Chapitre 20 : If you look through my eyes
Pourquoi avait-elle fait ça ? Cela n'avait aucun sens. Edelweiss se pinçait l'arête du nez, les yeux clos face au livre de potion avancé signé Libatus Borage que Rogue lui avait amené au 12 square Grimmaurd quelques semaines avant cela. Livre qu'il avait lui-même revu et corrigé de sa plus belle écrite à son intention et qu'elle étudiait avec le plus grand sérieux pour ses examens. Pourquoi lui avait-elle envoyé un cadeau d'anniversaire par la barbe de Merlin ! Lourdement, elle laissa tomber sa tête contre les pages du livre et soupira à s'en arracher les poumons. Pourquoi ne comprenait-elle jamais les leçons de la vie ? Elle avait bien vu, dès le dimanche de son retour que tout avait changé. Il était redevenu froid et distant avec elle, la politesse et le vouvoiement étaient de retour. Au grand damne d'Albus Dumbledore et au grand désarroi de Minerva McGonagall, ça aussi elle l'avait remarqué. Bang. Elle se frappa de nouveau la tête contre son livre, en essayant tout de même d'être assez discrète. Elle aurait dû rentrer plus tôt à Poudlard. Bang. Elle aurait peut-être dû écrire aussi. Bang. Pourquoi est-ce qu'elle ne peut pas seulement être comme tout le monde et trouver un petit ami avec un caractère moins compliqué ? Bang, bang et re bang.
« Tu vas finir par t'attirer les foudres de la bibliothécaire à faire ça. » lança une voix au timbre amusé alors que la chaise en face de la rousse raclait le sol. « C'est à cause de je sais qui ? »
« Hmmm… » grogna la jeune sorcière sans relever la tête vers sa camarade de classe à l'académie de potion.
« Je vois… et qu'est-ce que tu as fait pour te châtier de la sorte ? » continua cette dernière calmement en ouvrant son propre livre. Edeleweiss redressa sa tête juste assez pour regarder Nassima avec des yeux de Niffleur battu. Elle avait rencontré la jeune femme durant les congés d'automne, lorsqu'elle était venue pour la première fois à l'académie. Il était bien spécifié qu'elle devait y mettre les pieds de temps en temps et comme les académiciens n'avaient pas de vacances en automne, elle en avait profité pour suivre quelques cours et se faire au moins une amie. Ce qui ne saurait être que bénéfique pour l'année prochaine, puisque sans aucun doute elle ne serait plus professeur à Poudlard.
« Jeluiaienvoyéuncadeaudanniversaire. » marmonna-t-elle sans faire d'effort d'articulation particulière et en mangeant particulièrement ses mots.
« Articule… » soupira la jeune brune aux yeux chocolat avant de regarder la rousse effondrée devant elle.
« Je lui ai envoyé un cadeau, pour son anniversaire. » Sur ces mots, Edelweiss se redressa et releva son livre de potion devant son visage, feignant une étude ardue et absorbante durant plusieurs minutes. Ne recevant aucune réaction de la part de l'ancienne Serpentarde, elle finit par l'abaisser violemment.
« Quoi ? »
« Rien. »
« Je hais les Serpentard… » finit-elle par capituler en reposant son livre et en croisant ses bras sur sa poitrine.
« Pas tant que ça apparemment. » assura son vis-à-vis en lui décrochant un grand sourire dévoilant toute sa dentition parfaitement blanche. « Tu veux mon avis ? »
« Pas spécialement, mais quelque chose me dit que tu vas quand même me le donner. »
Elle observa l'autre sorcière qui eut un petit sourire narquois, marqua sa page d'un signet aux couleurs de son ancienne maison et qui le referma d'un calme plus qu'olympien.
« Viens, on va déjeuner. L'examen n'est que dans deux heures et je refuse de le faire l'estomac vide. Il y a un bar à sushi pas très loin. »
La rouquine leva un sourcil particulièrement circonspect avant de se lever à son tour et de suivre sa nouvelle camarade, son sac reposant sur son épaule et en traînant un peu les pieds pour parfaire son attitude blasée. Elles croisèrent plusieurs autres élèves sur leur chemin et en particulier certains énergumènes qui lui avaient cherchés des noises. Visiblement, ils vivaient mal son 'traitement de faveur'. Visiblement, ces têtes de nœuds ne comprenaient pas qu'il était particulièrement compliqué de suivre un cursus complet de potions en étant professeur d'une part, en vivant avec Ombrage sur le dos constamment et enfin avec le sale foutu caractère du maître qu'elle s'était choisi ! Rien que ce dernier élément pour ceux qui avaient fait leur scolarité à Poudlard aurait dû les rendre plus sympathique. Sans aucun incident particulier, les deux jeunes femmes s'installèrent bientôt à une table du bar à sushi moldu après être sorties de l'académie.
« Je pense, qu'il pourrait voir ça comme le symbole nécessaire à l'idée d'enterrer la hache de guerre. Après, je ne prétends pas le connaître plus que ça. » lança Nassima d'un ton neutre, rompant ainsi le silence qui s'était installé.
« C'était ton directeur de maison. »
« Et alors, tu connais les habitudes de Flitwick toi ? »
« Non… mais, on a toujours eu la sensation qu'il vous parternalisait un peu quand-même. »se confia la Serdaigle en plongeant son regard dans le menu du restaurant.
« Encore des préjugés sur les Serpentards, miss bleu et bronze ? » railla son vis-à-vis.
« Jamais de la vie, demoiselle vert et argent. Sinon, crois-tu que je serais assise en face de toi à te confier mes emmerdes avec un autre serpent du genre coriace ? Je vais prendre le lunch b. » Puis, elle reposa la carte et se laissa aller dans le fond de sa chaise. « Pourquoi ça ne t'a jamais dérangé que… enfin tu vois. »
« Parce que j'ai passé l'âge des gamineries de gueguerre entre les maisons, sans aucun doute. Puis, tu oublies qu'une de mes sœurs était à Serdaigle et que j'en ai une à Poufsouffle. Idem, je prends le b. »
« Point de Gryffondor en vue. » taquina le professeur intérimaire avant de piocher une cacahuète au wasabi dans le petit bol posé entre elles.
« Je suis tolérante, mais il ne faudrait pas non plus exagérer. »
« Ah la bonne vieille guerre entre Serpentard et Gryffondor… celle-là est éternelle. » conclu-t-elle avant de passer commande auprès du serveur qui venait de s'approcher d'elles. Après un copieux repas en papotant de tout et de rien, mais surtout de l'examen à venir en s'échangeant les derniers petits tuyaux en guise de révision, elles vidèrent les lieux pour se rendre à leur évaluation.
« Pour conclure le pourquoi ça ne m'a jamais dérangé que tu tentes l'aventure avec Rogue… » Edelweiss s'arrêta et fixa Nassima, un peu surprise que le sujet revienne sur le tapis. « Tu penses que tu serais heureuse avec lui, malgré son caractère de cochon ? » La rousse réfléchit un instant et repensa à tous les bons moments qu'elle avait eus avec Severus avant que ça ne parte en patacitrouilles. Un léger sourire béat se dessina sur ses lèvres purpurines, les yeux dans le vague. Puis, elle rougit violement en revenant sur Terre et acquiesça honteusement comme une adolescente pré pubère. L'amour rend idiot parfois. Nassima étouffa un rire avant de reprendre la parole. « Voilà, pourquoi ça ne m'a jamais dérangé. Maintenant, si tu es intelligente, suis mon conseil. Passe tes examens sans te soucier de tout ça et une fois qu'ils seront terminés, tu prends les choses en mains et tu t'arranges pour récupérer mon ancien directeur dans tes filets. Mais ne le lâche plus après ça ! Tu me tape assez sur le système comme ça avec tes allures d'adolescente énamourée. » conclu-t-elle sur un ton taquin qui lui valut une tape sur l'épaule de la part de sa collègue de classe.
« Comment oses-tu, vile serpent ! »
« Par Merlin, je suis attaquée par un aigle ! » Et sur ces bonnes paroles, les deux futures potionistes s'en allèrent en direction de leur examen en éclatant de rire.
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Edeleweiss se laissa tomber sur son canapé. Une jambe et un bras pendant dans le vide, alors que les deux autres reposaient sur le divan, une position des plus classes sans aucun doute. Les examens venaient de se terminer pour elle, d'ici peu elle aurait ses résultats et elle comptait bien profiter de son weekend pour se délasser avant de reprendre le travail lundi de bonne heure, sans oublier ses cours particuliers avec Rogue. Un frisson lui parcouru le dos en y pensant. Elle allait revivre ses pires années collèges avec un professeur froid, distant et sévère au possible, qui ne manquerait sans doute plus de la rabrouer, mais sans la chaleur à laquelle elle s'était habituée. Oh oui, elle n'avait pas hâte de retourner dans le laboratoire de son maître pour cette raison. Le conseil de Nassima lui revient en tête, il fallait qu'elle trouve une stratégie pour refaire fondre le masque de glace de Severus et retrouver l'homme dont elle était amoureuse, ses coups bas, son rire et surtout son sourire, même si c'était plutôt rare qu'il se déride pour ça. Elle voulait retourner dans ses bras, retrouver cette odeur de cannelle et de bois de santal qui le caractérisait. Mais comment ? Peut-être qu'elle visait trop haut et qu'elle devait se contenter de viser l'amitié dans un premier temps. Pour ça, elle avait déjà une liste d'arguments assez percutants. Leur bien-être commun, leurs discussions riches, mais le must c'était quand-même que s'ils redevenaient au moins amis, Dumbledore ne s'en mêlerait pas. Ce serait dur de se contenter d'être amis quand on aspire à plus, mais elle se raisonnerait jusqu'à ce qu'une faille se forme dans son armure et qu'elle s'y engouffre comme un carreau d'arbalète, droit vers son cœur et elle ne le lâcherait plus. Elle s'y accrocherait comme un botruc à son arbre ! Mais elle verrait cela lundi, il lui restait donc deux jours pour échafauder un plan.
La sorcière rousse se redressa dans son sofa et s'étira paresseusement en cherchant d'emblée la présence rassurante de son fléreur. Point d'Amour en vue. Où donc était-passé cette fichue boule de poil ? Ledit animal entra alors triomphalement, la tête bien dressée, portant dans sa gueule un paquet rectangulaire orné d'un ruban bleu foncé. Tout en se pavanant d'un air important dans la pièce, il finit par se poser sur son séant et fixa la jeune femme avec intensité avant de souffler un miaulement étouffé presque irrité. Edelweiss haussa un sourcil avant de le débarrasser de son fardeau.
« Tu te prends pour un hibou maintenant ? » le railla-t-elle en l'observant bondir souplement sur le canapé et se rouler en boule, faussement vexé. La jeune femme hésita un instant avant de défaire les boucles du ruban et d'ouvrir la boîte. Un papier savamment plié fût la première chose qu'elle vit et dont elle se saisit pour le lire.
Voici quelques explications, servez-vous de votre cadeau de Noël.
J'espère toutefois, que cela ne vous apportera pas de nouveaux griefs envers moi.
Merci pour le cadeau.
S.R, directeur de Serpentard.
La jeune sorcière posa le papier sur l'accoudoir du canapé et se saisi du reste du contenu de la petite boîte. Entre son pouce et son index apparu une fiole, dans laquelle flottait des filaments argentés. Rien n'était fait pour qu'elle soit libérée de sa perplexité. Pas qu'elle ne savait quoi faire de cette fiole, bien au contraire, mais elle se demandait bien pourquoi Rogue lui envoyait – par le biais d'Amour en plus – des souvenirs à lui. Edelweiss se leva de son siège et se dirigea vers le buffet qui trônait dans son salon pour en ressortir une vasque en pierre de taille honorable qu'elle posa sur le tablier de son bureau. Jamais, elle n'aurait songé à se procurer une pensine, même si c'était indéniablement très pratique et elle avait été surprise d'en trouver une dans ses cadeaux de Noël resté à Poudlard. Cadeau du corps professoral – Ombrage mise à part – de l'école de magie pour la réussite de son brevet et pour Noël. Edelweiss reposa son regard sur la fiole qu'elle avait posé sur le bureau avant de prendre la vasque. Un moment, elle hésita. Ses doigts à quelques centimètres au-dessus du flacon. L'idée de s'immiscer de la sorte dans la tête de quelqu'un d'autre la dérangeait et ce malgré qu'elle ait volontairement apprit à le faire au cours des leçons avec Severus. Timidement, ses doigts se refermèrent sur le récipient en verre et elle en retira le bouchon. Ce n'était pas vraiment du voyeurisme, il lui avait volontairement confié ce ou ces souvenirs après tout. La fiole bascula entre son pouce et son index, déversant son contenu au sein de la surface lisse qui ondulait tel de l'eau, formant une espèce de volute de fumé. La sorcière inspira courageusement avant de plonger tête la première dans le passé.
Lentement, le décor se mit en place. La rousse se trouvait dans l'une des anti-chambres qui menait à la grande salle et elle fût directement attirée par la silhouette austère de Rogue se tenant à une table désignée comme étant celle des professeurs pour la soirée. Dire qu'elle ne s'était pas douté qu'elle replongerait dans l'ambiance du tournoi des Trois Sorciers serait un mensonge. Là, elle retrouva également le professeur Dumbledore en grande conversation avec le professeur Flitwick et d'autres de ses collègues du corps enseignant. La fête n'avait pas encore commencée, les élèves arrivaient lentement, les professeurs des autres écoles également et elle en profita pour se glisser derrière son ancien professeur de potions, car après tout c'était lui qu'elle devait suivre non ? Elle balaya du regard le flot d'élève qui grandissait et eut un mouvement de surprise en se voyant arrivé elle-même. Elle reconnut sur son visage les stigmates de sa colère et grinça des dents. La jeune femme avait espéré que cela serait passé inaperçu, mais à en juger par le regard scrutateur de l'homme sombre dont elle suivait le souvenir, ce n'était pas le cas.
« Albus ! Il semblerait que nous ayons quelques soucis ! » marmonna une voix légèrement enraillée de dame d'un âge respectable.
« Minerva ? » questionna le concerné coupant court à la discussion qu'il menait.
« Je viens d'assister discrètement à l'humiliation d'une élève… » commença la sous-directrice.
« Miss Devonshire, je suppose ? » lança la voix doucereuse du maître des cachots. « Il suffit de l'avoir vue entrer pour le comprendre. »
« Filius, cela ne peut plus durer et quel exemple montre notre école de par le fait. Un jour comme celui-ci. »
« Je comprends, Minerva et je compte remédier au problème. » tempéra le directeur de l'école. « Allez donc plutôt vous occuper de nos champions, eux aussi et surtout doivent faire forte impression ce soir. Filius, tout est prêt ?»
« Oui, professeur Dumbledore. » répondirent presque en chœur les deux directeurs de maison avant de prendre des directions opposées.
Edelweiss restaient totalement stupéfaite, se pinçant discrètement le bras pour vérifier qu'elle ne rêvait pas. Non pas qu'elle se soit imaginé elle-même une quelconque explication à la mascarade de Rogue, mais cela dépassait toute logique !
« Et comment, monsieur le directeur, comptez-vous réaliser l'exploit de sortir miss Devonshire de la solitude dans laquelle, elle semble se complaire ? » questionna l'homme en noir.
« Oh, mais ce n'est pas moi qui réaliserai ce tour de force, Severus. » Le susmentionné fronça imperceptiblement les sourcils. « C'est vous-même. » La terreur de Poudlard ouvrit la bouche pour protester, mais fût rapidement interrompu par le plus âgé. « Le plus discrètement possible, bien entendu, mais vous être un très grand sorcier, mon cher, n'est-il pas ? »
« Et pourquoi, je vous prie, devrais-je me plier à cela ? »
« Eh bien, premièrement parce que vous avez l'art de vous éclipser. Ensuite, que personne n'aura l'idée de remarquer votre absence ou de la justifier par une histoire aussi abracadabrantesque que celle où vous sauvez une jeune fille de la solitude. Continuons sur le fait, que miss Devonshire est plus chère à vos yeux que vous ne voulez bien l'admettre et concluons qu'elle n'est pas sans vous rappeler une certaine autre jeune femme aux cheveux flamboyant. Ce qui sommes toute justifie sans doute votre attrait pour elle ? »
La mâchoire inférieure de la jeune femme sembla se détacher de sa jumelle supérieure pour atterrir à ses pieds. Si, cela s'était passé hors de ce souvenir, elle aurait été bien tentée d'attenter à la vie de Dumbledore pour ce genre de propos diffamatoire. Rogue ne pouvait pas l'apprécier à l'époque, c'était purement grotesque !
« Silence, Albus ! » siffla ce dernier en lui jetant un délicat regard noir. « Je suis professeur et elle… Et elle n'est pas elle ! »
« Je le sais pertinemment, mon garçon, ce qui à mes yeux en fait une bien meilleure prétendante potentielle pour panser les plaies de votre cœur malmené. Précisément parce que vous avez été illuminé par sa ressemblance avec miss Evans, mais qu'en définitive ce n'est pas ce qui vous attire chez elle. Toutefois, j'ai l'intime conviction que vous ne vous l'étiez jamais avoué. » Dumbledore continuait sa tirade avec un calme et un détachement olympien, comme une statue de marbre à qui on aurait donné la vie pour user seulement de ses lèvres. « Et il s'écoulera beaucoup de temps avant que vous ne vous décidiez à l'admettre, j'en ai peur. N'oubliez pas cependant, Severus, que le temps s'enfuit. » Les yeux pervenches s'accrochèrent aux obsidiennes qui leur faisait face. « Maintenant, faites ce que vous avez à faire et sans discuter, sinon je me chargerais de vous pourrir le reste de l'année. »
Severus tourna les talons et il fallut qu'Edelweiss se secoue une bonne fois pour se décider à le suivre encore sous le choc des révélations du directeur. Elle retourna dans l'antichambre où son maître des potions prit une autre porte qui menait à la salle des professeurs. Là, devant la vieille armoire, il sortit sa baguette pour se jeter un certain nombre de sortilèges de métamorphose d'un niveau surement très élevé. En quelques minutes, elle avait devant ses yeux le jeune homme avec lequel, elle avait dansé l'année précédente. Ajustant sa tenue, Severus Rogue fit volte-face pour repasser la porte qui menait à la grande salle et Edelweiss fût réaspirée dans l'autre sens, revenant dans le monde réel. La suite, elle la connaissait déjà par cœur.
La jeune femme se laissa tomber assise sur son siège de bureau perplexe et encore sous le coup des révélations. Si ce souvenir lui avait fourni des explications, il avait également soulevé d'autres questions dont elle n'était certaine de vouloir connaître les réponses cette fois. Comment diable Dumbledore pouvait-il lire aussi clairement le cœur et l'âme des gens ? S'en était perturbant ! Se pourrait-il au final que ce vieux manipulateur l'ait choisie elle comme professeur intérimaire de soins aux créatures magiques pour mieux démontrer sa perspicacité ? La sorcière passa une main tremblante sur son visage et soupira longuement. Non, elle refusait de le croire ou tout du moins pas exclusivement dans ce but, mais cela restait un des facteurs, ça elle en était maintenant convaincue. Par la culotte à froufrou de Merlin ! Depuis quand avait-elle réellement tapé dans l'œil de son ancien professeur ? Un frisson désagréable lui coula dans le dos, alors qu'elle se rendait compte qu'elle n'avait jamais vraiment fait attention à ceux qui l'entouraient à l'école. En même temps, quand elle le faisait, on en connaissait d'avance le résultat.
« Donc en résumé… » énonça-t-elle tout haut en s'adressant à son animal de compagnie qui venait d'ouvrir un œil, mais sans la regarder. « Dumbledore a manigancé mon entrevue avec Rogue le soir du Tournoi des Trois Sorcier, sous couvert que ce dernier avait quelque inclination débutante et très discrète à mon égard, mais également mon retour à l'école. Ceci dans le but inavoué que je finisse par tomber dans les bras de la terreur des cachots ou l'inverse. Également, reconnaissons-le, pour m'attirer dans l'ordre du Phénix et c'est sans doute-là le plus pardonnable et encore ! Mais ça n'a aucun sens ! » manqua-t-elle d'hurler en regardant finalement Amour dans les yeux. Dans ceux-ci, elle discerna une sorte de lueur d'amusement qui lui fit froncer les sourcils. « Et toi, tu es de mèche avec eux en plus ! Par l'enfer ! Vous allez me rendre chèvre ! »
La Serdaigle s'affala davantage sur son siège et croisa les bras en soupirant. Tout ceci lui donnait à la fois mal à la tête, des idées de vengeance plutôt édulcorées, mais également une irrésistible envie de parcourir les quelques mètres qui la séparait des cachots. Une fois qu'elle y serait, elle allait le tuer ! Le tuer en le privant d'air tant elle le serrerait dans ses bras après lui avoir sauté au cou. Edelweiss secoua de nouveau sa tête, faisant voler ses cheveux flamboyant. Non, elle ne voulait pas lui sauter au cou autrement que pour l'engueuler ensuite. Ou peut-être pas. « Rappelle moi de jeter un sort aux bonbons d'Albus, qu'il s'étouffe avec ! » dit-elle en se levant rageusement, s'emparant de sa cape anthracite dans l'optique évidente de se rendre promptement auprès de Severus pour se faire pardonner, entendre ses excuses et puis… s'accrocher à lui comme une désespérée. Oui, elle tenait son plan ou du moins, un début de plan.
Alors qu'elle s'apprêtait à partir, un bruit sec se fit entendre en provenance de la fenêtre. La jeune femme soupira en allant ouvrir à la chouette effraie qui lui tendait obligeamment un petit papier planté dans son bec. En un éclair, elle fit volte-face et disparu dans les couloirs de l'école, Amour sur les talons. Au sol reposait le petit carton avec ces mots :
Besoin urgent de tes dons. Créatures en détresse dans ma boutique.
A.B
