NVJM
Harry Potter et l'histoire inachevée
Chapitre 9 : L'expérience
Allongé sur mon lit, seul dans le dortoir que je partageais avec mes camarades vampires, strangulots, centaures et géants, je n'arrêtais pas de repenser à ma discussion de la veille avec Gryffondor. Recommencer ma vie !
Que dire de plus ? J'étais ébahi par l'idée qui avait germé dans l'esprit génial de Merlin. Même si je n'y comprenais absolument rien, et que j'avais encore moins d'idées de comment il comptait s'y prendre. Cela faisait des heures que j'y réfléchissais, et pas moyen de choisir quelle méthode pouvait être la bonne parmi les milliers qui m'étaient venues à l'esprit.
Me levant finalement, je me mis à ranger mes affaires dans la petite valise qui m'avait été donnée pour mon départ. C'est que j'avais des choses à y ranger maintenant ! Nombre de mes camarades d'orphelinat m'avait fait un petit cadeau pour me dire au revoir. Comme il y avait beaucoup d'enfants, c'était principalement des dessins me représentant, l'épée à la main, combattre des ennemis avec un masque en forme de tête de mort. En demandant des explications, on me dit que c'était une représentation des rebelles « Purs », une secte de fanatiques sorciers qui voulait renverser l'Union Magique…
…ma connaissance de l'avenir me plongea dans une grande perplexité. Ils allaient gagner. Mais comment un petit groupe de fous avait-il pu vaincre l'immense puissance qui m'avait été exposée ? J'avais un peu de mal à le concevoir.
Revenant à mes moutons, il ne me fallu plus beaucoup de temps pour fermer les sangles de mon paquetage. Potions de toutes sortes, nourriture, une baguette compatible, une multitude d'objets magiques pour encore plus d'usages qui me seraient merveilleusement utiles… j'étais paré ! J'avais de quoi vaincre une cohorte d'aurors !
Maintenant, il fallait que je me dépêche ! Gryffondor m'attendait pour me conduire là où devait avoir lieu mon départ. Pas question d'être en retard ! C'est en courant que je sortis de ma chambre et dévala les escaliers quatre à quatre, sortant des quartiers des garçons de mon âge, pour… BAM ! Aïe !
« - Aïlleuh ! Mais keskisépassé ?! » Grogne-je, fesses par terre, en me frottant le crâne. J'allais avoir une bosse ! Relevant la tête, j'aperçu… Serpentard, dans la même position que moi, se frottant de même la tête. Oups.
« - Pardon ! » Dis-je en me relevant rapidement pour l'aider à faire de même. C'est qu'à son âge, il avait bien du mal à le faire…
« - Ce n'est rien fiston, ce n'est rien… mais tu tombes bien, je venais justement te voir. »
Ah ? Moi ? Mais pourquoi donc ? Me posant ces questions, je ne peux m'empêcher de regarder autour de moi pour trouver une échappatoire. Réflexe de survie. Je n'ai toujours pas confiance en lui. Je n'y arrive pas. « Que me voulez-vous ? » Lui demande-je pour le forcer à parler, alors qu'il me regarde sans rien dire.
« - Je voulais te dire au revoir, tout simplement. » Il s'agenouille devant moi. « C'est toujours difficile, pour des parents, de voir un de leurs enfants quitter la maison. »
Encore ça ! J'ai toujours du mal à croire qu'il me considère vraiment comme l'un de ses enfants. En si peu de temps ! Certes, c'est un peu le principe de l'adoption… les paroles d'abord, la confiance ensuite. Mais tout de même…
« - Euh… je… »
« - Ne dis rien. Ce n'est pas la première fois que je dois vivre une telle épreuve, et ce n'est probablement pas la dernière. Promets-moi juste de ne pas prendre de risques inconsidérés dans l'avenir. Soit réfléchi, prudent, et fait tout ce que tu peux pour être heureux. Ne vis pas que pour ta vengeance, vis pour ce qui viendra après. Sinon, tu échoueras fatalement. Tu me promets de prendre soin de toi ? »
Je déglutis sans pouvoir m'en empêcher. A chaque fois qu'il tenait ce genre de petit discours, pour moi comme pour d'autres, je ne pouvais m'empêcher d'être épris d'affection pour lui. Je n'avais jamais vu quelqu'un tant empli de bonté. Il l'exsudait de toutes parts.
« - Je… je vous le promets monsieur. »
« - Papa ? »
« - …pa… papa. Merci. »
Il me serra alors dans ses bras pendants quelques instants. Je me raidis en réponse, par réflexe, avant de progressivement me détendre. Il ne me ferait pas de mal. Il ne me ferait pas de mal…
Alors, me serrant de même contre lui, je me laissa aller à une marque d'affection.
C'était la première fois depuis que j'étais arrivé ici, à cette époque.
Et c'était pour Salazar Serpentard.
Qui l'eut cru ?
« - Allez, va ! » me dit-il en me relâchant après quelques minutes. « Tu es attendu, je crois ? »
« - Oui ! Merci. » Et je m'en alla en courant, ne souhaitant pas recroiser son regard de nouveau. Sinon, je crois que j'aurais fondu en pleurs.
…
Je déboula dans le hall en dévalant les escaliers quatre à quatre, manquant de tomber à de nombreuses reprises. Mais qu'importe ! J'étais bien trop pressé de découvrir ce qui m'attendait pour m'inquiéter d'une quelconque petite fracture.
« - Me… voilà ! » soufflai-je, à court de souffle, en m'arrêtant de justesse devant un Gryffondor tout sourire.
« - Je vois ça ! » Rit-il. « Allons, viens maintenant ! »
Et il m'entraîna à l'extérieur, dans le parc toujours radieux. Nous reprîmes le même chemin que lors de mon arrivée, pour rapidement traverser un bras de forêt puis déboucher sans prévenir en plein cœur de la gigantesque cité de Pôdlad. Elle était toujours aussi impressionnante ! Bien que nous soyons relativement tôt le matin, il y avait déjà des dizaines de milliers de personnes qui parcouraient ses immenses avenues, le tout en une incessante effervescence ! Y avait-il un seul moment où cet endroit n'était pas empli de cris de joie ?
Gryffondor m'entraîna de nouveau en direction de l'immense tour qui dominait tous les environs. « C'est là-bas que… ? » lui demandai-je.
« - Oui, dans les laboratoires du sous-sol. On dirait que tu es appréhensif ? »
« - Euh… un peu, oui. » En effet, qui pourrait ne pas l'être ? Je m'apprêtais à être entrainé dans quelque chose d'incroyable !
« - Idiot, » me surprit-il, « ne révèle pas tes sentiments en public. Tes potentiels adversaires pourraient s'en servir contre toi. Choisis-toi un comportement et reste-y toujours fidèle, sans jamais en changer ! »
Je ne répondis rien à cela. A quoi bon ? Instinctivement, il me semblait évident qu'il avait raison. D'ailleurs… étais-ce lui qui avait raison ? Sa phrase ramena un souvenir à ma mémoire… quelqu'un qui était décrit comme un exemple de bonté, et qui pourtant passait son temps à grogner.
Je revins à la réalité en me faisant bousculer. Sans que je ne m'en aperçoive, j'avais suivi mon guide jusqu'à l'immense esplanade qui se trouvait au pied de la grande tour. Et encore une fois, tout était bondé ! Nous suivions une interminable file de gens se dirigeant vers l'entrée du monument, remplaçant en son sein une autre foule qui s'en allait. Visiblement, l'activité y était constante…
Nous parcoururent tant bien que mal quelques centaines de mètres, jusqu'à arriver dans l'immense salle d'entrée. J'étais toujours impressionné par cette démesure. Comment tout cela pouvait-il bien tenir debout ? Il n'y avait pas le moindre soutènement sur ce qui devait probablement être une surface de milliers de mètres carrés ! « Magie, évidemment, » pensais-je soudain comme une évidence. Et le retard technologique des sorciers de mon époque me frappa avec encore bien plus d'évidence qu'auparavant. Comment tant de savoir avait-il pu être perdu ?
Bien vite, Gryffondor m'entraîna vers une porte peu fréquentée, fermée d'une barrière et gardée par un poste armé. Qu'y avait-il au-delà ?
« - HALTE ! Qui êtes-vous et que voulez-vous ?! » nous invectiva violemment l'un des quelques gardes en brandissant une hallebarde vers nous dès qu'il lui fut clair que nous nous dirigions vers lui.
« - Godric Gryffondor, général des armées, accompagné de Harry Potter. Nous nous rendons dans les laboratoires à la demande de Merlin et du Père Créateur, » récita mon guide, me surprenant. Général des armées ? Vraiment ? Encore quelque chose que j'ignorais.
« - Vous êtes attendus, » acquiesça le garde en se calmant et soulevant la barrière. « Vous pouvez passer. »
Et lorsque nous franchîmes la porte, je ressentis comme une terrible chape de plomb s'effondrer sur moi, me forçant à plier genoux. « Aïe ! Mais c'est quoi ça ?! »
« - La barrière, » m'expliqua Gryffondor en m'attendant, « ce n'est qu'un décor fait pour tromper les imprudents. La vraie défense, c'est un mur de magie forçant à l'arrêt par brusque augmentation du poids. Dis-toi que si nous n'avions pas été autorisés et nos signatures magiques signalées, l'instant que nous passions, nous aurions tous deux été aplatis comme des galettes. Le garde n'a pas besoin de vérifier nos identités, il ne le fait que pour la forme, si nous avions menti nous serions déjà morts. »
Gloups. Voilà qui n'était pas pour me rassurer. « Quelqu'un a déjà été… tué ? » demandais-je, appréhensif.
« - Pas ici, mais c'est une arme très efficace en période de guerre. Je parle d'expérience. En revanche, c'est difficile à utiliser. »
Je ne dis rien de plus, ne parvenant pas à me retirer de la tête l'image d'un Harry tout plat… gloups !
Il ne nous fallu alors plus très longtemps pour parvenir à destination. Arrivant dans un énième couloir, j'y aperçu Merlin et son frère, nous attendant visiblement en discutant. Et, chose étonnante, le Créateur n'était ni en train de faire la grimace, ni en train de sermonner son interlocuteur. Il avait presque un visage doux…
« - Grumble ! » dit-il en nous voyant arriver. Ma petite théorie d'il y a quelques minutes semblait se confirmer. Mais pourquoi jouait-il cette comédie en ma présence ? A croire qu'il ne me faisait pas confiance… Ou peut-être se méfiait-il de Gryffondor. Va savoir…
« - Bonjour fiston ! » dit Merlin en accueillant son fils, le serrant dans ses bras pour lui faire la bise… ou le transpercer de sa barbe ? Je me demande…
A peine sommes-nous arrivés que nous entrons dans ce nouvel endroit… les laboratoires. Je suis aussitôt heurté par l'incessant boucan qui en provient ! Comme si des milliers de ronflaks cornus avaient soudain décidé de révéler au monde leur existence ! Et en un sens, c'est un peu ça : presque à perte de vue, des centaines, des milliers de personnes s'affairent à travailler sur toutes sortes de choses. Certaines bricolent des machines étranges, d'autres jettent des sorts, d'autre encore les subissent puis prennent des notes… le sort passant juste au dessus de la tête de quelqu'un d'autre, qui se relève juste après comme si de rien n'était ! L'effervescence qui règne ici est vraiment apocalyptique !
Ici, je vois une potion se mettre à bouillir, à dégager une soudaine fumée… fumée qui jette un sort ! Avant que la potion ne retombe complètement dans son chaudron et que le cycle ne recommence. « Potion d'assaut, » m'indique Gryffondor en se penchant vers moi. « Ils recherchent le moyen de lui faire jeter plusieurs sorts sans qu'il y ait à la refaire bouillir. »
Un peu le principe des grenades moldues, pense-je. Et, voyant cette technologie, je comprends de moins en moins comment l'Union va bien pouvoir être détruite par les Purs…
Là encore, j'aperçois un employé multicolore, sa peau passant par toutes les teintes possibles et imaginables sous les rires de ses collègues, qui s'empressent de lui venir en aide… lui rendant son apparence originale : bleu à pois verts ! Mais dans quel asile de fous suis-je donc tombé ?! « Potion de dissimulation censée donner l'apparence du décor arrière, » me dit Gryffondor. « Pas encore très au point… »
M'interrompant dans mes pensées, Merlin commença à marcher, sans aucun doute pour se rendre à notre ultime destination… mais il s'arrêta soudain, et se retourna vers nous. « Mon frère ? » s'étonna-t-il en haussant un buisson.
Celui-ci se tenait là, immobile, sa main caressant encore son menton imberbe en un air d'intense concentration. Comment diable pouvait-il réfléchir ici ? Avec un tel boucan que même Touffu ne pourrait pas dormir !
« - Hum… humhum… » Pour une fois qu'il ne grognait pas, il fallait qu'il reste tout de même incompréhensible !
« - Qu'y a-t-il mon frère ? » s'enquit Merlin.
« - Harry, tu as bien dit que, quand tu t'es senti venir ici, tu as ressenti comme quelque chose qui t'y attirait de force ? »
« - Euh, oui. J'avais l'impression de voir comme une route qui attirait tout ce qui m'entourait. Pourquoi ça ? »
Sans mot dire, il s'en alla auprès d'un des appareils qui trainait sur un établi, et y donna un coup de pied pour l'arrêter. Puis il s'en alla, nous plantant là sans plus rien dire. Quelle politesse ! Ne s'en préoccupant pas, mes guides partirent pour la suite, m'entraînant avec eux, ne me laissant que le temps de zyeuter un petit écriteau indiquant « pompe à magie »…
Entrant dans un nouveau quartier des laboratoires, l'entrée gardée par une nouvelle horde de gardes et pléthore de mesures de sécurité, nous arrivâmes dans un endroit… très spécial. Ici, fini les poutres de bois et l'architecture moyenâgeuse. On se serait cru à mon époque ! Des murs parfaitement plats, toutes les surfaces pavées de carrelage émaillé… et cette constante odeur de désinfectant ! Argh ! « Quelle puanteur ! C'est infect ! Mais qu'est-ce que vous étudiez ici ?! » Je ne peux m'empêcher de réfugier mon nez sous mon col, et même Merlin utilise sa barbe-écharpe pour se protéger. Seul Gryffondor semble ne pas être gêné, mais bon… pour lui, ça ne m'étonnerait même pas que ses seuls poumons soient plus musclés que moi tout entier.
« - L'influence des maladies sur la magie, » me répond Merlin. « En comparant deux enchantements identiques, l'un en situation normale et l'autre isolé des maladies autant que faire se peut, nous devrions pouvoir en déduire de nombreuses choses. Nous espérons pouvoir ainsi améliorer les magies médicales. »
Je n'eu pas le temps d'en entendre plus que nous passâmes encore par une porte gardée par une armée de soldats. Et maintenant, c'était des géants ! Armés et armurés de la tête aux pieds ! « Ils sont avec moi, » indiqua Merlin en nous montrant du doigt, Gryffondor et moi. Devais-je comprendre que même le Fondateur n'avait pas le droit d'entrer ici ? Mais qu'est-ce qui se cache derrière cette porte ?
Après avoir passé une première porte blindée notifiée « Archives », puis une deuxième, et encore, nous arrivâmes finalement… dans un simple petit bureau. Il n'y avait là qu'une simple table de bois, avec une seule chaise et une multitude d'étagères, toutes remplies à craquer d'encore plus de feuilles volantes. Merlin avait de quoi ne pas être dépaysé, lui qui n'avait besoin que de quelques minutes pour obtenir ce résultat…
J'aimerais bien pouvoir fouiller tout mon saoul, cette accumulation de document devant être sacrément précieuse pour être gardée avec une telle sécurité. Mais je n'ai pas le temps de le faire, que l'on me fourre une feuille entre les mains. « Qu'est-ce que c'est ? »
« - La théorie, » me répond Merlin. « Comment mon frère pense qu'il est possible que tu retournes à ton époque. Je t'avoue n'y pas comprendre grand-chose. »
Et pour cause : à part une intro grognant à souhait un « Grr ! » je ne vois rien d'autre qu'une accumulation de chiffres et de calculs tous plus compliqués les uns que les autres. Des équations. Et pas qu'un peu. « Désolé Merlin, mais je n'y comprends rien moi non plus. Je n'ai vraiment pas les connaissances pour ça. » Je lui rends la feuille en prenant grand soin de ne pas la froisser. C'est que je suis sûr que je pourrais en faire ma bible.
« - Je comprends, » rit-il. « Je vais donc te dire ce qu'Il m'a expliqué. »
Et… il le fit. Pendant une heure. Puis deux. Et trois. Il me parla d'une multitude de théories concernant ce que pouvait bien être la magie. Etais-ce une chose « qui est » simplement, sans aucune raison ? Ou bien quelque chose de plus profond, de plus complexe ? J'entendis parler de pourquoi ils n'utilisaient que des équations et pas des certitudes, rompant avec la tradition aristotélicienne (I), car la nature de la magie elle-même était incertaine. Et enfin, nous en arrivâmes au plus important.
« - …et pour conclure, c'est pour ça qu'Il pense qu'E = magie. Tu comprends ? » (II)
On aurait put entendre une mouche voler. Etait-il vraiment utile que je réponde ? A côté de moi, Gryffondor s'est déjà endormi depuis plus d'une heure, faisant une sieste bien méritée, et commençant un peu à ronfler. Et moi-même, il ne s'en faut que de peu pour que je l'imite. Non, je n'y comprends rien. C'est beaucoup trop compliqué pour moi.
« - Si je… traduis bien, vous comptez m'endormir magiquement jusqu'à ce que les siècles passent et que j'en arrive à ma naissance ? C'est ça ? »
« - C'est à peu près ça. Théoriquement, tu devrais t'incarner dans ton corps au moment où tu commenceras à être conçu par tes parents », répondit Merlin. « Mais tu dois bien comprendre que chaque détail de tout cela n'est que théorie, qu'il n'y a pas encore eu d'expérimentation : il y a forcément des éléments que nous ne connaissons pas, et qui pourraient totalement chambouler ce que nous pensons. Tu as d'immenses chances de mourir dans la tentative. »
A ma place, je ferma les yeux en baissant la tête, pensif. Mourir… bah ! En un sens, je l'étais déjà. Si ça se trouve même, tout ce que je vivais depuis le baiser des détraqueurs n'était que le fruit des hallucinations de mon cerveau s'affolant de panique à l'approche de la délivrance… Mourir. Quelle importance ? Résolu, je regarda Merlin droit dans les yeux. Avant de détourner le regard, n'osant croiser ses buissons. Ils me donnaient toujours l'impression d'être transpercé en tous sens. « Qu'est-ce qu'on attend ? » dis-je.
…
Quelques minutes plus tard, nous avions quitté les archives du laboratoire pour revenir dans le laboratoire d'étude des runes. Gryffondor nous quitta à ce moment là, ayant à faire ailleurs. Visiblement, ils pensaient pouvoir me faire voyager dans le futur de cette façon ? Mais comment ? Les runes ne pouvaient pas faire une chose pareille… si ? (III)
« - L'équipement est-il prêt ? » demanda Merlin à des chercheurs.
« - Oui, voici monseigneur. » Aussitôt, on lui tendit un paquetage, qu'il saisit précautionneusement. Puis, se retournant vers moi, « suis-moi, nous partons d'ici. »
« - Ah ? On ne fait pas ça tout de suite ? » Cela m'étonnais, et me décevais un peu. Je pensais que je pourrais partir bientôt…
« - Si, dès que possible. Mais tu ne crois tout de même pas que nous n'allons prendre aucune mesure de sécurité ? »
« - Comment ça ? »
« - Le système qui va te faire voyager doit être maintenu jusqu'à ce que ta destination soit atteinte. S'il est désactivé, tu meurs. Il n'y a pas d'alternative. Il faut donc que nous nous rendions dans un lieu aussi discret et sécurisé que possible. »
« - Et… où ça ? »
« - Sous nos pieds. »
…
Je suis complètement perdu. Entre les couloirs interminables, les salles s'entremêlant sans cesse, les carrefours, les culs-de-sac et encore je ne sais quoi… nous avons bien dû parcourir des dizaines de kilomètres ! Des salles d'un luxe insolent se trouvant au premier étage, nous sommes passés dans des couloirs devant chacun contenir l'équivalent d'une forêt entière, tant le bois y est omniprésent… après quoi nous sommes descendus dans des escaliers, d'abord bondés, puis de plus en plus déserts et dérobés… jusqu'à maintenant. Je doute que beaucoup de personnes connaissent l'endroit où nous nous trouvons, du moins à en juger par les murs directement taillés dans la roche, l'humidité omniprésente et l'éclairage à la torche…
« - Mais où sommes-nous donc ? » ne puis-je m'empêcher de demander… encore une fois.
« - Bientôt à destination, » réponds Merlin… encore une fois.
Autrement dit, une dizaine de kilomètres, maugréais-je en pensant à mes pauvres jambes. D'ailleurs, comment Merlin faisait-il donc pour ne pas s'en plaindre ? Il était pourtant bien plus vieux que Serpentard, non ? Il aurait dû s'effondrer d'épuisement depuis bien longtemps.
« - Nous y sommes ! » dit soudain Merlin, me tirant en sursaut de mes pensées. Enfin !
Il ouvrit doucement une petite porte de bois, et me fit signe de passer pour pouvoir refermer… je n'alla pas bien loin que je me retrouva face à une autre porte, cette fois ci en acier massif, visiblement blindée. Et… il y avait quelque chose d'étrange. Posant ma main dessus, je fus surpris de découvrir un métal chaud, agité de régulières pulsations qui semblaient le remplir d'énergie… AÏE ! Mais c'est que ça brûle !
« - Mais qu'est-ce que c'est que ça ?! Cette sensation ?! » m'étonnais-je.
« - Ce sont des runes, » m'indiqua Merlin en ouvrant. « La salle derrière ce mur en est truffée de toutes parts. Ça génère beaucoup de chaleur. » Je ne comprenais pas…
« - Mais… quel rapport entre un alphabet et toute cette magie que j'ai ressentie ? »
« - Un alphabet ? » il me jeta un regard étrange, comme si j'étais le pire des imbéciles. « Oh, tu veux dire les runes scandinaves ! Non, ça n'a rien à voir. Je te parle ici de runes magiques. Il n'y a que le nom qui est en rapport. Le reste n'a vraiment, mais alors vraiment rien à voir. »
« - Ah… Et… à quoi ça sert ? »
« - A maîtriser la magie, bien sûr ! Quand tu jettes un sort, il y a une grande partie de l'énergie qui est perdue pour toutes sortes de raisons, sans compter que l'on est obligé d'en utiliser énormément pour un résultat bien faible en comparaison. En utilisant des runes, on dicte directement ce que l'on veut à la magie et cela permet d'obtenir des résultats extraordinaires pour un faible coût en force. Il suffit juste d'alimenter le système avec de la magie brute. »
Intéressant. Maîtriser la magie ? Apparemment, il ne veut pas dire la même chose que pour l'usage d'une baguette… voilà un sujet qui a l'air passionnant. Dommage que je n'ai pas le temps de m'y pencher.
« Que faisons-nous maintenant ? » demande-je à Merlin. Car la salle où nous nous trouvons est… vide. Il y a juste un lit de pierre… vide, et une table de bois… vide. Il n'y a rien.
« - Déshabille-toi, » me répond-il, me surprenant. Ce disant, il posa son paquet sur l'établi et le déballa, en sortant un tas de tissus. « Déshabille-toi et enfile ceci, » répète-t-il, défaisant un vêtement unique englobant la totalité du corps. Et vraiment la totalité ! Il y avait même des boutons pour refermer la capuche autour du visage !
« - Pour quoi faire, un machin pareil ? » m'étonne-je. « Mes vêtements actuels ne pourraient-ils pas …? »
« - Ces vêtements là, il faut que tu leur dise adieu. Et d'ailleurs… il va aussi falloir que tu dises adieu à ton corps. »
Quoi ?! Dire adieu à… mon corps ?
« - Que voulez-vous dire ? » lui demande-je en me mettant instinctivement sur la défensive. Même si je savais pertinemment que je n'avais pas la moindre chance contre lui.
« - J'imagine que tu as cru que nous te ferions voyager dans le futur simplement en claquant des doigts ? » Il afficha un sourire moqueur. « Tu as été idiot. Voyager dans le futur est possible, mais il n'y a que deux moyens de le faire : soit nous te faisons te déplacer à grande vitesse très longtemps et très loin d'ici, vers les étoiles, avant de te ramener, soit nous te transférons… la première méthode n'est pas possible, nous n'avons tout simplement ni les connaissances ni les moyens de la mettre en œuvre. En revanche, la seconde façon… »
« - Mais comment comptez-vous faire ?! » Je suis exaspéré par sa façon de faire durer le suspense ! A croire qu'il voulait me faire un cliffhanger en me disant « la suite au prochain épisode ! » Fort heureusement, il m'épargna cela.
« - Nous n'allons pas faire voyager ton corps, lui tu le récupèreras en t'incarnant dedans au moment de ta naissance, dans le futur. Non, en réalité, nous allons endormir ton âme et la transférer dans… ceci ! » Il sortit de sa poche un petit boitier, à peine plus grand qu'un doigt.
« - C'est quoi ? »
« - Je ne sais pas. Mon frère me l'a donné en m'expliquant quoi en faire, mais il a refusé de me dire quoi que ce soit de plus. Juste ce que je viens de te répéter. La seule chose que je puis rajouter, c'est que cette combinaison sera chargée de transférer ton âme vers le boitier, puis ensuite de le protéger grâce à ses couches de runes protectrices. »
Puis il me tendit la tenue. Je me déshabilla rapidement, ne gardant que mes sous-vêtements, mais… « Enlève-les aussi », me dit Merlin, me surprenant. « Si je te dis de te déshabiller, c'est parce que les vêtements vont gêner le travail des runes. Si tes testicules ou ton pénis ne sont pas transférés correctement, tu pourrais te retrouver stérile ou eunuque en te réincarnant dans ton corps. Voire même avec un trou sanguinolent entre les jambes. Je suppose que tu n'as pas envie de te vider de ton sang à peine arrivé à destination ? »
Euh… non. Mieux vaut éviter. Ce serait… légèrement préférable. Je m'exécute donc.
« - Tiens, mets-ça. » Et il me tendit… un pince-nez ?
« - Pour quoi faire ? » m'étonne-je en l'enfilant, brenant aussidôt une voix enrhubée.
« - Tout à l'heure, je t'ai dit de dire adieu à ton corps… c'est parce que nos sortilèges de stase ne sont pas assez puissants pour fonctionner des siècles durant. Tu te décomposeras bien avant d'arriver à destination. Autant t'éviter l'odeur. »
QUOI ?! Me décomposer ?! Mais c'était pas prévu dans le contrat ça !
« - Il y a une autre… agréable surprise dans le genre ? » Ironise-je. « Vous voulez aussi un morceau de mon crâne pour faire une potion de résurrection ? »
« - Inutile, nous avons déjà récupéré tout ce qu'il nous faut. »
Re-QUOI ?! « Comment ça ?! »
« - Dès que tu as été découvert inconscient, nos services secrets ont prélevé sur toi tout ce qui est nécessaire pour lutter contre une possible trahison. Sang, poils, salive, urine, sperme, sucs gastriques ou autres… dis-toi que si tu as pu vivre assez pour te réveiller, c'est uniquement car ils n'ont trouvé aucune chose suspecte sur toi. »
Des services secrets ? Je ne sais pas comment prendre la nouvelle. Moi qui pensais que tout ici était rose et heureux…
« - Mais pourquoi est-ce que vous êtes aussi méfiants ? Un adolescent comme moi ne risque pas de vous faire grand mal ! »
« - Il ne faut jamais sous-estimer la magie. Ni ses ennemis. »
« - Ses …? »
« - Notre pays est en guerre, vois-tu. Depuis sa création, nous nous battons contre un ennemi plus puissant que nous. Aujourd'hui, il se manifeste sous l'identité des rebelles « purs », lorsqu'ils seront vaincus il prendra une nouvelle forme… nous sommes en état de guerre constante. » Il avait dit cela l'air sombre, le regard lointain, comme s'il revivait d'anciens souvenirs…
« - Vous n'avez pourtant pas l'air très militarisés... »
« - Tu t'es laissé aveugler par les apparences. Remémore-toi ce que tu as vu. Quand tu as été dans le palais, toutes ces personnes qui allaient et venaient sans cesse, parfaitement disciplinées ? Des fonctionnaires travaillant d'arrache-pied pour faire fonctionner le système. Le palais n'est jamais en repos, des équipes se relaient constamment dans ses bureaux. Repense aussi à tous tes camarades à l'orphelinat : pourquoi crois-tu qu'il y en a autant ? Leurs parents sont tous morts à la guerre. Repense aux cours qui sont donnés à l'école : il s'agit d'une formation pour de futurs soldats. Et encore bien d'autres choses. Nous ne vivons pas, nous nous acharnons à la survie. »
Maintenant qu'il le disait, il est vrai que tout avait du sens. D'ailleurs… « J'ai entendu dire que votre fils Gryffondor était général des armées. C'est vrai ? »
« - En effet. »
« - Si vous êtes en guerre, pourquoi un général des armées s'occupe-t-il d'orphelins avec tant d'innocence ? » Il ne me répondit pas. Le regardant dans les yeux, je lui vis petit à petit naître un étrange sourire… satisfait ? Ou… sadique ?
« - A ton avis Harry, pourquoi est-ce moi qui m'occupe de toi ici, alors que tu as pu remarquer que j'ignorais bien des choses sur le fonctionnement de tout ce que je fais là ? »
« - Euh… ben… je ne sais pas. » Il est vrai que, maintenant qu'il le dit, tout du long ça a été son frère qui a tout fait. Qui a calculé ce qui serait nécessaire, qui a préparé le matériel… etc.
« - Mon frère aurait été mieux indiqué que moi pour ce que nous avons fait jusqu'à maintenant. Mais il est presque cracmol, il n'a que bien peu de puissance magique. Ce qui est un grand défaut pour ce qui va suivre… car une fois que je partirais, cet endroit sera totalement coupé du monde. Une puissante chape de béton sera coulée dans le couloir sur plusieures centaines de mètres. De fait, toute la magie qui sera nécessaire pour te maintenir en vie et alimenter les runes doit être fournie en une fois ! Tiens-toi prêt ! »
Il ferma alors les yeux, et s'affaissa légèrement en baissant la tête. En train de se concentrer. Il ficha alors son bourdon dans le sol, et…
…fit quelque chose qui devait à jamais rester gravé dans ma mémoire ! Il déchaîna sa magie ! ET QUELLE MAGIE ! QUELLE PUISSANCE ! C'en était inconcevable ! En un instant, il fut entouré d'un halo lumineux et se mit à luire légèrement, alors qu'un brusque coup de vent balayait la salle ! Et peu à peu, il émana tant de lumière de son corps qu'il me fut impossible de le regarder !
Je sentis soudain toutes les runes autour de moi se mettre à chauffer ! En train de se remplir d'énergie, de magie ! Elles étaient de plus en plus chaudes ! Ma parole, j'allais finir rôti !
« - Harry… une dernière chose. »
« - Quoi ? »
« - Ne trouves-tu pas étrange que nous ayons si facilement accédé à ta requête de voyager dans le temps ? »
« - Quoi ? Je… non, pas vraiment. Vous avez dit que vous pouviez essayer. »
« - Tu es un imbécile Harry. Tu as été berné du début à la fin. »
QUOI ?! Comment ça ?! « Que voulez-vous dire ?! »
« - Ne trouves-tu pas étonnant d'avoir spontanément eu l'envie de vivre ici heureusement, alors que tu venais de ressortir d'un traumatisme sans commune mesure ? »
Je ne répondis pas de suite à cette question. Je n'avais rien remarqué, mais… c'est vrai que maintenant qu'il en parlait, je trouvais ça étonnant. Certes, je pouvais bien croire que j'étais plus résistant que je l'imaginais jusqu'alors, mais… n'avoir pas d'autres séquelles qu'une forte dépression, c'était un peu étonnant…
…ils devaient m'avoir drogué ! Comme l'avait fait cette maudite Pomfresh ! Rien que penser à ça me fit entrer dans une colère noire ! « POURQUOI AVEZ-VOUS FAIT TOUT ÇA ?! ENFOIRÉS ! »
« - Pourquoi ? Ah ! A toi de le deviner. »
Et il fit de nouveau jaillir un flot de magie, m'envoyant violemment dans le pays des songes…
« - Adieu Harry. »
Et tout devint noir.
Expérience Harry Potter commencée.
…
Quelques commentaires SVP ?
Pour la théorie de la magie citée dans ce chapitre, n'hésitez pas à aller découvrir ma fic « E=Magie ». (Oui, je la terminerais !)
I. Aristotélicien, enne : se réfère à ce qui vient d'Aristote. Bruce, bien à toi. ^^
II. Hein ? Quoi ? De la pub ? Noooooooon ! Absolument pas ! Je vous jure !
III. Les runes : dans mes fics, je me sers d'une version personnelle de ce domaine de la magie (voyez les chapitres en rapport sur E=magie… quand ils paraîtront).
