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Harry Potter et l'histoire inachevée

Chapitre 7 : L'orphelinat

« - Harry, je te présente mon frère, qui est aussi le responsable de cet endroit : Salazar Serpentard ! »

Mon sang ne fit qu'un tour en entendant ce nom ! Serpentard ?! Responsable de tous mes malheurs au même titre que Voldemort ou Dumbledore ! « ENFOIRE ! » hurlais-je en me précipitant sur lui, aveuglé par la rage. « TU VAS PAYER POUR TOUT CE QUE TU M'AS FAIT ! » Je tenta alors de lui fracasser le nez de coups de poing, mais à peine eu-je fini ma phrase qu'il tendit négligemment un bras et m'arrêta d'une traite en posant sa main sur mon front. Quelle force ! Il parvenait à me maintenir à distance sans même donner l'impression de faire un effort !

« - Allons allons », dit-il d'une voix étonnement douce, « qu'y a-t-il mon garçon ? » Je sentis toute ma patience exploser soudain, et ma colère se décupla en un instant. Je joua de plus belle des pieds et des mains pour tenter de le tabasser… sans résultat.

Voyant que tout ne se passait pas exactement comme prévu, Gryffondor m'entoura de ses bras pour m'empêcher de blesser son frère.

« - KSSHH ! tócsta a stasta toa ! (Touche pas à papa toi !) »

Je tourna la tête pour voir qui avait ainsi parlé en fourchelangue… et vit que le serpent sur les épaules de Serpentard me regardait étrangement. Il semblait prêt à me mordre ! « Il stésa tóle tsal tiltsafé ! » (Il paiera tout le mal qu'il m'a fait !) répondis-je avec venin.

Toute la salle sursauta soudain en m'entendant parler fourchelangue. Ok, ce n'était pas très courant, mais tout de même ! Il n'y avait pas de quoi en faire tout un plat ! « Viens avec moi » me souffla Gryffondor, me forçant à sortir de la grande salle. Du coin de l'œil, je vis l'Enfoiré consoler une petite fille de sa table qui s'était mise à pleurer.

A peine étions-nous de retour dans le hall du château que Gryffondor referma les portes de la grande salle et me réprimanda d'une voix maîtrisée. « Je peux savoir ce qui t'a pris Harry ?! Pourquoi as-tu ainsi tenté d'agresser mon frère ? »

« - Ce type est un enfoiré ! » Eructais-je, enragé. « Il est responsable de tous mes malheurs, et je compte bien lui faire payer, quitte à le tuer moi-même ! Voilà ce qu'il y a ! » A n'en pas douter, Gryffondor douta que mes paroles fussent réellement pensées. Mais malgré ma colère et mon manque de contrôle, j'avais bien l'intention de massacrer cette ordure de Serpentard ! Il était indirectement responsable de tous mes malheurs ! S'il n'avait pas mis ce maudit basilic dans la Chambre !

…un basilic ?!

Mon sang ne fit qu'un tour lorsque je compris pourquoi le regard du serpent m'avait dérangé ! C'était un basilic ! Et pas n'importe lequel, c'était le mien ! Celui qui avait massacré tant et tant de personnes ! J'en étais sûr ! Lui aussi j'allais le tuer, et tant mieux qu'il soit encore tout petit et ne puisse pas pétrifier, ça n'en serait que plus facile !

Un grincement me fit sortir de mes pensées, et en me retournant je vis Serpentard sortir de la grande salle, l'air redoutablement sérieux, et s'avancer vers nous après avoir refermé les portes. Je pus alors le détailler pour la première fois. Il était affublé d'une longue barbe et de cheveux en queue-de-cheval tout à fait blancs, il portait comme Gryffondor une simple tunique gris clair semblable à une chemise, et un pantalon de même teinte. Il utilisait une canne pour s'aider à marcher, courbé qu'il était par le poids de l'âge. J'ignorais combien d'années il avait, mais il me paraissait beaucoup plus vieux que deux Dumbledore réunis. Et la chose la plus étonnante était la profonde bonté de ses traits et de son regard. Comme si ses rides étaient la plus continuelle expression du sourire qui les avait tracées.

« - C'est donc toi, Harry ? Enchanté de te rencontrer mon garçon, et bienvenue chez nous ! » dit-il en s'approchant, esquissant un frêle sourire forcé. A n'en pas douter, il se savait découvert, et en ressentait un grand trouble ! Ce salaud ! Je lui lança un regard noir pour seule réponse.

« - Tu sembles beaucoup m'en vouloir Harry, » dit-il doucement, « mais je ne vois pas ce que je t'ai fais. Puis-je connaître les raisons de ta colère ? »

Encore une fois, je sentis ma colère s'emporter. « Vous m'avez tué, voilà ce qu'il y a ! » hurlais-je, ayant perdu tout contrôle. Et encore une fois, je tenta de me libérer de l'étreinte de Gryffondor pour le frapper.

Sans que je m'en aperçoive, les deux frères se regardèrent en biais, hochèrent la tête, et Serpentard sortit en un instant une baguette qu'il pointa sur moi. « Légilimens ! »

A peine eut-il prononcé ce mot que je sentis comme une intrusion dans ma tête. L'enfoiré ! Sans que je puisse l'empêcher, sa présence commença à se déplacer au sein de mon esprit, parcourant à toute vitesse ce qui ne l'intéressait pas… et trouvant finalement ce qui le concernait. Il se retira de ma tête plus vite qu'il n'y était entré.

Relevant ma tête que j'avais inconsciemment baissée, je croisa son regard… et ce que j'y vis fit disparaître toute trace de colère… des larmes. Il pleurait.

Le dur et froid Serpentard pleurait.

« - Qu'y a-t-il mon frère ? » s'enquit Gryffondor. Voyant que je m'étais calmé, il me lâcha et alla le serrer dans ses bras pour le consoler.

« - Tsatsa ? Tèstilia ? (Papa ? Qu'est-ce qu'il y a ?) » s'inquiéta le petit basilic autour du cou du vieillard. Celui-ci le regarda alors, et lui caressa la tête comme pour chercher du réconfort.

- Lacetis tésta cétése acèt-tó, tsa tetit Litits (L'avenir n'est pas généreux avec nous, ma petite Lyghim), siffla-t-il avec émotion.

Voir ainsi cet homme impitoyable dans un tel état était très troublant. On aurait dit un enfant perdu qui cherchait du réconfort dans son animal de compagnie. Où était donc celui que l'on m'avait tant et tant décrit ?

Cette phrase tilta soudain dans mon esprit. Celui que l'on m'avait décrit. Que. l'on. m'avait. décrit. Et qui donc me l'avait décrit ? La réponse n'était pas dure à trouver… c'était les sorciers. Des gens renfermés d'esprit qui éprouvaient traditionnellement le besoin de suivre ou de se reconnaitre dans des grandes figures de l'Histoire. Et je compris soudain : Serpentard, celui que l'on m'avait raconté, n'était qu'un mensonge. Car s'il était vrai, pour quelle raison vivrait-il au beau milieu d'une telle profusion de diversité ethnique, pourquoi s'occuperait-il de tant et tant d'enfants de toutes origines ?

…il fallait que je vérifie quelque chose !

Voyant que Serpentard se remettait de son surplus d'émotions, consolé par son frère, je leur lança un « suivez-moi ! » retentissant, les faisant sursauter, et m'élança droit vers les étages.

« - Que cherches-tu Harry ? » me demandèrent-ils en me suivant à distance, alors que nous étions arrivés au second niveau.

« - Les toilettes de Mimi ! » Mais il n'y avait rien ! Là où je me les rappelais, il n'y avait qu'une salle de classe, et de même partout autour ! « Elles ne peuvent être que par ici ! Il doit y avoir un passage secret, elles ne peuvent pas avoir disparues comme ça ! »

« - Les toilettes dis-tu ? »

« - Oui, les toilettes du second étage ! Une salle d'eau si vous préférez ! »

Je m'arrêta pour les consulter du regard. Et à ma grande surprise, je n'y vis que de la négation.

« - Il n'y a jamais eu de salle d'eau à cet étage Harry, » dit Gryffondor. « Pas depuis que le château est un orphelinat, et pas non plus lorsqu'il était le siège du gouvernement. »

Pas de salle d'eau ? Elle n'avait pas encore été construite ? En un sens, en y pensant bien, les lavabos n'étaient pas typiques du moyen-âge, même chez les gens riches. Pouvait-on considérer cela comme la preuve que Serpentard n'était pas le constructeur de la Chambre des Secrets ? C'était une perspective à envisager… mais…

« - Vous en êtes bien sûrs ? »

« - Nous pourrons demander à notre père, c'est lui qui a architecturé les lieux… mais à notre connaissance, rien n'a changé. »

Et me tournant vers Serpentard, je lui demanda « êtes-vous prêt à me jurer magiquement n'avoir jamais construit ce que j'appelle la Chambre des Secrets, et n'avoir jamais l'intention de la construire ? »

Les deux frères se regardèrent en biais un instant, s'interrogeant visiblement sur ma santé mentale, puis reportèrent leur attention sur moi. « Je te le jure magiquement, Harry », me dit Serpentard. Comme pour valider son serment, un halo de magie l'entoura quelques instants, et je su inexplicablement qu'il avait réellement juré. En un sens, j'aurais presque préféré qu'il me mente.

Serpentard n'avait pas construit la Chambre des Secrets. Pas plus qu'il n'avait l'intention de le faire. Mais alors qui en était à l'origine ?! Je sentis sur l'instant que cette question m'occuperait bien des nuits blanches.

Ma petite crise passée, je m'excusa auprès de Serpentard autant que je m'en sentais capable. Il balaya mes excuses d'un revers de main, disant que ce n'était pas grave, qu'il avait l'habitude des petites colères de ses enfants. Car oui… il m'appelait déjà son fils. Après cela, ils me ramenèrent à la grande salle pour que je puisse moi aussi déjeuner. Je n'y avais pas fait attention, mais mon ventre était parfaitement vide, et grognait de mécontentement depuis un bon moment.

Mon entrée ne passa pas inaperçue, tous ceux qui me virent firent soudain silence, me regardant d'un air désapprobateur, comme pour signifier ce qu'ils pensaient de mon éclat. Je ne parvins pas à ressentir quoi que ce soit d'autre qu'un peu de honte, et baissa légèrement la tête pour qu'ils ne voient pas mes joues rosir.

« - Suis-moi Harry », dit Gryffondor alors que Serpentard regagnait sa table, accueilli par les rires des petits enfants qui y mangeaient, « je vais te conduire à une table d'enfants de ton âge ».

Nous avançâmes alors au milieu de la grande salle, et je lança ici et là de nombreux regards curieux. Quand je disais qu'il y avait de tout ! Je ne me serais jamais imaginé pouvoir voir un loup-garou sous sa forme canine manger civilement avec ses couverts, pas plus que je ne me serais imaginé un nain prendre plaisir à avoir des légumes dans son assiette… je cessa rapidement mon observation lorsque nous parvînmes face à une table où se trouvaient quelques adolescents de mon âge. Ils avaient déjà commencé leur repas, mais ne semblaient pas encore très avancés, aussi pris-je place en me disant que je ne me retrouverais pas seul le repas fini.

Ma tablée était… diversifiée, c'est bien le moins que l'on pouvait dire. Entre un vampire qui buvait du sang, une fille qui me mettait mal à l'aise rien que par sa présence, un troll qui atteignait déjà les deux mètres, et même ce que l'on m'avait appris être un animal sauvage, un… strangulot je crois, j'étais complètement dépaysé !

« - Bonjour ! » me lança la fille, à ma droite. « Comment t'appelles-tu ? »

« - Harry, et vous ? » Ils m'invitaient visiblement à me lancer dans la conversation, à ma grande surprise. Tout au long de la précédente année, je m'étais habitué à être seul et rejeté…

« - Je m'appelle Elfyld, » dit-elle.

« - Vrakal, » se présenta le vampire.

« - Barigal, » dit le troll.

« - Et Gamali, » termina le strangulot. « Pour te servir ! »

« - Euh… merci. » fut tout ce que je trouva à lui répondre, étonné de cette formule de politesse que je ne connaissais pas. Il ne sembla pas prendre ombrage de mon ignorance, heureusement.

« - Tu comptes suivre quels cours quand tu seras à l'école Harry ? » me demanda ma voisine pour continuer.

« - Euh… ça dépend, il y en a des obligatoires ? »

« - Oui, il faut apprendre les langues, les mathématiques, les potions, les sortilèges et charmes, la métamorphose, la défense, les runes, l'étude des Moldus, l'histoire et la botanique. Après, on peut prendre plein d'options ! Il y a magie noire, magie médicale, arts de l'esprit, animagie, la métamorphomagie, les magies élémentaires, la stratégie… et encore plein d'autres ! Moi, j'en ai pris le maximum, sans hésiter ! Les profs sont passionnants ! »

Je n'en disais rien, mais intérieurement j'étais plutôt impressionné. Tout paraissait tellement meilleur qu'à Poudlard ! Enfin, à celui de mon époque. « Tout ça ? » dis-je, étonné. « Mais pourquoi en as-tu autant pris ? Tu ne dois plus avoir une minute à toi. »

« - Je veux devenir une grande magicienne guérisseuse, afin de pouvoir soigner tous ceux qui en ont besoin ! » dit-elle avec foi. « Et meilleure je serais, plus j'aurais de chances de rejoindre l'infirmerie du Père ! »

Elle me semblait presque en extase rien que de penser à cela ! Et ça m'impressionnait. Alors que là-bas, tous les sorciers de mon âge, et moi-même à ma grande honte, nous ne pensions qu'au quidditch ou au maquillage, ici, tout le monde ou presque prenait son avenir au sérieux… à croire que j'étais tombé dans une utopie !

« - Elfyld a perdu ses parents parce qu'ils n'ont pas pu être soignés à temps de leurs blessures, » me souffla mon autre voisin, le troll. Et oui, il avait les dents et l'haleine propres ! « Depuis, elle veut devenir la meilleure des guérisseuses pour que plus personne ne soit dans son cas. »

Me retournant vers la vélane, je lui demanda : « Que veux-tu dire par l'infirmerie du Père ? Tu veux parler du Père Créateur ? » C'était sans aucun doute là où je m'étais réveillé…

« - Evidemment ! » dit-elle en me lançant un regard noir qui me désarçonna, comme si j'avais insinué que cela aurait pu être un autre Père

Je cessa là la conversation, me consacrant à mon assiette. Tant et tant d'informations me parvenaient sans cesse… j'avais amplement de quoi réfléchir pour une décennie !

Quelques commentaires SVP ?

Pour créer le personnage de Serpentard, je me suis inspiré du très grand Janusz Korzak. Qu'en pensez-vous ? (JK était un pédagogue polonais connu à son époque pour ses ouvrages traitant de l'enfance. Vers la seconde guerre mondiale, devenu directeur d'orphelinat, il fut enfermé avec ses protégés dans le ghetto de Varsovie. Il eut à de nombreuses reprises la possibilité de fuir seul ou en groupe, mais refusa à chaque fois d'abandonner ses enfants. Lorsque… l'heure arriva, il les apprêta en grande pompe et les fit défiler dignement face aux nazis. Ils furent tous déportés à Treblinka. La légende l'entourant raconte qu'il mourut en consolant un enfant entre ses bras jusqu'à…)