Chapitre 7 : A glass of whisky
Le maître des potions laissa la porte se refermer derrière lui dans un bruit petit bruit sec. En arrière-plan, il entendit même le son du tableau qui pivotait dans l'autre sens pour dissimuler cette dernière, un bruit plus mat, plus étouffé. D'un mouvement gracieux, il détacha sa longue cape de ses larges épaules avant de la suspendre à la patère qui trônait dans ce petit hall d'entrée, dont la présence rendait l'arrivée dans ses appartements tout de suite plus théâtrale, passant de l'ombre à la lumière chaleureuse dégagée par le feu de l'âtre de sa cheminée. Il s'avança dans la pièce et ouvrit la porte d'une armoire à sa gauche judicieusement installée là et dissimulant aux yeux de tous son bar personnel contenant en majeur partie du whisky pur feu. Il en retira une bouteille qu'il plaça dans sa main droite. Dans la seconde partie de l'armoire, il s'empara d'un verre et se trouvant en si bonne compagnie, il alla prendre place dans un fauteuil de cuir noir et de style ancien. Penché vers la table basse en chêne sombre, il se servit deux bons doigts de spiritueux avant de posé la bouteille et de se laissé aller en arrière, posant sa tête sur le haut du siège. Son thorax se gonfla sous l'effort de sa longue inspiration et redescendit brusquement lorsqu'il en relâcha la pression pour expirer bruyamment. Portant le verre à ses lèvres, il goûta à l'âpreté première de sa boisson, frémit à la brûlure que provoquait son passage dans sa gorge avant d'en savourer les notes boisées et caramélisée d'arrière bouche. Il resta ainsi longtemps à méditer sur la saveur de ce cru de vingt-cinq ans d'âge qu'il ne sortait que lorsqu'il avait l'impression de se perdre. Il lui sembla dénoté une légère touche de vanille et de tourbe alors que le goût premier se dissipait. Il en reprit une gorgée afin de retenter l'expérience, non sans une certaine délectation.
Boire pour oublier. Tenter d'oublier pour boire. Peut-être était-ce une futilité. Boire pour essayer de penser un minimum, mais c'était souvent peine perdue ou il n'avait pas encore assez bu pour y parvenir. Son regard charbonneux s'abandonna à la contemplation des poutres en bois de son plafond avec un intérêt tout particulier pour la seconde en partant de l'extrémité supérieur. Il y trouva un nœud qui avait l'étrange forme d'un œil et se perdit encore davantage dans ce qui aurait fait office de pupille. Alors, son esprit s'égara sans qu'il ne le veuille dans une analyse de ces dernières semaines. S'imposa à lui l'image de son ancienne élève, de tous les petits instants qu'ils avaient passé ensemble. Ce n'était rien de plus que quelques poussières dans son existence, mais pour lui c'était spéciale. Il n'aurait su expliquer pourquoi, il y avait quelque chose d'apaisant dans sa présence chaque matin, chaque midi et soirée à ses côtés au repas. Un seul bilan s'imposait, inconsciemment elle avait chamboulé pas mal de chose dans sa perception de l'existence. Il avait toujours refusé de prendre quelconque disciple en maîtrise de potions et ce malgré que l'académie lui ai envoyer maints hiboux pressant, empli d'arguments valable. Il lui avait suffi d'une demande de la part d'Edelweiss pour accepter sans même réfléchir plus de cinq secondes. Par Merlin, comment avait-il réussi à ne pas remettre en question cette demande ? Il n'avait aucune réponse à formuler à cette interrogation.
Certes, le professeur de potion l'admettait volontiers en son for intérieur, il la trouvait brillante et elle était très prometteuse dans le monde des potions, mais également dans d'autres domaines. N'y avait-il pas autre chose ? Durant des années, il avait observé la jeune Serdaigle qui n'était pas sans lui rappeler quelqu'un d'autres. Il ne l'entendait que rarement en cours et de ce qu'il savait, elle était pareil avec les autres professeurs. Effacée, bien qu'elle ait parfois l'audace de répondre à des questions plus pointilleuses qui ne pouvaient être qu'ignorée par ses camarades. Comme pour leur sauver la mise. Leur sauver la mise, mais pourquoi ? Elle n'était jamais accompagnée par que de très rares amis, qui pour la plupart profitait honteusement de son savoir et sans s'en cacher en aucune manière. « J'ai encore réussi à prendre le devoir de potion du rat de bibliothèque. » Avait-il entendu gloussé un jour une jeune bleu et bronze de l'année de la rousse au détour d'un couloir. Pire encore, lorsqu'il avait eu à corriger lesdites copie, il retomba bien cinq ou six fois sur la même copie, car ces cornichons sans cervelles n'avaient même pas eu la dignité de tenter de cacher leur méfait. Du fait, l'ancien mangemort avait dû coller une mauvaise note à tous pour tricherie, alors que le devoir aurait nettement mérité un Optimal. Il avait entendu les médisances à son sujet, les ragots et les méchancetés. Le seul qui échappait réellement à cette règle, le seul véritable ami qu'il ne lui ai jamais connu était Cédric Digory, malheureusement décédé. À trop regarder sous cet angle, il se força à prendre une large gorgée de son verre. Par trop d'aspect, Edelweiss Devonshire lui rappelait sa propre personne au sein de cette école, il y a des années de cela.
Elève surdoué, ayant appris seul une grosse partie de la matière dispensé dans l'école de magie avant d'y arriver à l'âge de onze ans, Severus n'avait jamais eu qu'une seule véritable amie désintéressée d'exploiter son potentiel. Lui aussi l'avait perdue tragiquement, mais surtout de son fait. Il avait souvent soupçonné Edelweiss d'avoir eu une enfance, certes plus joyeuse que la sienne et cela n'était pas bien difficile, mais emplie de ses propres difficultés. Il était persuadé que si elle se plongeait à corps perdu dans les livres, c'était parce qu'elle trouvait en eux les seuls amis qui vaille la peine au milieu de ces hypocrites profiteurs qui l'entouraient. Il avait envisagé même, qu'elle ait été un cru émanant d'une école pour surdouée moldue avant son entrée à Poudlard. Et il avait eu raison sur ce dernier point, il en avait eu confirmation par Dumbledore. Là où certains élèves moldus surdoués sont incapables de sentiments, d'autres en sont emplis et d'autres encore cherche à les noyer dans le travail après moult déceptions. Lui-même, comme la jeune femme, faisaient partie de la dernière catégorie. Peut-être était-ce finalement pour cela qu'il n'avait pas réfléchit avant d'accepter de se plonger dans cette tâche… Dumbledore lui avait souvent dit qu'un jour la meilleure partie de lui finirait par refaire surface et ce de manière inattendue. Il avait le sentiment qu'inconsciemment, la jeune sorcière était en train de creuser dans la tombe où il avait enfui ses bons sentiments et ses bons côtés pour les libérés.
Pour en finir avec ses réflexions étranges, son esprit revient à ce serment effectuer quelques heures plus tôt dans le bureau du directeur. Rogue se souvient de cette sensation lorsque leurs mains s'étaient rencontrées pour la première fois paume contre paume, de la vague de chaleur lorsque leurs doigts s'étaient entrelacés. Il ne pouvait le nier, il avait apprécié cela autant que cela l'avait mis mal à l'aise, provoquant son envie de séparer leurs mains au plus vite, bien qu'avec un certain regret. Pourtant, en voyant sa collègue et maintenant disciple en faire de même, il en avait déduit qu'elle avait toujours à son égard quelques griefs. Ceci lui rappela qu'il avait ressenti une sorte de déception d'ailleurs, qu'il ne s'expliquait pas encore. Condamné à rester attaché à elle, il l'avait emmené de force, encore mu par les sentiments qui l'assaillait, comme pour fuir les sensations agréables qu'il ressentait, pour lui faciliter la tâche. Mais, elle n'avait pas essayé de se détacher de lui lorsque la magie s'était enfuie… Son cœur en avait accéléré puis s'était serré lorsqu'il lui avait fait remarquer qu'il était tard pour qu'elle le lâche enfin.
L'homme sombre se tira violement hors de ses pensées et se redressa dans son fauteuil, les coudes posés sur les cuisses, le torse en avant. Le verre de whisky qu'il tenait encore en main fit un allé vers sa bouche où il se vida totalement cette fois. Il n'avait plus matière à tourner et retourner autour du pot. Elle lui plaisait, mais à quel homme ne plairait-elle pas ? Il voulait plus que cette relation trop cordiale avec elle, mais en quels termes pouvait-il espérer plus ? La seule notion d'amitié s'imposa à lui, persuadé qu'elle ne voudrait jamais plus d'un homme presque vingt ans plus vieux qu'elle, qui l'avait par le passé souvent poussé dans ses retranchements en se l'aliénant pour un long moment encore. Pourrait-il faire avec ? Seul le temps le lui dirait. Il leva les yeux vers sa bibliothèque où trônait une photo sorcière de son seul amour : Lily Evans, madame Potter. Un sentiment de trahison lui enserra le cœur et la colère monta en lui. Il ne se trouvait pas le droit d'avoir des sentiments pour une autre femme qu'elle, il n'avait jamais aimé qu'elle. Que diable lui arrivait-il donc ? Deviendrait-il par trop sentimentaliste ? Pourquoi s'attacher à Edelweiss Devonshire, quand il avait juré de n'aimer que Miss Evans ? « Mais parce qu'elle lui ressemble… » lui criait son cerveau. « Uniquement par le physique et encore… elle a quelque chose de plus. » le rassura son pauvre cœur torturé depuis si longtemps.
Certes, les deux femmes arboraient des cheveux roux, mais le professeur intérimaire les avait plus foncés, plus lumineux que la mère du survivant. Elles étaient toutes deux brillantes, mais leurs caractères s'opposaient en bien des points. La différence majeure demeurait dans leurs yeux, verts étaient ceux de Lily, bleus sont ceux d'Edelweiss. Il se prit le visage dans les mains et soupira longuement. Le contact froid de son verre vide contre son front lui fit plus de bien qu'il ne l'eu jamais cru capable et pourtant, il n'était même pas ivre. Shakespeare insinue dans Hamlet que la grande question de la vie est : 'être ou ne pas être'. Pour Severus Rogue, elle était plus de l'acabit : 'd'aimer ou ne pas aimer.' Prisonnier de remords et de regrets probablement éternels, il s'enfermait dans sa zone d'inconfort. N'y tenant plus, il posa le verre et vida les lieux en oubliant de remettre sa terrifiante cape sur ses épaules, ne le réalisant qu'une fois qu'il ressentit la douce piqure du vent frais de la fin septembre.
Le locataire des cachots arpentait désormais les couloirs de l'école de sorcellerie en tâchant de se vider l'esprit, espérant secrètement croiser quelques élèves hors de leurs dortoirs pour passer ses nerfs à vif sur eux. Coller une retenue ou l'autre, retirer des points à une maison, même si c'était la sienne en cet instant cela lui importait peu, pourvu que cela chasse de son esprit la torture de ce dilemme. La femme qu'il aimait ou celle qu'il pouvait aimer, la mort ou la vie, l'ombre ou la lumière… « Mais Lily ne t'aimait pas comme toi, tu l'aimais… » le railla alors son cerveau comme pour lui assener un nouveau coup de poignard, pour rouvrir la plaie mal cicatrisée de son pauvre cœur. Ce dernier à nouveau tentait de survivre à ces sarcasmes. « Mais, une autre pourrait en profiter. Panser les blessures du passer… » La raison et les sentiments s'opposeront toujours, cela il en avait la certitude, car même dans cette perspective la raison lui disait que même elle pourrait le faire souffrir de la sorte, mais les sentiments veulent espérer. Les genoux flageolants, il prit appui sur le pilier le plus proche et se laissa aller contre.
« Amour ! » Entonna une voix à la fois proche et lointaine. Proche, car elle devait être à quelques mètres de lui. Lointaine, parce que perdu dans ses pensées, elle l'en fit immergé avec surprise. Toujours affalé contre la pierre tel un infirme cherchant une béquille, il chercha des yeux la propriétaire de cette voix qu'il ne connaissait que trop bien. « Amour… Par Merlin, Amour ! » Il se rendit compte alors qu'il était sorti du bâtiment, qu'il se trouvait dans la cour du château seulement illuminé par la seule lumière argentée de la lune. De par sa position, il pouvait assurer que l'heure était plus qu'avancée et il s'étonna d'autant plus qu'Edelweiss soit elle aussi hors des murs de ses appartements. Quittant son point de chute, il partit à la rencontre de la jeune femme qui semblait désespérément chercher quelque chose. « Amouuuuuuuur… ». L'ancien mangemort s'interrogea un instant, craignant qu'elle ne soit somnambule et donc en plein délire de sommeil, cherchant un potentiel petit ami qu'elle ne risquait pas de trouver en ces lieux. Saisissant sa baguette, il lança un lumos informulé et pu voir en quelle tenue elle se trouvait. La rouquine se déplaçait pied nu dans la nuit froide, vêtue de son pyjama en coton à l'effigie d'un personnage de dessin animé connu du monde moldu et un peignoir en satin bleu royal. Pas une tenue pour une virée nocturne en somme.
« AMOUR ! Reviens ici ! » s'impatienta la sorcière alors que Rogue se détachait de sa contemplation, décidé maintenant à intervenir.
« Mais qui donc cherchez -vous ainsi, Miss Devonshire. Vous ne pensez pas que c'est inconvenant de… »
« Il s'agit de mon fléreur, Monsieur Rogue ! Quoi ?! Le nom ne vous convient pas ? C'est vrai qu'Amadeus Marquis d'Ouistrenesse c'est beaucoup mieux ! Vous me voyez passer mon temps à l'appeler Amadeus Marquis d'Ouistrenesse ?! Vous me fatiguez tous à vous moquer de mes choix ! » Cracha la jeune femme passablement exaspérée et il ne savait pas si cela était dû à la disparition de son animal, de sa présence ou encore une fois de ses sautes d'humeurs trop régulière. « Amadeus… Il ne l'est pas aimé des dieux ! Il devrait s'estimer heureux d'être déjà aimer par moi ! »
« Edelweiss, calmez-vous… » tempéra-t-il en s'approchant d'elle en la voyant trembler comme une feuille. Il l'attira à lui pour lui offrir un peu de sa propre chaleur dans un geste plus paternaliste qu'intéressé. « Il va revenir. »
La jeune femme se rendit compte alors qu'elle avait encore agresser Severus sans raison apparente et voulu se débattre en martelant faiblement son torse de ses poings serrés, mais elle était trop fatiguée pour lui faire quelconque mal. « J'en ai assez… je veux rentrer chez moi… » Les larmes se mirent à couler le long de ses joues. « Je lui ai fait peur… Je me suis emporter en voyant une lettre de menace d'élève sur mon bureau… »
Le sang du Serpentard ne fit qu'un tour, il avait sa petite idée quant à l'origine de la lettre. À vrai dire, il s'étonnait presque qu'il ait mis si longtemps. Il la serra davantage encore, entamant un léger mouvement de berceuse pour la calmer et posant son menton sur le sommet du crâne de sa nouvelle disciple. Lié pour le meilleur, mais également le pire. Un léger bruit, suivit d'un mouvement attira son regard et il aperçut alors le félin qui avait décidé de se montrer. Il fronça les sourcils en l'observant, persuadé qu'il était d'avoir vu dans les yeux de l'animal une espèce de sourire de satisfaction. « Edelweiss… » murmura-t-il « Regardez… »
La jeune femme se tira de ses bras avec promptitude dès que ses yeux bleus se posèrent sur le fléreur à la robe grise qu'elle saisit dans ses bras en couvrant sa tête de baiser affectueux. « Mais où étais-tu, idiot ! Je t'ai cherché partout ! Je te hais, Amour ! » Puis elle le câlina de nouveau, provoquant un raz-de-marée de ronronnement chez l'intéressé. « Ne me fait plus un coup pareil. »
La scène parvient à tirer un sourire attendrit au sinistre maître des cachots, un sourire que seul lui pourrait se souvenir d'avoir eu. Quelques instants après, il remit son masque inexpressif de froideur et s'empara de la main de la Serdaigle. « Venez, miss, nous allons voir Madame Pomfresh. Maintenant. » Le ton ne souffrait aucune désapprobation, aucun commentaire, ni protestation. « Cela ne peut plus durer. » La demoiselle acquiesça, suivit son maître en serra Amour contre elle comme s'il avait s'agit du plus beau des trésors. Comblé d'attention, le fléreur ronronnait encore en couvant sa maîtresse du regard et se blottissant davantage contre sa poitrine. Une petite lueur malicieuse planait dans ses yeux, comme s'il était fier de lui, mais fier de quoi ? Le félidé soupira d'aise, ferma ses yeux et fit mine de s'endormir le temps que les deux professeurs parviennent à l'infirmerie. Severus tira Poppy Pomfresh de son sommeil, ce qui ne la mit pas de bonne humeur du tout.
« Cela ne pouvait pas attendre le matin, professeur Rogue ?! » Assena-t-elle sur un ton venimeux alors qu'elle désignait un des lits de l'infirmerie à Edelweiss.
« Cela fait déjà près de trois semaines que je lui ai dit de venir vous voir. Alors, non femme ! »
La jeune prof posa son fléreur sur un siège et prit position sur le lit vide en seule spectatrice de cette joute de morsure.
« Bon très bien, allez attendre dehors, Severus ! Je réclame un peu d'intimité. Quant à vous, miss, ne bougez pas ! » La médicomage sortit sa baguette et commença son auscultation poussée. Cela lui prit un moment, mais les résultats n'étaient pas ceux qu'elle escomptait.
