Chapitre 6 : Master Severus
Ce matin-là, Edelweiss avait pris un petit déjeuner rapide et avait déguerpi de l'école en moins de temps qu'il ne fallait pour dire Quidditch. La vie avait repris son cours comme avant depuis sa dernière entrevue avec le maître des potions et elle attendait encore de lui ses commentaires sur ses travaux. Mais, les jours se succédaient sans qu'il ne mette le sujet sur le tapis, ce qui à la fois l'impatientait et d'un autre côté la soulageait. Elle n'avait pas encore pris le temps de se rendre auprès de Madame Pomfresh comme conseillé et ce matin encore, entre deux gorgées de thé, il lui avait glissé une allusion comme de quoi, elle avait intérêt à y aller. Hélas, la jeune femme devait se rendre en ce matin du troisième samedi de septembre au village de Pré-au-Lard pour régler une histoire de livraison non effectuée. De ce fait, ce bilan de santé prenait encore un peu de retard. Ainsi donc, elle se rendit au petit village à pied, dans la brume matinale de l'Ecosse. Le temps avait beau être clément en ce moment en pleine journée, il s'était nettement rafraîchis le matin, forçant la Serdaigle à refermer prestement son long manteau de cuir doublé de fausse fourrure autour d'elle. Fort heureusement, le chemin jusqu'au village n'était pas bien chronophage et il fût bientôt à porter d'yeux.
Dès son arrivée, elle se dirigea vers l'auberge des Trois Balais pour y prendre une boisson chaude et revigorante. Il était encore un peu tôt pour une bière au beurre, dès lors elle préféra se contenter de savourer un chocolat chaud, chantilly et marshmallow. Assise au bar, elle bavassa un petit moment avec la tenancière des lieux avant de relire la liste du matériel qu'elle venait chercher. Sa boisson terminée et l'heure d'ouverture des boutiques passées d'une bonne quinzaine de minute, elle vida les lieux avec le sourire. En passant la porte, elle sursauta en entendant une plainte longue et douloureuse provenant d'un félin. Elle baissa les yeux étant sûre de savoir à qui appartenait pareil comédie et tomba nez-à-nez avec le fléreur qu'elle pensait avoir laisser à Poudlard. « Je rêve ou tu as accepté de te salir suffisamment les pattes pour venir ici ? » Amour poser sur son postérieur lui lança un regard assassin de félin mécontent, les oreilles aplaties avant de détourner la tête avec un dédain total. Edelweiss étouffa un rire avant de s'accroupir devant lui. « Oh mon pauvre petit bébé, tu aurais pu te prendre une épine dans la patte après tout… ou te la fouler ou même pire… te casser une griffe ! » De nouveau, elle étouffa un rire ce qui fit tourner la tête de l'animal qui souffla de colère avant de se relever en lui montrant son postérieur. La sorcière se releva et se lança dans la marche qui devait l'amener à la boutique de matériel. Dans un mouvement souple, elle se pencha vers l'avant, ramassa son félidé par le dessous de ses pattes avant et le chargea sur son épaule. « Arrête ton char Ben-Hur, tu ne sais pas me bouder plus de cinq minutes. Si tu es sage, je t'achèterais quelques gourmandises. »
Le professeur intérimaire de soins aux créatures magiques –désormais écrit SCM – arriva enfin à destination après avoir descendu un bon trois quart de la rue principale et s'être engagé dans une des rues adjacentes de gauche. Là, se dressait la boutique qui l'intéressait : Felix Creatura. La devanture était à l'image de la personne qui tenait la boutique, complètement miteuse, mais on y trouvait tout le nécessaire pour s'occuper des créatures magiques et on pouvait également s'y procurer les éternels hiboux, chouettes et autres animaux de compagnies habituels des élèves de l'école. La jeune rousse poussa la porte du magasin et y pénétra sans faire grand cas d'être discrète. Personne en vue. Elle parcouru alors les étagères à la recherche de quelques articles pour elle-même, enfin surtout pour le fléreur qui étudiait ses faits et gestes depuis son perchoir sur les épaules de sa maîtresse. « Puis-je vous aider ? » lança une voix chaude et masculine dans son dos.
Edelweiss sursauta, toute perdue dans ses pensées qu'elle était précédemment et ne reconnaissant pas la voix enraillée du vieux propriétaire. Pour cause, lorsqu'elle se fut retourner, elle tomba nez-à-nez avec un jeune homme qui devait avoir entre cinq et sept ans de plus qu'elle. Grand, parfaitement bâti, un visage aux traits harmonieux souligné par deux yeux bleus rieurs et une masse de cheveux ondulés châtain pour couronné le tout. Il se tenait négligemment accoudé au comptoir et dégageait un charme tout naturel, mais pas moins envoûtant. L'apparition d'un tel Apollon l'avait ébahie, il faut dire que le jeune homme ne souffrait d'aucune comparaison avec les hommes qui l'entourait à l'école. À leur décharge, ils n'avaient plus la jeunesse comme atouts majeur non plus. Soudain, elle perçut une légère douleur dans son épaule gauche – qui n'avait d'autre origine que les griffes de son animal de compagnie- et revient à la réalité. « Oui. J'avais envoyé un bon de commande depuis Poudlard afin de recevoir le nécessaire de matériel pour m'occuper des animaux de l'école, mais… »
« Ah oui ! Je m'en excuse, d'ailleurs. Mon oncle a malheureusement dû se mettre en repos de manière précipitée et je viens seulement de reprendre les rênes de la boutique. » s'excusa-t-il en se frottant nerveusement la nuque. « J'espère que vous n'êtes pas encore en rupture de stock ? »
La jeune femme haussa un sourcil, curieuse par nature, elle aurait aimé en savoir davantage, mais ce n'était peut-être pas judicieux d'ainsi s'immiscer dans les affaires familiales.
« Non, mais il ne faudrait pas que la livraison traine jusqu'à samedi prochain, Monsieur ? » Elle accentua sur l'interrogation dans l'espoir de lui soutirer ces informations. Après tout, ils risquaient bien de se voir un long moment.
« Bagman, Alesto Bagman, pour vous servir, Miss. » À ces mots, il lui prit la main et l'approcha de lui pour y posé ses lèvres douces et chaudes, ce qui tira un petit frisson de plaisir coupable à la sorcière. « Je m'étonnais de ne pas voir figuré le nom d'Hagrid sur ce bon de commande, mais je dois avouer que la surprise est agréable. Ils devraient songés à vous donner définitivement le poste, professeur Devonshire. »
Edelweiss sentit ses joues s'empourprée de manière violente et lui retira sa main pour ensuite, l'emmenée à la rencontre d'Amour qui n'avait pas émis un seul son depuis leur entrée dans la boutique. Un regard vers l'animal et elle le découvrit en train de littéralement planifier le meurtre du jeune homme de par son regard. En parlant du bellâtre, il s'attacha à la contemplation de la jeune rousse pour suivre son intérêt désormais posé sur le fléreur.
« Je rêve ?! C'est un vrai, fléreur ? Je veux dire de sang-pur ? » Lorsqu'il approcha sa main pour flatter la tête d'Amour, ce dernier émis un grognement d'animal prêt à l'agression, ce qui le fit reculer. Le professeur intérimaire se mit à rire avant de reposer son regard sur Alesto.
« Oh oui, avec le caractère qui va avec comme vous pouvez le constater. Il n'aime pas les étrangers et il a horreur qu'on le touche sans permission. Il est encore jeune, mais j'ai peu d'espoir qu'il s'améliore avec le temps. » Lança-t-elle avec un trait d'humour qui n'était pas au goût du félin qui lui enfonça ses griffes dans l'épaule une nouvelle fois.
« Un authentique fléreur en sommes. » railla-t-il avant de retourner derrière son comptoir et se pencha sur un énorme volume déposé là. « Je viendrais personnellement vous livrer votre commande, disons… demain vers onze heures. C'est possible pour vous ? »
« Oh oui, je n'en espérais pas tant de vous. » Elle s'approcha du meuble en bois de chêne et y déposa le contenu de son petit panier. « Ceci est pour mon compte personnel. »
« Pour une si belle sorcière, je me dois de faire de mon mieux. » Il lui fit un clin d'œil et ramassa le matériel qu'elle avait pris soin de choisir pour les ranger dans un petit sac en papier kraft. « Cela vous fera 1 gallions, 11 mornilles et 18 noises. » (Approximativement 15,5€) Elle le vit également glisser une autre friandise dans le même sac avant de lui faire signe de se taire en posant son index sur ses lèvres fines avant de ponctuer le tout par un nouveau clin d'œil charmeur. À nouveau le professeur intérimaire de SCM rougit, n'ayant pas l'habitude d'être draguer si ouvertement, en fait d'être draguée tout court. Elle déposa le compte exact dans la main d'Alesto Bagman et prit ses achats avant de lui adresser un léger sourire. « Merci, au plaisir de vous revoir, Monsieur Bagman. »
« Je vous en prie, vous pouvez m'appeler Alesto. Consentiriez-vous à me donner votre prénom ? »
Une douce chaleur l'envahie de nouveau, lui faisant perdre le sens de ses convenances, elle qui d'habitude ne se laissait pas si facilement attirée par les autres. Peut-être bien que le professeur Rogue avait raison, qu'il serait temps de remédier à ce changer brusque de caractère. Ceci dit, elle finit tout de même par lui donner son prénom. « Edelweiss. À demain, alors. » Et elle tourna les talons pour sortir prestement de la boutique. Après quelque pas, elle s'arrêta dans un angle mort et posa sa main sur sa poitrine pour sentir son cœur qui battait à tout rompre. Elle ne pouvait nier qu'elle venait trouvait ce jeune homme charmant, ni qu'il l'avait mise dans un drôle d'état. La dernière fois qu'elle avait ressenti cela, c'était durant le bal de Noël l'année dernière. À cette évocation passagère, elle revit le visage de l'inconnu évaporé si tôt la danse finie. Les deux jeunes hommes s'opposaient en bien des points. Elle avait deviné que son cavalier n'était pas particulièrement loquace et du peu qu'elle avait perçu, il avait une voix très grave, presque caverneuse, mais suave et chaleureuse. Alesto était plus tôt bavard, ce qui le servait bien dans son rôle de vendeur et de charmeur, sa voix était certes très masculine, mais pas aussi basse que l'inconnu, plus caressante cependant. Ils s'opposaient également d'un point de vue physique, l'un châtain clair, l'autre arborait une crinière sombre comme les ailes d'un corbeau. Ils avaient toutefois chacun les yeux bleus, mais pas de la même nuance. Bleu nuit, contre bleu ciel d'été. Le combat de la lumière et des ténèbres pour un cœur torturé par l'inconnu du sentiment d'affection, l'inconnu de l'amour lui-même. Pourtant, le choix ne serait-il par parfaitement simple, si Alesto venait à lui proposer un rendez-vous, voir une relation ? Bien sûr que si, car l'anonyme du bal avait beau avoir occuper son esprit depuis lors, elle ne l'avait jamais revu et l'espoir que cela arrive s'était éteint. Elle s'interrogea pourtant sur l'idée d'une naissante relation, était-elle prête à cela ? Elle soupira et d'un geste de la main envoya balader ce questionnement futile à plus tard, avant de reprendre sa route.
Ses pas la menèrent au magasin d'articles de potions, elle voulait continuer ses expérimentations, même si Severus venait à lui dire qu'elle était un danger public, pour améliorer l'une ou l'autre de ces dernières qui à ses yeux lui était prometteuse. Munie de son panier, elle faisait un court shopping, plongée dans ses pensées et s'avança vers le comptoir toujours dans sa bulle. Amour se mit alors à ronronner discrètement sur ses épaules, ce qui l'apaisa quelque peu. La personne devant elle se retourna dans un mouvement théâtral de cape noire et elle recula d'un pas pour le laisser passer. « Tiens donc, Edelweiss. Vous faites votre shopping ? »
La jeune femme leva les yeux pour rencontrer le regard d'onyx de son ancien maître des potions et sortit de ses rêveries. « Hmmm ? Oh oui… quelques affaires à régler et vous, Severus ? Les élèves gaspillent déjà ? » demanda-t-elle tout en déposant son panier sur le meuble du vendeur qui commença son minutieux inventaires.
« À vrai dire, Madame Pomfresh me charge déjà de refaire sa réserve de potions. Elle avait omis de le faire avant les vacances. »
« Je vois. Elle était pressée d'aller au soleil sans doute. » dit-elle sur le ton de la plaisanterie, accaparée par les paroles du vendeur qui lui annonçait ce qu'il lui devait. Elle régla le tout avant de rétrécir ce second paquet pour le glisser dans sa poche. Elle s'approcha de la porte du magasin à la suite du professeur Rogue qui lui tient la porte ouverte. « Fichtre ! Les gentlemen ne sont pas tous disparu ! » et elle éclata de rire, constatant que ce trait d'humour avait esquisser l'ombre d'un sourire sur le visage de l'inexpressif Severus Rogue.
Ce dernier reprit la parole : « Miss, puis-je vous inviter à… prendre une tasse de thé ? L'heure est un peu trop matinale pour autre chose, je le crains. J'aurais aimé vous entretenir de certaines choses, seuls à seuls. »
Son cœur manqua un battement – décidemment celui-ci semblait par trop émotif aujourd'hui- d'appréhension, mais elle ne se voyait décemment pas refuser un nouvel entretient avec lui, pas après l'avoir fait grandement attendre pour le premier.
« Avec plaisir, Severus. »
Elle prit sa suite, le rattrapant en quelques pas et entra en sa compagnie aux Trois Balais. L'auberge s'était quelques peu remplie depuis son passage matinal, aussi se demanda-t-elle où ils pourraient discuter sans être espionner. Elle ne vit pas son compagnon se diriger vers Madame Rosmerta avant de revenir à elle en lui prenant discrètement le coude droit avant de lui glisser à l'oreille : « Venez. » Provoquant en elle la même sensation de malaise que lorsqu'il en avait fait de même dans son bureau quelques semaines plus tôt, mais elle le suivit sans un mot à l'étage.
La porte se referma derrière la tenancière de l'établissement, les laissant seul dans un petit salon à l'étage, plus chaleureux encore que la salle commune en bas avec un énorme sofa et deux fauteuils plus modeste. Alors qu'elle retirait son énorme manteau, elle observa l'ancien Mangemort qui jouait de sa baguette magique pour insonorisé la pièce, dès fois que quelqu'un voudrait les espionnés. Elle accrocha son vêtement à une patère et prit place dans le sofa, tandis qu'elle observait l'homme se départir de sa longue cape noire qui rejoins alors son manteau, laissant Severus Rogue en simple pantalon bleu nuit et redingote de la même couleur. Le thé arriva dans la même foulée, ce qui au moins annonçait qu'ils seraient tranquilles pour le reste du temps qu'ils passeraient ensemble. Edelweiss se pencha au-dessus de la théière et en huma l'air chaud qui en sortait. « Earl Grey ? »
« Oui, je le trouvais approprié. » Affirme-t-il avant de s'asseoir dans le fauteuil qui faisait face à la jeune demoiselle. « Donc… Je n'ai pas eu l'occasion de vous faire parvenir le souhait du directeur, la dernière fois. Il faut dire que vos révélations concernant votre avenir, m'ont laissé matière à réfléchir. » La théière ensorcelée siffla deux coups et l'homme en habits sombres en retira la boule à thé pour la posée sur le côté tout en continuant de parler. « Je sais que le directeur vous a demander de rejoindre l'ordre du Phénix et par conséquent, il souhaiterait grandement que je vous enseigne à protéger votre esprit des intrusions extérieurs. »
Que Dumbledore cherche à protéger l'ordre en invitant ses membres à se protéger eux-mêmes grâce à l'Occlumencie ne l'étonnait pas outre mesure. Que Rogue soit son professeur en revanche l'était plus, elle était d'ailleurs prête à lui demander si, il était un occlumens, mais elle se mordit la langue avant qu'un mot ne pusse franchir ses lèvres. Cela lui parut finalement une évidence, sinon comment diable serait-il si parfaitement stoïque en toutes circonstances ?
« Dois-je conclure de votre silence que cela ne vous dérange pas outre mesure ? »
« Cela devrait ? » En vérité, Edelweiss ne savait pas si cela devait la déranger ou non. Certes, elle avait d'assez mauvais souvenirs de ses premiers cours de potions, mais n'était-ce pas ainsi qu'elle était devenue aussi forte dans cette matière ? Toutefois, maintenant qu'elle avait presque dit ses quatre vérités à l'homme en face d'elle, il pourrait avoir quelques griefs contre elle. « Et vous, cela vous dérange-t-il ? »
« Je suppose que non… » conclu-t-il en versant le liquide brûlant dans les tasses, plongeant un demi-sucre et un nuage de lait dans le thé de la rouquine, qui s'étonna qu'il l'ait observée à ce point durant leur entrevue précédente.
« Vous avez lu dans ma tête ou bien ? »
« Non, je vous ai simplement observée chaque matin. »
La sorcière piqua un fard et étouffa dans l'œuf une remarque qu'elle ne voulait pas voir sortir. Pour ravaler le tout, en prenant une gorgée de thé encore trop chaud, mais peut-être valait-il mieux qu'elle se brûle la langue, qu'elle ne cherche la petite bête avec lui. Elle l'observa faire de même dans un silence parfait avant qu'il ne le rompe à nouveau.
« J'ai étudié vos travaux avec beaucoup d'intérêt, Edelweiss. Ils sont… » Ah, la voilà donc la fameuse discussion sur son choix d'avenir. Le moment de vérité où elle saurait réellement ce qu'elle vaut et s'il allait se moquer d'elle. « Brillants. Impeccables pour tout dire. »
Elle faillit en lâcher sa tasse qui émit un bruit désagréable et vu la grimace de son ancien professeur, ce compliment devait lui avoir arracher les cordes vocales en passant.
« M…Merci… » bégaya-t-elle devenant encore plus rouge, si cela était possible.
« Je ne saurais que trop vous encourager sur la voie de la maîtrise de potions. Non, en vérité, je vous somme de la faire. »
« Par Merlin… par Merlin… » se marmonnait-elle en elle-même en serrant d'avantage la sous-tasse entre ses mains qui tremblaient, son cœur qui cognait dans sa poitrine comme s'il allait quitter son thorax.
« Aussi, je pense vous confier le mot de passe de mon laboratoire personnel, afin que vous puissiez à votre guise continuer vos recherches et votre perfectionnement. Oserais-je même vous proposez de vous donner quelques cours personnalisés pour que votre première année à venir soit des plus aisées. »
« C'est bon, je vais défaillir ! » Elle prit une grande inspiration dans le but de se calmer alors qu'elle se sentait envahir par la joie. Severus Rogue, la chauve-souris, le bâtard des cachots allait réellement l'aidée dans cette voie ? Cette fois, ce furent ses genoux qui se mirent à trembler. « C'est un honneur, monsieur… Merci… vraiment, merci. Je n'en espérais pas tant. »
« De rien, miss. Je manquerais à tous mes devoirs si, je ne le faisais pas. » Termina-t-il en esquissant la même ombre de sourire qui le caractérisait, avant de boire à nouveau. « Hmm… que pensez-vous des mercredi soirs pour les potions et peut-être le vendredi pour les cours d'occlumencie ? »
« C'est très bien, oui, c'est même parfait. »
« Magnifique. Alors, nous nous reverrons au dîner. » Il se leva en reposant sa tasse vide avant de retourner prendre sa longue cape noire, concluant là leur entrevue.
La jeune femme se leva alors prestement pour l'arrêter. « Severus. » Il se retourna en ajustant le lourd tissu qu'il avait reposé sur ses épaules, s'attendant sans doute à un énième remerciement de la part de la jeune rousse, mais en vérité…
« Vous vous doutes sans doute de ce que je vais vous demander, n'est-il pas ? » Lentement, il laisse retomber ses bras le long de son torse et la dévisagea de son expression pourtant toujours neutre. Il avait lui-même passé sa maîtrise de potions, il en connaissait les tenants, les aboutissants et les règles élémentaires de cet art aussi beau que rude. Il se revoyait encore entré en première année à l'académie et la fierté que cela avait représenté pour lui, trop souvent sous-estimé et méprisé par ses camarades. Oui, il savait ce qu'elle s'apprêtait à lui demander et le courage que cela devait lui demander. Aussi, avant même qu'elle n'ait ouvert la bouche, il prit la parole : « Rendez-vous dans le bureau du directeur ce soir, Miss Devonshire. » Puis, il quitta la pièce dans un nouveau tourbillon de cape et disparu de sa vue.
Le soir venu, Edelweiss rejoignit la statue en forme de griffon gardant l'escalier qui menait au bureau d'Albus Dumbledore. Sans surprise, elle y retrouva le professeur de potion qui semblait même l'attendre. Sans se retourner vers elle, il lui tendit un bout de parchemin soigneusement roulé sur lui-même. « Ceci vous sera utile à l'avenir. »
Alors qu'elle l'ouvrait, il prononça le mot de passe pour se rendre auprès du directeur. Elle jeta un œil au contenu du papier qui s'avéra être le mot de passe du laboratoire de potions de Rogue et le plongea ensuite dans la poche de son pantalon, se promettant mentalement de le brûlé dès qu'elle rentrerait chez elle, histoire qu'il ne tombe pas entre les mains de quelconques élèves. La sorcière se retrouva en peu de temps debout dans le bureau pas si familier que ça du vieux sage en compagnie de Severus. L'ambiance n'était pas aussi bonne enfant que d'ordinaire, les lumières semblaient être de pâles spectres de petits fantômes dans l'obscurité ambiante et même Dumbledore, d'ordinaire toujours joyeux, se tenait au centre de la pièce un air grave et solennel sur son visage.
« Miss Devonshire, je tiens à vous informer que j'ai personnellement contacter l'académie de potions qui accepte de vous prendre comme élève retardataire cette année même et ce sur insistance même du professeur Rogue, ci présent, qui juge que vous serez capable d'assurer vos cours, votre apprentissage de l'occlumencie, mais également des potions dans le même temps. Par ailleurs, votre maître choisi étant l'un des meilleurs élèves que l'académie ait connus, vous pourrez suivre les cours par correspondance. Vous êtes néanmoins invitée à y faire un tour de temps à autres. Acceptez-vous ces conditions ? »
Il fallut néanmoins quelques secondes à la jeune femme pour emmagasiner les informations qu'elle venait de recevoir. Elle allait devoir bosser sec pour réussir tout cela en une seule année et surtout sans rater quoique ce soit, mais elle n'avait pas été la meilleure élève de sa promotion pour rien. « Je les accepte, monsieur le directeur. »
« Bien, commençons. » Il tira sa baguette de sa manche ample et invita chacun des deux protagonistes à s'approcher de lui. « Posez vos mains l'une contre l'autre. » Ils s'exécutèrent et Albus posa le sommet de sa baguette sur les index liés. Puis, il reprit la parole : « Vous engagez vous, Severus Tobias Rogue, à enseigner votre science à miss Devonshire, d'être pour elle un maître impartial, aidant, attentif et pédagogue ? Vous engagez vous à partager sa gloire en cas de réussite, que votre crédibilité et votre honneur n'en soit que renforcé ? Vous engagez vous à subir la honte de son échec, si elle venait à échouer, ruinant ainsi votre réputation ? »
« J'engage ma réputation et mon honneur. J'engage ma personne à respecter ces serments. Que la magie scelle mes paroles. »
Un premier filament d'un rouge rubis quitta le corps du professeur de potions au niveau du poignet pour aller s'enrouler autour des mains posées l'une contre l'autre avant de plonger dans le poignet d'Edelweiss. Leurs doigts s'écartèrent en éventails, les mains pivotèrent légèrement, de sorte que chaque phalange se trouve en vis-à-vis d'un espace interdigital.
« Vous engagez vous, Edelweiss Lizzie Devonshire, à étudier avec ardeur en vue de réussir votre première année de maîtrise de potion, à écouter tous conseils qui vous serons apporter, à obéir et respecter votre maître ? Vous engagez vous à faire en sorte que son honneur et sa réputation ne soit pas entacher par l'échec au péril de la vôtre ? Vous engagez vous à recevoir un châtiment exemplaire dans cette éventualité ?»
« J'engage ma réputation et mon honneur. J'engage ma personne à respecter ces serments. Que la magie scelle mes paroles. »
Un second filament de couleur similaire fit le même chemin en sens inverse, alors que leurs doigts s'abaissèrent simultanément pour finir étroitement enlacés, provoquant un rayonnement rougeoyant.
« Moi, Albus Perceval Wulfric Brian Dumbledore, scelle ce serment en ma qualité de témoin et d'enchaîneur. Vous voici désormais, maître et élève. Allez avec les honneurs. »
À la seconde où Dumbledore baissa sa baguette, les deux protagonistes voulurent séparer leurs mains, mais cela leur fût impossible. « Ah oui, ça va prendre un petit moment avant que vous ne puissiez-vous lâcher. Le temps de retourner à vos appartements normalement. Bonne nuit. » Le vieux sorcier venait de disparaître, son visage et son attitude ayant retrouvé leur bonhommie d'antan. Severus soupira avant de tirer Edelweiss sans ménagement à sa suite. « Venez. » Emporter dans le tourbillon qui suivait toujours l'ancien Mangemort, elle descendit l'escalier à sa suite avant de le suivre dans le couloir, leurs mains toujours étroitement liées. « Cela vous est déjà arrivé ? » finit-elle par demander alors qu'elle essayait de se calquer sur le pas de son mentor.
« Je n'ai jamais pris de disciple avant vous, Edelweiss. »
« Ah… » En réalité un 'oh' aurait été plus représentatif de ce qu'elle ressentait en cette instant. Toutefois, elle préféra se taire afin de ne pas regretter ce qu'elle venait de faire et puis, elle connaissait l'affection de Severus pour le silence. Parcourir les couloirs dans ce silence n'avait rien d'une sinécure.
« Aux vues des circonstances, nous aurons cours de potions tous les jours dès dix-neuf heures. Nous réserverons le samedi après-midi à l'occlumencie. »
« Bien, maître. »
Il s'arrêta brusquement et quelque part, elle remercia Merlin qu'il soit toujours lié à elle pour lui éviter de se retrouver par terre. Ils étaient déjà arrivés devant ses appartements à elle. « En dehors de nos séances de cours lier à ce serment, vous pouvez continuer de m'appeler Severus. »
Elle releva la tête et plongea ses yeux azures dans l'immensité noir des siens. Elle se rendit alors compte que leur proximité ne la dérangeait pas, qu'elle appréciait même le contact de sa main dans la sienne. Cette main était pleine d'une force qu'elle jugeait colossale, si le dos de celle-ci était aussi doux que la peau fine d'un bébé, la paume était plus rêche, usée par la manipulation des ingrédients et ustensiles des potions. La douce odeur de cannelle et de bois de santal qui le caractérisait maintenant vient alors lui chatouiller les narines et elle se surprit à souhaiter se perdre dans ses bras. Elle était tellement perdue dans sa contemplation de la personne de son maître qu'elle ne remarqua même pas que la magie les avait déliés. Par ailleurs, lui-même ne fit rien pour la lâcher.
« Il est tard, Edelweiss… » Elle secoua la tête pour sortir de son état second et remarqua alors qu'elle était libre. Elle retira sa main prestement de la sienne.
« Oui, vous avez raison. Bonne nuit, Severus. »
Il passa à côté d'elle, emportant avec lui le souvenir de ce contact prolongé, les effluves de son parfum. Elle le suivit des yeux, jusqu'à ce qu'il disparaisse et rejoignit ses appartements. La porte refermée, elle s'appuya contre cette dernière et soupira longuement. D'abord Alesto, maintenant Rogue… « Qu'est-ce qui cloche chez moi ! »
