Ce soir là il rentra directement chez lui sans donner le temps à la neige de le recouvrir de son manteau. Si tôt la porte fermée, il se jeta sur le matelas trainant parterre et frappa le coussin de plume s'y trouvant posé dessus. Enragé, il donna plusieurs dizaines de coups tout en grognant. Cette mission l'agaçait, à aucun moment il n'avait voulu prendre contact avec un citoyen de cette ville. Encore moins avec un renard. Bon sang, mais pourquoi Carlton se focalisait sur ce policier, et surtout pourquoi estimait-il que former des liens possédaient un quelconque intérêt ?! Si le lendemain aucun travail ne lui était donné, aucun vrai travail, il éclaterait pour de bon. Ces journées devaient suivre un certain cheminement, la mission donnée le matin, l'effectuer correctement et rapidement, puis revenir faire son rapport. Que ce soit du transport de marchandises, de la surveillance, de la fabrication ou toutes autres activités manuelles.
Et le sommeil l'emporta.
-Je refuse de faire ça !
-Je ne te laisse pas le choix. Nory ! Ne discute plus mes ordres !
-Même si vous êtes mon patron, je n'ai pas… !
Le renard s'essouffla tant il vociféra à l'encontre du caribou. Une fois encore il devait passer son temps avec le policier dans le but de l'avoir du bon côté au bon moment. Le grand animal, levé de son somptueux fauteuil, le jugeait d'un air sévère, en ayant plus qu'assez du comportement asocial du jeune qu'il tâchait d'éduquer depuis quelques années.
-Ne reviens pas ici avant de t'être familiarisé avec Nicolas Wild, déclara t il le plus froidement possible.
Le cadet n'y croyait pas, et bien qu'il ne se sentait nullement impressionné, son cœur battait à tout rompre et il tremblait de tout son être. Les yeux écarquillés. De son côté, le caribou ne se plaisait pas à jouer le méchant de l'histoire, pourtant Nory manquait cruellement d'une approche plus « civilisée » avec les autres individus. Plus tard il lui faudrait se débrouiller seul, et son état psychologique instable n'arrangeait rien. Il savait Nick capable de faire quelque chose, rien par le fait que ce soit un renard lui aussi.
-Vas retrouver Nick, finit-il doucement.
Cette phrase donna au jeune l'impression de se faire trahir et, sans demander son reste, les larmes aux yeux, il s'enfuit du bâtiment, à vive allure.
L'environnement de Toundraville le dégouta soudainement, cette couleur vierge, cette eau gelée, et tous ses habitants aux fourrures aussi contrastées que la banquise ! Il les détesta tous, comme rien d'autre auparavant, au point d'en avoir l'estomac retourner. Il ne compta pas s'éterniser de ce côté ci de la ville. En un rien de temps il traversa la grande porte menant au quartier central de la ville, garni de béton et de briques, envahit par des habitants aux climats tempérés. Mais si souvent il s'y rendait pour travailler, il se rendit compte que parcourir ces routes ne le mèneraient nulle part. Son esprit s'embruma. Depuis combien de temps n'avait il pas eu une journée sans ordre de mission ? Sans travaux, sans dangers ? Longtemps, bien trop à son gout. Depuis son arrivé à Zootopia, il n'avait eu de cesse de travailler, marchander, pour toutes sortes de personnages. Mais après le tour complet de la ville, ce fut Toundraville qui l'intéressa le plus. Il y retrouva un confort familial, une certaine sécurité, puis de foutu Caribou l'affectionnait tant… Grace à lui il trouvait une raison de vivre. Ces missions lui démontraient à quel point il pouvait se sentir vivant, dépassant souvent ses capacités physiques. Non, décidément, le relationnel avec les habitants ne l'intéressait pas du tout. Que pouvait lui apporter des êtres comme ça ? Des sois disant « amis », même des « camarades ».
Il se senti bouillir. Tous. Il les détestait tous. Et jamais il ne pourrait s'allier avec l'un d'eux. Plus rien ne lui donnait l'impression de vivre.
-Ha ! Judy ! Tu tombe bien ! Le petit renard dont vous parliez l'autre fois, je crois qu'il a des soucis.
La lapine rentrait tout juste de sa pause déjeuner, seule, lorsque Clauwhauser l'interpella au sujet d'un individu –roux et rusé- qui semblait faire du grabuge pas loin de ce fameux endroit naturiste où sa première enquête l'avait menée. D'un bond, elle avait sautée sur le comptoir pour fixer le guépard d'un regard étrange, à mi chemin entre tristesse et compatissance, inquiète pour le jeune renard.
-Nick est déjà sur place. Il a reçut un appel lui demandant de s'y rendre pour calmer le jeu.
-Oh ! Mais… Ce n'est pas la police qui l'a appelé. Comment il a pu savoir ?
-Tu sais, ce renard à plus d'un tour dans son sac, et une multitude de contact à travers la ville. Mais à mon avis, il s'agit du boss, du GAPS. Nory fait parti de leur groupe, non ?
-J'espère que tout ira bien alors…
Seulement, Judy se doutait bien de la présence d'une anguille sous la roche. Si le GAPS prenait contact par eux-mêmes pour dire à Nick, un policier, de s'occuper d'un de leur membre, il y aurait forcement une sorte de redevance, ou bien espéraient-ils fourguer Nory dans les pattes de son aîné ? La curiosité l'emporta et elle appela son ami qui décrocha tout de suite.
-Qu'y a-t-il ?
-C'est à moi de poser cette question. Comment ça se passe ?
-J'attend un peu avant d'intervenir, mais ça commence à se corser.
-Quoi ?! Il est blessé ?!
-Nory ? Non. Je crois… qu'il est enragé. Je vais l'approcher là, il a un éléphant en face de lui.
Coupant son téléphone, Nick souffla brièvement et avança vers les deux individus se cherchant des noises. Le plus petit bousculait, voir agressait n'importe quel passant depuis un bon moment, et il ne fallut pas plus longtemps pour que ses gestes visent quelqu'un de bien plus imposant que lui. Un éléphant, ce n'était pas rien, face à un renard. Puis, l'altercation s'envenimait rapidement.
-Je vais t'envoyer valser de l'autre côté de la ville, moi, sale renard !
L'imposante créature, contrariée jusqu'aux bouts des oreilles, se renfrogna d'avantage lorsque le policier fit son apparition, débarquant depuis une ruelle sur le côté. En premier lieu il cru à une embuscade, puis l'uniforme l'interpela. Avait il affaire au « premier renard policier » ?
-Vous tombez bien ! –à ce moment là seulement, Nory le remarqua. Gardez donc vos congénères à l'œil !
Le plus jeune, quelque peu surpris, couru en direction de l'agent et lui donna un coup à la gueule, plutôt violent. La victime resta bouche bée, se massant la mâchoire endolorie tandis que le citoyen gris se hâtait de reprendre sa course, prétextant un rendez-vous plus important qu'une bagarre de rue. Nory, planté devant l'autre, ne bougea pas, colérique, les poings fermés près à attaquer de nouveau, le souffle un peu accéléré. Mais l'adulte ne sembla pas s'en faire.
-Tu es plutôt costaud, toi. Tu aurais pu me casser quelque chose !
-Qu'est ce que j'en ai à foutre ?! Cracha vulgairement l'agresseur, faisant un pas en avant.
-Je trouve que tu es bien plus énergique qu'hier. Tu n'as pas la nécessité de rester assis sur un banc toute la journée ? Ou alors cette fois, Carlton a eu envie d'un remue ménage en ville ? Sauf que je doute que ce soit ses intentions.
-La ferme ! Qu'est ce que tu peux savoir de lui ?! De moi ?!
-Je connais ce Caribou depuis plus longtemps que toi. Et je ne vois aucuns inconvénients à te connaitre d'avantage.
Nick lui offrit un large sourire, un poil provocateur, dans le but d'apaiser la brute. Le stratagème sembla fonctionner puisque le concerné se calma, sans pour autant cessez de dévisager celui qui venait de lui éviter une excursion à la police.
-Bon. Si tu me disais un peu ce qui t'amènes ici ? Tu es de Toundraville, non ?
-C'es t toi, répondit de but en blanc le cadet. J'ai pour mission de faire ami-ami avec toi. Et je refuse.
-Oh ! Je vois ! Cela explique pourquoi tu agressais des passants… Quel rapport il y a avec moi exactement ?
-Je refuse d'obéir aux ordres stupides de cet animal ! Je me fiche de toi ! Mais à cause de toi que je n'ai plus de travail convenable !
-De quoi te plains-tu ? Carlton te payes pour te faire des amis, c'est plutôt donné, non ?
-Personne n'est capable de comprendre !
Prévoyant la fuite de son cadet, Nick lui attrapa les poignets, ce qui l'agaça au plus haut point, cherchant à se débattre. Quelques personnes autours les observèrent, intriguées par ce remue-ménage.
- Lâche-moi !
Nory tirait de toutes ses forces, ramenant le policier vers lui à mesure qu'il secouait ses bras retenus. Puis il jeta ses croc sur le poignet droit de Nick, je forçant à lâcher prise sous la douleur s'accompagnent de gouttes de sang. Le cadet détala sans demander son reste, à une vitesse incroyable, et cela pour la deuxième fois.
Pour le coup, Wilde se trouva stupidement inutile, dans l'incapacité de stopper un gamin enragé. Il sorti un mouchoir de sa poche et l'enroula autours de la plaie. Non. Il ne pouvait décidément pas laisser Nory tout seul, en proie à une peine irrationnelle. Il marcha d'abord dans la même direction, puis entrepris les pas de course à travers les rues. Il suivait à l'instinct, son odorat inutilisable face à des odeurs bien trop nombreuses et différentes. Il essaye de deviner l'endroit où pourrait se réfugier un renard, sauf que celui-ci ne pensait pas de la même manière.
Par chance, les renards, il y en avait si peu, qu'en demandant à des passants, avec en plus l'uniforme, Nick retrouva rapidement la trace de son cadet, le filant ainsi de loin, à une distance de vingt bons mètres. L'escapade dura bien une heure, longue et sans but, à errer dans la ville centrale, avant de se rendre à Tundraville, où l'air glaciale ne prit pas longtemps à refroidir le policier. Ce dernier commençait tout juste à en avoir assez alors qu'il reconnu l'endroit. Nory s'approcha de la grande porte et posa sa patte à plat, le regard baissé. Ce lieu, ils le connaissaient par cœur. Ces murs, cette toiture, cette neige et surtout l'entrée. Celle par laquelle passer quand on travaille dans l'ombre de Carlton. Le plus jeune retenant ses larmes, glissa dans la poudreuse. Ramenant ses genoux contre son torse, n'importe qui croirait voir un orphelin traînant dans la misère. Cette image figea Nick dont le cœur montra son désarroi par une petite pointe douloureuse.
Il décida de raccourcir la distance les séparant.
-Nor...-
-Eh! Les déchets sortent des poubelles!
Un rhinocéros, pas le même qu'habituellement, se tâtait d'écraser l'animal ou de simplement lui passer devant. Voir Nory dans un état si pitoyable semblait le faire jubiler. Et le concerné gardait le silence, provoquant un rictus immonde sur le visage de l'imposante créature.
-Sais-tu que le vieux veut se débarrasser de toi? Pourquoi tu traînes devant cette porte? Elle t'est fermée.
Le jeune serrait les dents, le museau froncé, blessé par les paroles. A ce stade, Nick préféra intervenir et sorti de sa cachette pour venir à leur encontre. Evidemment, Le rino se contenta de le toiser avant d'entrer dans l. L'autre ne bougea en rien.
-Nory? Tu vas bien?
L'adulte l'observa un moment, ne sachant pas gérer ce genre de situation, le froid mordant à travers son pelage, il se demanda comment ce gamin parvenait à ne pas congeler sur place. Le museau cachait dans ses bras, il pleurait en silence, ses épaules se soulevant au rythme de ses sanglots. Plusieurs minutes, de très longues minutes, passèrent, jusqu'à ce que Nick entreprenne de réagir.
-Tu vas attraper froid. Je te raccompagne chez toi?
Un couinement échappa, suivit d'un rire, d'abord léger, se transformant en une plainte atrocement triste. Wilde ne se voyait pas abandonner un renardeau aussi perdu.
-Allez, lèves toi, on s'en va.
Il tendit sa patte, inutilement, puisque le jeune ne la voyait pas, alors il préféra la manière brusque en saisissant ses épaules pour le relever d'un coup.
- Lâches...-
-C'est bon, coupa tout de suite le policier, j'ai compris. Allez, je te ramène ; chez toi.
Résigné, Nory se laissa faire, conduit à travers le quartier, un bras l'enserrant contre les côtes de cet animal bien assez fou pour oser perdre son temps de la sorte avec un inconnu. En un rien de temps ils arrivèrent devant l'entrée de l'immeuble et en gravirent les marches.
-Ca va aller? demanda Nick, gêné de ne rien pouvoir faire de plus pour l'un des siens.
Ce dernier ne pleurait plus, mais à le voir si triste, dans l'embrasure de sa porte d'appartement, appartement ridiculement pauvre, et ses oreilles vers l'arrière... Malgré son sale caractère, ses répliques cinglantes, son attitude exagéré et violente, il donnait envie que l'on s'occupe de lui, de son air dépité et déprimé à l'idée que sa vie quotidienne puisse être différente l'espace d'une journée, d'un travail.
-Tu peux y aller, trancha t il d'une voix cassée.
Nick ne se décida pas pour autant à partir, franchissant le pas de la porte.
-Je peux rester un peu, j'ai un moment.
Sous le regard surpris du plus jeune, il avança dans l'appartement, observant les quelques objets présents et afficha un sourire amusé, vannant sur la rusticité de l'habitat. Il s'arrêta à la fenêtre qui donnait sur un amas d'autres immeubles blanc emplit de logements probablement mieux équipée que celui-ci. Dos à ce paysage, Wilde fixa son cadet tout en passant une main de la base de son oreille jusqu'à la pointe. Décidément, il ne savait pas quoi faire pour remonter son moral. Il souffla un coup.
-En travaillant pour Carlton, tu ne gagne pas assez pour te payer un endroit moins…sombre ?
-Ca me suffit, répondit faiblement le concerné en s'asseyant sur le matelas. Tu comptes rester ici ?
-Non. Enfin si. Hum… Disons que je préfère partir en sachant que le petit enfant que tu es ne pleure plus. Je suis du genre solo, c'est sûr, mais bon… Et puis c'est l'occasion de se connaitre un peu.
Nick le rejoignait sur le lit lorsque son téléphone sonna, bien sûr, suite à l'appel de Judy. Il décrocha et expliqua la situation. La lapine voulait venir mais son camarade s'y opposa, désirant profiter d'être seul avec un autre renard. De plus, il prétexta que durant le travail, il fallait justement travailler et non se promener. Quelques minutes suffirent pour mettre fin à la conversation. Il reprit celle qu'il essayait de mener avec Nory.
-Depuis combien de temps tu es dans cette ville ?
-…
-Tu sais, je dois avouer que je suis étonné de te voir vivre ici tout seul. Surtout en travaillant pour ce vieux Caribou !
L'aîné échappa un petit rire, qui ne servit pas à grand-chose et laissa le silence reprendre le dessus.
-Donc, notre point commun, c'est Carlton ? Ce vieux a était mon tuteur pendant un moment, et je suis resté en de bon terme avec lui. Je pense que cette « mission » à pour but que tu te détache de lui. Que tu puisses voir autre chose.
-Arrête.
-Ha ! Tu retrouve ta langue ?
-Je sais… Je sais déjà tout ça.
-Alors qu'est ce que tu fais ?
Nick tourna son museau et le regarda avec affection en se rendant compte qu'en réalité, tous ces discours et gestes inappropriés cachaient en réalité une crainte irrationnelle, et une solitude sans fin. La place importante de Carlton ne lui permettait pas d'avoir un rôle familiale ou même amicale trop prononcé avec son protéger, bien qu'il aurait sans doute voulu.
-Je veux seulement travailler… Garder ma place…
L'heure tournait cependant, et le l'agent de l'ordre finirait par avoir des problèmes avec ses supérieurs, ce qui l'obligea à se relever et dire au revoir à son congénère. En un sens, quitter cet appartement le libéra d'un poids, incapable de gérer ce genre de situation, n'ayant jamais vécus cela, et puis le Caribou devait s'occuper tout seul de ses employés plutôt que d'essayer de les fourguer à des allier de même espèce. Pour lui la situation se résumé ainsi : Carlton aidait Nory en le faisant travailler et suivre le chemin quotidien d'un habitant de zootopia, mais se trouvait bien incapable de lui faire avec des amis, ou tout du moins des personnes dignes de confiance capable de lui venir en aide. Et cela pour la bonne raison que l'entreprise allait être vendu sous peu à la famille Céros, n'ayant aucun héritier pour reprendre, et souhaitant avoir une retraite tranquille. Et puis, Nick se rappelait d'un vague accord entre les deux maîtres de familles. Un engagement devait mettre en péril la vie du jeune renard.
