Chapitre 3
Un mois entier était passé depuis son dernier passage à la Cour des Miracles. L'activité du Premier Ordre avait été trop intense pour que le général Hux puisse se libérer vingt quatre heures et rejoindre son amant. Durant ses rares moments de repos, il s'était félicité d'avoir offert à Eight un comlink privé. Il lui avait envoyé de nombreux messages écrits pour s'excuser de ne pas pouvoir le rejoindre. De nombreuses fois, cela avait rapidement tourné en messages au contenu sensuel, à la limite du politiquement correct.
Hux soupira en s'engouffrant dans un ascenseur. Après avoir passé un mois entier à avoir traqué la Résistance et à asseoir l'autorité du Premier-Ordre dans toute la galaxie, il pouvait enfin s'absenter. Et surtout, il avait plus de temps que d'habitude. Il sourit en appuyant sur le bouton pour descendre mais se figea en voyant une silhouette sombre se glisser entre les portes qui se refermaient. Hux se tendit alors que le nouvel arrivant se positionner juste à quelques centimètres de lui.
« Bonjour général.
-Chevalier, » siffla l'officier, froid et distant.
« Vous allez quelque part ? »
Hux serra les poings. De tous les chevaliers de Ren, c'était lui qu'il détestait le plus : un grand zabrak, aux muscles trop saillants et à la peau noire et marron. Le général préféra regarder droit devant lui. Pourquoi diable, Ren avait eu la brillante idée de rappeler ses hommes ? Et qu'avait-il pu bien faire pour que celui qu'il haïssait le plus se retrouve dans le même ascenseur que lui ?
« Zarek Ren, je ne pense pas que mon emploi du temps personnel soit un sujet de discussion entre nous.
-Allez-vous rejoindre quelqu'un ? » demanda le chevalier. « Qui est-ce ?
-Cela ne vous concerne en rien, chevalier, » rétorqua Hux.
« Bien sûr que si. Je vous l'ai déjà dit : vous m'appartenez.
-Par le Créateur ! Jamais, vous entendez, vous n'obtiendrez jamais rien de moi, Zarek.
-Même si notre Leader Suprême vous ordonne de venir réchauffer mon lit ?
-Le Leader Suprême ne s'abaisserait jamais à cela. Et je préfère mourir que de vous supporter, » affirma amèrement Hux avant de se glisser entre les portes qui s'ouvraient.
Le général fulmina en se dirigeant rapidement sa navette personnelle. Voilà des années que cela durait. La zabrak avait décrété un jour que Hux lui appartiendrait un jour ou l'autre. Cela avait dégoûté l'officier, surtout lorsque cette mauvaise plaisanterie avait tourné en une sorte harcèlement. Hux grimpa dans sa navette et se jeta sur le siège près de son droïde protocolaire.
« Alfred, dépêche toi de décoller : Eight m'attends. »
Hux se dépêcha d'entrer dans le club d'Iris. Avant de partir du Finalizer, il lui avait donné des instructions claires pour Eight et il espérait profondément qu'elles aient été respecté à la lettre. Il marcha directement jusqu'à la chambre de son amant, qui devait l'attendre. Pour la première fois depuis qu'il avait rencontré Eight, il hésita un moment devant la porte avant de frapper doucement. À l'intérieur, la voix de son amant s'éleva pour l'inviter à entrer. Hux pénétra lentement dans la pièce, Eight était assis sur le lit et lui tournait légèrement le dos.
« Bonjour, Eight.
-Bonjour, maître, » lui répondit tranquillement le soumis sans se retourner.
« Iris t'a t-elle donné mes consignes ?
-Oui. Mais je ne comprends pas pourquoi je ne dois pas porter mon bandeau.
-Parce qu'il te sera difficile de me suivre sans y voir clair, mon tout beau.
-Vous suivre ? » questionna Eight alors que Hux s'avancer vers lui pour lui faire face.
Hux lui prit délicatement la main et découvrit avec plaisir que son amant ne cachait plus ses magnifiques yeux marrons. Eight se leva lentement tout en le dévisageant. Hux souriait pour cacher son inquiétude. Il ne voulait surtout pas que le soumis fuit devant lui. Eight eut alors un sourire qui semblait amusé, Hux se détendit.
Et ce fut une erreur. Eight lui tordit violemment le bras avant de le faire basculer en avant et de le plaquer fermement contre le lit. Hux tenta de se débattre et de se dégager mais Eight le maintenait et continuer à lui tordre le bras. Immobilisé, Hux savait qu'il ne fallait qu'un geste sec et rapide du soumis pour lui caser le bras et lui déboîter l'épaule. Il était désormais clair que Eight l'avait reconnu et n'appréciait pas du tout la surprise.
« Eight, s'il te plaît, calme toi, » déclara doucement Hux en s'immobilisant.
« Vous êtes le général Hux ! Sale enflure !
-Eight, mon beau, je ne te veux aucun mal. Je te le jure.
-Vous vous foutez de moi !
-Non ! » s'exclama Hux, en grimaçant alors que Eight lui tordait encore plus le bras. « Je peux tout t'expliquer, Eight, écoutes moi !
-Pourquoi je le ferais ?
-Parce que vous êtes le commandant Dameron, vous avez assez d'honneur pour ne pas faire de mal à un homme désarmé, » tenta Hux, le tout pour le tout.
« -Comment savez-vous qui je suis ? » demanda le soumis en se reculant légèrement sous la surprise. « Et que faites-vous ici ? Je veux la vérité, Hugs !
-Je sais qui tu es depuis notre premier soir, Iris me l'a dit quand on s'est séparé. Une information contre une autre, c'est son second business. Si je te voulais du mal, des troopers t'auraient capturé dès notre deuxième rendez-vous, » lui expliqua Hux. « Mais j'ai rien dit, à cause de la deuxième règle d'Iris et parce que… parce que j'aime ce qu'il se passe entre nous. Pitié, relâche mon bras, qu'on discute entre hommes civilisés. »
Eight sembla réfléchir un moment puis il relâcha rapidement Hux. Ce dernier se releva alors que le résistant reculer à l'autre bout de la pièce. Le général se massa doucement le bras et l'épaule avant de tenter de marcher vers son amant. Mais ce dernier lui fit signe de rester à bonne distance de Hux refusa de lui obéir et s'avança encore. Le pilote le frappa alors violemment au visage. Le général grimaça avant de se masser cette fois-ci la joue, rouge et douloureuse.
« Eight, on peut en discuter. Si tu veux, on change les règles entre nous.
-Allez vous en.
-S'il te plaît.
-Partez ! » hurla le soumis.
Hux soupira avant d'obtempérer. Il sortit à contre cœur de la pièce. Ses pas le menèrent jusqu'au bar, où Iris servait plusieurs clients. lorsqu'il eut l'attention de la gérante, il lui commanda une bouteille de son alcool le plus fort :
« Fais le apporter dans la suite que j'ai réservé.
-Où est Eight ?
-Il ne viendra pas, » lâcha Hux avant de s'éloigner.
Il fendit la foule, sans prêter attention aux soumis qui se frottèrent outrageusement contre lui. Il n'en voulait qu'un et ce dernier venait de rompre avec lui. Il monta les escaliers en verre. Ils menaient dans une autre partie du club, bien plus luxueuse et réservée à une clientèle d'élite. Hux y avait réservé une suite : un salon, une grande chambre, une salle de bain qui ressemblait plus à un spa. Il y entra et se laissa tomber mollement sur le canapé en cuir. La bouteille était déjà là, bien placée en évidence. Il l'attrapa et commença à la boire, à même le goulot.
Poe se rhabilla. Il était furieux contre Hux. Comment cet enfoiré avait pu l'utiliser et même venir ce soir, la bouche en cœur ? Et comment ce salaud avait pu penser une seule seconde qu'il allait lui ouvrir les cuisses comme si rien n'était ? Hux était le « StarKiller », le tueur de masse responsable de millions de morts innocentes l'officier à la tête des armées du Premier-Ordre, son pire ennemi. De rage, le pilote renversa ce qu'il se trouvait sur une table à côté de lui, lubrifiant et autres jouets.
« Bordel de merde ! » jura t-il alors qu'une partie de lui se rappelait très bien le plaisir qu'il avait eu en compagnie du rouquin.
Il souffla pour se calmer avant de sortir de la chambre. Il erra un moment dans le couloir, son visage caché derrière son masque, son collier dans la main. Puis il alla dans la salle principale du club. Il avait besoin de se saouler et d'oublier cette mauvaise blague. Il grimpa sur un tabouret du bar et attendit qu'Iris vienne à lui.
« Azraël m'a fait comprendre que ça c'était mal passé.
-Comment as-tu osé lui dire qui j'étais ?
-Les affaires sont les affaires, grâce à lui j'ai pu régler mes comptes avec un salopard. Et au moins, il a pu envisager que tu le rejettes ce soir.
-Mais qu'est-ce qu'il espérait au juste, hein ? » demanda le soumis.
« Franchement ? La même chose que toi ! » lui répondit Iris. « Pendant un mois, tu n'as pas cessé de me demander s'il venait ici en secret, s'il voyait quelqu'un d'autre… si je l'ai envoyé vers toi la première fois, c'est parce que je savais que vous étiez fait pour vous entendre. Oses me dire qu'il te laisse de glace ?
-Azraël était parfait pour moi, mais c'était avant ça !
-Et quoi ?! Az' a toujours respecté mes règles, c'est l'avantage des militaires dans son genre. Hors d'ici, tu es qui tu es. Mais ici, pour lui, tu es Eight : son soumis, avec qui il prend beaucoup de plaisir et dont il me semble, qu'il s'est beaucoup attaché. Tu sais ce qu'il avait prévu pour toi, ce soir ? Une soirée, plutôt romantique – ce qui ne lui correspond pas du tout, dans ma meilleure suite avec repas gastronomique inspirée de Yavin IV et un jacuzzi.
-Yavin ?
-Il a du enquêter un peu sur toi, pour connaître tes goûts.
-Iris, soit sympa et sers moi ta meilleure bouteille.
-Pour ça mon chou, c'est trop tard : Azraël est partit se bourrer la tronche dans la suite avec. »
La bouteille était à moitié vide lorsque Hux entendit la porte de la suite s'ouvrir. Mais il resta avachi sur le canapé, à fixer la table dressée pour deux personnes. Ça devait être Iris, se dit-il alors qu'une silhouette se glisser sur le canapé à côté de lui. Après un moment, il porta à nouveau la bouteille à sa bouche et après deux gorgées, tourna la tête et vit qu'il s'agissait d'Eight. Ce dernier avait enlevé son masque et tenait son collier fermement dans sa main droite.
« Eight ? » dit-il, à moitié ivre grâce au 80 % d'alcool de la bouteille.
« -Je préfère Poe, quand je porte pas mon masque. Iris a dit que vous aviez pris sa meilleure bouteille.
-Je pensais que l'alcool allait m'aider mais ça me rappelle un peu trop mon père, » dit Hux en lui tendant la bouteille.
Le résistant bu également au goulot et avala plusieurs longues gorgées avant de la poser entre eux. Il grimaça sous la brûlure de l'alcool. Il comprenait mieux pourquoi Hux avait pris celle-ci pour se saouler.
« Pourquoi vous ne m'avez pas dénoncé à vos troupes ?
-Pourquoi l'aurais-je fais ?
-Pour vous débarrasser du meilleur pilote de la Résistance ou me torturer pour savoir où on se cache. C'est pas logique tout ça.
-Parce que le fait de venir ici est logique ? » questionna à son tour Hux, la tête en arrière, contre le dossier du canapé. « N'êtes-vous pas fatigué, Poe ? De toujours devoir vous battre pour survivre, de toujours devoir paraître bien… Moi, je suis fatigué de devoir tout penser, de devoir me méfier de tout le monde, de devoir surveiller mes faits et gestes pour ne pas froisser Ren, de devoir être le général Tueur de planètes. Je voulais qu'on prenne un peu le temps, » avoua Hux.
« Et qu'espériez vous de tout ça ? Vous saviez que j'allais mal réagir en vous découvrant réellement. Vous avez tué des millions de personnes, vous avez enlevez des centaines d'enfants pour votre programme. Vous êtes un des deux enfoirés de cette galaxie.
-J'ai, peut-être, été trop naïf de croire qu'ici, on aurait pu juste être Eight et Azraël. Eight est tout ce que je recherche ici. Il est parfait pour moi. J'avais besoin de vous pour oublier tout ça.
-Et c'est quoi au juste la différence entre le général Hux et Azraël ? » demanda Poe.
« Azraël se sent vivant. Il fait ce qu'il veut. Il peut se permettre d'être plus ou moins proche de quelqu'un. Hux… Hux est seul, toujours seul, froid et asocial, il doit penser à tout : au plan A, plan B, plan C jusqu'à en avoir la migraine… Il ne vit pas, il survit ou du moins, il essaye. Hux rêve du monde d'Azraël. »
Ils restèrent un moment silencieux. Hux ne s'était jamais autant confié à quelqu'un, pas même à Iris. Mais il avait dit la vérité : lorsqu'il portait son uniforme, il était vide et son existence était vaine. Alors qu'ici, il avait comme une bouffée d'oxygène, un temps de répits... Le petit brun finit par reprendre la parole pour demander ce qu'il avait prévu au dîner. Cela fit ricaner l'officier du Premier-Ordre mais il lui récita le menu.
« Les meilleurs plats de la galaxie.
-J'espérais que ça vous plairez. Mais j'avais imaginé passer dans le jacuzzi avant le dessert.
-J'ai rarement le temps pour un bain d'habitude… je crois que ma dernière douche avec de l'eau remonte avant le bombardement de D'Qar.
-Jacuzzi avant de manger ? » proposa Hux avant de reboire à la bouteille.
Le pilote l'observa un moment. L'officier se permit alors de finir la bouteille. Sa tête lui tournait, son ventre criait famine. Il se leva lentement et tituba dangereusement dans le salon. Le résistant resta sur le canapé alors qu'il enlevait difficilement ses affaires. Il faillit tomber lorsqu'il enleva son pantalon. Une fois en caleçon, il se dirigea vers la salle de bain. Il laissa la porte ouverte et alla jusqu'au jacuzzi. Maladroit à cause de l'alcool, il laissa son corps glisser au-dessus du rebord et tomba mollement dans l'eau chaude. Il ferma les yeux en sentant son corps couler lentement avant d'être remonter à la surface par le pilote. Hux toussa légèrement.
« Le beau résistant sauve la vie du vilain général, » souffla t-il alors que Poe l'aidait à s'installer.
-Si vous mourrez, je n'aurais plus mes câlins, Hugs.
-Le jour où Ren mettra la main sur vous, je lui dirais que vous êtes accroc.
-Je ne sais pas ce que je dirais à Organa si c'est nous qui vous trouve, » répondit le pilote en se glissant à son tour dans l'eau à remous. Hux ricana :
« Si le Premier-Ordre chute, faites moi une faveur : tirer moi une balle dans la tête ou donner moi une arme, je préfère mourir que d'être prisonnier.
-C'est extrême non ?
-La vie est extrême. Il n'y aura qu'un gagnant et qu'un perdant dans notre histoire, Poe. Si le Premier-Ordre gagne, je pourrais peut-être faire de vous mon animal de compagnie… et encore, si Ren n'a pas la brillante idée de m'éliminer. Si votre maudite résistance gagne, je serais traîné comme une bête de foire devant un tribunal où je ne pourrais pas me défendre et où je serais humilié, » Hux fit une légère pause alors qu'un droïde apportait des petits fours et deux coupes de champagne. « Après quoi, je serais soit exécuté sur la place publique comme le monstre que je suis, soit enfermé à vie dans une cellule, sans voir le jour, sans parler à qui que ce soit.
-Alors vous préférez le suicide à une vie en prison ?
-Il paraît que je n'aurais jamais du vivre, qu'on aurait dû me noyer à la naissance... » murmura Hux en avalant un canapé au poisson.
Poe le dévisagea, choqué par ses dernières paroles. Tout doucement, il se rapprocha pour s'asseoir à côté de son amant. Hux ne bougea pas et continua de fixer les bulles du jacuzzi. Le pilote se permit alors de lever la main et de venir caresser la joue pâle du général.
« C'est vraiment affreux ce que vous dites, Hugs.
-C'est pourtant la vérité, » déclara l'officier avant de lui raconter sa vie.
La grossesse non désirée de sa pauvre mère, cuisinière de cantine et femme violée par le commandant impérial Hux sa petite enfance dans les couloirs sombres et glacials de l'Académie l'attaque d'Arkanis et son père l'enlevant pour l'amener sur un vaisseau, en compagnie de son affreuse belle-mère les insultes de cette dernière et les coups de son père alcoolique l'éducation stricte et froide pour devenir un jeune cadet, major de sa promotion sa carrière militaire où tout devait être plus que parfait jusqu'au meurtre de son père, imaginé après la « correction de trop » et organisé par Phasma.
« Je vous l'ai dit : Hux ne fait que survivre, seul contre le reste du monde.
-Vous n'êtes pas seul, » rétorqua Poe avant de se pencher vers lui pour l'embrasser.
