »
Il hurla cette dernière phrase, excitant la foule un peu plus encore. Pour ponctuer son laïus, les lumières des spots s'agitèrent, et soudain, sur les écrans géants, une multitude d'images, les unes rapidement enchainées aux autres, comme si un message subliminal s'était glissé dedans, ce qu'imaginait aisément Clarke.
Et finalement, lorsque les spectateurs se calmèrent, il reprit son micro « Aujourd'hui, vous êtes ici parce que vous croyez que nous pouvons vous aider, et vous avez raison. Vous avez tous choisi en votre âme et conscience, un stage, séminaire, groupe qui pourrait vous convenir, et vous vous en remercions. »
Entendez par là, merci pour votre contribution financière généreuse, pensa Clarke en esquissa un rictus pathétique. Elle jeta un œil vers la silhouette devant elle qui restait de marbre elle aussi, ne semblant pas vraiment excitée par les propos de Ryce, ce qui la conforta dans l'idée qu'il pouvait s'agir de Lexa.
« Bien, je vais vous expliquer comment les prochains jours vont se passer : pour les groupes Séminaires, le départ se fera dès demain matin. Le matériel est fourni, vous n'avait rien à ramener de plus que votre esprit libre et vierge de pensées négatives. » Clarke leva les yeux au ciel « Pour les différents stages, votre prise en charge se fera dès cet après-midi. A présent, nous allons tous nous restaurer et fêter les nouvelles perspectives qui s'offrent à vous, pour vous. Merci encore d'avoir rejoint ce centre. Merci de croire en l'Eden ! »
Là encore, la foule hurla, tapa des pieds et des mains, les lumières tourbillonnèrent dans tous les sens, la musique retentit alors, finissant d'assommer les plus sceptiques, toujours avec ces images défilant à vitesse grand V. Clarke essayait de discerner quelque chose : parfois une plage déserte, parfois des petits animaux mignons, ou encore des arc-en-ciel, de belles villas aux murs éclatants, des billets, des arbres… Bref, une multitude d'images qui, si on se concentrait un peu, ne montrait que des choses idylliques. Oui, une sorte d'avant-gout de l'Eden.
Clarke n'avait qu'une idée : avant de sortir de cette salle, elle devait être sûre que la silhouette brune devant elle était bel et bien Lexa. Alors quand un mouvement de foule poussa Clarke à longer les rangées pour en sortir, son regard ne fixait que la jeune femme. Et quand enfin elle vit son profil, son cœur bondit « Lexa ! » lança-t-elle avant de se raviser, regardant tout autour d'elle si quelqu'un l'avait entendu. Elle ne devait pas foirer la couverture de Lexa, sous peine de mettre en danger la jeune femme et c'était la dernière chose qu'elle désirait. Alors elle prit son mal en patience et rejoignit le bord de la rangée aussi vite qu'elle put et tendit le bras afin de frôler celui de Lexa. Cette dernière se tourna alors et la fixa, comme si elle ne s'attendait pas à la voir ici.
« Hey… »
Mais avant de pouvoir pousser plus loin la discussion, elles furent emmenées par le flot de la foule qui sortait. Clarke se tourna et attrapa la main de Charlotte, l'attirant avec elle vers la sortie.
Une fois dehors, les gens se séparèrent : certains retournèrent à leur chambre, d'autres partirent vers le réfectoire. Lexa attira Clarke sur le coté et alors qu'elle s'apprêtait à lui parler, elle se figea, regardant derrière la jolie blonde. Cette dernière se retourna et vit que Charlotte était là.
« Pas de soucis, c'est mon amie. » sourit Clarke
« Ton amie ? » s'étonna Lexa.
Et pourtant, rien n'aurait pu être assez étonnant que Clarke Griffin faisant amie-amie avec une gamine d'une dizaine d'années.
« C'est Charlotte. » Clarke lui montra son poignet « Elle est dans notre groupe. »
Lexa regarda directement le poignet de Charlotte, puis celui de Clarke et finalement le sien, comme pour confirmer les dires de la jolie blonde.
« Charlotte, voici… » Clarke se tourna vers Lexa, implorant son aide.
« Alycia. »
« Alycia ! Alycia, voici Charlotte. »
La petite, méfiante, baissa le regard, tout en la fusillant de temps en temps.
« Sympa… Qu'est-ce que tu fais là ? » lança Lexa à Clarke
« Bah je suis venue faire le séminaire Nature. » dit-elle en brandissant fièrement son bracelet vert.
Lexa leva les yeux au ciel « C'est pas vrai… »
« Ah parce que vous pensez sincèrement vous débrouillez mieux que moi dans la Nature ? » ironisa Clarke
« Stop. » avertit Lexa en jetant des regards vers Charlotte. Clarke comprit et même si elle n'imaginait pas que Charlotte ne soit une menace en soi, elles devaient rester sur ses gardes. Elle opina légèrement avant de changer de direction « Ma chambre c'est la 87, et toi ? »
Le changement au tutoiement surprit Lexa avant qu'elle ne soupire « Chambre 13. »
« On devrait pas être loin alors ! Charlotte est dans ma chambre aussi, hein Charlotte ?! »
La petite ne répondit pas, ayant déjà pris en grippe cette fille qui s'immisçait entre elle et sa nouvelle confidente. Et Lexa le sentit. Elle se pencha vers Clarke et lui murmura « On se voit plus tard. » puis elle partit tandis que Charlotte tira sur la manche de Clarke « On y va ? »
« Ouais, j'ai faim moi aussi ! »
« Tu la connais… » soupira Charlotte tandis qu'elle triturait sa purée
« Qui ? »
« L'autre… »
« Ah… Ouais, longue histoire. »
A vrai dire, il fallut à Clarke quelques secondes pour se remémorer l'histoire qu'avait cousu Lexa la veille devant Ryce
« Et c'est quoi ? »
« Hm, je sais pas si elle aimerait que je parle de son histoire. » Mais devant le renfermement de Charlotte, Clarke soupira « On s'est connu dans la rue. Elle allait de temps en temps aider à la soupe populaire. »
« Et ? »
« Et rien. On s'est jamais réellement parlé. Elle a juste été surprise de me trouver ici, comme je l'ai été de l'y voir. »
« Elle fait quoi ici ? »
« Si j'ai bien compris : elle a fui son foyer parce que son père avait la main lourde. »
« Oh… »
« Ouais… Je sais pas ce qui est pire : que tes parents t'ignorent ou qu'ils portent trop d'attention. Y'a des fois, j'me demande vraiment à quoi ça sert… »
« … »
Clarke sentit les défenses de Charlotte baisser légèrement « Tu sais, je le pensais. »
« Quoi ? »
« Quand j'ai dis à Alycia que tu étais mon amie. Enfin… Si tu le veux. »
Charlotte haussa les épaules « A quoi ça sert ? »
« Quoi ? Un ami ? » la petite opina « Bah… Ca se soutient, ça s'encourage, ça se complète, ça s'amuse. J'en sais rien, des trucs qui t'empêche de ruminer toute seule dans ton coin. Je suis du genre à croire que rien n'arrive par hasard, donc le fait qu'on partage la même chambre, c'est un signe. »
Charlotte se détendit alors et sourit faiblement « Ouais, peut-être… Peut-être qu'il a raison quand il dit qu'on compte pour la société, mais qu'on est seulement pas dans la bonne société. »
« Tu crois ? Tu crois vraiment que quelque part, y'a quelque chose qui nous attend, de bien meilleur ? »
« De toute manière, ça peut pas être pire qu'ici. L'Eden… C'est peut-être la solution. »
« Ouais, peut-être. Tu as fini ? »
« Yep. Tu crois qu'on va faire quoi ? »
« Aucune idée. Nous sommes sensées partir demain pour ce séminaire… Dis, tu m'as pas dis pourquoi tu avais choisi la nature ? »
« Parce que la ville m'a pas vraiment réussi jusqu'ici. »
« Hm, argument valide. Mais genre le stage sportif ou d'informatique, c'est pas un truc des jeunes de ton âge. »
En tout cas, ça aurait été le truc de Madi…
« J'aime rarement les trucs des autres… »
« Peut-être que si tu… »
Charlotte se leva d'un bond alors, tapant ses mains sur la table « T'en connais beaucoup des gamines de 12 ans qui se sont fait tellement violer en une soirée qu'elles ont pas pu aller aux toilettes des heures durant parce que c'était trop douloureux ?! »
Clarke resta figée sur place. Charlotte ne l'avait pas crié, mais ce fut assez fort pour que la jolie blonde n'entende que ça dans le brouhaha du réfectoire. Personne n'entendit ses paroles, seule Clarke et se fut bien assez.
« Charlotte, je suis désol… »
Mais la petite poussa avec virulence la chaise et partit d'une marche rapide pour sortir. Clarke regarda la porte se refermer et son cœur s'accéléra alors : ce que cette gamine avait vécu était au-delà de l'inimaginable pour Clarke. Elle ne pouvait croire qu'elle avait vécu des choses si horribles. Elle pensa à Madi et ne pouvait imaginer une seule seconde qu'il lui arrive la même chose.
« Eh bah, sympa la manière dont tu traites tes amies… »
Clarke sursauta et fit volteface pour voir Lexa au dessus d'elle, un rictus de dégout sur son visage, avant qu'elle ne prenne la place de la Charlotte.
« Ah ah très drôle… »
« Qu'est-ce qu'elle a ? »
Clarke détourna son visage « Peu importe. »
« Hey… Si tu t'impliques trop émotionnellement dans cette affaire, tu vas louper le coche. »
« … »
Lexa se redressa et jeta une nouvelle fois un œil vers le bracelet de Clarke « Le stage Nature… »
« Ouais, j'ai toujours adoré les écureuils, le montage de tente et les chants autour d'un feu de camp. »
« Tu crois que c'est un jeu ? »
« Non. Je crois qu'ici, y'a tellement d'âmes paumées que je sais plus ou regarder pour les aider. En commençant par cette gamine. Merde Lex… »
« … Chut ! »
Clarke inspira profondément « Alycia… Elle a été violée par son frère… Et comme ça ne lui suffisait, il lui a fait faire une tournante avec ses potes. Elle a 12 ans ! »
« Tu ne peux pas aider tout le monde. »
« … »
« En fait, c'est faux. Tu peux les aider. Il suffit juste que tu te concentres sur ta mission. Si on démantèle ce réseau, on les sauvera tous. »
« Ah ouais ? Et il adviendra quoi d'eux ? Je veux dire : la plupart fuit un quotidien horrible, une famille horrible. Alors quoi, quand on en aura finit avec l'Eden, ils repartiront dans leur vie de misère ? Charlotte va repartir au mieux dans la rue, au pire dans sa famille où ses parents la traiteront comme une paria tandis que son frère continuera peut-être de la violer. »
« … »
« Pour bien faire, faudrait créer quelque chose qui ressemblerait à ce lieu, mais en plus sain. »
« Tu ne peux sauver tout le monde… Eliza. »
« … »
« Il y a des choses qui nous échappent. Tu penses qu'en finir avec l'Eden ne résoudra rien ? Tu as probablement raison… Mais il faut bien commencer quelque part. Oui, peut-être qu'ils vont repartir dans une misère sans nom, mais nous pourrons faire appel à d'autres qui prendront le relai et les aideront. L'Eden n'est pas la solution, c'est un placebo, un pansement sale sur une plaie infectée. »
« … »
« Tu vas devoir garder ton self-control, tu vas devoir mettre de coté tes convictions personnelles. C'est pourquoi tu n'étais pas prête… »
« Arrête, j'en suis capable. »
Lexa se laissa tomber sur le dossier de la chaise, croisant ses bras et soupirant d'un air lasse « Cette gamine… »
« … Me fait penser à Madi, oui, je le reconnais. »
« C'est à cause de ça que tu vas te planter. »
Clarke fixa Lexa et, au lieu de lui répondre, elle sourit « On parie ? »
« Parier ? C'est un jeu pour toi. »
« Si je réussis, tu me devras un resto. Attention, mais un Mc Do ou une connerie de ce genre. Nan, un resto 5 étoiles, avec un chef français aux commandes des cuisines. Et si je me plante bah… Je pense que je ne te devrais rien… au fond d'un trou en plein milieu du désert, ça pourrait être compliqué. »
« Arrête, ne plaisante pas avec ça. »
« Alors ? »
« Alors quoi ? »
« On parie oui ou non ? »
« Tu es puérile. »
« J'ai seulement envie d'avoir raison et de manger à l'œil dans un bon resto. » sourit Clarke
« On est pas dans un jeu de rôle là. On a… » elle chuchota cette partie « On a une mission. »
« Je sais. Et il est hors de question de la foirer. »
Elle se leva alors et alors qu'elle s'éloignait, Lexa lui attrapa la main « Fais attention à toi. »
Clarke lui sourit « On se revoit demain… » elle agita le poignet « … au stage nature. »
Lexa relâcha sa prise et la regarda s'éloigner. La scène s'était déroulée devant les yeux lointains d'une Niylah aussi suspicieuse que jalouse.
Lorsque Clarke retourna dans sa chambre, elle constata avec soulagement que non seulement Charlotte était là, mais que personne n'était venu s'installer entre temps. Elle inspira longuement et vint s'asseoir au bord du lit de la petite fille « Hey… »
Charlotte ouvrit les yeux, avant de se tourner et de lui offrir son dos comme seul interlocuteur.
« Hey je suis désolée, j'ai été con, vraiment très con. »
« … »
« Charlotte… Il faut m'excuser. J'ai été maladroite. Je… Je ne pourrais jamais me mettre à ta place, personne à vrai dire. »
« … »
« Je ne sais pas quoi faire pour m'excuser, pour me faire pardonner. Charlotte. Je ne pourrais changer ton passé, mais tu as raison sur un point, ton avenir t'appartient, et si tu crois qu'il est dans l'Eden… Alors je te soutiendrai. Je ne sais pas comment encore mais, sache que si tu veux, je suis là, pas loin. »
Sur ce, elle quitta le lit et remonta au sien. Les larmes de Charlotte mouillèrent l'oreiller et elle se tourna alors, prête à lui parler, avant qu'on ne frappe à la porte. Clarke se redressa, fronçant les sourcils : une nouvelle arrivante ?
« Entrez. »
Un homme entra, deux enveloppes dans les mains « Tenez, c'est pour vous. »
« Du courrier déjà ! » ironisa Clarke en descendant de son lit
« Non, c'est votre convocation. »
« Convocation ? »
« Bonne soirée. »
L'homme disparut aussi vite qu'il n'était apparu, laissant Clarke et les enveloppes. Charlotte se leva et la rejoignit « C'est quoi ? »
Elle passa au-delà du fait que la petite lui reparlait et ouvrit l'une d'elle « C'est une convocation à un examen médical. Tu as rendez-vous dans une demie heure. » Elle ouvrit l'autre enveloppe « Celle-là c'est la mienne, j'ai rendez-vous dans trois heures. »
« Je veux pas y aller ! » argua la petite
« Je t'accompagnerai si tu veux. » Charlotte soupira alors et prit sa lettre avant de la fixer « Ca devrait pas être bien méchant. Je pense qu'ils veulent s'assurer qu'on ne soit pas malade ou un truc du genre. »
« Ouais… »
« Allez viens, on va se balader en cherchant le cabinet médical. » sourit-elle
Clarke était étonnée de voir à quel point ce centre était vaste. De l'extérieur, il ressemblait simplement à un building high tech, mais finalement, quand on pénétrait à l'intérieur, on se rendait compte que ce n'était que la surface visible de l'iceberg.
Avec cet immense stade/salle de concert, il semblait que cet immeuble tenait sur une trentaine d'étages. Alors, elle fut à peine étonnée lorsqu'elle demanda son chemin et qu'on lui indiqua que les cabinets médicaux se trouvaient au quinzième étage. Elles empruntèrent alors un des ascenseur aux parois translucides, attirant toujours l'admiration de Clarke et, à en croire les pupilles dilatées de Charlotte, elle n'était pas la seule. Quand le « ding » de l'ascenseur retentit, elles sortirent et l'ambiance feutré médicalisée se faisait sentir : des murs blancs, une odeur caractéristique que l'on pouvait trouver dans les hôpitaux. Il semblait à Clarke qu'on était passé d'un dortoir d'université à un hôpital en un claquement de doigts. Charlotte lui prit soudainement la main, peu rassurée face à cette atmosphère aseptisée et peu hospitalière.
« Ca va aller. »
« J'ai pas envie… »
« Malheureusement, j'ai bien peur qu'on ne puisse pas aller bien loin si on ne va pas à cette fichue convocation. Tout ira bien, promis, je resterai avec toi. »
Charlotte opina légèrement et serra un peu plus sa main dans la sienne avant que Clarke ne commence à marcher pour ne s'arrêter que devant une porte estampillée « cabinet médicale ».
Elle toqua mais, ne recevant aucune réponse, elle ouvrit. Elle tomba sur un bureau de médecin tout ce qu'il y avait de plus banal : un bureau, un fauteuil, deux chaises, des posters de l'anatomie humaine, une table médicale séparée par un paravent.
« Installez-vo… Oh, Eliza ? »
Clarke se tourna alors et vit Niylah, habillée d'une veste blanche et d'un stéthoscope autour du cou.
« Tu es… médecin ? »
« Oui. » pouffa la jolie blonde « Surprise ? »
« Un peu. » Elle brandit les convocations « On est là pour ça. »
« Oh je vois, c'est votre tour. » Elle prit les convocations « Charlotte c'est bien ça ? Eh bien c'est ton tour. »
Mais la petite se serra un peu plus contre Clarke, se cachant derrière « Oh euh… Elle est pas vraiment rassurée… »
« Je vois. » Niylah se pencha alors vers Charlotte, se mettant ainsi à sa hauteur pour lui parler « Il n'y a rien de méchant. Je vais juste te poser quelques questions, faire une prise de sang, prendre ta tension, regarder tes cheveux, ta bouche, tes mains… »
Mais Charlotte se pelotonna un peu plus contre Clarke « Je peux rester avec elle ? »
« Généralement les résultats sont confidentiels, ainsi que l'entretien. »
Clarke s'approcha de Niylah afin de murmurer « Ecoute, elle a vécu des trucs pas cools… Et j'imagine qu'elle sera pas à l'aise si tu la touches. »
Comme si elle avait compris, Niylah, sourit et se tourna vers Charlotte « Eliza peut rester. » Charlotte se détendit quelque peu « Viens, asseyons-nous, veux-tu ? »
Charlotte, suivie, de Clarke, s'assit sur une des deux chaises et Niylah s'installa à son bureau. Elle ouvrit un dossier, certainement celui de Charlotte, et le parcourut du regard « Bien ? Charlotte. Tu as fui ton domicile il y combien de temps ? »
« Environ deux mois… » répondit-elle d'une faible voix
« Ok. Durant cette période, tu as vécu dans la rue et pas ailleurs ? »
« Non. »
« Il y a pourtant des dispensaires, des associations qui auraient pu t'aider. »
« Je voulais pas. J'avais peur que mes parents me retrouvent là-bas. »
« Oui, je comprends. Mes prochaines questions n'auront en aucun cas une visée de jugement. Je veux simplement me pencher sur ta santé, ok ? » Charlotte opina doucement « Bien. A quand remonte ta dernière douche ? »
Charlotte se pinça les lèvres, presque honteuse « Pas depuis ma fuite. »
« Très bien. Lavage de dents ? »
« … »
« Ok, pas de soucis. Nous avons tout ce qu'il faut ici pour toi, tu n'as qu'à demander. Lorsque nous aurons fini ici, les douches se trouvent à l'étage du dessous, avec tout ce qu'il te faut. »
Charlotte regarda alors Clarke qui lui sourit en posant sa main sur sa cuisse pour la rassurer.
« Bien Charlotte, nous allons passer à coté. Je vais prendre ta tension, écouter ton cœur, faire une prise de sang. » Mai en voyant l'air inquiet de la petite, elle rajouta « Eliza restera avec toi, promis. »
Charlotte soupira avant de se lever et de s'asseoir sur la table du médecin. Niylah lui prit sa tension, la mesura et la pesa « Légèrement en sous poids mais si tu es dans la rue depuis 2 mois, c'est normal. Bien, nous allons passer à la prise de sang… »
La panique s'empara de Charlotte, et Clarke le vit. Elle lui prit la main et la rassura « Hey, regarde moi… » Elle fit un léger signe de tête vers Niylah, lui indiquant qu'elle pouvait y aller « Hey, si je te confie un secret, une histoire que j'ai jamais dis à personne, tu me promets de ne jamais le répéter ? » Charlotte opina « Ok, c'est super important. Alors… »
Et pendant qu'elle racontait son histoire, captivant l'attention de la petite, Niylah piqua doucement son bras. Et après un léger sursaut de Charlotte, la prise de sang fut aussi vite finie qu'elle fut commencée.
« Et voilà, tu as été très courageuse ! »
« J'ai faim… »
Niylah sourit « Dans un instant. Sache que peu importe l'heure, tu trouveras toujours quelqu'un en cuisine pour te servir. » Charlotte opina avant que Niylah ne perde son sourire en replongeant dans le dossier de la petite « Charlotte, nous allons aborder un sujet plutôt… délicat. » La gamine se tendit alors, sachant le sujet qui allait être abordé « J'aimerais que tu me parles des raisons de ta fuite. »
« C'est obligé ? »
« Tu es ici pour reprendre une nouvelle vie et même si nous vous disons de faire table rase du passé, mais nous devons savoir si ton passé peut avoir une incidence sur ton futur, notamment au niveau de ta santé. » Elle jeta un regard furtif à Clarke « Alors… Pour quelles raison es-tu ici ? »
« Mon frère m'a violé… Plusieurs fois. Et la dernière fois… avant que je parte, ils… Ils étaient plusieurs. »
« Je vois. Il n'y a pas de soucis. Nous avons un cabinet de dentiste et de gynécologie qui combleront les examens à faire. »
« C'est quoi gynécologie ? »
« Niylah, je suis pas sûre qu'elle se laisse faire… »
« Nous avons des spécialistes qui sauront s'y faire. »
« Eliza, c'est quoi la gynécologie ? »
Devant la question de la jeune fille, les deux femmes la regardèrent avant que Clarke ne prenne la parole « Charlotte… Un gynécologue… C'est une personne qui… qui regarde un endroit spécifique de ton corps pour voir s'il y a des problèmes. Un peu comme un dentiste pour les dents. »
« Et il regarde où lui ? »
« Dans… Entre tes jambes. »
Quand Charlotte comprit, elle serra instinctivement les cuisses, en fronçant les sourcils « Non je veux pas ! »
« Charlotte, il le faut. »
« Non ! »
« Je sais que ce n'est pas évident, mais… On doit le faire, on doit savoir. Ce qu'ils t'ont fait… peut avoir des conséquences graves sur son corps d'enfant. Et on veut que tu sois en bonne santé. »
« … »
« Charlotte… Je veux que tu ailles bien, et qu'on parte ensemble pour ce camping sans problème, ok ? »
« Tu pourras rester avec moi ? »
Sans même demander son avis à Niylah, Clarke répondit par l'affirmative, ce qui rassura la petite.
« Bien, si c'est réglé… » lança Niylah « Vous pourrez passer dans la salle d'attente d'à coté. Charlotte, tu peux nos attendre à coté, juste une minute ? »
Charlotte opina avant de quitter la pièce, non sans un dernier regard vers Clarke. Une fois seules, les deux jeunes femmes se regardèrent « Eh bien, le moins que l'on puisse dire c'est qu'elle a accroché avec toi. »
« Il faut croire. On est dans la même chambre, ça aide, il faut croire. »
« Certainement. Pourtant, quand je te vois la rassurer et lui expliquer les choses, je ne peux m'empêcher de penser que tu as déjà fais ça auparavant. Tu as des enfants ? »
« Qu… Quoi ? Moi ? Oh non. Je suis trop… volatile pour ça. »
Niylah lui sourit avant de prendre un autre dossier « Ton rendez-vous est plus tard mais tu peux passer maintenant si tu veux. »
« Non, je passerai plus tard. Je tiens à rester avec Charlotte, surtout pour le gynéco. »
« C'est assez triste ce qu'il s'est passé pour elle. »
« Elle a été violé par les potes de son frère… Elle m'a raconté qu'après ça, elle avait eu du mal à aller aux toilettes, c'est normal ? »
« Ca peut. La violence de la situation a pu provoquer plusieurs conséquences : infection urinaire, déchirement vaginale, voire… MST… »
« Merde… »
« Les examens gynécologiques nous le diront. »
« Et si c'est le cas, si elle a quelque chose… Est-ce que ça remet sa participation au stage ? »
« Si tu me demandes si, parce qu'elle est potentiellement malade, nous la rejetterons, la réponse est non, bien sur que non. Elle sera soignée et prise en charge à 100% par nos spécialistes. Elle est venue ici, comme beaucoup, pour trouver une solution, une issue de secours. Qui serions-nous pour la repousser ? »
« Oui, c'est sûr. Niylah… Ca fait deux mois mais… Elle pourrait être… Enceinte. »
« C'est une possibilité oui. Si c'est le cas, le délai pour l'avortement est encore valide. On ne sait même pas si elle est réglée. »
« Merde… Ce salaud, si je le retrouve… »
Niylah sourit « Ne t'inquiète pas, un jour la roue tourne. Et elle tournera pour lui, comme elle est en train de tourner pour Charlotte, et toi, et tous ceux qui veulent qu'on les aide. »
« Bon, je vais avec elle… On se voit plus tard donc. »
« A plus tard. »
Les examens dentaires furent une formalité à coté de ce que s'apprêtait à vivre Charlotte, allongée sur cette table de gynécologie. Une femme, assez rondouillarde et au visage souriant arriva « Bonjour mes demoiselles. Alors… Charlotte, c'est ça ? » La petite opina « Bien, je suppose que c'est la première fois pour la miss. Ne t'inquiète pas ma chérie, respire… »
Mais dès que Charlotte sentit les doigts de la femme sur son entrejambe, elle resserra les cuisses « Hey Charlotte, regarde moi, on va jouer à un jeu, tu vas fermer les yeux et imaginer le lieu où tu aimerais aller. Ou encore mieux, tu fermes les yeux et je t'emmène là où je veux, ok ? »
« M… Moui… »
« Ok alors, respire bien. J'adore la plage. Cette plage de sables fins et blancs, cette eau turquoise sur laquelle les reflets du soleil couchant se réverbérant dessus comme des milliers de petits diamants. Le ciel est bleu, et commence à prendre de légères couleurs orangées quand le soleil touche l'horizon. Tu entends ces mouettes qui tournoient dans le ciel ? Elles tracent des dessins invisibles dans le ciel, entre les nuages qui ressemblent à de gros cotons mous et doux. Tu sais, comme ces immenses barbes à papa qu'on peut trouver en fête foraine. » Charlotte sourit légèrement « Et puis il y a les embruns, cet air iodé qui rend les lèvres salées. Elle s'immisce dans nos cheveux qui volent au vent, d'une douce brise chaude qui frôle notre peau jusqu'à la faire frémir. Nous sommes assises au bord de l'eau, regardant les petites vagues venir frapper nos pieds nus. A l'horizon, on distingue quelques bateaux dont les voiles blanches claquent en rythme. On imagine qu'un jour on grimpera dessus pour jouer les pirates des mers. »
Clarke regarda le médecin et cette dernière se redressa, lui faisant un signe de tête en guise de remerciements.
« C'est fini ma belle. » Charlotte se redressa t se rhabilla « Tu as été très courageuse. »
« Charlotte tu peux m'attendre quelques secondes dehors, j'arrive. »
Charlotte fit un léger signe de tête avant de sortir. Clarke se tourna vers la doctoresse « Alors ? »
« Les résultats sont confidentielles. »
« Niylah m'a donné procuration. »
« Vraiment ? Bien… Elle a certainement une infection urinaire. Ces parois sont irritées et gonflées. »
« Elle a subi des viols à répétitions. Les derniers étaient y'a deux mois… »
« Oui je vois. »
« Est-ce qu'elle est enceinte ? »
« Il faudrait faire une échographie pour cela, la prise de sang nous le dira vite. Nous savons quoi faire dans cette situation. »
« Ok… Elle… Elle a des maladies ? »
« Pas que je puisse en juger aux premiers abords. Mais là encore, la prise de sang nous le dira. »
« Ok… Bon, je vais y aller. »
Et lorsqu'elle rejoignit Charlotte dans le couloir, cette dernière lui tomba dans les bras, la serrant fort « Elle a raison tu sais, tu as été super courageuse. Allez, viens on retourne à la chambre. »
Et quand elles retournèrent dans leur dortoir, elles eurent la surprise de trouver un sac sur chacun de leur lit « C'est quoi ? » lança la petite en ouvrant le sac et en sortant un T-shirt
« Je crois que c'est nos tenues officielles. » ricana Clarke « La vache, on dirait des scouts. »
« Moi j'aime bien… »
Clarke lui sourit et s'approcha d'elle. Elle prit entre ses doigts une des tresses ornant le crane de la petite « Viens. »
Charlotte se laissa faire, elle était trop fatiguée pour lutter. Alors quand Clarke la mena vers les douches, et quand elle commença à lui défaire ses tresses, Charlotte ne fit rien. Lorsque Clarke lui enleva ses affaires crasseuses, elle se laissa faire. Et quand Clarke alluma le jet chaud de la douche, Charlotte sursauta : il y avait tellement longtemps qu'elle n'en avait pas pris une. Clarke la poussa doucement sous le jet et quand l'eau coula du haut de son crane jusqu'à ses pieds, l'eau prit une couleur marron et encore plus lorsque Clarke commença à lui frotter les cheveux au shampoing. Et pour la première fois depuis leur rencontre, Clarke se rendit compte que ses cheveux étaient châtain clair. Clarke hésita avant de descendre ses mains plus bas, sachant que la petite n'avait pas possédé son corps depuis des mois et des mois, à vrai dire, depuis que son frère avait posé ses mains la première fois sur elle.
Depuis ce jour, son corps avait été sali dehors comme dedans. Elle laissa Charlotte reprendre possession de son corps, le redécouvrir, l'apprivoiser de nouveau. Cela lui prit des dizaines de minutes et des larmes lourdes, mais elle finit enfin par se laver seule. Et quand elle eut fini, Clarke l'enveloppa dans une large serviette et la frictionna.
« Eh bah voilà, tu es toute belle. Un coup de peigne et leur bel uniforme, et tu seras une Charlotte nouvelle, prête pour l'Eden. »
La petite sourit avant de fondre dans les bras de Clarke et de la serrer de ses petits bras maigrelets et humides. Clarke lui rendit son étreinte « Bon… Bah tant que j'y suis, autant prendre la mienne maintenant, qu'est-ce que tu en penses ? »
« Oui. Je vais m'habiller à coté. »
« Entendu. »
La douche de Clarke ne dura que quelques minutes. Lorsqu'elle en sortit, Charlotte était vêtue du T-shirt bleu ciel estampillé Eden, et d'un pantalon beige à coupe droite.
« Tu veux que je refasses tes nattes ? » La petite hocha la tête « Approche. »
Au bout d'une demi-heure, Charlotte s'en tira avec deux nattes africaines, plaquant ses cheveux contre son crâne et Clarke put enfin s'habiller.
« Ouais, c'est pas des plus glamour hein… On repassera pour le coté sensualité. »
Charlotte gloussa alors et c'est ensemble qu'elles retournèrent vers la chambre. Mais Charlotte en décida autrement « J'ai encore faim. »
« Tu as entendu Niylah, on peut aller au réfectoire, y'aura toujours quelqu'un pour nous servir. »
La petite sourit et c'est d'un même pas affamé qu'elles se rendirent dans l'immense réfectoire d'une quarantaine de tables rectangulaires et métalliques, comme ces réfectoires typiquement lycéens.
« Puis-je vous aider mes demoiselles ? »
« Hm… Vous servez quoi à cette heure ? »
« Ce que vous souhaitez. »
« Hm donc si je vous demande un bœuf bourguignon, c'est bon ? »
Le cuisinier blêmit alors et soudain Clarke éclata de rire « Wow, désolée… Je pensais pas vous choquer. Une omelette nature pour ma part. Charlotte ? »
« Pareil. »
Le cuistot, bien moins habitué à ce genre d'humour, eu du mal à s'en remettre sans paraitre gêné. Il opina avant de disparaitre.
« Bon je crois qu'on a la place qu'on veut. »
Seules quelques personnes étaient assises ça et là. Charlotte choisit alors de s'installer près de la grande baie vitrée. Clarke comprit alors à quoi pouvait ressembler ce bâtiment vu d'en haut : il s'agissait d'un immeuble en forme de « O » au centre duquel trônait un immense jardin avec une fontaine à son centre.
« Eh bah mon vieux… »
Charlotte engloutit son assiette en quelques secondes et Clarke lui donna la moitié de son omelette, prétextant être rassasiée déjà. Elle se contenta alors d'un morceau de pain tendre. Dehors, des dizaines et des dizaines de personnes se promenaient, l'air serein, dans ce parc où régnait une atmosphère paisible.
« T'as déjà fais du camping ? » lança Charlotte
« Nope. »
« Alors pourquoi t'as choisi ça ? »
« Hm, j'en sais rien, pour changer un peu… »
Charlotte fronça les sourcils avant, à son tour, de regarder par la baie « C'est à cause d'elle… »
« Hein ? De qui tu parles ? »
« De cette fille qu'on a vu ce midi… »
« Oh Alycia ? Oh euh non je crois pas… »
Charlotte se pinça les lèvres et détourna le visage « Tu l'aimes ? »
Clarke s'étouffa avec sa mie de pain avant de fixer, incrédule, la petite « T'es sérieuse ? On se connait à peine ! »
« Bah ça n'empêche… T'as choisi de faire de la rando et du camping alors que t'y connais rien… Et comme par hasard, elle aussi elle fait ça. »
« Attends, t'es jalouse là ? »
« … »
« Hey Charlotte… C'est juste une fille que je connais de la rue. Et quand bien même c'était mon amie, ça n'enlève en rien ce que j'ai dis : tu es mon amie, si tu veux de moi comme telle. Et je suis largement capable d'en avoir plusieurs et de leur porter autant d'attention. »
« … »
« Tu n'as rien à craindre d'Alycia. »
« Elle est jolie. »
Clarke sourit « Ouais… La beauté hein, c'est subjectif. »
« Pourquoi son père la battait ? »
« J'en sais rien… Elle m'a jamais dit. Hey, tu pourrais aussi apprendre à la connaitre. Je suis sûre qu'elle pourrait aussi avoir des conseils avisés. »
« … »
« Ou pas. »
Charlotte retourna à la contemplation du jardin « Tu vas être en retard non ? »
Clarke fronça les sourcils avant de jeter un œil à sa montre « Ah mon rendez-vous médical, tu as raison. On se voit après ? Tu seras dans la chambre ? »
Charlotte hocha légèrement de la tête avant de tourner de nouveau son regard au dehors. Clarke s'éloigna alors et se rendit de nouveau dans le cabinet de Niylah. Elle eut la surprise de croiser, dans la salle d'attente, 2 garçons qui semblaient être des frères au vu de leur ressemblance et des traits qu'ils avaient en commun : un nez fuselé, une mâchoire prononcée, des yeux noisette aux reflets verts doré.
Puis soudain la porte s'ouvrit et Niylah apparut, un dossier en main « Eliza Taylor ? »
La jolie blonde se leva et fut invitée à entrer dans le bureau « Et euh…. Eux ? »
« Ils ont rendez-vous avec une de mes collègues. Assieds-toi. »
Clarke obtempéra alors et soudain, elle eut le trac comme lorsqu'elle eut à passer son oral pour entrer à l'école de police : cette petite pointe aigue dans le fond de l'estomac. C'était un examen de passage : si elle échouait, si Niylah avait quelques suspicions, elle pourrait être renvoyée ou même pire, tuée… Mettant en danger Charlotte par la même occasion.
« Commençons par un questionnaire basique avant l'examen, ok ? »
« Ok. »
« Tu vis dans la rue depuis combien de temps ? »
« Oh peu… Quelques semaines je dirais. »
« Rappelle-moi le pourquoi du comment. »
« C'est simple : mes parents n'aiment pas l'idée d'avoir une fille bisexuelle… L'atmosphère était trop lourde à la maison, je suis partie. »
« Tu sais qu'il existe des associations qui aiment les jeunes homosexuels qui ont été rejeté de leur foyer ? »
« Je sais… Mais… Je ne voulais pas. J'avais peur qu'ils me retrouvent. Mon père, c'est le genre, arriéré : l'homosexualité peut se guérir chérie, ce n'est qu'une passade, nous allons t'aider, il y a des centres pour guérir… » récita-t-elle d'une voix grave « Alors, avant qu'ils me lobotomisent, je me suis barrée… »
« Je comprends. Ici, personne n'aura rien à redire à ta sexualité, ta religion ou tes croyances… Chacun vit comme il l'entend. »
« C'est cool, c'est pour ça que je suis là. »
« Bien. Alors, as-tu pris une douche ? »
« Oh euh… Je viens d'en prendre une. »
« Je veux dire, as-tu, depuis que tu es dans la rue, pris régulièrement des douches. »
« Ouais… J'avais des bons plans, mais pas sur le long terme… »
« Hygiène dentaire ? »
« J'ai jamais eu de problème de ce coté là. »
« Relation sexuelle ? »
« Quoi ? » s'étonna Clarke
« As-tu eu ces dernières semaines, des relations sexuelles… Consenties ou non. »
« Non, non. J'ai… Y'avait personne. »
« Homme et femme ? »
« Les deux. »
« Je suis désolée si ces questions semblent intrusives, mais elles font parties du protocole. »
« Pas de soucis… »
« Bien, suis-moi. »
Comme avec Charlotte quelques heures plus tôt, elle monta sur la table avant que Niylah ne glisse son stéthoscope dans son dos, provoquant un léger frisson « Désolée, c'est froid… »
Clarke esquissa un sourire avant d'inspirer et expirer profondément.
« Parfait. Je vais prendre ta tension, te mesurer et te peser. »
« Ok. »
Et au bout d'un tour d'examens, Niylah rendit ses conclusions « Bien, tu sembles en bonne santé. Tu vas tout de même devoir passer devant le dentiste et le gynécologue. »
« Merde, obligé ? »
« Oui, je le crains… »
« Mais j'ai eu aucun rapport… »
« Nous devons prévenir une quelconque infection, et pas seulement celles relatives aux rapports sexuelles. Tu as vécu dans la rue, dormi dans des lits qui, parfois, peuvent ne pas être des plus clean. »
« Ok je comprends. »
« Si tu as un problème de pudeur… »
« … Non, non c'est juste… Je suis pas super fan des gynécos en règle générale. »
Niylah sourit « Dis-toi que c'est un mal pour un bien. Quand tout sera en ordre, tu n'auras plus besoin de t'en soucier. »
« Comme avoir des relations sexuelles durant cette rando ? » ironisa la jolie blonde
« Si tu le souhaites. Nous ne bridons personne, les choses suivront leur chemin, quel qu'il soit. »
« Avec qui je veux ? »
Niylah « Qui tu veux. »
« Je suppose que… Les médecins n'ont pas leur place en randonnée… »
Niylah sourit de plus belle « Pourquoi ? Tu penses que tu en aurais besoin ? »
« On a toujours besoin d'un beau médecin à ses cotés. Un peu comme un jeton de caddie ou encore une épingle à nourrice. Ca peut toujours être utile. »
Niylah éclata de rire « C'est bien la première fois que l'on me compare à un jeton de caddie. »
« Y'a une première fois à tout. »
« Je ne serais certainement pas de la partie, non. »
« Dommage… »
« Pourquoi ? »
« Pourquoi quoi ? »
« Pourquoi serait-ce dommage que je ne vienne pas ? »
« J'en sais rien… On a bien accrochée non ? »
Niylah se laissa retombée sur son siège, plissant les yeux comme pour regarder à travers la jeune femme « Suis-je ton genre ? »
« Carrément. » gloussa Clarke « Faudrait être débile pour penser que tu n'es pas le type de quelqu'un. Dommage que tu sois hétéro. »
« Qui l'a dit ? »
« Bah, j'en sais rien. Je prêche peut-être le faux pour avoir le vrai. »
« Je vois… »
Niylah se leva alors et fit le tour de son bureau avant de s'asseoir devant Clarke, assise au bord « Crois-tu vraiment être là pour ça ? »
« J'en sais rien… Ryce parlait d'épanouissement perso. Peut-être que mon épanouissement passe par quelqu'un… »
« Je connais ce sentiment. »
« Ah oui ? »
« Eliza, tu es en manque d'attention. Tu as fui un foyer qui, finalement, n'aimait pas qui tu étais au plus profond de toi. Tu as cherché à attirer l'attention… Tout ce que tu souhaites c'est être entourée. Charlotte en est la preuve. Tu l'as prise sous ton aile pour te sentir utile, aimer. C'est la raison pour laquelle tu veux te rapprocher de quiconque captera ton attention : Charlotte ? moi… Ou encore cette jeune fille brune dans le réfectoire. »
« Une jeune fille brune ? » s'étonna Clarke
Se pourrait-il qu'elle parle de…
« Sache que je ne suis pas un placebo et je couche rarement avec ceux qui prétendent vouloir toucher l'Eden du doigt. »
« La vache, tu as une formation de psy en plus ? »
Niylah sourit « Crois-moi, en temps normal, j'aurais adoré répondre à tes attentes, tu es terriblement attirante… Mais tu es une âme égarée qui ne demande qu'à être guidée. »
« Alors guide-moi. »
Niylah soupira « Il pourrait y avoir conflit d'intérêt. »
« Ah oui ? »
« Je ne voudrais pas être la raison pour laquelle tu te détournerais de ce pourquoi tu es ici aujourd'hui. »
« Et si je te dis que je ne cherche rien de concret. Juste… Passer le temps. Je te l'ai dis, ça fait des semaines que j'ai pas eu de relation sexuelle… »
« Eliza, stop. Tu joues un jeu dangereux. »
La jolie blonde se leva alors, arrivant à la hauteur de Niylah, son visage à quelques centimètres du sien. Elles se jaugèrent en silence avant que Clarke ne sourit « Ok, j'aurais essayé au moins. Tu m'en veux pas ? »
Niylah soupira « Non, absolument pas. »
« Bon bah je vais me faire trifouiller l'entrejambe, ma passion. »
Niylah leva les yeux au ciel « Ce n'est qu'une formalité. Il y a encore quelques secondes, l'idée que j'y touche ne te posait aucun problème. »
« Oh ! Ne remue pas le couteau dans la plaie, ok ? » Et avant de sortir du cabinet, elle se retourna « Hey… Une fois que je serais revenue de ce stage… Du crois que… Enfin, toi et moi… »
« Crois-moi, quand tu reviendras de ce stage, je serais là. Tout changera. »
Clarke ne laissa rien paraitre mais la suspicion envahit son esprit. Elle quitta la pièce et après les examens d'usage qui, évidemment, ne révélèrent absolument aucun problème, même si elle eut quelques appréhensions lors de l'examen gynécologique et que l'infirmière ne découvre qu'elle avait été enceinte. Mais rien. Elle retourna à sa chambre où Charlotte était aussi de retour. Elle se tourna vers elle « Elle est venue en pensant que tu serais là. »
« Qui ? »
« Ton amie. Alycia. »
« Oh… Et là, elle est où ? »
« Elle a dit que tu la rejoignes à la fontaine quand tu reviendrais. »
« Tu veux venir ? »
« Non… Je vais t'attendre ici… J'ai piqué des trucs en cuisine. » dit-elle en ouvrant son sac pour en sortir du pain et des fruits.
« Hey, tu sais que t'es pas obligée de voler. »
« Je sais, mais les habitudes sont dures à perdre… Et puis je mange souvent la nuit… »
« Ok, à tout à l'heure alors… Oh, garde-moi une orange ! »
Clarke avait eu un mal de chien a trouvé la sortie et encore plus à trouver le jardin. Elle poussa un soupir de soulagement en voyant la fontaine au loin. Lexa était là, assise au bord de la dite fontaine, lisant un livre.
« Hey ! »
Lexa releva le nez « Ton rendez-vous médical s'est bien passé ? »
« Comment tu… »
« … Charlotte me l'a dit. »
« Oh je vois. Ouais c'était… Etrange. J'ai fais du rentre dedans à la toubib, histoire de voir. »
Lexa la fixa « Histoire de voir ? Histoire de voir quoi ? »
« Bah si leur méthode de recrutement avait changé… Et il faut croire que oui. »
« Evidemment qu'il a changé ! Ils sont beaucoup plus subtils. Il ne se passera rien dans ces murs. »
« Mais plutôt lors de ces séminaires et autres stages… » murmura Clarke comme si elle comprenait enfin « Elle m'a fait comprendre qu'à mon retour, les choses changeraient… »
« C'est certain. A notre retour, s'il y en a un, nous saurons probablement si nous sommes admises à l'Eden ou pas. »
« … »
« Tu dois être plus prudente sur les actions que tu entreprends. Tu es sensée être une nana paumée, rejetée. Tu ne peux pas te pointer comme ça et faire du rentre-dedans à un de leur membre. Il faut être plus subtil. »
« Je voulais juste savoir s'il y avait une brèche quelque part. Il faut croire que non. »
« Il y a des brèches, il faut simplement être plus malin, discret et patient. »
« … »
« Les choses seront plus claires quand nous seront loin d'ici, quand ils n'auront plus les autorités locales pour les surveiller. Au milieu de nulle part, qui sait ce que sont leurs méthodes pour finir par nous convaincre de les rejoindre. Nous ne savons même pas si cela sera suffisant ou s'il faudra recourir à un deuxième stage ou même s'il y a plusieurs étapes à l'intégration de l'Eden. Nous sommes dans le flou et seules, à partir de maintenant. »
« La vache, c'est rassurant… »
« Ce n'est pas une cour de récré… Nous sommes chez les grands. »
« Ouais, des grands pervers. »
« Tu as donc passé ta visite médicale ? »
« Ouaip, avec un passage gratuit de docteur binocles rondes sur vieille face ridée entre mes cuisses. Toi aussi tu y as eu droit ? »
« Evidemment. »
« Niveau humiliation, on a passé un cap. »
« Si tu veux parler d'humiliation, attends de voir ce qu'ils nous réservent certainement durant ce camp. »
« C'est-à-dire ? »
« Sérieusement, tu crois que l'on va seulement faire du camping gentiment en faisant griller des chamallows ? »
« Pourquoi pas… Ca peut être une méthode douce. »
« Tu penses vraiment qu'ils sont adeptes des méthodes douces ? Après ce que Susan nous a dit, après la découverte du corps de Telford… ? »
« … »
« Tu devras être prudente. »
« Toi aussi. »
« Moi je suis née pour ça, j'ai été entrainée pour ça. »
« Ouais, ouais… Tu te la racontes un peu quand même non ? »
Lexa esquissa un faible sourire, peu encline à montrer à Clarke que ses pitreries ne la laissaient pas indifférentes. Et Clarke le vit, et si elle devait l'admettre, savoir que Lexa ne serait pas loin la rassurait.
« On va y arriver tu crois ? A nous deux ? »
« On peut au moins essayer d'enrailler la machine. »
« Ca sera suffisant ? »
« On verra. »
Et c'est sur cette promesse que Clarke laissa Lexa, retournant auprès d'une Charlotte endormie dans son lit. Elle rejoignit discrètement le sien mais le sommeil ne vint pas. Elle se tourna et retourna, emmêlant ses draps à ses jambes. Elle ne savait absolument pas ce que demain lui réserverait, et celui lui faisait aussi peur que cela l'attirait. Les choses allaient changer, radicalement. Clarke n'avait simplement pas la moindre idée à quel point.
TBC
