Bonsoir à tous et à toutes !
J'espère que vous allez bien et que vous êtes prêts pour la reprise demain (à savoir que, moi non hein, clairement je suis pas prête).
Bref, voici la suite tant attendue parce que, je sais pas, mais j'ai bien l'impression que la fin du chapitre précédent vous a laissé un peu sur les dents non ? Rassurez-vous, voici le dénouement de cette affaire, du moins... Soyez pas trop trop rassurés non plus... On ne m'appelle pas la reine des coupures sadiques pour rien hein :p
Alors dans ma tête, ce chapitre était très clair, j'espère que sa constrcution ne vous embrouillera pas trop.
ENJOY
La taupe
Les choses s'étaient accélérées ce soir là.
Comment tout cela alors dégénéré ? Elle n'en avait aucune idée. Son crâne tambourinait et le mince filet de sang qui coulait de son front en menaçant son œil droit commençait à sécher. Cela faisait plus d'un mois qu'elle n'avait pas tenu une arme dans ses mains, et celle qu'elle serrait dans sa main gauche semblait lourde, trop lourde… Pourtant, elle ne devait pas lâcher, elle devait tenir bon.
« Je répète une dernière fois : où est-elle ? »
L'homme devant elle semblait ne pas avoir peur : droit comme un « i », les lèvres pincées par la tension entre lui et la jeune femme braquant une arme vers lui. Il était silencieux, peut-être valait-il mieux l'être.
« Ou est-elle ?! » cria-t-elle une dernière fois, sa patience mise à rude épreuve.
Elle ne voulait pas montrer son stress, elle ne voulait pas montrer sa nervosité. Sa main tremblait légèrement, son arme vibrant… Le savait-il ? Voyait-il sa peur ? Elle était fébrile. Toutes ces semaines et tout s'était accéléré en une fraction de seconde.
Elle l'avait perdu de vue et la voilà à présent dans ce bureau, pointant une arme à feu devant cet homme qui avait changé al vie de tant d'hommes et de femmes. Il serait si facile d'appuyer sur la gâchette et d'en finir avec toute cette histoire. Mais si elle faisait ça, elle la perdrait… Et le temps jouait contre elle.
Mais soudain, il glissa sa main dans un tiroir déjà ouvert. La scène se passa en quelques secondes, tout se bousculait dans sa tête : que devait-elle faire… Soudain, un coup de feu retentit, un corps s'écroula lourdement au sol.
Oui, les choses s'étaient accélérées ce soir là.
Une semaine plus tôt.
Clarke avait l'impression de se retrouver dans une salle d'interrogatoire : froide et sans âme. Une salle d'attente comme chez le dentiste : ce genre de salle où vous savez que vous ne pouvez plus reculer malgré ce qui allait suivre.
« Détends-toi, tout va bien se passer. »
Clarke déglutit, sentant la main de Niylah se glisser dans la sienne. Elle aurait voulu hurler, elle aurait voulu prendre Niylah par la main et la supplier de partir d'ici, de cette salle de ce lieu de l'Eden. Car même si tout ce qu'elle vivait actuellement avec Niylah n'était qu'une façade, elle nourrissait pour la jeune femme une empathie et une amitié naissante. Au fil des jours, elle avait appris à connaitre cette femme qui, elle aussi, égratignée elle aussi par la vie, s'était retranchée dans ce lieu pleins d'espoirs… Du moins le croyait-elle.
Durant les jours qui suivirent la conversation qu'elle eut avec Lexa, Clarke ne put s'empêcher de se demander si Niylah était au courant de ce qu'était réellement l'Ascension. Elles n'avaient pas même pas évoqué la Cité des Lumières, peut-être par peur de braquer la jeune femme.
Alors, pour atténuer les doutes de la doctoresse, Clarke se rapprocha de Niylah, tout en sachant que cette dernière souffrirait lorsque la vérité éclaterait.
Mais un soir, lors d'une énième visite de Clarke chez Niylah, les choses prirent un tournant différent.
« Tu aimes ? »
« C'est délicieux. En plus d'être une doctoresse compétente, tu es une cuisinière hors pair. »
« Tu oublies une amante exceptionnelle. »
« Evidemment. » gloussa Clarke. Et tandis qu'elles finirent leur repas dans le silence, Clarke se racla la gorge.
« Un problème ? »
« Non, non. Je… Je me demandais… Les choses sont différentes ici, nous sommes différents. »
« Eliza ? »
« Est-ce que… Est-ce que tu crois que… Le Consentement pourrait s'appliquer à nous ? »
Niylah faillit s'étouffer en buvant une gorgée de son vin « Pa… Pardon ? Tu peux répéter ? »
« Le Consentement… Tu crois que c'est trop tôt pour nous ? »
La jolie doctoresse haussa un sourcil « C'est… Inattendu. On se connait depuis peu, et on se fréquente depuis encore moins. »
« Mais j'ai souvenir que tu ne me laissais pas indifférente depuis le premier jour, et j'ai fortement l'impression que c'est la même chose pour toi. »
« Eliza… Le Consentement est… »
« Je sais ce que c'est. Ca équivaut à une union, un mariage en mode Eden. »
« C'est ce que tu veux ? C'est ce que tu souhaites vraiment ? Toi et moi ? »
« Oui. Je veux dire… N'est-ce pas le but ici ? De se sentir bien, de se sentir… comme dans une famille. »
« Oui mais… Le Consentement c'est… Une grosse étape. »
« Tu peux me dire non, je comprendrais. »
« Vraiment ? »
« Bon ok, j'aurais un peu la haine… Mais je pourrais comprendre. »
« Eliza, tout se passe si vite ici. La vie s'écoule d'une certaine manière, nous sommes en dehors de la réalité cruelle. Nous sommes dans une bulle. Rien ne se passe comme… Enfin, tu comprends. »
« Oui. » sourit Niylah « Je vois tout à fait. »
« J'me dis… J'ai assez perdu de temps et puis si dans mon autre vie j'ai pas su attraper ma chance au vol, ici, dans l'Eden, peut-être que ça peut être différent. Peut-être que je peux saisir ma chance plus vite, plus tôt. »
Clarke se leva alors et se posta devant Niylah, l'invita à se lever à sa hauteur « Niylah… Si c'est trop tôt, on attendra. J'attendrai le temps qu'il faut… »
« Non. »
« Non ? »
« Je ne veux pas attendre, je veux le faire. »
« Vraiment ? »
« Vraiment. »
Niylah planta un langoureux baiser sur les lèvres de Clarke avant de la serrer dans ses bras « J'en serais la plus heureuse. »
Clarke aurait aimé ressentir le quart de ce que pouvait ressentir actuellement Niylah. A vrai dire, c'était tout l'inverse de ce que pouvait ressentir en ce moment Niylah : du dégout, de l'amertume, du regret, de la peine aussi. Elle tenait à Niylah, elle ne voulait pas lui faire de mal, mais cette histoire ne pouvait avoir qu'une issue négative.
Mais elle devait avancer. Ca faisait près d'un mois qu'elles étaient enfermées ici et les choses stagnaient. Elle devait donner un coup de pied dans la fourmilière, Lexa l'avait dis : des sacrifices devront être faits. Ainsi, elle avait décidé de passer la vitesse supérieure, quitte à détériorer son intégrité morale. Elle y repenserait certainement beaucoup après toute cette histoire, elle devrait certainement en parler et reparler avec Lexa pour tout remettre au clair.
Lexa… Elle devait lui parler, elle devait lui dire qu'elle avait franchi une étape supplémentaire. Serait-elle fière d'elle ou au contraire en colère ? Honteuse ? Déçue ?
Il était certain que les choses changeraient entre elles après cette enquête. Serait-ce pour le meilleur ? Ou pour le pire ?
« Nous avons rendez-vous cet après-midi. » lança Niylah en s'asseyant sur le canapé, aux cotés de Clarke
« Quoi ? »
« Pour le Consentement. Nous avons rendez-vous tout à l'heure. »
« Oh… Oh, génial ! Mais euh… Dis-moi comment c'est ? Je veux dire : y'a des questions, des trucs à remplir ? »
Niylah éclata de rire « Non, non, rien de tout cela. Ce n'est pas comme si formel. C'est bien plus un entretien. »
« Avec qui ? »
« Tu verras. » sourit la jolie blonde
« Tant de mystère. »
« Oh il n'y en a pas, je te taquine simplement. »
Clarke ne put s'empêcher de sourire avant de laisser Niylah se calfeutrer contre elle « Au fait, j'ai des nouvelles de Charlotte. »
« Sérieux ? Alors, comment elle va ? Merde, j'ai l'impression que ça fait une éternité que je l'ai pas vu. »
« Douleur à l'oreille droite. Elle a une otite. »
« Oh… Elle… Sinon, elle va bien ? »
« Oui, elle semble heureuse et sereine. Ses parents adoptifs ont réussi à la mettre en confiance. »
« C'est bien. Je suis contente pour elle, elle mérite. »
« Elle te manque ? »
« Oui. Mais je suis plus rassurée de la savoir bien. »
« Tu serais une bonne mère… »
Clarke se raidit alors « Ah… Peut-être… »
« Tu n'as jamais eu de nouvelles de l'enfant ? »
Clarke déglutit « A vrai dire… Il est mort quelques jours après sa naissance. J'ai eu une grossesse difficile, d'où la césarienne… Je crois simplement que c'était une grossesse contre nature. »
« Comment ça ? »
« Mon père… Etait… tactile. Trop tactile… »
« Mon Dieu… »
« Ca n'est arrivé qu'une fois, il était complètement ivre. Je crois même qu'il n'en a eu aucun souvenir. Il s'est littéralement endormi sur moi après avoir… fini. J'me suis extraite comme j'ai pu et il a fini là… Le lendemain, il a fait comme si de rien n'était. Il n'a jamais recommencé. Mais il a suffit d'une fois. J'ai fais un déni de grossesse et mes premières douleurs, au bout de 7 mois, étaient en fait les signes des premières contractions. J'ai accouché dans la précipitation, mes parents ont toujours cru que c'était l'enfant de mon copain de l'époque. Bref, la suite tu la connais. »
« Je suis sincèrement désolée… »
« Tu n'y es pour rien. Et, en un sens, j'en veux à mon père bien plus pour les coups et les violences verbales subis plutôt que ce viol alcoolisé dont il n'a aucun souvenir. »
« Pourquoi n'as-tu rien fait ? »
« Pour pleins de raisons… Je voulais protéger ma mère avant tout mais j'ai compris que la meilleure solution c'était la fuite… Et finalement, je ne le regrette pas. » sourit-elle
Niylah lui caressa le visage avant de l'embrasser « A présent tout se passera bien. »
Et les voilà, à présent, dans cette salle, attendant un entretien encore plus stressant qu'un entretien d'embauche. Lorsque la porte s'ouvrit et qu'une jolie asiatique apparut, Niylah, puis Clarke, se levèrent « Mesdames, on vous attend. »
Les pas de Clarke semblaient lourds et trainants. Son cœur s'accéléra lorsqu'elle comprit dans quel bureau elle se trouvait actuellement.
A vrai dire, elle aurait du s'en doutait lorsque Niylah l'avait amené dans un large building, tranchant avec les petits lofts et les résidences l'entourant. Cet immeuble apparaissait comme une forteresse imprenable. Discrètement, des caméras étaient là pour rappeler l'importance des bureaux présents. On semblait être bien plus dans le quartier d'affaires de Wall Street plutôt que dans l'Eden. L'ascenseur menant au 6ième étage affichait des dorures, du bois massif sculptés et des miroirs dans lesquels Clarke pouvait voir son stress latent.
Et quand elles entrèrent dans ce sas d'attente, son cœur n'avait cessé de tambouriner, même avec la main rassurante de Niylah dans la sienne.
A présent, elle se trouvait en face de lui…
« Dante Wallace… » murmura-t-elle plus pour elle-même qu'autre chose
« Et bien enchanté ! Asseyez-vous. Niylah, quelle surprise de vous voir ici… Je n'aurais jamais imaginé que ma doctoresse préférée se retrouverait un jour en entretien de Consentement. »
« Oui je sais. Mais… Ne jamais dire jamais. »
« Cette jeune femme doit être très spéciale alors. » Il se tourna vers Clarke et lui sourit doucement « Bonjour miss Taylor. »
« Bon… Bonjour. Excusez-moi, je suis… Enfin je ne m'attendais pas à vous voir vous. »
L'homme éclata de rire, de ce genre de rire cristallin mais qui sonnait terriblement faux et forcé « Je ne pensais plus faire ce genre d'effet à une femme. » Il reprit son sérieux et sortit un dossier, probablement le sien « Eliza Taylor. Vous êtes arrivée il y a un mois, via le programme Nature. »
« Exact. »
« Il est noté que vous connaissiez quelqu'un en arrivant ? »
« Oh oui euh… Alycia ? Elle… Elle bosse à l'épicerie. »
« Hm je vois. Et depuis, avez-vous pris vos marques ici ? »
« Oh oui c'est… C'est vraiment un lieu extraordinaire. »
Wallace, toujours ravi des compliments sur son domaine, sembla soudain fier et à l'aise, attitude plus que détestable aux yeux de Clarke, qui dissimula sous un sourire, son antipathie pour cet homme.
« Bien. J'imagine que si vous avez accepté le Consentement, c'est parce que vous savez en quoi cela consiste. »
« Oui, évidemment. » affirma Clarke
« Vous savez que, même si nous sommes hors des règles conventionnelles, nous tenons à une certaine rigueur. Si l'on ne parle pas ici de mariage, la symbolique est tout aussi forte : nous nous devons à une union solide et durable basée sur la confiance et la réciprocité. Niylah est une jeune femme qui a acquis notre confiance, elle a une place privilégiée dans notre communauté. Vous devez être une femme assez spéciale pour qu'elle se décide enfin à se ranger. »
« Dante ! » s'insurgea faussement Niylah
« Mais c'est vrai. » sourit-il comme un père pouvait sourire devant sa fille.
Clarke aurait pu presque être touchée, si elle ne sentait pas émaner de cet homme une aura étrange et dérangeante. Gigotant sur sa chaise, elle triturait nerveusement ses doigts, essayant de garder une constance devant lui.
« Vous êtes nouvelle ici, et je n'imagine pas meilleure professeure que Niylah pour vous enseigner tout ce que vous aurez à savoir pour intégrer au mieux cette communauté. Bientôt, peut-être, ferez-vous partie des privilégiés. »
« Dante… Est-ce à dire que… Vous êtes d'accord ? »
Un petit silence plana avant qu'il ne regarde Niylah, puis Clarke, puis de nouveau Niylah et qu'un sourire ne se dessine une nouvelle fois « Bien entendu. »
Et si Niylah semblait soulagée, Clarke, intérieurement, criait sa prise au piège… Piège qu'elle avait elle-même crée. Elle sourit péniblement, malaise qu'elle mettrait sur le compte du stress de la rencontre avec le grand patron lorsque sa future femme lui demanderait.
Future femme…. Jusqu'où ira-t-elle afin de boucler cette enquête ? D'abord Charlotte, maintenant Niylah… Combien de personnes allait-elle devoir entrainer dans ses mensonges, et ainsi leur faire une peine infinie lorsque tout serait fini ?
« Eliza ? »
« Hm oh désolée je… Je vous remercie, vraiment ! »
L'homme se leva de son siège, suivi par les filles et tandis qu'il serra Niylah dans ses bras, Clarke eut la surprise de voir les bras de Dante Wallace se refermer sur elle. Elle eut la désagréable sensation d'être comme une proie entre les serres d'un aigle sauvage, prêt à déchiqueter sa pauvre victime au moindre mouvement suspect. Pour être franche, en plus de la culpabilité d'utiliser Niylah, elle avait peur de se faire découvrir. Elle était allée trop loin pour reculer et l'issue ne pouvait être que de deux ordres : sortir de l'Eden un flingue à la main escortant les Wallace menottés, ou les pieds devant, le corps refroidi.
« Mes enfants, je consens à votre union. Evidemment, je laisse le soin à Niylah de vous expliquer ce qui va suivre, y compris la semaine de préparation utile pour la cérémonie. »
Et tandis que Clarke allait répondre, la porte s'ouvrit soudain, surprenant tout le monde, et encore plus Clarke lorsqu'elle vit qui se trouvait derrière, visiblement embarrassé.
« Cage, mon fils, que fais-tu là ? J'étais en plein entretien pour un cons… »
« … Père, il faut qu'on parle. »
L'air grave et le regard noir de Cage n'engageait pas de bonnes choses, du moins c'est ce que ressenti Clarke. Et elle constate n'être pas la seule à le voir : Niylah se tourna vers lui et posa sa main sur son épaule « Cage, ça va ? »
Il ne répondit que par un pincement des lèvres et jeta un rapide coup d'œil vers Clarke avant de forcer un sourire « Tout va bien. »
Evidemment, Clarke n'en crut rien mais ne le montra pas.
« Mesdames, je crois que notre entrevue est terminée. Nous nous revoyons dans quelques jours pour tout finaliser. »
Elles opinèrent alors et quittèrent le bureau, Clarke ayant un dernier regard vers le père et le fils. Il semblerait que quelque chose dérange Cage Wallace, au point de venir en parler à son père… Sa curiosité fut piquée au vif. Elle devait en parler à Lexa.
« Que se passe-t-il ? » demanda Dante en se rasseyant calmement à son bureau.
Pour toute répondre, Cage contourna le bureau et posa, sous le nez de son père, une image sur sa tablette « Qu'est-ce que c'est ? »
« Des flics. »
« Oui et ? »
« Ils sont à Eastwood. »
« Et alors ? »
« Père. C'est la ville la plus proche d'ici. »
« C'est pourquoi nous y avons placé des sentinelles afin qu'ils nous rapportent les mouvements extérieurs. »
« Et c'est ce qu'ils viennent de faire : ils m'ont appelé et envoyé ces images. Une batterie de flics est entrée dans la ville il y a quelques jours, et pas n'importe quels flics : le FBI. »
« La belle affaire. Fils, beaucoup sont déjà venus, et ils sont toujours repartis bredouille. Tu sais que, de temps en temps, ils tentent une percée, une sorte d'intimidation… Mais rien ne marche. Pourquoi ? Simplement parce qu'il n'y a rien à voir. »
Cage grimaça « Ils sont plus nombreux que d'habitude. »
« Ils essaient, on ne peut pas les blâmer. »
« Tu ne comprends pas. »
Dante leva la main pour l'interrompre « C'est assez. Il n'y a pas à s'inquiéter et inquiéter nos fidèles, tu m'entends ? »
Cage inspira alors et ferma brièvement les yeux « Bien… Père. »
« Le sujet est clos. »
Cage serra les poings et la mâchoire avant de sortir dans autre cérémonie. Quelques mètres plus loin, il toqua à une autre porte et une voix masculine émana « Entrez. »
Cage ouvrit la porte et se posta devant Jonathan Ryce « Nous avons un problème. »
« C'est-à-dire ? » lança l'homme en quittant son écran d'ordinateur du regard pour le reporter sur lui
Cage imita le geste qu'il avait eu vers son père quelques minutes plus tôt et tendit la tablette vers Ryce « Des flics ? »
« FBI. » Ryce releva la tête avec intérêt « Mon père est trop idéaliste. Il vit dans son monde depuis bien trop longtemps. Il a perdu le sens commun et surtout le sens du danger. Il se sent protégé ici. »
« Et tu penses qu'il y a de quoi s'inquiéter ? »
« Ils sont bien plus nombreux et actifs que les fois précédentes. »
« Qu'en penses-tu ? »
« Je crois qu'ils sont sur quelque chose. Mes indics sur place disent qu'ils ne posent même pas une question. On dirait qu'ils sont comme… En attente. »
« En attente ? De ? »
« J'en sais rien, un signe peut-être. »
« Un signe qui viendrait d'où ? »
« Peut-être d'ici. »
Ryce fronça les sourcils avant de regarder les diverses photos montrant les véhicules du FBI ainsi que des agents un peu partout en ville « A quoi penses-tu ? »
« Une taupe. »
« Une taupe ? Ici ? »
« Ils attendent quelque chose. Quelque chose pour agir. Ce quelque chose ne peut venir que de l'intérieur. »
Ryce reposa la tablette et fit le tour de son bureau pour se poster devant Cage « Ce sont des allégations très graves. Nous pourrions affoler les gens pour rien. »
« Nous n'avons pas besoin de les affoler. »
« S'il y a une taupe parmi nous, comment la trouver ? »
« Il faut être logique. Pourquoi se pointent-ils ici et maintenant ? »
« Aucune idée. »
Cage sourit, assez fier de sa trouvaille « Nous avons recruté. »
Ryce écarquilla les yeux, comme s'il venait de comprendre « Les nouveaux. »
« Ils sont arrivés il y a un mois environ. Ces flics sont sur place depuis plus de deux semaines. »
« Tu penses qu'ils se sont glissés dans les nouveaux ? »
« Ca ne serait pas la première fois. »
« N'ont-ils pas appris la leçon ? Tous ceux qu'ils ont envoyés ont échoué. »
« Il faut croire que celui-ci est plus malin. »
« Nous allons devoir passer au peigne fin les nouveaux arrivants. »
Cage pianota alors sur sa tablette « Il y a trois groupes qui sont arrivés : deux groupes Nature et le groupe Détox. Ils sont tous arrivés, il y a moins d'un moins. »
« Très bien. Nous allons devoir revoir tous les questionnaires et faire une enquête sur eux, sans éveiller les soupçons, sous peine de le perdre. »
« Quoiqu'il arrive, personne ne sort d'ici. Il faut trouver comment il les contacte de l'intérieur. »
Ryce inspira « Nous n'avions pas besoin de ça… Dante… »
« Mon père est complètement obnubilé par son optique. C'est une illusion, dans laquelle il se complait. La machine ne marche que grâce à nous. Lui, il pense que tout cela fonctionne grâce à ses idéologies survivalistes et utopistes. Si jamais un grain de sable vient enrailler les rouages… »
« Nous pourrions perdre l'Eden. »
« Nous avons plus de 300 fidèles ici. Sommes-nous certains que, sur les 300, tous nous suivrons si les choses venaient à mal tourner ? »
« Tu veux dire… »
« Si nous nous faisons arrêter, nos fidèles seraient autant de témoins à charge contre nous. J'adore mon père mais je ne suis pas certain que tous nous suivraient sur cette voie. »
« 300 personnes, 300 potentiels témoignages sur ce qu'il se passe ici. »
« 300 chances qu'on ne peut tenter. »
« Que comptes-tu faire ? » demanda Ryce « Nous devons rester discret, tant pour la taupe que pour les fidèles. La panique est notre pire ennemie. »
« Pour l'instant, prenons les choses dans l'ordre : faisons de brèves inquisitions chez les nouveaux arrivants, étudions les dossiers… Peut-être trouverons-nous la taupe sans avoir recours à des méthodes moins… traditionnelles. »
« … »
« Ryce, ta tête est mise à prix. Les autorités sont à deux doigts de te boucler. Il ne serait pas dans ton intérêt que les flics traversent ces murs. »
« Je sais. Quels sont les possibles recours si jamais… il est trop tard ? »
« Nous avons de la marge, mais si nous venions à nous retrouver au pied du mur…C'est eux ou nous. »
Ryce se figea, comprenant la portée de ses paroles. Il soupira et scella cette promesse avec Cage par une poignée de main.
« Y'a un problème. »
C'est ainsi que Clarke débarqua chez Lexa.
« Pardon ? »
« Je crois que y'a un problème… J'ai vu Cage Wallace, il voulait parler à son père de toute urgence et au vu sa face… Ca n'augurait rien de bon. »
« Tu sais que quoi il s'agit ? »
« Aucune idée, on était là avec Niylah pour… »
« … Niylah ? »
« Ouais euh… On avait rendez-vous avec Dante Wallace pour le Consentement. »
« Oh… Oh oui je vois. » lança, gênée, la jolie brune
« Lexa, écoute… »
« Non, on a déjà réglé la chose. Y'a pas de malaise, vraiment. »
« Vraiment ? »
« On doit absolument savoir ce qu'il se passe… »
« Comment ? »
« J'en sais absolument rien. S'ils s'inquiètent, c'est qu'ils vont devenir méfiants et surtout curieux. Aucune idée de ce qu'ils trament mais… »
« … Tu crois… Tu crois qu'ils se doutent… »
« J'en sais rien. » répondit Lexa
Mais dans son for intérieur, elle espérait vraiment qu'il ne s'agissait pas d'elles. Si c'était le cas, si jamais ils avaient des doutes, ils chercheraient parmi les nouveaux membres, les nouveaux arrivés, elles seraient en première ligne.
« Il faut rester calme et ne rien changer à nos habitudes. Dans le cas contraire, nous ne ferions qu'attirer l'attention sur nous. » Mais devant le regard perdu et paniqué de la jolie blonde, Lexa prit son visage entre ses mains « Regarde-moi. Tu dois garder ton calme. Tu dois rester concentrée. »
« Ou… Oui, oui je sais. »
Lexa lui sourit et lui caressa les pommettes de ses pouces « Tu y arriveras. La fin approche. »
« Et qu'est-ce que nous avons ? Je veux dire, nous sommes entrées ici dans l'optique de récolter des preuves pour fermer l'Eden et coffrer les Wallace… Mais, en définitive, qu'est-ce que l'on a obtenu ? »
« Nous avons bien plus que ce que tu crois. » sourit Lexa
« Ah oui ? »
« Nous avons des témoins, nous avons aussi des pratiques. »
« De quoi tu parles ? »
Lexa soupira et lâcha le visage de la jeune femme « Clarke, la seul raison pour laquelle je ne peux t'en vouloir d'avoir franchi un cap avec Niylah, c'est parce que, de mon coté, j'ai fais des choses dont je n'imaginais pas la portée. »
« Qu… Quoi ? Tu… T'as quand même pas été faire des orgies avec les membres de tes réunions thématiques ? »
Lexa pouffa de rire « Grand dieu non. Mais… J'y ai assisté. »
Clarke écarquilla ses yeux de stupeur « Quoi ?! »
« Non seulement ils aiment toujours les orgies, mais ils aiment aussi regarder. »
« Ouais enfin ça… c'est pas des preuves. Je veux dire… C'est pas illégal. »
« Ca l'est quand certains sont à peine conscients de ce qu'ils font. »
« Drogués ? »
« Entre autre. »
« Merde… »
« En attendant, nous avons aussi des agents de police droguées à leur insu pour les introduire dans l'Eden, des enfants adoptés illicitement, des grossesse contrôlées, des unions qui sont tout aussi floues… »
« Ouais… »
« Tout ce qu'il faut, c'est garder notre calme et faire comme si de rien n'était. »
« … »
« Nous y arriverons. Et si jamais nous sentons que c'est le moment. »
Lexa sortit de son T-shirt, un collier avec un pendentif qui ressemblait à ces pièces d'horlogerie ou encore steampunk « Il y a ça. »
« C'est quoi ? »
« Un cadeau de Raven. »
« Décidément… »
Lexa sourit « Il suffit de l'actionner comme cela » Elle mima le geste « Pour alerter nos équipiers dehors. »
« C'est étonnant qu'ils ne te l'ai pas enlevé à ton arrivée. »
« Je l'avait planqué dans un double fond d'une de mes chaussures. »
« Malin. »
« Tu dois partir. Si jamais ils surveillent les nouveaux arrivants, nous devons espacer nos entrevues. »
« Lexa… »
La jolie brune lui caressa une nouvelle fois la joue « Tout se passera bien. »
Ce contact rassura quelque peu Clarke qui posa alors sa main sur la sienne « Ok. »
Trois jours.
Trois jours passèrent qui furent une véritable éternité et torture pour Clarke. Anxieuse et nerveuse, elle était aux aguets : au moindre signe de menace, elle était prête à bondir.
« Eliza… Qu'est-ce qu'il t'arrive en ce moment ? Tu sembles nerveuse. Est-ce l'approche de l'Union ? »
« Quoi ? Oh… Oui, ça doit être ça… »
Niylah se colla à Clarke dans le lit : la jolie blonde avait senti sa compagne stressée et tendue ces derniers jours.
« Tout se passera bien, si c'est ce que tu souhaites vraiment bien sûr. »
« Evidemment ! » lança Clarke « Je suis désolée… Tellement de choses se bousculent dans ma tête. Tout est nouveau pour moi. » Niylah lui surit alors « Dis… Tu crois qu'il s'agissait de quoi quand on a vu Cage Wallace lors de notre Consentement ? »
« Pourquoi tu me poses cette question ? »
« J'en sais rien… Vous sembliez proches tous les deux. »
« Je le connais bien. »
« Alors, il t'a dit ce qu'il n'allait pas ? »
« Non… Je ne l'ai pas revu depuis ce jour. »
« … »
« Ne t'inquiète pas. Quoiqu'il puisse se passer, je sais que les Wallace géreront le problème, comme ils ont su en gérer bien d'autres avant cela. »
« Super… » sourit faussement Clarke avant de se blottir contre Niylah.
Cette dernière referma son étreinte et posa ses lèvres sur son front, pensive.
Une énième réunion. Encore… Mais cette fois-ci, Lexa devait rester concentrée. Il ne s'agissait pas de regarder des parties de jambes en l'air entre plusieurs membres. Aujourd'hui, il n'était question que d'une simple réunion de lecture.
Lexa n'en avait que faire, mais elle devait garder un semblant de normalité pour ne pas éveiller les soupçons. Elle devait, comme elle l'avait préconisé à Clarke, continuer son train train habituel, aussi pénible et ennuyant soit-il.
« Les filles, j'ai lu une nouvelle hier soir, je me devais de vous en faire part aujour… »
« … Vous avez entendu la rumeur ? » lança une jeune femme blonde vénitienne
« Clara, nous n'écoutons pas ce genre de choses, c'est… idiot. »
« Peut-être, mais James m'en a touché deux mots. Si c'était vraiment idiot, il n'en aurait pas parlé. »
« De quoi tu parles ? »
« Il parait que les Wallace font des inquisitions. »
Lexa tendit l'oreille attentivement.
« Il parait qu'ils recherchent quelqu'un. »
« Tu dis n'importe quoi ! Qui rechercheraient-ils ici ? Il n'y a aucun problème, nous sommes une communauté tranquille. »
« Peut-être que c'est un acte discret… Mais rien n'échappe aux Wallace. »
« C'est stupide. Des inquisitions. Nous ne sommes plus au temps des contrebandiers et autres. »
« James travaille dans les bureaux des Wallace, pourquoi me mentirait-il ? »
« Il sait ce qu'ils cherchent ? » lança Lexa, curieuse
« Hm, une personne vraisemblablement. James a du ressortir les dossiers de tous les nouveaux arrivants ces dernières semaines. Tiens, ça pourrait être toi ! » plaisanta la jeune femme
Tous reprirent son rire, ne croyant pas une seul seconde que ce soit vrai. Seule Lexa se figea, esquissa un timide sourire avant de sentir son cœur s'accélérer. Les choses prenaient une tournure qu'elle n'aimait pas vraiment. Il faudrait bientôt agir.
« Une purge. »
« Quoi ? Répète un peu ça ? »
« Nous devrons procéder à une purge. »
« Tu es insensé ! « lança Cage
« Nous n'avons pas le choix. Voilà quatre jours que nous essayons de trouver cette foutue taupe. Quatre jours de trop et qui rapprochent les autorités d'ici. Tu te demandais comment nous pourrions nous en sortir si toutes ces personnes venaient à se faire interroger. Voilà ta réponse. »
« C'est impossible. On ne peut pas tuer tous ces gens, ils nous font confiance. »
« Il n'est pas question de tous les tuer. Nous garderons les enfants, les femmes encore en âge de procréer et quelques personnes qui pourraient servir, comme des médecins, des manuels. Cela monterait à une centaine de personnes. »
« Et les autres ? »
« L'Ascension. »
« … »
« Nous pourrions convaincre Dante que les gens sont prêts, qu'une nouvelle Ere commence. »
« Comment évacuer les gens ? »
« Les tunnels. »
« Ils n'ont pas servis depuis des années. On ne sait même pas leur état. »
« Alors il faut y aller. »
« Qui serait assez dans la confidence pour faire une tâche pareille et ne pas en parler par la suite ? Si les gens entendent parler d'une évacuation… Ca pourrait être la panique. »
« Je sais. J'ai quelques noms en tête. »
Cage soupira, passant sa main dans ses cheveux « Si nous trouvons cette taupe, les choses rentrerons dan l'ordre. »
« Je ne crois pas non. Nous nous sommes endormis sur notre réussite. Nous pensions notre liberté acquise et nous avons baissé notre garde. A présent le FBI est dans nos murs et nous ne nous en sommes même pas aperçus. Peut-être avons-nous affaire à plusieurs taupes… Les choses sont allées trop loin cette fois-ci. Si le FBI est à notre porte, c'est qu'ils ont bien plus que les précédentes fois. »
« Des preuves… »
« La, ou les, taupes ont certainement déjà envoyés des preuves… Quoiqu'il arrive, ils peuvent se pointer à tout moment avec un mandat et envahir notre cité. Nous ne devons laisser aucune trace. »
« … »
« Cage, je sais que cela va vite, mais nous ne pouvons plus nous permettre d'attendre plus longtemps. »
« Je sais. »
« Je te charge d'en toucher deux mots à ton père. »
« Et s'il continue à nier… »
« Alors… » Ryce posa une main ferme sur l'épaule de Cage « Tu feras un merveilleux nouveau leader. »
Comprenant le sous-entendu, Cage écarquilla les yeux avant de soupirer et d'opiner.
« Bien. Je vais militer des hommes pour les tunnels. Tu dois parler à ton père. »
« Entendu. »
Cage Wallace avait toujours vécu dans cette idéologie surréaliste que le monde au dehors était odieux et horrible, que la fin du monde était proche et que l'Eden était une véritable Arche de Noé. Aujourd'hui, il avait une notion plus terre à terre de la chose tandis que son père était embourbé dans son illusion.
C'est pensif et assis à son bureau que le trouva Niylah.
« Cage ? »
L'homme releva le visage et sourit faiblement « Je ne t'ai pas félicité pour ton Union. » lança Cage
« Oh… Merci. » sourit la jeune femme
« Parle-moi d'elle. Elle est nouvelle n'est-ce pas ? »
« Oui, elle est arrivée il y a plus d'un mois avec le groupe Nature. Une jeune femme qui a vécu des choses… horribles avec sa famille. »
« Je vois. » Cage fronça les sourcils « A-t-elle… A-t-elle parfois posé des questions ? »
« Des questions ? »
« Sur toi, sur nous, sur l'Eden. »
Niylah fronça les sourcils « Pas plus que d'habitude avec les nouveaux arrivants : juste de la curiosité pour ce nouveau lieu, ni plus ni moins. »
Cage la fixa quelques secondes, essayant de discerner un possible mensonge.
« Cage, un problème ? »
Il soupira, sourit avant de passer ses mains sur son visage « Argh, non désolé… Les temps sont durs en ce moment. »
« Cage… »
« La… La police est à nos portes. »
« La police ?! »
« Le FBI… »
« Mais… Comment ? Pourquoi ? »
« Nous n'en savons rien. Nous pensons qu'il y a une taupe parmi nous. »
« Parmi nous ? Mais c'est impossible. Nous sommes une communauté qui nous connaissons. »
« Tous sauf les nouveaux arrivants. »
« Tu… Tu penses vraiment qu'un flic se cacherait parmi eux ? Attends, tu penses qu'Eliza… »
« Non, non. Ta future femme semble être une femme gentille et faite pour toi. Aussi tordues que soient les méthodes des flics, ils ne suggéreraient pas qu'un de leur membre aille jusqu'à se marier ici pour rendre sa couverture. »
« Je l'aime beaucoup tu sais. »
« Je sais, excuse ma suspicion, mais nous sommes sur les dents. »
« Que va-t-il se passer à présent ? »
« Nous allons devoir migrer ailleurs. »
« Qu… Quoi ? Mais… »
« Je te mets dans la confidence car tu m'es proche, j'ai confiance en toi, et, bien sûr, ta femme et toi ferez partie du voyage. »
« Et pour les autres ? »
« Nous prendrons les enfants et les personnes utiles. »
« Et les autres ? »
« Ils auront la chance et le privilège d'accéder à la Cité des Lumières. Nous les choisirons parmi les plus fidèles, les plus… »
« … Stop. Cage. Je ne suis pas idiote tu sais, même si je ne sais pas vraiment comment marche l'Ascension… Je sais qu'il s'agit d'un aller sans retour, ça ne peut signifier qu'une chose. Tu ne suggère quand même pas d'envoyer une centaine de personnes à la mort, simplement par peur de quelques flics ? »
« Nous sommes innocents, et dans le plus simple terme : les gens ici sont innocents, incapables de se défendre. Si jamais les flics venaient à débouler ici… »
« Nous n'avons rien à nous reprocher, n'est-ce pas ? »
« … »
« Cage ? »
« Il y a… Il y a des choses que… Tu ne sais pas tout. »
« Mais de quoi tu parles ? »
« J'ai tenté de vous protéger, de protéger ceux qui en valaient la peine. Tu n'étais pas obligée de tout savoir. Je devais te préserver. »
« Mais de quoi tu parles ? »
« L'Eden… N'a pas toujours été ce havre de paix que tu connais aujourd'hui. Beaucoup de belles choses sont souvent nées des ruines. Comme un phénix qui renait de ses cendres. »
« Cage… »
Il leva sa main pour l'interrompre « Je ne vais pas tout te décrire en détail mais… Sache que si des gens venaient à parler… »
Niylah se figea alors « Tu comptes les sacrifier… »
« Nous n'avons pas l choix. Cela fait des années que nous jouons avec le feu, que je dis à mon père que nous devrions bouger d'ici, que nous étions des proies trop faciles, mais il s'est empêtré dans son rêve de nation unie et idéale. Il ne voit pas, il n'envisage pas les possibilités néfastes. Il est dans sa bulle, il ne se rend compte de rien. »
« Mais tu ne vas pas agir dans son dos ? »
« S'il le faut… »
« Mon Dieu, comment tout cela peut-il dégénérer aussi vite… »
« Ryce et moi allons prendre toutes les précautions nécessaires. Tu devrais prendre soin de ta nouvelle famille. J'aimerais aussi que tu m'aides. »
« A quoi ? »
« A trier ceux et celles qui pourraient nous suivre. »
« Tu es en train de me demander de te donner la liste des patients qui, du coup, auront un accès direct à la Cité des Lumières ? »
« Je sais que je t'en demande beaucoup. Et déontologiquement c'est presque illégal. Mais nous ne pouvons évacuer tout le monde. Raisonnablement, nous prendrons les enfants, les femmes en âge de procréer, et ceux qui auront une importance dans la future société. »
« Tu penses vraiment que nous pourrions tout abandonner ? Cage, cet endroit est un lieu construit depuis des décennies. Comment peux-tu croire que ton père, ou même les plus anciens, accepteront de tout rebâtir ? »
« Voilà pourquoi ils seront les premiers à toucher l'Ascension du doigt, en remerciement de leur dévotion durant toutes ces années. »
« Mais tu t'entends ? »
« Nous n'avons plus beaucoup de temps… Ryce pense que… »
« Ryce ? Mais qui commande ici ? Cage, durant toutes ces années tu t'es laissé influencé par lui, il a lentement mais surement pris les choses en main et… »
« … Stop ! Je t'ai gratifié de ce secret afin que tu ne sois pas prise au dépourvu et que toi, et ta future femme vous puissiez envisager de… »
Niylah se leva alors « Je suis médecin… J'ai fais des choses en pensant que cela entrerait dans une ligne de conduite que je suivais : aider les gens abandonnés, désœuvrés… Mais là, tu me demandes de rester silencieuse sur ça… »
« Niylah, crois-moi, pour ton bien, si jamais tu en parles… Ryce n'a pas les mêmes visées altruistes que moi, ni même l'attachement que j'ai pour certains fidèles. »
« Je vois… »
« Vous pouvez encore partir, quitter l'Eden. »
« Non, beaucoup de gens comptent sur moi, mon soutien. Je les suis depuis qu'ils sont entrés ici, et même avant. »
Cage se leva, suivit de Niylah, et posa ses mains sur les épaules de la jeune femme
« Cage, quand tout cela va-t-il commencer ? »
« Bientôt, j'en ai peur. »
Lorsqu'elle rentra tard ce soir-là, Niylah trouva une Eliza endormie dans leur lit, celui qu'elles partageaient depuis une semaine maintenant…
Elle se déshabilla et se glissa sous al couette, rejoignant silencieusement les bras de sa compagne.
« Hm… T'es bien tardive… » lança, dans un murmure Clarke
« Je sais… »
Sans plus de cérémonie, Clarke s'endormit de nouveau et Niylah ne ferma les yeux que bien plus tard, lorsque son esprit, trop fatiguée pour repenser à sa conversation avec Cage ne la laisse en paix.
Mais au réveil, l'idée que tout allait changer dans peu de temps la travaillait encore, et Clarke s'en rendit compte « Ca va pas ? »
« Hm ? Si… Non. »
« Un problème ? »
« Eliza… Si je te dis que nous allons partir d'ici, me suivrais-tu ? »
« Pardon ? Tu… Tu veux qu'on quitte l'Eden ? »
Niylah soupira, dévastée parce qu'elle s'apprêtait à dire à sa future femme « Il y a… Il va y avoir des changements dans peu de temps ici. Nous sommes susceptibles de quitter cet endroit pour un autre, tout aussi sécurisé. »
« Mais pourquoi partir ? Y'a un problème ici ? »
« Eliza… Il y a des gens qui ne comprennent pas notre façon de vivre, notre choix de s'enfermer dans une bulle. Nous sommes des marginaux incompris. Et ce qui n'est pas compris fait peur… Les curieux pensent qu'il y a un problème simplement parce qu'ils ne comprennent pas. »
« Mais de quoi tu parles ? Qui ? »
« Le monde extérieur, les autorités… »
« Les autorités ? Les flics sont là ? »
« Ils sont à nos portes oui. »
« Mais… Mais que comptent-ils faire ? »
« Nous n'en savons rien. »
« Pourquoi dis-tu qu'on doit partir ? On va aller où ? »
« Nous avons beaucoup d'autres lieux… »
« Mais enfin, nous sommes des centaines ! Et il y a plusieurs kilomètres de domaine, des vergers, des champs d'éoliennes, des commerces, des résidences… Nous allons tout abandonner ?! »
« Pour quelque chose de tout ausis bien, voire mieux. »
« Tu y crois ? Tu crois vraiment qu'on va tous pouvoir partir ? »
« Pas tous non. »
Clarke écarquilla les yeux « Non… »
« Ils n'auront pas le choix… »
« Charlotte ! »
« Elle viendra. Les enfants sont prioritaires. »
« Bon Dieu… »
« Eliza, je t'en parle parce que j'ai confiance en toit et que nous allons partager nos vies ensemble et… »
« … Je dois… Je dois… Je reviens ! »
Clarke bondit hors du lit, s'habilla prestement et quitta l'appartement sous le regard impuissant de Niylah « Eliza ! »
Sa tête bourdonnait comme jamais. Elle roula avec son vélo jusqu'à la résidence de Lexa, jeta son vélo au pied d'un bosquet et tambourina à sa porte « Ouvre ! Ouvre bordel ! »
Et à peine la porte s'entrouvrit que Clarke se glissa à l'intérieur, bousculant la jolie brune « Mais qu'est-ce qu'il te prend ? »
« On est dans la merde ! »
« Explique-toi. »
« Ils savent. Ils savent que le FBI est ici. »
« Oui ça je sais, ils font des inquisitions parmi les nouveaux. C'est étonnant qu'ils ne soient pas encore venus nous voir d'ailleurs. »
« Parce qu'ils sont occupés à autre chose ! Ils veulent partir ! »
« Partir ? De l'Eden ? »
« Niylah m'a dit qu'ils y pensaient : ils veulent prendre les enfants en priorité. »
« Pour aller où ? »
« Certainement vers un autre Eden quelque part. »
« Il sera quasiment impossible de bouger tout le monde… »
« J'ai pas l'impression que c'est leur intention. »
« Mais… Que vont-il faire des gens restants alors ? »
« L'Ascension. »
Lexa se laissa tomber sur sa chaise « Bon sang… Ils vont tous les tuer… »
« Ils vont en sauver un minimum probablement pour reconstruire par la suite. »
« On ne peut pas les laisser tuer tous ces gens. La plupart ont le cerveau totalement lavé par des années passées à l'Eden. »
« Je sais… »
« Quand ils vont commencer, nous n'aurons plus de temps. » soupira Lexa
« Est-ce… Est-ce qu'il ne serait pas judicieux de les avertir maintenant ? » lança Clarke en touchant son propre cou, signe que Lexa devait faire jouer le gadget donné par Raven.
« Je n'en sais rien. Leur venue pourrait faire accélérer les choses et précipiter le départ et les meurtres. »
« Je sais mais… Si on attend... Après tout, on ne sait pas quand ils comptent commencer. »
« Malheureusement, nous ne pouvons rien faire avant qu'ils ne montrent un signe hostile. »
Les heures suivantes défilèrent comme un film en vitesse accélérée : on ne comprenait pas les paroles, juste un bruit strident, on distinguait à peine les gens et les situations. C'est ainsi que Clarke et Lexa vécurent les événements.
Après leur entrevue, une alarme, identique à celle que l'on pouvait entendre pour les attaques sur une ville, résonna, sommant tous les habitants de l'Eden à se rendre dans l'immense amphithéâtre dans lequel ils avaient fais leur cérémonie de bienvenue. L'amphi était plein à craquer : des femmes, des enfants, des hommes, des personnes âgées. Clarke se rendit compte de l'énorme machine qu'était alors ce lieu.
Puis soudain Cage Wallace et Jonathan Ryce apparurent. »
« Ou est Dante ? » murmura Clarke à Lexa, qui haussa les épaules. Entre-temps, la jolie blonde avait cherché du regard Charlotte, mais avait échoué. Elle espérait la voir plus tard… Du moins le croyait-elle.
« Mes amis. Les temps changent. Et comme la terre continue de tourner, l'Eden aussi est en perpétuel mouvement. Nous sommes fiers de vous, de ce que vous avez accompli ici. Et beaucoup attendent ce moment avec impatience. Nous avons décidé d'en faire un jour spécial. Le jour où nos fidèles les plus dévoués vont atteindre le but d'une vie, l'Ascension. »
Des applaudissements et des hourras résonnèrent tandis que Lexa et Clarke se figèrent : c'était maintenant.
« Certains ont reçu, plus tôt dans la journée, une lettre rouge leur stipulant que l'heure était venue pour eux de franchir une étape supplémentaire. Je vais demander à ces personnes de s'avancer sur l'estrade. »
Soudain, une centaine de personnes se levèrent, à la grande surprise de Lexa et Clarke. La jolie se tourna vers sa coéquipière « On devrait le faire maintenant… Ces gens vont mourir… »
Lexa opina alors et tourna entre ses doigts le médaillon qu'elle portait, mais fronça soudain les sourcils « Un problème ? »
« Il… Il ne marche pas. »
« Peut-être parce que nous sommes au sous-sol. »
« Je vais sortir. »
« Je viens avec toi. »
« Non, reste. Je reviens. »
Clarke regarda Lexa sortir de l'amphi puis son regard fut de nouveau attiré vers l'estrade où les gens désignés entrèrent les uns après les autres dans une pièce à la lumière incandescente. Sa curiosité aurait voulu savoir ce qu'il se trouvait derrière, mais son instinct savait que rien de bon n'était derrière ces portes.
Alors, les unes après les autres, elles entrèrent dans la lumière, un sourire confiant sur le visage, emplis d'espoir d'une nouvelle vie. Mais il n'y avait que la mort. Que la mort comme compagnon.
Et Clarke se rendit compte que la plupart des personnes choisies étaient âgées ou « simples » serveurs ou avec des métiers qui pouvaient aisément être remplacés.
« Ils ont tout prévu… » soupira-t-elle
Oui, et la prochaine étape n'était ni plus ni moins que l'évacuation de l'Eden par les sous-sols de la ville, emmenant enfants et contribuables avec eux. Et lorsque toutes les personnes choisies étaient finalement entrées dans la pièce, et que les portes se refermèrent sur elles, Cage Wallace reprit la parole.
« Oui mes amis, les temps changent. Et comme beaucoup de choses précieuses, elles sont souvent recherchées. C'est pourquoi nus avons pris la décision… De quitter l'Eden pour un lieu bien mieux pour nous tous. »
Des murmures et chuchotements résonnèrent alors, preuve de l'angoisse et la peur de certains « Pas de panique. » rajouta Ryce « Tout est prêt. Et si vous vous demandez pourquoi vous n'avez pas eu accès à l'Ascension, c'est parce que nous estimons que vous avez encore beaucoup à apporter et encore plus dans notre nouvelle cité. Ne vous inquiétez pas, nous prendrons soin de vous comme nous l'avons fait jusque là. N'ayez crainte. Rentrez chez vous, rassemblez vos affaires les plus précieuses et rendez-vous dans deux heures au pied de la grande fontaine Wallace. » Ryce toucha alors son oreille, comme si quelqu'un lui parlait dans une oreillette invisible. Il sourit avant de reprendre « Ne vous inquiétez pas, ne vous inquiétez plus. Nous avons les choses en main. »
Les murmures s'intensifièrent alors et les gens se levèrent. Clarke ne voyait pas Lexa revenir, son cœur se serra alors dans sa poitrine.
Lexa sortit de l'amphi et soudain elle crut sentir son souffle revenir. Décidemment, l'impression agoraphobe qu'elle avait dans ce lieu ne pouvait être pire. Une fois qu'elle se retrouva dehors, elle ne tarda pas avant de manipuler son médaillon, juste à temps avant d'entendre un « Madame. » Elle se tourna alors et vit deux hommes assez costauds, en costume « Que faites-vous ici ? »
« Oh euh… Je me sentais mal… J'étouffais en bas. » sourit-elle
« Veuillez nous suivre je vous prie. »
« Mais pourquoi ? »
« Madame… »
Lexa se crispa mais se laissa faire lorsqu'ils lui attrapèrent chacun un bras pour l'emmener ailleurs.
Lorsque Clarke, et les autres sortirent, elle ne trouva pas la belle brune « Lexa… »
Elle fut trainée non pas dans un bureau comme elle l'aurait espéré, mais dans un hangar qui servait de réserve à grains, sorte de grange recluse en marge de la petite ville qu'était l'Eden. Sans ménagement, elle fut jetée au sol et les hommes lui attachèrent les mains au dessus de la tête sur un crochet d'attelage « Mais qu'est-ce que vous faites ? Hey ! »
Mais ce fut silencieusement qu'ils disparurent, refermant la double porte derrière eux, laissant Lexa seule dans une quasi obscurité « Et merde… » soupira-t-elle
Ce ne fut qu'une dizaine de minutes plus tard que les portes s'ouvrirent de nouveau, laissant apparaitre la silhouette d'un homme qui, lorsqu'il approcha, se dessina comme…
« Ryce ? »
L'homme sourit et s'accroupit, veillant à ne pas tâcher de terre, son costume bleu foncé « Hm ravie que vous sachiez qui je suis. Vous savez donc à quel point je sais ce que je veux et comment je peux l'obtenir. »
« De quoi vous parlez ? »
Il sourit de plus belle « Quel beau numéro d'actrice vous faites là… Cher agent du FBI. »
Clarke paniquait : elle n'avait trouvé ni Lexa ni Charlotte. Et lorsqu'elle rentra chez elle, elle trouva Niylah, finissant un sac « Tu es enfin là ! »
« Tu… Tu as vu Alycia ? Et Charlotte ? »
« Je suppose que Charlotte est prise en charge par ses parents… Quant à ton amie… Elle est probablement chez elle à faire ce que tu devrais faire aussi. »
« Non, non, je suis passée chez elle, elle n'y est pas. » paniqua Clarke
« Hey, du calme… Qu'est-ce qu'il t'arrive ? »
« JE LA TROUVE PAS ! » hurla bientôt la jolie blonde, perdant peu à peu ses moyens et sa patience
« Mai qu'est-ce qu'il t'arrive Eliza ? »
Clarke la fixa alors et la prit par les épaules « Niylah… Il faut que… »
Soudain des cris retentirent au dehors, et des coups, comme des pétards, résonnèrent.
« Qu'est-ce que c'est ? »
Niylah sortit et vit la panique dans les rues : les gens couraient, hurlaient, certains criaient que c'était la guerre. Et soudain, des coups de feu résonnèrent, des grenades semblaient être lancées par delà les murs.
« Mon Dieu… »
« Niylah ! » La jeune femme se tourna vers Clarke « J'ai… Je dois t'avouer quelque chose… »
« Il faut qu'on parte Eliza. »
« Non, écoute je… Je ne suis pas celle que tu crois. »
Niylah se figea « Eliza ? »
« Je… Je tiens à toi, vraiment et crois-moi dans d'autres circonstances peut-être que… »
« C'est toi… »
« Quoi ? »
« La taupe, c'est toi ? Non, non, non… Je… On devait s'unir, tu m'as dis ces choses, j'ai… »
« Niylah regarde moi. »
Mais lorsqu'elle posa ses mains sur elle, Niylah s'en défit violemment « Tu m'as menti ! »
« Je n'ai pas eu le choix… »
« Bien sûr que si ! »
« Je devais infiltrer l'Eden. »
« … »
« Niylah, aide-moi. »
« C'est toi qui a fait ça. C'est toi qui a provoqué tout ça. Les gens sont en panique. »
« Je… »
« Tu m'as menti, tu m'as menti depuis le début. »
« Pas sur tout, je te l'assure. »
« Nous devions nous unir… Tu étais prête à faire ça pour ta mission ! »
« … »
« Tu ne m'aimes pas… Tu ne m'as jamais aimé. »
« Non, c'est faux je tiens à toi. »
« Mais tu ne m'aimes pas. »
« … »
« Mon Dieu, j'ai cru en toi… »
« Et tu pourrais encore ! J'ai besoin de toi, il faut que tu retrouves Charlotte pour moi, mets-là à l'abri… »
« Pourquoi ? Pour que tu puisses coffrer Ryce et les Wallace ? »
« Ce qu'ils font n'est pas bien, et tu le sais. »
« Non, ils ont un idéal. »
« Ils ont tué des centaines de gens en un claquement de doigt ! Comment tu peux accepter ça ? »
« … »
« Je sais que tout partait d'un bon sentiment, qu'ils voulaient aider, que tu voulais aider. Mais regarde aujourd'hui, tout est incontrôlable. Ryce se prend pour Dieu. Il tire les ficelles depuis le début. Il vient probablement de tuer des centaines de gens, et il n'hésiterait pas à en tuer d'autres si ces dernières menaçaient sa liberté. Parce qu'il s'agit de ça. La seule raison pour laquelle il les a tués, c'est qu'il avait peur qu'ils soient des témoins gênants. »
« Eliza… »
« Je t'en prie. » Elle s'approcha et encercla le visage de Niylah entre ses mains « Tu dois me croire quand je te dis que je tiens sincèrement à toi. »
« … »
« Je sais que tu es foncièrement bonne. Aide-moi… Aide-moi à sauver ses gens. »
Niylah plongea son regard dans le bleu de ceux de Clarke et soupira.
« Vous entendez ? Ce sont les sirènes de l'apocalypse… »
« Vous êtes dérangé… »
Ryce gloussa alors « Ah vraiment ? Comme par hasard lorsque le grand jour de l'Ascension arrive, les flics sont à nos portes. Etrange hein… »
« Vous êtes parano ! »
« Je suis visionnaire. Et j'ai aussi la forte impression que vous n'êtes pas celle que vous prétendez… Miss Carey. »
« … »
Il s'approcha et attrapa avec violence le menton de Lexa pour tourner son visage à quelques centimètres du sien « Ils ne vont plus tarder, mais il me reste encore un moment avant qu'ils ne puissent franchir ces murs. »
« Qu'est-ce que vous voulez ?! »
« Tu n'étais pas seule n'est-ce pas ? Ou est-elle ? »
« Qui ça ? »
« La blonde, dont le nom m'échappe. Je m'en souviens maintenant. Vous prétendiez vous connaitre de la rue… Mais les choses sont plus claires à présent… Il n'y avait pas une mais deux taupes… Petites malines. Ils ont surement pensé que des femmes attireraient moins l'attention… Ils avaient raison. Nous ne nous doutions de rien. »
« Vous êtes fou, je ne vois absolument pas… »
« Vous continuez de nier, c'est inutile. C'est fini. Et lorsque les flics auront passé les portes, je ne serais plus là, et vous, vous serez morte. »
« … »
Il sortit de sa ceinture un couteau à cran d'arrêt « Nous allons nous amuser un peu… »
Niylah courait comme si sa vie en dépendait. Elle se dirigea d'abord vers la demeure de Charlotte, persuadée que sa famille d'accueil y serait encore. Quel ne fut pas sous soulagement lorsqu'elle les vit sortir en trombe de leur maison, valises en main.
« Charlotte ! »
La petite, visiblement perdue et paniquée, se tourna alors et tomba dans les bras de la jeune femme « Niylah ! Je… Qu'est-ce qui se passe ?! »
« Rien, tout va bien, il faut que tu viennes avec moi. » Elle se tourna vers le couple « Je prends le relais. »
Helen se posa près de Charlotte et lui déposa un baiser sur le front « Bonne chance mon enfant. »
« Suis-moi, tu dois rester avec moi. »
« Mais… »
« Eliza me l'a demandé. »
« Ou est-elle ? Ou est Eliza ? »
Niylah déglutit alors et son cœur se serra « En sécurité…. J'espère. »
Clarke n'avait plus porté d'arme depuis plus d'un mois; Celle que Niylah gardait dans son coffre était plus légère que la sienne, mais pourtant semblait si lourde. Elle avait presque perdu cette sensation, ce poids dans sa main. Elle se dirigea vers les bureaux des dirigeants. Si quelqu'un pouvait répondre à sa question, ça ne pouvait être qu'eux.
Sur le chemin une grenade explosa au pied d'une résidence qui explosa littéralement à coté d'elle, projetant sur elle des centaines de débris qui l'assommèrent. Lorsqu'elle se releva, elle était à moitié sonnée et elle put sentir quelque chose de chaud coller sur son œil droit. Elle reprit ses esprits, et continua sa route, zigzaguant entre les gens en panique et les débris un peu partout.
Elle se rua dans le bureau de Dante Wallace et lorsqu'elle ouvrit la porte avec fracas, ce ne fut que pour découvrir le cadavre du vieil homme, le corps affalé sur son bureau, une tâche rouge écarlate à sa tempe. Suicide ou meurtre, peu importait… Il ne lui serait plus d'aucune utilité. Elle sortit alors et tambourina à chacune des portes jusqu'à arriver à celle de Cage Wallace. Lorsqu'elle y entra, ce dernier était en train de vider le contenu de son coffre fort dans un mallette. Elle dirigea instantanément son arme vers lui.
« Wallace ! »
Il se tourna alors mais ne prit même pas la peine de mettre les mains en l'air « Sérieusement ? J'espère que Niylah n'était pas dans le coup… »
« Elle ne savait rien. »
« Et bien, il faut croire que les flics sont prêts à tout de nos jours pour obtenir des infos… Ou est-elle ? »
« La ferme, c'est vous qui allez répondre à mes questions. »
« A vraiment ? Vous croyez que je n'ai plus rien à perdre ? J'ai tué mon propre père. »
Clarke se figea alors mais garda son arme à hauteur de la poitrine de Cage « Ou est-elle ? »
« Qui ça ? »
« Lex…. Alycia Carey. »
« Je ne sais absolument pas de quoi, ou de sui, vous parlez. » sourit-il
Son crâne tambourinait et le mince filet de sang qui coulait de son front en menaçant son œil droit commençait à sécher. Cela faisait plus d'un mois qu'elle n'avait pas tenu une arme dans ses mains, et celle qu'elle serrait dans sa main gauche semblait lourde, trop lourde… Pourtant, elle ne devait pas lâcher, elle devait tenir bon.
« Je répète une dernière fois : où est-elle ? »
Cage ne semblait ne pas avoir peur : droit comme un « i », les lèvres pincées par la tension entre lui et elle braquant une arme vers lui. Il était silencieux, peut-être valait-il mieux l'être.
« Ou est-elle ?! » cria-t-elle une dernière fois, sa patience mise à rude épreuve.
Elle ne voulait pas montrer son stress, elle ne voulait pas montrer sa nervosité. Sa main tremblait légèrement, son arme vibrant… Le savait-il ? Voyait-il sa peur ? Elle était fébrile. Toutes ces semaines et tout s'était accéléré en une fraction de seconde.
Elle l'avait perdu de vue et la voilà à présent dans ce bureau, pointant une arme à feu devant cet homme qui avait changé la vie de tant d'hommes et de femmes. Il serait si facile d'appuyer sur la gâchette et d'en finir avec toute cette histoire. Mais si elle faisait ça, elle la perdrait… Et le temps jouait contre elle.
Mais soudain, Cage glissa sa main dans un tiroir déjà ouvert. La scène se passa en quelques secondes, tout se bousculait dans sa tête : que devait-elle faire… Soudain, un coup de feu retentit, un corps s'écroula lourdement au sol.
Sans s'en rendre compte, elle avait fermé un millième de secondes ses yeux pour les rouvrir sur le corps inerte de Cage.
« Et merde ! »
Elle s'agenouilla à ses cotés, tapant son pouls pour constater la mort, puis se releva : ou chercher ? Que faire ? Une nouvelle détonation résonna et lorsqu'elle sortit, elle vit les portes de la cité ouverte et des agents entrer. C'était fini, mais elle n'avait aucune nouvelle de Lexa.
Sa nervosité redoubla lorsqu'en quelques secondes un grondement immense, faisant trembler le sol, se fit sentir. Puis une colonne de fumée s'échappa de l'amphithéâtre, suivie par des cris et hurlements.
« Charlotte… »
Niylah tenait fermement la main de la petite. Elle savait par où sortir, Cage lui avait parlé des souterrains et tunnels creusés avant la guerre. Et tandis que la majorité des habitants de l'Eden s'y engouffrait, elle soupira d'aie en voyant les agents des Wallace, aidés les gens à sortir par cette issue.
« Allez-y, vite ! »
« Elle se tourna une dernière fois vers ce qui fut son lieu de vie depuis des années, son cœur se serra, une nostalgie douloureuse s'empara d'elle. Puis un énorme bruit résonna, signe que les portes avaient cédé. Elle fut pressée par la foule, ne lâchant pas une seule fois la main de Charlotte quand soudain, le sol trembla et des cris résonnèrent. Elle regarda au loin, tandis qu'elle et bien d'autres s'engouffraient dans les tunnels. De la fumée soudain envahit le tunnel et les poutres s'effondrèrent.
« Charlotte, attention ! »
« Niyl… »
La fumée, les cris, les gémissements envahirent les lieux… Puis le silence.
« Alors… Vas-tu enfin avouer ? A quoi cela sert-il de le nier ? »
Lexa suffoquait : Ryce s'était amusée à lui lacérer la peau sur les avant-bras, les cuisses et les mollets. Il déboutonna avec une lenteur sadique, son chemisier « Dommage de devoir abîmer un tel corps… Quel gâchis. »
« Salaud ! »
Ryce sourit « Elle perd enfin son sang-froid. Crois-moi, ils n'auront pas le temps de venir t'aider… »
« A quoi ça servirait de me tuer ? Tout est fini Ryce ! »
« Certes. A près tout, j'en ais tué des centaines… Alors une de plus… »
« … »
« Que vois-je ? Enfin une lueur de peur dans tes yeux ? »
« Vous êtes dingue… Tout est fini. La meilleure chose que vous ayez à faire c'est de vous tirer une balle tout de suite. »
« Oh ma chère, vous me peinez. Croyez-vous sincèrement que la justice pourrait m'arrêter ? Je serais libre avant même que vous ayez récupéré votre insigne. En attendant, ma patience à des limites… »
Il planta son couteau au sol et surplomba Lexa. Il lui prit son visage avant de lui coller une belle droite, puis une autre… Un mince filet de sang s'échappa de sa narine droite, puis de sa lèvre, fendue par l'impact de la chevalière de Ryce sur sa bouche.
« Ca ne changera rien, mais ça soulage. » gloussa-t-il « Vous paierez… Vous paierez croyez-moi. »
Puis soudain, une explosion retentit, coupant l'élan de Ryce « C'est l'heure je crois. »
Il s'éloigna, reprit son couteau et le pointa vers Lexa « Nous n'en avons pas fini nous deux… »
Puis il courut vers la sortie, laissa une Lexa affaiblie, dont la respiration douloureuse provoquait des radiations dans ses côtes, probablement cassées.
Chacune des coupures la brulait, ses bras toujours suspendues, étaient engourdies… Elle avait envie de dormir, tellement envie de dormir… Elle ferma alors les yeux, se laissant emporter par cette douce sensation lorsqu'on glisse vers le sommeil… Un sommeil profond, très profond, trop profond.
Les coups de feu résonnaient au loin, les cris et les hurlements s'élevaient, mais dans cette grange, le silence régnait.
TBC
