— Ton papa ne t'a pas demandé de rester loin de moi ?
— Il n'est pas mon père et je ne pensais pas te trouver ici, je voulais simplement être seul.
— Moi aussi je voulais être seul, et je suis navré, mais le spot est pris, tu peux toujours essayer le toit de la cafet…
— Celui des dortoir est plus haut et la vue meilleure… Tu fumes ? C'est-
— Interdit, je sais… Mais ne t'inquiètes pas, ce n'est pas du tabac…

Sans savoir quoi ajouter à ça, Spider-Man resta bêtement debout, derrière DeadPool, assis sur le rebord du toit des dortoirs, dont le masque était remonté jusqu'au nez, dévoilant ses lèvres gercées et la peau abimée de sa mâchoire. Se forçant à ne pas trop le détailler, malgré la nuit qui tombait, l'homme araignée vint s'asseoir à côté de lui et Wade tiqua, par principe :

— Que n'as-tu pas compris lorsque j'ai dit que je voulais être seul et que le toit des dortoirs est déjà pris ?
— Pourquoi ce serait à moi de partir ?
— J'étais là avant.
— Et ?
— Et c'est pas bien de s'imposer…

Recrachant une longue bouffée de fumée, Wade avait décidé qu'il aurait le dernier mot, mais c'était mal connaitre Peter qui insista :

— Ce n'est pas à toi de me dire ce qui est bien et ce qui est mal.
— J'ai certainement plus d'expérience que toi à propos de ces notions.
— Dont tu ne connais pas les limites.
— Parce que je n'ai pas de limite…
— Il n'est jamais trop tard pour apprendre.
— Tu es vraiment certain que tu n'as pas de mandibules ?

Il avait radicalement sauté d'un sujet à l'autre. Si la question le déstabilisa, ce fut la déception du ton qui prit le plus jeune au dépourvu. Il se racla la gorge pour assurer furieusement :

— Bien sur que non !
— Non tu n'es pas sur ? Ou non tu n'en as pas ?
— Je n'en ai pas !
— Dommage…

Il était vraiment déçu, ou très bon acteur. Quoiqu'il en soit, Peter se sentit honteux de ne pas avoir de mandibule. Un quart de seconde, puis il fronça les sourcils :

— Qu'est-ce que ça peut changer, pour toi ?

Wade haussa les épaules dans une réponse indéchiffrable qui insupporta Peter. Il garda le silence et inspira une longue bouffée de sa cigarette, avant de souffler la fumée vers Spider-Man avec une tranquillité insolente. Les sens ultra développés de l'homme araignée furent agressés à la limite de la douleur à cause de l'âcreté de la fumée malodorante et il fut pris d'une violente quinte de toux. Il mit un instant à s'en remettre, plier en deux, puis parvint à attaquer entre deux respirations chaotiques :

— Abruti ! Pourquoi tu as fait ça ?
— C'est comme ça que je chasse les araignées, chez moi.

Il venait de parler d'un ton joueur et continuait de fumer. Proche de la nausée, Peter serra le poings et, de rage, il siffla entre ses dents :

— Laisse moi te montrer comment je traite les punaises…

Wade eut à peine le temps de cerner le danger que le coude de Peter se leva avec violence au moment où lui-même se penchait pour s'excuser. Il fut cueillit au menton avec une puissance inhumaine et il décolla. Il atterrit sur le dos après un vol gracieux, quelques mètres plus loin, légèrement étourdi. Peter eut peur d'être allé trop loin et il se releva, écrasa du pied les restes de la cigarette au contenu indéterminé et s'approcha du mercenaire qui était resté allongé dans la poussière. Il laissa filer quelques secondes pour savoir quelle attitude adopter, entre la défense ou l'excuse, mais, avant qu'il ne parle, Wade commenta d'un ton rêveur, toujours allongé sur le dos, les bras en croix :

— Belle frappe, Spidey…

Comme il ne faisait pas mine de se relever, Peter s'accroupit à côté de lui pour demander d'une voix qui se voulait neutre :

— Un partout ?
— Un partout…

Il trouvait étrange d'accorder autant d'importance à ne pas être en froid avec DeadPool, à qu'il tendit la main pour l'aider à se relever, mais il ne chercha pas à comprendre. Une fois debout, Wade se frotta distraitement le menton et Spidey se racla la gorge, avant de demander de ce même ton neutre :

— Pourquoi Steve et Tony ne veulent pas nous voir ensemble ?
— Répète « Nous voir ensemble » sur-
— Wade !

Le mercenaire poussa un soupir meurtri en ajustant son masque et il retourna s'asseoir au dessus du vide en ripostant :

— Pourquoi tu ne le leur demandes pas à eux ? La liste est tellement longue, je ne sais pas ce qu'ils me reprochent en priorité.

Peter vint s'asseoir à côté de lui à nouveau et il haussa une épaule :

— Ils m'énervent… Ce ne sont pas mes parents, pourtant, ils agissent comme tel…
— A leur place, je ferais le même cinéma si mon fils fréquentait un type comme moi.

Peter ne put que lever les yeux au ciel, mais il répondit sèchement, presque avec agressivité :

— Combien de fois devrai-je dire que je ne suis pas leur fils ?

Le ricanement amusé du plus grand conforta Spidey dans l'idée qu'il se moquait de lui et il soupira lourdement.

— J'ai encore le droit d'être en relation avec qui je veux…

Il se rendit compte que le vocabulaire qu'il venait d'employé n'était pas le bon à peine une seconde avant que DeadPool ne se tourne vers lui :

— Quelle genre de relation ?

Le nouveau coup de coude qu'il se prit en réponse lui fit voir quelques étoiles, mais il parvint à insister :

— Deux fois en cinq minutes que tu me frappes, Spidey… Méfies-toi, je suis déjà tombé amoureux pour moins que ça…

Spidey ne put que lever les yeux au ciel. Son bracelet vibra à ce moment et, sans se justifier, il bondit sur ses pieds, près à décoller. Wade, toutefois, lui attrapa le poignet pour demander sur le ton de la conversation :

— Trucs de super-héro à faire ?
— En quelque sorte…
— Mission Avengers ?
— Non. Juste un braquage au centre ville, rien de très intéressant.

— C'est donc à toi qu'on a confié les tâches ingrates ?

Peut-être Deadpool n'avait pas voulu se montrer blessant, mais, sèchement, Spiderman récupéra son bras en soufflant sans patience :

— Ce sont mes propres affaires. Mes paren- Hem. Iron man et Captain america ne sont pas au courant de mes… Activités nocturnes…
— Ha…

DeadPool ne sembla rien avoir de spirituel à rétorquer, même si Peter entendit très bien la bataille intérieure qui faisait rage dans la tête du mercenaire pour savoir si, oui ou non, il était adéquat de relever le terme activités nocturnes, toutefois, comme spiderman se dirigeait vers l'escalier qui menait au toit, il le rejoignit en courant :

— Besoin d'aide pour combattre le crime ?
— Tu sais faire ça ?
— Bien entendu… Le crime, c'est mon domaine.

Il avait répondu en passant naturellement une main autour des épaules du plus jeune, mais Spidey se dégagea sans un mot. Toutefois, il ne le repoussa pas et, ensemble, ils fondirent dans les ombres de la ville baignée dans la nuit.

oOo

«… C'est donc une formidable avancée scientifique qui permettra d'offrir aux mutants, aux optimisés ou aux autres personnes non-humaines un retour à la normalité de manière définitive. Nous remercions notre envoyée spéciale pour ce reportage de… »
— Barton, baisse le son, il y en a qui travaillent par ici !
— Silence, ça commence.

Avec agacement, Clint répondit sèchement à Iron Man qui leva les yeux au ciel lorsque le journal télévisé laissa place au feuilleton préféré de l'ancien agent. Installés dans l'une des salles d'étude annexe à la bibliothèque, ils profitaient d'une heure de libre avant la reprise des cours de l'après-midi.

— Je savais bien que, depuis que tu as pris ta retraite, tu as des habitudes de vieux… Sans parler de tes… addictions aux séries niaiseuses…
— Shhh, la boîte de conserve, je n'y peux rien si tu es incapable de gouter aux plaisirs de la vie.

Un peu plus loin, Iron Man, qui faisait ses devoirs avec Thor et Steve, prit sur lui pour ne pas rebondir sur la remarque de l'archer, même s'il murmura sombrement :

— De une, je sais très bien gouter aux plaisirs de la vie, ce ne sont simplement pas les même que les tiens. De deux, ne comptes pas sur moi pour te laisser recopier mes fiches de révisions.
— Parce que IronMan fait des fiches de révision ?

Amusé, Barton parvint à s'arracher à son feuilleton pour tourner vers Tony un visage hilare. Le milliardaire haussa les épaules et ne comptait pas se justifier, toutefois, un éclat déterminé fit briller son regard. Il comptait bien finir en haut du tableau des résultats cette année et mettrait tous ses moyens pour cela. Selon lui, Barton avait toujours été un mauvais élève, ce n'était pas aujourd'hui qu'il deviendrait un modèle, donc il ne pouvait pas comprendre l'intérêt d'un tel objectif. Tant que ce piaf avait son diplôme, il était satisfait de lui-même. Iron Man, lui, ne voulait pas seulement être bon, il voulait être le meilleur. Du moins, prouver qu'il l'était. Et lui, ne pouvait compter ni sur sa magie, ni sur ses notes des années précédentes, comme DeadPool. Cela ne l'empêcherait pas de battre tout le monde.
Loin de ses préoccupations existentielles, Captain america était resté bien silencieux et gardait un œil sceptique sur la télévision :

— Ils ont créé un sérum qui annule la mutation ?

Le sérieux de la voix suffit à interpeller Iron-Man qui lui envoya un sourire moqueur :

— Ce n'est pas la première fois… Et puis nous ne sommes pas nombreux par ici à être concernés…

Il avait parlé d'un ton léger, même s'il avait bien compris, lui aussi, la problématique d'une telle découverte. Captain America insista :

— Une telle chose peut être une arme conséquente entre les mauvaise mains… Nous devrions-
— Nous devrions rien du tout. Nous avons une année sabbatique, je vous rappelle. Ce ne sera même pas aux Avengers suppléants de s'occuper de ça. C'est le domaine des X-Men. Ca leur permettra de se rendre utile, à l'occasion.

Steve fit la moue et remarqua, pour la forme :

— Nous n'avons pas de mutants, parmi nous, certes. Mais des optimisés à charge… Un tel sérum entre les mains d'Hydra, qui sauront l'améliorer, peut devenir une grave menace pour Parker, Wanda, moi ou, peut-être, Thor et, par extension, son frère, entre autre.

A l'évocation de Loki, Thor leva les yeux pour suivre la conversation en silence. Tony s'adossa à son siège en jouant avec son stylo et il répondit avec aplomb :

— Pour l'instant, ce sérum n'est utilisé que sur ceux qui le demandent et contre les mutants qui enfreignent les lois. Encore, cela ne nous concerne pas et je vous rappelle, messieurs Rogers et Barton, que nous avons une interro demain à la première heure…

Comme si cela suffisait à clore la discussion, il reporta son attention sur ses fiches et Barton, plongé dans sa série, grommela comme un adolescent pris en faute.
Toutefois, même s'il accepta de changer de sujet, Steve ne laissa pas à Tony le plaisir de retourner à ses études :

— Stark, je sais que vous êtes au courant, mais le robot que vous avez détérioré-
— Amélioré.

Il ne reçut qu'un regard profondément blasé en réponse à son intervention et il jugea bon de ne pas argumenter. Surtout que, effectivement, il savait ce qui lui serait reproché dans les prochaines minutes et il opta pour le poker face.

— Non seulement il s'est émancipé et nourrit des… ambitions parfaitement infondées mais, en plus, il commence à construire d'autres robots à son image.
— Il parle de prendre le contrôle de l'université.

Barton profita de la coupure publicitaire pour une intervention fort pertinente qui cachait mal son engouement pour le sujet. Stark leva les yeux au ciel, son arme argumentative favorite, et il appuya d'une voix ennuyée :

— Ce n'est qu'un aspirateur… Que devons nous craindre ?
— Romanoff l'a reconverti à sa cause… Elle a été assez douée pour rappeler à cette intelligence artificielle quelle est sa fonction première : la surveillance… Elle risque d'en faire une armée à sa botte…
— Cette femme est démoniaque.
— Elle est notre amie.
— Pas dans ce contexte.
— Vous êtes insupportable, Stark.

Attrapant son stylo pour reprendre ses devoirs, Steve choisi de se détourner du milliardaire qui fit mine d'être ravi du nouveau silence. Toutefois, il fut vite dérangé à par l'arrivée de Bucky Barnes accompagné d'une femme à l'étrange beauté froide, à la peau laiteuse et à la longue crinière noire tombant en cascade sur un dos sinueux. Même Clint se détourna de sa série pour la regarder passer et aucun des avengers présent ne prit la peine de rompre le petit silence qu'instaura leur arrivée. Seul Steve pourfendait tour à tour la belle inconnue et Bucky d'un regard meurtrier sans que personne ne le remarque. Sans un mot, elle glissa un clin d'œil insolent à Thor lorsqu'elle passa à côté de lui. Il lui répondit d'un sourire charmé tandis que l'ancien soldat s'asseyait à côté de Steve, face à Iron man qu'il regarda dans les yeux :

— Stark, au nom de notre université communautaire, le professeur Lucie Angorianne, qui est une spécialiste en astrophysique, aurait une requête pour toi.

La belle brune, toujours silencieuse, s'appuya en bout de table et darda sur le millionnaire un indéchiffrable regard pâle. D'un signe, Bucky lui enjoignit de continuer tandis que Steve, distraitement, posa son bras sur le dossier de la chaise du professeur Barnes. D'une voix grave, elle annonça posément :

— Nous avons été défié par une école rivale à un tournois scientifique à la fin du mois, un décathlon de l'esprit. L'université participe à ce genre de chose tous les ans, sans jamais remporter la moindre victoire… Cependant, j'ai été désignée cette année pour préparer nos meilleurs élèves et je ne doute pas de nos chances si jamais vous acceptez d'intégrer le club de-
— Pas intéressé, merci.

D'un ton las, il la coupa en se balançant sur sa chaise et un éclat passa dans le regard pâle. Bucky s'adossa à sa chaise en poussant un soupir exaspéré tout en lançant à sa collègue un regard du type « je te l'avais bien dis », il tressaillit à peine lorsque les doigts de Steve, dont le bras était toujours sur le dossier, vinrent discrètement caresser la peau sensible du creux de la mâchoire. Lucie Angorianne secoua la tête, comme si elle estimait impossible que le millionnaire lui refuse quoi que ce soit, et elle se pencha sur lui en lui décochant un sourire désarmant :

— Monsieur Stark… Vous et Doctor Strange êtes nos seuls-
— Strange a accepté ?
— Bien entendu… Il estime, d'ailleurs, ne pas avoir besoin de vous pour battre l'école des surdoués de Charles Xavier, mais une victoire ne me suffit pas. Je voudrai mettre toutes nos chances de notre côté pour les écraser…

Elle avait parlé d'un ton extrêmement bas, dangereux, toujours penchée sur lui et il eut bien du mal à soutenir son regard sans laisser ses yeux divaguer sur cette peau laiteuse que la chemise couvrait de manière odieusement suggestive sans cacher les formes anguleuses. Elle était suffisamment proche pour que son parfum sucré lui monte à la tête et, sans qu'il ne le contrôle vraiment, son regard finit, malencontreusement, par descendre le long de la gorge d'albâtre pour lorgner sur la chemise dont le premier bouton était ouvert, dévoilant la naissance de la courbe de ses seins sans pour autant- Un raclement de gorge l'aida à détourner les yeux :

— L'ami Stark est bien trop préoccupé par ses résultats… Je m'occuperai de défendre l'honneur de cette école lors des tournois.

S'adossant à sa chaise pour déposer virilement ses pieds sur la table, Thor avait parlé avec l'assurance qui le caractérisait et le professeur Angorianne se contenta de couler vers lui un regard vénéneux :

— Ce sont des épreuves intellectuelles et cognitives sur lesquelles les élèves s'affronteront… Je ferai appel à vous pour les olympiades sportives de sortie d'hiver, ce sera toujours là que vous serez le plus utile, Monsieur Odinson.

Le grand sourire charmant que lui discerna Thor en réponse montra que soit il n'avait pas compris le refus, soit il appréciait l'idée d'être utile quelque part. Toutefois, il insista avec nonchalance :

— Je ne pense pas être plus stupide que Stark ou moins cultivé que Strange. Je suis peut-être novice de ce monde, mais j'ai plus d'un millénaire d'expérience de plus que toutes les personnes présentes ici… Je connais des choses dont vous n'avez pas idée, mademoiselle Angorianne.

Le professeur Angorianne plissa ses fines lèvres pâles et échangea un bref regard avec Bucky qui haussa une épaule dans une réponse approximativement positive mais, avant qu'elle ne puisse accepter, ou non, Barton intervint à son tour sans le moindre tact :

— Si je ne te connaissais pas aussi bien et si le professeur Angorianne ne ressemblait pas à ce qu'elle ressemble, j'en aurai déduis que ce n'est pas l'honneur de notre école qui t'importe le plus, Thor…

Il avait parlé sans quitter son feuilleton des yeux et, si la jeune femme lui lança un regard courroucé, Thor se contenta d'un éloquent sourire satisfait en réponse. A nouveau, le professeur Angorianne serra les lèvres mais, peu intimidée, elle se tourna vers le géant blond pour lui offrir un sourire époustouflant :

— Pourquoi pas… Nous avons encore des places… Toutefois, je vous accepte a condition que votre ami, monsieur Stark, se joigne lui aussi à nous…
— Quoi ? c'est une-

Stark, qui allait crier au chantage et à l'abus de pouvoir, se retrouva face au regard de retriever abandonné de Thor qui, d'une voix grave, demanda très sérieusement :

— Stark ? Jusqu'où iriez-vous pour vos amis ?

Le sourire d'Angorianne se fit victorieux lorsque le milliardaire capitula dans un gémissement outré, mais il se fana lorsque, à nouveau, Thor se tourna vers elle :

— Je suppose que nous pouvons élaborer un entrainement personnel qui commencerait dès ce soir… Je dois perfectionner ma connaissance de ce monde et j'ai toujours eu un attrait particulier pour l'astrophysique.
— Dis plutôt que ce sont les nanas qui s'intéressent à l'astrophysique qui t'attraient, pas la discipline en elle-même.

Dans son canapé, Clint avait parlé trop bas pour être entendu. Le professer Angorianne se raidit sensiblement à la proposition de Thor, mais, sèchement, elle répondit d'une voix claire :

— Je ne suis pas disponible, je dois encore compléter mon équipe et trouver Spider-man, il serait une recrue de-
— Non, pas Spider-Man.

Bucky, qui s'était fait oublié dans son coin, se sépara des discrètes caresses de Steve pour se redresser en lançant un regard ennuyé à sa collègue stupéfaite. D'une voix plus basse, il justifia simplement :

— Il est considéré comme un optimisé…
— Et alors ? Le tournoi nous opposera aux élèves de Charles Xavier et tu sais aussi bien que moi que ce ne sont pas des surdoués… Du moins, ils ne sont pas aussi normaux que l'on voudrait nous faire croire…
— Politique de notre université… Pour éviter la discrimination… Les mutants et les optimisés ne sont pas admis dans les équipes qui nous représentent.

Elle ne répondit pas, mais la manière dont elle leva un sourcil était hautement éloquente. Tony se permit tout de même de remarquer à haute voix ce qu'elle suggérait tacitement :

— Il s'agit là d'une certaine forme de discrimination… Surtout que le gamin n'a pas eu besoin de se faire mordre par une araignée pour avoir les… Capacités qu'il a. Du point de vu intellectuel.
— On évite la discrimination contre les humains, bien entendu. Ceux que la pensée commune considère comme des gens normaux qui ne doivent pas céder leur place à des… Autres… A écouter beaucoup de dirigeants. C'est ainsi dans toutes les écoles du pays, paraît-il…
— Je ne le savais pas…

Mal à l'aise, Tony échangea un regard avec Steve qui avait sa tête du justicier des grands jours, mais, à nouveau, la voix de Clint retentit de derrière le canapé :

— Notre Spidey n'a pas le droit de participer à un tournois inter école parce qu'il n'est pas considéré comme normal, et Thor, qui n'est pas humain, peut y aller ?
— Thor n'est ni un mutant, ni un optimisé…
— C'est un extra terrestre…
— Et il n'y a pas encore de règlement pour cela…

Le professeur Angorianne avait répondu en se levant gracieusement et, avant de partir, elle posa un regard sévère sur Tony :

— Puis-je compter sur vous ? Cela influencera positivement votre moyenne, bien entendu…

Qui Thor pensait-il amadouer avec ces yeux de cocker en arrière plan ? Tony aurait voulu y résister, mais, très vite, il haussa les épaules pour répondre avec nonchalance :

— Tant que cela me permet d'améliorer ma moyenne sans me prendre trop de temps…

Le sourire de la brune devint éclatant et, estimant avoir ce pour quoi elle était venue, elle se dirigea vers la porte. Elle leva simplement les yeux au ciel lorsque la voix de Barton l'interpella depuis le canapé :

— Je viens aussi.
— Et moi.

Toujours assis, Steve avait répondu distraitement, sa main disparaissant sous la table caressait du bout des doigts la cuisse de Bucky qui ne fit pas mine de suivre sa collègue lorsqu'elle quitta la pièce.

— Vous ? Voyons, Cap… Vous seriez plus utile pour les tournois d'ultimate que pour une compétition scientifique…
— Ne me sous-estimez pas, Stark.

Steve avait répondu d'un ton froid et Bucky lui vint en aide :

— Il était le meilleur de notre promo…
— En 1940…
— Pourquoi faut-il toujours que vous soyez si désagréable ?

Steve avait posé sa question d'un ton exaspéré et n'attendait pas forcément de réponse, toutefois, toujours plongé dans sa série, Barton se fit une joie de lui répondre :

— L'insolence est l'arme des malheureux.
— Barton, je te pris de garder tes sarcasmes pour toi.
— Oui papa.

Fut-il trop ravi de rétorquer et, pour désamorcer l'ambiance électrique qui s'instaurait, Tony n'eut pas de meilleure idée que de changer de cible :

— Sinon… On en parle du coup de foudre qui vient de frapper le dieu du Tonnerre ?

Thor, qui relisait ses notes, se contenta de lever vers le milliardaire un regard aussi souriant qu'inquiétant hautement éloquent : Tu viens de choisir la mauvaise victime, homme de fer.

oOo

— Et tu aurais vu leur tête ! Je suis sur qu'ils se demandent encore comment ils se sont retrouvés ligotés au plafond.

Plié en deux par un fou rire ingérable, Spider-Man appuya sur le coin de ses yeux pour éponger les larmes qui coulait sous le masque tout en se laissant tomber sur le dos, à même le sol. Appuyé au mur, DeadPool avait beaucoup de mal à reprendre son souffle et riait à gorge déployé :

— Et quand j'ai lancé leur boss dans l'aquarium !
— Il a du avoir la peur de sa vie quand tu as retiré ton masque en te faisant passer pour Lucifer. Il s'est laissé tomber tout seul dans l'aquarium.
— Y a pas à dire, j'avais peur de m'ennuyer, avec tes méthodes, Webs, mais, finalement, c'est tout aussi amusant quand on ne tue personne. Ca faisait longtemps que je n'avais pas autant ri !

Retirant son masque en s'appuyant contre le mur, Wade inspira ne longue bouffée de l'air de la nuit puis laissa son regard courir sur le corps de Spidey qui, allongé les bras en croix sur le gazon du stade de l'université, reprenait son souffle difficilement. Malgré la pénombre qui tombait, il prit le temps de détailler discrètement les lignes effilées d'une musculation fine que la combinaison suggérait sans pour autant dévoiler le plus intéressant. L'abdomen qui se soulevait en rythme avec la respiration erratique attira son attention, avant que son regard ne glisse sur ses jambes, l'une repliée, l'autre étendue, légèrement écartées... Dire qu'il n'avait pas envie, à l'instant, de venir s'allonger sur lui et participer à dégrader la régularité de son souffle serait mentir.

Ho… Iron Man et Captain America avaient raison de se défier de lui quand il était question de Spidey… Plus pur que Captain America ne l'avait jamais été, peut-être aussi intelligent qu'Iron Man, courageux comme Hawkeyes, un humour incisif en parfaite corrélation, même si plus chaste, avec celui de DeadPool… Et une silhouette qui était l'équivalent masculin de celle de la Veuve Noire… C'était la première chose qu'avait remarqué DeadPool. Le reste, il l'avait découvert ces dernières nuits qu'il avait passées à assister Spider-man dans son travail de gentil super-héro de quartier.
Leurs missions n'avaient été que des choses simples et d'apparence anodines : Faire descendre un chat des arbres, rattraper un voleur à la tire, ligoter un policier adepte des pots de vins, empêcher des braquages et escorter des jeunes filles alcoolisées chez elles à des heures indécentes –Sans en profiter bien entendu !-… Finalement, c'était bien loin des activités déclarées de super-héros et, pourtant, c'était tout aussi essentiel que de repousser une attaque extra terrestre à New-York. C'était ce que lui rappelait souvent Spidey. DeadPool voulait bien le croire, lui, ce qui l'intéressait, c'était de passer du temps avec l'homme araignée.

Une drôle d'impression lui prit les tripes et, simplement, il détourna son regard, alors fortement occuper à détailler chaque aspérité que les abdo laissaient apercevoir, pour rencontrer celui, masqué, que Spidey lui lançait de son côté depuis un certain moment, certainement. Il ne prit pas la peine de se montrer gêné d'avoir été pris en flagrant délit de matage intensif, au contraire, il lui envoya un sourire éloquent avant de désigner le bâtiment qui abritait les dortoirs d'un signe de tête dans une invitation tacite. Peter n'eut aucun mal à comprendre de quoi il était question, entre les sous-entendus permanents et ces regards intenses qu'il écopait régulièrement, il était surtout surpris que DeadPool ne lui ait pas fait ce genre de proposition plus tôt. Sans un mot, il secoua simplement la tête de gauche à droite, et ne chercha à se justifier.

— On se voit demain en bio !

Sans se montrer affecté par le refus, le mercenaire pris congé et, une fois certain qu'il s'était éloigné, Peter se redressa pour s'asseoir à même le sol. Il retira son masque pour offrir à la fraicheur de la nuit les rougeurs qui lui brulaient le visage, essayant vainement de chasser les idées déroutante de son imagination impliquée qui visualisait exactement ce qu'il se serait passé s'il avait accepté de le suivre.

Troublé, il regagna le dortoir à son tour, plus intrigué par le fait qu'un type comme DeadPool, aux gouts indescriptibles, s'intéresse à un gamin araignée un peu dépassé par les évènements qu'au fait que lui même se découvre un attrait discutable pour un homme mûr au sens moral douteux et au physique d'un top modèle passé à la casserole.


oOo

Merci d'avoir lu !
La fiction se passe dans le même univers que les Xmen
et je voulais reprendre leur problématique (trop peu exploitée à mon gout) des armes anti-mutants, que je trouve chouette.
Je n'ai pas encore décidé si ça se passe en même temps que les événements de l'affrontement final ou si c'est une deuxième version de cette arme.

Merci aux reviewers !