Thème de 23h : Fin.

Bonne lecture !

Papier à cigarettes

Un toc-toc dans le noir, le bruit des pas.

C'est tout ce qu'il lui faut, ça lui suffit, pour se briser encore un peu.

Les morceaux de verre recollés au scotch (sans glaçon) se désolidariseront bientôt à nouveau.

Il cherche un silence qui ne lui appartient plus.

Il y a trop de choses dans cette histoire, trop d'éléments trop fragiles, trop de violence et trop de « trop ».

Il y a les coups, un soir d'orage, qui résonnent avec la pluie et le sifflement de la bouilloire.

Il y a leur amour, leurs silences secrets et les secrets de leurs silences.

Il y a les mots jetés à l'oreille d'un sourd, qui déchirent les tympans et arrachent le cœur.

Nique ta mère !

Il y a le calme des matins d'été quand la Vanité sommeille encore, le bruissement des feuilles.

Dégage!

Il y a le goût du café glacé (mêlé à celui du sang) des lendemains de dispute, quand on n'a pas dormi.

Enfoiré d'orphelin ukrainien !

Il y a le bruit de la clé dans la porte, quand le Vent rentre à la maison.

Fils de lâche !

Il y a son visage tuméfié et ses doigts tremblants, son regard perdu.

Gamin des rues !

Il y a les yeux jaunes qui le fixent, il y a les cernes noires sous le jaune.

Rital à la ramasse !

Il y a les excuses tendres, les baisers dans les cheveux.

T'as toujours été aussi con ?

Il y a du Édith Piaf en fond sonore, et la vaisselle de faite (et des assiettes cassées)

Va chercher un boulot, avant de parler !

Il y a les échos de la veille, la douleur, la jambe qui peine à se poser, il y a son désespoir, son envie d'en finir pour de bon, de le balancer pas la porte, de le foutre à la fenêtre, il y a sa détermination.

Merde alors, je croyais que quand on avait pas de parent, on devenait pas aussi con que ses vieux.

Il y a ce qu'il n'en peut plus, il y a sa conviction.

Ta gueule !

Il y a les injures et les mots doux, il y a le souvenir.

J'me trompais. Mais d'où tu la tiens, ta connerie ?

Il y a la colère.

Tu vas la fermer, oui ?

Il y a son œil au beurre noir, il y a sa dent cassée, sa lèvre fendue, il y a ses cheveux arrachés. Il y a sa résolution d'arrêter, sa résolution …

Mais c'est moi le plus con pas vrai, enfoiré d'immigré ? Puisque …

Sa résolution, à laquelle il s'accroche …

j'ai bien pu tomber amoureux d'un con pareil.

Sa résolution fine comme du papier à cigarette.

Il y a trop de choses, ici, pour pouvoir tout comprendre d'un coup. Les injures et les blessures, les mots glissés à l'oreille, Tu n'en vaux pas la peine ou Je t'aime, rien que des mots.

Il y a la conviction que cette fois, le Vent délogera la Vanité, que Ventus sera à nouveau bien, qu'il sera à nouveau libre. Il y a cette détermination fébrile inébranlable et fragile et fine comme le papier des clopes de Vanitas.

Et ce fin papier ce fin fil d'équilibre du Vent Vanitas le fume sans vergogne, le brise. Comme sa bouche aspire sur le tube à cancer, ses baisers consument chaque pensée du blond. Comme ses doigts roulent le papier fin il entube Ventus de tout son amour. Comme il l'allume, il l'allume.

Un toc-toc dans le noir, le bruit des pas.

Ventus se sent con d'ouvrir ce matin, il enrage de sa résolution, il en peut plus d'être cette putain de feuille qui finira bientôt en cendres.

Mais il y a le café glacé, les oiseaux et les arbres. Alors tant pis s'il est aussi fin que du du papier-clope.

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Voilà, dites-moi ce que vous en avez pensé !