NVJM
La guerre à une forte tendance à bafouer tous les droits Humains. Avec la magie, c'est encore pire. N'oubliez pas que tout ce que vous lirez ici est une fiction, et que ce sont des personnages qui parlent, pas moi…
Harry Potter et l'histoire inachevée
Chapitre 11 : Inaction… Création
Dans la cité de Pôdlad, conseil de la république magique. Après la débâcle…
Me voilà de retour face au Conseil de la Magie ! Cette fois-ci, contrairement à la précédente, c'est clairement la peur qui domine. Personne ne s'attendait à la défaite, tant elle était improbable. Sans compter que le général Varèk et ses ordres avaient… légèrement déçus. Passer son temps à se vanter, pour être mit en déroute en un instant… ça lui ressemblait si peu !
Sur l'estrade, vociférant plus fort encore que la fois précédente pour peu que ce fut possible, le Créateur semblait subjuguer, ou plutôt terroriser les élus avec son nouveau discours. Nul doute que l'annonce de sa tentative d'assassinat allait faire marcher à plein tout l'amour que le peuple lui portait… sans compter qu'on disait de lui qu'il était le meilleur stratège de l'Union ! Cette qualité ne serait sans aucun doute pas oubliée. Et… à l'entendre, Lui s'en souvenait parfaitement !
Montrant soudain les élus du doigt, l'autre poing levé en signe de menace, il hurla plus encore : « Ne vous méprenez pas sur mes intentions : je ne vous demande pas les pleins pouvoirs ! JE LES EXIGE ! Refusez, et vous en subirez les conséquences ! » (I)
Et, avec ce dernier coup d'éclat, il s'en alla sans plus rien ajouter, quittant l'amphithéâtre sous les regards désespérés des élus de l'Union. Il avait gagné, il le savait. Inutile de s'attarder, mieux valait d'ores et déjà commencer à rétablir la dictature ! (II) Le peuple n'attendait que ça depuis qu'il s'était retiré et avait laissé le pouvoir à la république magique…
…
Suivant le Créateur à l'extérieur, je passe soudain dans un étau d'obscurité qui me presse de toutes parts, avant de soudain devoir me protéger les yeux du soleil. Me revoilà sur la grande place ! Et tout autour de moi se presse tout le peuple, plus encore admiratif pour peu que ce fut possible. L'annonce du retour de son héros semble lui plaire… s'il savait ce qu'il lui réserve ! Et il va le savoir apparemment, puisqu'il monte sur une estrade pour faire un discours. Et à peine arrivé, il commença à marcher en rond, le dos volontairement vouté, grommelant plus fort que la foule l'adulait. Il resta comme ça pendant plusieures minutes, comme se parlant à lui-même, avant de soudain se redresser à la faveur d'un rayon de soleil, éblouissant de noblesse, de puissance et de charisme ! Un sacré comédien.
« - J'ordonne la mobilisation totale ! Il ne sera fait aucune exception ! Tout homme, toute femme en état de se battre va être mobilisé ! Les enfants les remplaceront aux champs et aux ateliers ! Tous les adolescents sont désormais considérés comme soldats et recevront la formation appropriée ! Le temps de travail journalier passera désormais à temps plein, pas un instant de repos jusqu'à ce que la victoire nous soit acquise ! Les potions énergisantes deviennent désormais la règle, l'idée de sommeil est maintenant criminalisée ! La liberté de la presse est supprimée, la censure est rétablie, renforcée !... » (III)
Et il continua comme ça, encore et encore… dans les rangs du peuple, nombre de personnes semblait finalement comprendre quel prix leurs ancêtres avaient payé pour qu'eux puissent vivre en paix.
« - Nous ne savons combien de temps durera cette guerre, combien d'entre nous perdront la vie en combattant, aussi faut-il préparer les générations à venir, de force s'il le faut ! A partir de maintenant, toutes les femmes fécondables devront être prêtes à enfanter sans interruption, chacune devra obligatoirement donner naissance chaque année, quitte à y perdre la santé ! Toute idée de contraception ou d'avortement est désormais criminalisée ! L'âge d'enfantement obligatoire est établi à treize ans ! Le célibat est déclaré illégal !... »
Quoi ?! Mais il est fou ! Complètement fou ! Jamais le peuple ne serait en capacité d'accepter ça ! Ce n'est plus de la mobilisation à ce niveau là, c'est un véritable enfer ! A croire qu'il considère les femmes comme des machines à reproduire ! Personne ne va accepter ça !
« - …Les récalcitrants seront placés sous Imperium s'il le faut !... »
Ah… il n'abandonnera pas visiblement. A ses risques et périls.
Guettant la réaction du peuple, je fus surpris de le voir conserver son calme. Et toutes mes différentes observations, ainsi que les leçons de Gryffondor et les détails que j'avais remarqués à l'orphelinat, tout ça me revint en mémoire et s'assembla telle une révélation. Tout avait été prévu depuis longtemps. Tout le monde savait que la guerre recommencerait un jour ou l'autre, et l'éducation était formatée en ce sens depuis toujours. Ce ne serait pas comme chez moi, où l'égoïsme règne. Bien qu'effrayé, ici, tout le monde serait ravi de se sacrifier pour l'avenir. Quel que soit ce sacrifice.
« - Face à cet ennemi, nous ne pouvons plus nous permettre d'être humains ! NOUS SOMMES MAINTENANT DES MACHINES DE GUERRE ! PAR LA GUERRE, POUR LA GUERRE ! »
Je ne prêta plus attention au discours du Créateur, sans cesse plus violent. J'étais perdu dans mes pensées. C'était donc ça, la véritable guerre…
Et, petit à petit, je ne fis plus attention à rien, et l'obscurité m'envahit encore.
…
« - AU RAPPORT ! »
HEIN KIKEKOI KESKIYA ?! Je sursaute soudain en entendant ce cri ! Bon sang, je me suis encore endormi sans m'en apercevoir !
Me retournant vers la voix, je vois sans surprise qu'il s'agit du Créateur, sortant d'une pièce obscure et encore une fois occupé à gueuler à tout va… mais pourquoi est-ce qu'il est tout nu ?!
Oh, je vois ! Par une fenêtre, je peux voir le soleil se lever. Il se réveille… en gueulant. Evidemment.
« - Tout s'est bien passé monseigneur ? » demanda un Gobelin en approchant, des vêtements propres entre les bras.
« - Parfaitement, merci. Apprêtez-les toutes pour leur exil ! »
Et il partit en claquant la porte, sortant tout en s'habillant, aucunement gêné de se montrer au naturel devant tout le monde. Mais qu'a-t-il voulu dire, avec cet ordre étrange ?
Suivant le majordome Gobelin, j'entra dans la pièce précédemment quittée par son maître. Tout était plongé dans la pénombre, mais un mot plus tard, les sorts des volets s'activèrent et révélèrent un spectacle qui me fit rougir jusqu'aux oreilles ! Des femmes ! Et pas qu'un peu, au moins… vingt, vingt-et-une… Non, vingt-cinq même ! Chacune d'entre-elle est d'un des différents peuples composant l'Union, il y a même une petite elfe de maison, en bien plus belle que Dobby évidemment, et aussi une géante ! Et toutes sont nues ! Mais pourquoi ? Attendez, ils ont …?!
Avançant au milieu d'elles, ne semblant pas dérangé par leur nudité, le majordome les réveille une à une en leur secouant l'épaule. Cela fait, il se poste au milieu de la pièce, et pendant qu'elles se dépêchent de se rhabiller, gênées qu'un homme les voie ainsi, il leur dit fortement : « Mesdames ! Vous faites maintenant partie du Régiment Spécial numéro un ! Votre obéissance est absolument primordiale, votre soumission doit être totale ! Conformément à ce qui vous a été annoncé lorsque vous avez accepté cette mission, vous allez être placées sous imperium aussitôt sorties de cette pièce, votre mémoire va être effacée, remplacée, et les services secrets vous conduiront toutes loin du pays, chacune dans un lieu tenu secret, où vous enfanterez avant d'être récompensées par une mort douce et rapide ! »
Puis il s'en alla, se retournant vers elles pour un dernier mot juste avant de partir, ne se préoccupant pas de leurs pleurs : « Les tables vous entourant possèdent des plumes, de l'encre et du papier. Vous avez une heure pour rédiger un testament et faire vos adieux à vos familles. Contentez-vous de cela, n'oubliez pas que vos lettres seront censurées si nécessaire. Mesdames ! » Et il salua militairement, claquant les talons sèchement, et referma la porte.
A ma place, les engrenages se mettaient progressivement en place, me faisant comprendre à quoi tout cela rimait. Le Créateur voulait une descendance, et il l'aurait quel que soit le prix à payer…
…mais pourquoi ? (IV)
…
« - Mais ! Enfin, monseigneur ! Pourquoi si peu ?! »
Hein, quoi ? Voilà que je suis soudain apparu dans un nouvel endroit ! Une sorte de caserne, apparemment, au vu de l'équipement et de la foule de soldats en armes qui s'y pressent… pour aduler le Créateur ! Encore lui ?! Mais il est partout ma parole !
« - Dix-mille soldats me suffiront amplement pour l'emporter ! Voilà pourquoi si peu ! »
« - Mais nos ennemis sont maintenant plus de cent milliers ! A dix contre un, vous n'avez aucune chance ! »
« - Le général Varèk était à plus de deux cent contre un ! Ça ne l'a pas empêché d'obtenir l'une des plus grandes défaites de toute l'Histoire ! Pas de discussion ! »
Il aurait plutôt dû dire « soumettez-vous », vu comme son interlocuteur s'inclina soudain, et s'en alla sans plus rien dire.
« - GAAAARDE A VOUS ! » hurla-t-il alors, avant de traverser les rangs de ses troupes, les passant en revue avec la plus grande sévérité.
Et dans le regard des soldats, je vis une certitude… la défaite allait changer de camp !
…
Après cela, je vis défiler devant moi de nombreuses scènes de toutes sortes. Après le désastre de la Bataille des Plaines de Sang et la perte de la quasi-totalité de l'armée, l'Union s'attela à produire autant d'armement et d'équipement que possible. Par dizaines de milliers, toute la population fut formée à la guerre jour et nuit. Face à un sous-nombre massif prédit par le Créateur, fort de son expérience militaire lors de la Première Guerre Pure qui avait vu la naissance et la victoire de l'Union Magique, pari fut prit de miser sur la qualité des soldats plutôt que sur leur nombre. Beaucoup partirent, bien peu revinrent… ou plutôt, aucun ne revenait : une fois partit, soit vous combattiez jusqu'à ce que mort s'ensuive, soit vous espériez la victoire. Improbable si tôt.
Je vis des dizaines de corps d'armée être créés et envoyés au front dès leur entrainement achevé. Non des moindres, les femmes s'illustrèrent rapidement dans les différentes escarmouches qui eurent lieu de ci de là. C'est qu'elles avaient toutes été éduquées dès leur plus jeune âge dans l'adoration de leurs enfants, et la propagande insistait bien sur le fait qu'ils étaient désormais en constant danger de mort… un cocktail explosif.
Pour combattre, la stratégie choisie fut celle de la guérilla. Les Purs se répandaient à une vitesse folle, sans cesse proportionnelle, multipliés à tout va dans leurs horribles élevages. Plus le temps passait, plus le nombre était au désavantage des fidèles, qui ne pouvaient que se reposer sur leur volonté et leur supériorité stratégique. Il était donc absolument nécessaire de mettre un frein à l'invasion Pure le plus vite possible…
…
Hum ? Tiens, me revoilà dans le bureau du Créateur ! Il est de nouveau assis sur sa chaise, et il y a de la visite. Une femme en uniforme. Eh, mais… c'est Elfyld ! La Vélane de mon âge que j'avais vue à l'orphelinat. Elle a bien changée, elle doit avoir plus de cinquante ans maintenant. Et visiblement, son souhait de devenir médecin ne pourra pas s'accomplir… bon, au moins, elle travaille avec celui qu'elle voulait pour chef. Vu l'époque qu'elle vit, c'est mieux que rien.
« - Seigneur, voici le compte-rendu de la prise des élevages purs situés en Normandie. »
« - J'écoute. »
« - Nous avons tué cent-quinze soldats purs, détruit l'ensemble des installations, et capturé un total de vingt-cinq soldats, sept-cent trente femmes et dix-mille cinq-cent quatre enfants, répartis à moitié en filles et en garçons. »
Un rapport. Je ne comprends pas trop ce que celui-ci pouvait bien avoir d'utile, mais qui sait… je ne suis pas un chef de guerre après tout.
« - Quels sont vos ordres monseigneur ? » redemanda la soldate à son chef occupé à écrire je ne sais quoi. Il répondit nonchalamment, sans même prendre la peine de la regarder.
« - L'attaque s'est soldée par le suicide par purification de l'ensemble des soldats, après qu'ils aient purifié tout leur élevage. »
Quoi ?! Je regarde le Créateur l'air stupéfait !
« - Il n'y a pas de survivants, » conclut-il, achevant de détruire mes derniers espoirs. Ce n'est pas possible ! Il ne vient pas de dire quelque chose comme ça !
« - …à vos ordres monseigneur, » répondit la soldate, aussi pâle que moi. Et elle salua raidement, puis s'en alla.
Et moi, je voyais voler en éclat mes dernières illusions. Cette guerre, ce n'était pas les gentils d'un côté, les méchants de l'autre… mais un massacre…
…ce serait le génocide du perdant.
…
Les chefs des Purs n'étaient pas des imbéciles, à n'en pas douter. Il ne fallait pas l'être pour lancer une révolte avec quelques milliers d'hommes contre l'une des plus grandes puissances de l'époque. Aussi, voyant qu'ils ne parviendraient pas à obtenir la victoire s'ils ne changeaient pas leur stratégie, ils formèrent d'innombrables éclaireurs et espions qu'ils envoyèrent partout, recouvrant toute l'Europe et formant bien vite un immense réseau de renseignement capable de les mettre au fait des mouvements ennemis.
Les armées de l'Union étaient partout, sans cesse, parcourant le monde à marche forcée pour abattre l'ennemi partout où elles le trouvaient. Mais elles avaient un grand désavantage : elles ne pouvaient se permettre de se montrer aux yeux des Moldus, sans quoi ceux-ci risquaient de s'en prendre à elles. Et l'Union n'était pas assez puissante pour s'y opposer… au mieux pourrait-elle se cacher.
Les Purs, en revanche, n'avaient absolument aucun scrupule pour se dissimuler parmi ceux qu'ils appelaient impurs, se servant d'eux sans hésiter pour toutes sortes d'usages. Espionnage, illusions, tout était bon pour ralentir l'avancée des Fidèles avant qu'ils n'atteignent la Germanie, fief de la Pureté depuis des siècles. Car là bas, leurs armées se préparaient…
…
Alors que son frère menait les armées sans relâche et qu'il y avait probablement plus de soldats qui mourraient d'épuisement que lors des combats, Merlin, lui, restait dans la capitale. Répandant ses poils de barbe partout, il s'occupait à transformer la cité en usine de mort sans cesse plus performante. D'ailleurs… je parle d'une ville, mais en fait je devrais plutôt parler d'une caserne. Car il n'y avait plus ici le moindre civil, tout le monde, du plus petit enfant au plus usé vieillard, était vêtu d'un uniforme. Chaque jour à heure fixe, tout le monde recevait un emploi du temps à remplir et une dose de potion énergisante, et quand le travail était fait, il était inutile d'espérer se reposer ! L'entrainement n'attendait pas ! Toute idée de divertissement était proscrite.
Dans les champs, les enfants et quelques adultes travaillaient sans relâche. Je les vis récolter, labourer et ressemer en un temps record, répandant un engrais magique, dans tous les sens du terme, qui refaisait pousser les plantes en quelques jours seulement. Et tout recommençait, encore et encore… tout ce qui n'était pas envoyé aux armées était stocké dans la cité, dans des entrepôts gigantesques. Nul doute que toutes les éventualités étaient prévues, et que le siège de la ville en faisait partie.
Voguant petit à petit dans les airs, ma conscience m'amena bientôt sur la grand-place, juste devant le palais… et en fait, je ferais mieux maintenant de l'appeler la « y'a-plus-de-place ! », car en dehors des chemins qui étaient épargnés et évidemment bondés, le moindre plus petit espace était réservé au stockage d'une sans cesse grandissante quantité de matériel. Il en était de même pour les avenues, et jusqu'à la plus petite ruelle. Les rues étaient maintenant équipées d'une plate-forme de bois où était accumulée une encore plus massive force de frappe, tandis que tout le monde circulait en dessous. Le moindre espace devait être économisé !
Le palais avait lui aussi bien changé. L'immense salle servant d'entrée se trouvait dans le même état que la place, et les milliers de fonctionnaires ne cessaient de courir partout, littéralement. C'est qu'il fallait une organisation à toute épreuve pour gérer une guerre… il ne suffisait visiblement pas d'un général de génie pour l'emporter, et ils le savaient.
Allant de couloirs en couloirs sans savoir où ma conscience m'emmenait, j'arriva bientôt en un endroit familier… le bureau de Merlin. Et le vieux croulant n'était pas seul, loin de là ! Plus d'une cinquantaine de personnes étaient massées face à lui, serrées les unes contre les autres sur une accumulation de chaises branlantes. De quoi parlent-ils donc, tous ?
« - Monseigneur, » disait une vélane que je ne connaissais pas. Probablement une reine ou quelque chose comme ça, vu sa couronne. « Comme tous ici, je suis impressionnée, et ô combien admirative de la volonté d'acier du Père Créateur. Comme il l'avait promis, il a bien vite obtenu des résultats qui ont permit d'inverser la tournure de la guerre. Il ne fait nul doute que, comme jadis du temps de nos glorieux ancêtres, il est capable de nous mener à la victoire malgré toute une accumulation de désavantages. Mais son comportement nous inquiète ! Il se montre de plus en plus autoritaire, de plus en plus exigeant ! Certes, il a été légalement investi de tous les pouvoirs, et il reste parfaitement dans ses prérogatives… mais la propagande menée auprès du peuple, des soldats ! Auparavant, ils se contentaient de le célébrer comme le plus grand de nos héros, le remerciant avec amour et admiration alors qu'il n'avait de cesse de fuir leur attention. Mais aujourd'hui, tous le voient comme un véritable dieu, ni plus ni moins ! C'en est au point que de nombreuses personnes frisent l'hystérie à la moindre rumeur de sa venue ! Et il ne montre pas la moindre volonté de calmer la situation, il s'en sert pour l'amplifier plus encore ! Et… ! »
« - Je comprends vos inquiétudes, mes amis, » répondit Merlin, debout, en levant les mains pour calmer l'assemblée. « Mais je pense qu'elles n'ont pas lieu d'être. Vous ne connaissez pas mon frère aussi bien que moi. J'ai une absolue confiance en lui. »
« - Alors expliquez-nous pourquoi, je vous prie, » demanda à son tour un vampire. « Nous aimerions nous aussi dire que nous avons une confiance aveugle en lui, mais nous sommes de plus en plus craintifs de voir la République être renversée lorsque la guerre prendre fin –si nous sommes victorieux. C'est que nous ne voudrions pas d'un Empire ! Cela mettrait en danger les bases de droit et d'égalité sur lesquelles s'est fondée notre union ! »
Merlin soupira, ne sachant guère quoi répondre. Il se décida finalement, en prévenant toutefois… « Je vais vous raconter ce que je puis, mais qu'il soit néanmoins clair qu'il n'aimerait pas apprendre que je vous fais part de certaines choses. Et lorsque je dis qu'il n'aimerait pas… la décence m'interdit de décrire la colère qui l'habiterait à ce moment là, à n'en pas douter. Rien de ce qui sera dit ici ne devra quitter cette salle. »
Tous acquiescèrent en hochant la tête, pâlissant légèrement. Lorsqu'ils l'avaient finalement investi des pleins pouvoirs, à l'assemblée magique, ils avaient bien vu de quoi il était capable lorsqu'il s'énervait…
« - J'ai rencontré mon frère pour la première fois, il y a… oh, il y a plus de deux siècles de cela, presque trois. A cette époque, il n'était qu'un tout jeune adulte errant dans la nature, sans aucune attache particulière. Après une enfance difficile et solitaire, il voulait vivre heureux, fonder une famille… il y parvint peu de temps avant que je ne parte moi-même en voyage, pour retourner de même vivre tranquillement dans mon pays. Mais déjà, une étincelle de volonté brillait dans son regard. J'avais été frappé par l'immense potentiel de ce jeune homme brillant. Nul doute que s'il en manifestait l'envie, il pourrait à lui seul marquer l'Histoire plus que ne l'on fait les millénaires précédents. »
« Nous ne nous sommes pas revu pendant plusieures décennies, jusqu'à ce que, par le plus complet hasard, je découvre que ma fille avait épousé l'un de ses fils. Chose étrange s'il en est. Revenant dans son pays pour nous découvrir tous deux grands-pères, je le revis souriant, heureux autour d'une large famille qu'il aimait plus que tout.
Quelques années après toutefois, les temps s'assombrirent. La rumeur de la guerre revint, et mes seigneurs décidèrent de me renvoyer œuvrer pour que j'avertisse les peuples du danger qui pesait sur eux. Mais j'arriva trop tard pour empêcher l'inévitable… tout avait déjà commencé. Le royaume dans lequel vivait mon frère, que je n'appelais pas encore ainsi à cette époque, était entré en guerre après que la famille régnante ait été en partie décimée par des assassins infiltrés. Le peuple n'avait pas non plus été épargné, loin de là, les morts se comptaient déjà par milliers. De nombreuses familles campagnardes avaient été décimées avant que l'armée ne puisse intervenir pour les protéger. Et parmi elles se trouvaient la sienne… et une partie de la mienne…
Je le revis dans une simple auberge, par ce que je crus être le plus grand des hasards. J'étais en train de cuver un peu trop de bière, prit dans la nostalgie de ma propre famille, lorsque je vis approcher un homme encapuchonné… c'était lui, qui s'assit à ma table face à moi, et me tendit une potion anti-gueule de bois. Nous parlâmes longtemps, mais contrairement à moi, il n'était pas heureux de nos retrouvailles. Bien que parlant calmement, je pouvais sans peine voir qu'il exsudait de haine de toutes parts, allant jusqu'à en trembloter imperceptiblement. Il était le seul survivant de sa famille, et ça l'avait dévasté. Mais loin de se laisser abattre, comme je l'aurais pensé auparavant, il avait fait preuve de toute sa volonté, et avait juré vengeance contre les responsables du massacre. Ceux que vous connaissez… »
Je fus surpris de voir l'assemblée trembler de peur, alors que plusieures personnes se mirent à sangloter, vite aidées en leur peine par leurs voisins. Et ce n'était pas un petit frisson, mais vraiment une terreur inscrite au plus profond de leur âme. Voir des rois, des reines et tant de puissants être aussi effrayés, ça avait de quoi rendre bien perplexe. Qui que soient leurs ennemis, ça ne semblait pas être de la rigolade…
Merlin reprit après quelques minutes, lorsque tout le monde se fut calmé et que certains eurent prit une potion calmante. A ce point ?
« - La suite, vous la connaissez, » dit-il. « Etant du peuple des Elfes de Jour (V), il s'est rendu dans leur capitale avec moi, et a demandé à rencontrer le roi de l'époque. Celui-ci refusa tout d'abord, mécontent, pardonnez-moi l'expression, qu'un paysan bouseux ose lui demander audience. Nous repartîmes donc dormir à la belle étoile. Il s'absenta pendant la nuit pour une promenade, prétextant être devenu incapable de dormir, miné par des cauchemars. Le lendemain, revenant dans la cité, nous apprîmes le meurtre du roi. L'identité de l'assassin ne me fut pas difficile à découvrir… »
« Cet évènement avait plongé la cité elfe dans le plus complet chaos. Le roi était un tyran qui dirigeait tout sans partage, et qui avait réuni absolument tous les pouvoirs entre ses mains, sans prévoir l'avenir. Sa mort soudaine avait bien entendu tout désorganisé, et déjà, les héritiers présomptifs annonçaient tous qu'ils prenaient l'héritage et le trône, sans compter avec les généraux, les civils hauts-placés… des règlements de compte éclatèrent très vite, des rixes eurent lieu un peu partout. Tout cela dura des jours, et les morts furent bientôt des centaines. Le peuple s'en mêla, prit parti pour ses favoris, et tout empira encore. Et alors, dans le chaos sans cesse grandissant, apparu une lueur d'espoir.
Au beau milieu du peuple effrayé, il grimpa sur une estrade et se mit à hurler, à vomir un discours empli de volonté. Je ne l'avais jamais vu ainsi, je ne l'aurais jamais cru capable d'une telle chose, lui qui jusqu'à maintenant s'était toujours montré réservé, presque timide. En quelques minutes, il régurgita toute la haine qui l'habitait avant que la garde ou un quelconque parti ne puisse le stopper, soulevant le peuple contre ses dirigeants qui avaient amené le chaos. En un rien de temps, il gagna le cœur de maintes personnes, et la rumeur d'un sauveur se répandit comme une trainée de poudre. Mais il ne s'arrêta pas là, et les jours suivants, parcouru toutes les places, toutes les assemblées, le moindre recoin où il y avait des gens prêts à l'écouter.
Et finalement, après quelques jours, il appela le peuple à le suivre, à marcher contre les pouvoirs rivaux qui continuaient à s'entretuer, s'affaiblissants sans cesse plus… la suite fut un massacre. Tous les partis furent capturés, décimés, et il ordonna l'exécution immédiate de tous les survivants. En quelques jours, il avait orchestré un coup d'état et était passé du statut de petit paysan sans ambition à celui de maître de tout un peuple, sans même avoir à se salir les mains. Ce fut son premier coup d'éclat, le tout premier de la longue liste que vous connaissez. »
« - Je ne vais pas vous conter toute l'histoire de la première guerre, nous n'en avons pas le temps et de toute façon vous la connaissez très bien. La militarisation du peuple Elfe faite à toute vitesse, puis le secours porté aux autres peuples en difficulté, d'abord les Gobelins, puis les Vélanes et les Nymphes, et ainsi de suite. La propagande établie pour encourager tout le monde à s'unir en une unique armée, puis à se porter contre les Purs, tous-puissants à l'époque… les batailles, nos royaumes ravagés, les générations entières décimées des décennies durant… et enfin la petite victoire. »
Hein, quoi ? Comment ça, la petite victoire ? Il vient de décrire une épopée épique, et il parle de PETITE victoire ? Visiblement, je ne suis pas le seul à être étonné, au vu de l'air que prennent bien des visages. Des airs… terrorisés ? Encore ?
« - Vous avez bien compris ce que j'ai dit, » confirma-t-il. « Contrairement à ce que beaucoup d'entre nous croient… Eux… « Ils » ne sont pas une légende. Ils existent bel et bien, je puis vous le certifier. Pour Eux, nous ne sommes tous que des jouets. S'ils venaient ici en personne, Ils n'auraient aucune peine à nous anéantir jusqu'au dernier. Toutes nos armées contre Eux seuls, petite quinzaine, et nous n'aurions aucune chance de l'emporter. »
Mais de qui il parle donc ? Il y aurait donc des… des… des créatures, à défaut d'autre mot, encore plus hautes placées et puissantes que cet innommable démon d'Idarc ßonhlein ? Ce n'est pas possible ! (VI)
« - Monseigneur, » intervint à son tour une nouvelle personne, pressée de changer de sujet, « il me semble que nous nous écartons de notre sujet. Nous parlions du Père Créateur… »
« - Et je vous en parle toujours. J'y viens, en vérité. Vous me demandiez quelles raisons pouvaient bien faire que vous puissiez avoir une confiance aveugle en lui, malgré son comportement pour le moins tyrannique. Tout d'abord, pour les arguments que vous avez donné en sa défaveur : l'amour extrême que lui voue le peuple est nécessaire dans la guerre qui vient, c'est le plus fort lien qui permet d'exiger des nôtres les efforts incommensurables que nous réalisons aujourd'hui. Car sans ces efforts, ne nous leurrons pas : nous n'avons aucune chance de l'emporter. Au mieux pourrions nous espérer retarder l'inévitable.
Et surtout… ne vous imaginez pas que cette guerre prendra fin bientôt. Si, jadis, mon frère a décidé de se retirer de la politique, ce n'est pas pour rien. Il n'a jamais abandonné la lutte, et il ne l'abandonnera jamais tant qu'il lui restera une étincelle de vie. Toutes les recherches qu'il a menées et faites mener en bien des domaines, c'était uniquement dans le but de renforcer notre peuple. Sa politique ultra-nataliste, lorsqu'il était au pouvoir ? Pour que nous multiplions notre nombre, ce qui a bien fonctionné jusqu'à présent. Et bien d'autres choses.
« - Vous comprenez où je veux en venir ? Pour lui, la guerre ne s'est jamais achevée. Notre âge d'or, il ne le voit et ne l'a jamais vu que comme une nécessaire préparation avant une plus grande guerre encore. Il sait que nous ne serons pas en paix tant que nous n'aurons pas emporté une victoire totale, et il compte bien amener la guerre jusque dans le territoire ennemi… là-bas, chez Eux. Certains ont dit qu'il voulait créer un royaume magique, mettre fin au Secret Magique et nous révéler aux Moldus. Quelques purs particulièrement idiots ont pensé un temps qu'il voulait tuer tous les Moldus… il n'en est rien. Seule sa vengeance l'intéresse. Seulement et uniquement. »
Le moins que je puise dire, c'est que je suis choqué. Ou admiratif. Ou… je ne sais pas quoi. Mais en tout cas, je suis ébahi. J'avais déjà remarqué, et cela m'avait été dit, que tout, absolument tout ici semblait orienté vers un seul et même but. Mais à ce point ?
L'assemblée de rois était songeuse. Effrayée. Tous avaient compris depuis longtemps qu'ils ne connaîtraient pas la fin de cette guerre, qu'ils meurent au combat ou de vieillesse, mais ils le réalisèrent maintenant jusqu'au plus profond d'eux-mêmes.
« - Voici ce que j'ai à dire concernant mon frère, » acheva Merlin. « Il aime sa famille plus que tout, plus que lui-même. Touchez-la, faites lui le moindre mal, et il n'hésitera pas à ravager le monde entier pour se venger. Vous voilà prévenus. »
« - Mais… seigneur, pardonnez mon impudence, mais… vous avez dit qu'il n'en avait plus la moindre. Pourquoi en parlez-vous au présent ? »
« - Parce que sa vengeance est en cours, » dit-il. Et il se leva, tournant le dos à l'assemblée. « Veuillez partir maintenant, je vous prie. Nous avons tous beaucoup à faire. »
Bien entendu, c'était un ordre, pas une demande. Et en quelques minutes, la salle se vida, tout un chacun retournant à ses devoirs, l'esprit songeur.
Moi, je resta là, immobile, ne sachant pas ce qui allait m'arriver après. Regardant par ses fenêtres, le vieux restait immobile, ronchonnant dans sa barbe. A croire que c'était la mode, chez les gens de pouvoir. Visiblement, son monologue le faisait lui-même réfléchir… je n'avais pas grande peine à deviner ses pensées, car la question qui traversait nos esprits était la même, à n'en pas douter.
…de quoi serait fait l'avenir ?
…
Le Père Créateur était certes le meilleur stratège de l'Union magique, ses nombreux succès et sa totale absence de défaite ne cessant d'être mise en avant, mais… pour remporter une bataille, encore fallait-il qu'elle ait lieu.
Voyant qu'ils ne parviendraient jamais à emporter la victoire contre lui, pas même avec un colossal avantage numérique, les dirigeants Purs changèrent encore une fois leur stratégie. Et cette fois ci, le mot d'ordre était : fuyez ! Perdez-le en courant partout, épuisez ses troupes, et fuyez dès que le combat devient inévitable ! Il ne peut être qu'à un endroit à la fois, alors pendant qu'il perd du temps à vous courir après, vos Purs frères pourront ravager son territoire ou d'autres unités sans qu'il ne puisse intervenir !
Bien évidemment, l'Union remarqua très vite ce changement de stratégie, et s'adapta aussitôt. Elle multiplia ses réseaux de renseignement et de transport magique pour faciliter les déplacements des armées, mais les Purs amplifièrent plus encore le mouvement, refusant bientôt toute forme de bataille, se contentant de frappes chirurgicales contre l'économie, les troupes, les infrastructures…
Après quelques mois, les destructions furent chaque jour telles que la productivité de l'Union ne put plus les compenser. Une à une, toutes les bases situées en Europe continentale furent ravagées, inutilisables. Chaque mission dans ces territoires devint vite une véritable aventure, une campagne dans des lieux maintenant hostiles… nombre d'unités ne revinrent jamais.
Mieux valait battre en retraite sur les îles.
…
Voilà que je me retrouve tout soudain en train de voler haut dans le ciel, au dessus de la cité de Pôdlad ! Mais que se passe-t-il ? En contrebas, tout autour de la ville, je peux voir des milliers de personnes s'affairer autant que possible. Certaines creusent des tranchées sur des dizaines, des centaines de kilomètres alentour, d'autres enterrent en masse ce qui me paraît être des bombes… une véritable armée de géants transporte d'immenses blocs de pierre taillés à coup de sorts partout où il y en a. Et des gobelins sont en train de préparer de véritables lacs de béton pendant que toutes sortes d'autres personnes recouvrent chaque pierre de milliers de runes et de sorts. Ils sont en train de fortifier la cité ! La guerre serait-elle donc devenue à ce point désespérée ?
Combien de temps s'est-il écoulé depuis ma précédente vision ? Alors qu'auparavant, le peuple semblait encore assez sûr de la victoire de l'Union magique, je devine à la froideur des visages toute la peur qui règne dans les cœurs. Bien souvent, les regards se portent loin à l'horizon, remplis d'appréhension. Mais il n'y a rien, rien d'autre qu'une peur lancinante.
Et soudain, je comprends. Non loin d'ici, l'Ennemi se rassemble.
C'est le calme avant la tempête.
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A suivre…
I. « Ne vous méprenez pas sur mes intentions : je ne vous demande pas les pleins pouvoirs ! JE LES EXIGE ! » Cette phrase ici exprimée par le Père Créateur est une retranscription approximative d'un discours semblable prononcé par le grand Mustafa Kemal Atatürk devant la grande assemblée nationale de Turquie, juste avant la campagne qui le verra ridiculiser environ… la totalité des plus grandes puissances de l'époque… y compris nous autres Français. ^^ Ce qui vous donne une idée de l'ampleur que je souhaite donner au personnage du Créateur. ^^
II. La dictature de Père Créateur : cette fois, ce n'est pas une dictature à la Romaine ! Mais bien une du même genre que « nos » dictateurs. ^^
III. A propos de la mobilisation ordonnée par le Créateur : je me doute que beaucoup d'entre vous doutent qu'il soit possible de demander tant d'efforts au peuple, même magie aidant. Bien que ce facteur soit la raison de tout ce que je décris ici, et que la réalité ne pourrait bien entendu pas être aussi extrême, vous pouvez vous renseigner sur la mobilisation de l'URSS suite au déclenchement de l'invasion Nazie. C'est très impressionnant.
IV. Pour lire les aventures de la descendance du Père Créateur, vous pouvez aller lire « Une histoire de serpents » actuellement parue en partie, ou attendre la fin de cette fic ci pour lire « Une histoire de temps », la nouvelle version, qui paraîtra après.
V. Les elfes de jour : approximativement équivalents aux elfes de Tolkien.
VI. Comme l'auront deviné ceux qui ont lu « Un monde à part » et « Une histoire de serpent/temps », les personnages non-nommés dont il est question ici sont les Pères et les Mères, groupe de frères et de sœurs qui sont à la fois les dieux et les ancêtres des sangs-purs. Si vous voulez plus d'informations à leur sujet, vous pouvez aller lire ma fanfic « Un monde à part » (histoire sans retenue, attention).
