Chapitre 10 : Legilimens

Rogue déroula une longue pochette de cuir où il maintenait ses outils de travails ranger dans un ordre méticuleux. De là, il sortit sa baguette magique de bois aussi sombre que son apparence et au manche savamment sculpté. Tout en faisant cela, il s'adressa à sa jeune élève. « Que savez-vous de l'Occlumencie ? » D'emblée, il se doutait de sa réponse, mais il n'avait pu résister à l'envie de la lui posée.

« Uniquement ce que j'en ai lu dans les livres. Oui, je sais c'est terriblement Serdaigle… En même temps, vous vous attendiez à autre chose de ma part, professeur ? » La jeune femme était à présent assise sur le vieux fauteuil parfaitement inconfortable qui trônait dans le laboratoire et attendait patiemment que la séance commence.

« Absolument pas. Cela m'arrange dans un sens, je n'ai nul besoin de vous expliquer le principe de ces cours. » Il fit alors volte-face en pivotant sèchement sur ses talons pour faire face à la jeune femme. « Uniquement pour vous rafraîchir la mémoire, je vais m'efforcer de pénétrer dans votre esprit et vous devez résister. Si possible, me repousser hors de votre esprit. Je ne m'attends pas à ce que vous réussissiez du premier coup, bien entendu. » Même si secrètement, il n'en serait pas surpris en considérant qu'Edelweiss avait été capable de surpasser bon nombre de ses camarades dans de nombreuses matières. « Êtes-vous prête ? » s'enquit le professeur de potions.

Edelweiss saisi les accoudoirs du fauteuil au creux de ses mains, enfonçant presque ses ongles dans le bois qui se trouvait découvert de cuir à cet endroit. Elle hocha positivement de la tête au moment où l'homme sombre pointait sa baguette sur elle en lançant d'une voix tonitruante : « Legilimens ! » Elle se retrouva projeter sans ménagement contre le dossier du siège et une vive douleur lui parcouru le cerveau.

C'était un jour d'été ensoleillé, la jeune rousse et sa famille remontait l'allée d'une maison de campagne anglaise en pierre de pays, mais la jeune femme ne pouvait pas encore la voir, car ses parents l'avaient forcé à porter un bandeau sur ses yeux. Les seules sensations qu'elle percevait était la caillasse sous ses converses en jeans, le chant des oiseaux et le vent qui s'emmêlait dans sa crinière rousse. « C'est bon ? » demanda-t-elle d'une voix impatiente alors que sa main droite se cramponnait au biceps de son père. Ce dernier souriait de béatitude en regardant sa femme qui pouffait de rire. « Bientôt, ma chérie. » rassurait-t-il. Au bout de quelques mètres, elle sentit que la texture du sol changeait, qu'elle marchait désormais dans l'herbe et le chant des oiseaux laissa place à un concert de miaulement enjoué. Une boule de poil grise, aux yeux verts, un peu gauche sur ses pattes grattait furieusement le jeans de la jeune femme. « C'est lui indubitablement. » assura alors une voix grave de baryton qu'elle ne connaissait pas. Les grattements cessèrent alors et son père la lâcha pour lui faire tendre les bras. Ensuite, il y eu le premier contact avec les poils soyeux de l'animal qui la réclamait à corps et à cri. Le bandeau tomba, retiré par sa mère et la sorcière posa son premier regard sur le jeune fléreur qui ronronnait de satisfaction et de tendresse en la regardant dans les yeux. « Bon anniversaire, princesse. » Une larme de joie roula sur sa joue alors que l'éleveur reprenait la parole. « Il se nomme Amadeus Marquis d'Ouistrenesse. Il est d'une excellente lignée pure souche de fléreur. Je désespérais de lui trouver un maître, il se montrait particulièrement difficile. » Edelweiss porta la petite tête de l'animal à son visage et l'embrassa entre les deux oreilles. « Je t'appellerais Amour. Moi aussi, je serais difficile avec un nom pareil. » murmura-t-elle.

La vision se brouilla et elle sentit qu'on se retirait de sa tête. Pendant qu'elle revenait à la réalité en tentant de reprendre son souffle, elle entendit le son de la voix d'Amour et sentit ses griffes qui –comme quelques mois auparavant- grattait son pantalon. Penchée en avant, elle ouvrit les yeux pour croisé les deux émeraudes du félin qui la regardait rongé d'inquiétude. « Raté… » finit-elle par dire. « Ne t'en fais pas, Amour, je vais bien. »

Severus fit mine d'avancer vers la jeune femme qui semblait au bord de l'évanouissement, mais le fléreur se retourna vivement, gonfla son pelage, soufflant de colère et grognant de rage. Intimidé par tant de ferveur chez l'animal à défendre sa maîtresse, il recula d'un pas. « Amour, ce n'est rien. Laisse-le, il ne me veut aucun mal. » Le félidé tourna sa tête vers la sorcière, un air interrogateur dans son regard. « Je t'assure. C'est nécessaire, c'est pour mon bien. Il doit continuer, ainsi je pourrais mieux me défendre. » Elle saisit le fléreur et le serra dans ses bras comme on serre un enfant. Ce qu'elle lui murmura alors à l'oreille resta un mystère pour Severus Rogue, mais lorsqu'elle le relâcha, Amour s'en alla à petit pas pour aller se poser sur une étagère vide un peu plus loin, non sans lâcher un dernier grognement d'avertissement à l'intention de l'homme.

« Il est arrivé comme une furie peu après que je sois entré dans votre esprit. Je ne sais même pas comment il a su ce qui se passait. » dit soudainement le professeur. « Je n'aurais jamais imaginer qu'un animal puisse à ce point être lier à son maître. Ce n'est pas de l'affection, c'est… »

« De l'amour, oui. Vous l'avez vu vous-même. Lorsqu'on s'est vu la première fois, on a tout de suite su qu'on était fait l'un pour l'autre. Il me protège et je tente d'en faire de même. Il est tout pour moi et parfois je me plais à penser que je suis tout pour lui. » La jeune femme soupira. « C'est très sentimental, n'est-ce pas ? »

« Certes, mais maintenant que je l'ai vu… il est difficile de ne pas y croire. Au final, son nom est le parfait reflet de ce qu'il est. » Rogue lâcha le fléreur des yeux pour retrouver le regard lapis lazuli de la jeune femme. « Il ne risque pas de se mettre de nouveau en colère ?»

La jeune femme hocha négativement avant de regarder son professeur de la tête au pied. « Il ne vous a rien fait au moins ? » Une vague de peur illumina son visage au teint d'albâtre.

Ce fût au tour de Rogue de faire le signe de négation avant de conclure. « Mais, il a bien failli. » Il reprit son masque de froideur et se redressa de toute sa taille. « Vous n'avez rien tenter, Edelweiss. Contrôler vos émotions. Recommençons. » Décréta-t-il alors en pointant à nouveau sa baguette vers son front. « Legilimens ! » Il plongea de nouveau dans les souvenirs de sa disciple.

La bleu et bronze se tortillait devant le miroir sur pied du dortoir qu'elle partageait avec ses condisciples de septième année. Elle n'avait jamais fait preuves d'une grande élégance depuis qu'elle était ici, ni même d'intérêt pour les discussions féminines sur la coquetterie. Pourtant ce soir, elle avait fait de son mieux pour ne pas décevoir son cavalier du jour, un élève de sa classe plutôt populaire auprès des jeunes filles. Elle soupira une énième fois en observant l'air suspicieux sa longue robe glamour en mousseline bleu roi. La jupe retombait presque au sol et masquait ses escarpins noir vernis. Son bustier était retenu par un morceau d'étoffe formant une bretelle par-dessus son épaule droite et parcouru de petits brillants qui s'étendait sur son sein droit et finissant sa course sous le gauche, formant un motif floral élégant. Un voile supplémentaire partait de la moitié de son buste pour finir par rejoindre sa jupe au sol, donnant à l'ensemble un air vaporeux. Elle avait sorti ses plus beaux bijoux fait d'une parure offerte par sa grand-mère maternelle à l'occasion de son quinzième anniversaire. Un discret collier en or blanc représentant l'aigle Serdaigle, une paire de boucle d'oreille longue et un bracelet fait du même matériau. Chacun d'eux étaient orné d'un saphir, l'œil de l'aigle, les pendants de ses boucles, le bracelet étant le plus gâtés de tous en possédant neuf exactement. Avant de partir, la jeune femme passa une étole bleu nuit sur ses épaules pour ne pas risquer de prendre froid dans les couloirs parcourus du vent frais de l'hiver. Sophie Lecomte, élève à l'académie Beauxbâtons, était venue l'aidé plutôt dans l'après-midi pour réaliser un chignon tressé un peu flou dans ses longs cheveux roux, pourtant difficile à dompter et aussi pour la guider dans le choix de son maquillage simple, mais efficace. Fin prête, elle s'empara de sa pochette en cuir noire et vida les lieux parmi les dernières de sa maison. Lorsqu'elle parvient à la grande salle, elle tomba nez-à-nez avec le jeune homme qui l'avait invité pour le bal, mais il n'était pas seul. Andrew Terryfield se tenait en compagnie d'une autre jeune femme attachée à son bras qui semblait parfaitement épanouie. La Serdaigle haussa un sourcil avant de comprendre avant même que le jeune homme ne lui adresse la parole. « Ah, Edelweiss ! J'ai finalement changé de cavalière. Qui voudrait danser avec un rat de bibliothèque de toute façon… » Et il partit dans un grand rire accompagner en écho par ceux de ses amis. La sorcière se mordit l'intérieur des joues pour ne pas se mettre à hurler, hésitant entre rentrer en courant dans la tour des Serdaigles ou à rentrer dans la grande salle pour ne pas lui donner la satisfaction de l'avoir blessée. Finalement, elle redressa sa tête et se prit le même chemin que tout le monde, estimant qu'elle passerait de toute façon inaperçue. Un fois à l'intérieur, elle se trouva un banc reculer et sortit de sa pochette un livre sur les créatures magiques avant de jeter un œil à Andrew et de marmonner entre ses dents. « Crétin. »

Une fois de plus, elle ressentit comme un appel d'air et se retrouva penchée en avant avec une furieuse envie de vomir. Elle finit par se redresser en respirant comme quelqu'un qui venait de risquer la noyade. Severus, lui, demeurait interdit, dressé fier et droit sur ses pieds en face de son élève. Pourtant, en lui brûlait le feu de la colère vis-à-vis de l'imbécile d'Andrew Terryfield. Toutefois, il n'en piperait mot et se contentait d'observer Edelweiss d'un côté et Amour de l'autre. La jeune femme se leva soudainement et se mit à marcher de long en large en secouant ses mains d'un air agacé. Deux fois qu'il entrait dans sa tête, deux fois qu'elle ne réussissait même pas à l'ébranler ne fusse qu'un peu. Elle devait voir ça comme monter sur un ring de boxe, se projeter dans l'idée qu'elle allait le mettre K.O. « D'accord… » Elle souffla un coup avant de lui faire face à nouveau. « Allez-y ! » Le maître des potions haussa l'un de ses sourcils, surpris par tant de détermination, mais il n'hésita pas plus longtemps avant de prononcer la formule, replongeant dans la tête de son élève. Il fût un instant balloté parmi des bribes de souvenir, les efforts de la sorcière semblaient payer jusque-là, mais il finit par réussir à stopper sa tentative, plongeant dans un nouveau souvenir.

Le décor était celui des trois balais, un bon feu brûlait dans l'âtre et non loin de là, la jeune femme était assise en face d'un jeune homme approchant son âge aux cheveux châtain et aux yeux bleus. Chacun d'eux avaient une main serrée autour d'une chope de bièraubeurre presque vide et leurs autres mains étaient enlacées. Difficile de croire que la scène n'était pas récente lorsqu'il entrevit la tenue de la jeune femme, la même que celle qu'elle avait porté le matin même. Edelweiss éclata d'un rire cristallin face aux paroles de son petit ami. « Il faut que je rentre, j'ai encore du travail. » conclu cette dernière avant de finir sa chope et de se lever en enfilant son manteau. Le jeune homme l'attrapa au vol par la taille alors qu'elle allait prendre le chemin de la sorte et alla écraser ses lèvres contre celle de la sorcière. « Je t'aime. » La surprise se lui dans les yeux de la rousse, mais Severus n'eut pas l'occasion d'approfondir sa séance de voyeurisme sur ce souvenir, qu'il sentit à nouveau de la résistance dans l'esprit de la jeune femme. Il ballota de nouveau un instant, luttant contre les tentatives d'Edelweiss pour le chasser de sa tête avant d'arriver dans un nouveau souvenir.

Il faisait sombre dans la pièce, un dallage noir et blanc recouvrait le sol et une peinture défraîchie parcourrait les murs. Il n'aurait su dire qu'elle en était la couleur d'origine tant la scène lui paraissait se jouer en noir et blanc. À l'une des vieilles tables en bois, il retrouva assis la très jeune Edelweiss plongé dans la lecture d'un livre de ce que les moldus appellerais les sciences. Un grondement d'orage se fit entendre, le faisant sursauté et il vit alors seulement les barreaux aux fenêtres. « Hey, le monstre ! » Un groupe de jeunes enfants entre huit et dix ans venaient d'entré dans la pièce qui devait servir de salle d'étude. L'un d'eux s'empara du livre de la jeune fille et l'envoya voler à travers la pièce. « Tu réponds quand je te parle. » cracha-t-il avant de lui attraper les cheveux sous les gloussements de ses petits camarades. Edelweiss ne répondait pas, le regard dans le vide, ne réagissait pas, trop consciente qu'il lui arriverait pire si elle osait broncher. « Comment tu as fait pour avoir des meilleurs points que moi ? C'est moi le génie des maths ici ! » Une larme perla au coin des yeux de la demoiselle, une seule larme de douleur tant la traction sur son cuir chevelu augmentait. D'un coup d'un seul, elle fût projetée au sol, sa tête heurtant le dallage noir et blanc. Il n'y eu ensuite qu'un brouhaha de son hurler par l'enfant qui rouait la pauvre fille de coups de pieds et de poings sous les rires sonores de ses camarades. Des injures pour ce qu'il en distinguait allant de « tricheuses » à « trainée » en passant par divers nom d'oiseau. Puis, un liquide foncé commença à noyer le premier carrelage blanc au niveau du visage de l'enfant. Tout à coup, il se prit un véritable mur dans la figure avec une violence insoupçonné. Il fût projeté hors de l'esprit de la jeune femme par ce même mur qui venait de s'enflammer. Revenu à la réalité, il se ramassa au sol et entendit hurler son élève : « ASSEZ ! » Debout sur ses jambes, le professeur intérimaire soufflait comme un bœuf sous l'effort qu'elle venait de produire pour réussir à repousser l'homme à présent au sol en face d'elle. « Assez… » murmura-t-elle avant de se laisser tomber assise sur le fauteuil.

Le silence s'installa dans la pièce, lourd, long et angoissant. D'un côté, la jeune sorcière récupérait aussi bien physiquement que mentalement. Ses muscles tremblaient encore de la tension qu'elle leur avait imposée par tant d'efforts pour réussir son exercice, une sensation de faiblesse intense parcourrait son corps et lui donnait simplement envie de s'allonger là, parterre et de s'endormir jusqu'au lendemain. Psychologiquement parlant, elle se sentait tout aussi mal. Honte, tristesse, colère se mélangeait en un goudron épais qui lui donnait l'impression qu'on l'avait violée mentalement. Pourtant, elle avait accepté ces cours d'Occlumencie, en connaissance de cause et en sachant donc parfaitement ce qui pouvait se passer, mais elle n'avait jamais pensé qu'elle allait revivre ce moment-là en particulier. Elle était en train de se convaincre qu'il n'avait pas fait exprès d'aller réveiller cela en elle. Elle releva les yeux pour constater qu'il ne s'était toujours par relever, toujours prostré au sol où elle l'avait envoyé valser. Alors, elle se leva de sa place pour s'approcher de lui, ses jambes cédant lorsqu'elle fût presque à destination et finissant par s'asseoir au sol à côté de son professeur. « Severus ? »

L'ancien Mangemort gisait assis au sol, le regard dans le vide, vaguement conscient de ce qui se passait autour de lui. En son for intérieur, il vivait une véritable bataille intérieur entre raison et sentiment. Dès qu'il avait vu le souvenir du matin même d'Edelweiss avec l'illustre inconnu, il avait senti poindre en lui un sentiment de jalousie intense et totalement injustifiée, voir injustifiable. Il n'avait aucunement le droit d'être jaloux du jeune homme qui avait réussi à faire la conquête de la jeune femme. Son esprit l'assenait encore de la certitude qu'il ne pouvait aimer que Lily Evans, refusant de l'appelée par son nom de femme mariée. Il devait être heureux pour son élève, enfin dans la mesure de ses capacités à montrer ses sentiments qui approchait dangereusement celle d'une petite cuillère. Pourtant, jaloux il l'était et il ne parvenait pas à éteindre le feu de ce sentiment en lui. Du fait, son cœur lui donnait entièrement raison, poussant sa rengaine infernale sur son affection grandissante pour sa jeune élève. Mais l'aimait-il pour autant de la même manière que l'inconnu du souvenir ? Il ne pouvait nier qu'il s'intéressait davantage à la rouquine depuis qu'il l'avait vue au bal de Noël l'année dernière, ravissante et envoutante qu'elle était alors. Un intérêt rehausser par sa venue à Poudlard en tant que professeur intérimaire, lui permettant alors de mieux la connaître, la comprendre et la voir s'épanouir en assumant qu'elle était désormais femme et non jeune fille. Trahison, c'était le sentiment second sortir de cette longue réflexion qui le poussait à constater qu'il pensait moins à sa chère Lily depuis lors, qu'il s'en éloignait de façon presque irrévocable. Peut-être devait-il remercier le petit ami d'Edelweiss de l'avoir ainsi remis sur le droit chemin, de lui faire prendre conscience qu'il oubliait ce qui lui était le plus important. Honte, il la ressentait également lorsqu'il finit par comprendre qu'inconsciemment il avait imaginé la jeune femme lui appartenant, se baladant avec lui, l'étreignant affectueusement ou souriant pour lui uniquement. Qui voudrait de lui de toute manière ? Lui, le terrible professeur de potion, la chauve-souris de Poudlard, le bâtard des cachots au cœur aussi noir que les robes qu'il porte. Pourtant, il n'était comme ça qu'en façade, une enveloppe ténébreuse pour cacher la lumière d'un cœur qui n'aspire qu'à la salvatrice compagnie d'une personne aimante. Mais, qu'avait-il oser imaginer ? Elle si jeune, lui si vieux quand il faisait le rapport de leurs âges. Comment pourrait-elle le voir autrement qu'en professeur et maître ? Enfin, il y avait une douleur plus profonde, plus ancienne. Une douleur qu'il avait vainement tenter de toujours dissimuler au reste du monde et ce depuis sa plus tendre enfance. Cette douleur avait resurgi lorsqu'il avait assisté impuissant au passage à tabacs de la jeune rousse par ses camarades d'école et lorsqu'il avait compris l'humiliation dont elle avait été victime au bal de Noël l'année dernière, au nez et à la barbe de tout le corps enseignant. Il ne pouvait s'en vouloir, ils étaient tous plus préoccupé par le sort de Monsieur Potter et des autres candidats du concours des Trois Sorciers. Il avait d'abord cru qu'en parfaite élève solitaire, elle avait décidé de venir seule et pourtant…

Une pression s'exerça sur son bras droit, la chaleur d'un autre corps qui se pressait contre le sien en signe de réconfort et il se rendit seulement compte qu'elle était là près de lui, comme si toutes les rancœurs qu'elle avait contre lui s'en était allées. « Severus…est-ce que ça va ? » Enfin, il redressa la tête, affrontant enfin le regard lapis lazuli de la jeune femme et en y lisant une profonde et sincère inquiétude. Qui des deux avait été le plus blessé dans cette histoire ? Il lui avait fait revivre l'enfer. Elle avait réveillé en lui des sentiments qu'il pensait enfui. Ils étaient là désormais, assis sur le carrelage glacé du cachot, comme deux âmes blessées par la vie qui ont fini par se comprendre et s'apprivoisé. À cet instant, il aurait aimé trouvé la force et les mots pour lui dire à quel point il comprenait ce qu'elle devait ressentir, mais rien ne venait en son esprit. Lentement, sa main gauche se souleva pour rencontrer la tempe droite de la sorcière et en dégagé l'épaisse masse de cheveux. Elle était là, fine et discrète, rien de plus qu'un trait plus épais sur sa peau naturellement blanche, la cicatrice. Il revit alors la mare de sang qui s'échappait sur le sol de la salle d'étude, il entendit à nouveau les cris, les rires et les larmes mêlé dans un concert funeste. Ses lèvres fines et blanche s'entrouvrir alors : « Je suis désolé… ». L'onyx rencontra l'azur, une larme solitaire roula sur la joue de chacun des protagonistes pour venir mourir sur le sol. Aucun autre mot ne fût échangé à cet instant, il n'y en avait nul besoin. Seuls les êtres qui ont connu la violence peuvent avec tant de sincérité, de douceur et de compassion prononcé pareils mots. Cette simple phrase reflétait en elle tout ce qu'il regrettait de n'avoir pas fait pour la protéger des maltraitances qu'elle avait subies en silence à Poudlard, tout le rôle de professeur attentif qu'il n'avait pas eu. Tout l'amer remord d'un enfant ayant subi la même chose qui n'a pas su reconnaître chez autrui le même mal. Pourtant, au lieu de s'enfuir, au lieu de tourner le dos, Edelweiss restait là, ses yeux plonger dans ceux de son maître et professeur, sa main toujours posé sur l'avant-bras de l'homme sombre. « Moi aussi… »

De quoi se montrait-elle désolée. De n'avoir pas demander de l'aide quand elle en avait besoin. De ne pas avoir anticipé ce qu'il risquait de se passer durant ces cours. De simplement avoir fait resurgir d'ancienne blessure chez quelqu'un qu'elle estimait énormément. Dans un geste rapide et non réfléchis, elle lança ses bras autour du coup de l'homme qu'il y a peu encore elle craignait et serra jusqu'à ce que son corps se colle au sien pour une étreinte réconfortante dont elle avait le plus grand besoin et dont il avait également besoin. Les bras de l'ancien Mangemort se nouèrent autour de la taille fine d'Edelweiss et il enfouit son visage dans l'épaisse chevelure rousse qui embaumait la lavande. Un souvenir passa en un éclair, lui rappelant sa jeunesse, lui rappelant sa chère Lily. Il n'avait pas su gardé Lily, ni amoureusement, ni amicalement. Il ne pouvait certainement pas avoir Edelweiss pour lui, mais au moins pouvait-il essayer d'avoir son amitié. « Je serais toujours là, à compter de ce jour et… » La jeune femme releva son visage vers le sien, aussi proche qu'il pouvait l'être sans que cela ne soit malsain. « À jamais. » Un pâle sourire se dessina sur le visage de la jeune femme qui vient alors déposer un baiser sur la joue de son ami. « À jamais. » répéta-elle, scellant ainsi leur pacte sous le regard tendre du fléreur, spectateur silencieux de la scène.