NVJM
Harry Potter et l'histoire inachevée
Chapitre 8 : Réformes
Vers la mi-août 1040. A Poudlard.
Cela faisait maintenant plusieures semaines que je me trouvais à l'orphelinat. Cinq pour être précis. Et j'aimais cela… autant que j'étais capable d'apprécier quelque chose.
J'ignore encore aujourd'hui ce qui avait bien pu me prendre, mais à peine avais-je passé une nuit dans ce château que j'étais entré dans une profonde dépression. Voir tous ces lieux où avaient… où auraient lieu tant et tant de massacres, tant et tant d'injustices à mon encontre, cela me mettait mal à l'aise et me faisait ressasser d'innombrables mauvais souvenirs. Dans ma tête, je faisais tourner en boucle toutes les injures que j'avais reçues, tous les coups que je m'étais pris, tous les corps figés et sanglants que j'avais vu.
Fatalement, je m'isola bien vite seul dans un coin, longeant les murs tête baissée. Pourtant, ce n'était pas faute d'avoir des amis… ou de pouvoir en avoir. Tous les occupants du château étaient de bonne compagnie et de même constante humeur. Même la nuit, il était impossible de ne pas entendre un éclat de rire au coin d'un couloir. Les vampires étaient de sacrés fêtards… et lorsqu'il y avait une dispute, Serpentard la réglait en légilimançant les protagonistes. Au moins, ça évitait tous les problèmes classiques. Si seulement les professeurs de mon époque avaient su et pu faire cela, ils n'auraient guère eut d'autre choix que de croire en mon innocence, et ça aurait put régler l'affaire rapidement.
Marchant raidement dans les couloirs pour me rendre à l'école, en ville, devançant tous les autres comme à mon habitude, je m'arrêta soudain, hésitant. C'était encore là un gros coup de cafard qui me saisissait. Ça m'arrivait souvent, surtout quand j'avais mal dormi. Je me sentais soudain mal, nauséeux, tremblant, sans repères… et je paniquais tout autant, tentant à chaque fois de me réfugier dans un coin pour m'y terrer. Et c'est encore ce que je fis ce matin-là. Avisant un renfoncement d'armure, je m'y réfugia rapidement, jetant quelques sorts de dissimulation de la baguette d'apprentissage qui m'avait été confiée. Chose étonnante, mais évidente, les baguettes qui étaient données aux apprentis étaient bridées. Impossible de lancer de nombreux sorts et de dépasser une certaine intensité de magie…
Assis par terre, je regarda passer les élèves se rendant au petit déjeuner, puis retournant chercher leurs affaires… les adultes vaquant à leurs occupations, les enfants s'amusant. Pour ces derniers, j'aimais entendre leurs rires. C'était l'unique sentiment de joie de mes jours si mornes, une lumière dans l'obscurité. Je n'étais pas beaucoup plus vieux qu'eux, et pourtant je me sentais si lointain… ils étaient encore innocents, alors que j'avais connu le sang, l'horreur et la mort. J'étais à part.
« - Sors de là Harry, » me dit soudain une voix. Comme d'habitude quand je manquais à l'appel, Serpentard n'avait pas mis longtemps à me retrouver. Je changeais pourtant toujours de cachette… pour un peu, j'aurais pu croire que le château lui disait où je me trouvais. Mais ce n'était pas possible.
« - Harry ? Tu m'entends ? » Il y avait clairement de l'inquiétude dans le ton employé. Et ça me réchauffa un peu le cœur. Mais les souvenirs que j'avais envers lui revinrent encore avec force. Sa Chambre, son basilic… et par conséquent tous les massacres allant avec. J'étais enfermé dans un cercle vicieux de dépression, sans aucun moyen d'en sortir.
L'intrus entreprit alors de lever mes sorts, ce qui fut vite fait, puis s'avança dans l'ombre de ma cachette. Je fus alors surpris de voir qu'il ne s'agissait pas de Serpentard mais de son frère, Gryffondor. Je ne l'avais pas vu depuis longtemps celui-là. « Qu'est-ce que vous me voulez ? » demandais-je en réfugiant ma tête entre mes genoux.
« - Je venais te voir, » me répondit-il en prenant mes mains et en me forçant à me relever. « On m'a demandé de m'occuper de toi quelques jours durant en te donnant des cours particuliers. »
Époussetant mes vêtements, je releva alors la tête et croisa son regard. Il me semblait étrange… un mélange de douceur et de pitié avec de la sévérité et de la volonté. « Quel genre de cours ? »
« - Des parties d'échec. »
…
Il ne nous fallu pas longtemps pour arriver dans les appartements qu'occupait Gryffondor, dans ce qui deviendrait par la suite la salle commune de sa maison. De là, il m'entraîna dans une petite pièce que je n'avais jamais vue, visiblement réservée à la détente. Là, non loin d'un feu bleu qui diffusait une agréable fraicheur, se tenait un socle sur lequel était posé un plateau d'échecs.
« - Harry, connais-tu les règles des échecs ? »
« - Oui, on me les a apprises récemment, » répondis-je en m'efforçant de ne pas penser à Ron.
« - Très bien, nous allons donc commencer immédiatement. Mets-toi à l'aise et commence avec les blancs, je t'attends. »
M'exécutant, je déposa mon manteau dans l'armoire prévue à cet effet, m'assis et déplaça en premier le quatrième pion de gauche de deux cases en avant, afin de pouvoir par la suite pleinement mouvoir reine et fous. « A vous » dis-je, me demandant bien quel était l'intérêt de ce genre de "leçon". A son tour, il se saisit d'un pion… et le fit s'envoler pour directement faire tomber mon roi.
« - Qu'est-ce que vous faites ? Vous ne pouvez pas jouer ainsi ! Ce n'est pas les règles ! »
Je le regarda en disant cela, et fut surpris de la froideur de son visage. Plus dur que l'acier…
« - Première leçon Harry : quelles règles ? »
Il me laissa alors là, perplexe, et retourna à ses occupations. Je ne le revis pas de la journée.
…
Le lendemain, je pensais recommencer ma journée en me prostrant à nouveau quelque part, mais il ne m'en fut pas laissé l'occasion. A tous moments se trouvait à proximité l'un des surveillants ou l'une des nourrices, et je ne pouvais m'éclipser comme je l'aurais voulu. Et aussitôt avais-je pris mon petit-déjeuner –le premier depuis plus d'une semaine-, que je croisa Gryffondor, tout sourire.
« - Bonjour Harry. Comment vas-tu aujourd'hui ? »
« - Bien, merci. Que me voulez-vous ? »
« - Poudlard te plaît ? »
« - C'est très beau, oui. Qu'y a-t-il ? » insistais-je.
« - Qu'as-tu retenu de la leçon d'hier ? » me demanda-t-il en commençant à prendre le même chemin que la veille, vers ses appartements.
« - La leçon ? »
« - Oui, notre partie d'échecs. »
Je le regardai comme si une seconde tête lui avait soudain poussé. « Vous appelez ça une leçon ? Vous avez joué comme un enfant gâté… »
« - Vraiment ? Qu'est-ce qui te fait dire cela ? »
J'ignorai jusqu'où il voulait me faire aller. Mais à n'en pas douter, je serais surpris. « Vous n'avez pas respecté les règles, et… »
« - Quelles règles Harry ? »
« - Euh, les règles du jeu. »
« - Il n'y a pas de règles Harry. »
« - Pas de règles ? C'est facile de dire ça quand on triche ! »
« - Seuls trichent ceux qui se font prendre avant leur victoire. Les autres dominent. »
A mon froncement de sourcils, il ne lui fut pas difficile de comprendre que je ne saisissais pas son raisonnement. Il soupira. « Harry, les leçons que je te donne ont pour but de t'aider à te réformer. »
« - Me réformer ? »
« - Oui. T'aider à combattre tes acquis pour te permettre de progresser. Quoi que tu ais essayé de dissimuler, nous avons tous compris que tu avais subi des évènements traumatisants, que tu considères comme hautement injustes, et que tu souhaites faire en sorte que les choses changent et ne se répètent pas d'une si mauvaise manière. Aussi est là la raison de mes leçons : te mettre sur une voie qui pourra te permettre d'accomplir cette volonté. A chaque leçon, à chaque conclusion, réfléchit à ce qu'il s'est passé et aux conséquences de tout cela. Et maintenant, explique-moi quelles sont les conséquences de la partie d'hier. »
Je restai silencieux de longues minutes durant. J'avais alors du mal à saisir le concept de ses pensées.
« - Vous voulez dire… qu'il faut que je joue en inventant mes propres règles ? »
« - Exactement. Et que cela signifie-t-il en plus ? Analyse cette situation et dis-moi ce qui en découle. »
« - Euh… Et bien… » je chercha plusieures minutes, mais ne parvint pas à trouver de réponse qui ne me paraissait pas idiote. « Je ne vois pas », finis-je par avouer.
« - Cela signifie premièrement : que ceux qui suivent les règles qu'ils n'ont pas établies sont voués à être piégés, manipulés et j'en passe et cela signifie deuxièmement que ceux qui ne sortent pas de la normale –les règles- et qui pire ne sont pas capables de concevoir qu'il puisse être possible d'en sortir, sont voués à l'échec total quels que soient leurs moyens. Tout ceci n'étant pas une stratégie ou une tactique, mais un pré-requis pour avoir la possibilité de les mettre chacune en place. »
J'avais mal à la tête tout d'un coup… très mal. Mais qu'est-ce que c'était que tout ce charabia ?
« - Puisque je te donne des leçons Harry, je vais aussi te donner des devoirs. A chaque cours donné, tu devras parvenir à m'expliquer ce qui en découle. Et maintenant, passons à la suite, la partie d'aujourd'hui ! Allons, prends place et commence. »
M'asseyant, bien décidé à l'emporter s'il ne trichait pas, j'entama la même stratégie que la veille, celle que j'appelais de quadrillage, et qui consistait à déplacer certains pions d'une ou deux cases de façon à ce que la reine et les fous puissent quadriller le plateau pour abattre les ennemis et se replier rapidement, pour bloquer efficacement les mouvements adverses le temps de préparer une autre stratégie… lorsque ce fut le tour de Gryffondor, il s'empara du pion qui protégeait son roi et le déplaça jusqu'à tuer celui qui défendait mon roi.
Je soupira un peu en voyant qu'il trichait encore, mais tenta de comprendre ce qu'il faisait. Je joua mon roi afin de me débarrasser de ce pion qui menaçait ma reine et un de mes fous, mais cela fut sans effet : se saisissant de son propre monarque, il pourfendit le mien sans hésitation. « Partie terminée », dit-il. « Et maintenant, quelle est à ton avis la leçon du jour ? »
Je réfléchis encore un peu, puis me lança. « Et bien… vous avez changé les règles pour pouvoir déplacer votre pion et votre roi sans limites. »
« - Faux. Que t'ai-je dis à propos des règles Harry ? »
« - Il faut inventer les siennes propres ? »
« - Oui, mais pas seulement. Si tu te souviens bien, il y a quelques minutes je t'ai aussi dit « quelles règles ? ». Autrement dit, ais-je eu besoin d'inventer mes propres règles ou non ? »
« - Euh… non ? »
« - En effet, je n'ai pas inventé mes propres règles car cela n'était pas nécessaire à cette situation, cela n'aurait fait que me compliquer inutilement la tâche. Mais qu'ai-je fait alors ? La leçon est simple : améliorer ses unités n'est ni impossible, ni inutile. Nous nous revoyons demain à la même heure Harry. En attendant, réfléchit à tout cela. »
Et il me laissa planté sur ma chaise, réfléchissant à toute allure. Je commençais à entrevoir tout ce qu'il me disait et ce qu'il voulait faire… et ça m'arracha un sourire, le cœur se gonflant de gratitude.
…
Le lendemain, je me retrouva de nouveau devant l'échiquier, cette fois-ci en ayant pensé à quelques idées qui me paraissaient recevables pour expliquer son action d'hier. « Alors, comment définis-tu la leçon ? » me demanda-t-il en plaçant les pions.
« - En disant que, je cite, « améliorer ses unités n'est pas inutile », vous dites qu'il faut entraîner ses unités afin de les rendre plus fortes, plus rapides, plus résistantes… etc. »
« - C'est en partie cela, en effet. Mais pas que ! Souviens-toi des mouvements que j'ai donné à mes deux pions. »
« - Vous en avez déplacé un, puis un autre. Mais à part ça… »
« - Je t'aide. J'ai déplacé deux pions. Deux. Alors que j'en avais seize au total. Que conclues-tu de cela ? »
« - Je ne vois pas, » admis-je, embrouillé.
« - Quand tu analyses une situation, il faut que tu définisses plusieurs éléments. Le ou les faits, le ou les moyens permettant ces faits, la ou les raisons nécessitant ces moyens. On peut encore ajouter d'autres faits, moyens ou raisons d'autres types, tout comme des situations toutes autres peuvent être posées en plus dans la réflexion. Mais pour notre partie, le fait c'est que je n'ai eu besoin que de deux pions pour te vaincre. Le moyen de ce fait, c'est que ces deux pions étaient assez forts pour te vaincre. La raison qui fait qu'ils étaient assez forts, c'est qu'ils figuraient une élite, des unités éduquées, entraînées, et j'en passe, afin de pouvoir affronter une masse à elles seules. D'où la leçon : améliorer ses unités n'est ni impossible, ni inutile. Par impossible, cela signifie que toutes les idées qui te passent à travers la tête peuvent constituer une amélioration, surtout en magie. Ce n'est pas inutile, car si tu n'utilises que des unités sans entrainement, sans stratégie, sans tactique, et j'en passe, alors seul le poids du nombre peut te donner une chance de l'emporter. Et là, ta seule chance de l'emporter aurait été d'avoir rien de moins que seize lignes d'unités pour défendre ton roi, soit cent trente-six pions à toi tout seul. Et ce nombre est valable uniquement dans l'optique où chacun de mes pions aurait été vaincu par chacun de ceux que tu aurais déplacé ! Dans la réalité, il t'aurait fallu des milliers d'unités pour vaincre une armée surentraînée. Pour te donner un autre exemple, dix magiciens ignorants équipés de baguettes à runes qui amplifient la puissance de leurs sorts pourraient sans aucune peine vaincre cent magiciens avec une grande gamme de sorts mais avec des baguettes normales. Et cette amplitude pourrait encore se creuser en liant magiciens bien équipés et intelligents. Dans un tel cas, mes dix magiciens pourraient sans peine en vaincre dix-mille, cent-mille, un million ! »
Gryffondor arrêta là son monologue, me laissant pantois. Son analyse était effectivement très bonne. Et je dois bien avouer que je n'avais jamais pensé à tout cela, et même pas sous cet angle. Pour moi, stratégie et tactique étaient… des choses. Des actions que je savais capitales mais que je ne comprenais pas vraiment, croyant qu'elles étaient incroyablement plus compliquées que je me l'imaginais. Alors qu'en fait…
« - Maintenant que tout cela est dit, passons à la leçon du jour Harry. Vas-y, commence à jouer. »
Je déplaça donc mon premier pion. Mais alors que j'étais en plein milieu de mon geste, Gryffondor se saisit du plateau de jeu et le renversa, envoyant tous les pions par terre, les miens comme les siens. Puis, sans un mot, il se leva et partit. Je n'entendis qu'un simple « à demain », pantois devant une telle action.
…
Je potassa toute la journée et une bonne partie de la nuit pour comprendre ce qu'il avait fait. J'entrevis de nombreuses possibilités, m'imagina des situations plus ou moins farfelues, repensant encore et encore à ce qu'il m'avait dit… et je pensa alors avoir trouvé la réponse qu'il voulait entendre.
« - Bien, Harry ! La leçon d'hier en contenait en fait deux que je souhaite que tu trouves. Mais d'abord, analyse la partie avec la règle fait, moyen et raison. Vas-y, je t'écoute. »
Le fait d'entendre deux leçons failli me désarçonner. Je ne m'attendais pas à ça, mais… pourquoi pas. Avec tout ce que j'avais imaginé, ça ne devrait pas être très difficile de le satisfaire. Je me lança donc.
« - Je pense que le fait, c'est que vous n'ayez pas utilisé vos pions, votre armée, pour me vaincre. La raison, c'est que vous n'en avez pas eu besoin, car le moyen vous a été fourni : c'était le terrain. Et il n'y a pas eu de moyen à proprement parler. » Il me sourit alors.
« - C'est exactement ça. Bravo Harry, tu commences à comprendre ! Nous allons donc passer à plus compliqué désormais ! Mais avant, il faut encore que tu me définisses les deux leçons du jour. Vas-y. »
« - Et bien… première leçon, je dirais : pourquoi combattre quand les éléments peuvent s'en charger ? Et la seconde… je dirais que le terrain joue un rôle important dans une bataille. »
« - Tu as tout bon pour la première leçon. Pour la seconde, ce n'est pas tout à fait ça. Plus exactement, il faut définir ainsi : la maîtrise du terrain est capitale, tant que tu pourras le choisir, tes chances de remporter la victoire seront multipliées. Et maintenant, voyons la leçon d'aujourd'hui ! Pour cette fois, je vais commencer, je prends donc les blancs. »
Et de fait, il se saisit d'un pion au hasard et renversa immédiatement mon roi. Et une fois n'est pas coutume, s'en alla en me disant de revenir le lendemain.
…
« - Et quelle a été la leçon de la veille ? »
« - Elle était facile je trouve : ne jamais perdre l'occasion de jouer en premier. »
« - Bien, mais encore ? »
« - Ne le faire que si cela fait partie d'une stratégie précise. »
« - Excellent ! C'est exactement cela ! Et maintenant, pour la partie du jour, nous allons tous deux respecter les règles du jeu. Vas-y, commence. »
Je commença donc, tentant de nouveau de mettre en œuvre ma stratégie habituelle. Mais cette fois-ci, Gryffondor n'agit pas comme d'habitude : reluquant ma reine, il s'en saisit soudain, l'utilisa pour renverser mon roi et s'en alla. La prochaine leçon pour le lendemain ! Mais cette fois-ci, du fait de mon expérience personnelle, je compris sans problème ce qu'il avait voulu me montrer.
…
« - Vas-y Harry. Explique-moi ce que tu as compris. »
« - La trahison peut être partout, il faut toujours se méfier de son propre camp. »
« - C'est cela. Mais tu n'as analysé là que le fait, ni le moyen ni la raison. Pourquoi ta reine a-t-elle trahi ton roi ? »
« - Euh… »
« - La morale Harry. La culture, les opinions, les buts… la morale d'une manière générale. Si tu es le maître d'un peuple et que tu commandes à un autre peuple, avec une culture autre que la tienne, même de peu, même juste au niveau de la langue, alors il faut toujours t'attendre à la trahison. Il faut même que tu la prévois comme une évidence absolue, il est même inutile que tu t'imagines qu'elle n'ait pas lieu ou que tu prévoies qu'elle puisse ne pas avoir lieu. Différenciation culturelle. »
Je compris bien vite. Cela pouvait nous ramener à l'affaire de la Chambre, et au pourquoi les sang-pur détestaient les moldus. En résumé, parce qu'ils ne les comprenaient pas, mais aussi car ils ne voulaient pas les comprendre et ne voyaient pas d'intérêt à les comprendre, car ils considéraient leur différence comme de l'infériorité. Un vrai cercle vicieux. Différenciation culturelle.
« - Et maintenant Harry, donne-moi un moyen pour éviter d'avoir affaire à un tel type de trahison. »
Je réfléchis à toute allure afin de lui fournir rapidement une réponse, et eut une idée. « Les deux leçons du jour, c'est d'abord qu'il ne faut pas user de soldats n'ayant pas la même morale que soi, et ensuite qu'il faut rééduquer en profondeur les mœurs pour éviter la trahison. Et je pense même qu'il en découle une troisième leçon mais j'ai un peu de mal à l'expliquer. Je dirais sobrement qu'il ne faut pas hésiter à utiliser des moyens très forts pour s'assurer des deux premières leçons. »
« - C'est parfait Harry, » me sourit Gryffondor. « Je n'ai rien à ajouter, tu as même trouvé la leçon cachée. C'est vraiment parfait. Et maintenant la leçon du jour ! Allons-y ! Pour aujourd'hui, je précise que les règles devront être scrupuleusement respectées. Vas-y, commence. »
J'obéis donc, tentant encore une fois de mettre en œuvre ma petite stratégie avant d'être vaincu. Et… et quand ce fut son tour de jouer, il se saisit de ma reine, renversa mon roi et s'en alla. Lorsque je me retrouva seul sur ma chaise, je me sentis terriblement honteux de m'être fait avoir. La leçon était d'une telle évidence.
…
« - La leçon, c'était de ne jamais croire ce que j'entends, de qui que cela vienne, de toujours considérer la possibilité du mensonge. »
« - Parfait Harry, parfait. Je n'ai pas rien à ajouter, tu as tout dit. Nous pouvons donc rapidement passer à ce qui sera notre dernière partie. Vas-y, commence. »
Le prenant au mot, considérant attentivement qu'il n'avait pas précisé que les règles devaient être respectées, je fis s'envoler à mon tour le premier pion qui me tomba sous la main et renversa son roi, remporta enfin ! ma première partie. Mais…
Gryffondor sembla ne pas tenir compte de sa défaite, se saisit d'un de ses pions et renversa mon propre roi. Puis, comme d'habitude, il se leva en disant « j'ai gagné », puis s'en alla en m'invitant à revenir le lendemain.
…
Cette fois-ci, la difficulté de la réflexion avait très nettement augmenté. Il y avait pas mal d'interprétations possibles sur son action, mais je pensa tout de même avoir trouvé la bonne en feuilletant un livre de règles stratégiques trouvé à la bibliothèque.
« - Et quelle est-elle ? » me demanda-t-il.
« - En premier, je pense ceci : pourquoi le roi affiché doit-il être le roi réel ? Et ensuite, ceci : de bons commandants doivent être au contact du champ de bataille, mais ils ne doivent pas être exposés à l'ennemi, que ce soit de par la distance ou la dissimulation. »
« - Tu as tout bon Harry. Tu as vraiment tout bon ! Je suis fier de toi ! »
Je rougis en entendant cela. C'était la première fois qu'on me le disait sincèrement ! Et ça me réchauffa le cœur comme jamais auparavant. Et… je crois bien que c'était la première fois de ma vie que l'on me faisait un compliment sincère.
« - Maintenant que nous avons terminé nos leçons, j'ai quelque chose à t'annoncer Harry, » me dit-il très sérieusement. Je me figea et l'écouta attentivement. « Comme tu le sais, nous t'avons trouvé dans une situation très mystérieuse, au beau milieu des restes d'une explosion, et comme nous l'avons tous compris, tu viens du futur. Cela a énormément fait réfléchir Père, qui pense avoir trouvé un moyen de t'aider… à retourner à ton époque.
« - Retourner à mon époque ? »
« - J'ai été chargé de te dire cela afin que tu réfléchisses à ce que tu souhaites. Veux-tu revenir là-bas, où tu as visiblement souffert, ou bien veux-tu rester ici et couler des jours bien plus heureux avec nous tous ? »
« - Et comment me feriez-vous revenir… là bas ? » Je n'avais pas dit chez-moi, pour des raisons évidentes. Et je n'étais pas très emballé. Azkaban n'était plus vraiment, certes, mais tout de même… je serais réenfermé par Dumbledore en un instant.
« - Je ne suis pas très calé en sciences, mon père sera plus à même de te donner les détails, mais j'ai compris en gros que tu pourrais recommencer ta vie. »
Je me figea de nouveau. Recommencer ma vie. Recommencer ma vie ! Toute ma vie ! Mon sang ne fit qu'un tour à cette idée, il ne me fallu qu'un demi-instant pour comprendre tout ce que cela impliquait, et je m'écria : « OUI ! Je le veux ! Je veux y revenir ! »
La vengeance n'est pas forcément mauvaise conseillère…
…
Pour ceux qui n'auraient pas compris, ce que Gryffondor essaie de faire, c'est donner à Harry des grands coups de réalisme dans le… les acquis, afin de le faire mûrir et de lui éviter de nombreuses errances et erreurs de jugement. Il me paraît que les échecs sont un bon moyen pratique pour faire comprendre tout cela avec un exemple simple à comprendre.
Quelques commentaires SVP ?
