Chapitre 5 : Don't worry about me

La journée s'était terminée sur une note assez agréable avec des élèves aussi attentifs que passionnés, ce qui lui fit oublier un instant qu'elle allait avoir une sérieuse discussion avec le professeur de potions après le repas. Son petit doigt lui disait par ailleurs que ça risquait de prendre une tournure tout sauf agréable. Ainsi donc, après avoir apporté tous les soins nécessaires aux créatures dont elle avait la responsabilité dans l'école, elle retrouva sa place à table entre les deux professeurs habituels. Tout fût beaucoup trop calme à son goût. Rogue qui ne soufflait mot, McGonagall qui ne lui adressait même pas un regard et Amour qui avait décidé que son bol de nourriture était plus intéressant que tout le reste. Alors qu'elle picorait littéralement le contenu de son assiette, elle fût assaillie par la foule de souvenirs de l'après-midi et surtout de la façon avec laquelle elle avait agi. Elle avait parlé avec une telle froideur et rudesse à son ancien professeur qu'elle était même surprise qu'il n'ait pas été plus virulent avec elle lorsqu'ils s'étaient retrouvés seuls après le départ de Drago. Une sueur glacée lui parcouru l'échine jusque dans le creux des reins à l'idée que ce manque évident de tact risquait de se faire payer au centuple. Soudainement, l'appétissant rôti de porc ne lui fit plus du tout envie et elle repoussa son assiette avec une moue dégoutée. Le diner était pourtant loin d'être terminé, mais Edelweiss se contenta de vider le contenu de son verre avant de se lever pour quitter les lieux, sans un regard pour ses collègues. Elle s'affala dans l'un des fauteuils près de la cheminée de la salle des professeurs et lâcha le plus long soupire de sa vie avant de fermer les yeux. Elle apprécia ce calme à sa juste valeur, loin du tumulte de la grande salle et des regards par trop inquisiteurs de ses occupants. Elle sentit son corps se détendre, alors que le feu la réchauffait de façon tout à fait agréable et qu'il envoyait ses rayons lumineux danser sur son visage. Le courage n'étant pas un trait typiquement Serdaigle, elle n'avait aucune envie de quitter ces lieux pour retrouver la froide salle de classe des potions et son inquiétant maître. La porte de la grande salle s'ouvrit et Edelweiss se leva d'un bond pour s'enfuir de là, peu envieuse de croiser quiconque avant son face à face avec Severus Rogue. Sans trop savoir comment, alors qu'elle parcourrait les couloirs jusqu'à ses appartements, quelque chose lui percuta les mollets. Chose qui s'avéra être son compagnon à quatre pattes.

« Tiens ! Je suis de nouveau assez intéressante pour toi ? » demanda-t-elle avant de lancer le mot de passe en direction de son tableau. Le fléreur émit un miaulement à déchirer le cœur, comme un pardon d'une âme attristé. « Fameux comédien » pensa alors la jeune femme aux cheveux auburn avant de rentrer dans ses appartements. Pendant qu'Amour s'en allait s'installer sur le canapé pour sa royale sieste, la jeune professeur ramassa quelques papiers sur son bureau qu'elle réduit à la taille d'un petit carnet pour le glisser dans sa poche. Elle s'empara de sa cape qu'elle posa sur ses épaules en prévision de la fraîcheur qui régnerait là où elle se rendrait. Elle regarda le félin qui s'endormait paisiblement en ronronnant avant de secouer la tête. « Je reviens plus tard, à moins que tu ne décides de venir aussi. » Pas de réponse, elle haussa les épaules et quitta les lieux en direction de la classe de potions. Elle ne se pressa nullement d'ailleurs, croisant de temps à autres un élève de Serpentard qui se rendait dans son dortoir, n'y prêtant en définitive que peu d'attention. Une fois son but atteint, elle frappa à la porte, mais à son grand désespoir –et après avoir réitéré la manœuvre plusieurs fois- il n'y eu aucune réponse. Le peu de courage qu'elle avait rassembler sembla la quitter de seconde en seconde, elle en vient à se dire que peut-être, elle avait commis un autre imper en quittant la grande salle dans la précipitation. Et pourtant…

Severus Rogue n'avait rien perdu du comportement de sa voisine alors qu'il se restaurait. À mesure que le repas avançait, le malaise la gagnait de plus en plus, jusqu'à l'instant où elle vida les lieux sans un mot d'explication, sans un regard pour ses collègues. Il en avait déduit qu'elle ne le rejoindrait pas pour terminer la conversation qu'ils avaient eu vingt-quatre heures plutôt, qu'encore une fois, elle allait le fuir. Lui avait-il donner matière à adopter pareil comportement envers lui en tant que collègue ? Il ne le pensait pas, bien qu'il demeure l'austère et froid professeur de potions qu'il eut toujours été. Cela le mit de fort méchante humeur et il regretta d'ailleurs que la journée soit terminée, ne pouvant de ce fait pas passer ses mauvais sentiments sur les cornichons sans cervelles de cette école. Un frisson roula sur la peau de sa nuque, le sentiment d'être observé d'une façon plus qu'insistante. Il coula un regard de biais vers l'auteur de cette intrusion, qui n'était autre que le vieux citronné de Dumbledore. Il étouffa un long soupire dans le fond de sa gorge, conscient qu'un tel regard voulait dire que le directeur souhaitait lui parler à la fin du repas. Dans l'absolu, il était convaincu qu'il n'avait pas l'obligation de se rendre dans sa classe, persuadé qu'il n'y trouverait pas la présence attendue, mais il n'avait guère envie d'échanger des banalités, ni même des paroles importantes avec qui que ce soit. Hélas, alors que la grande salle se vidait et qu'il se décidait à partir également, la voix du vieux sorcier résonna à ses oreilles. « Severus, un instant, je vous prie. »

Le maître des potions s'arrêta net et attendit que le vieillard se place à sa hauteur pour passer la porte de la salle des professeurs. Une fois la porte de chêne refermée, Albus reprit la parole. « Avez-vous eu l'occasion de vous entretenir avec notre nouveau professeur de soins aux créatures magiques ? » L'évocation de l'ancienne élève l'irrita d'avantage –si cela était possible- mais, Severus rongea son frein avant de répondre sèchement : « Brièvement. En quoi cela vous est-il important, Albus ? » L'homme sombre observa la surprise peindre les traits de son interlocuteur avant que ce dernier ne hausse les épaules. « En rien. Je lui ai cependant glisser de le faire, cela m'étonne que ce ne soit fait. J'ose espérer que cela ne saurait tarder… » Un ange passa, Dumbledore ne dit rien de plus et Rogue en déduit qu'il était donc libéré de la discussion qu'ils avaient engagée. « Oh, encore une chose ! » Le potioniste s'arrêta dans son mouvement et recula son pied avancé pour le joindre à l'autre pour se tenir droit. Ensuite, il vit volte-face dans un mouvement de cape noir dont seul lui avait le secret. « Oui ? » lâcha-t-il glacial. « La demoiselle fait maintenant partie de notre association. Il serait judicieux de lui apprendre à… » marmonna le vieux sage en tapotant sa tempe gauche. Severus fronça les sourcils avant de comprendre pourquoi il agissait ainsi. Là dans un coin de son champ de vision apparu une masse difforme et rose. « Oh oui, bien sûr… Je pense que Miss Devonshire est tout à fait capable de m'aider pour ce petit problème de stock de potion anti-migraine, Albus. Je lui en parlerais à notre prochaine entrevue. Bonne soirée, monsieur. » Les robes noires firent leur office et il disparut dans l'embrasure du tableau. « Si elle a lieu… » ronchonna-t-il au plus profond de lui-même en parcourant les couloirs, sommant plusieurs élèves de se dépêcher de retourner dans leurs maisons à coup de menace de retrait de points.

Comment allait-il s'y prendre pour donner des cours de Légilimancie à Edelweiss alors qu'elle passait son temps à se trouver des excuses basiques pour le fuir. De quoi avait-elle peur au juste ? Il ne pouvait plus lui retirer de point et s'il venait à tenter de lui pourrir l'existence, il se ferait immédiament remettre à sa place par le vieux sénile ! Un groupe d'élève déguerpi en vitesse en voyant arrivé de loin le professeur Rogue plus semblable en ce moment à une chauve-souris que jamais, avec sa grande robe de sorcier flottant dans le courant d'air du couloir, son pas presser et rageur. Il tourna à l'angle d'un couloir afin de rejoindre les cachots, puis il prit un autre embranchement qui le mènerait à sa salle de classe dans laquelle, il avait laissé sa paperasse à faire. « Cette fille va finir par me rendre… » Il n'eut pas le loisir de terminer sa phrase - qui allait se finir en ribambelle d'injures - pour éviter de percuter la personne qui attendait devant la classe. « Edelweiss ! »

La sorcière avait failli prendre racine dans ce couloir et baillait allégrement aux corneilles avant que l'accident ne risque d'arriver. Elle avait violemment reculé pour ne pas se prendre en pleine face un professeur Rogue probablement au comble de son énervement. Ses pieds venaient de se mêler lorsque son interlocuteur lança son prénom avant de lui saisir les bras pour la retenir dans sa chute. « Severus ! » Dans un mouvement réflex, elle lui saisit les poignets pour reprendre son équilibre et se retrouver plus près de lui qu'elle ne l'aurait réellement souhaité. Une douce odeur de bois de santal et de cannelle vient lui chatouiller les narines, rendant la situation encore plus embarrassante qu'elle ne l'était déjà. Elle connaissait cette odeur, elle l'aurait juré ! Sans échanger le moindre mot, ils se lâchèrent mutuellement et reculèrent chacun d'un pas. Le silence s'était fait autour d'eux, lourd et oppressant. Un silence que le directeur de Serpentard fini par rompre. « Vous... vous m'attendiez ? » Pour la première fois dans la vie de la jeune femme, la voix de son ancien maître des potions trahissait sa surprise. « Oui. Vous m'aviez dit de vous rejoindre pour… finir notre discussion. » Elle fronça les sourcils d'incompréhension, il n'était pas sénile pourtant. Soudain, elle comprit et un nœud se forma dans le creux de son estomac. « Je vois… vous pensiez que je ne viendrais pas à cause de mon comportement au… J'avais juste besoin de réfléchir, la journée a été dure. »

« Je vois. » coupa-t-il avant d'ouvre la porte d'un mouvement de baguette. « Dans ce cas, puisque vous êtes là, donnez-vous la peine d'entrer. »

Les mains devant elle, serrée l'une contre l'autre comme une élève honteuse et en retenue, Edelweiss se glissa à travers l'ouverture de la porte en frôlant presque le maître des lieux et retrouvant cette odeur si agréable qu'il dégageait. En revanche, on en dira pas tant de la salle de classe. Elle ne s'étonnerait pas qu'il laisse volontairement la salle dans cette état afin de fournir du travail aux élèves qui se retrouverait en retenue avec lui prochainement. Il passa à nouveau à côté d'elle à grandes enjambées pour se diriger vers le fond. Il ouvrit la porte du fond et tendit le bras en travers de l'ouverture laisser, l'invitant en silence à s'y rendre. Le bureau du professeur Rogue… c'était comment dire… comme se retrouver à nouveau élève dans l'attente d'une remontrance pour usage illicite de farces et attrapes de chez Zonko dans le couloir lorsqu'il passait par là. À l'époque la jeune rousse était en troisième année, mais la remontrance et les retenues associées lui avait fait se jurer de ne plus jamais se retrouver dans ce bureau. « Vous pouvez vous asseoir, vous savez ? Du thé ? » Edelweiss sortit de sa rêverie pour regarder Severus avant de hocher timidement la tête, de retirer sa cape grise et de prendre position dans l'un des fauteuils en cuir. Elle étouffa une surprise en découvrant que ces derniers étaient terriblement confortables malgré l'austérité qu'ils présentaient dans leur masse noire. Son hôte s'affairant à faire le thé, elle observa la pièce sous un autre angle. Elle n'était pas ici en tant qu'élève, elle n'avait rien fait qui mérite une punition, elle était là parce qu'il l'avait invitée et cela la détendit un peu. Son dos s'affaissa doucement et entra en contact avec le dossier du fauteuil, ses longues jambes se croisèrent en lui donnant un air absolument décontracté. Une tasse en porcelaine anglaise de style ancien, mais très simple fit alors son apparition dans son champ de vision sur le bord du bureau en bois sombre. « Merci. » fût tout ce qu'elle finit par dire avant de mettre une demi-cuillère de sucre et un nuage de lait. Dans un silence presque parfait, chacun des protagonistes mélangea son breuvage avant d'en prendre une gorgée.

« Miss Devonshire… »

« Professeur, je… »

Voilà qu'en prime la situation devenait cocasse, voir quelque peu ridicule. Edelweiss se tassa sur elle-même et se prit d'intérêt pour le bout de sa botte avant de relever les yeux en attendant la remarque sadique qu'il pourrait lancer, mais Severus s'était tut également.

« Honneur aux dames. » dit-il en rompant le silence, croisant les bras sur son torse. Elle remarqua à ce moment-là qu'il n'avait plus son impressionnante cape noire, ce qui lui rendait un petit côté humain et normal. Pour un homme de son âge, il était encore plutôt bien de sa personne. « Une minute, il a quel âge déjà ?! » se questionna la sorcière avant de se rendre compte qu'elle le laissait patienter depuis maintenant plus longtemps qu'elle ne le voulait. Merlin merci, il devait s'imaginer qu'elle réfléchissait à ses mots, plus qu'à l'âge qu'il devait avoir et qu'elle le reluquait allégrement. « Je voulais m'excuser pour tout à l'heure. J'ai été un peu… brusque ? froide ? désagréable ? Je ne sais pas trop quel qualificatif utilisé pour mon comportement. »

« C'est le moins que l'on puisse dire, vous auriez encore été élève, vous auriez probablement gagné un mois de retenue pour un tel comportement et … »

« Hey ! C'est parce que vous ne vous êtes jamais regarder ! J'ai été à bonne école pour ça, ne vous demandez pas qui m'a appris à être comme ça ! » Elle se mordit la langue avant de marmonner quelque chose d'inaudible dans sa barbe fictive.

Pour une surprise, c'était une surprise. Le professeur resta néanmoins parfaitement froid, distant et neutre, comme à sa fatigante habitude. En réalité, il ne savait que répondre, elle avait dit cela sur un ton qui ressemblait effectivement assez au sien. Nonobstant, il était surpris de ce brusque changement de comportement, du repentir à l'agressivité. Il haussa un sourcil avant de décroiser les bras et de prendre appui sur son bureau.

« Certes, mais j'étais votre professeur, ce n'est plus le cas. Je tente d'être aimable –ce mot le fit tiquer- avec vous. Je noterais cependant, que vous étiez particulièrement hors de vous, à raison. Ce qui n'en reste pas moins une raison suffisante pour venir me souffler dans les oreilles comme vous l'avez fait. »

« Et donc, que vous soyez professeur à l'époque est une raison suffisante pour que vous me souffliez dans les oreilles et celles de mes camarades à longueur de temps, sans raison suffisantes ? » Le ton était tranchant, acerbe, rempli de reproche et à la fois d'ironie. « Ah non, j'oubliais vous êtes tellement impartial que seul les autres maisons bénéficiaient de votre caractère adorable en cours. »

« Là, vous agissez comme une gamine puérile. »

« Peut-être, mais au moins, vous voyez ce que ça fait d'être face à vous… »

« Vous voulez dire que vous avez revirer de comportement en un claquement de doigt, juste pour me faire des reproches ? »

« Non ! Enfin… non, ce n'était pas… Par la barbe de Merlin, je vous ai encore agressé ? » La jeune rousse se décomposa sous ses yeux, le visage cramoisi par la honte et reprit une gorgée de thé. « Je ne sais pas ce qui me prend… je commence à croire que j'ai des sautes d'humeur. »

« Vous ne seriez pas enceinte par hasard. »

« NON MAIS ça ?! » Elle plaqua ses mains directement sur sa bouche. « Désolée… mais, non… aucun risque de ce côté là… »

En la voyant rougir encore davantage, il comprit qu'il n'y avait pas à creuser de ce côté-là et qu'il avait touché une corde sensible. Ce qui pourtant ne le rassura pas plus, confirmant même ses craintes vis-à-vis de ce qu'il avait imaginé plutôt dans la journée.

« Edelweiss, prenez-le comme un conseil, je vous prie. Vous devriez aller voir Popy à l'infirmerie qu'elle vous fasse passer un bilan. » La surprise visible comme le nez au milieu du visage sur celui de son interlocutrice le fit soupirer. « Jusqu'ici vous étiez quelqu'un de très effacé et du jour au lendemain… voilà ce que ça donne. Vous ne pensez pas que vous avez un problème ? Outre le fait que vous êtes stressé comme un vivet doré avant un match de Quidditch à l'époque par votre nouveau statut ? »

« Vous avez probablement raison… à quoi pensez-vous ? »

« Rien de certains, mais votre état me tracasse. Oui, il me tracasse ! Ne me regardez pas comme si j'étais un Troll. Si, vous continuez ainsi, vous pourriez être inapte à enseigner, vous le savez ? »

La jeune sorcière baissa les yeux. Son cœur avait raté un battement en entendant que Severus se tracassait de son état de santé. Pourquoi ? Elle ne se l'expliquait pas. Cela n'aurait pas dû être possible, elle nourrissait -si pas une haine tenace- d'immense reproche vis-à-vis de lui. Pourtant, il avait aussi contribué à faire d'elle ce qu'elle était aujourd'hui, une brillante sorcière devenue professeur intérimaire à l'âge à peine fleurit de dix-huit ans. Elle jouait nerveusement avec ses doigts dans un silence total.

« Changeons de sujet… » lança-t-il dans un long soupire. « Pourquoi m'avez-vous mentit ? » Et il insista particulièrement sur le dernier des mots de son interrogation.

Ils y étaient enfin, la grande conversation sur le pourquoi du comment. Edelweiss reprit sa tasse de thé qu'elle termina d'une traite avant de la reposer sur le bureau. Par cet acte qui pourrait paraître désinvolte, elle signifiait pourtant que ce qu'elle allait dire était très sérieux et important pour elle. D'ailleurs, elle vivrait mal qu'il se moque d'elle après cela.

« Potions. » finit-elle par dire. C'était même en réalité sortit tout seul sans qu'elle le veuille. Sortit comme ça de son contexte, ça semblait évidemment terriblement incompréhensible. Elle en eut la confirmation lorsqu'elle vit son hôte hausser l'un de ses sourcils. Elle respira un grand coup, emplissant ses poumons d'air à s'en faire mal et soupira en chassant tous l'air qui s'y trouvait. « J'adore ça… vraiment. Je passais des heures à réfléchir, à faire des essais chez moi. Alors, j'ai pensé à faire la maîtrise en potions. Pas la botanique… » Elle avait tout débité sur un ton neutre en regardant à nouveau le bout de sa botte gauche, comme s'il avait s'agit de la chose la plus importante sur cette terre. D'ailleurs, en y regardant de plus près, elle remarqua qu'elle avait intérêt à passer un coup de brosse dessus.

« Miss Devonshire… » déchira le silence reposant de la pièce et elle releva vivement la tête pour croiser le regard onyx du maître des potions, ici présent et pour y voir quoi ? Rien ! Évidemment, ça le tuerait d'avoir une once de sentiment sur le visage. Victimes de ses sautes d'humeur, elle se leva d'un bond et se mit à cracher son venin sur le professeur.

« C'est votre faute aussi ! Si votre impossible comportement m'a poussé à exceller dans votre satané matière pour éviter vos remarques désobligeantes, que dis-je votre venin ! De fait, je me suis prise au jeu et maintenant… maintenant… Aaaaaah ! Vous m'énervez-vous savez ! Vous et Dumbledore ! Qui s'imaginait que vous pourriez m'aider, mais en fait, vous n'en avez rien à faire ! » Finalement, elle se tut et se laissa retomber sur le fauteuil pour se prendre le visage dans les mains. « Je vous déteste et pourtant… vous êtes probablement le seul professeur pour qui je recherchais chaque fois l'excellence. Pour lequel silencieusement, j'étais ravie d'aller en cours les dernières années. »

À nouveau le silence, encore plus long, encore plus lourd, au point que noyer sous ses cheveux auburn, Edelweiss souhaitait sincèrement que Severus finissent par le rompre, même si c'était pour l'engueuler copieusement. Elle l'en suppliait même silencieusement en sentant poindre au bord de ses paupières inférieurs la douleur caractéristique des larmes.

L'homme en question n'avait aucune espèce d'idée du combat qui se menait dans l'esprit de la Serdaigle, encore sous le choc de ses révélations presque intime de la jeune femme. En la poussant ainsi à la révélation, il avait l'impression d'avoir violer une partie d'elle, une partie qu'elle aurait voulu qu'il ignore à jamais. Mais, elle avait craché le morceau, cracher son venin et ses reproches. À travers cela, elle lui avait demander de l'aide à demi-mots, à mots-cachés et il en restait encore plus surpris. Elle avait involontairement énoncé qu'il avait du mérite à ses yeux, de l'importance. Jamais, on ne lui avait fait pareil compliment. Jamais, il n'aurait pu se douter que son attitude en classe ai pu la blesser au point d'en faire une véritable guerrière, mais il devait l'admettre il sentait poindre en lui un sentiment qu'il ne pensait jamais ressentir pour une élève : la fierté. Malgré son manque de bonne volonté à être un professeur juste, une personne sympathique ou même allons carrément jusque-là un bon professeur, il avait réussi à pousser une élève à l'excellence. Parcouru de cet explosif cocktail de sensation agréable, il ressentait également de la honte. Honteux d'être aussi responsable du désespoir de la jeune femme, de lui avoir imposer la haine de sa personne et désormais d'essayer d'être appréciable avec elle pour le bien du corps enseignant. Pour d'autres raisons également, comme le fait qu'il n'avait jamais rien eu contre elle en particulier. Dumbledore lui avait suggérer de lui parler, de lui demander de l'aide pour sans aucun doute ses futures études, mais allait-il le faire. Pouvait-il seulement refuser face à toutes ces paroles ?

« Avez-vous des travaux à me monter, Miss ? » La jeune rousse releva la tête vers son interlocuteur, les yeux déjà rouges, alors qu'elle n'avait pas encore pleurer et l'air surprise. Elle avait imaginé le pire, qu'il lui hurle dessus, qu'il lui fasse ravaler la façon dont elle venait de lui parler, mais… il lui demandait simplement des travaux ?! Elle glissa sa main dans la poche de son pantalon et rendit sa taille normale à son livre de travaux et les tendit au professeur Rogue. Il le feuilleta rapidement avant de le poser devant lui. « J'étudierais cela avec attention, mais nul doute que… » Qu'il ne pourrait rien faire pour l'aider, qu'il ne voyait pas comment il pourrait perdre son temps avec elle ? « Vous ferez une excellente élève en maîtrise de potion. » Edelweiss devait à présent ressembler à une chouette avec ses yeux ébahit, Merlin merci, elle avait ma bouche fermée. Quant à Severus, il lui avait fallu faire un énorme effort pour qu'il finisse par lui dire un mot gentil et surtout un compliment, même s'il le pensait sincèrement. « Je crois que nous avons eu suffisamment d'émotion pour ce soir, non ? » Elle acquiesça, reprit sa cape et se leva du fauteuil en vue de partir. Sa main posée sur la poignée de porte, elle sentit sa présence masculine dans son dos qui se penchait sur son épaule en direction de son oreille. « Et aller voir Poppy, vous ne pouvez pas rester dans cet état… » Sa prise se resserra sur le bout de métal à lui en faire blanchir la jointure de ses doigts fins, mal à l'aise de cette si courte distance entre eux. Sa tête refit un mouvement d'approbation et elle ouvrit enfin la porte pour sortir. Elle n'avait pas encore fait un pas hors de la salle qu'elle se retourna vers Severus Rogue. « Merci, monsieur. » Il avait déjà regagné son bureau et reprit en main le volume qu'elle lui avait déposer. Le début d'un rictus de sourire encourageant vient orner la partie gauche des lèvres du maître des potions. « De rien, mademoiselle. Je suis là pour ça. » Elle sentit une vague de chaleur lui parcourir le visage puis le reste du corps, elle quitta la pièce avec une sensation étrange et un pâle début de sourire.

L'ancien mangemort regarda la Serdaigle s'en aller sans un mot, les mains refermées sur le livre de travaux qu'elle lui avait confiés. Il ne quitta du regard l'embrasure de la porte par laquelle elle avait disparu qu'une fois qu'il eut entendu le son de la porte de la salle de classe se refermer. Alors, il ouvrit à nouveau le volume de papier pour y retrouver la caractéristique écriture ronde et magnifiquement tracée de son ancienne élève, comme une vieille amie, comme un trésor et en démarra la lecture avec avidité, un verre de whisky pur-feu à la main et quelques biscuits au chocolat sur une assiette.