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Harry Potter et l'histoire inachevée

Chapitre 6 : la cité de Poudlard

Allongé dans mon lit, de retour dans l'infirmerie qui m'avait accueilli peu auparavant, je réfléchissais à toute allure à ce qui m'arrivait. Gryffondor ! Merlin ! Etais-ce un canular ? Ça expliquerait tout !

Cela faisait maintenant deux jours qu'ils m'avaient révélé leurs noms, et deux jours que je dormais. Le choc de la nouvelle avait été un peu rude, et je m'étais évanoui sur le coup de la surprise. Mais malgré l'évident doute qui s'était immédiatement emparé de moi, je ne voyais pas ce qui pouvait me permettre de douter de leurs affirmations. Certes, je n'avais jamais vu de portraits les représentant autres que des caricatures ou des croquis standardisés, mais ils ressemblaient pourtant parfaitement à l'idée que je m'en était faite. Merlin avec sa grande barbe et son bâton, Gryffondor prêt à défendre les faibles et les opprimés…

Je souris en repensant à cette image qui m'avait été inculquée. Si les sorciers voyaient à quoi ils ressemblaient vraiment, ils seraient étonnés ! Eux qui prônaient le moindre effort physique, voir leurs idoles pleines d'endurance, de muscles et de prestance !

En pensant à « mes » sorciers, j'en vins à me poser quelques questions. J'avais rencontré Gryffondor et Merlin, soit. Mais comment cela était-il réellement possible ? Etaient-ils encore vivants à mon époque ? Avaient-ils fait un voyage dans le temps jusqu'à elle ? Ou était-ce moi qui me retrouvais au moyen-âge ? Nombre de questions se bousculaient dans ma tête. Eux-mêmes s'en posaient beaucoup à mon sujet… et chose bienvenue, ils ignoraient qui était Harry Potter. Au moins, je ne risquais plus de me retrouver derrière les barreaux.

Je tentais de trouver réponse à mes interrogations, quand je fus coupé par une discussion non loin de mon lit. Les infirmières s'étaient rassemblées autour d'un visiteur, et écoutaient attentivement ce qu'il leur disait. Au vu de son ton autoritaire, il devait être un médecin, ou au moins un haut responsable des lieux. Il leur parla plusieures minutes, demandant des informations sur de nouveaux appareils, réfléchissant un peu, puis passant à un autre sujet. Visiblement, les infirmières l'adoraient, du moins à en juger par leurs rougissements et leur air respectueux frisant l'adoration. Encore un donjuan à la façon de Lockart.

Soudain, interrompant sa conversation sans prévenir, il se dirigea vivement vers moi. Muré dans le plus complet silence, il s'assit à mes côtés, posa une main sur mon front, grogna des mots incompréhensibles, puis se releva et repartit sans prévenir, claquant la porte avec force. Peut-être pas si Lockart que ça. « Euh… c'était quoi ça ? » m'étonnais-je à haute voix, ébahi.

Personne ne me répondit, laissant s'envoler ma perplexité. J'aurais sûrement réponse à mes interrogations par la suite, mais… mais ce regard ! Qui que soit cet homme, je comprenais le trouble qui avait saisi les infirmières. Son regard était… indescriptible ! Gai, triste, heureux, malheureux, terne, lumineux… et des milliers d'autres paradoxes. Mais surtout… ce regard vous pénétrait l'âme avec une telle intensité ! J'en étais tout retourné, intimidé au-delà de ce que je pensais possible.

« - Bonjour Harry », dit soudain quelqu'un à côté de moi, me faisant sursauter. Me retournant en un instant, je pu voir Gryffondor installé à mes côtés.

« - Vous ? Que faites-vous là ? »

« - Je viens te rendre visite, » répondit-il. « J'étais inquiet pour toi après ton évanouissement, et j'ai aussi à te parler. »

« - Qu'y a-t-il ? »

« - Tu te trouves ici depuis maintenant un bon moment, et tu as amplement eu le temps de guérir, tu n'es encore qu'à peine fatigué. Il est donc préférable que tu t'en ailles, car rester dans une infirmerie n'est pas ce qu'il y a de plus gai. »

« - Qu'allez-vous faire de moi ? » demandais-je méfiant, prêt à fuir s'il le fallait.

« - Et toi, qu'aimerais-tu faire ? »

…qu'aimerais-je faire ? À cette question, je soupira imperceptiblement et détourna le regard, fixant le ciel bleu par la fenêtre proche. Qu'aimerais-je faire ? Je ne le savais. Avec l'affaire de la Chambre, tous les projets que j'aurais pu avoir étaient partis en fumée. Et d'ailleurs, maintenant que j'y repensais, ils me paraissaient d'une puérilité incroyable. Devenir joueur de Quidditch ? Peuh, c'était dangereux et sans utilité ! Devenir auror ? Re-peuh, je préférais la justice !

Penser à cette dernière possibilité me ramena à ce qui m'était arrivé, à cette immense injustice que les sorciers m'avaient faite subir. Et allaient sans doute un jour faire subir à d'autres. Songeant à eux, je sentis mon corps et mon âme bouillonner d'indignation ! Et dire que c'était des gens comme ça qui avaient le pouvoir ! Dire que de tels immondes personnages pouvaient imposer leur loi en toute impunité !

J'avais bien une idée de ce que je voulais faire, oui… devenir puissant, intelligent, afin de pouvoir me rebeller contre eux, lever une armée capable de les combattre, combattre et vaincre tous ceux qui m'avaient ainsi sauvagement brisé ! Détruire ce système !

« - RUNES ! » Cria une voix à mes côtés, me sortant de mes pensées. « ACTIVEZ LES RUNES, VITE ! » C'était Gryffondor qui avait crié comme ça, mais que se passait-il ?

Faisant à nouveau attention à mon entourage, je pu voir que mon propre lit était en train de se noircir ! Criant de surprise, j'en sortis précipitamment, trébuchant juste en face d'un miroir… et ce que je vis me coupa le souffle. C'était moi ça ?! Mais d'où venait cette espèce d'aura rougeâtre qui m'entourait ainsi ? Comment cela était-il possible ?

Je me calma progressivement en observant ce qu'il se passait, une main touchant mon reflet. Mais qu'est-ce que c'était que ça ? Enveloppé de ce halo, j'avais l'impression d'exsuder de la puissance pure, d'être intouchable ! Comment cela était-il possible ?

Soudain, Gryffondor m'attrapa et m'entoura de ses bras, me précipitant au sol ! Traîtrise ! Toute cette pseudo-confiance n'était que de la traîtrise ! Ce type qui se prétendait le fondateur ne voulait que m'attraper et me renvoyer aux aurors !

C'est alors que je vis ce qui se passait autour de moi… les flammes de ma mystérieuse aura étaient en train de tout noircir autour de moi, comme en une sorte de combustion sans flammes. Déjà mes draps n'étaient plus qu'un souvenir, et le verre du miroir commençait à se déformer, se liquéfier ! Comment était-ce possible ?

Les infirmières s'approchèrent alors, baguette en main, et dressèrent autour de moi une sorte de mini dôme de magie qui absorba en un instant mon aura. Mais que faisaient-elles ?!

« - Arrêtez ! » Criais-je. « Arrêtez ! Je suis bien avec ça, laissez-la moi ! Arrêtez ! »

Je tenta de combattre la soudaine sensation de fatigue qui s'empara de moi alors que je sentais mes forces être progressivement pompées. D'étranges points lumineux apparaissaient sur le dôme, reliés par des sortes de filaments eux aussi lumineux, et plus il y en avait plus je sentais mes forces se réduire. Et je compris alors : ce qui m'arrivait était dangereux pour ceux qui m'entouraient, et les infirmières tentaient d'arrêter cette soudaine manifestation de magie. Comprendre cela me provoqua comme un déclic, faisant se cesser toute anormalité magique. Je tomba alors au sol, ébahi.

Qu'est-ce que c'était que ça ? Que m'était-il arrivé ? Etait-ce grave ? Etais-je malade ?

« - Il va falloir que tu apprennes à te maîtriser Harry, » dit alors Gryffondor. La tunique qu'il portait était en effet noire d'encre, brulée par ce qui m'était arrivé.

« - C'était quoi ça ? » demandais-je, encore choqué.

« - Surplus d'émotions, » me répondit-il en réparant les dégâts d'un coup de baguette. « Ça arrive quand on ressent de puissants sentiments. Ce n'est ni grave ni très dangereux, et ça s'atténue avec l'âge, mais il faudra tout de même que tu apprennes à te maîtriser. Je m'arrangerais pour que tu reçoives des cours. »

Je ne répondis rien, n'ayant pas moyen de le mettre en doute, mais voir une légère peur dans les yeux des infirmières m'indiqua que cela n'était pas normal. En bien ou en mal, je n'aurais pas su le dire, mais ce dont j'étais soudainement sûr, c'est que cela me plaisait. J'étais différent des autres. Et j'aimais l'idée de ne plus pouvoir être comparé avec les sorciers. Mieux valait toutefois que je cache cette capacité… on ne savait jamais.

« - Tu ne te sens pas trop fatigué Harry ? » me demanda Gryffondor. Je fis un signe de tête négatif pour indiquer que j'allais bien. En vérité, je ne m'étais jamais senti aussi en forme ! ça me serait utile si je devais bientôt tenter de les fuir… après tout, peut-être chercheraient-ils à me remettre aux aurors !

« - Fort bien, alors prends tes affaires et suis-moi, je t'attends à l'entrée. » Il s'en alla sur ces mots, me laissant appréhender la suite.

N'ayant rien m'appartenant hormis les vêtements que l'on m'avait donné, pas même de baguette, je fus prêt bien rapidement, et me présenta à mon guide quelques minutes seulement après qu'il se soit éloigné. « Bien, suis-moi maintenant. »

Saluant les infirmières, il quitta la salle et s'enfonça d'un pas rapide dans le couloir qui se présentait à nous, puis dans un autre, et encore… ce lieu me semblait immense, car en fait de couloirs j'aurais plutôt dû dire des ravins ! Chacun d'entre eux était haut de bien dix mètres et large d'autant ! Cet endroit était complètement démesuré ! Et d'ailleurs, maintenant que je le remarquais, de nombreuses portes étaient du même acabit. Cela m'étonna. Cette architecture était bien étrange…

« - Harry, » dit soudain Gryffondor en s'arrêtant net, « aimerais-tu savoir où tu te trouves ? »

Pourquoi cette question ? C'était une évidence ! Si cela pouvait m'aider à m'échapper, comment dire non ? « Bien volontiers, » acquiesçais-je. Il ouvrit alors une grande porte qui donnait sur l'extérieur, sur ce qui était visiblement une terrasse d'agrément. Quelques fauteuils étaient placés ici et là, et l'on pouvait voir un bar contenant quelques bouteilles… s'approchant du balcon, Gryffondor m'invita à faire de même. « Bienvenue à Pôdlad ! » dit-il avec un sourire empli d'une joyeuse fierté.

Je m'approcha à mon tour de la balustrade… et ce que je vis me coupa le souffle. Une ville…

…non, ce n'était pas une ville. C'était une légende !

Nous nous trouvions au milieu d'une titanesque tour qui s'élevait haut dans le ciel, probablement à plusieures centaines de mètres. A ses pieds se trouvait une place immense, pavée de ce qui me paru être de l'or, et qui s'étendait probablement à plus d'un kilomètre. Un lac aux eaux miroitantes, empli de cascades et de fontaines, gaiement alimenté de ruisseaux, garnissait son centre, apportant à cette enchanteresse vision une fraîcheur frisant la perfection.

Où que je regarde et à perte de vue s'étendaient des avenues gigantesques, pavées de marbre blanc, parcourues de veines d'eau ruisselante, ponctuées de mosaïques enchanteresses. Elles étaient recouvertes d'arbres immenses, de plusieures dizaines de mètres de haut, aux troncs d'argent et aux feuilles d'or, qui reflétaient la lumière du soleil en créant un incessant scintillement de merveille.

Les avenues étaient bordées par de superbes immeubles, immenses de par leur étendue et leur hauteur, immaculés de par la blancheur de leur pierre de taille. Les fenêtres étaient milliers, les oiseaux étaient millions, les bannières multicolores étendues partout étaient encore plus profusion. La joie de vivre émanait de tout cela comme une âme. Oui, la joie était l'âme même de cette cité.

Sur les toits plats des bâtisses s'étendaient à perte de vue des jardins à la beauté époustouflante, emplis d'arbres de toutes sortes, parcourus de sentiers sur lesquels se côtoyaient des milliers de gens… des gens de toutes origines. Je vis ce qui me paru être des sorciers, mais aussi… aussi des chauves-souris qui voletaient de ci, de là pour se poser sur les épaules, se transformer en humain… au loin, j'aperçu ce que je cru être un troupeau de chevaux, qui se révéla bien vite être un groupe de centaures. Et ce que je cru être des déesses, tant leur beauté me frappa de loin, était en vérité des femmes et des jeunes filles qui se promenaient fièrement. Chez moi, elles seraient considérées comme d'intouchables incarnations de la perfection si elles étaient de sang-pur, ou comme des prostituées si elles étaient moldues ou nées de telles, alors qu'ici elles semblaient être tout à fait heureuses et dans leur élément.

Chez moi… je m'assombris tout à coup à cette pensée. Non, je n'avais pas de chez moi. Je n'en avais jamais eu. J'étais seul. Depuis toujours. Et à jamais. Seul.

Une lueur d'espoir m'envahi soudain alors que Gryffondor posait sa main sur mon épaule et me souriait, sentant mon trouble. Je retrouva le sourire. Peut-être pourrais-je un jour appeler cet endroit ma maison ? Tout y avait l'air si parfait !

« - C'est beau, n'est-ce pas ? » murmura-t-il. « Je ne me lasserais jamais de cette vision de paix. »

« - C'est superbe, » admis-je, touché.

Il me laissa admirer la vue encore quelques instants, silencieux. C'était si beau ! Il y avait tant et tant de détails qui enchantaient l'œil ! Jamais je n'oublierais cette vision de perfection.

« - Allons, viens ! » interrompit finalement mon guide. « Nous devons y aller si tu veux voir la ville de plus près, nous sommes attendus pour le repas de midi. Suis-moi. »

Nous quittâmes alors la terrasse où nous nous trouvions pour revenir dans la tour. Là, gagnant rapidement un ascenseur semblable à celui de l'autre jour, nous descendîmes d'au moins trente étages, jusqu'au rez-de-chaussée, pour atterrir dans une immense entrée. Elle était démesurée ! Le plafond devait bien se trouver à vingt mètres de haut, et les murs étaient éloignés de facilement deux cent mètres ! On aurait pu y mettre plusieures grandes salles de Poudlard ! De par une immense entrée, plusieures centaines de personnes de toutes origines allaient et venaient sans cesse dans un brouhaha assourdissant. Je n'eu toutefois pas le temps de faire très attention à ce qui nous entourait, car je fus vite entraîné à l'extérieur, sur un perron précédant une immense volée de marches de marbre blanc… puis La place. La voir à l'horizontale était encore plus glorieux que l'admirer du dessus, car l'on pouvait alors voir tous les gens qui la parcouraient, les ménestrels qui jouaient de leurs instruments non pas pour faire la manche mais pour leur simple plaisir, les badauds qui les écoutaient et riaient de contentement… c'était encore une vision de rêve !

Bien que démesurée, parcourir la place fut plutôt rapide, car elle était si grande qu'il y avait proportionnellement peu de monde qui la parcourait. Le problème vint dès que nous mîmes pied sur l'une des avenues… elles étaient bondées ! Entre toutes sortes d'étals qui se dressaient sur leurs côtés et tous les passants, cavaliers et autres chariots qui allaient et venaient sans cesse… cette circulation était toute aussi démesurée que le reste de la cité !

Je n'aimais pas la foule. Alors qu'en quittant les Dursley, je la trouvais rassurante, pensant qu'elle les empêcherait de me faire du mal, je la voyais maintenant comme une ennemie prête à se jeter sur moi pour me lyncher, me torturer et me jeter en enfer au moindre geste. Non, je n'aimais décidément pas la foule. Elle m'angoissait, me rendait paranoïaque. C'était étouffant.

Alors que Gryffondor était forcé de s'arrêter pour discuter avec les passants qui l'interpellaient, je m'éloigna pour aller regarder de plus près un bâtiment à l'allure étrange… tous ceux qui y entraient et en sortaient semblaient en état de recueillement. Un lieu de culte peut-être ? La forme me faisait penser à un mélange d'église et de mosquée… En plus d'un grand clocher immaculé entièrement couvert de mille et un motifs décoratifs, une sorte de grande nef, en forme de cercle toutefois, était creusée pour former un amphithéâtre parfaitement circulaire, au fond duquel se trouvait un socle dressé de différentes statues. Il devait bien y avoir cinq-cent personnes qui s'agenouillaient devant elles, collant leur tête au sol en un geste qui me paru soumission. Et pourtant… pourquoi tous ces gens pleuraient-ils de joie ?

Je tenta de m'approcher un peu pour tenter de savoir qui étaient les personnages représentés dans la roche, lorsqu'une main se posa sur mon épaule et m'arrêta. Je me retourna vivement, m'arrachant à la poigne de l'Auror, prêt à chèrement défendre ma vie ! Lorsque je m'aperçu que j'avais affaire à un elfe de maison. Enfin, de maison… lui n'était pas vêtu de loques, mais de vêtements riches et confortables, et il était accompagné de plusieurs petits elfes… ses enfants ? Et le plus étonnant, c'était ses yeux. Il n'y avait dedans ni peur, ni soumission, ni souffrance, ni hantises… j'étais bien loin d'un Dobby.

« - Attends ton tour mon garçon, » me sourit-il. « Laisse ces gens remercieren paix, ils en ont besoin. (I) »

« - Remercier ? Que voulez-vous dire ? »

« - Oh, tu es nouveau-venu ? Tu ne pouvais savoir alors. Ce temple est réservé aux remerciements de deuil. Tous ces gens que tu vois en train de pleurer ont perdu des êtres chers, et remercient les Grands d'avoir permis à leurs âmes d'échapper à la torture éternelle des Maudits. »

« - Les Grands ? Quels Grands ? »

« - Si tu veux en savoir plus, je t'invite à te rendre bientôt dans une bibliothèque, tu pourras tout savoir sur notre histoire. Je te dirais juste que ces statues que tu vois là représentent les plus illustres bienfaiteurs de notre histoire. Le Père Créateur et Merlin, principalement, et quelques autres glorieux personnages tels que le dictateur Malagia (II). »

« - Je m'informerai à leur sujet, » promis-je, déconcerté, avant que l'elfe et ses enfants ne s'éloignent pour prendre à leur tour place face à la statue d'un homme encapuchonné, le visage invisible. Je resta encore quelques instants à les observer pleurer à chaudes larmes tant l'émotion leur étreignait le cœur, puis m'esquiva silencieusement. J'avais bien de la matière à réflexion pour la fin de la journée…

« - Harry ! » M'appela une voix. Regardant dans la foule, je vis finalement Gryffondor venir vers moi à grands pas, visiblement pressé. « Harry, te voilà enfin ! Je t'ai cherché partout ! »

« - Euh, excusez-moi… vous étiez en train de parler alors j'ai un peu visité. »

« - Ce n'est rien, allons. Mais dépêchons-nous, nous sommes très en retard maintenant. Nous devions arriver avant le déjeuner, et le voilà qui commence bientôt ! Suis-moi vivement ! »

Et sur ce, il s'élança à grands pas, me forçant à courir pour le rattraper. Il nous fallu plus d'une heure de marche pour brusquement sortir de l'immense avenue dans laquelle nous étions, rencontrant des milliers de gens et nombre de palais et d'œuvres d'art de toutes sortes, pour finalement franchir une grille de fer forgé et atterrir au beau milieu d'une luxuriante forêt.

« Nous voici dans le parc du château, » m'indiqua-t-il. « Ne te perds pas, les arbres aiment bien attraper les personnes seules pour les chatouiller avec leurs racines. » Je resta donc collé à mon guide, sursautant à chaque fois qu'une branche pendait au milieu du chemin.

Nous marchâmes ainsi quelques minutes seulement avant de soudain sortir de la forêt pour nous retrouver au beau milieu d'une immense clairière… un parc démesuré ! Entre les arbres solitaires, les pavés de fleurs disposés partout, le lac qui brillait d'un bleu parfait… c'était une nouvelle fois une vision enchanteresse. Mais ce qui m'étonna le plus, c'était… le château ! Poudlard ! C'était Poudlard ! Mais comment ? L'immense tour où se trouvait mon infirmerie dominait encore la moitié du ciel ! Comment était-il possible que Poudlard se trouve ici ?

Fronçant les sourcils, je remarqua alors une étonnante différence. Etais-ce vraiment l'école de sorcellerie ? A mon époque, le château était sombre, et bien que merveilleusement glorieux et fascinant, il n'en était pas moins effrayant… alors que là ! Il était d'une propreté immaculée, recouvert de bannières multicolores à ce qui semblait être la mode de la ville, illuminé par un soleil semblant éternel, parcouru de milliers d'oiseaux chanteurs, décoré de fleurs à chacune de ses fenêtres ! Etais-ce vraiment le Poudlard que je connaissais ?

« - Pourquoi m'emmenez-vous à l'école ? » demandais-je à Gryffondor, méfiant.

« - L'école ? Quelle école ? »

« - Poudlard est bien une école de sorcellerie, non ? »

« - J'ignore ce que tu entends par sorcellerie, » me répondit-il en fronçant les sourcils, « mais il n'y a pas d'école ici, tous les établissements scolaires sont en ville. Ce château est ta prochaine demeure mon garçon, il s'agit de l'orphelinat que je gère avec mon frère et nos sœurs. »

Pendant que nous parlions, nous avions parcouru la totalité de l'allée de marbre blanc menant à notre destination, puis entrâmes par le biais d'une petite porte sur le côté de la principale.

Nous n'avions pas fait quelques pas dans le hall que les grandes portes du château claquèrent soudain derrière nous et qu'un homme apparu, marchant vivement vers les escaliers… le dos volontairement vouté, les sourcils froncés, une main caressant son menton imberbe, il monologuait avec force gestes et application : « Grr ! Pff ! Snarl ! Grogne ! Zut ! Grr ! RAAH ! »…

…et disparu en direction des cachots.

Un complet silence régna pendant un instant. J'avais suivi cette brusque apparition sans rien dire, comme si je regardais passer une mouche. « Euuuuh… c'était quoi ça ? » demandai-je finalement à Gryffondor. Car bien qu'ignorant son identité, je l'avais reconnu… c'était le médecin qui m'avait surpris le matin même, dans l'infirmerie.

« - Ça, Harry, c'était mon oncle. Le Père Créateur ! (III) »

Je regarda Godric avec un air stupéfait. Quoi ? C'était lui ? Celui que tout le monde en ville désignait comme un exemple de gentillesse et de patience ? Celui qui était prié comme un dieu ? Ce type grognon, maigre comme un clou, avachi sur lui-même, qui était passé sans même faire attention à ceux qui l'entouraient ?

« - Par oncle, vous voulez dire qu'il est le frère de Merlin ? »

Gryffondor fit la moue en entendant cela. « Pas vraiment, » avoua-t-il. « En fait, ils sont plutôt de très bons et vieux amis qui s'appellent frère pour la forme et l'affection qu'ils se portent. En vérité, ils n'ont aucun lien de famille, et moi-même ne suis-je le fils de mon père que dans le sens adoptif du terme. »

J'hocha la tête en signe d'acquiescement. Une famille recomposée, en somme. « Et vous vivez ici alors ? » demandai-je.

« - En effet, j'ai mes appartements dans une tour plus haut. Toi, tu iras si possible dans les dortoirs, avec les autres garçons. »

« - Vous allez me faire repasser sous le Choixpeau ? »

« - Le quoi ? Le Choixpeau ? Qu'est-ce donc que cela ? »

« - Euh, non rien… Mais dans quelle maison serais-je alors ? »

« - Maison ? Non, tu dormiras au château. »

« - Je voulais dire dans quel groupe » répétais-je, étonné qu'il ne me comprenne pas.

« - Il n'y a pas de subdivisions au sein de notre établissement, » me répondit-il, surpris de ma question. « Du moins, pas en dehors du sexe et de l'âge. Les bébés sont dans une nourricière, les enfants dans des chambres à deux, trois ou quatre, les adolescents se trouvent dans des dortoirs à une dizaine, et les adultes qui restent peuvent s'ils le souhaitent obtenir une chambre unique en échange de leur travail, ou continuer à vivre en dortoir. Et tout le monde a accès à la même salle commune. »

Pas de groupes ? Que voilà une bonne chose ! Car il fallait bien l'avouer, même si la division de Poudlard en maisons était pratique d'un point de vue gestion, elle était désastreuse d'un point de vue éducation. Il n'y avait qu'à voir l'histoire de Voldemort qui s'enorgueillissait d'être l'héritier de serpentard ou de Dumbledore qui favorisait les Gryffondors pour comprendre que ce système était archaïque et gangrenait toute la société.

« - Et il y a combien d'élè… d'enfants ici ? » me rattrapais-je.

« - Au dernier compte, huit cent environ. »

J'ouvris grands les yeux en entendant ce nombre ! Huit cent ! Poudlard à mon époque n'en comptait que le quart !

« - Tonton ! » appela soudain une petite voix, interrompant notre discussion. Nous eûmes à peine le temps de nous arrêter que Gryffondor fut percuté par une flèche qui alla sans attendre s'encastrer dans ses bras. « Tonton ! Te voilà enfin ! Tu avais dit que tu viendrais ce matin ! » C'était une petite fille, de pas plus de quatre ans, qui souriait de toutes ses dents à celui qu'elle appelait son oncle.

« - Je sais, je sais, » répondit Gryffondor en lui embrassant tendrement la joue, « mais j'ai eu un empêchement. Allons, je jouerais avec toi cet après-midi comme promis ! Allez, file ! Le repas va bientôt commencer ! Va au réfectoire dire à papa que j'arrive. »

« - Tout de suite ! »

Et la petite fille repartit comme elle était arrivée, sans même que je ne m'en rende compte. J'eu toutefois le temps de remarquer quelque chose qui m'étonna fort. « Qui est-elle ? » demandais-je à Gryffondor.

« - Tu as pu voir l'une de nos plus joyeuses pensionnaires, la petite Elfyld. La pauvre petite est ici depuis sa naissance… »

« - Non, je voulais dire… qu'est-elle ? Elle me paraît… différente de nous, » précisais-je en montrant mes oreilles.

« - Oh, ça ! Et bien, Elfyld est la fille d'un elfe et d'une vélane. C'est pourquoi elle a les oreilles légèrement pointues, et qu'elle charme sans problème tous ceux qui l'entourent. »

Une vélane ? Qu'est-ce que c'était que ça ? Je savais ce qu'était un elfe, principalement un elfe de maison, mais je n'avais jamais entendu parler des vélanes. Il allait falloir que je me renseigne sur ce qu'elles étaient.

« - BONJOUR TONTON ! » hurla soudain une autre voix derrière-nous, me sortant de mes pensées. Je me retourna vivement, surpris par un tel assaut de décibels, et… me précipita immédiatement derrière Gryffondor ! Qu'est-ce que c'était que ça ?!

« - Bonjour Horganald, comment vas-tu aujourd'hui ? » sourit mon guide en levant la tête.

Un géant ! C'était un géant ! Il mesurait bien six mètres de haut ! Il était plus grand que deux Hagrids, et le voir se diriger vers nous… c'était flippant !

Le dénommé Horganald tendit l'un de ses énormes doigts vers Gryffondor, et celui-ci le saisit de ses deux mains en souriant chaleureusement. Ils discutèrent quelques instants de tout et de rien, tandis que je fixais ébahi le nouvel arrivant. Si grand ! Il sembla soudain me remarquer, car il me sourit et tendit l'un de ses doigts vers moi. Il voulait me serrer la main ?! mais même un de mes bras entiers n'arriverait pas à lui entourer le doigt ! Je m'exécuta tout de même tant bien que mal, posant mes paumes tout contre son bout de doigt, lui attirant un sourire. « Enchanté de faire ta connaissance mon garçon, » souffla-t-il en une bourrasque de vent qui me décoiffa sans prévenir. Puis il se releva et s'en alla au dehors.

« - Il y a donc des géants ici ? » soufflais-je, plus pour moi-même que par questionnement.

« - Bien sûr qu'il y en a ! » me dit Gryffondor. « Pourquoi crois-tu que le château est ainsi construit, avec ses grandes portes et ses hauts plafonds ? Ce n'est pas pour faire joli, c'est pour que nos amis puissent circuler sans encombres. »

« - Je suis juste étonné de voir un géant… »

« - Mais que croyais-tu donc ? Tes nouveaux frères et sœurs sont aussi bien humains qu'elfes, vélanes, gobelins, vampires, géants, centaures, nymphes… et bien d'autres ! Nous avons même eu une petite licorne à une époque, mais elle est partie dans la forêt une fois devenue adulte. Peut-être la verras-tu un jour, qui sait ! Elle revient nous voir de temps à autres. »

Et effectivement. Alors que nous nous étions arrêtés lors du passage du grognon-en-chef, nous étions maintenant arrivés devant ce que je connaissais pour être la grande salle. Et au vu du bruit qui en venait, ce devait être le réfectoire, même à cette époque. Me demandant si j'étais prêt, Gryffondor ouvrit les portes à mon acquiescement… me plongeant dans un univers de merveille. Il y avait de tout ! De tout ! Des nains et des géants, des sortes de golems de terre, des strangulots… et plusieurs trolls comme celui que j'avais vaincu en première année ! A ceci prêt qu'ils étaient habillés et discutaient civilement avec leurs camarades… Il y avait même une espèce d'arbre humanoïde, qui buvait ce qui me paru de l'eau à grandes lampées de pieds-racines.

La grande salle était comme le reste du château, elle ressemblait vraiment beaucoup à mon souvenir… en plus propre, presque immaculé, et surtout en plus, beaucoup plus joyeux ! Mais contrairement à mon époque, les tables n'étaient pas divisées entre maisons et professeurs. Les adultes mangeaient ici et là au milieu des enfants, tout le monde se trouvant tout autour de tables rondes dispatchées partout dans la salle. Voir tous ces enfants de tous âges rire ensemble, chanter, discuter… c'était une vision idyllique qui m'arracha un tendre sourire… Que je me dépêcha d'effacer. Je ne devais pas montrer mes sentiments !

Semblant chercher quelqu'un un instant, Gryffondor se dirigea finalement vers une tablée de petits enfants où un vieillard s'occupait de les faire manger… un vieillard qui avait un serpent autour du cou ?

« - Bonjour mon frère ! » s'exclama mon guide, faisant se retourner le vieil homme. Et, s'adressant à moi : « Harry, je te présente mon frère, qui est aussi le responsable de cet endroit : Salazar Serpentard ! »

Quelques commentaires SVP ?

A votre avis, comment Harry va-t-il réagir en rencontrant Serpentard, qui lui a tant causé de problèmes par delà les siècles ? Et que pensez-vous de ce chapitre, axé sur une grande quantité de descriptions ?

I. Remercier : ce terme a ici le même sens que le mot prier. La différence tient au fait que ce ne sont pas des dieux qui sont honorés, mais des personnages historiques ayant réellement existé ou existants (du point de vue de la fic), et ayant fait tant de bien qu'ils ont été déifiés par leurs peuples.

II. Dictateur : ce mot doit être ici compris au sens romain du terme, pas au sens moderne. A l'époque de la république romaine, on avait comprit que malgré l'abolissement de la royauté, du fait de l'ignorance populaire et de l'incapacité des institutions à faire pleinement face, il y avait des périodes où il était nécessaire que des personnages possèdent des pouvoirs absolus; despotiques ou presque, afin de tirer la population d'une mauvaise passe ou afin d'exiger d'elle un effort important qu'elle aurait en d'autres cas été incapable de fournir. Les dictateurs étaient alors ces personnages, élus pour une durée variable en fonction du travail à accomplir, parfois juste le temps d'organiser une fête ou une parade. Rien à voir donc avec « nos » dictateurs.

III. Le père Créateur : ce personnage est un OC récurrent de mes fanfictions HP. Il n'aura ici aucun rôle particulier.