Je ne sais comment je suis née, ma mère ne m'a pas donné de détails concernant cette partie de ma vie. Je ne connais pas mon père, non plus. En fait je vivais seule avec elle dans son immense château, si bien qu'on ne se croisait que rarement mais, lorsque cela se passait, elle faisait durer le moment, ces précieux instants que l'on passait ensemble. Lorsque j'ai eu douze ans, j'ai commencé à la fréquenter de plus en plus souvent, en effet elle m'a prise sous son aile en tant qu'apprentie. J'ai découvert alors une facette d'elle que je ne connaissais pas. C'était il y a trois ans, jour pour jour, et pourtant je me souviens comme si c'était hier. Ce jour-là j'étais, comme à mon habitude, dans ma chambre, je m'étais levée comme tous les matins, puis j'avais fait ma toilette, je m'étais habillée, j'avais coiffé mes cheveux noirs de jais tout en fixant mes yeux verts semblables à deux émeraudes. Ma tenue était aussi banale qu'un début de journée, j'avais un haut à manches courtes de couleur noire, assorti d'une étoile violette à huit branches, ainsi qu'un pantalon noir également. Les extrémités des vêtements étaient en piteux état, ma mère me disait de jeter ces vieilles guenilles mais moi je me plaisais dans cet accoutrement. J'étais, par la suite, allée manger dans la cuisine du château, je pouvais tout aussi bien investir la salle à manger mais, elle était beaucoup trop grande juste pour une personne, et puis je pouvais faire la conversation avec les domestiques. J'étais d'ailleurs en pleine discussion avec le cuisinier, qui me racontait une énième fois comment il avait réussi à sauver une fête grâce à sa magnifique pièce montée, lorsque la propriétaire des lieux entra dans la pièce. Comme à son habitude elle avait mis le paquet sur les effets sons et lumières avec une explosion retentissante, faisant sursauter le chef qui manqua de couper sa main.

« Bonjour, ma fille ! », déclara Maléfique.

« Bonjour, mère. », répondis-je froidement.

Ça n'allait pas fort entre nous, je la voyais de moins en moins et de moins en moins longtemps. Et le fait de la voir apparaître soudainement fit monter une vague de colère en moi.

« Aujourd'hui est un jour très spécial ! », s'exclama-t-elle.

« Tiens donc ! », répliquai-je.

« Je sais que l'année dernière je n'ai pas été là, ni l'année d'avant… »

« Ah bon ? Je n'avais pas remarqué ! Il faut dire que vos apparitions sont pour le moins… surprenantes », ironisai-je.

« Je suis tellement désolée Iris, mais tu dois savoir que je suis au bord d'une guerre avec le royaume voisin… », dit-elle la voix accablée de reproches.

« Guerre que vous avez-vous-même attisé en maudissant la fille du roi… »

« Je peux essayer de me racheter auprès de toi ? », proposa-t-elle.

« Vous pouvez toujours essayer, tout dépend du nombre d'efforts que vous emploierez. »

« Tu vas voir, je n'ai pas lésiné sur les moyens. »

Elle me tendit alors un bandeau.

« Je te prierai de mettre ça, s'il te plaît. »

« Que voulez-vous faire, mère ? », demandai-je.

« C'est une surprise ! », fit-elle toute enjouée.

Je mis le bandeau. Dès que cela fut fait je sentis ma mère poser une main protectrice sur mon épaule.

« N'aie pas peur », m'assura-t-elle, « je vais te guider ».

Alors que nous nous déplacions j'entendis mes pas claquer sur le carrelage et résonner dans les pièces vides que nous traversions. Je connaissais le château les yeux fermés pour l'avoir traversé de long en large pourtant je ne reconnaissais pas l'environnement qui m'entourait.

« Mère, où sommes-nous ? », la questionnai-je.

« Patience ma fille. », répondit-elle avec douceur.

Nous arrivâmes à un escalier qui descendais dans les profondeurs du château. Elle me poussa gentiment et je commençai à descendre l'escalier.

« Arrête-toi, maintenant. », m'ordonna-t-elle.

J'obéi sans broncher. Je l'entendis ouvrir une porte et elle me fit entrer à l'intérieur d'une pièce. Je pus sentir la chaleur d'un feu contre mon visage.

« Mère, où sommes-nous », répétai-je.

Elle enleva alors le bandeau de mes yeux et s'exclama :

« Voilà ! Bienvenue ma fille, dans ma pièce secrète ! »

J'étais au beau milieu d'une pièce sombre, rectangulaire et assez spacieuse, les murs étaient en pierre et le sol était fait de dalles taillées dans un rocher de façon inégale. Juste devant moi se trouvait un chaudron, sous lequel brûlait un feu ardant. Derrière celui-ci se tenait un pupitre et sur celui-ci était un grimoire ouvert. La pièce était éclairée par le feu au centre de la pièce et les torches positionnées à chaque coin de mur. Entre chaque torche il y avait des étagères remplies de fioles au contenu inconnu et de grimoires.

« Vous… Vous êtes une sorcière ? », lui demandai-je.

« Belle déduction, Iris. Je suis effectivement une sorcière. Je possède des pouvoirs magiques, comme mes sœurs, les fées, mais je m'en sers pour faire des potions plus ou moins bienveillantes. Je ne suis pas méchante, mais je ne suis pas une fée non plus… Je suis à la frontière entre le bien et le mal. Et si tu es là aujourd'hui, c'est pour que je t'enseigne tout ce que je sais pour que tu deviennes, à ton tour, la gardienne de la passerelle entre les forces obscures et la lumière. »

J'en restai bouche-bée. Ma mère était donc… une sorcière ! Et elle est employée à garder une frontière relativement mince, seulement grâce à son savoir et sa magie. Cela expliquait ses absences.

« Je… Je vous pardonne, mère. Pour vos absences répétées. »

Elle inclina la tête en signe de remerciement. C'est ainsi que je suis devenue une apprentie sorcière. Je dois vous avouer que cela ne fut pas facile, j'ai passé des mois entiers à échouer, jusqu'à enfin arriver à un résultat.