NVJM, rédigé 7/9/2018, publié 12/10/2018.
Harry Potter et l'Histoire inachevée
Chapitre 91 : Le seigneur des ténèbres
La bataille était finalement terminée. Les Fidèles l'avaient emportée de justesse, avec des pertes terribles. L'expression victoire à la Pyrrhus serait probablement renommée en victoire à l'Union, tant le désastre était grand.
L'heure n'était pas à la joie, mais bien plus au deuil. Dans l'avenir, personne ne parlerait de ce jour comme d'une victoire, mais bien plus comme d'un enterrement. Plusieurs peuples magiques étaient en effet voués à l'extinction, du fait de la mort de tant et tant de leurs représentants. Les strangulots agonisaient, de même que les géants dont les hurlements de douleur emplissaient les cieux. Les nymphes s'étaient toutes sacrifiées pour la futile protection de leur maîtresse Luna, les sirènes avaient été cuites par l'ébullition du lac. On parlerait bien plus de co-génocide généralisé que de bataille.
Au milieu des monceaux de cadavres, quelques ultimes groupes de sorciers, épuisés et incapables de faire plus, démoralisés, déposaient les baguettes et se mettaient à la merci des quelques cohortes fidèles encore en état de bouger par la seule grâce de leurs potions énergisantes. Les derniers Purs étaient abattus sans pitié sitôt identifiés, de même pour quiconque se rendait coupable d'un crime par le véritaserum, l'impérium ou simplement le désespoir.
Quittant l'ultime fenêtre du château par laquelle il observait la scène, Harry se tourna vers Fleur et ses derniers officiers. La victoire était à eux, certes, mais… sans pouvoir se l'expliquer, chacun se sentait emplit d'une appréhension terrible, ressentait un mal-être au plus profond de soi. Comme si… comme si quelque chose d'énorme s'apprêtait à se révéler. Le seigneur Potter saisissait maintenant ce que tentait d'expliquer l'ex-dictatrice Luna. Si c'était ça qu'elle avait ressenti au moment de sa tentative de suicide, il la comprenait. Tous avaient l'impression de pouvoir en venir à l'acte à chaque instant. Les larmes aux yeux étaient la règle. Plusieurs vomirent d'angoisse, les autres étant trop pris aux tripes par une insondable terreur pour oser déranger leurs entrailles.
Dehors, le ciel semblait lui aussi en deuil, recouvert d'un linceul de nuages parfaitement uniforme et d'une blancheur à en faire pâlir la mort. C'était comme s'il n'existait plus rien au-delà.
« - Allons dehors nous occuper des blessés, » parvint à dire Harry dans un effort de volonté qu'il n'imaginait pas pouvoir produire. Tous acquiescèrent en silence, tête baissée. Fleur prit leurs enfants dans ses bras, ne parvenant pas à s'en séparer.
Gagner le parc fut rapide, malgré les multiples détours au milieu des tonnes de gravats. Ils parvinrent à la grande porte non sans mal, et sortirent au dehors pour…
…quoi ?
Mais qu'est-ce que c'était que ça ?!
Face à eux se trouvaient rassemblés les quelques milliers de survivants, sorciers et Fidèles entremêlés sans distinction ni animosité. Blessés agonisants côtoyaient les valides sans faire montre de la moindre souffrance. Placés en un parfait arc de cercle tout autour des marches, ils semblaient attendre leur fin, le regard vitreux… « Impérium ! » comprit aussitôt Harry avec justesse.
Mais le plus incongru était un homme en particulier.
Vêtu d'un uniforme d'élève de Poudlard, sans insigne de maison, aux coutures défaites, comme arrachées, la tête encapuchonnée dans une cape dissimulant la totalité de son visage par de froides ténèbres, botté de même, il était nonchalamment allongé sur un transat, jambes croisées, sirotant à la paille avec force bruits un verre de jus de fruit avec une rondelle de citron. Un tonitruant « shrrrp ! » de succion exagérée fut sa seule réaction à l'apparition des officiers survivants. Il continuait ses mots-croisés l'air de rien.
Les Fidèles levèrent aussitôt leur baguette vers la menace ! Car tous avaient instantanément comprit que la sensation de danger qu'ils ressentaient venait de cet inconnu ! « Qui es-tu ?! » questionna Harry d'une voix qui se voulut autoritaire, mais ne fut qu'un murmure aigu et ridicule tant il se sentait mal.
« - Shrrrp ! » fut la seule réponse qu'il reçut. Le verre de son interlocuteur était vide depuis longtemps, mais il continuait à s'amuser avec sa paille. Ça exaspéra Harry plus que tout.
« - QUI ES-TU BORDEL ?! »
Un dernier « Shrrrp ! » retentit, et l'inconnu fit signe de leur prêter attention. Il acheva sa rondelle de citron au long d'interminables secondes, puis de même sa grille de mots-croisés. Harry voulut hurler de nouveau, mais se sentait prit d'une terreur sans limite. Plusieurs officiers épanchèrent leur vessie sans s'en apercevoir. L'Autre fit apparaître une petite table à son côté sans faire montre d'un quelconque effort de concentration, ne prononçant de formule ni ne faisant le moindre geste, ne révélant aucune baguette ni artifice semblable, et y déposa verre et petit carnet, puis entreprit de se relever d'un bond plein de maîtrise gracieuse.
Sa cape, noire d'encre au point de sembler absorber toute lumière, rayonnait d'une tranquillité morbide, ombre furtive. Son visage, de ce fait parfaitement invisible, offrait plus encore à cette atmosphère d'angoisse oppressante. Sa stature, bien peu glorieuse du haut de sa petite taille, renvoyait pourtant un charisme sadique qui fit ployer le genou à tous les officiers, saisis au cœur. Il n'avait pas besoin d'être impressionnant. Sa seule personne était si fortement ressentie, si dictatorialement angoissante, si despotiquement omniprésente, qu'elle écrasait tout autour de lui. Nul besoin non plus qu'il laisse planer des menaces. Sa seule démonstration de maîtrise nonchalante en disait bien plus long que n'importe quel sort.
Il était Le Prédateur.
Les autres, des proies indignes de son intérêt. Mais qui n'avaient pas intérêt à l'embêter.
Enfin, il dit d'une voix calme, tressautante comme s'il n'était pas habitué à parler, avec une profondeur mystérieuse :
« Je suis le seigneur des ténèbres. »
...
À suivre…
Le prochain chapitre s'appellera « le réveil ». Et qui est endormi ...?
