Hello hello ! Comment allez-vous ? Fraichement j'imagine !
Après avoir passé un très bon samedi à la Comicon Paris, je reviens vers vous aujorud'hui avec une suite où les choses avancent !
ATTENTION coupure très sadique qui va, à coup sûr, me valoir quelques menaces de mort ^^ Mais j'assume :p
Allez courage, le dénouement de cette affaire n'est plus très loin...
Quotidien
Clarke semblait être de retour à ses années de fac lorsque, pour payer ses cours, elle enchainait les petits boulots : de serveuse à distributrice de prospectus. Alors lorsqu'on lui proposa un petit job d'appoint à l'Eden, consistant à se balader dans les rues en vélo pour distribuer le courrier, elle accepta tout de suite. Déjà parce que cela la faisait sortir de sa chambre, elle qui n'avait pas encore acquis un studio, et ensuite parce que cela lui donnait l'occasion de passer devant l'épicerie dans laquelle Lexa officiait depuis quelques jours.
Elle pouvait aussi croiser Charlotte qui avait intégré, avec une certaine appréhension, un programme scolaire allégé afin de rattraper son retard et réapprendre à aimer l'école. Clarke passait souvent la voir durant le repas du midi, et elles partageaient une conversation simple durant laquelle Clarke mettait de coté ses appréhensions sur l'Eden, afin de ne pas braquer la petite fille davantage.
« Hey Charlotte ! Regarde ce que j'ai amené ! »
Clarke, comme à son habitude depuis quelques jours, prit place au pied d'une des immenses fontaines jonchant les haciendas. Charlotte s'asseyait alors à ses cotés et dégustait les sandwichs toujours variés que Clarke préparait.
« Poulet mayonnaise ? »
« Yup ! Mon préféré. »
« Je vais grossir. »
« Et alors ? Tu es toute maigrichonne. Il faut bien remplumer ce corps de jeune fille ! »
Charlotte haussa ses épaules et croqua dans le sandwich et tandis qu'elle le mâchonnait en silence…
« Alors, t'as fais quoi aujourd'hui ? »
« Hm, des maths… C'était chiant. »
Clarke pouffa de rire « Ouais, moi aussi j'étais nulle en math… Je préfère les bouquins. T'as mis les pieds dans leur bibliothèque déjà ? Parait qu'elle est immense. »
« Non pas encore… »
« Ca te dirait qu'on y aille ensemble ? »
« Pourquoi pas. »
« Alors… Ta famille d'accueil… Comment elle est ? »
« Richard et Helen sont gentils. »
« Et c'est tout ? »
« Ils sont vieux. »
Clarke pouffa « Si y'a que ça… Et ils ne sont pas si vieux que ça. »
« Ils ont des cheveux blancs. »
« Ca, ça veut rien dire. S'ils sont gentils avec toi, peu importe la couleur de leurs cheveux, non ? »
« Tu crois que ça va être mes nouveaux parents ? »
La question laissa Clarke surprise « Oh euh… Aucune idée. Légalement, tu as déjà une mère… »
« Mais elle m'aime pas vraiment. »
« Ne dis pas ça. Elle était maladroite. »
« Au moins, je sais que Richard et Helen me feront jamais de mal… »
Le cœur de Clarke se serra alors : tant de rancœur, de tristesse et de douleur pour un si jeune âge… Clarke était dévastée pour elle, essayant tant bien que mal de ne pas imaginer Madi dans cet état de rancœur et de désespoir.
« Ouais, et si jamais c'était pas le cas, je suis là ok ? »
Charlotte esquissa un timide sourire avant de croquer de nouveau dans son sandwich. Clarke pensait ce qu'elle disait : tant qu'elles seraient ici, elle veillerait sur elle autant qu'elle le pourrait. Elle se demandait déjà l'issu de toute cette histoire : comment sortir Charlotte, et bien d'autres, de cet enfer. A coup sûr, les Wallace ne se laisseraient pas faire, et encore moins Jonathan Ryce. Comment les autorités allaient pénétrer dans cette immense forteresse ? Et surtout comment allaient-ils faire pour ne blesser personne dans le processus ?
Les Wallace étaient du genre à sacrifier sans remords pour se protéger. Elle craignait déjà les pertes à venir…
« Je dois retourner en cours. »
« Ok, on se voit ce soir ? »
« Non pas ce soir, Helen aimerait qu'on passe une soirée ensemble, un truc du genre : faut se réunir, être unifiés… Un truc du genre… »
« Oh ok, bah… Demain midi alors ? »
« Ok… »
Et c'est ainsi que Charlotte disparut. Dans son for intérieur, Clarke aurait aimé croire que Charlotte était heureuse, ou du moins qu'elle tenterait de toucher le bonheur du doigt… Mais les choses étaient tellement plus compliquées quand il s'agissait des humains : si complexes, si difficiles à cerner, à comprendre. Camoufler les choses en donnant un simili de famille à Charlotte… Pensaient-ils vraiment que ça marcherait ? Peut-être que sur la durée, sur les mois, les années, Charlotte finirait par oublier sa vie d'avant, finirait par accepter ce couple et se dirait que, de toute manière, dehors rien de bon ne l'attendait, alors pourquoi ne pas se laisser tenter parce que pouvait lui offrir l'Eden ?
Il était certain que beaucoup avaient pensé pareil avant de baisser les bras et de s'avouer vaincu. Et si l'enquête piétinait et qu'elles finissaient coincées ici pour des mois, finiraient-elles, elles aussi, par se rendre ?
Elle avait besoin de réconfort, elle avait besoin de savoir que rien de ce qu'elle faisait n'était en vain. Alors, c'est tout naturellement qu'elle reprit son vélo pour se rendre sur la rue principale.
Lexa remettait des conserves en rayons lorsque la clochette de la porte d'entrée retentit.
« Bonjour, que puis-je faire pour vo… Oh… »
« 'Lu. »
« Cl… Eliza… Que viens-tu faire ici ? »
« Bah… mes courses. » sourit Clarke
« Oh oui, bien sur. »
« Alors… Comment tu vas ? »
« Ca va, et toi ? »
« Idem. Toujours un peu… paumée mais… » Clarke vit alors Maya les regarder avec suspicion « Ca te dit d'aller faire un tour ? »
« Je finis dans une demi-heure. »
« Parfait. Je vais t'attendre. Pour l'instant, j'ai des courses à faire ! »
Lexa lui tendit un panier, et Clarke, après l'avoir remercié, disparut dans les allées. Lexa la suivit du regard, avant de retourner à ses conserves. Elle vit Clarke se poster devant la caisse et Maya, cette dernière échangeant quelques mots et sourires avec elle.
Lexa ne put s'empêcher d'avoir une pointe d'appréhension lui titillant l'estomac : peur de se faire découvrir ? Peur de la suspicion ? Ou simplement peur que Maya ne puisse faire quelque chose envers Clarke ?
Et à peine eut-elle chassé ces dernières pensées que Clarke avait disparu.
« Alycia ? »
« Hm pardon je… Je termine. »
Maya lui sourit doucement avant de jeter un rapide coup d'œil vers la blonde qui s'éloignait déjà sur son vélo.
Le même regard curieux et inquisiteur se lut sur le visage de Maya lorsque cette dernière sortit, en compagnie de Lexa, de l'épicerie et qu'elle vit Clarke attendre de l'autre coté du trottoir.
« Bon… A demain. » lança Lexa tout en traversant la route
« A demain. » répondit Maya en ne cessant de fixer les deux jeunes femmes, avant de partir dans le sens inverse.
« Alors… On va où ? »
« Par là. »
Lexa conduisit Clarke dans un petit parc sans grande prétention, accueillant une simple balançoire et quelques bancs. Aussi surprenant que ce fut, Lexa préféra s'asseoir sur une des balançoires plutôt que sur un banc, ce que Clarke imita.
« Comment se passe ton boulot ? »
« C'est tranquille. J'ai l'avantage de croiser beaucoup de monde, de faire connaissance, de discuter, d'en apprendre un peu plus sur l'Eden. Et toi ? »
« Pas mal. Mon avantage étant que je commence à cartographier les lieux… Autant te dire qu'il est immense. »
« J'imagine… C'est une mini ville. »
« Avec des centaines d'habitants… Tous plus dévoués les uns que les autres. »
« C'est effrayant. »
« C'est triste. »
« Triste ? »
Clarke fixa l'horizon et soupira alors « J'arrête pas de me demander ce que tous ces gens vont devenir quand tout sera fini. Certains n'ont plus de famille, plus de situation… Ils sont là depuis des décennies… Ils ne font plus confiance qu'aux Wallace. »
« Je sais, mais nous trouverons un moyen. Nous ne les laisserons pas tomber. Eux aussi sont des victimes… »
« … »
« Tu dois garder en tête ton objectif. Cela a beau ressembler au paradis, des meurtres ont été commis ici. Des actes obscurs s'y passent encore. »
« Comme ? »
« Maya m'a parlé de quelques trucs étonnants. Par exemple, pour se lier avec quelqu'un ici, il faut absolument le consentement d'un des Wallace. Idem, si l'on veut une famille non conventionnelle : homoparentale ou même polygame. »
« Comme c'est étonnant, eux qui prônent l'orgie. »
« En effet. »
Clarke soupira alors « Qu'est-ce qu'il nous réserve encore… »
« L'Ascension. »
« L'Ascension ? C'est quoi ça encore ? »
« Il semblerait que ce soit une sorte de rituel de passage. »
« Passage vers où ? »
« Ca, ça reste brumeux. Il semblerait que ce soit un voyage sans retour… Seuls les Wallace semblent en être revenus. Ils évoquent un lieu privilégié où l'on se détache de tout ce qui est matériel pour se concentrer sur l'essentiel. »
« A t'entendre, on dirait que tu parles de l'au-delà. » plaisanta Clarke
« … »
« Nan, t'es sérieuse là ? Mais… Les gens ne se doutent de rien ? »
« D'avoir vu les Wallace en revenir, les confortent dans l'idée que c'est bien un lieu, et pas une métaphore sur l'au-delà. »
« Ils sont idiots. »
« Ils sont asservis. Et pas de la pire manière qui soit, ce qui est encore plus dur à déceler. »
« … »
« Clarke, il faut que tu restes… »
« … Concentrée je sais. J'arrête pas de penser à Charlotte et tous ces gens… Ils sont tellement dévoués… Ils seront perdus. Nous leur enlevons ce à quoi ils tiennent, pour certains, depuis des décennies. Y'a des gosses qui sont nés ici… »
« Je sais. Mais le FBI et les autorités locales seront là pour eux. Nous mettrons tout en œuvre pour les réhabiliter… »
« … »
« A quoi tu penses ? »
« A l'après. »
« L'après ? »
« Après tout ça. Retrouver ma famille… J'imagine que ma vision de la vie sera différente. Tant de gens marqués dans leur chair par la vie et qui se sont retrouvés dans la situation où ils préfèrent s'isoler du monde et croire des inconnus pour peu que ces derniers leurs envoient de la poudre aux yeux… »
« On ne peut vraiment les comprendre… Nous avons une famille, qui nous aime et qui nous attend. Mais j'imagine que pour des personnes fébriles mentalement et abimées par la vie… Les choses sont plus compliquées. »
« … »
« A quoi tu penses ? »
« A Madi… »
« Tu la reverras bientôt, patience… »
« Combien de temps tout cela va encore durer ? »
« Il faut qu'on avance prudemment. Se précipiter nous amènerait à faire des erreurs. Nous sommes près du but. »
« Quelle est la prochaine étape ? »
« Il faut creuser du coté de cette Ascension… Peut-être pourrais-tu voir avec Niylah. »
« Niylah ? »
« Vous avez crée un certain lien… »
L'air détaché et la tête baissée de la jeune femme attisa la curiosité de Clarke « Wow… Mais que vois-je… Lexa Woods serait-elle jalouse ? »
« Jalouse ?! Je reste professionnelle. »
« Ah ah… On va dire ça hein… » railla Clarke
« Et cesse de m'appeler comme ça, les murs ont des oreilles. »
« Ok, ok. »
« Mais, sans plaisanter, tu devrais te rapprocher d'elle et creuser de ce coté. »
« Tu crois vraiment que ce truc est plus vicieux que l'on pense ? »
« Je pense surtout que ça doit jouer une grande part dans la mythologie que les Wallace ont construit. Il faut savoir ce qu'est l'Ascension, et si on y revient effectivement. Maya dit que les plus dévoués y ont droit… Moi j'ai l'intime conviction que c'est l'inverse. »
« Ils éliminent les maillons faibles… »
« … Pour ne pas ébranler leur château de cartes. » compléta Lexa « Il faut être prudent. Si jamais on éveille trop les soupçons, nous risquerions un aller simple vers l'Ascension. »
Clarke opina avant de jeter un œil à sa montre « Je vais devoir y aller. »
Lexa lui attrapa le bras, freinant Clarke « Sois prudente. »
Clarke lui sourit « Tu me protégeras hein ? »
Lexa esquissa un sourire inquiet tout de même, et Clarke le sentit. Elle prit sa main et la serra dans la sienne « On y arrivera. » Et sans pouvoir s'arrêter, elle lui caressa doucement le visage, donnant naissance à un léger frisson de Lexa.
Et à peine eut-elle gouté le contact de sa peau sur la sienne que Clarke était déjà loin. Elle ouvrit les yeux et soupira : il fallait que les choses avancent.
Une semaine… Une semaine supplémentaire dans ce lieu tout droit sortie d'une série parfaite avec des rues parfaites, des gens parfaits au sourire parfait. Mais s'il y avait bien une chose qui ne caractérisait pas Clarke Griffin c'était la perfection.
Elle n'avait revu Lexa que sporadiquement, écoutant ses conseils de ne pas rester trop ensemble pour ne pas éveiller les soupçons. Quant à Niylah, elle ne l'avait pas revu depuis le premier jour de son arrivée, ce qui n'augurait rien de bon pour un rapprochement.
Mais un matin, alors qu'elle pensait vivre encore une journée pour le moins non palpitante, lorsqu'elle ouvrit la porte de sa chambre, elle eut la surprise de trouver sur le pas de sa porte… »
« Hey Niylah ! »
« Hey… Comment vas-tu Eliza ? »
« Oh euh… Bah, je prends mes marques. »
« Vraiment ? Heureuse de l'apprendre. Justement… Je me demandais si tu voulais… sortir avec moi ce soir ? »
« Sortir ? Genre, rencard ? »
« Genre… Quelque chose comme ça oui. »
Clarke sourit et Niylah lui rendit son sourire « Je… Je suis heureuse que tout se passe bien pour toi. »
« Pour l'instant oui. Peut-être que d'ici ce soir, ça sera encore mieux. »
Niylah sourit de plus belle avant de s'éloigner « Alors… A ce soir… Je passe te prendre vers 19h. »
« Ok, c'est noté. »
Et quelques minutes après la visite de Niylah, Clarke se précipita devant l'épicerie de Lexa. Mais tandis qu'elle pensait que la jolie brune montrerait le bout de son nez, ce fut Maya qui apparut et qui sortit « Elle n'est pas là. »
« Oh… Ok… Salut ! »
Clarke s'éloigna mais Maya l'alpagua « Eliza c'est ça ? »
« C'est ça… »
« Alycia me parle parfois de toi. »
« Parfois ? »
« Disons qu'elle ne s'en rend pas compte. » sourit Maya « Vous… Tu connais Alycia ? »
« Disons que c'est un visage familier dans cet océan d'anonymes. » répondit avec sourire Clarke « Jalouse ? » ironisa-t-elle
« Quoi ? Oh non… je… C'est simplement que… Enfin, je n'ai jamais vu… »
« Oh je vois. Et donc, ça fait quel effet ?! »
Maya s'esclaffa « Oh et bien… Pas grand-chose. Ici, vous avez le droit d'être qui vous voulez, tant que cela n'interfère pas avec la liberté d'autrui. »
« C'est évident. »
« Je dois retourner à l'intérieur. A bientôt. »
« Ouais… »
Amusée, mais aussi contrariée d'avoir manqué Lexa, Clarke partit en direction d'un lotissement de petites maisons identiques, aux rues impeccables et aux jardins admirablement bien entretenus, comme dans ces séries américaines à la Desperate Housewives.
Et tandis qu'elle approchait une maison aux volets verts amande, elle stoppa son vélo à bonne distance et aperçut Charlotte, jouant sur le devant de la maison, échangeant quelques lancées de baseball avec un homme aux cheveux grisonnants mais au sourire généreux. Le cœur de Clarke se serra alors en voyant Charlotte éclater de rire lorsque l'homme manqua la balle et tourna sur lui-même. Ils furent rejoints par une femme, plateau en main, qui leur offrit un rafraichissement. Clarke hoqueta : le parfait tableau familial, cliqué mais efficace. L'essentiel était que Charlotte semblait aller mieux : elle était heureuse, et c'est tout ce que Clarke désirait.
Alors, discrètement, et après plusieurs minutes à les regarder, Clarke fit demi-tour, le baume au cœur mais une appréhension quand même.
Et lorsqu'elle se retrouva dans l'allée menant à sa chambre, elle vit Niylah devant sa porte « T'es en avance… »
Plongée dans ses pensées, Niylah sursauta, ce qui fit sourire Clarke « Oh… Oui enfin… Je passais par là pour voir un patient… Et je me suis dis… Pourquoi pas. »
Clarke passa devant elle et ouvrit sa porte « Tu veux entrer ? »
« Oh non je… Je vais te laisser te préparer… »
« Je suis prête. » sourit Clarke « Ah moins que tu ais prévu une réservation quelque part. »
« Une réservation ? Oh je crois que là où on va, on n'en a pas besoin. »
« Oh, tu as aiguisé ma curiosité. Je prends ma veste et je suis à toi ! »
Et après un rapide aller retour, elle referma la porte derrière elle « Prête ! »
« Alors c'est parti ! »
Clarke était curieuse : grâce au petit job d'appoint qu'elle avait obtenu, elle sillonnait avec plaisir les routes, rues et quartiers de l'Eden. Mais là où l'emmenait Niylah, elle n'avait encore jamais été. Elles étaient sorties du quartier et entamait visiblement un petit road trip au travers de la vallée. C'est à ce moment que Clarke se rendit compte à quel point le territoire des Wallace était étendu.
« Tu es songeuse… »
« Nope, j'admire seulement le paysage. Je me demandais quelle était la superficie de l'Eden. »
« Oh même moi je n'en sais rien. »
« Les Wallace sont fortunés. »
« Il semblerait que ce terrain soit avant tout un héritage des générations précédentes. Un découpage favorable du territoire pour eux… »
« Hm je vois… Et tu connais tous les recoins ici ? »
« Oh non… C'est bien trop vaste. »
« Ca fait combien de temps que tu bosses ici ? »
« Et si on laissait ces questions pour plus tard. Nous sommes arrivées. »
Clarke admira alors le paysage et sortit de la voiture, ne prêtant même plus attention à Niylah qui sortit du coffre un sac et une couverture qu'elle disposa au sol.
« Prête ? »
Clarke sortit de sa contemplation et se tourna vers Niylah : elle ne put que sourire en voyant la jeune femme s'affairer à tout disposer méticuleusement sur le plaid. Elle la rejoignit et s'aperçut que la jolie blonde avait pris ce rencard au sérieux.
« T'as rien oublié visiblement… »
« J'espère. Tiens. »
Niylah lui tendit un verre et pendant une fraction de seconde, Clarke hésita… Avant de le prendre « Hm… Du rosé ? »
« Made in Eden. Nous avons notre propre champ viticole. »
« La vache… C'est quand même ambitieux de vendre son propre vin… »
« Entre autre chose. » sourit la jeune femme
Et après un moment à déguster les salades faites maison par Niylah, la curiosité de Clarke ne tint plus « Alors… Comment une jeune doctoresse a-t-elle débarqué ici ? »
La jeune femme sourit « Hm longue histoire et terriblement banale. »
« Raconte toujours. »
« Tu es bien curieuse… »
« Je tiens juste à bien connaitre… »
« … Connaitre ? »
« Juste, te connaitre. »
Niylah sourit alors et remit une de ses mèches de cheveux derrière son oreille, tandis qu'elle tripotait une mie de pain solitaire sur le plaid « Je suis médecin. J'ai toujours rêvé de l'être. J'ai fais mes études, j'ai fais ce qu'il fallait… J'étais heureuse. »
« Comment as-tu atterri ici ? »
Niylah inspira, comme si elle se souvenait d'un souvenir douloureux « J'avais foi en ce monde, j'avais l'espoir qu'avec ce que j'entreprenais… je pourrais changer les choses… Quelle idiote je fus… »
« Que s'est-il passé ? »
« Un soir, tandis que je rentrais d'une consultation tardive… J'ai été alpagué par un homme en capuche. Il avait un couteau… Il l'a pointé vers moi et m'a demandé mon sac. J'ai essayé de lui parler, de le raisonner, mais il était comme fou… Il m'a empoigné et m'a conduite dans une allée… Il a voulu me faire tomber... Les paroles ont laissé place aux cris… En me débattant, je suis finalement tombée au sol… »
« Niylah… »
« Il n'a pas eu le temps. Un couple qui passait par là lui a fait peur… Le lendemain, j'ai appris qu'il avait été arrêté après mon agression dans un petit magasin de quartier. »
« Merde, ça craint. »
« Et ce qui craint encore plus c'est ce qui suivit : j'ai porté plainte, il y a eu jugement, mais parce qu'il était mineur, il n'a eu qu'une tape sur les doigts : quelques mois en maison de correction avant de repartir libre. J'étais dégoutée : dégoutée du système, de la justice… Je me sentais trahie par mon propre pays, l'institution pour laquelle j'avais voté. »
« Ouais, on peut comprendre ta rancoeur. »
« Sans parler des dizaines et des dizaines de cas que j'ai pu rencontrer dans mon cabinet des enfants et des femmes battus, des victimes de balles perdues, de guerre de gang. Toujours plus de violence et, en contrepartie, toujours moins de justice. »
« Je comprends… »
Et Niylah n'avait pas idée à quel point : Clarke faisant partie de cette justice qu'elle réfutait, elle ne pouvait imaginer que la jolie blonde avait du, faute de preuves ou de témoignages parfois, relâcher des violeurs ou des maris qui battaient leur femme. Clarke elle-même s'en voulait de voir partir des coupables. Elle avait les mains liées et comprenait entièrement l'état d'esprit de Niylah.
« Et comment t'as atterri ici ? »
« Par hasard. Dans le journal, j'ai vu une pub pour un des centres de Ryce. Quand j'y suis allée, j'ai vu un homme qui proposait une alternative à ce monde dans lequel je ne me reconnaissais plus. Il proposait une nouvelle manière de vivre, de voir les choses. J'ai tenté, et j'ai adhéré. »
« Ok, aussi simple que ça ? »
« Aussi simple que ça. » sourit Niylah « Vin ? »
« Avec plaisir. »
Elles échangèrent un sourire avant que Clarke n'avale une gorgée du vin rouge apportée par Niylah. Evidemment la discussion tourna par la suite sur la situation de Clarke avant son entrée dans l'Eden, et la jeune policière s'en sortit assez admirablement, tenant son mensonge jusqu'à ce que la conversation ne s'oriente sur un autre sujet, Charlotte, et d'une manière assez détournée.
« Tu aimerais avoir des enfants ? »
Clarke manqua de s'étouffer avec une énième gorgée de vin « Hm… Quoi ? Oh j'en sais rien. »
« Je t'ai vu avec Charlotte… Tu es plutôt à l'aise avec eux. »
« Oh tu crois ? »
« J'en ai vu passer des enfants peu rassurés par des situations plus violentes et stressantes les unes que les autres. J'ai souvenir de t'avoir vu la rassurer avant l'examen gynécologique comme personne à part une mère de famille n'aurait pu le faire. »
Clarke hoqueta « Je n'ai pas d'enfant, si c'est ce que tu cherches à savoir. Mais ça veut pas dire que j'en ai jamais eu. »
« … »
« Je sais que tu as regardé mon dossier médical, que tu as lu le rapport gynécologique qui disait que j'avais déjà accouché par le passé… Parce que j'ai une cicatrice de césarienne dégueulasse… Je ne suis pas folle, je sais. »
« Désolée… Je ne voulais pas… Je ne voulais pas mais… »
« Mais ? »
« Tu m'intriguais, tu m'intéressais. »
« Ah oui ? »
« Oui. J'aurais du te demander, j'aurais du… Etre réglo avec toi. »
« Mais tu ne me connaissais pas. J'étais une paumée qui demandait asile. Tu avais du en croiser un paquet avant moi, à qui tu n'as pas pu faire confiance. »
« Ce n'est pas ça… »
« Si ça l'est. Et si aujourd'hui, si tu as pris la peine de venir, d'accepter ce rencard, de m'avouer la vérité… Est-ce parce que ta confiance en moi s'est renforcée ? »
« Grandement. » sourit Niylah « A vrai dire… Tu me plais beaucoup. »
« Pourquoi moi et pas une autre ? »
« Je n'en sais rien. Tu as ce petit quelque chose. »
« Tu disais ne pas vouloir tout mélanger… »
« A présent, tu fais partie de l'Eden, tu es une des nôtres. Tu es intégrée et… prête à vivre ce que tu as à vivre… Seule, avec des amies… ou autre… »
« Ok… Tu as déjà fais ça ? Avec une autre fille qui t'intéressait ici ? »
« Tu me demandes si tu n'es pas un trophée de plus à mon tableau de chasse ? »
« Parce que tu as un tableau de chasse ? »
« Si j'en avais un, il te serait entièrement dédié. »
Clarke ne pouvait s'empêcher de sourire : malgré sa volonté de rester éloigner sentimentalement de tout ce qui pourrait interférer de son enquête. Mais quelque chose en Niylah l'attirait. Non pas comme Lexa pouvait l'attirer, non pour la jolie brune, il s'agissait de quelque chose de bien au dessus de ce qu'elle pouvait ressentir pour Niylah. Oui, pour Lexa, c'était au-delà d'une envie sexuelle, non, avec Lexa, elle envisageait des ballades avec Madi et Aden, elle imaginait des soirées lovées au coin du feu, à jouer aux jeux de société, ou juste déguster une pizza.
Avec Niylah, les choses étaient plus physiques : c'était une attraction pure, sans nuance, sans même un sentiment qui pourrait s'apparenter, de près ou de loin, à un sentiment amoureux.
« Eliza, ça va ? »
« Hm ? Pardon, j'étais dans la lune… »
« Ce rencard serait-il trop long pour toi ? »
« Quoi ? Non, non, bien au contraire. Le temps est passé trop vite. »
« Personne n'a dit que c'était fini. »
Elles échangèrent un sourire et un regard malicieux alors.
Son corps était lourd et engourdi. Ses paupières étaient si lourdes qu'ouvrir les yeux étaient presque insurmontable. Lorsqu'enfin elle réussit, elle fut de suite aveuglée par une raie de lumière, perçant au travers des rideaux entrouverts.
Clarke grogna légèrement, se tournant vers sa droite. Devant ses yeux : la porte de sa chambre, la fenêtre juste à coté, son bureau pas loin sur lequel elle avait éparpillé quelques dessins faits lors de ses soirées solitaires. Elle se redressa doucement, son omoplate gauche la picotant. Elle hésita, un gout étrange dans la bouche, avant de se tourner lentement vers sa gauche et d'apercevoir un silhouette sous les draps. Son cœur rata un battement et lentement elle tira la couette vers elle, laissant apercevoir le dos nu et tatoué de Niylah.
Elle n'avait même pas souvenir d'avoir vu son tatouage la veille. Elle fronça les sourcils et, finalement, se rendit compte qu'elle n'avait pas réellement de souvenirs de la nuit dernière : tout était flou, brumeux, léger, trop léger pour qu'on puisse distinguer quelque chose de tangible.
Elle se souvenait leur pique nique, leur ballade, l'invitation de Clarke à boire un café dans sa chambre… Mais lorsque la porte claqua… Plus rien. Et si son corps portait les stigmates d'une nuit qui ne laissait aucun doute de son issue, Clarke aurait au moins aimé se souvenir de quelque chose.
« Tu es réveillée… » murmura mollement Niylah
« Toi aussi… »
Niylah sourit et se redressa, dévoilant un buste nu, dont le regard de Clarke se détourna
« Tu étais moins farouche hier soir… » gloussa la jolie blonde en l'embrassant sur l'épaule « Gênée ? »
« Quoi ? Non, non… C'est juste… »
Niylah se leva alors et fit le tour de la pièce, nue comme un ver. Clarke ne put que jeter quelques regards curieux vers ce corps qu'elle avait foulé la veille, et son regard se posa sur son énorme tatouage dans le dos. »
« Il signifie quoi ? »
« Hm ? »
« Ton tatouage… Il a une signification ? »
« Oh… Ma période rebelle à la fac. Quand tes parents décident pour toi ce qui est le mieux… Il ne te reste plus grand-chose dont tu es le maitre. Mon corps en faisait partie. Quand ta vie semble t'échapper, il ne reste que cela. Alors je suis allée avec des amies dans un salon et j'ai choisi un motif aléatoire, quelque chose d'imposant… »
« Alors ça ne signifie rien ? »
« Mon corps m'appartient, j'en suis le seul maitre. Voilà ce que cela signifie. » sourit Niylah qui se tourna vers Clarke et s'agenouilla près d'elle « Eliza, ça va ? »
« Ou… Oui, oui. Je… J'ai juste… J'ai pas mal bu la nuit dernière… »
« Pas plus que de rigueur. Si tu veux savoir si tu étais saoule quand nous avons couché ensemble, la réponse est non. Je peux te garantir que tu étais en pleine possession de tes moyens. »
« … »
« Eliza, crois-moi quand je te dis que je ne te ferais rien ici, sans que tu ne le veuilles. Quel intérêt aurais-je à faire cela ? Je sais ce que tu as vécu par le passé, il serait idiot de te conquérir de la sorte. Alors je te l'assure, tu étais certes alcoolisée, mais pas au point d'être ivre morte dans ton lit. »
« … Tu… Tu essaies de me conquérir ?! »
Niylah hoqueta « Ravie que tu n'es retenue que cette info. » Elle se releva « Maintenant, la question est de savoir : vas-tu me laisser ainsi ? Ou m'invites-tu une nouvelle fois dans ton lit ? »
Clarke la fixa et soudain l'image de Lexa envahie son regard. Comment avait-elle pu faire cela alors que sa jolie coéquipière ne la laissait pas de marbre ? Etait-ce cela la contrepartie dans une infiltration ? Devait-on donner de soi, véritablement ?
Lexa avait-elle déjà fait cela ? Et si elle l'apprenait, que penserait-elle d'elle ? Niylah était certes attirante, mais elle n'était pas Lexa. Pouvait-elle faire comme ces multiples coups d'un soir qu'elle avait accumulé durant une tranche difficile de sa vie ? Pourrait-elle se regarder dans un miroir après cela ?
« Eliza ? »
La jolie blonde croisa le regard presque suppliant de Niylah, et une pointe de sincérité dans ses yeux piqua sa curiosité. Malgré le flou qui entourait la femme qu'elle avait devant elle, Clarke savait que c'était son unique moyen, du moins le plus concret, d'arriver à son but, de pouvoir démanteler tout cela et revenir à une vie normale. Finalement, avait-elle vraiment le choix ?
Lexa ne devait pas perdre de vue son objectif. Son fils lui manquait. Elle ne comptait plus les jours, les semaines qu'elle avait passé ici. Chaque seconde, chaque heure, chaque jour et semaine se ressemblait. La vie n'était pas parfaite, elle était plate et ennuyante. Comme tous les matins, elle se levait dans son nouveau loft qu'elle avait acquis au bout de 3 semaines de vie à l'Eden, prenait un café et un toast rapidement grillé avant de partir en direction de l'épicerie où elle officiait toute la matinée. Parfois elle croisait au loin Clarke, parfois elle eut la surprise de croiser un des Wallace. Puis elle mangeait sur le pouce le midi et reprenait son travail jusqu'à la fin de l'après-midi où elle regagnait son loft. Une chose avait changé pourtant : tous les deux soirs, elle se rendait dans ces fameuses réunions thématiques autour de la cuisine ou encore de la littérature. Au-delà de casser la monotonie dans laquelle elle s'encroutait, s'était aussi avant tout une manière d'avoir des informations et des connaissances sur l'Eden et l'Ascension. Tout ce qu'elle avait récolté pour l'instant était simplement des suppositions, des rumeurs : les Wallace seraient revenus de cet endroit paradisiaques avec la mission de trouver des gens susceptibles d'y accéder aussi.
Elle comprit que toute une mythologie survivaliste avait été mise en place depuis le premier Wallace jusqu'à Dante et Cage : la croyance que le monde autour de nous allait un jour s'effondrer, qu'un cataclysme gigantesque mettrait fin à toute chose et que seuls les élus pourront être sauvés.
Pour eux, chaque événement était un signe avant-coureur de la fin du monde : les inondations, l'irruption d'un volcan, un massacre de masse… Tout était prétexte à convaincre les sceptiques que le monde dans lequel ils venaient de s'enfuir allait s'écrouler.
Et pour finir de les convaincre, l'Ascension était là : un monde libéré de tout cela, un monde où les gens n'auraient plus à craindre les violences, les famines, la douleur, les corruptions. Ce monde idéal avait un nom : la cité des Lumières.
Personne, autre que les Wallace, y était revenu, preuve, pour les indécis, que ce monde était le monde parfait qu'on ne voulait pas quitter. Les Wallace étaient si enjoués en l'évoquant, que tous buvaient leurs paroles, s'imaginant être les prochains appelés.
Lexa était plus que suspicieuse mais ne le montra pas. Elle imaginait de multiples façons d'atteindre cette cité, mais aucune d'elle n'était assez rassurante à ses yeux. Et tandis qu'elle venait juste de rentrer de l'une de ses réunions, on toqua à sa porte. Lorsqu'elle ouvrit, elle fut surprise de trouver sur le pas de sa porte, une Clarke, visiblement penaude.
« Qu'est-ce que tu fais là ? »
« Je peux entrer ? Juste 5 minutes ? »
« Bien sur. Entre. »
Lexa invita la jeune femme à s'asseoir à sa table de cuisine, sentant visiblement la jolie blonde quelque peu sur la défensive « Clarke, un problème ? »
« Non… Non, non. »
« Tu as appris des choses ? »
« On peut dire ça. J'ai… J'ai fais comme tu m'as dis : j'ai approché Niylah, j'ai… Je me suis rapprochée. »
« C'est bien. Moi aussi j'ai grappillé quelques infos ici et là. Rien de bien probant, même si je pense qu'on touche quelque chose si l'on parle de l'Ascension et de la cité des Lumières. »
« La cité des quoi ? »
« En gros, je pense que les Wallace sont des fanatiques survivalistes qui pensent que la fin du monde est proche. Ils collectent des gens un peu partout et les regroupent ici, dans l'Eden. »
« Ils pensent que l'Eden les protègera de la fin du monde ? »
« Ils pensent que l'Eden est un moyen de trier une dernière fois ceux qui sont à la hauteur pour atteindre leur but ultime : la cité des Lumières. »
« Et tu crois que c'est quoi ? »
« J'ai peur de l'imaginer. »
Clarke se redressa, s'accoudant à la table « Attends, t'es en train de dire… De dire quoi ? Un génocide ? »
« Beaucoup de sectes sont basées sur un passage d'un état à un autre, d'un état physique à un état psychique. Beaucoup de sectes finissent par des massacres de masse. »
« Tu penses qu'ils vont faire cela ? »
« Ils sont bien trop intelligents. Ils font cela au compte goutte. »
« D'où les quelques morts que l'on a pu retrouver ici et là au fil des années. »
« Ils sont méthodiques. »
« Pas tant que ça : pourquoi laisser des morts si visibles. Je veux dire, ils nous pensent si bêtes pour qu'on ne puisse pas faire un lien entre plusieurs morts similaires ? »
« Il nous a fallu plus de 15 ans pour en venir à cette conclusion. Quand aux morts laissés derrière eux… Ils se pensent intouchables, ils se fichent de ce qui peut se passer, du lien que l'on peut trouver entre les cadavres et eux. Techniquement, nous n'avons rien qui les relie, pour l'instant, aux meurtres. »
« A ton avis, l'ascension c'est quoi au final ? »
« Pour que cela rende les corps si méconnaissables… Il se pourrait que cela soit une atrocité telle que l'on a pu en voir dans les camps de concentration nazis. »
« Genre… Des douches chimiques ? »
« Pourquoi pas… »
« C'est horrible. »
« Ils ont les moyens, les capacités et les hommes pour construire de telles horreurs. »
« Merde… Mais… Merde, je pensais tellement pas à ce genre de truc, c'est trop… Trop. »
« Comme tout ici. »
« … »
« Clarke, ça va ? »
« … »
« Clarke ? »
« Je… J'ai un truc à t'avouer… »
Lexa fronça les sourcils, se laissant retomber doucement sur le dossier de sa chaise « Je t'écoute. »
« Je… »
« Clarke ? »
« J'ai… J'ai couché avec Niylah. »
Clarke sentit comme un poids s'envoler de ses épaules et dès qu'elle prononça cette phrase, elle scruta le moindre indice sur le visage de Lexa ou un geste qui pouvait trahir sa déception, sa jalousie… Mais son regard ne croisa qu'un visage neutre.
« Plusieurs fois… Et même si la première était plus que brumeuse, les autres… Etaient consenties. »
« Oh… »
« Ecoute… Je… Je me sens… Je me sens nulle, je suis nulle. »
« Clarke, je t'avais averti que mélanger le travail et les sentim… »
« Non, non, t'as rien compris, y'a pas de sentiment là dedans ! »
« … »
« J'ai… J'ai déjà couché plusieurs fois, des coups d'un soir qui ne voulaient rien dire. J'en suis pas fière mais… Mais à l'époque… Y'avait pas… Y'avait pas… toi. » Lexa la fixa, son regard sur Clarke aussi tranchant d'une lame de rasoir « Ecoute, je… C'est nul. Toi et moi, y'a… Y'a rien… Enfin c'est juste que… Je pensais, j'imaginais… Que toi et moi… Peut-être qu'après toute cette merde soit finie, on aurait pu… Mais j'ai tout foiré. »
« Tout ? »
« Sérieusement ? Je couche avec un suspect pour lui soutirer des infos. Faut être totalement con ou désespérée pour arriver à de telle extrémité. Comment je peux me regarder dans la glace, ça, ça reste un mystère… Et si moi je peux pas me voir… Comment imaginer que tu le puisses un jour… »
« Comment peux-tu croire que tu peux penser à ma place ? »
« Lexa… »
« Tu as fais ce que beaucoup ont osé faire : franchir le cap. L'infiltration demande une certaine dévotion et abnégation. Parfois… Il faut faire des sacrifices et des concessions… »
« Y'a sacrifice et sacrifice. »
« Je sais ce que c'est. »
« Ah oui ? Vraiment ? »
« Ce n'était rien de ce genre, je pense que, d'une certaine façon, c'était même pire. L'une de mes premières infiltrations. C'était un gang qui dealait… Pour inclure ce cercle très fermé, j'ai du passer des tests : voler, cogner… me piquer. »
Clarke la fixa d'yeux ronds « Sérieusement ? »
« Ca n'est arrivé que deux fois, mais j'ai fais un bad trip… Evidemment, ça n'a jamais été consigné dans mes états de service… Je n'avais jamais touché à cette merde avant et j'avais toujours été clean et irréprochable. Me piquer a été pour moi, le stade que je ne pourrais plus dépasser… »
« … »
« Clarke, je ne te jugerais pas. »
« Mais… Toi et moi… Enfin, pour l'instant il n'existe pas mais… »
Lexa lui sourit « N'ais crainte. Si un jour un toi et moi doit arriver… Il arrivera. Une fois cette enquête derrière nous, tout ce qui y sera affilié sera du passé. »
« Pas pour moi… J'ai l'impression de te trahir… »
« Alors sois sereine. Je ne t'en veux pas. »
Clarke baissa le regard et soupira « Je suis une merde. »
« Clarke… » Lexa descendit de sa chaise et glissa jusqu'à Clarke, posant ses mains sur ses genoux « Regarde-moi… » Mais Clarke resta figée. Lexa glissa son index sous son menton. Avec difficulté, la jolie blonde obtempéra, Lexa sourit alors « Hey… Quoiqu'il se passe à l'Eden cela restera à l'Eden. »
« Mais toi tu sauras. »
« Je saurais quoi ? Que tu as couché avec une femme avant qu'il ne se passe quoique se soit entre nous ? J'aurais toutes les raisons du monde de t'en vouloir si nous avions, ne serait-ce qu'échanger un baiser… Mais il n'en est rien. Pour l'heure, nous sommes deux collègues qui faisons tant bien que mal notre boulot, avec des à cotés pénibles mais essentiels. »
« Mais coucher c'est… »
« Tout ce que je sais, c'est que tu as eu des partenaires avant moi, quelle nouvelle ! Tu veux que je te dise : moi aussi j'en ai eu, et alors ? »
Clarke gloussa alors et posa ses mains sur les siennes « Merci… »
Elles échangèrent un regard et Clarke s'approcha soudain quand Lexa la freina de son index sur ses lèvres « Non. Ne franchis pas cette ligne, pas maintenant. »
« Je… Désolée, tu as raison. »
« Sois patiente. » sourit Lexa en remettant une mèche blonde derrière son oreille « Est-ce qu'au moins… Ca t'a amené quelque chose ? »
Clarke sourit timidement « Je pense que je vais pouvoir approcher Ryce et les Wallace. »
« Ah oui ? Et comment ? »
« Niylah… Niylah et moi… Nous allons échanger nos Consentements. »
Une semaine plus tard
Les choses s'étaient accélérées ce soir là.
Comment tout cela alors dégénéré ? Elle n'en avait aucune idée. Son crâne tambourinait et le mince filet de sang qui coulait de son front en menaçant son œil droit commençait à sécher. Cela faisait plus d'un mois qu'elle n'avait pas tenu une arme dans ses mains, et celle qu'elle serrait dans sa main gauche semblait lourde, trop lourde… Pourtant, elle ne devait pas lâcher, elle devait tenir bon.
« Je répète une dernière fois : où est-elle ? »
L'homme devant elle semblait ne pas avoir peur : droit comme un « i », les lèvres pincées par la tension entre lui et la jeune femme braquant une arme vers lui. Il était silencieux, peut-être valait-il mieux l'être.
« Ou est-elle ?! » cria-t-elle une dernière fois, sa patience mise à rude épreuve.
Elle ne voulait pas montrer son stress, elle ne voulait pas montrer sa nervosité. Sa main tremblait légèrement, son arme vibrant… Le savait-il ? Voyait-il sa peur ? Elle était fébrile. Toutes ces semaines et tout s'était accéléré en une fraction de seconde.
Elle l'avait perdu de vue et la voilà à présent dans ce bureau, pointant une arme à feu devant cet homme qui avait changé la vie de tant d'hommes et de femmes. Il serait si facile d'appuyer sur la gâchette et d'en finir avec toute cette histoire. Mais si elle faisait ça, elle la perdrait… Et le temps jouait contre elle.
Mais soudain, il glissa sa main dans un tiroir déjà ouvert. La scène se passa en quelques secondes, tout se bousculait dans sa tête : que devait-elle faire… Soudain, un coup de feu retentit, un corps s'écroula lourdement au sol.
Oui, les choses s'étaient accélérées ce soir là.
TBC
