NVJM, rédigé 5/2017 publié 9/6/2017
Harry Potter et l'histoire inachevée
Chapitre 36 : Gloire en ruines
« - Allez Luna, encore un effort ! »
Ça fait déjà la centième fois que je lui dis ça ! Elle est complètement épuisée la pauvre, ses genoux sont à la limite de trainer au sol au rythme de ses pieds, et pourtant elle continue à avancer sans se plaindre. Ça fait pourtant bien huit heures que nous marchons, avec à peine quelques minutes de pause chaque heure, et je ne l'ai jamais entendue gémir ni rien. Plutôt impressionnante, la petite. Sa ténacité est exemplaire.
Moi, je ne suis pas à plaindre. L'entrainement d'endurance que je me fais subir depuis des années fait son effet. Je ne suis rien de plus que suant, et je pourrais continuer à marcher jusqu'au lendemain sans problème.
…mais on ne va pas exagérer non plus. Je n'ai pas envie que Luna devienne un cadavre. Du moins, pas pour l'instant. Alors je me mets à la recherche d'un coin pour nous abriter pour la nuit.
On aperçoit bien vite une ferme non loin de là. C'est bien ça une ferme, y'a toujours plein de trucs à manger, et en général il n'y a pas grand-monde. Il ne reste que quelques lumières de veille, les propriétaires sont sûrement en train de dormir. Tant mieux d'ailleurs. Être discret, c'est le mot d'ordre du jour.
Arrivés à quelques dizaines de mètres du cottage, nous sommes arrêtés par un large mur. Hum, trop haut pour qu'on puisse se hisser au dessus, surtout dans notre état d'épuisement, et surtout impossible de le franchir à la magique, de quelque manière que ce soit. Les risques de se faire repérer sont tout simplement trop grands, je ne peux en aucun cas me permettre de les prendre. Mais alors, que faire …?
…pas bien dur à deviner. Un simple coup d'œil de côté me montre aussitôt un immense hangar abritant… de la paille ! Une véritable profusion de paille ! Ô merveille des merveilles ! Un large sourire franc et sincère me défigure aussitôt. Oui, je n'ai pas l'habitude des sourires sincères. « Bonne nouvelle Luna ! » lui dis-je. « On va pouvoir dormir au chaud cette nuit ! »
« - Comment ça ? »
« - La paille ! Il suffit de s'y creuser un petit abri loin des regards indiscrets ! » Lui explique-je avec enthousiasme. J'ai beau avoir un mental de vingt-et-un ans, le petit garçon qui me sert de corps est tout excité à l'idée de pouvoir s'amuser comme ça !
« - Bonne idée ! » Sourit Luna en comprenant soudain, sa fatigue oubliée à l'optique d'une bonne partie de rigolade. Rien de mieux pour oublier les traumatismes !
Par contre… c'est sacrément haut ! Est-ce qu'il y a une échelle dans le coin ? ...oui ! Sauvé ! Et je me dépêche de prendre Luna par la main pour l'entraîner avec moi. C'est parti ! Sommet Paille, nous voici !
Pendant plus d'une heure, nous nous amusèrent à créer un confortable abri dans la paille, riant chaque instant un peu plus de nous voir couverts d'épis, criant quand l'un d'entre eux se faufile dans nos vêtements… il a beau faire encore frais la nuit, la chaleur du fourrage est telle qu'on pourrait y passer toute une année !
Revenant quelques instants à mon sérieux, sentant monter une envie pressante et rougissant à l'idée que je ne vais tout de même pas faire ça face à Luna, je me dépêche de prendre à pleins bras une large brassée de paille, que je m'empresse d'emmener dans le coin le plus éloigné, avec l'un des rouleaux de papier-toilette que j'ai eu la bonne idée d'emmener. Parce que s'essuyer le… avec de la paille, ça doit pas être très agréable ! Et je reste dans mon coin le temps de faire mon affaire.
Hum ? Tiens, je n'entends plus Luna s'amuser à remuer la paille dans tous les sens. Elle s'est endormie ? Soudain inquiet, ma paranoïa refaisant surface, je me dépêche de me torcher dans tous les sens possibles et imaginables avant de me rhabiller et de sortir de mon coin. Et à peine puis-je voir la petite du coin de l'œil que ma folie se fige d'horreur !
Ma baguette ! Elle a ma baguette entre les mains ! Euh non, MES baguettes ! Par sécurité je les avais dissimulées dans les bagages, pour éviter qu'elle ne me surprenne avec ! Quelle erreur ! J'étais si pressé d'aller blabla que j'ai oublié de les prendre avec moi ! Et elle en a profité pour fouiller dans mes affaires, la grognasse ! Graaaah, je vais la tuer la traîtresse ! JE VAIS LA TUER !
Reprends-toi Harry, reprends-toi ! Du calme ! Si ça se trouve c'est un hasard. Elle était à la recherche de nos réserves de nourriture et sera tombée sur mes baguettes par hasard ! Ça se peut, alors calme-toi Harry ! Vérifie ce qu'il s'est réellement passé avec de commettre un acte regrettable !
« - Que fais-tu Luna ? » lui demande-je en m'efforçant d'adopter un ton diplomate. Elle sursaute aussitôt en m'entendant, et lève la tête vers moi. Elle se maîtrise sacrément bien, mais je crois voir passer dans ses yeux un bref regard paniqué. Je crois.
« - Je cherchais à manger Harry, » me répond-elle sans sourciller. Sûrement un mensonge effronté ! « Mais j'ai vu ça. Comment t'as fait pour trouver des baguettes magiques ? »
« - Des quoi ? C'est juste des bâtons de bois. Je pensais m'en servir pour remplacer les piquets manquants de la tente que j'ai emmenée. » Une tente ! Mince, pourquoi est-ce que je n'ai pas pensé à en prendre une ? Ça m'aurait évité d'avoir à improviser pareil mensonge !
« - Il n'y a pas de tente dans nos bagages Harry, » me dit-elle aussitôt en me jetant un regard suspicieux. Allons bon, je passe d'inquisiteur à hérétique ! Pas de doute, elle est bien en maîtrise de la situation ! La garce !
« - Ah ? Pas de tente ? Ben, euh… j'ai dû oublier de l'emmener, sans aucun doute ! On était si pressés, ce n'est pas étonnant tu sais. » Une excuse valable, mais je doute que ça prenne. Elle m'a bien eu !
« - Ce sont bel et bien des baguettes magiques, j'en suis sûre. Je le sens quand je les tiens en main. Et toi, tu sais faire de la magie. »
Je ne sais pas quoi répondre, alors que ses yeux bleus me noient dans leur ahurissante profondeur ! Elle essaye de m'hypnotiser ou quoi ?!
« - Je me doute de quelque chose depuis que je t'ai vu. Tu es Harry Potter, n'est-ce pas ? »
Et qu'est-ce que vous voulez que je réponde à ça ? Je n'ai aucune échappatoire. Elle sait. Si je lui mens, elle ne pourra pas me faire confiance. Et je ne parviendrais pas à faire d'elle une bonne groupie bien servile. Alors… je relève la mèche de cheveux qui recouvre ma cicatrice, et y frotte un peu de salive pour enlever le fond-de-teint que je mets pour la cacher. « Oui, c'est bien moi, » dis-je en soupirant. « Comme tu peux le voir... »
« - …et oui, c'est bien ma baguette, » lui dis-je aussitôt en me penchant en avant pour attraper ma très chère du bout des doigts. Surprise, ne s'y attendant pas, elle la laisse échapper sans aucune résistance ! Aha, la situation est inversée maintenant ! Me voilà de nouveau en position de force ! Car la baguette qui lui reste est de celles que les gens de l'Union donnaient aux enfants, bridée de toutes parts et incapable de lancer nombre de sorts. Je le sais, je l'ai testée.
Et maintenant, qu'est-ce que je fais ? Je la tue ? Je l'impériume ? Je lui efface la mémoire ? Hum… la dernière idée n'est pas bonne, je ne maîtrise pas assez bien ce genre de chose. L'impérium, pas de problème, je suis devenu un expert. Mais elle est très intelligente. Il suffirait de la moindre faille de ma part pour qu'elle ne se laisse plus jamais prendre au piège. C'est un risque énorme. Sans compter qu'elle me considérerait définitivement comme un ennemi si je fais ça. C'est le genre de risque que je ne peux pas me permettre de prendre.
…ne reste plus qu'une seule solution. Je la tue. Et tant pis pour mes projets de la fanatiser. Je jetterai mon dévolu sur quelqu'un de plus malléable.
« - Je peux savoir comment ça se fait que tu te comportes comme un adulte ? » me demande-t-elle en me regardant de travers.
« - Je pourrais te retourner la question. Tu ne fais vraiment pas tes neuf ans tu sais. »
« - On se dit chacun notre secret ? Une phrase chacun notre tour, c'est équitable, non ? »
« - Hum… pourquoi pas. » J'approuve en silence. C'est plutôt un bon marché. Et puis je peux sans peine mentir en donnant une raison tout à fait vraie. Le mensonge par omission n'en est pas vraiment un, si ? Je commence donc en premier. « C'est ma mère qui m'a éduqué comme ça avant que nous ne nous fassions attaquer par Voldemort. »
« - Moi aussi c'est ma mère, » dit-elle sans s'effrayer du nom honni, ne refrénant qu'un léger début de sanglot dû à son drame récent, « elle a toujours pensé que je devais devenir mâture aussi tôt que possible et a tout fait pour. »
« - Après ma mère, c'est ma tante moldue qui a veillé à mon éducation magique. Bien que n'y connaissant rien, elle a fait de son mieux. Et c'est après son décès que j'ai échoué chez ces ignobles gens chez qui nous nous sommes rencontrés. » En un sens, ce n'est pas un mensonge. Je me suis tellement servi de mes très chers Dursleys sous impérium qu'on peut dire sans peine qu'ils ont fait tout leur possible pour me favoriser la meilleure éducation qui soit. Et que ça ait été contre leur gré, bah… aucune importance, si ?
« - Ma mère voulait que je devienne mâture aussi vite que possible en prévision de mon adolescence, car les jeunes filles comme moi ne survivent que rarement à leur puberté. Et encore moins en bon état. » Ah ? Comment ça ? C'est intriguant ce qu'elle me dit là… en l'entendant, j'ai un étrange pressentiment qui pointe en moi, mais je ne parviens pas à mettre la main dessus… si c'est la vérité, va falloir que je m'y intéresse. Ça pourrait toujours faire une bonne arme contre elle, qui sait.
« - Ma mère le voulait aussi pour moi, je suppose que tu sais pourquoi. Voldemort et tout ça. Elle savait qu'à cause de tous les bruits plus ou moins fondés qui courraient sur moi à l'époque, je n'aurais pas une vie tranquille. Et elle a voulu m'épargner ça. »
« - Aujourd'hui, ma mère est morte, comme tu le sais. Mais je n'oublie pas tout ce qu'elle a fait pour me rendre consciente des risques que j'encoure dans mon avenir proche. Et il est hors de question que je me fasse violer par le premier crétin en rut venu. »
« - Ma mère n'est pas morte, » lui dis-je, et je lui surprends un léger regard étonné, « mais ça vaudrait mieux pour elle je pense. Elle est internée à vie à Sainte-Mangouste, dans la section des handicaps incurables, plongée dans un coma sûrement éternel à cause d'un sort de Voldemort. »
Elle n'ajoute rien, ayant sans doute fini sa part. Et pendant ce temps là, une soudaine pensée décevante me traverse l'esprit. C'est elle qui a dominé la conversation. Elle a révélé son affaire en trois parties, sans forcer les détails, pendant que moi je parlais à quatre reprises, et en donnant même l'emplacement de maman ! Quelle erreur ! C'est à coup sûr son regard qui m'a mit en confiance ! Ces yeux sont un véritable enchantement à eux seuls !
…bon heureusement, à part le détail de maman, je n'ai rien révélé de trop grave. Faudra que je fasse attention dans l'avenir. Mais je vais tout de même faire en sorte de déplacer maman-chérie. Pas question de prendre le moindre risque. J'impériumerais à ma mafia de lui aménager un coin tranquille en campagne, avec un médicomage et un médecin moldu chargés de veiller sur elle H24. Tout pour maman.
Revenons à Luna. Je sors de mes pensées en la voyant faire un mouvement. Elle fait de son mieux pour tenir, mais la fatigue de la journée lui tombe de plus en plus dessus. Elle n'en a plus pour longtemps avant de s'endormir. Tant mieux. Je vais pouvoir récupérer ma seconde baguette.
…quoique… là où nous allons, elle pourra en avoir plein, et je n'aurais guère les moyens de l'empêcher d'en prendre. Autant que je lui en laisse une maintenant. Et puis celle-là est bridée, contrairement aux autres là-bas. Je n'ai vraiment, mais alors vraiment pas le choix.
« - Garde la baguette, » lui dis-je alors qu'elle a de plus en plus de mal à garder les yeux ouverts. « Et fait dodo. Je ne vais pas t'attaquer pendant la nuit voyons… » Je m'allonge moi-même sur la petite couche que je me suis préparé, à quelques mètres de là, et ferme les yeux aussitôt, les mains reposant sur le ventre. Prêtes à se saisir de ma baguette.
…
Nous nous réveillons le lendemain aux cris du coq. « Ta gueule sale bête ! » grommelle-je en ouvrant tant bien que mal les yeux. Grumble, je me ferais bien un poulet frit moi, tiens ! Mon estomac gargouille comme un monstre de légendes, et je me dépêche d'aller manger. Luna est déjà réveillée, assise contre un ballot de paille comme sur un transat, en train de lire un livre. Elle me jette un regard furtif, revenant aussitôt à sa lecture en rougissant en s'apercevant que je l'ai surprise.
Nous partons peu après, nous faisant tous petits pour que les habitants de la ferme ne nous remarquent pas. Manquerait plus qu'ils préviennent la police ! Faudrait sûrement que je les tue, et ça ne serait pas très discret. Donc, soyons furtifs.
La journée passe rapidement. Nous marchons encore plusieures heures, ne nous arrêtant un peu que vers midi pour prendre un petit repas. A cette occasion comme à de nombreuses au cours de la matinée, Luna me demande plus ou moins franchement « où allons-nous comme ça ? », mais je ne lui réponds pas. Je suppose qu'elle ne connaît pas notre destination. Et de toute façon, elle va bientôt se reconnaître. Nous sommes tous près du but. Encore quelques vallées, et c'est bon.
Et en effet, nous arrivons seulement deux petites heures après notre repas. Marchant sur un chemin de forêt, une ouverture dans les arbres nous laisse une superbe vue sur la vallée en contrebas, et…
« - Mais c'est Poudlard ! » s'écrie Luna, ébahie, en admirant le vieux château. Nul doute qu'elle avait toujours rêvé de le voir, comme tant d'autres enfants magiques avant elle.
« - En effet, c'est bien Poudlard, » acquiesce-je sans la regarder.
« - C'est là que tu veux aller ? Mais on ne nous y acceptera jamais, nous sommes trop jeunes ! »
« - Ce n'est pas là, non. Viens, on continue. Il ne reste plus que quelques kilomètres. On contourne le domaine du château et Pré-au-lard, et nous serons à destination. »
Le silence revient entre nous pendant encore une heure de stressante furtivité. Si près de Dumbledore, ma paranoïa s'active au-delà de tout ce que j'ai jamais fait jusqu'à présent ! Si le vieux mets le grappin sur moi, ma vie est fichue ! Nous faisons donc attention à ne pas nous faire voir un seul instant.
« - Nous sommes arrivés ! » dis-je enfin à Luna, la faisant sursauter. Et à peine eut-elle regardé l'endroit dont je parle qu'elle me jette un regard torve, comme semblant me prendre pour un fou.
« - La Forêt Interdite, vraiment ? Tu plaisantes ? Tu as conscience de tous les dangers qu'il y a là-bas ? »
« - Probablement bien plus que toi, crois-le bien. Allons-y. » Et j'entre dans la forêt sans attendre de réponse. Elle me suit rapidement.
Et je me retrouve maintenant confronté à un problème auquel je n'ai jamais trouvé de solution vraiment convaincante, malgré les années que j'ai eues pour y réfléchir. Comment faire pour aller « là-bas ? » Littéralement « là-bas », car il n'y a à coup sûr aucune entrée. Ce serait complètement idiot. Je suis prêt à parier qu'il va falloir que nous creusions. C'est pour ça que j'ai emmené tout un matériel pour. Pelles, pioches, marteau-piqueur enchanté pour être silencieux, et tout ce genre de chose.
Mais le pire des problèmes est encore de savoir OÙ il faut creuser. Car la forêt est grande, très grande, et l'endroit que je vise à beau l'être lui aussi, il est loin de couvrir toute la superficie des arbres.
Je suppose que vous avez compris de quel endroit je veux parler. Il s'agit de la cité de Pôdlad. Oui, celle-là même qui a été dissimulée sous un immense dôme de magie, et recouverte artificiellement par une forêt désormais interdite.
Pour savoir où creuser, j'aurais pu utiliser une espèce de détecteur de magie, mais non seulement ces machins sont extrêmement chers et surveillés par le ministère, et en plus ils ne fonctionneraient pas ici. La magie ambiante est d'une ampleur si démesurée que n'importe lequel de ces machins serait saturé dès son allumage.
Je n'ai qu'un seul moyen pour trouver l'endroit, et il s'agit de mes souvenirs. Lorsque j'étais avec Gryffondor et qu'il m'a emmené de la ville jusqu'à l'orphelinat de Poudlard, nous avons traversé une courte forêt qui servait de parc au château. Pas besoin d'être un génie pour savoir qu'il s'agit désormais de la lisière de la Forêt Interdite. Il ne me reste plus qu'à essayer de me repérer avec ce que je me souviens de la scène, et trouver l'entrée de la cité ne devrait pas être trop dur. J'espère. Je n'ai pas envie de passer des jours à creuser. Tout est dangereux ici, la nature bien sûr, et aussi l'espèce d'enfoiré qui est tout près…
Environ une heure plus tard, je trouve enfin ce que je cherche ! Enfin, vraiment ! Un intense soulagement s'empare de moi lorsque je suis sûr de reconnaître un rocher en particulier. Il faut dire que je n'ai que ça, car en huit siècles, les arbres ont beaucoup changés… quoique. Tiens, salut vieille branche ! Alors, tu utilises toujours tes racines pour chatouiller les enfants qui passent là ? Je passe sans attendre de réponse. Faut pas abuser la folie quand même. Mais je me retourne soudain en sentant un truc me chatouiller les chaussures… un regard au sol me montre un tout petit arbrisseau qui se frotte contre moi au rythme du vent. Sûrement un descendant de la vielle branche. Étonnant hasard. Si c'en est un.
Quelques minutes plus tard, j'ai terminé de mesurer les distances à coup de pas, en en faisant quelques uns de plus par sécurité. « C'est par ici, » dis-je à Luna. « Il faut creuser là. Sortons les pelles, et au boulot ! » J'espère qu'il n'y aura rien de plus que de la terre, je n'ai pas envie de me faire remarquer. C'est que nous sommes tous près du parc du château, et ont peut entendre au loin les élèves qui crient et s'amusent. Pourvu qu'Hagrid n'ai pas l'idée de faire un tour dans la forêt !
Nous passons près d'une nouvelle heure entière à creuser. Voyant mon empressement et mon stress, Luna se joint à moi avec ardeur, donnant de nombreux coups de pelle pour évacuer la terre que je pioche. Le tout est disposé sur un large drap bien solide relié à un système de cordes et à un portoloin. Comme ça, quand je voudrais reboucher, la terre se renversera toute seule sur le trou, et le matériel sera aussitôt transporté dans mes bagages. Ahlàlà, vive la magie !
Soudain, quelque chose d'étrange se produit. La terre se réchauffe sous nos pieds. C'est bizarre. Et quelques coups de pelles plus tard, elle commence à devenir lumineuse. « On y est ! » lance-je à Luna en faisant un grand sourire. « Allez, courage ! Cour… AAAAAH ! »
Oui, AAAAAH ! Le sol s'effondre ! Au secours ! Et dans ma panique, je tire accidentellement sur mon système de cordes ! La terre va s'effondrer su nous ! Non, NON ! Enterrés vivants ! Pas çaaaaah !
Et soudain, alors que je crois ma dernière folie venue, le sol se dérobe sous nos pieds ! Et nous passons à travers la terre avec un grand flash ! AAAAAH ! Au secours maman ! Je m'accroche à Luna en signe de désespoir ! Tant qu'à mourir, autant ne pas le faire seul comme à Azkaban !
Et nous tombons dans le vide ! Les yeux grands ouverts, trop terrorisé pour les fermer, je vois le sol s'approcher, s'approcher ! On va mourir écrasés ! NON ! Et je ne suis pas sur un balai cette fois-ci !
« - WINGARDIUM LEVIOSA ! » m'écris-je, en sortant ma baguette par réflexe ! Et je mets tellement de force dans ce sort que nous ralentissons en un rien de temps, pour nous poser sur le sol tout doucement ! Sauvés ! Et nous nous effondrons d'émotion, les jambes flageolantes, ne parvenant pas à rester debout tant le choc nous a éprouvés !
Il nous faut quelques minutes pour nous remettre et parvenir à nous redresser, et quand cela est enfin fait, un incroyable spectacle se dresse devant nous ! Pôdlad ! La merveilleuse cité de Pôdlad !
Enfin, euh… plutôt ce qu'il en reste. Tout est en ruine. Tout.
Mais surtout, le plus incroyable, c'est… l'immense dôme de magie qui se dresse au dessus de nos têtes. A plusieures dizaines de mètres au dessus de nous, il se dresse glorieusement, invincible monument de magie recouvrant tout le ciel et soutenant la forêt au-dessus. Comme agité par une vie propre, il est en constant mouvement, des sortes de veines de magie se répandant partout depuis le cœur, incarné par l'immense tour centrale, pulsant au rythme des battements renvoyant régulièrement un peu de puissance pour lutter contre l'usure. Chaque canal de magie se sépare régulièrement en deux, multitude de routes bondées devenant de plus en plus petites pour alimenter jusqu'au plus petit recoin. Et ce machin là tiens en place de puis plus de huit siècles ?! C'est incroyable ! C'est ahurissant ! Comment une telle puissance est-elle possible ?!
Je m'arrache à ma contemplation abasourdie pour regarder Luna. Elle aussi joue au poisson. Je suppose à juste titre qu'elle n'a sûrement jamais imaginé une telle scène de toute sa vie, et qu'elle ne l'aurait pas fait par la suite. « Viens, suis-moi ! » lui dis-je en rejoignant un reste de route tout proche qui monte sur le côté d'une falaise avant de plonger dans la forêt et disparaître dans le dôme. Probablement celle qui rejoignait le château de Poudlard.
Très vite, alors que nous descendons, nous nous retrouvons entourés d'une multitude de cadavres. Ou plutôt de squelettes. Depuis le temps, il ne reste plus beaucoup de chair à se mettre sous la dent.
Nous cessons de courir pour nous mettre à marcher respectueusement. Nous sommes dans un cimetière après tout. Ne dérangeons pas les morts. Quoique… d'un coup de pied rageur, j'envoie valser un crâne portant encore un de ces hideux masques en tête de mort. Les os se brisent sous mes pieds. Dommage que tu sois crevé enfoiré, je t'aurais bien torturé un peu.
Bien vite toutefois, je cesse pour faire attention à où je mets les pieds. Les morts des deux camps se sont tous effondrés les uns sur les autres, leurs restes sont tellement imbriqués que même un amoureux des puzzles aurait du mal à s'y retrouver.
« - Alors nous sommes dans la légendaire cité de Pôdlad ? » me demande soudain Luna sur le ton de la conversation. Elle ne paraît même pas effrayée par le décor apocalyptique.
« - Quoi ? Comment le sais-tu ? » C'est vrai ça, comment c'est possible qu'elle soit au courant ?
« - Regarde cette femme, » dit soudain Luna en examinant les restes d'un squelette en deux morceaux. « Cette vélane pour être précise. »
« - Mais comment est-ce que… ? » ça m'étonne de l'entendre dire ça avec tant d'assurance.
« - Regarde cette taille de hanches démesurée. C'est typiquement féminin. Mais chez une sorcière normale, une telle largeur serait considérée comme une malformation. Celle-ci avait sans aucun doute un corps optimisé pour la reproduction. Donc, une Vélane. Peut-être une Nymphe aussi, c'est possible, elles ont un physique semblable, mais elles ont toujours été bien moins nombreuses que leurs cousines Vélanes. Donc, peu probable. Donc, une Vélane. »
Je reste un instant stoïque, surpris des capacités de déduction de Luna. J'en ai vu des Vélanes, et je n'avais jamais remarqué ça… Et un doute s'immisce en moi. Serait-elle …? Je jette aussitôt un coup d'œil sur ses propres hanches, mais rien ne me paraît anormal. Elle semble de taille "classique". Mais ça ne veut rien dire. Peut-être que ça viendra à sa puberté. Bah, de toute façon c'est sans importance. Qu'elle soit Vélane ou Humaine, je m'en fiche, elle ne reste qu'un pion.
« - Allons-y, » lui dis-je en partant. « Explorons l'endroit, pour voir s'il n'y a pas de danger. » C'est qu'en près de huit siècles, il doit y avoir eu une sacrée quantité de bestioles de toutes sortes qui ont élu domicile ici ! N'oublions pas que nous nous trouvons en dessous de la forêt interdite de Poudlard ! Je n'ose imaginer ce qu'il pourrait se passer si Aragog et ses descendantes ont accès à cet endroit… brrrr ! Je frissonne à cette seule idée !
Mais après plus d'une heure de marche au milieu des décombres et des squelettes, force est de considérer qu'il n'y a rien, mais alors vraiment absolument rien. Le silence est absolu. Il n'y a pas le moindre souffle de vent. Nos pas résonnant sur les pavés brisés me semblent un boucan insupportable. Le sol ne paraît même pas recouvert de poussière ! C'est comme si le temps s'était arrêté pendant les huit derniers siècles. « Mais comment diable le Créateur a-t-il pu faire une chose pareille ? » me demande-je sans cesse en jetant de fréquents regards sur le dôme de magie au dessus de nous. Je suis toujours impressionné par sa taille colossale. Littéralement des kilomètres de superficie. « Mais pourquoi est-ce qu'ils n'ont pas dressé cette incroyable défense avant la bataille ? Avec ça, jamais les Purs n'auraient pu passer ! Ce machin pourrait sans aucun doute résister à un bombardement atomique ! »
Je mets fin à mes pensées alors que nous arrivons sur la grand-place. Il y a encore plus de cadavres ici que partout ailleurs, pour peu que ce soit possible ! Tous en deux morceaux. Je me souviens des Purs qui s'étaient massés là pour prendre d'assaut l'immense tour-palais qui fait face. Encore quasi-intacte, seuls s'y voient quelques impacts de l'artillerie Pure.
Le champ de bataille qui s'étale devant nous est indescriptible. Les restes humains sont des milliers, des carcasses de géants dominant le tout. Le sol de la place est défoncé par endroits, dévoilant qu'il ne s'agit en fait que du toit d'un immense entrepôt souterrain, maintenant plein d'herbes folles. Le lac central, autrefois si rafraichissant, est devenu un marais empli de vase et de nénuphars. Je n'ose imaginer quel genre de créature doit désormais s'y baigner. Mieux vaut ne pas en approcher.
Tout autour de la place, les avenues qui partent dans toutes les directions sont couvertes de cadavres et de désolation, les rues aériennes, celles qui passent sur les toits plats pour faciliter l'accès aux plus hauts bâtiments, ne sont pas épargnées par l'âge et se sont effondrées en maints endroits, mélangeant leurs gravas en un florilège de pierres tombales pour toutes les victimes tombées en dessous d'elles. Les immeubles eux-mêmes ne sont pas en meilleur état, la plupart sont effondrés en plusieurs endroits, là où les artilleries pures les ont frappés. Tout ça est une vision digne d'un cauchemar, digne d'une dystopie, entre la désolation du sol et la beauté indescriptible du ciel.
J'ai soudain une sueur froide en me remémorant ce que j'avais vu dans mes visions. La scène de l'horrible mise à mort de Créateur. Je me précipite aussitôt à l'endroit où ça a eu lieu. J'ai le film comme gravé dans ma mémoire. Luna court après moi pour ne pas se laisser distancer, m'appelant en s'étonnant de ma course soudaine.
Je m'arrête une centaine de mètres plus loin, face aux restes d'un géant. Et je me penche aussitôt à genoux face à un humble squelette, l'air innocent. C'est lui, j'en suis sûr. En position fœtale comme lorsque je l'ai vu mourir.
Je reste là un moment, parfaitement silencieux. Triste fin pour un si grand homme…
…je lui creuserais une tombe plus tard. Pour l'instant, je me contente de sortir une cape de nos bagages, et d'en recouvrir le glorieux squelette. « Paix à votre âme, Père… reposez en paix. »
Je me lève finalement, prêt à repartir, et me tourne vers Luna pour lui faire signe de… « Luna ? Qu'y a-t-il ? » Elle est toute pâle, semblant prête à s'évanouir.
« - Comment as-tu dis que ce squelette s'appelait ? » me demande-t-elle d'une voix blanche, comme terrorisée.
« - C'est… quelqu'un. Un très grand homme qui a tout sacrifié pour autrui. »
« - Mais comment le sais-tu ? Comment peux-tu le reconnaître au milieu de tous ces cadavres ? Il n'a aucun signe distinctif qui puisse permettre de… »
« - Hum, question d'intuition disons. »
Et je me détourne pour me diriger vers la tour-palais. La nuit va bientôt tomber, il faut nous presser. Même si on se croirait continuellement en plein jour ici, avec la lumière produite par le dôme de magie, mieux vaut ne pas trop perdre le rythme de la réalité. Me retournant un instant pendant ma marche, je vois Luna agenouillée face au Créateur, les mains jointes devant sa poitrine. Serait-elle en train de remercier ? (I) Ce serait étonnant qu'elle connaisse cette pratique de l'Union, mais je la laisse faire tout de même. C'est là quelque chose que je respecte. Et puis elle ne me dérangera pas pendant ce temps…
…
Quelques jours sont passés depuis notre arrivée. Nous nous sommes installés dans la tour-palais, plus précisément dans la bibliothèque. J'espère pouvoir retrouver un grand nombre de livres qui m'en apprendront plus sur la magie de l'époque de l'Union. Elle était tellement supérieure à celle des sorciers d'aujourd'hui ! La maîtriser serait pour moi un avantage considérable.
De son côté, Luna s'est installée dans une ancienne petite réserve. Usant de sa baguette pour aménager l'endroit, elle a lévité dehors ce qui gênait et a réparé les quelques meubles qu'elle a pu trouver. Elle passe le reste du temps entre lire ce qui lui tombe sous la main, et se rendre auprès du squelette du Père Créateur pour remercier avec ferveur. Elle y reste parfois près d'une heure ininterrompue.
Maintenant que nous sommes arrivés à destination… il ne nous reste plus qu'à nous préparer pour Poudlard. Nous n'avons qu'environ deux ans devant nous, ça ne sera pas de trop. A ce moment là, il me faudra être prêt à faire face à Dumbledore. Sacrément gros morceaux.
Et c'est sur ces pensées que je retourne étudier...
…
Les passages avec le tas de paille et la chute dans le sol sont les tous premiers que j'ai imaginés dans la genèse de cette fanfics, soit… vers 2010. Ahlàlà, qu'est-ce que je suis content d'avoir enfin pu les publier ! Youhou ! ^^
Commentaire svp ? Paraît que blabla !
…
I. Remercier : Rappel, ce mot a ici le sens de « prier ». Les gens de l'Union « remercient » les Grands Hommes de leur Histoire et honorent leur mémoire en guise de religion. Le comportement fervent de Luna n'a rien d'étonnant, le Père Créateur étant devenu un véritable dieu dès son vivant, et plus encore après sa mort. Vous pouvez relire les chapitres 5 à 14 si vous voulez vous le remémorer…
