Le soleil se leva le jour suivant, c'était le grand jour, le jour de ma revanche. Je revêtis ma plus belle robe de cérémonie. C'était une longue robe d'un violet sombre assortie à de longs gants. Avant de partir, je fis un stock de provisions pouvant s'avérer utile. Pour la première fois, je me dirigeai vers le château, chevauchant Pandore. Celui-ci était colossal et d'un blanc nacré. Des drapeaux bleus flottaient sur les fanions accrochés au quatre tours qui entouraient le bâtiment principal. Le tout était cerné par une muraille du même blanc, s'étendant sur un très grand périmètre. De magnifiques jardins se trouvaient à l'entrée de cette muraille et un immense parc encerclait le bâtiment principal. Je m'introduis dans le château pendant la relève de la garde, en faisant bien attention de ne pas me faire prendre. Le roi devait donner une réception car il y avait un grand nombre de personne dans le parc, je me faufilai parmi ces gens puis, arrivée à la grande porte du bâtiment principal, je m'engouffrai à l'intérieur. Il y avait également énormément de citoyens, ce qui me permis de me glisser vers un couloir vide. À partir de là je cherchais l'atelier de couture. Je le trouvai facilement grâce à un sort de localisation. Je sortis de ma robe, une potion que j'avais amenée. Grâce à celle-ci je créai une entité de la forme d'une sphère verte, me permettant de guider Aurore jusqu'ici. Je l'envoyai parmi les invités, elle devait se trouver par là. Pendant ce temps je pris une deuxième potion causant une attraction mentale sur n'importe lequel objet se trouvant dans la pièce. Lorsque celle-ci fut répandue sur le fuseau, je fus prise d'une envie irrésistible de le toucher. Je sortis rapidement de la pièce pour ne pas succomber. Je me cachai dans la pièce voisine et attendit. Longtemps. Soudain je vis une silhouette passer dans le couloir, elle était entourée par 3 petites boules lumineuses, verte, bleue, rouge, et une grosse boule verte. Les trois petites entités parlaient :

« Amaryllis, aide-moi ! Aurore ne s'arrête pas ! », s'exclama la rouge.

« Oh, non ! C'est la prophétie, la malédiction de la sorcière ! », se lamenta la bleue.

« Ne vous en faites pas, mes sœurs ! », s'écria la verte, « À trois, on lui lance un sort pour qu'elle reprenne ses esprits ! Un, deux… »

Un éclair de lumière parcouru le couloir et atteignit la personne au centre. Mais rien n'y fit. Aurore avançait inexorablement vers son funeste destin. D'après ce que les boules de lumières disaient, elle semblait hypnotisée, je dis bien semblait car le couloir était sombre, je distinguais à peine la princesse. Je refermai la porte doucement alors qu'elle entra dans la pièce voisine. Je patientai. Tout à coup, un cri me parvint de l'atelier de couture. Il y avait du mouvement, Aurore venait de toucher le fuseau. Une personne sortit de la salle en courant puis revint avec quelqu'un d'autre.

« Je suis désolé, monsieur, Aurore s'est piquée le doigt. », dit une voix féminine.

« Non ! », s'écria une voix masculine, « C… Ce n'est pas possible ! »

« Et pourtant », poursuivi la voix féminine, « mais il y a encore un espoir, le prince ! »

« O… oui… mais… elle le connait à peine… Comment pouvez-vous savoir qu'ils peuvent échanger un baiser d'amour véritable ? »

« Avons-nous le choix ? Et puis, je le sens, il est dans cette pièce. »

J'entendis les voix se rapprocher de ma localisation. Je commençai à paniquer et, après quelques secondes de réflexion, je décidai de me cacher dans l'armoire. La porte s'ouvrit, faisant la lumière sur la pièce où je me trouvais. C'était un couloir. Un très grand couloir constitué de portes, entre chaque porte il y avait une armoire et entre une armoire et une porte il y avait des armes, des épées, des lances, des armures.

« Comment est-il possible que la malédiction se réalise ? Maléfique est morte ! », asséna l'homme.

« Je sais bien, mon roi, mais il est possible que quelqu'un ait voulu achever son œuvre en réalisant son sombre dessein. Une personne très puissante qui a été capable d'hypnotiser votre fille. », fit la voix féminine, « Venez, le prince est à l'intérieur. »

Ils entrèrent dans une pièce en face de ma position, j'en profitai pour sortir de mon armoire et du couloir. Je retournai me faufiler parmi les invités, mon cerveau tournait à plein régime. Ils ne devaient pas réveiller la princesse, sinon toute ma vengeance tombait à l'eau. Je devais m'occuper de ce prince, et rapidement. Je vis, au loin, deux personnes transporter le corps inerte de la princesse vers une tour. Puis j'aperçu le roi et un jeune homme à ses côtés, ça devait être le prince. Mon sang ne fit qu'un tour. Je mettrai le prince hors d'état de nuire et ensuite, pour être sûr de mon succès, je m'occuperai de la princesse. Discrètement, je m'approchai du roi et du prince.

« … si vous parvenez à réveiller ma fille, le trône est à vous ! », promit le roi.

Le prince prit congé et se dirigea vers la tour, je le suivis. Je montai les marches en même temps que lui, pour ne pas qu'il se doute de ma présence. Nous arrivâmes dans un couloir, avec une porte au bout, sûrement celle où se trouvait Aurore. Arrivé au milieu du corridor, le prince s'arrêta.

« Tu crois que tu ne sais pas que tu es là ? », dit-il, d'une voix forte.

Il se retourna, un grand sourire s'étira sur son visage juvénile, son regard bleu ciel me fixait. Il passa une main dans ses cheveux blonds.

« C'est fou à quel point tu lui ressembles, à ta garce de mère. », fit-il, en gardant son sourire.

Je serrai les poings. Il connaissait ma mère.

« Évidemment que je connais ta mère ! Qui ne la connais pas au royaume ?! »

« Que veux-tu ? », déclarai-je, entre mes dents.

« M'occuper de toi, afin que… », il sortit une dague tranchante, « …tu ne sois plus un problème pour le royaume… Définitivement. »

Sur ces mots, il se jeta sur moi. J'aurais dû prendre ma dague, quelle idiote, je vais mourir ici, je ne reverrais jamais Violette. Il m'entailla sévèrement le bras. Je ne pus retenir un hurlement. Dans une tentative désespérée je lui jetai une de mes potions au visage. Il tomba à la renverse, se tenant la tête avec ses mains.

« Argh ! », s'écria-t-il, « que m'as-tu fait, sorcière ? »

Il frotta ses poignets contre ses yeux, provoquant une petite étincelle. Tout fut très rapide, l'étincelle tomba sur sa joue, une flamme naquit soudainement lui consumant lentement le visage. Il hurla de douleur, les flammes lui léchèrent lentement les cheveux puis s'attaquèrent au corps, j'assistai, impuissante, à la combustion du prince. Lorsque la tête fut entièrement consumée, les cris se stoppèrent. Je jetai un œil à la fiole que je lui avais jeté au visage, c'était une potion constituée principalement d'Éther pour traiter les blessures. Une étincelle et pouf, l'incendie. Les restes calcinés du prince gisaient à terre. Les flammes avaient stoppé leur propagation, seules quelques braises subsistaient. Je les éteignis et me dirigeai vers la chambre de la princesse. J'ouvrai lentement la porte et m'engouffrai à l'intérieur. La pièce n'était constituée que d'un lit en son centre. Celui-ci était entouré de draps rouges et fins. Il me restait deux potions, un poison et une potion de soin. J'utilisai la potion de soin pour mon bras et m'armait du poison pour terminer la vie de la princesse. Je débouchai la potion, écartai le rideau et ce que je vis me frappa d'effroi.

Violette était étendue là, dans le lit. Le visage froid et pâle comme la mort. Elle ne respirait plus. Mes genoux me lâchèrent, j'étais complètement désemparée. Comment... ? Comment était-ce possible ? Violette ne peux pas être Aurore ! À moins que… Ça signifierais que les personnes qui voulaient la tuer… C'était moi ! J'avais Aurore à portée de main depuis un mois ! Je lui en voulais de ne pas me l'avoir dit et je me sentais coupable de l'avoir mise dans cet état. Je brisais la potion en la lançant par la fenêtre puis revint au chevet de Violette. Je l'ai tuée, j'ai brûlé son seul espoir. Je suis la pire des amies. Les larmes me vinrent aux yeux et je me laissai aller sur le corps inerte de ma seule amie. Mes sanglots ne s'arrêtèrent plus. Je me remémorai les moments passés en sa compagnie, les parties de chasse et de cache-cache. Le moment où elle m'a prise dans ses bras et celui où elle m'a embrassée. Pourquoi avait-elle fait ça ? Est-ce possible qu'elle m'aime ? Moi, la fille de Maléfique ? Mais si je l'aime en retour, elle devrait revenir à la vie ! Je séchai mes larmes et m'avançai vers son visage. Je n'avais pas remarqué qu'elle était aussi jolie. Je plaçai mes mains de part et d'autres de son visage, écartant une mèche au passage, et déposai mes lèvres sur les siennes. Réveille-toi, Violette, pensais-je de toutes mes forces. Je sentis une main se déposer sur mon bras, je voulus ouvrir mes yeux, mais une passion inconnue me vint, transmise par le baiser. Je me décollai, à contrecœur, pour découvrir Violette, me fixant de ses yeux bleus. Elle souriait.

« Tu m'as réveillée, Iris… », fit-elle doucement.

Je sentis les larmes couler sur mes joues.

« Tu m'as caché que tu étais la fille du roi. », déclarai-je, de ma voix cassée par les sanglots.

« Tu m'as caché que tu étais celle de Maléfique. »

« Tu le savais ? », répondis-je étonnée.

Elle acquiesça doucement.

« Je m'en doutais, tu lui ressembles. »

« Mais alors pourquoi ? », lui demandai-je.

« Pourquoi le baiser ? Parce que je t'aime, je n'ai pas pu m'empêcher de tomber amoureuse de toi. »

Je restai bouche-bée et elle en profita pour m'embrasser.

« Je t'aime Violette… Ou Aurore, je dois t'avouer que je suis perdue. », confessai-je.

« Violette était mon nom de couverture, celui que j'utilisai quand je vivais avec mes tantes, les fées. », m'expliqua-t-elle.

« Les petites boules de lumière. », compris-je.

Elle hocha la tête puis se leva.

« Il est temps de te présenter à mon père. », murmura-t-elle.

Je glissai ma main dans la sienne et nous sortîmes de la pièce. Nous passâmes devant le cadavre fumant du prince, nous n'accordâmes pas plus d'attention qu'un regard. Nous descendîmes doucement les escaliers. Arrivés en bas elle m'arrêta.

« Attends ! », m'interpella-t-elle.

Elle remit ma robe en état, essuya mon visage de sa main pour enlever toutes traces de larmes, réarrangea mes cheveux et m'embrassa doucement.

« Voilà », s'exclama-t-elle en souriant.

Nous nous faufilâmes parmi les invités, se posant des questions sur moi, me pointant du doigt, intrigués que la princesse me tienne par la main. Nous arrivâmes devant le roi, je m'inclinai profondément juste avant que ce dernier n'appelle la garde.

« Père, arrêtez ! », s'écria Aurore, « elle m'a réveillée en me donnant un baiser d'amour véritable ! Si vous l'exécutez, vous devrez me faire passer le même supplice ! »

Le roi fut estomaqué, il ordonna à la garde de me relâcher puis Aurore me présenta. Je lui souriais, malgré le moment qu'il venait de me faire passer. Même s'il était responsable de la mort de ma mère. Tout cela m'importait désormais. Main dans la main, nous sortîmes dans la cours, accueillies par le doux soleil du crépuscule. Ma nouvelle vie pouvait enfin commencer.


Ainsi s'achève ma toute première histoire qui m'a demandée plusieurs mois de travail (et surtout de motivation), n'hésitez pas à donner votre avis dans une review !

À la prochaine !