Plusieurs jours passèrent avant que Nory ne repointe le bout de son museau devant les deux agents de police. Ce fut cependant au hasard, bien que pas tant que ça. En effet, il était accompagné par Finnick, ce lascar à la camionnette peinte, qui ne magouillait plus avec Nick. Depuis, le fennec fréquentait toujours les mêmes autres personnes, tout en diminuant ses trafic illégaux, ayant quelque peu attiré les ennuis avec un client particulier. Mais il commençait également un job, en tant que garde, chargé de surveiller des cibles. Ces deux là marchant côtes à côtes amusa les deux autres qui leur fit remarquer leur gouts vestimentaires très différents. Entre le petit aux airs sombres avec son polo et son bas noir, et le renard en débardeur blanc large et son short déchiré. Ils passaient pour de vrais délinquants. Le pelage du roux brillait une fois encore de manière suspecte, d'un orange resplendissant.

-J'ignorais que vous vous connaissiez, entama Nick tandis que Judy cachait son amusement, et qu'ils se rapprochez doucement.

-Je l'ai vus avant toi, cracha Finnick quelque peu colérique. On est pressé, accélère gamin.

Il ne ralenti pas et croisa simplement son ancien collègue, suivit de près par Nory, la tête basse, resté muet. Nick se questionna au sujet de leur rencontre, puisque Finnick vivait dans le quartier du Sahara, totalement à l'opposé de Tundraville, et qu'il ne fréquentait pas les mêmes gens que Carlton. Puis il lui revint en tête cette historie d'amitié. Ce fennec était il plus amicale que lui-même pour qu'il s'en fasse si rapidement un ami?! Ha! A moins que ce ne soit pour le travail. Puisque le jeune ne trainait plus dans ses pattes, sans doute avait il reprit ses services. Ainsi, il ne se posa pas plus de questions, content de le voir sortir en compagnie.

-Voilà ta part.

Finnick sorti des billets du sac en papier et les mit dans la mains du plus jeune. Ce dernier ne compta même pas, fourguant les bouts de papiers dans la poche de son short. Il regarda autours de lui et pris à nouveau connaissance de son travail. Toutes ces caisses empilées, pas si lourdes que ça, remplissaient la moitié de l'entrepôt. A qui elles appartenaient? Il n'en savait rien, et il s'en fichait bien. Ce qui comptait pour lui, c'était le boulot, la force qu'il avait mit à déplacer ces contenants. Son acolyte terminait de vérifier les registres, puis ils retournaient chez eux. Tard dans la soirée, plus aucun transport ne pouvant l'amener jusqu'à son quartier, Nory demanda à l'autre de le déposer aux portes de la neige, chose qu'il fit.

Alors qu'il foulait le sol neigeux, il se rendit compte que couper les ponts avec Carlton ne l'avait pas tant dérangé que cela. Et visiblement, le vieux ne s'en plaignait pas, peu préoccupé par son sort. En quelques jours il avait trouvé de quoi s'occuper, volontaire pour un rien, et lorsque rien ne répondait à sa demande, il se défoulait en cassant ce qui traînait sous sa patte. Un éléphant l'avait réprimandé d'ailleurs, bien qu'il n'en tînt pas compte. Dans ce silence poudreux, il repensait à toutes ses fois dans le bureau du Caribou. Son arrivé dans cette ville et sa rencontre avec lui, ses premiers jours à errer sans but. Ces souvenirs le blessèrent et l'emmenèrent jusqu'à la porte du bureau de son ancien patron. Il l'a fixa un moment avant d'en saisir la poignet... et l'actionner. Surprit par l'ouverture de la porte, à une heure si tardive, il s'interrogea en passant une patte à l'intérieur. Des gens parlaient au fond du couloir, dans le bureau de Carlton. Il ne pouvait pas se montrer comme ça, d'un coup, en pleine soirée, comme si de rien n'était. Il ne fit que quelques pas puis se rendit compte qu'aucune voix n'appartenait au cervidé. mais plutôt à Céros. Curieux, il s'avança d'avantage et perçu un peu plus clairement les paroles prononcées. Il resta plusieurs longues minutes avant de comprendre qu'en réalité, ce bureau n'appartenait plus à Carlton.

-Bon, les gars, on a un caribou à évacuer demain! Allons nous reposer!

Son cœur loupa un battement avant de cogner brutalement contre sa poitrine. Sous quel angle devait il prendre cette phrase?! Une multitude de scénarios défilèrent dans ses pensées, et l'angoisse s'empara de lui petit à petit, jusqu'à l'effrayer, et qu'il se rende compte du danger auquel il s'exposait en restant ainsi, en plein repère ennemie. D'un bond il prit la fuite et sorti en courant du bâtiment, marquant la neige fraiches de ses empreintes.

Il courut un long moment, à l'opposé de son appartement, par crainte que quelqu'un l'y attende pour le faire taire. Et depuis dix minutes il hésitait à se rendre aux appartement de Carlton, ce dernier résidant un peu à l'écart, dans un coin de poudreuse, là où vivaient grand nombre de ses confrères d'espèce. Cet endroit n'était pas loin, finalement, à une dizaine de minutes en courant vite, Nory pourrait s'y rendre facilement, et s'assurer que son ancien patron allait bien. Il lui fallut beaucoup de courage pour se décider. Le caribou n'avait pas donner signe de vie depuis quelques temps et il se pouvait même qu'il n'ai plus rien à faire de son protéger. Ancien protégé. Pour autant, Carlton avait su lui tendre une chance de refaire sa vie lorsqu'il remarqua la condition de ce pauvre renardeau. Il lui avait offert un travail, donné de l'argent, un toit, de la nourriture et un peu d'éducation.

Toc Toc

Nory n'espérait rien. Après un tel rejet, évidemment qu'il ne possédait plus la même place qu'avant. Pour autant, la porte s'ouvrit pour laisser paraitre dans l'entrebâillement une jeune biche, l'ancienne secrétaire. Cela ne choqua en rien le cadet qui demanda simplement à voir Carlton. Elle le fit attendre dans le vestibule. Le vieux Caribou, vêtu d'une robe de chambre noire, s'avança vers le prédateur, une expression de tristesse sur son visage, et il posa sa patte au dessus de la petite tête rousse.

-Nory... Que viens-tu faire ici? Je suis en plein préparatif ce soir.

L'autre aurait répondu franchement si une boule à la gorge ne bloquait pas ses paroles. Son museau et ses yeux le piquaient soudainement, sans même comprendre pourquoi.

-Alors? Qu'est ce que tu as? Tu as réussis ta mission?

Une chose effroyable se dévoila au yeux du jeune. En réalité tout était prévus. Le caribou n'avait chercher qu'à l'éloigner de lui, à le rendre moins dépendant pour la seule et unique raison qu'il s'en allait. Carlton partait, il quittait la ville, seul, ou du moins, sans lui. Alors Ceros reprenait l'affaire? C'était ainsi?

-N-Non... Vous me mentez... Vous me mentez depuis le début! Vous partez! Vous reviendrez plus, vous m'abandonnez! Comment vous pouvez dire que...!

Carlton étouffa sa phrase en s'accroupissant et collant le plus petit contre son torse, le serrant de ses deux pattes, touché par son propre jeu qu'il avait su jouer jusque là. Encore hier Nory se fichait bien de ce que pouvait devenir ce vieux l'ayant rejeté. Il aurait souhaité ne jamais voir ce gamin dans cet état, si apeuré.

-Je ne t'abandonne pas, Nory. Il se trouve que mon temps est révolu. Je n'ai plus rien à faire ici. D'autres ont besoin de moi et je dois y aller.

-Et moi...! Moi j'ai besoin aussi!

-Je veillerais sur toi tant que je le pourrais.

-Je ne vous crois pas!

D'un geste fort Nory se libéra de l'emprise de son aîné et tourna les talons, fusant à toute allure vers la porte et disparaissant à l'extérieur.

-Nick ! Nick !

Il n'était pas relativement tôt, mais tout de même, Wilde n'aurait pas crut se faire interpeler de si bonne heure dans la rue, qui plus est en allant au travail. Plus étrange encore, la voix l'appelant n'appartenait pas à la lapine -qui se serait fait une joie de crier son nom depuis l'autre bout de la rue. A la place, ce fut son comparse, accourant depuis le banc où il avait passer des heures entières à attendre. Il arrivait à toute allure si bien qu'il ne s'arrêta qu'une fois jeter contre l'adulte. Ce dernier tapota le haut du crâne roux se présentant sous son nez, quelque peu étonnant par une telle réaction.

-Que se passe t il?

-Tu dois venir...! Carlton -il reprit son souffle- Carlton, i-il... il...!

-Quoi? Parle calmement, il a des problèmes?

-Non! Le train, il va prendre le train, là, maintenant!

-Ha? Heu... D'accord, et donc?

-Tu dois venir! Tu dois lui dire de rester. Il ne doit pas partir. Il n'a pas le droit!

-Mais de quoi tu parles?! Il s'en va pour aller où?

-Il rentre chez lui!

-Ooh! Dans le Nord, je suppose. C'est une bonne chose, non? Sa famille lui a manquait pendant longtemps. Pourquoi tu ne veux pas qu'il parte?

-Il ne reviendra plus.

En prononçant ces mots, Nory se rendit compte de l'absurdité de ses dires. Carlton avait sa propre famille à lui, et depuis quelques années il ne les avait que très peu côtoyé. Et en passant les dernières semaines seul ou à vadrouiller avec Finnick, Nory comprenait qu'au final il ne dépendait plus du caribou, et surtout, qu'il n'était pas en droit de le retenir ici. Il se décolla d'un bond et attrapa les pattes de Nick.

-Amènes moi à la gare! Vite, s'il te plais!

Ayant déjà fait quelques distorsions pour lui, le policier ne refusa même pas, une fois de plus ou de moins, il n'en était pas à ça près. Rapidement ils se mirent en route, dans une des voitures de police, et arrivèrent à la gare juste à temps, le train restait encore trois minutes sur le quai. Nory scruta chaque recoin de la grande gare à la recherche du caribou, zigzaguant entre les animaux descendants et montants des trains. S'il était déjà monté, il était trop tard…

-Là ! Nory, il est assit là !

Nick venait d'apercevoir celui qu'ils cherchaient à quelques sièges des portes automatiques, lisant un de ces journaux donnés à l'entrée. Le plus jeune se hâta d'entrer dans le wagon et se figea devant son ancien patron. Celui-ci le remarqua enfin.

-Toi ?

-Je…, il sembla au bord des larmes. Je ferais de mon mieux. Je me suis… fait des… amis… Alors, alors jusqu'à ce que je retourne moi aussi dans notre village, vous devez continuer de… !

Nory se perdait dans ses mots, anxieux, emplit de larmes et incroyablement stressé.

-Mr Carlton, prononça soudainement Nick venant d'apparaitre pour se placer derrière son comparse et attraper ses épaules. Je prendrais soin de ce gamin pour vous. Mais il aurait été plus simple que l'on en discute, non ?

Le caribou rigola doucement en revoyant ce si large sourire qu'affichait le renard.

-Nicolas Wilde. Tu sauras tenir ta parole. Vous devriez descendre avant que le train ne parte, je serais peinait de vous embarquer illégalement avec moi…

-C'est vrai, on a pas beaucoup de temps, ça siffle déjà dehors. Nory, dépêchons nous.

-Carlton… !

Alors que le roux saluait le cervidé, tout en se dirigeant vers la sortie en poussant le plus jeune, la voix de ce puissant personnage résonna.

-Il y a suffisamment de technologie à notre époque pour communiquer à distance mes chères amis.

Les portes se refermèrent à la seconde même où ils posèrent les pattes sur le béton du quai. Il virent le véhicule démarrer et quitter doucement la gare dans un bruit métallique et sifflant. Ce n'était pas leur dernière entrevue et pourtant Nory gardait en lui l'impression d'avoir quitter à jamais ce Caribou. Tout en séchant ses larmes il décida de ne plus se laisser aller et de continuer à vivre sa vie à Zootopia, jusqu'au jour où lui aussi serait contraint de retourner au Nord.

-Je crois que nous devrions avoir une petite discussion tout les deux, non?

La demande surprit le jeune.

-Pourquoi faire?

-On est de la même espèce après tout, pourquoi ne pas bien nous entendre? Et puis tu me raconteras un peu ce que fabrique Finnick.

-On ne fait rien de mal.

Nory se gratta l'oreille, anxieux de devoir passer un moment seul avec Nick, à déblatérer de son quotidien et ses actions notamment en compagnie du fennec. Pour autant, il voulait passer se moment privilégier avec lui, pouvoir se faire écouter et parler ouvertement de se qu'il ressentait et peut être de son passé qui prenait l'habitude de le torturer jusque dans ses rêves depuis quelques semaines.

Alors il accepta.

Nory ne s'attendait pas à ça. Il ne se sentait pas à l'aise et se forçait à paraitre "normal", tentant d'éloigner le stresse et faire partir cette foutue boule au fond de sa gorge! Il était aussi raide qu'un bâton de bois posé sur cette banquette rouge et moelleuse, les mains posaient à plat sur le bord de la table. Il regrettait déjà d'avoir accepter l'invitation. Et puis, les fast-food, il n'en raffolait pas, comme tout le reste enfaite...

-Décontractes toi, on dirait que tu es coincé.

Nick revenait tout juste du comptoir où le personnel prenait les commandes. A cette heure-ci les clients n'affluaient pas de trop mais il restait tout de même peu de places dans le restaurants.

-Je ne suis pas...

Nory n'en pouvait plus de se mentir à lui-même, mais devoir avouer qu'il se sentait mal à l'idée de manger dans un endroit si fréquenté, et en compagnie de l'autre renard, le rendait si mal à l'aise... Une souffla de désespoir, les oreilles baissées et laissa choir son visage dans ses bras.

-Il n'y a rien à craindre ici. Personne ne te remarque, regardes pas toi même.

-Tu parles de celui qui se balade avec le répulsif anti-renard ou de celle qui nous observe du coin de l'œil au cas où on sauterait sur ses gamins?

Le policier fut déçut de constater la réalité des choses, il avait presque fini par oublier les mauvais regards, suite à son ascension dans les forces de l'ordre, plus personne ne le craignait -en tant que renard. Pour autant, il trouvait justifié que cette marmotte craigne pour ses petits, après la mauvaise attitude passée de Nory, et les fois où il effrayait les rues, du moins qu'il essayait.

-Ceux sont des idées qu'ont ces gens, tu ne le ferais pas, n'est ce pas?

-Bien sûr que non.

-Alors? Tu n'as pas à les craindre. Dans Zootopia c'est comme ça, nous sommes mit à part. Peu importe, on s'entend bien nous deux, c'est l'essentiel!

Il poussa le plateau en plastique dans lequel se reposaient les différents produits commandés.

-Mange.

-M'ouai... Je ne suis pas aussi compréhensif que toi...

La faim tiraillant ses entrailles, Nory attrapa la petite boite de carton vert et en sorti un sandwich dans lequel il croqua.

-Sinon, tu n'as pas un petit soucis de poils, toi?

-Pas du tout, coupa immédiatement le plus jeune en refermant sa petite veste à longues manches.

-Tu viens du Nord, du coup c'est ton pelage qui mue?

-Pas du tout.

Nicolas Wilde rigola devant la ténacité de ce gamin qui désirait cacher tout de ses origines. Il eut l'impression de retourner en arrière, d'être lui aussi un jeune renard bavardant tranquillement avec un des siens dans le but de forger une amitié. Lui, à son âge, faire ça avec ce renardeau capricieux, quelle idée amusante. Cependant il s'y prêtait bien, à ce jeu, appréciant redécouvrir la sensation de tisser un lien social sans préjugé dû à son rang de prédateur. Bon, il avait vécut ça avec Judy récemment, mais pas dans les mêmes circonstances du tout. Et avec Finnick les choses avaient étés bien plus simples.

-Pourquoi tu t'intéresses à moi? demanda subitement celui qui attaquait déjà son deuxième sandwich entremêlait de frites.

-Ce n'est pas moi qui ai passé une journée entière sur un banc...

-Carlton...

-Ca n'a rien à voir. Ca faisait longtemps qu'aucun renard n'avait mit les pieds à Zootopie, enfin, on va dire ça comme ça.

-Ca fait deux ans que je rôde ici. Mais avant je travaillais sous couverture. C'est Carlton qui m'a prit avec lui lorsque mes parents sont partis. On vient du même village, alors non je n'ai aucun problème de pelage.

Nick resta perplexe devant le désordre de ses phrases et choisit de ne retenir que la dernière.

-C'est donc comme ça qu'il te connait? Et donc... Tu es un renard polaire?

-Je suis un renard, rien de plus.