— Toi ! Je te cherchais justement !
— Monsieur Stark ?
Peter n'avait pas la moindre idée de ce qui pouvait, ou non, lui être reproché, mais dans la mesure où c'était devenu une habitude pour lui, il rentra la tête dans les épaules et fit profil bas le temps que Tony s'approche pour lui faire face, dans les couloirs de l'université :
— Dis moi, jeune homme, n'es-tu pas supposé avoir cours ?
— Si… Je me rends justement au-
— Je parle du lycée.
Spider-man eut le reflexe de tirer sur son masque pour assurer que son visage était bien couvert, signe visible de sa soudaine nervosité. D'une petite voix, il se défendit :
— Hem… Vous savez… J'ai toujours eu l'impression de perdre mon temps à l'école et… C'était une si belle opportunité… Cette bourse… Vous comprenez ? Et puis je vais tout de même au lycée pour les examens…
— Ce que je comprends, la ballerine, c'est que tu sèches le lycée pour étudier à l'université, n'est-ce pas un peu tordu ? Ta tante est au courant ?
— Ho non ! S'il vous plait, monsieur Stark, elle ne doit pas-
— N'aurait-elle pas raison de t'en vouloir ? Pourquoi ne restes-tu pas à jouer avec les enfants de ton âge, ce serait plus sain…
Peter haussa les épaules en baissant le museau et marmonnant une réponse inaudible à propos de vilains élèves, de racket et de journées entières passées dans les casiers. Réponse qui se perdit dans son masque sans que le plus vieux ne l'entende. Impatient, Iron-man croisa les bras sur sa poitrine en levant les yeux au ciel :
— Pardon ?
— Rien… Je préfère être ici, tout simplement.
— En es-tu certain ? Parce que tu sais, tu n'auras pas deux fois dix-sept ans-
— Monsieur Stark, l'inquiétude que vous vouez à notre jeune héro serait louable s'il n'y avait derrière une pensée aussi malhonnête que calculatrice… Que vous convoitez une place dans le cours de NBTI ESS est une chose, que vous vous en preniez à votre protéger pour vous libérer le passage en est une autre…
N'essayant même pas de cacher son exaspération, Tony leva les yeux au ciel lorsque Stephen Strange s'approcha en le fusillant du regard et, d'une voix trainante, il demanda :
— Sans blague, Sherlock, je m'inquiète pour lui car il faut bien que quelqu'un le fasse. Ca ne gêne personne qu'un juvénile en collant se balade dans les couloirs du campus ?
— Pas plus qu'un millionnaire en manque de sensation qui perd le contrôle de ses IA à ses heures perdues…
— Doucement, l'artiste… De nous deux, je ne suis pas celui qui joue avec l'espace-temps.
— Je n'ai aucun reproche à recevoir d'un type qui tente de faire du chantage à un gamin pour obtenir ce qu'il veut.
— Chantage que je n'aurai pas à faire si vous acceptiez de me céder votre place. Ne le niez pas, je sais que vous avez déjà suivi ce cours au moins une dizaine de fois.
Un simple rictus supérieur étira les lèves du sorcier qui croisa les bas pour appuyer d'un ton narquois :
— Piètre excuse que vous ressassez en boucle pour justifier pourquoi ma moyenne est meilleure que la votre… Il se peut que je sois, tout simplement, meilleur que vous sur bien des domaines…
Coup bas ! Stark vit rouge et rebondissant sur le sujet qui déviait, il siffla d'une voix amère :
— Une chance que vous ayez votre amulette… Jamais vous n'auriez eu la moindre possibilité de me passer devant sans-
— On se demande encore comment vous faite pour vous croiser dans les couloirs sans que vos égo surdimensionnés ne fassent exploser les murs, tous les deux… Quoiqu'il en soit, si vous pouviez ne pas prendre le gamin à parti, je vous saurais gré…
Coupé par Steve Rogers qui arrivait en fronçant les sourcils, Stephen et Tony levèrent les yeux au ciel, mais poussèrent la bienséance à mettre leur dispute sur pause le temps que Captain America, repartant comme il était venu, n'emmène avec lui un Peter Parker qui, jusqu'ici, avait réussi à se faire oublier. Puis ils repartirent de plus belle, jusqu'à ce que Natasha ne leur fonde dessus pour les coller en retenu en affirmant qu'ils nuisaient au climat studieux de l'université.
Loin d'Iron man qui hurlait au favoritisme et à Strange qui maudissait le corps enseignant, Steve escortait Peter et fendait la foule d'étudiants avec aisance. Il demanda sur le ton de la conversation :
— D'un côté, Tony n'a pas tord, je ne sais pas si tu te rends compte de tout ce que ça implique… Es-tu vraiment prêt à passer une année entière caché derrière ton masque ?
— C'est Spider-Man qui a reçu la bourse, pas Peter Parker.
— Tu es Spider-Man, quelle que soit l'identité que tu revêts…
— Mais les gens ne s'adressent pas à moi de la même manière… Et puis…
Il pensa se taire mais, sous le regard inquisiteur de Captain America, il justifia simplement :
— J'apprécie de ne pas avoir à me dévoiler ou me justifier… Les gens qui ont affaire au masque ne… Ceux qui me voient comme Spider-Man… J'ai l'impression que je ne pourrai jamais les décevoir parce que je… je suis juste un héro. L'on n'attend rien d'autre de moi que d'utiliser ces capacités que le commun des mortels n'a pas… Pas de dettes, pas de compte à rendre, pas de futur à revendiquer, pas d'image à assurer. Je… Je ne sais pas si je suis clair, mais je me sens libéré, d'une certaine manière.
— Je pense que je comprends.
Peter se gratta nerveusement la tête, sans savoir quoi rajouter. il fut coupé dans ses pensées par la sonnerie du téléphone de Steve qui retentit avec fureur.
— Sapristi… je n'ai toujours pas compris comment fonctionne ce truc que Tony m'a donné…
Peu désireux de laisser Captain America dans une situation critique, à regarder bêtement son téléphone tactile sans comprendre où était le bouton pour accepter l'appel, Peter, très serviable, lui prit l'appareil des mains pour lui offrir son aide. Toutefois, à peine eut-il fait glisser l'icône verte et tendu le téléphone à Steve qu'une voix puissante à l'accent du nord brailla dans le combiné :
— ROGERS ! LOKI M'A FOURNI L'UN DE VOS APPAREILS DE COMMUNICATION LONGUE DISTANCE !
— Thor, tu as un téléphone ? Parle moins fort, je ne sais pas comment on fait pour baisser le volume.
— CES OUTILS PRIMITIFS SONT LIMITES, MAIS ILS ONT LE MERITE DE PROVIDER DE NOMBREUX GRAPHES DE TYPE HIEROGLYPHES !
— Pardon ?
— Je crois qu'il parle des émoticônes, monsieur Rogers.
Peter faisait mine de s'intéresser aux affiches agrafées dans le couloir mais il cernait tout de même chacun des mots de l'asgardien ravi et tentait de les traduire à Steve en se demandant s'il était possible qu'une communication téléphonique entre les deux personnes les moins avisées en terme de Smartphone pouvait aboutir quelque part.
Ennuyé, il préféra laisser Steve avec ses problèmes et tourna les talons avant de se retrouver malheureux témoin d'une scène embarrassante.
Approchant du labo pour le cours de bio, il se prépara à y retrouver Wade, le seul qui ne se souciait pas de savoir s'il y avait quelqu'un sous le masque, finalement. Sans surprise, il y retrouva celui avec qui il partageait sa paillasse et il marqua une hésitation en le voyant, avachi sur son tabouret. Il était, lui aussi, recouvert de son costume rouge qu'il avait, tout simplement, agrémenté aujourd'hui d'une cravate noir et jaune dont le blason était un blaireau dressé. Poufsouffle, ne put s'empêcher de relever Spider-man en prenant place en silence.
— Encore en retard ? Je t'aurai pensé plus sérieux que ça, Spidey…
— Dis celui qui inonde sa paillasse d'origamis avant même que le cours ne commence…
D'un geste las, Spidey libéra sa place en repoussant les diverses cocottes et grenouilles en papier que le mercenaire avait distraitement plié en attendant le début des cours. La sonnerie retentit à ce moment et l'homme araignée, sérieux, commença immédiatement à prendre des notes assidues. A côté de lui, Wade se balançait maintenant sur sa chaise en jonglant avec ses cocottes en papier. De temps en temps, Peter lui envoya un rapide regard qu'il espérait discret.
Le silence aurait pu perdurer, simplement entrecoupé par la voix monotone du professeur mais, subitement, le plus vieux laissa retomber sa chaise sur ses quatre pieds pour se pencher sur son voisin :
— Quelque chose te tracasse, Spidey-kun ?
— Ne m'appelle pas comme ça, de une.
Il n'ajouta rien et continua à prendre ses notes mais Wade insista :
— Et de deux ?
— Rien.
Peter ne pouvait dire comment il s'y prenait, mais le silence de Wade lui-même était extrêmement accusateur. Il se mit à gigoter nerveusement, sans savoir comment poser la question qui lui tournait en tête depuis qu'il l'avait vu en peignoir, la veille. A vrai dire, même s'il avait fait mine de ne pas y prêter la moindre attention, ça avait été la première fois qu'il voyait la peau du mercenaire et dire qu'il n'avait pas été intrigué était un euphémisme. Il y avait pensé toute la nuit.
Il avait compris que, s'ils étaient tous les deux en costume de super héros et que tout le monde trouvait cela absolument normal dans ce collège communautaire aux priorités douteuses, ça n'était pas pour les mêmes raisons. Il fini par se racler la gorge pour commencer dans un chuchotement bas :
— Hier… Cette nuit, plutôt, lorsque… Nous nous sommes croisés… J'ai vu ta… Tes…
Il fut ravi d'avoir son masque qui l'épargnait d'avoir à composer une expression qui n'était certainement pas adéquate à la discussion et Wade lui lança un regard certainement patient, allez savoir, avec ce masque, même s'il glissa d'une voix abominable :
— Si tu aurais préféré apercevoir plus de-
— Je suis désolé.
Il eut le mérite de lui avoir coupé le claquet. Pour quelques secondes. A peine.
— Désolé de quoi ?
— Ma réaction… Je… Je n'ai pas eu les mots adéquats…
Sans parler de l'intonation qu'il avait eue… « C'est quoi ça ? » avait-il crié avant même de s'apercevoir qu'il parlait à une personne… Il n'avait pas seulement parlé du peignoir. Tante May l'aurait étripé… L'autre ne sembla pas comprendre car il pencha la tête sur le côté :
— Ta réaction ?
A son tour, Spidey ne comprit pas et fronça les sourcils.
— Quand j'ai-
— POOL ! MAN ! Silence au fond !
Le beuglement du professeur fit sursauter Spider-Man mais Wade se retourna pour regarder derrière lui :
— Pool-Man ?
— Wade. C'est à nous qu'il parle…
Il eut le reflexe de lui prendre le bras pour attirer son attention vers le tableau mais, dans un éclair de lucidité, il se demanda si son voisin ne souffrait pas de toutes ces cicatrices épidermiques. Prestement, il le lâcha comme s'il l'avait brulé. Le geste attira l'attention de Deadpool qui lança un simple regard à la main ganté du plus jeune, avant d'hausser une épaule. Il reprit la conversation là où ils l'avaient laissé sans même daigner accorder quelques secondes de répit au professeur :
— Ne t'inquiète pas, je fais cet effet à tout le monde.
Accordant au moins cinq minute d'attention totale à l'enseignant pour se faire oublier, Spider Man tiqua. Il n'était pas n'importe qui. Du moins, il se plaisait à le penser. Plus que les autres, il savait ce que c'était. Etre différent, être considéré comme un monstre, condamné à se cacher sous un masque et une identité publique qui ne laissait rien transparaître de ses cicatrices. Si celles de Wade étaient affichées sur sa peau, l'homme araignée ne doutait pas que l'âme était aussi incrustée que la chaire.
Coupant ses pensées, la voix de Wade, agacée, reprit, bien plus proche que ce que la décence l'autorisait :
— Ceci dit… Ca ne doit pas être pire que toi…
Le mercenaire s'était approché sans qu'il ne le sente venir et il eut le réflexe de s'écarter en déplaçant son tabouret. Le bruit attira un nouveau regard mécontent du professeur, mais il l'ignora pour se défendre sèchement :
— De quoi parles-tu ?
— Rien… Je suis curieux… Niveau mandibule, pilosité et multiplication oculaire… si tu es vraiment un homme-araignée, je ne-
— Je suis normal !
— Ton intonation est exactement la même que celle de Steve Rogers lorsqu'il affirme qu'il n'est pas gay… Mais ne t'inquiète pas, Spidey… Avec moi, pas besoin de masque, je sais ce que-
— C'est mon identité que je protège, pas la sensibilité des autr-
Il se tut au dernier moment, effaré par ses propres mots. Ce n'était absolument pas ce qu'il voulait dire, du moins, pas comme ça. Vivement, il se tourna vers Deadpool, attrapa au vol la craie que leur lança le professeur en continuant sans attendre :
— Désolé… je veux juste dire.. Je ne suis pas comme t-
A nouveau, il se tut en se traitant mentalement d'abruti. Il se demanda si, malgré le masque, Wade voyait ses rougeur d'embarras aussi bien que lui voyait l'air aussi amusé que peiné que ses bourdes et ses insinuations laissaient entendre sur ce qu'il pensait du physique particulier de son voisin. Comme une andouille, il tenta encore :
— Je pense juste que c'est pas grave.
— De quoi ?
— Le physique.
— Ho, je pensais que tu parlais de l'expulsion du cours… Je me disais bien que ça ne te ressemble pas de ne pas trouver ça grave…
Deadpool avait répondu d'une voix neutre en se levant pour rassembler ses affaires et ranger rapidement ses origamis dans des enclos faits de stylos. Se tournant vers la salle de classe, spidey croisa le regard furieux du professeur et, soudain, il écarquilla les yeux :
— Quoi ? Non ! Monsieur, s'il vous plait ! Je suis désolé, je ne-
— Je ne veux rien entendre, monsieur Man. Allez retrouver mademoiselle Romanoff en détention et je veux pour demain un diagnostique précis sur la catalyse selon le type de réaction activée.
Spider-man était près à supplier comme l'aurait fait Peter Parker face à son prof d'histoire, mais il se reprit lorsque, survolant la classe, les regards des élèves mêlaient admiration et curiosité. Rien à voir avec l'indignation, le dégout ou l'indifférence qu'écopait Parker.
Certains avaient même sorti discrètement leur téléphone pour filmer la scène et Peter voyait déjà quelles stories Instagram allaient défiler : « Spider-Man, le héro de Manathan, ne supporte pas l'autorité. » Il préférait ça plutôt que « Renvoyé de cours pour bavardages intempestif avec DeadPool, spider-man pleurniche comme une collégienne. » Ou comment renvoyer au super-héros les mêmes problèmes que Peter Parker… S'il pouvait passer une année entière sans visiter le moindre casier…
Espérant ne pas avoir l'air trop bête, il garda un silence neutre, rassembla ses affaires et rejoignit Wade qui patientait dans le couloir.
Entre ses dents, il attendit d'avoir fait plusieurs pas loin de la salle de classe pour siffler d'un ton mécontent :
— Ce n'est pas parce que tu as déjà suivis trois fois le cursus que-
— Je t'arrête tout de suite. N'essaies même pas de reporter la faute sur moi, tu étais autant impliqué dans la conversation que moi…
— C'est la dernière fois que je me fais virer par ta faute !
Wade haussa les épaules et comme si rien ne venait de se passer, il reprit la conversation précédente d'un ton léger, presque ennuyé :
— Moi aussi je m'en fou du physique. Et puis ce n'est pas grave si tu es normal, ça arrive à beaucoup de monde.
Le ton portait un certain reproche et Spider-man leva les yeux au ciel en soupirant. Il choisit de ne pas s'enfoncer d'avantage avec une réponse bancale et il demanda à la place :
— Où est la salle de colle ?
— Par là… J'ai l'habitude de m'y rendre.
— Ca ne m'étonne pas…
— Tu verras, c'est assez drôle. Ils ont confié la surveillance à un robot à l'intelligence artificielle douteuse genre Siri, mais en plus tyrannique. Il ne sait pas trop ce qu'il fait là et il est très facile de le mettre en surchauffe simplement en engageant une conversation sur le temps qu'il fait…
Wade avait l'air ravi de lui présenter l'affaire. Ils pénétrèrent dans la salle de colle pour se trouver, effectivement, face à une réplique low-cost d'un dalek en plastique absolument… Angoissant. A savoir : un aspirateur poussif jaune sale, deux caméra sur le front à la place des yeux, un trop grand trait courbé dessiné au feutre comme sourire figé absolument dément, et deux tasers comme bras… Le surveillant de la salle faisait vraiment froid dans le dos.
Mais ce ne fut pas ce qui fit le plus peur à Peter, au contraire. Si la vue du surveillant des retenus lui arracha une légère palpitation cardiaque plus nerveuse qu'inquiète, il ressentit une crainte réelle lorsqu'il constata qu'ils n'étaient pas seuls à avoir été collé aujourd'hui.
Et que leurs deux camarades de détenus n'étaient, ni plus nu moins, que Stephen Strange et Tony Stark.
Et qu'ils étaient, eux, extrêmement intéressés par l'intelligence artificielle qu'Iron Man bidouillait tandis que le sorcier lui exposait des éléments extrêmement… Inapproprié pour un simple robot préposé à la surveillance des salles de colle.
Il se figea sur le seuil, à l'instar des deux hommes qui furent comme des lapins dans les phares d'une voiture. A peine plus d'une seconde. Puis, constatant que ce n'étaient que Deadpool et Spider-man, Stephen reporta son attention sur le… truc qui leur servait de surveillant, tandis que Stark se levait en lançant une œillade furieuse à Peter qui détourna les yeux.
— Spider-Man ? J'ose espérer que tu es ici parce que tu escortes monsieur Pool à sa détention par courtoisie, et que tu retournes en classe illico…
L'homme araignée se racla la gorge mais, avant qu'il ne puisse se justifier, le robot surveillant crissa vers lui. Il n'y avait pas d'autre verbe pour exprimer ce bruit insupportable que ses quelques mini roues bloquées arrachèrent sur sol qu'elles rayaient au passage.
Le son éraillé du micro était tout aussi désagréable, la voix était celle du vieux GPS de tante May :
— Monsieur Pool et monsieur Man, je vous attendais…
Terrifiant… Vraiment.
— Bavardage intempestif, rébellion et insolence… Devoir sur la catalyse. Vous ne sortirez pas d'ici avant de l'avoir terminé.
Penaud, Peter osa un regard vers Tony qui le toisa avec une certaine déception toute paternelle, si bien qu'il se sentit vraiment bête. Puis le regard du scientifique glissa amèrement sur Wade qui, visiblement, n'était silencieux que parce qu'il n'avait pas encore déterminé qu'elle était la meilleure pique à lancer, entre un rappel sur les IA fous de Stark ou bien un commentaire douteux sur la magie de Stephen, il semblait avoir du mal à choisir.
Si bien que, lorsqu'il ouvrit la bouche, ce fut en même temps que Spider-Man et Iron Man :
— Monsieur Strange, je suis Pool. DeadPool. Un grand fan de vous-même et de votre multiplication des bras.
— Monsieur Stark ! Je vous jure que je ne-
— Tu devrais surveiller tes fréquentations, jeune homme… Et toi, tu ne t'approches pas de lui !
Ils avaient parlé tous les trois en même temps et seul DeadPool sembla avoir vraiment entendu Stark car il glissa un peu trop sagement vers la table la plus éloignée en susurrant d'une voix chantonnante :
— Super dady en action….
Qu'il soit la fréquentation à surveiller ne semblait pas l'avoir ému et il prit l'injonction de Stark comme une invitation. Un peu trop ravi, il écouta attentivement le sermon que se prit Spider-Man à propos de l'importance des études, du sérieux et de l'implication scolaire. En résumé, si l'homme araignée se prenait une nouvelle heure de colle et si sa moyenne n'était pas à la hauteur, Iron Man lui interdirait toute participation aux prochaines missions avengers. L'injustice de la situation fut fortement argumentée par Peter, Strange intervint en son sens plus par principe de contredire Tony que par réel intérêt pour le gamin et Wade récupéra ses cours de l'année précédente pour en sortir ce même travail, déjà terminé trois ans auparavant et plusieurs fois corrigés par le prof. Il visait le vingt et un sur vingt.
Puisqu'il n'était plus question que Deadpool approche du protégé de Roger et Stark en leur présence sans subir les foudres de ces derniers, le mercenaire donna le devoir à l'IA qui le laissa partir, Peter se retrouva à soupirer d'ennui face à sa feuille tandis que les deux plus vieux se concentrèrent à nouveau sur l'aspirateur poussif qu'ils cherchaient à améliorer.
En soit, malgré la difficulté du niveau, le sujet ne posa pas de problème à Peter, même si, bloqué sur un élément, il réfléchit à voix haute, pas certain d'être entendu :
— La réaction d'halogénation de la propanone accélère avec quoi ?
— H3O+ ou HO-.
— HO- ou H3O+
Strange et Stark avaient répondu d'une même voix et ils échangèrent un regard mauvais. Refusant d'accepter n'être qu'au niveau de l'autre, ils enchainèrent immédiatement :
— La constante de la vitesse est k = k0 + k1[H3O+] + k2[HO–].
— k0 est la constante de vitesse de la réaction non catalysée mais elle est très faible.
— D'où l'effet notable de l'augmentation de la vitesse par les catalyseurs H3O+ ou HO-.
— L'ajout d'un acide faible, cependant…
Piochant toutes les données au vol, Peter cessa rapidement de les écouter lorsqu'il devint évident que cela dépassait même les compétences de leur propre professeur et sortait de loin du cadre universitaire.
Il termina son devoir assez rapidement mais, plutôt que sortir de la salle en vitesse, il reposa son stylo pour suivre distraitement la dispute des deux autres super héros.
Le sujet avait, encore, dévié, mais, tout en se disputant, ils continuaient de bidouiller la parodie d'aspirateur qui se laissait faire en ronronnant et qui, parfois, intervenait pour ajouter une phrase totalement hors sujet.
Comprenant rapidement que la discussion était vaine, Peter n'eut aucun scrupule à intervenir pour demander d'une voix neutre d'où il parvint difficilement à cacher une intonation perplexe :
— Que faites-vous, exactement, avec le surveillant ?
Les deux autres, qui avaient, vraisemblablement, oublié sa présence, se tournèrent vers lui pour répondre en cœur :
— Un allié.
Le plus jeune fronça les sourcils. Il ne voyait pas l'intérêt d'utiliser ce genre de terme en milieu scolaire et il demanda encore :
— Un allié contre quoi ? Il n'y a pas de guerre ici…
Pas encore, se retint-il de deviner de justesse.
Dans une même mimique aussi arrogante que supérieure, Strange et Stark levèrent les yeux au ciel. Ce fut Tony qui répondit d'une voix ennuyée :
— Contre Romanoff… Si elle pense pouvoir usurper la place du tyran dans cette école, elle va vite déchanter une fois qu'on aura retourné ses propres pions contre elle…
— Ha.
Il lança un regard inquiet au Dalek en plastique avant de détourner les yeux. D'un côté, il se disait que, dans ce cas-là, cela le rangeait automatiquement dans le camp de Stark, celui des élèves, de l'autre, il se disait, peut-être un peu naïvement, qu'il était certainement possible de tenir une année entière sans que personne ne déclenche de conflit contre personne. Il savait que c'était mal connaître la plupart de ses camarades et le corps enseignant, mais peut-être pouvait-il parvenir à faire quelque chose en ce sens. Jouant adroitement à faire tourner son stylo autour de ses doigts, il remarqua pensivement :
— Je ne pense pas que monsieur Roger soit d'accord…
— Steve n'est pas mon père.
Réponse puérile qui conforta les craintes de spider-man, surtout que, même s'il se permit une grimace hautaine à l'attention du milliardaire face à la piètre répartie, Strange semblait aller dans son sens. Peter se demanda, soudain, si, finalement, il n'y aurait pas plutôt trois camps et non deux. L'équipe enseignante d'un côté, les perturbateurs de l'autre et les élèves sages et sérieux entre les deux.
oOo
— Si tu veux de l'argent, trouve toi un travail.
— J'ai un travail. Je suis le défenseur de la Terre !
Exaspéré mais pas encore désespéré, Loki retint un soupir. Il était appuyé contre le mur de son salon, face à Thor qui jouait avec un artefact ancien du magicien. Le brun se redressa pour lui prendre le globe indéterminé des mains et le reposer sur l'étagère en reprenant d'une voix patiente :
— Dans ce cas, c'est aux Avengers que tu dois demander ton salaire… Pas à moi.
Le plus grand soupira en lançant un regard envieux autour de lui. L'agencement de l'appartement était sobre et lui rappelait Asgard, sans surprise. A la mode nordique, les meubles de bois clair étaient simples et bas, quelques fourrures confortables recouvraient des fauteuils pâle et tout était bien ordonné. Etrange, considérant que son frère était, en quelque sorte, entité du chaos. Ceci dit, ils avaient tous les deux été élevés par Frigga, donc chaos et tempête étaient à bannir lorsqu'il était question de ranger leur chambre…
Thor était, lui aussi, quelqu'un d'ordonné, mais il regrettait que ses propres meubles n'aient pas le même panache que ceux de son frère. Il avait beau avoir cherché, il n'avait pas trouvé d'ameublement de pierre ou de bois précieux qui lui aurait rappelé sa véritable demeure et s'était satisfait des matériaux propres aux cités terriennes. Sombres, froids et manquant cruellement de personnalité. Il préférait vraiment le décor de Loki.
A l'aise dans l'appartement spacieux de son frère, il alla s'asseoir sur l'une des chaises basses et attrapa distraitement le livre posé sur l'accoudoir.
— L'Eda poétique…
Lut-il à haute voix en traduisant instinctivement de l'ancien norvégien. Un ouvrage ancien que le brun n'avait certainement pas acquis de manière licite auprès d'un musée européen. Ce dernier s'approcha pour lui prendre le livre en plissant la lèvre de mécontentement :
— La vision humaine des faits est… Distrayante. Et ne commences pas !
Maintenant avachi, Thor lui lança un regard innocent pour demander sans malice :
— Je ne commence pas quoi ?
Encore, Loki retint un soupir et désigna le salon d'une main. Thor poussa l'affront en faisant mine de ne pas voir que le seul désordre qui régnait ici, c'était ses propres affaires éparpillées un peu partout.
— A t'installer…
— Je ne m'installe pas, je profite de ta présence.
Pensait-il vraiment avoir le dernier mot avec une répartie aussi peu subtile ? Toutefois, conscient qu'il ne pourrait le faire partir, s'il le voulait vraiment, Loki haussa les épaules et retourna en cuisine pour terminer de se préparer à manger. Tâche qui avait été interrompue par l'arrivée surprise de son ainé quelques minutes plus tôt.
A Thor, qui lui demanda un peu plus tard ce qui sentait si bon, il répondit sèchement qu'il n'y avait pas assez pour deux.
A sa plus grande horreur, il aperçut du coin de l'œil, lorsqu'il tenta un regard dans le salon pour savoir pourquoi son frère ne rouspétait pas, que ce dernier était, tout simplement, fort occupé à pianoter sur son téléphone avant de porter l'objet à l'oreille. En toute sérénité, comme s'il avait fait cela toute sa vie, il appela un commis des repas exotiques, commenta un menu S13 avec supplément de riz vinaigré à mettre sur le compte de monsieur Barton pour déposer l'adresse de Loki, l'étage et numéro de porte furent donnés avec diligence. Avant même que le repas du brun ne soit prêt, Thor avait récupéré, dans un grand sourire amical, un repas japonais prêt à déguster qu'il n'avait même pas eu à payer.
Loki se demanda, soudain, si le géant blond était aussi naïf de ce monde qu'il se plaisait à le faire croire à ses amis et s'il ne venait pas de se trouver lui-même un maitre en manipulation. Pauvre Clint qui avait pensé faire une bonne action en enregistrant le numéro du japonais dans le téléphone du blond en lui assurant qu'il pouvait se servir en utilisant son propre compte… Loki voulut croire que lui n'aurait jamais été aussi stupide pour faire cette erreur. Il se souvint à ce moment qu'il lui avait donné sa propre carte bancaire avec le code, en plus d'un smartphone aux forfaits illimités…
L'odeur du poisson cru lui mit l'eau à la bouche et il trouva son assiette bien fade lorsqu'il rejoignit le salon pour s'installer en tailleur dans le fauteuil face à Thor. Ronchon, il mangea en se drapant dans un silence incisif. Toutefois, lorsque son frère lui apprit avoir commandé un menu pour deux et qu'il pouvait se servir à volonté dans ses sushis, qu'il avait gentiment déballé sur la table basse, il ravala sa gourmandise et ne lui fit pas le plaisir de se servir.
Il n'avait pas besoin de lui, merci bien.
Thor haussa tristement les épaules et Loki fut d'autant plus vexé qu'il pensa apercevoir un léger sourire ourler les lèvres de son frère qui maniait ses baguettes avec dextérité. -expérience acquise de ces quelques décennies qu'il avait passé sur cette planète emplie d'insectes, quelques siècles plus tôt, certainement.- Etait-il sincèrement triste de voir Loki si récalcitrant à aller vers lui, ou bien s'amusait-il de la situation ?
Pour la peine, le brun garda le silence et refusa de lui parler.
oOo
— Regardez cette andouille, pas étonnant qu'il n'ait pas d'ami…
Assis à une table de la cafétéria, Tony Stark venait de parler d'une voix railleuse et, suivant son regard, Clint et Steve se retournèrent. Un peu plus loin, Stephen Strange sirotait une tasse de thé d'une main, tout en lisant un livre dont les pages tournaient seules. Le tout à quelques centimètres du sol au dessus duquel il lévitait assis en tailleur.
Se détournant, Steve eut l'élégance de ne rien dire, mais Barton ne put ignorer la perche qui était tendue :
— Parce que tu penses que toi, tu en as plus que lui ?
— Ne t'y compte pas, surtout, Légolas.
— Ne le dit pas sur ce ton, je pourrai croire le contraire…
Steve les écouta sans cacher son amusement mais, finalement, il les coupa pour se pencher sur Tony :
— J'ai pourtant entendu dire que vous vous étiez mis à deux sur ce pauvre robot de surveillance…
— C'est l'insecte qui a moucheté ?
— Qui ?
Fronçant les sourcils, Steve se redressa et Tony leva les yeux au ciel :
— Parker… Je savais bien que c'était un fourbe…
— De une, non, je le sais par Natasha qui a, depuis, énormément de soucis avec le robot en question qui exige son émancipation ainsi qu'un salaire, de deux, une araignée n'est pas un insecte, de trois, pourquoi Peter serait au courant ?
La question était rhétorique, Steve avait très bien compris, mais Barton se sentit obligé de déduire à voix haute :
— Le gamin s'est fait coller lui aussi ? On sait de qui il tient…
Il ricana à sa propre blague, mais Steve n'ébaucha pas le moindre sourire, au contraire, il fusilla Tony du regard :
— Tu ne devrais pas le laisser-
— Hep là ! Tout doux. Je ne vais certainement pas me faire engueuler à cause de ses conneries !
— De une, langage. De deux, tu es responsable de lui.
— Depuis quand ?
— Depuis que tu l'as impliqué dans ta guerre.
— Notre guerre. Et il n'a pas besoin que je surveille son carnet scolaire.
— C'est un orphelin qui a perdu son oncle il y a deux ans et sa tante est un peu dépassée. Bien entendu qu'il a besoin que quelqu'un surveille son carnet scolaire !
— Personne n'a jamais surveillé le mien.
— Ce qui explique beaucoup de choses…
C'était Barton qui avait répondu en suivant distraitement la petite dispute et Tony leva les yeux au ciel tandis que Steve s'adossait à sa chaise, ravi d'avoir une voix pour lui. Gentiment, il expliqua avec plus de tact que l'archer :
— Cela peut paraître anodin pour qui n'y est pas habitué, mais c'est une manière de lui démontrer un minimum d'intérêt sans en avoir l'air… Si tu es concerné par son attitude en classe, cela veut dire que tu es concerné par lui.
— Et pourquoi ce serait à moi d'avoir ce rôle et pas à toi ?
Acculé, Tony ne voulait pas avouer qu'il était bien concerné par le gamin, pas à voix haute. Iil avait croisé les bras sur sa poitrine pour botter en touche mais, très sec, Steve répondit sans humour :
— Parce que moi, j'ai déjà un enfant à charge…
Clint sembla comprendre l'insinuation en premier car il s'étouffa sans la moindre grâce avec sa boisson sans parvenir à retenir le ricanement qui le secouait. Steve joignit très vite a son rire un bref sourire amusé qu'il parvint très difficilement à contenir. Tony eut besoin d'un peu plus de temps pour comprendre et, même, malgré le regard éloquent que lui lancèrent l'archer et captain america, il parvint à douter qu'il puisse s'agir de lui. A son tour, il retint magistralement un sourire, pour la forme, puis il soupira et, pour dévier le tir, il annonça d'une voix sèche :
— Peter n'était pas seul en retenue… Deadpool l'accompagnait…
— Deadpool ? Le X-man ?
Clint s'était redressé à la mention du nom mais Iron-Man secoua négativement la tête :
— Stagiaire… Et il n'a rien d'un x-man…
— Charles Xavier aurait une vu sur notre recrue ?
Si Tony entendit le possessif de Steve ou même l'intonation du mot « recrue » qui ressemblait à celle qu'une mère aurait usé pour « enfant », il ne fit pas la moindre remarque à ce propos et haussa les épaules :
— Deadpool est solitaire, je ne pense pas que nous ayons quoique ce soit à craindre des X-men. C'est plus le spécimen en question qui m'inquiète, je n'aime pas le voir roder autour de Peter…
— Moi non plus. Il n'est pas sain et le gamin ne se méfie jamais assez…
— J'irai en parler avec lui, je lui ai déjà dit de prendre ses distances.
Steve acquiesça et la première sonnerie retentit à ce moment, mettant fin à la discussion.
Merci d'avoir lu !
Merci aux reviewers !
Comme il y a vraiment beaucoup de personnages dans cet univers, je vais surtout me concentrer sur une minorité pour l'évolution de l'histoire.
