Bonjour à tous.

Tout d'abord, j'aimerais m'excuser pour cette longue attente avant que je ne poste mon second chapitre.

Lorsque j'ai décidé de publier cette fanfiction, j'avais une dizaine de chapitres d'avance. Sauf que mon perfectionnisme maladif étant ce qu'il est, à la correction du second chapitre, j'ai décidé de tout réécrire. Et je vous avoue que malgré tout… Je ne suis pas satisfaite de ce chapitre.

Néanmoins, je vais faire un effort pour l'anniversaire de nos chers jumeaux.

Voici donc le chapitre deux. ^^

En espérant que le trois arrive plus rapidement.


Disclaimer :

L'univers et les personnages de St Seiya ne m'appartiennent pas. Ils sont la propriété de Masami Kurumada, la Toei et la Shueisha.

Les personnages originaux de cette fanfic m'appartiennent.

L'image de couverture appartient à Sakino Saku 茶久人

Merci à Elann pour la correction.

Merci à Horod et à SanTanaka pour leur aide et leurs conseils.

Warning :

Le rating est M pour la violence de certains passages et de certaines actions.

Description d'événements physiquement et psychologiquement difficiles subits par des enfants en bas âge.


Il était encore beaucoup trop tôt à son goût lorsque Saga sentit quelqu'un le secouer dans son sommeil.

Il ne répondit à la sollicitation que par une vague plainte avant de chercher par réflexe la chaleur de son frère. L'exercice, pourtant habituel, se révéla anormalement difficile. Ses membres étaient si lourds qu'il avait du mal à bouger.

Lourds… et douloureux.

C'est cette douleur qui, plus efficacement que le contact inconnu, commença à le sortir des bras si accueillants de Morphée.

De toute sa courte vie, son corps ne lui avait jamais fait aussi mal. Mais il était encore tellement fatigué…

Il y eu une nouvelle secousse, plus sèche. Et cette fois la plainte qu'elle lui tira était clairement teintée de reproche. Il ne voulait pas bouger ! Il avait mal et il voulait encore dormir !

Il accepta néanmoins d'ouvrir les yeux, prêt qu'il était à se plaindre et à pleurer pour exprimer son désaccord face à ce traitement si rude.

Il vit tout d'abord Kanon tout contre lui, encore profondément endormi.

Ça, c'était normal.

Puis il remarqua la main adulte, forte, fripée, qui secouait son jumeau comme lui précédemment. C'était une main comme celle d'une vieille personne, mais beaucoup plus massive, plus forte, et moins affectueuse.

Ça, ce n'était pas habituel.

Son regard suivit le bras relié à cette main, pour trouver un visage complètement inconnu. Un homme âgé, dégageant encore force et sévérité, et qui portait d'étranges vêtements que Saga n'avait vus que lors de spectacles dans des ruines ou des foires où les emmenaient parfois leurs parents.

Le regard du vieil homme croisa le sien, et il entendit son jumeau se plaindre lui aussi contre le traitement qui lui était fait.

Il n'aimait pas la situation. Il ne connaissait pas ce grand-père. Et même s'il était épuisé, il abandonna l'idée de se rendormir, méfiant et peu décidé à retomber dans l'inconscience avec un inconnu dans leur chambre.

Mais c'est alors qu'il réalisa qu'ils ne se trouvaient pas dans leur chambre… Ni dans la chambre de l'orphelinat. Le lit était trop grand, les murs étaient taillés dans de grosses pierres massives, le sol était dallé d'une pierre blanche et froide.

Saga ne connaissait clairement rien de cet endroit.

Maintenant parfaitement alerte, il s'éloigna de la chaleur protectrice de son frère pour s'étirer, et le regretta aussitôt. Une vive douleur traversa ses jambes alors que ses muscles se tétanisèrent. Il ne s'agissait ni plus ni moins que d'une crampe, mais il ne savait pas encore ce que c'était à son jeune âge. Tout ce qu'il savait, c'est que ça faisait très mal, alors il pleura, et alors il se souvint.

De l'orphelinat, de la discussion entre adultes qu'ils avaient surprise, de leur fuite, de la femme à la lueur doré. Il se remémora qu'elle leur avait dit qu'ils devaient être forts, et que s'ils la suivaient, ils ne devraient plus pleurer… Mais la digue avait cédé. L'expérience de la veille, la fatigue, la douleur, la perte de repères étaient une charge trop lourde à porter pour lui. Il continua de sangloter, ce qui acheva de réveiller Kanon qui se crispa lui aussi de douleurs lorsque ses jambes se tétanisèrent et pleura à son tour.

Un soupir fut pour un temps la seule réponse du vieil homme, qui les laissa geindre patiemment, sans aucune autre réaction.

Plus tard, ils comprendraient qu'il ne pouvait pas les consoler pour si peu. Pas alors qu'ils aspiraient à devenir Chevaliers. Ils comprendraient qu'il leur laissait l'occasion qui se ferait ensuite bien trop rare d'évacuer leurs angoisses, leur fatigue et leur douleur. Mais sur l'instant, les deux garçons prirent cela pour une cruelle indifférence et un abandon complet, et pleurèrent de plus belle.

Un long moment passa, les jumeaux finissant par doucement se calmer. Alors le vieillard bougea enfin. Doucement mais fermement, il attira un des deux garçons et le posa au sol.

L'enfant se plaignit, tangua quelque peu, mais finit par réussir à tenir debout, serrant les dents pour résister à l'envie de se rasseoir aussitôt, trouvant la main de son frère dès que ce dernier fut au sol.

Pour la première fois, l'ancien eut un sourire et leur passa une main presque affectueuse dans les cheveux. Il se dirigea alors vers l'armoire qui constituait un des rares meubles de la pièce, dont l'agencement était des plus spartiates, et en tira ce qui semblait être des vêtements. Il sortit ensuite de la salle, faisant signe aux deux frères de le suivre en silence.

L'endroit où ils débouchèrent n'était pas plus rempli que la chambre qu'ils venaient de quitter. C'était une pièce de vie, assez spacieuse et éclairée. Contre un des murs, un vieux canapé usé jusqu'à la corde et deux fauteuils tout aussi râpés entouraient une table basse austère. Non loin, une grande bibliothèque remplie de livres semblait prête à craquer à la fois sous le poids de sa charge et de son âge. Une cheminée occupait un autre mur, et une robuste table en bois trônait au centre de la pièce, entourée par quatre chaises.

Là se trouvait assise la femme qu'ils avaient suivie la veille. Du moins le supposaient-ils, car elle cachait son visage avec le livre qu'elle devait étudier avant leur arrivée tout en continuant d'avaler le contenu de sa tasse. Les reliefs de son petit déjeuner gisaient encore sur la table, à côté de son masque posé à portée de main.

Le vieillard rattrapa les deux frères alors que ces derniers se dirigeaient vers leur hôte pour la saluer. Il força les garçons à baisser la tête et, gardant ses mains sur leurs crânes pour les empêcher de se redresser, traversa aussi rapidement que possible la salle, tête basse également, pour les conduire à leur destination.

Les yeux toujours rivés de force vers le sol, Saga et Kanon sentirent l'atmosphère de la pièce avant de la voir. Et le même qualificatif leur vint à l'esprit alors qu'une odeur tenace d'humidité vint les prendre au nez : glaciale !

La porte claqua et ils furent libérés de la pression qui les contraignait, découvrant alors les lieux.

Là encore, peu de fantaisie. La première chose qu'ils remarquèrent fut la grande bassine en bois remplie d'eau au centre de la pièce, gigantesque à leurs yeux d'enfants. Un tabouret se trouvait non loin, ainsi qu'une autre bassine, plus petite, remplie de divers outils de toilette. Une étagère, au fond de la pièce, abritait serviettes et autres produits.

Toujours sans desserrer les lèvres, le vieil homme qui s'occupait d'eux désigna la bassine, avant de les pointer du doigt.

Les jumeaux eurent un moment d'hésitation. Habitués qu'ils étaient au confort moderne, ils n'étaient pas certains de ce que voulait l'adulte. Puis, devant l'attente qui suivit, ils se rendirent à l'évidence : la bassine était une baignoire.

Tant bien que mal, Saga commença à se débarrasser de ses vêtements, pour que presque aussitôt Kanon suive son exemple après un moment de perplexité. L'homme, quant à lui, ne fit pas un seul geste pour les aider, ou du moins n'en fit aucun jusqu'à ce que l'un d'entre eux se retrouve la tête coincée dans son tee-shirt.

Alors il eut un rire silencieux, laissant l'enfant se débattre quelque temps avec le vêtement, retenant son frère lorsque ce dernier vint se porter à son secours. Puis, après diverses tentatives infructueuses et des plaintes de plus en plus désespérées, se décida enfin à aider le prisonnier du vil textile.

Il eut un nouveau rire sans son à la découverte de la face rouge et des cheveux ébouriffés qu'il mit à jour. Puis les deux enfants débarrassés de leurs habits, il les poussa gentiment vers le marchepied pour les faire entrer dans la bassine.

Ce fut Kanon qui entreprit le premier l'escalade malgré ses jambes peu assurées et toujours douloureuses. Et il regretta son initiative aussitôt entré dans l'eau, cherchant immédiatement à en sortir.

Froid ! C'était froid ! Très, très, très froid !

Mais la main de l'adulte l'empêcha de remonter le bord de toute façon trop haut pour lui, plongeant dans le même temps de force dans la bassine un Saga devenu soudain très réticent à l'idée d'y entrer à son tour.

Les dents claquèrent bientôt, les petits corps grelottèrent, et les deux jumeaux cherchèrent bien vite la chaleur l'un de l'autre. Indifférent à leur inconfort, le vieillard entreprit alors de les laver consciencieusement.

S'il n'était pas tendre, au moins était-il précautionneux, évitant les plaies et leur épargnant la moindre pression sur les ecchymoses. Les deux garçons, de leur côté, s'habituèrent petit à petit à la température de l'eau, et s'ils avaient tout d'abord grimacé à l'aspect rêche de l'éponge, ils avaient vite compris que le froid, quant à lui, soulageait leurs muscles endoloris. Aussi commencèrent-ils à jouer tranquillement ensemble alors que l'adulte shampouinait tant bien que mal leurs cheveux, laissant ce dernier vaquer ensuite à ses occupations dans la pièce sans plus y faire attention.

Complètement détendus, ils se laissèrent sortir de la bassine sans discuter, maintenant confiants envers le grand-père. Il y eut bien quelques grimaces lorsque du désinfectant fut passé sur leurs plaies, mais rien de plus. Les bandages passés autour de leurs chevilles et de leurs poignets les intriguèrent néanmoins assez pour qu'ils en demandent l'utilité, mais le vieil homme garda le silence, se contentant de sourire aux enfants et de leur tapoter la tête une fois sa tâche achevée.

La perplexité des jumeaux ne s'atténua pas devant les nouveaux vêtements qui leur étaient proposés. Ils étaient simples pourtant : une tunique et un pantalon de toile, mais ils restaient peu habituels et leur contact sur la peau était rêche. L'ensemble était un peu trop grand pour eux, si bien que l'adulte dû retrousser le bas de leur pantalon et passer une ceinture autour de leur taille.

Une fois son œuvre accomplie, l'homme prit du recul pour observer les deux enfants. Ils ressemblaient à présent à n'importe quel apprenti du Sanctuaire, la masse musculaire inhabituelle en moins.

Satisfait, il les ramena dans la pièce de vie.

La femme était toujours là, son masque de nouveau sur le visage, lisant toujours le même livre. Fermement, le vieillard les poussa cette fois-ci vers la table, les incitant à grimper sur les deux chaises face à leur hôte. Alors il vint débarrasser la vaisselle de la femme masquée, et sortit de la pièce, laissant les enfants là, incertains de la conduite qu'ils devaient tenir.

Un lourd silence s'installa, les jumeaux regardant par en-dessous l'adulte en face d'eux, avant que Kanon ne finisse par prendre la parole.

« Euh… Bonjour ? »

La voix de Saga lui fit immédiatement écho, comme venant d'un réflexe spontané.

Il y eut un intervalle de quelques secondes, sans qu'ils ne surent si la femme n'avait ne serait-ce que levé les yeux sur eux, avant que leur salut ne leur soit rendu d'une voix distante et désintéressée.

Le silence reprit ses droits, encore, rompu seulement par le bruit des pages qui se tournaient. Se tortillant sur sa chaise, Kanon chercha le regard de son frère qui ne tarda pas à le lui accorder. Mais comme l'indiquaient ses petits doigts triturant nerveusement l'assise de son siège, Saga ne savait pas plus que lui ce qui devait être fait.

Le malaise dura, et Kanon ne tenait plus en place, peinant à rester assis et silencieux, balançant ses pieds de plus en plus fort. Il ne pouvait même pas attraper la main de son frère pour se rassurer, les chaises étant trop éloignées. Alors il attendait que ce dernier fasse quelque chose.

Saga quant à lui faisait naviguer ses yeux de la femme à son jumeau, et de son jumeau à la pièce où avait disparu l'homme, pour revenir ensuite à la femme. Il ne savait pas quoi faire d'autre que de se taire et d'attendre. Il n'osait pas vraiment reprendre la parole, trop intimidé par la situation.

Ils furent rapidement délivrés par le retour du vieillard. Toujours sans un son, ce dernier déposa rapidement assiettes, verres et couverts devant eux, s'attirant un merci automatique des deux enfants, avant de disparaître de nouveau.

Au moins, maintenant, ils pouvaient s'occuper en mangeant…

Le contenu de leur assiette ne les enthousiasma pourtant pas vraiment : une sorte de bouillie de céréales tiède n'avaient jamais vue jusqu'alors…

Leur estomac se rappela néanmoins à eux, leur reprochant la dépense d'énergie de la veille. Alors ils jetèrent de nouveau un regard par en dessous à la femme, attendant une quelconque réaction, avant de finalement saisir leur cuillère en gardant le silence.

Ce n'était pas bon… Pas mauvais, mais pas bon. Ça n'avait pas vraiment de goût…

Ils firent la grimace, mais se forcèrent néanmoins tous les deux à avaler. Devant une autre personne, sûrement auraient-ils repoussé leur assiette et fait les difficiles, demandant quelque chose de plus habituel. Mais la femme les impressionnait, et leur rappelait à chaque instant qu'ils avaient juré de ne plus pleurer ou se plaindre, et qu'ils lui avaient promis de suivre ses règles et de lui obéir.

Alors, bravement, difficilement, ils continuèrent à manger jusqu'à ce que leur assiette soit vide, et burent consciencieusement leur verre d'eau.

Le malaise et la gêne revinrent alors. Durant de longues, très longues minutes…

Aucun des deux jumeaux n'osait interpeller l'adulte. Aucun n'osait la déranger non plus en parlant à son frère. Aussi, Saga finit par se trouver une fascination pour la couture de l'ourlet de sa tunique, tandis que Kanon s'étaient mis en tête de suivre du doigt les anneaux du bois de la table devant lui.

La digestion et la fatigue de la veille leur donnaient plus de patience que d'habitude, leur permettant d'accueillir l'ennui qui vint les cueillir comme un moment de repos au lieu de s'en énerver comme ils auraient dû normalement le faire. Ils en étaient d'ailleurs à piquer du nez lorsque le claquement que fit le livre de la femme en se refermant les fit sursauter. Aussitôt, ils se redressèrent sur leur chaise, attentif, fixant leur vis-à-vis dans l'espoir qu'elle mette fin à cette attente insupportable pour les jeunes enfants qu'ils étaient.

« Suivez-moi ! »

L'ordre, si détaché fut-il, exauça finalement leur prière et ils sautèrent aussitôt de leur chaise pour venir trottiner derrière l'adulte qui passait ce qui semblait être la porte d'entrée.

Ils s'immobilisèrent alors.

Ils n'étaient pas dehors comme ils s'y seraient attendus, mais dans un temple gigantesque et sombre. Tout ce qu'ils voyaient, c'était une succession presque infinie de colonnes. Le plafond était tellement haut qu'ils peinaient à le distinguer, et ils ne discernaient aucune sortie, même si deux gigantesques entrées de lumière au loin les laissaient deviner.

Tout de suite beaucoup moins impatients et assurés, ils prirent le temps de chercher la main l'un de l'autre avant de repartir à la poursuite de la femme qui ne les avait pas attendus.

Bientôt, ils furent au centre du bâtiment, et s'immobilisèrent de nouveau. Sous leurs yeux ébahis, ils découvraient une sorte de statue dorée dotée de quatre bras et de deux visages. Et bien qu'elle ne soit pas particulièrement impressionnante, ils eurent le souffle coupé devant cette vision.

Instinctivement, ils savaient qu'elle était importante et puissante. Instinctivement, il la sentait pulser d'une force qui leur était familière : la même que lorsqu'ils avaient fait de la lumière. La même que lorsque la femme avait elle aussi émis une lueur dorée tout autour d'elle.

Tout leur petit corps tremblait d'excitation et d'émerveillement, sans qu'ils ne sachent réellement pourquoi, et ils trouvèrent aussitôt la statue incroyablement belle.

Aucun des deux frères n'osait plus bouger alors que la femme s'approchait de la sculpture pour venir poser une main affectueuse sur le métal. Il y eu un moment de flottement hors du temps durant lequel ils leur semblaient discerner faiblement un doux chant métallique.

Puis l'adulte donna un ordre simple, sec.

« Asseyez-vous ! »

Sans même un instant d'hésitation, écrasés par l'aura et de la statue, et de la femme, et du lieu, les deux enfants se jetèrent presque les fesses au sol. Ils osaient à peine respirer, et leur attention vissée au visage masqué de leur interlocutrice.

Cette dernière prit encore le temps d'une pause, avant de se tourner franchement vers eux, la main caressant toujours le métal doré.

« Je vous ai proposé de me suivre, de vous prendre comme élèves, de devenir des Chevaliers d'Athéna. Je vous ai expliqué qu'ainsi vous resteriez ensemble, et que vous défendrez le monde et la justice. Maintenant que vous êtes ici, avant que votre entraînement ne commence officiellement, je me dois de vous expliquer davantage les choses pour que vous suiviez la voie qui vous est offerte en toute connaissance de cause. »

D'un même mouvement, Kanon et Saga se jetèrent un regard perplexe. Ils n'étaient pas habitués à ce qu'on leur parle aussi sérieusement, comme à des adultes.

« Les Chevaliers sont des êtres exceptionnels au service de la Justice. Ce sont des hommes et des femmes très puissants, qui mettent leurs forces au service des plus faibles, et protègent le monde au nom de la Déesse Athéna. De leurs poings, ils peuvent déchirer le ciel. De leurs pieds, ils peuvent fendre la terre. Et tout cela, ils peuvent le faire grâce au cosmos. »

Tranquillement, elle fit doucement brûler son cosmos. Une chaude lumière dorée vint l'entourer, déclenchant des exclamations émerveillées de la part des deux enfants. Car même s'ils l'avaient déjà vue faire lorsqu'elle les avait sauvés, même s'ils l'avaient déjà eux-mêmes expérimenté, le spectacle restait extraordinaire à leurs yeux.

« Pour faire simple, au début des temps, une gigantesque force a créé l'univers. Le cosmos est la réminiscence de cette explosion sur la part de l'univers qu'il y a en chacun de nous. C'est ce pouvoir qui brûle en chaque Chevalier, et les pousse à accomplir des miracles. Et c'est parce que j'ai vu cette puissance en vous que je vous ai proposé de me suivre. »

Elle prit le temps d'un silence pour observer les deux enfants devant elle. Ils étaient concentrés, les sourcils froncés dans l'effort de compréhension qu'ils fournissaient. Elle n'était pas habituée aux enfants, surtout aussi jeunes. Elle ne savait pas comment leur parler, et elle ne ferait pas l'effort de simplifier davantage ses explications. Cela faisait aussi partie des conditions pour devenir Chevalier. S'ils avaient autant de potentiel qu'elle le pensait, ils devraient pouvoir comprendre ses paroles malgré leur âge.

« Athéna est la déesse de la guerre venue des âges mythologique. Elle tient la terre et les humains sous sa protection. Tous les deux cent cinquante ans à peu près, elle revient dans notre monde pour apporter paix et prospérité. Si un jour vous devenez Chevalier, ce sera certainement votre génération qui la protégera.

De nombreux guerriers sont au services de la déesse, et les plus puissants d'entre eux sont appelés Chevaliers. Ils sont au nombre de quatre-vingt-huit.

Les plus faibles et les plus nombreux sont les quarante-huit Chevaliers de Bronze. Je dis faibles, mais leurs capacités dépassent largement celles des simples humains. Leurs coups peuvent briser la pierre, et ils sont capable d'aller aussi vite que le son.

Viennent ensuite les Chevaliers d'Argent. Deux fois plus rapides que leurs homologues de Bronze, et beaucoup plus puissants. Il y en a vingt-quatre.

Puis, tout en haut de cette hiérarchie, on trouve les plus puissants de tous. Des êtres à la force inimaginable, capable de se déplacer aussi vite que la lumière. Les douze Chevaliers d'Or, portant les douze armures correspondant aux signes zodiacaux.

Beaucoup d'hommes ont essayé de devenir Chevaliers, mais peu y parviennent. Seul les meilleurs ont l'insigne honneur de recevoir une armure. »

Elle fit une nouvelle pause pour se tourner de nouveau vers la statue, et caressa le métal doré avec une affection qui détonnait de l'impression générale de dureté et de distance qu'elle donnait. Elle continua dans un souffle.

« Il est maintenant temps que je me présente officiellement à vous si je prétends vouloir être votre maître… »

Une lueur aveuglante jaillit de la statue, forçant les jumeaux à se protéger les yeux. Ils sursautèrent lorsque l'effigie éclata en plusieurs morceaux puis, malgré l'éblouissement, l'observèrent avec fascination venir recouvrir le corps de la femme face à eux, telle une armure. Ce qu'elle était, somme toute.

« Je suis Winona, Chevalier d'Or des Gémeaux. Et si je vous ai ramenés ici, c'est pour faire de vous mes élèves, et que l'un d'entre vous prenne la succession de mon titre et de ma tâche »

Une exclamation impressionnée passa les lèvres de Saga et de Kanon, alors qu'ils regardaient tous deux la femme maintenant vêtue de métal étincelant avec un ébahissement teinté d'un profond respect. Tous deux avaient oublié comment fermer la bouche, impressionnés par le charisme et la force qui se dégageaient de l'être qui leur faisait face. Tous deux avaient laissé leur perplexité aux oubliettes dans leur admiration.

La Chevaleresse face à eux était quant à elle plutôt satisfaite de son effet. Plus les deux frères seraient ébahis par ce qu'elle leur expliquerait, plus ils admireraient la voie qu'elle leur promettait, plus la suite serait simple à aborder.

Aussi les laissa-t-elle s'abandonner un moment à leur émerveillement, savourant sans vraiment se le permettre l'étincelle qu'elle venait de faire naître dans leurs yeux. Cette admiration sans bornes, ce respect sans failles, cette motivation sans limite qu'elle sentait grandir en eux lui réchauffaient le cœur et faisait partie des choses pour laquelle elle adorait sa tâche malgré le poids que celle-ci faisait peser sur ses épaules.

Mais, après un soupir, elle mit une bride sur ses émotions avant d'aborder la partie moins plaisante de ce qu'elle avait à leur apprendre.

« L'entraînement de Chevalier n'est pas une chose facile. Beaucoup en meurent, et plus encore échouent. Une grande partie des gardes et serviteurs du Sanctuaire sont d'anciens apprentis n'ayant pas été au bout de leurs ambitions. Foma, qui s'est occupé de vous plus tôt est de ceux-là. C'est un entraînement physique intense. Vous allez souffrir. Plus que vous ne pouvez l'imaginer. Et comme je vous l'ai dit avant que vous ne me suiviez, je ne tolérerai aucune faiblesse ni aucune plainte. Vous allez subir ce qu'aucun enfant n'aurait à subir, tout cela pour le bien de notre monde. Vous allez sacrifier votre vie, et votre futur, au service de l'humanité. »

Le sourire des jumeaux se fana pour laisser place à une gravité qui n'avait rien à faire sur le visage de deux enfants si jeunes. Winona ne pensait pas qu'ils puissent réellement saisir toute la portée de ce qu'elle leur expliquait, qu'ils puissent imaginer les épreuves par lesquelles ils allaient devoir passer. Mais au moins comprenaient-ils que les choses ne seraient pas faciles.

Son cœur se serra lorsqu'elle remarqua que leurs mains se serraient plus étroitement, comme pour se rassurer l'un l'autre, mais elle se fit violence en se souvenant que cela était le prix que payaient tous les aspirants Chevaliers. Le prix d'une armée capable de protéger l'humanité de maux dont elle n'avait même pas conscience.

En général, cela ne décourageait pas énormément d'enfants. L'aspiration à devenir Chevalier Sacré était plus forte, l'admiration chassait bien souvent l'inquiétude. Du moins était-ce le cas tant qu'ils n'avaient pas réellement commencé l'entraînement.

Mais le cas des deux frères si semblables était différent. Il y avait autre chose, quelque chose de plus…

« Vous devez aussi savoir, avant de devenir officiellement mes disciples, que ceux qui s'entraînent) pour l'armure des Gémeaux ont une autre contrainte. Une règle immuable, une malédiction propre à cette constellation, avec laquelle le Sanctuaire est intransigeant : même si celle-ci en appelle souvent à elle, il est formellement interdit d'entraîner des jumeaux pour l'armure des Gémeaux. L'un des deux doit forcément être tenu éloigné de toute sorte d'entraînement ou de toute aspiration à devenir Chevalier. »

Un instant resta suspendu, tandis que Saga et Kanon assimilaient ce que sous-entendait la phrase qui venait d'être prononcée. La perplexité, puis l'incompréhension, et enfin la déception se succédèrent dans leurs yeux bleu-vert. Ils réalisaient qu'un seul d'entre eux pourrait atteindre ce rêve qu'on leur avait fait miroiter quelques instants avant, et habitués qu'ils étaient au partage et à l'équité, ils ne pouvaient qu'être attristés par cette nouvelle.

Si elle restait acceptable, elle en restait injuste.

Un d'eux devrait emprunter une voie différente de l'autre, s'en éloigner, se voir refuser la chance de devenir un de ces êtres exceptionnels qu'on leur avait fait entrevoir.

Du moins, c'est ainsi qu'aurait dû être les choses.

La Chevalier d'Or croisa les bras pour se donner une contenance. Il y avait un monde entre imaginer son projet et l'appliquer. Sa droiture, son honneur, sa fierté lui interdisaient de faire ce qu'elle s'apprêtait à proposer, d'imposer à ces deux enfants une vie bien plus misérable que celle à laquelle ils auraient été promis si elle suivait les règles de sa propre maison.

Mais son devoir et ses réflexions poussaient au contraire à briser ce tabou, à faire ce qui devait être fait.

Alors elle s'accroupit devant les deux frères, avant de poser une main rassurante, impérieuse, menaçante sur leurs si petites épaules.

« Néanmoins j'ai un autre projet pour vous deux. »

Sa voix, auparavant si forte et assurée, était devenue un murmure. Comme si elle n'arrivait pas à vraiment dire à voix haute qu'elle s'apprêtait à défier l'autorité qu'elle avait défendue toute sa vie, comme pour accuser le fait qu'elle allait porter un secret là où il n'aurait jamais dû y en avoir.

Et l'angoisse teintée d'espoirs qu'elle pouvait lire dans le regard des enfants face à elle faillit presque retenir les mots dans sa gorge.

Une inspiration, un soupir inaperçu derrière son masque, et elle scella le destin de ceux qui allaient être ses élèves.

« Pour plusieurs raisons, je ne compte pas obéir à cette règle. Je ne compte pas mettre l'un d'entre vous de côté. Vous avez tous les deux un fort potentiel, et gâcher l'un d'eux à l'aube d'une guerre sainte serait stupide.

Je vais donc vous prendre tous les deux pour apprentis. Mais pour cela, il va falloir que vous m'aidiez. Un seul d'entre vous sera présenté comme mon disciple, et l'autre… L'autre n'existera pas. Il devra vivre caché. Mais il sera entraîné de la même manière que l'autre. Ainsi, lorsque celui d'entre vous qui aspirera officiellement à l'armure d'Or l'obtiendra, l'autre pourra l'aider dans sa tâche, et le remplacer si cela s'avère nécessaire. »

Elle vit l'hésitation, puis le soulagement passer sur le visage de Kanon et de Saga. Elle voyait leur dialogue silencieux dans leur échange de regards, elle voyait la décision qu'ils avaient déjà prise.

Et elle se dégoûtait !

Ils n'avaient pas conscience de ce qu'ils allaient vivre de cette manière. De ce que l'un d'eux allait devoir abandonner. Ils ne pouvaient même pas l'envisager.

Tout ce qu'ils devaient réaliser, à cet instant, c'était qu'ils n'allaient pas devoir être séparés, et qu'ils allaient faire la même chose, et ça leur suffisait.

Et elle… Elle profitait de leur innocence et de leur candeur pour leur faire accepter l'inacceptable.

Plus pour se détourner de sa propre machination que pour ponctuer sa phrase, elle se leva et recula légèrement.

« C'est traditionnellement l'aîné qui est choisi parmi les jumeaux pour devenir le porteur des Gémeaux. Ce sera donc Saga qui sera mon apprenti officiel. Kanon, quant à lui, suivra sa formation sans que personne d'autre que moi ou Foma, le serviteur que vous avez vu tout à l'heure, ne soit au courant. Si vous êtes d'accord pour continuer sur cette voie que vous avez choisie, pour tenter de devenir Chevalier d'Athéna, et pour suivre mon plan en vivant à deux la vie d'un seul, alors appelez-moi maître, et ici commencera votre entraînement. »

Un dernier échange de regards, un sourire partagé qui n'aurait jamais dû avoir sa place devant une telle proposition, puis deux regards plein d'espoir et de confiance, et deux voix unie en une seule, dans cette harmonie qu'elle venait de briser.

« Nous voulons devenir Chevaliers, Maître ! »