Échapper au passé
Il fallait que je parte le plus rapidement possible. Je sais, c'est lâche de ma part, mais c'est le seul moyen que mon esprit a trouvé pour ne pas affronter le monde, pour ne pas les affronter. Une partie de mon secret était désormais découvert au grand jour et il ne fallait absolument pas qu'ils découvrent toute la vérité sur moi. Dès que je pénétrai dans le bungalow, je m'empressai de prendre un sac que j'avais déjà rempli du stock nécessaire si je me devais de fuir comme ce soir. Il y avait tout ce dont j'avais besoin : nourriture, argent et vêtements de rechange. Je me changeai rapidement et troquai mes shorts pour une paire de pantalons foncés et mon t-shirt de la colonie pour un chandail à manche longue noir. J'enfilai mon éternelle veste en cuir et me dirigeai vers la sortie. Enfin, essayai de me diriger vers la sortie parce que plusieurs personnes se tenaient déjà devant, me bloquant par le fait même le passage. Les Sept. Et accessoirement Calypso qui essayait de leur parler, de leur expliquer la situation. Elle se tut lorsque le regard de Percy se posa sur moi et sa mâchoire se serra. J'analysai rapidement la situation et parvins à la conclusion que théoriquement je n'avais aucune échappatoire. Théoriquement, je devrais répondre à leur petit interrogatoire forcé. Cependant, rien ne m'empêchait de faire ce pour quoi j'ai été entraînée toute ma vie. Mentir. Je relaxai mes muscles et attendis qu'il commence. Annabeth se tenait à sa droite et Jason à sa gauche. Les quatre autres restaient plus en retrait derrière alors que Calypso se tenait face au groupe. C'était comme si elle jouait l'arbitre dans le combat de regard que j'avais avec le fils de Poséidon. Elle ne voulait pas que la situation dégénère, sachant pertinemment ce dont je suis capable. Les questions ne tardèrent pas à fuser.
-Qu'est-ce qui vient de se passer ? C'était quoi cette merde au feu de camp ?
-Pourquoi l'Oracle a dit « fille de Titan » ?
Ils avaient tous quelque chose à dire et chacune de leurs paroles se perdit dans leur brouhaha incessant. Ils n'arrêtèrent que lorsque je me mis à rire. Ils me regardèrent comme si j'étais une absolue étrangère, ce qui n'est pas si faux que ça.
-Non, mais tu vas nous dire ce qui se passe bordel ?
Je séchai mes larmes imaginaires et mon regard froid se bloqua sur le sien emplit de questionnement.
-Pourquoi je le ferais ? Je vous dois aucune explication parce que ce qui se passe présentement ne vous regarde en aucun cas, dis-je toute trace de gentillesse effacée de ma voix.
-Alesia, je t'en prie, commença Calypso. Il faut leur expliquer, ils ont le droit de savoir même si ce n'est qu'une toute petite partie de la vérité.
-Non ! criai-je la prenant par surprise.
Elle recula à l'entente du ton de ma voix. Je la fixai et repris la parole, cette fois-ci d'un ton plus calme et détendu. On m'avait toujours appris que pour bien manipuler des créatures ou êtres mythologiques il fallait toujours avoir l'air relaxé, assuré. S'il y a une chose que j'ai retenue au cours de ma vie, c'est bien cela.
-S'il-te-plaît, Calypso, ne t'en mêle pas. Ce n'est pas une histoire où tout peut se régler par de simples paroles. Il faut agir et tu le sais.
Je me tournai complètement vers elle. Nos spectateurs regardaient cet échange d'un œil curieux et tendu. Jason fronça les sourcils à mes paroles. Il changea de position et se rapprocha de la fille d'Atlas.
-Rester ici ne sert à rien. Il faut que je parte et tu dois me laisser le faire. Il ne faut pas qu'ils soient mêlés à cette histoire. Tu sais qu'ils ne font pas le poids cette fois-ci. Me douterais-tu ? Douterais-tu de mes capacités, de ma détermination ?
-Non… Non ! Je… Je ne doute pas de toi, mais ils pourraient t'aider, te soutenir ! Je ne veux pas que tu traverses tout cela seule, répondit-elle.
-Calypso, elle détourna la tête, tu sais très bien qu'aucun d'eux n'est de taille.
La voilà, cette phrase qu'aucune de nous deux ne voulait prononcer. Le regard d'incompréhension des héros revint à la charge alors qu'ils s'apprêtaient à me réattaquer avec leurs questions inutiles. Les yeux de Léo n'avaient pas arrêté de sauter entre nous deux pendant notre échange. Il était nerveux. Je crois qu'il sentait qu'il y avait quelque chose de beaucoup plus compliqué que ce qui s'était passé au feu de camp et il avait peur. Il avait peur pour Calypso qui se tenait en barrière protectrice devant les demi-dieux et il avait peur de ce qui pourrait arriver si on ne me laissait pas. Il est définitivement plus brillant que ce que j'avais pensé au début. Frank secoua sa tête.
-Comment veux-tu qu'on te laisse partir comme ça ? Même si tu as une mission ou… ou je ne sais pas quoi à faire, si tu es liée de n'importe quelle manière aux titans, tu es dangereuse pour nous tous.
-Ne sommes-nous pas tous liés aux titans dans ce bas monde ? ris-je.
Personne n'a ri.
-Écoutez… Je n'ai aucunement envie de vous forcer à me laisser tranquille, mais si je dois le faire, je vais le faire. Je me fiche de qu'est-ce que vous pouvez penser et de quoi vous êtes capable…
Un bruit métallique se fit entendre et je sentis le poids de mon épée dans ma main.
-… j'ai été entraînée pour tuer et je ne me gênerai pas pour le faire.
La tension du groupe était palpable depuis que j'avais dégainé mon arme. L'air était devenu électrique, chacun de nous étant prêt à déclencher des éclairs contre l'autre. Je n'avais pas l'intention de les blesser, loin de là, mais je savais au plus profond de moi que je devrais le faire. Si ce n'était pas aujourd'hui, ce serait un autre jour. Et si ce n'était pas moi, alors quelqu'un d'autre avec de moins bonnes intentions en tête pourrait les blesser plus mortellement que je le voudrais. Au loin retentissaient les cris et exclamations incessantes des autres campeurs qui se rapprochaient de plus en plus de l'endroit où nous nous trouvions pour notre petite réunion de conseil d'administration. L'urgence de partir se faisait ressentir dans tout mon corps et dans mon esprit. Je devais partir le plus vite possible. J'abaissai ma lame et m'adressai à l'ancienne immortelle.
-Il faut que je parte maintenant sinon ce sera trop tard.
-Non, commença Percy, tu dois nous…
-D'accord ! le coupai-je exaspérée en levant les yeux au ciel. Je vous dirai tout, mais pas ici et surtout, mais surtout pas maintenant. Alors si vous voulez savoir, vous allez devoir me suivre et je pars maintenant alors bougez-vous le cul.
Ils restèrent figés sur place alors que je prenais une nouvelle fois mon sac et me dirigeai vers la sortie. Je m'empressai de rejoindre les bois près de la frontière de la Colonie rapidement talonnée par quatre autres personnes. Je me retournai brièvement dans ma course et vit que Percy, Annabeth, Frank et Piper m'avait rejoint. Je serai donc chaperonnée par eux. Cool. Nous arrivâmes finalement à la frontière et je sortis un sifflet de mes poches de veste. Je sifflai et un char apparut devant nous. C'était une magnifique Impala '67 que j'avais volée à Apollon deux ans auparavant. Piper siffla à la vue de la voiture et hocha de la tête en appréciation. Annabeth entra la première et s'assit sur le siège passager alors que Percy choisit celui juste derrière elle. Frank regarda l'espace du milieu et soupira avant de s'installer en tentant de placer ses jambes confortablement. Je me plaçai rapidement derrière le volant alors que la fille d'Aphrodite me posait des questions sur mon Impala ainsi que sur son rendement et sa consommation d'essence.
-Elle est actuellement électrique. Je l'ai modifiée après l'avoir volée parce que tu sais ici on est seulement pour la conservation de la planète pour qu'elle ne pète pas au frette dans trois ans !
-Attend… Tu l'as AAH !
Je ne lui laissai pas le temps de terminer sa question que je démarrais le moteur et enfonçais l'accélérateur. Pas de temps pour des formalités. Je nous sortis rapidement de la forêt et tout le monde se relaxa et s'installa confortablement dans leurs sièges. Puis, Percy sauta et regarda Annabeth complètement paniqué. Ils n'avaient rien apporté avec eux et n'étaient pas du tout préparés pour ce qui allait se passer dans les prochains jours. Je les rassurai en les informant que le coffre de la voiture pouvait faire apparaître ce dont on avait besoin tant que ce sont des choses nécessaires à notre survie. Il y eut un silence gênant pendant plusieurs minutes pendant lesquelles je me concentrai sur la route et mes trois bagages imposés regardaient autour d'eux et m'évitaient du regard. Annabeth trouva un manuel « d'instruction » dans un compartiment et fit mine de le lire avec un très grand intérêt, Piper se mit à siffler pendant quelque seconde et Percy se contenta de jouer avec la vitre avant que la blonde ne l'arrête d'un regard. Frank s'interposa dans le silence.
-Tu pourrais nous dire où on…
-J'ai faim, coupa Percy. Genre vraiment faim. Toute cette action m'a vraiment affam…
-Ta gueule Percy, répondit Piper.
La question fut rapidement oubliée. Nous dépassâmes New York rapidement et nous nous arrêtâmes après avoir passé la frontière du New Jersey parce que mes compagnons d'infortune sont moins résistants que moi à l'appel de la nature. Bon… Je dois avouer quand fait je me suis ennuyée rapidement et lui a répondu. Juste parce que je m'ennuyais toute seule… Absolument… Je fis ce que j'avais à faire et j'allai dans le dépanneur connecté aux toilettes. Je regardai les étalages et pris quelques items avant de me diriger vers le comptoir pour payer. Les autres me rejoignirent assez vite et prirent eux aussi quelques trucs avant que je paye.
Nous allions sortir quand je sentis quelque chose qui n'allait pas. J'augmentai mon rythme de marche et empressai les demi-dieux d'en faire de même. Juste au moment où Frank passait la porte du dépanneur, un autre homme plus petit le retint par le bras. Le fils de Mars lui demanda plusieurs fois de le lâcher poliment, mais rien ne le fit bouger. Il ne le laissa pas aller et renforça sa poigne sur lui. Normalement, n'importe quelle personne avec un tant soit peu de bon gros sens n'aurait même pas pensé essayer de retenir ce colosse de muscle et de politesse. Cela ne pouvait que dire que ce n'était en fait pas une personne, mais plutôt une chose qui ne veut certainement pas nous vendre de la barbe à papa comme j'aurais tant souhaité. J'eus la confirmation de mes soupçons quand l'inconnu ouvrit la bouche et qu'une langue de serpent en sortit. Frank recula brusquement et tenta violemment de se détacher du monstre. Cependant, celui-ci se mit à se retransformer en sa véritable forme et brûla son prisonnier. Percy fut le premier à aider le Romain, suivit par les deux filles. Quant à moi, mon premier réflexe fut d'essayer de juste partir et de les abandonner à leur sort, mais après y avoir pensé une deuxième fois, je sortis mon épée et me joignis à eux et attaquai à mon tour la créature.
-Ne le touchez pas ! criai-je en arrêtant la main d'Annabeth. Il va vous brûler !
L'hybride reptile-homme tenta à quelques reprises d'attraper Percy qui essayait de le distraire pendant que j'abaissais mon arme contre son bras. Il lâcha brutalement Frank et l'envoya promener plus loin. Il mit sa main sur sa blessure et se dirigea vers la voiture après que Piper lui ait ordonné. Je n'avais pas réussi à le couper complètement, mais il était assez blessé pour devenir furieux et diriger toute son attention sur moi. Je fis tournoyer ma lame alors que le monstre s'avançait vers moi. Je regardai rapidement mes alliés et nous nous sommes silencieusement mis d'accord sur un plan d'attaque.
-HEY STUPIDE WALMART VERSION DE NAGINI ! REGARDE-MOI CONNARD ! cria Piper.
Il se retourna et sembla encore plus en colère. On dirait que quelqu'un n'aime pas Harry Potter et ça ne fonctionne pas avec moi. On aime Harry Potter sous ce toit. La Grecque sourit alors que Percy et la blonde le démembraient d'un seul coup chacun pendant que je le décapitais. Ses restes se transformèrent en poussière et il retourna dans les confins du Tartare. Nous rangeâmes nos armes et courûmes jusqu'à la Chevrolet où le fils de Mars nous attendait. Il avait ouvert le coffre et avait découvert ses magnifiques propriétés. Frank avait soigné du mieux qu'il pouvait sa blessure et nous repartîmes rapidement sur notre route.
-Tu sais, commença la fille d'Athéna, tu nous as jamais dit où nous allions.
Je souris. La première pancarte annonçant la frontière canado-américaine apparue dans mon champ de vision.
-Vers le nord.
