Le lendemain matin, je parti aux aurores, à pied, avec le même. Je pénétrai dans la forêt sombre puis me mis à marcher longuement. Le soleil était déjà haut dans le soleil quand je vis la chaumière. Je décidai de grimper à l'arbre et d'attendre l'apparition de Violette. Midi arriva, je le senti dans mon ventre qui gargouillait. J'ouvrai mon baluchon et me mis à manger le contenu, assise sur ma branche. Soudainement, j'entendis des éclats de voix provenant de la maison et je vis Violette sortir en râlant puis claquant la porte. Je décidai de ne pas me manifester et de rester dans l'arbre, à califourchon sur la branche. Elle ne me remarqua pas et partit en direction de la forêt. J'attendis quelques secondes puis descendis de l'arbre pour la suivre discrètement. Je le retrouvai quelques mètres devant moi, armée d'un bâton, tapant sur un arbre et maudissant ses tantes. Je m'adossai à l'arbre à côté puis déclarai doucement, avec un petit rire :

« C'est quoi cette crise ? »

Elle se retourna brusquement, pointant son bâton sur moi, un air rageur sur le visage. Puis elle s'adoucit.

« Oh, c'est toi ! », lâcha-t-elle en haussant un sourcil.

« Quel accueil ! », ironisai-je.

« Désolée », s'excusa-t-elle, « je n'arrête pas de me prendre la tête avec mes tantes en ce moment... »

Nous entendîmes un cri, celui d'une femme d'un certain âge appelant ma camarade.

« Quand on parle du loup... », dit-elle, d'un ton sombre, « je dois y aller, je suis désolée de ne pas rester plus longtemps aujourd'hui... Mais reviens demain ! »

Elle prit un grand sourire qui illumina son visage.

« Je n'y manquerai pas ! », répondis-je.

Elle m'embrassa sur la joue, puis repartit d'un pas lent. Je restai, quelques instants, figée par ce soudain contact, puis repris mes esprits, repartant dans la direction inverse vers ma demeure. J'allât au lit sans manger, je n'avais pas faim, la marche m'avait épuisée et je m'endormi aussitôt après avoir posé ma tête sur l'oreiller.

Le lendemain je ne la vis pas, le surlendemain non plus. Je commençais à penser qu'elle ne viendrait plus. Cela ne m'empêcha pas de revenir le jour suivant. Et c'est au bout du quatrième jour que je la vis. Elle chantonnait près d'un ruisseau, avec son arc en bandoulière, quand je la surpris. Elle sursauta, naturellement, puis m'offrit un énorme sourire.

« Iris ! », s'exclama-t-elle, toute joyeuse, « tu es revenue ! »

« Oui », dis-je, « comme tous les jours, même si tu n'étais pas là. »

Elle baissa la tête, penaude.

« Je suis désolée », s'excusa-t-elle, « mes tantes n'aiment pas me savoir dehors ces temps-ci. »

« Je comprends… S'il y a des personne qui te veulent du mal, c'est normal. »

« Je suis d'accord, mais ça m'empêche de te voir… »

« Je n'ai pas envie de te perdre… Je veux que tu restes en vie… Tu es ma seule amie… »

Je sentis les larmes me venir. Je ne voulais pas qu'elle meure, pas une personne proche de moi, pas encore.

« Oh, Iris. »

Elle dû voir que j'étais triste car elle se précipita pour me prendre dans ses bras. La chaleur corporelle me fit grand bien, à vrai dire, je n'ai pas vraiment été câlinée dans mon enfance, et le fait de soudain recevoir autant d'affection me submergea. Je me mis à lui pleurer sur l'épaule, silencieusement. Nous restâmes ainsi pendant plusieurs minutes, moi sanglotant et Violette me caressant les cheveux pour me calmer. Le silence de la forêt régna, je ne voulais pas me dégager de ses bras, j'y étais tellement bien. Ce fut elle qui rompit le contact.

« Merci », m'exprimai-je, d'une voix cassée.

Elle hocha la tête en signe de compassion. Elle prit son arc et ouvrit la marche dans le bois, je la suivis, comme à mon habitude. Nous chassâmes et nous rentrâmes dans le silence. Avant de me quitter elle me serra dans ses bras et me murmura :

« À demain, j'espère… »

Puis elle m'embrassa sur le front et entra dans la chaumière avec sa prise, quant à moi je retournai au château. Je fus accueillie par Arthur.

« Bonsoir mademoiselle », me dit-il.

« Que me voulez-vous, Arthur ? », lui demandai-je.

« J'espère que mademoiselle n'oublie pas que si mademoiselle veut que le plan de la mère de mademoiselle se déroule comme prévu, il faut que mademoiselle prépare le fuseau. », me répondit-il.

« Le fuseau ? », rétorquai-je, intriguée.

« Oui, mademoiselle, c'est inscrit dans les consignes, la jeune Aurore devra se piquer le doigt pour que la malédiction fasse effet. »

« Je vois… Merci Arthur… »

« Je vous en prie, mademoiselle. »

Il s'inclina profondément puis prit congé. Je fis de même en allant me coucher. Le lendemain matin je me réveillai, je regardai le calendrier au-dessus de mon lit, m'indiquant le nombre de jours restant avant la malédiction. Il en restait deux, il fallait donc que demain je n'aille pas voir Violette afin de préparer le terrain pour la pauvre Aurore. La possibilité de pouvoir enfin le venger me fit doucement sourire. Puis je me préparai et retournai dans la forêt. J'y retrouvai Violette, un grand sourire aux lèvres.

« Salut ! », me dit-elle.

Je lui répondis la même chose puis nous partîmes chasser. Elle était habillée comme d'habitude, un pantalon bleu océan, maintenant déchiré par les branches des arbres et autres ronces, et un haut mauve, en piteux état. Mais, je ne sus pourquoi, elle étincelait. Nous mangeâmes le midi dans une clairière, enfin ça ressemblait plus à une bataille de nourriture qu'elle a commencé en me jetant son pain à la figure. Cette bataille se termina par ma victoire lorsque je l'eus immobilisée au sol et eus barbouillé son visage de fruits sauvage. Je ne pus me retenir de rire lorsqu'elle dut se nettoyer la figure dans le ruisseau. Elle me jeta un regard noir puis éclata de rire, ce que je fis tout juste après. Nous repartîmes dans la forêt, trouver son repas du soir, lorsque nous pûmes nous calmer. La chasse dura longtemps, nous mîmes beaucoup de temps à trouver le gibier parfait, un animal assez vieux et fatigué, pour ne pas écourter la vie d'un trop jeune. Puis nous rentrâmes chez elle. Juste avant qu'elle n'arrive dans la clairière de la chaumière, je voulus lui parler :

« Vi… Écoute, je ne serais pas là demain, j'ai quelque chose d'important à faire. »

« D'accord, ça tombe bien, moi aussi. Mais tu as intérêt à être là demain ! »

« Que fais-tu, si ce n'est pas indiscret ? »

« Je vais rendre visite à mon père, cela fait longtemps je ne l'ai pas vue… »

« Très bien… J'espère que tu seras là après-demain, je compte sur toi ! »

« Ne t'inquiètes pas… Je serais là. »

Elle s'approcha de moi et fis quelque chose qui me sidéra, elle m'embrassa, non pas sur la joue, mais bien sur les lèvres. Elle dut voir mon air surpris car elle se décolla rapidement et rentra, les joues rouges. Je restai plantée derrière la chaumière longtemps, étonnée par ce qu'il venait de se produire. Je ne sus comment je revins au château, mes jambes m'avaient probablement guidées jusqu'à mon lit où je restai, hébétée, pendant une grande partie de la nuit.