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Chapitre IV . SYLVAIN

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Après le départ de leurs amis, les Tamaris semblaient bien vides mais ce n'était pas pour déplaire aux trois amoureux. Peter était reparti juste après le dîner pour un petit boulot de vacances d'une durée de quinze jours, Lucius et Narcissa deux heures plus tard étaient rentrés au manoir, le ministre travaillant le lundi.

- Il est temps d'y aller Sylas. Tu as pris une décision?

- Je vais voir selon leurs réponses, Harry.

- Bien. Allons-y.

Ils transplanèrent du petit chemin devant la bastide à l'intérieur de la cour de l'hôtel Saint-Maur. Prévenu par téléphone plus tôt dans la journée le vieux Gauthier les attendait ainsi que Sylvain qui se jeta dans les bras de Harry. Celui-ci le serra tendrement contre lui. Le garçon éveillé, curieux de tout, qui avait appris ce qu'il savait de la magie seul dans des livres, lui plaisait. Il ne pouvait rêver meilleur ami pour son petit impertinent d'Aymeric. Il pensa que Pierre-François allait avoir bien du mal avec eux et se rappela qu'ils ignoraient qu'ils seraient bientôt appelés à se voir souvent. Il appela le garçon qui était en grande conversation avec son senseï Jim.

- Oui?

- Viens ici. Tu te rappelles que tu as déjà vu Pierre-François à Toulouse? Nous vivons ensemble. Il est aussi le directeur de l'école de Poudlard où tu étudieras dès septembre.

- Bonsoir, Sylvain.

- Bonsoir. Tu es beau comme le sorcier dans le grimoire du secrétaire de Madame la Comtesse, tu lui ressembles beaucoup. fit naïvement le jeune adolescent ce qui fit sourire Jim et lever les yeux au ciel à Harry.

Il se méfiait des découvertes de l'enfant. La dernière fois, il s'était retrouvé propriétaire de la baguette d'ébène et héritier de Salazar Serpentard. Déjà, celui-ci filait chercher sa trouvaille. Ils se dirigèrent vers le petit salon. Françoise s'empressa de venir leur apporter du café et ces madeleines au citron dont Harry raffolait et qu'elle poussa vers lui en les servant, ce qui fit rire tendrement Pierre-François. Il couva son agneau gourmand du regard pendant qu'il tendait la main vers l'assiette.

- Asseyez-vous et vous aussi Gauthier, nous devons parler sérieusement. soupira Sylas. Je vois à votre regard inquiet, Françoise, que vous savez déjà de quoi il s'agit. Votre famille sert la mienne depuis des générations et le secret de notre état de sorcier a toujours été bien gardé. Je n'ai rien à reprocher à votre service, à votre gestion, à votre discrétion, pourtant vous avez failli, continua-t-il sans voir le sursaut du vieux serviteur et son regard incrédule sur sa fille.

- Monsieur le comte, je ne comprends pas.

Sylas lança un coup d'oeil à son mari qui vérifiait par légilimencie ce que savaient les uns et les autres. Draco lui fit un petit signe discret d'assentiment.

- Je vois Gauthier que vous n'étiez pas au courant et cela me fait bien plaisir car je vous aime beaucoup.

- Monsieur le comte, balbutia une fois de plus le vieil homme.

- Je vais vous expliquer. Votre fille a épousé un sorcier. C'est pourquoi Sylvain en est un.

- Oh! fit ce dernier qui revenait avec un vieux manuscrit poussiéreux.

- Tu veux aller dans ta chambre finir tes bagages, mon grand, fit doucement Harry. Nous t'appellerons. Ton père te mettra au courant de tout ceci lui-même.

- Je disais donc, poursuivit Sylas quand, trop surpris pour protester, le garçon fut sorti, elle a épousé en toute connaissance de cause un sorcier mais pas n'importe lequel, un partisan de Voldemort, un mangemort.

- Françoise! murmura l'ancien intendant et dans ce seul prénom qui était tout ce qu'il avait réussi à dire, il y avait toute la douleur du père qui entrevoit la trahison de l'enfant qu'il adore.

- Quand j'ai rencontré Philippe, il fuyait cette vie de mangemort. C'était une erreur de jeunesse. Il avait été endoctriné par son père. répartit cette dernière.

- Personne ne peut mieux vous comprendre que moi, dit Draco, et ce n'est pas ce que nous lui reprochons.

- Ce que je n'admets pas c'est que vous nous l'ayez caché, nous mettant ainsi en danger. poursuivit Sylas.

- Il ne ferait jamais rien qui puisse vous nuire, monsieur le comte.

- Pourtant il l'a fait. Il y a, depuis plusieurs mois, un nouveau journal en monde sorcier qui s'appelle The Independent Wizard et qui essaye par tous les moyens de salir la réputation de l'Elu. Après notre second séjour à Toulouse, des photos sont parues dans ce quotidien prises du castel même. C'est votre mari qui en est l'auteur. expliqua Hermione doucement à cette femme qui semblait bouleversée par les accusations faites à l'encontre d'un mari aimé et qu'elle croyait au-dessus de tout soupçon.

- C'est impossible! Je ne peux pas croire ça! répondit-elle d'une voix brisée.

- Malheureusement, il n'y a pas d'autre explication possible. confirma Harry. Le propriétaire de ce quotidien est aussi le grand maître de la Loge sorcière. Il a les mêmes ambitions et les mêmes idées que Voldemort. Notre lutte est toujours de protéger le monde sorcier même si l'ennemi a changé.

- La Fratrie, c'est vous? demanda Gauthier.

- En effet, nous en sommes tous membres. répondit Draco.

- N'est-ce pas dangereux de nous en faire part si nous sommes des traitres? fit la gouvernante amère.

- Je ne sais que vous dire Françoise. Vous devez à Monsieur Potter le fait que je sois ici à vous demander des explications. Ma position, au départ, était nettement plus radicale. fit Sylas.

- Je vous comprends, Monsieur le comte, mais nous avons toujours mis un point d'honneur à faire passer les intérêts de la famille que nous servons avant tout le reste, y compris nos propres aspirations. protesta pourtant Gauthier.

- Je n'en demande pas tant. Vous seriez venus me trouver, nous aurions cherché ensemble une solution.

- Une solution? répéta une voix masculine rageuse et menaçante. Quelle issue quand on veut tuer votre fils?

Ils se tournèrent pour regarder l'homme qui venait d'entrer et qui tenait sa baguette dirigée vers eux.

- Baisse-donc ça Philippe! fit Gauthier. Tu es ridicule, c'est Harry Potter que tu essayes d'intimider pas un de tes pitoyables mangemorts!

Mais l'ancien partisan de Voldemort ne semblait pas vouloir obéir à son beau-père. Un instant plus tard, à sa grande stupéfaction, sa baguette s'envolait de sa main et, avant même d'atteindre le sol, filait dans celle de Pierre-François qui avait réglé le problème d'un simple expelliarmus et d'un accio en magie sans baguette.

- Quand on a enlevé votre fils, je crois que c'est bien nous qui nous en sommes occupés? fit Draco d'une vois cassante.

- Nous vous aurions dit, déjà, que le dirigeant de la Loge sorcière n'a pas ces manières. Pour des raisons personnelles il ne fait jamais la guerre aux enfants, en cela il diffère totalement de Voldemort ou d'Ombrage. fit Harry calmement.

- Vous m'accusez donc, en plus, de mentir?

- Non! Vous vous êtes fait berner tout simplement. conclut Sylas. Pierre-François, continua-t-il en se tournant vers lui, tu as une photo de François-Marie?

Il lui tendit son médaillon, premier présent de Harry figurant un loup aux yeux d'émeraude finement gravé dans un pentagramme, sous les photos de celui-ci et de Jim, il y avait celles de son fils et de son frère.

- Je ne connais pas cet homme. fit Philippe en regardant le portrait.

- C'est bien ce que nous vous disions. Même si ça ne prouve pas grand chose car il a assez de sous-fifres pour ne pas se salir les mains. Pouvez-vous nous décrire celui qui vous a menacé?

- D'après ce portrait, il s'agit à mon avis de Sean O'Reilly familier de François-Marie, le grand Maître de la Loge et de Dolorès Ombrage qui avait fait enlever Sylvain pour empêcher les négociations avec les moldus du conseil de l'Europe. analysa Harry. Espionnant les deux côtés, il essaie pour le moment de reprendre l'organisation d'Ombrage en main.

- Peu importe! Ce n'était que quelques photos! J'ai fait au mieux pour mon enfant.

- Ces quelques photos comme vous dites étaient destinées à nuire au Survivant du monde sorcier. Vous vous doutiez que si on menaçait Sylvain de mort c'est que c'était important. Vous n'êtes pas stupide à ce point.

- ...

- Il sait maintenant qu'il peut vous manipuler et lui n'a pas les scrupules du grand maître de la Loge. Il n'en a aucun. C'est lui qui est responsable de l'explosion à Londres où il y a eu dix-huit victimes dont deux enfants. Et lorsque votre fils sera en sûreté avec nous ou à Poudlard, il s'en prendra à votre femme ou à votre intégrité physique pour vous obliger à lui obéir. Nous ne nus sentons plus en sécurité dans notre propre demeure, c'est pourquoi nous n'y sommes plus venus depuis plusieurs mois. Ça ne peut durer. fit Sylas d'un ton bref. C'est aussi la raison qui fait, Françoise, que ce n'est pas vous qui gérez le castel rose pendant cet été privant ainsi Sylvain de ses vacances et de la compagnie d'Aymeric.

- Vous qui avez l'air de tout savoir, Monsieur le comte, vous avez certainement une solution miracle? cracha l'ancien mangemort.

- J'ai tout au moins une proposition à vous faire. Soit vous assumez enfin vos erreurs et vous l'acceptez, soit je devrai me séparer de vous.

- Monsieur Sylas... gémit le vieux, reprenant le nom qu'il donnait à l'enfant qui venait avec son grand-père visiter l'hôtel. Il sembla se ratatiner sur le bord du fauteuil qu'il occupait.

Harry posa une main sur l'épaule de l'ancien intendant et la pressa doucement pour le rassurer.

- Vous allez faire le serment inviolable que vous ne nuirez en rien, que vous ne révélerez rien qui se rapporte à l'Elu, à ses compagnons, à la Fratrie, à moi et à ma famille mais aussi à la vôtre, et vous allez vous engager à nous prévenir immédiatement de tout contact avec un de nos ennemis. C'est à prendre ou à laisser.

- Vous signez mon arrêt de mon mort!

- Pas plus que si vous lui obéissiez. Il n'a pas l'habitude de laisser derrière lui des témoins gênants.

Il se tourna vers sa femme. Ce qu'il lut dans ses yeux le découragea d'attendre une quelconque aide de ce côté, il allait devoir, au contraire, lui fournir des explications.

- Bien! je n'ai pas le choix!

- On l'a toujours.

- Vous savez très bien que si je ne le fais pas je perdrai tout ce que j'ai.

- Et vous devrez repasser tôt ou tard du côté sombre, c'est inévitable. admit Sylas.

- J'accepte donc.

- Ce n'est pas avec le comte que vous le ferez mais avec moi. intervint Harry. Il n'en sera que l'Enchaîneur.

- Qu'il en soit ainsi, murmura l'homme accablé, mais en contrepartie engagez vous à protéger mon fils jusqu'à l'âge adulte.

- Ce n'est que juste. accepta Harry.

Face à l'Elu, il joignit ses mains aux siennes. Harry énonça les clauses du serment d'une voix claire et ferme. A chacune d'elles acceptée par Philippe, Sylas toucha leurs mains jointes de sa baguette et une chaine de feu rougeâtre surgit de celle-ci, s'enroula autour des mains des participants, restant en place et s'entrelaçant les unes avec les autres au fil des autres conditions du Serment. Enfin le père énonça la contrainte de protection, le dernier lien les enchaîna définitivement et s'éteignit.

- Comme convenu, nous allons emmener Sylvain en vacances, il reviendra juste avant la rentrée à Poudlard. Il serait mieux que vous lui révéliez qui vous êtes vous-même. Et juste ce que vous voulez lui en dire. Il n'a pas besoin de tout savoir.

Philippe quitta la pièce sans un mot.

- Monsieur le comte, j'aimerais vous suivre à Toulouse. Je voudrais m'éloigner un peu d'ici. murmura le vieux serviteur, gêné de cette demande faite devant sa fille.

- Sylvain vient rejoindre Aymeric chez nous, au bord de la mer, intervint Pierre-François. Vous y êtes le bienvenu, en tant qu'invité, précisa-t-il.

- Nous y séjournons aussi, précisa Draco.

- Si Monsieur le comte m'y autorise...

- Gauthier, vous n'êtes plus à mon service depuis longtemps même si nous sommes ravis de vous retrouver ici, aux côtés de votre fille, à chacun de nos séjours, vous pouvez enfin profiter de votre temps pour vous-même.

- Alors, c'est avec joie que j'accepte, Monsieur de Lauzun.

Sylvain vint les retrouver les yeux rougis, manifestement il avait pleuré. Il dit au revoir à sa mère pendant que son père posait deux sacs à côté de lui sans dire un mot. En mains, l'enfant tenait le vieux grimoire et un album photos qui paraissait lui aussi ancien, il fixa Harry dans les yeux avant de s'effondrer en larmes entre les bras de son grand ami. Ce dernier fixait Philippe avec rancune. Comment avait-il présenté les choses au garçon? Jim intervint avant que Harry prenne le mangemort à partie.

- Il est temps de rentrer. Aymeric nous attend. dit-il d'une voix calme. Tu partageras sa chambre, Sylvain. Il est impatient de te voir, il demande après toi depuis plus d'un mois.

Et ton grand-père vient avec toi. Il a besoin de vacances lui aussi.

- Françoise, nous vous le ramènerons deux ou trois jours avant la rentrée pour que vous puissiez la préparer ensemble. fit Sylas.

- Non! il ira à Poudlard directement. déclara son père. Ce n'est pas trois semaines qui changeront les choses.

- Dans ce cas, il te faut ton balai. fit Harry. Va le chercher.

Je ne comprends pas votre attitude, continua-t-il en se tournant vers le père. Pourquoi le priver de votre amour et de celui de sa mère.

- Je veux voir mon fils. Ton idée est ridicule. renchérit Françoise.

- Vous nous l'arrachez parce que je suis un mangemort. Je ne me contenterai pas des miettes que vous me laisserez. Je préfère en rester là. Il porte le nom d'une famille respectable de Sang-Pur, j'espère qu'il en sera digne.

- Françoise, donnez-nous de vos nouvelles. soupira Sylas d'un air excédé. Nous viendrons vous chercher si nécessaire. Il n'a jamais été question de vous priver de votre fils.

- Il part seulement quelques jours à la mer avec son meilleur ami, comme c'était prévu depuis des mois. Ne soyez pas inquiète et essayez de calmer votre mari. renchérit Hermione lorsque celui-ci eut quitté la pièce.

- Je vous remercie de votre compréhension, Monsieur Le Comte. Je vais mettre les choses au point avec lui. répondit-elle en serrant une fois encore son fils dans ses bras.

- Remerciez Monsieur Potter. Quant à moi, je ne suis pas sûr d'arriver à vous faire pleinement confiance une fois encore.

- Je ne voulais pas vous nuire, je vous assure, et ça ne se reproduira jamais. Sois sage, mon chéri!

- Maman, je n'ai plus cinq ans! s'indigna-t-il.

- Il vous téléphonera régulièrement Françoise, j'y veillerai. conclut Harry.

oOo

Il était bien plus de minuit quand ils transplanèrent devant la bastide. La lumière sous le porche les accueillit, chaude, rassurante, symbole de ce foyer qui les attendait. Harry poussa un soupir de contentement que Pierre-François perçut. Il ne put s'empêcher de le prendre dans ses bras et de poser tendrement un baiser sur sa tempe. Quand Jim s'appuya contre lui pour réclamer sa part d'attentions, il passa son bras autour de sa taille et le serra, tout en posant sa tête contre la sienne.

- Contents de rentrer mes amours?

- Oh oui! Comme distraction il y a mieux que régler ce genre de problème, souffla Jim. C'était plutôt pénible.

- Encore plus pour le gamin! murmura Harry en désignant Sylvain qui discutait déjà avec Aymeric mais qui leur adressa un regard qu'ils jugèrent surpris en les voyant dans les bras de son futur directeur.

Il échangea avec ce dernier un regard entendu, il fallait expliquer la situation au jeune adolescent. Sylas et Draco se chargèrent de guider Gauthier à leur bastidon et de lui montrer sa chambre. Il s'installerait le lendemain.

Ils se retrouvèrent assis tous les trois avec les deux enfants, dans ce salon qui avait très peu servi depuis plus de cinq semaines qu'ils étaient là. Ils préféraient vivre à l'extérieur sur les terrasses. Comment expliquer à un garçon qui vous admire, sans le choquer, que non seulement vous n'aimez pas les femmes comme tout le monde mais les hommes et qu'en plus vous ne vous contentez pas d'un seul? Bien sûr il connaissait le pacte d'alliance qui unissait Hermione, Draco et Sylas et malin comme il est, il avait dû chercher dans les livres de magie de la bibliothèque de l'hôtel Saint-Maur... Bien sûr il le savait fiancé à Jim... mais avoir en plus pour amant son futur directeur...

Il avait presque le même âge qu'Aymeric. Ce fils que lui avait donné le capricieux destin. Père adoptif à dix-huit ans d'un enfant de onze. Lui! qui n'avait jamais eu l'exemple de parents aimants, qui n'avait que son instinct pour le conduire vers l'âge d'homme et en faire quelqu'un de bien! Quelle tâche. En était-il digne? Ay ne parlait pas de ses parents décédés dans des circonstances particulièrement douteuses. Par pudeur? Pour ne pas évoquer une vie heureuse qui lui manquait? Pour oublier une enfance d'indifférence ou de douleur? L'enfant était secret, franc, courageux jusqu'à la témérité. L'amour peut-il tout remplacer?

Il sortit de ses pensées et réalisa que tous attendaient son bon vouloir. Pas un regard qui ne soit fait de tendresse mais aussi d'attente... expliquer sans choquer et sans blesser ses amours.

- Sylvain, nous sommes heureux de t'accueillir chez nous, j'espère que tu t'y plairas. Je ne sais comment ton père t'as présenté le fait qu'il soit sorcier mais tu peux poser toutes les questions que tu veux, j'y répondrai au mieux.

Tu occuperas ici la même chambre qu'Aymeric. A côté de vous, il y a les chambres de Cloud et Justin, un peu plus loin celle des filles Lily et Sarah, la petite amie de Cloud qui nous quitte demain, en face la nôtre à Pierre-François, Jim et moi. Je sais que la situation peut te paraître étonnante mais nous nous aimons profondément et...

- Pa! Il est déjà au courant! l'interrompit une petite voix moqueuse.

Il regarda Aymeric d'un air incertain. Il l'avait appelé papa ce qui lui paraissait incongru en un pareil moment de doute et avait mis fin à son explication laborieuse. Etait-il à ce point pathétique qu'il avait volé à son secours?

- Nous nous téléphonons souvent et même nous nous écrivions. expliqua-t-il à ce jeune père qui se demanda pourquoi il n'était en rien au courant de ça.

- Oui, renchérit Sylvain, il utilisait les hiboux de l'école, c'est moins cher que le téléphone. Grand-père s'en occupait pendant que j'écrivais la réponse.

Harry soupira. Il n'avait jamais pensé à vérifier les factures de l'abonnement du portable qu'il lui avait offert, Gringotts se chargeait de payer toutes les notes dues y compris les moldues. Il tourna les yeux vers Pierre-François, incertain.

- Ay, montre ta chambre à Sylvain et ne réveillez pas les autres qui dorment. Demain matin, vous avez quartier libre. Vous pouvez vous joindre à nous pour l'entraînement si vous le désirez. Défense de descendre à la plage seuls! leur commanda l'aîné. Nous irons de toute façon après déjeuner.

- Tu as dis qu'on irait en Espagne. protesta Aymeric.

- J'y travaille. Ce n'est pas facile de trouver une réservation pour autant de monde en plein mois d'août. Laissez-moi un peu de temps.

- On fera du bateau alors?

- Oui! Promis! Maintenant au lit. fit Harry d'un ton ferme.

Dès que les enfants furent partis, à leur grand étonnement, Fanny vint leur demander si ils ne voulaient plus rien.

- Pas encore couchée? Que se passe-t-il? fit Pierre-François qui vit la jeune fille hésiter avant de lui répondre.

- J'ai vu Madame Hermione rentrer alors je suis allée voir si elle n'avait besoin de rien. J'ai voulu aussi aider le vieux monsieur à s'installer. Il pleurait! Il m'a fait tellement de peine. Il avait vraiment l'air désespéré.

- Je vais le voir. fit Harry. La famille Saint-Maur et sa fille faisaient sa vie.

- J'ai prévenu Monsieur Sylas et Lord Malefoy y est allé, il lui a donné un somnifère et il dort.

- Bon! ça attendra demain alors, fit Harry avec une grimace.

- Nous allons trouver une solution, mon amour. le tranquillisa Jim.

- Vous allez empiéter sur l'autorité de Sylas. leur rappela Pierre-François.

- C'est notre invité, non?

- Tout à fait, mon agneau, et c'est bien connu, nous devons pourvoir au bien-être de nos invités d'un jour pendant des décennies. se moqua-t-il. Bon! pour ce soir nous en avons fait assez. Si nous allions dormir?

oOo

Pierre-François s'agita dans le lit. Il avait froid, une impression de manque insupportable l'étouffait. Son fils... Où était son fils? son sourire d'enfant... ses yeux clairs qui riaient... Pourquoi ce regard émeraude qui le transperçait? Le regard de Lili... le regard de Harry! Avait-il rêvé ce bonheur? Il fit un effort pour tâter l'espace à côté de lui. Ce lit était glacé! Il y était seul! Il s'entendit gémir de désespoir. Seul! Encore! Toujours!

Il perçut un bruit qui lui sembla familier sans pourtant arriver à l'identifier. Qu'était-ce? Il fallait qu'il sorte de cette torpeur. Péniblement, il ouvrit un œil sur un oreiller creusé, sur des draps en pagaille, sa main tâta la place vide et froide. Qui l'avait désertée au petit matin? Quelle aventure, une fois de plus, ramassée au coin d'une rue, au hasard d'un bar louche? Relations physiques qui épuisaient son corps et laissaient son cœur indifférent... Mais cet amour qu'il sentait en lui? Ces yeux verts, ces yeux d'un bleu sombre? Un beau rêve, aussitôt enfui l'aube venue... Pourtant, c'était tellement réel! Quand...?

Il sentit le matelas se creuser de l'autre côté tandis qu'une voix tendre murmurait : « Tu es réveillé p'ti loup? » et qu'un parfum familier envahissait son monde de désespoir. Jim! Jim et Harry! ses compagnons! ses amours! comment avait-il pu les occulter même en rêve? Quelle reviviscence pénible! Le premier réveil sans eux blottis contre lui depuis qu'ils étaient ensemble. Pourquoi? Ça avait suffit pour le plonger dans un monde cauchemardesque.

- Où est Harry?

- Fatigué des viennoiseries françaises, il a décidé d'apprendre à Didier comment faire les vrais pancakes anglais!

- Par Salazar! J'ai horreur de ces machins élastiques!

- Je crois bien qu'il est le seul avec Mione à les aimer. fit Jim complice. Je suis sûr que Didier aura prévu d'autres choses.

Il tendit les mains, ramena son agneau à lui et le serra de toutes ses forces contre lui. Si Harry était habitué à ce trop plein d'amour, de passion qu'il avait et qu'il partageait souvent avec lui, ce n'était pas le cas de Jim. Il fut surpris de le sentir l'envelopper fermement de ses bras, se serrer contre lui encore plus, comme si il voulait qu'ils ne fassent qu'un, répondant ainsi à son attente mais de façon toute différente de Harry qui lui rendait son étreinte follement et l'embrassait avec une flamme aussi dévorante que la sienne.

- Un problème, amour?

- Un mauvais rêve, ma tendresse, où vous n'étiez pas à mes côtés et un réveil pénible dans un lit déserté.

- Oublie les vite! car nous ne serons jamais plus loin de toi et toi, jamais plus seul, ce que tu vas peut-être bientôt regretter. le taquina-t-il.

- Certainement pas. fit-il farouchement ce qui fit sourire le plus jeune.

- Je t'aime. murmura-t-il doucement.

- ...

- P'ti loup?

- Tu ne me l'avais pas encore dit, balbutia l'aîné ému.

- Je ne l'avais jamais pensé comme maintenant. fit Jim en posant son front contre le sien.

- Et alors les paresseux? Je vous attends moi!

- P'ti loup a fait un cauchemar! C'est ce qui l'a réveillé.

Pour Harry, cauchemar était synonyme de Voldemort, de meurtre, de sang, de souffrance... Il regarda vers Pierre-François avec inquiétude puis s'agenouilla sur le lit à côté d'eux enlacés, sans rien dire attendant qu'il se confie ... ou pas!

- J'étais de nouveau Lauzun avec ses souvenirs et ses peurs, je ne vous avais pas connus réellement, vous n'étiez qu'une illusion et la seule réalité était ma solitude après avoir rêvé notre vie actuelle.

- Nous sommes là! Quoi que tu fasses... lui fit-il avec un petit air moqueur, reprenant l'idée exprimée par son fiancé quelques minutes plus tôt.

Il fit un geste vers Harry qui sourit et se lova contre lui en lui précisant, d'un air complice, que c'était juste pour un petit moment. Il se revit au tout début de leurs relations se glissant chaque matin dans leur lit pour un tendre câlin au réveil, leur disant la même phrase, les habituant doucement à sa présence dans leur vie, à son corps dans leur couche, à ses mains sur leur peau, s'apercevant par après qu'ils n'étaient pas dupes et que c'étaient eux qui l'enchaînaient jour après jour.

- Je ne pourrais plus vivre sans vous!

- C'est un peu comme ça qu'on voyait les choses, mon loup! confirma Harry avec cette expression tellement suave que pouvaient prendre ses yeux quand ils disaient : « je t'aime, toi, follement... » et qui le chamboulait.

Il caressa sa chute de reins, voluptueusement, maudissant ces galettes insipides et poisseuses de sucre d'érable qui le poussaient hors du lit.

- Il est temps de me lever, si je veux goûter tes pancakes avant qu'ils soient froids.

- Pierre-François, je sais très bien que tu as horreur de ça! fit-il ironique. Même sous ta forme d'animagus tu ne les manges pas! Nous avons fait des scones aux fruits aussi. poursuivit-il plus gentiment. Dépêche toi.

Il posa légèrement ses lèvres sur les siennes, puis se tourna vers Jim et embrassa doucement ses paupières avant de quitter à son tour le lit redevenu douillet de leur présence. De retour de la douche, il les trouva chuchotant, blottis l'un contre l'autre comme si souvent. Au regard qu'ils tournèrent vers lui, il sut qu'ils parlaient de son mauvais réveil et devina qu'il ne trouverait plus leur place vide en sortant du sommeil.

oOo

Les pancakes n'étaient pas meilleurs que d'habitude pourtant ils y firent honneur retrouvant l'Angleterre dans leurs assiettes, sauf Hermione qui ne les supportait plus depuis sa grossesse. Ils descendirent ensuite tous au sous-sol pour trier les photos trouvées chez le maître-chanteur. Harry unit sa puissance à celle de Pierre-François pour ouvrir une partie des coffrets à combinaison sans dégâts pendant qu'Hermione, Draco et Sylas se chargeaient des autres. Chaque cassette contenait des enveloppes de négatifs portant une date et un nom. Très vite ils s'aperçurent que les contenants correspondaient à des années différentes. Il y avait donc cinq ans que cette femme poursuivait sa lucrative activité. Si ils croyaient trouver dans les fardes l'adresse et les références de ses victimes ils furent déçu, ce n'était que la préparation de dossiers non encore concrétisés. Quand au carnet, c'était un livres de comptes.

- Qu'allons nous en faire? Nous brûlons tout? demanda Justin.

- Nous ne pouvons pas faire ça, fit Hermione. Ses victimes ont le droit de savoir qu'elle ne peut plus leur nuire.

- Il y a une quarantaine de personnes à retrouver et à prévenir. soupira Cloud.

- Ohé! les imbéciles heureux, quand vous aurez fini de vous admirer avec un air béat, vous reviendrez un peu avec nous? lança Sirius goguenard.

En effet, Jim, Pierre-François et Harry, le sourire aux lèvres, étaient plongés dans les photos de la soirée au Bora Club.

- On peut dire tout ce qu'on veut mais c'est une bonne photographe! J'aurai de jolis souvenirs, apprécia Harry en montrant à ses compagnons une photo qui les fit rire tous les trois.

Jim contemplait, songeur, un cliché qui montrait l'expression amoureuse de ses deux compagnons en le fixant, alors que Pierre-François avait en main une image d'eux dansant sur la musique gitane, le regard que posait son jeune agneau sur lui était plus que gourmand. Cela le fit rire. Ce que révélait le portrait était autre chose qu'un coup d'œil que l'on surprend, fugitif... Il tendit la main vers une seconde, les mains dans le creux des reins de Jim, il dansait l'air rêveur, joue contre joue.

- Harry! appela Dray avec un reproche dans la voix.

- Désolé! fit ce dernier en les rangeant pour les regarder plus tard. On va se partager la tâche. Nous sommes neuf et il y a quarante deux enveloppes, chacun cherchera cinq adresses? Cloud, Justin et Sirius seulement quatre.

Mélangeant les différentes années, il donna les enveloppes à chacun. Draco se leva pour aller chercher son portable ainsi que Cloud et Jim.

- Attention! il faut être prudent et déterminer à quel sujet le chantage est exercé. Inutile de renvoyer à son domicile, les photos d'un homme qu'on fait chanter pour son infidélité. fit Harry ironique.

On n'entendit plus pendant un long moment que les cliquetis des touches des claviers et les pages des annuaires. Ce sont les deux garçons qui les interrompirent pour l'entraînement. Pendant qu'ils rangeaient, Pierre-François vérifiait sa boîte mail.

- J'ai reçu des réponses d'Espagne et nous pouvons choisir entre deux hôtels sorciers l'un à Séville, l'autre à Grenade.

- Pourquoi sorciers? questionna Jim.

- Pour plusieurs raisons ma tendresse. Trouvez un hôtel convenable qui ait encore des chambres pour douze personnes et deux bébés au milieu du mois d'août en monde moldu, ce n'est pas évident. Pour y aller nous transplanerons directement, ce qui serait très délicat si ce n'est pas en monde sorcier. Enfin, je préfère que les autorités espagnoles ignorent notre présence qui sera immédiatement connue si elle est consignée sur les registres d'un hôtel.

- Pourquoi? s'inquiéta Cloud.

- Parce qu'ils savent que Harry est un sorcier important et que la très catholique Espagne ne nous voit pas d'un bon œil.

- Avec l'Italie et le Portugal, ils étaient les principaux opposants à l'accord avec le monde sorcier lors de nos négociations avec les représentants de l'Union Européenne. Et ton frère, p'ti loup?

- Dès septembre, nous rentrerons en Angleterre. Il le sait. Je ne crois pas qu'il se préoccupera de nous avant. O'Reilly c'est autre chose mais il a le réseau d'Ombrage à prendre en main et donc assez de soucis pour le moment. Il faut faire attention c'est vrai mais moins qu'en France parce que ce n'est qu'une villégiature de quelques jours alors qu'ici c'est chez nous et qu'il est important que notre retraite reste secrète.

Si vous veniez voir lequel vous préférez?

Ils se pressèrent autour de lui regardant les photos sorcières évoluer sur ce réseau web parallèle qui se développait de plus en plus. Pierre-François guettait du coin de l'œil les réactions de son agneau chéri qui avait exprimé l'envie de voir l'Andalousie.

- Grenade semble plus calme, Séville plus touristique si c'est possible. Ces hôtels ont de beaux jardins. Celui de Grenade est un ancien palais fait de ce mélange d'architecture arabe et espagnole si typique de l'Andalousie, bâtiments d'habitation articulés autour d'un grand patio avec une fontaine, il est situé en dehors de la ville mais ils ont une aire de transplanage dans la vieille ville. La table de celui de Séville qui est situé dans l'ancien quartier juif en pleine ville est très renommée. expliqua-t-il.

- Celui-là est très beau!

- C'est le Riad Inès à Grenade. Il est moins prestigieux que le Santa-Anna de Séville mais il est aussi plus raisonnable de prix. Ils nous proposent des suites de deux chambres pour notre trio et Teddy, puis pour nous et Lily, des chambres doubles pour les enfants et simples pour Sirius et Gauthier. Les horaires des repas sont assez souples et il y a un room service pour les gourmands... rit-il doucement.

- Pourquoi tu me regardes en disant ça?

- Pour rien mon agneau.

- On dirait que je passe ma vie à manger, grommela Harry mécontent tandis que Pierre-François, amusé, mêlait tendrement ses doigts aux siens.

- Je trouve qu'il est bien le Riad Inès, renchérit Jim en pensant à ce qu'ils avaient déjà dépensé depuis le début des vacances.

Lorsqu'il avait commencé à aider Pierre-François à tenir leur comptabilité, lui, qui ne s'était jamais préoccupé de ça, avait été stupéfait de voir ce que coûtait leur train de vie actuel. Ils déboursaient largement plus que les rentrées de "L'Aigle Noir" et le traitement de directeur de Pierre-François réunis et si le coffre de ce dernier était très largement pourvu chez Gringotts, ce n'était pas une raison pour dépenser sans mesures. Il réalisait que les réserves s'épuiseraient vite si ils perduraient.

- Il a l'air calme et agréable. Le luxe n'y est pas tapageur, commenta Sylas. Je le trouve très bien.

- Bien. Adopté! fit Pierre-François en confirmant leurs réservations pour le mercredi. Voilà qui est fait! Nous pouvons aller nous entraîner maintenant.

oOo

- Que se passe-t-il? fit un jeune homme aux yeux noirs en se pressant dans les couloirs de l'hôtel Riad Inès.

- Je l'ignore. répondit son collègue.

- Il parait que nous allons recevoir quelqu'un de très important. renchérit une jeune fille brune toute menue qui les rattrapait.

- Le service des femmes de chambre vient de recevoir l'ordre de préparer deux suites et plusieurs doubles. confirma le second.

- De toute façon, nous allons le savoir, fit le premier en frappant à la porte du directeur.

Quand ils en ressortirent dix minutes plus tard, ils n'avaient rien appris de plus. Ils avaient supporté un discours, qu'ils avaient jugé interminable, de la chef du personnel, une anglaise qui les dirigeait d'une main ferme. Elle leur avait rappelé principalement leur devoir de confidentialité et les mesures de sécurité. Dans le bureau, il y avait aussi deux hommes qui semblaient être des aurors et c'était bien la première fois qu'ils voyaient le ministère s'occuper de leur clientèle.

oOo

- Il avait promis qu'on ferait du bateau!

- Nous arrivons Ay. Laisse Harry finir de discuter avec le grand-père de Sylvain.

- Ça fait un moment que ça dure! protesta l'adolescent.

- C'est important pour cet homme mais aussi pour ton ami. Essaie un peu de le comprendre et ne pense pas toujours et uniquement à toi. le gronda Pierre-François.

Aymeric lui lança un regard ulcéré avant de retourner vers Sylvain. Il les vit courir vers la mer et sauter parmi les vagues. Il se dirigea vers le même endroit avec Lily. Si il savait Aymeric bon nageur, il ignorait comment se débrouillait le petit parisien et ne voulait pas le perdre de vue. Il entendit un souffle derrière lui. Il se retourna Jim et Harry couraient sur le sable mouillé. Arrivé à sa hauteur, l'un enlaça sa taille, l'autre posa une main caressante sur sa nuque. Il les serra contre lui, heureux. Ils jouèrent au ballon dans l'eau avec les garçons puis enfin firent du bateau, avant de reprendre le petit sentier dans la pinède pour aller faire honneur au repas préparé par Didier.

oOo

Pourtant quelques heures plus tard, ils le descendirent de nouveau tous les trois. Les autres jouaient au ping-pong, regardaient la télévision ou simplement paressaient sur la terrasse. Ils se laissèrent tomber sur le sable. Jim et Pierre-François regardaient la boule rouge qui finissait de sombrer dans la mer, les plongeant peu à peu dans une semi obscurité. Harry vit Pierre-François s'étendre, creuser le dos, remuer les épaules puis ployer la nuque. Après l'entraînement, ils avaient joué au ballon, nagé puis il était resté longtemps immobile à la barre du zodiac, il devait souffrir. Si il ne portait plus les traces des flagellations que lui avait infligées le père de Cloud sur les ordres de son propre père, cela ne l'empêchait pas d'avoir des douleurs chaque fois qu'il était fatigué.

- Tu as mal, mon loup? fit-il en l'attirant contre lui et en passant tendrement la main de sa taille au creux de ses reins.

- En jouant avec Justin au beach-volley, je suis retombé trop lourdement sur le dos. répondit-il en frémissant sous la douce caresse de la bouche qui suivait maintenant sa colonne vertébrale. Jim... murmura-t-il.

- Oui, p'ti loup?

Mais seul un soupir répondit au jeune moldu qui échangea un sourire complice avec son amour dont les yeux l'appelaient. Il se glissa entre lui et leur amant, délaissant complètement ce dernier pour enlacer Harry et l'embrasser voluptueusement s'abandonnant lascivement contre lui. Ils roulèrent ensemble deux mètres plus loin. Puis, à genoux dans le sable, face à face, ils se déshabillèrent mutuellement. Volontairement, ils offraient à l'aîné dans cette claire obscurité le spectacle de leurs corps nus et de leurs impudiques caresses.

Harry, le corps cambré, la tête rejetée en arrière, offrait sa virilité à la bouche experte de son homme. Lauzun le libertin, une fois de plus, se trouvait emmené par les deux plus jeunes sur le chemin d'une volupté inconnue qui repoussait ses limites. Le spectacle de leur nudité, de leurs gestes sensuels, le ciel et la mer derrière eux, leurs geignements, leurs soupirs rauques et le bruit des vagues, l'ensemble le bouleversaient... Harry avait tourné le visage, lui offrant l'envie d'être sien qui y était peinte. Son propre corps était en émoi avant même de les effleurer et son gémissement répondit au sien.

Jouant le jeu, il se leva et se déshabilla sans les quitter des yeux avec des gestes lents et provocants leur exposant son corps en pleine maturité et son désir avec fierté. Il voyait la même fièvre en eux et rit de les voir pris à leur propre piège. Il se laissa tomber à genoux contre eux, gémissant au contact de leur peau chaude et moite. Et sa bouche mordit, sa langue goûta leur épiderme iodé, ses mains fébriles coururent sur eux les faisant geindre de plaisir et il leur fit l'amour à grands coups de reins et de mots passionnés, de "Je t'aime" fous, ne se déclarant satisfait que quand il les entendit, chacun à leur tour, crier leur jouissance.

oOo

Jim blotti contre son flanc, Harry serré entre ses bras, il reposait fatigué mais repu et comblé. Quand le premier posa doucement ses lèvres sur son épaule, il l'entoura à son tour et les réunit dans une même étreinte avec un soupir heureux et une expression rêveuse.

- Où es-tu? lui demanda Jim.

- A "L'Aigle Noir".

- Tu m'expliques? fit Harry d'un ton sec.

Pierre-François sourit, Harry était de loin le plus possessif de ses deux agneaux, mais ça ne lui déplaisait pas. Il prenait même plaisir parfois à le provoquer comme en ce moment. Doucement, à tâtons dans le noir maintenant complet, il couvrit son visage de petits baisers légers, tendres...

- Réponds-moi! lui intima-t-il.

- Je me rappelais notre rencontre.

- ...

- Je ne devais pas passer au club ce soir là. Je dînais chez André et son compagnon mais, une fois encore, ils se disputaient. Dominique avait cru bon d'inviter un jeune comédien susceptible de me plaire. Ce n'était hélas pas le premier. En général, ils attendaient tous ce que je ne voulais pas leur donner et se contentaient rarement d'une nuit de sexe qui était ce que j'avais l'intention de leur offrir, j'étais donc plus que prudent. Il était beau, inculte et imbu de lui même. Il ne jouait certainement que dans des films muets car sa voix haut-perchée était des plus déplaisante. Je le trouvais agaçant et lourd. André l'a vu et a reproché à son ami de vouloir me caser à tout prix et avec n'importe qui. Le ton montait. J'en ai eu assez et je suis parti les laissant tous les trois. C'est ce qui m'a conduit au club.

Quand je suis arrivé, j'ai été prendre la température auprès de mon chef-barman. D'après lui, tout allait au mieux et il y avait du beau monde, des politiciens en goguette, mais aussi des proies intéressantes et d'un geste, il vous a désignés. J'ai vu un jeune homme fougueux au déhanchement sensuel perdu dans la danse et un éphèbe blond à la grâce nonchalante qui ne le quittait pas du regard. Ils étaient certainement ensemble.

Tu as levé les yeux, Harry, et tu les as plongés dans ceux de Jim et cet échange là je ne suis pas prêt à l'oublier. Il m'a bouleversé. C'était ça que je voulais. Je désirais que les mêmes regards pleins d'amour et de désir se posent sur moi. Je vous voulais! Déjà je savais que je n'avais pas envie seulement d'une nuit, d'une semaine, d'un mois de ce bonheur, de cet amour mais de toute une vie... fit-il rêveur. Je me suis approché, il fallait que je vous vois, que je vous touche. Je t'ai pris par la taille Jim et j'ai reçu un regard émeraude plein de colère. Par la barbe de Merlin, que tu étais beau en cet instant, mon doux amour. fit-il en posant sa joue contre celle de Harry.

Je suis resté là à vous contempler et quand tu es passé à côté de moi, j'ai réalisé que tu ressemblais beaucoup à James dont j'avais donné le prénom à mon tout petit. Je vous ai suivi des yeux jusqu'à votre table et à ce moment là, chose incroyable, un legilimens a essayé d'envahir mon esprit, j'étais tellement surpris qu'il m'a fallu quelques secondes pour élever une barrière. Sorciers! Le monde sorcier se rappelait à mon souvenir de bien étrange façon. C'est à cet instant que j'ai compris de qui j'étais tombé amoureux fou. Je t'ai vu discuter avec Malefoy et regarder de mon côté et même si ça n'a pas changé ton attitude, j'ai compris ta curiosité.

- ...

- ...

- Raconte encore! fit Harry en blottissant la tête dans son cou, comme un enfant qui réclame la suite d'un conte.

- Je vous ai observés toute la soirée, toute la nuit. Je vous ai vu danser la salsa puis la lambada et enfin il y a eu la musique tzigane. Vous auriez fait l'amour sur la piste, ça n'aurait pas été plus indécent que vos regards. Vous m'aviez mis le feu aux reins. Je devais vous approcher d'une manière ou d'une autre. J'ai demandé à mon barman si il y avait des habitués dans votre groupe. Ce n'était pas le cas mais un couple de clients réguliers connaissait le secrétaire d'état français qui vous accompagnait puisqu'ils avaient été le saluer. Je leur ai offert une bouteille de champagne et je leur ai demandé de me présenter. Ils n'ont jamais compris pourquoi.

Jim se mit à rire de façon moqueuse.

- J'avais envie de vous faire l'amour, pas de vous baiser, ça n'aurait pas suffit. Je voulais vous rendre heureux, vous combler et surtout que le lit ne soit pas vide à mon réveil comme lors d'une aventure sans lendemain.

- Ce n'était pas un peu présomptueux de vouloir nous satisfaire tous les deux?

- Si, indubitablement. Mais je crois que je ne m'en tire pas trop mal, fit-il avec un sourire amusé.

- Je ne me plains pas, fit Jim complice.

Une tendre caresse sur son poignet fut la seule réponse de Harry. Pierre-François se rembrunit. Il craignait toujours, malgré ses dénégations, que son agneau possessif, passionné mais impatient quoi qu'il en dise, se lasse d'attendre qu'il soit prêt à se donner à lui. Il ne cherchait plus à l'apprivoiser, semblant y avoir renoncé et c'était pire que tout. Il le serra contre lui d'un mouvement vif et emporté. Harry noua ses doigts aux siens, posa ses lèvres sur les siennes pour un baiser léger comme la brise marine et lui souffla, la bouche tout contre son oreille : j'attendrai. Il le devinait toujours, son doux amour.

oOo

- Tu ne les as pas trouvés?

- Ce n'était pas le moment de les déranger, railla Draco.

- Et ton père?

- Il faudra sans doute que ça attende demain.

- Qu'est-ce-qu'il y a tendre-ami? demanda Sy en attirant son mari sur ses genoux.

- Je suis tombé sur une scène que je n'aurais pas dû voir et avoir surpris mon ami dans cette situation me met plus que mal à l'aise.

- J'ai l'impression que ce n'est pas tout...

- Je ne suis pas arrivé à me détourner d'eux. Ils offraient à Pierre-François le spectacle impudique, provocateur, fascinant, de leurs préliminaires. J'étais tétanisé. C'est lui ensuite qui s'est déshabillé pour eux... J'avais l'impression d'être cloué au sol par l'érotisme qu'il dégageait.

- ...

- Je n'ai tourné les talons que quand il s'est laissé tombé à côté d'eux et qu'ils ont commencé à faire l'amour... jamais je n'avais imaginé Harry sous ce jour aussi charnel...

- Je croyais que tu le connaissais bien? se moqua doucement Sylas.

- Je le connais bien! C'est juste que je ne l'avais jamais imaginé comme ça.

- Tu l'as déjà dit.

- Oui je sais. fit-il penaud.

- Il est où le problème Dray?

- Il n'y en a pas!

- Tu riais toi-même de les voir après l'amour.

- Après! pas pendant!

- En fait, fit Sylas avec tendresse, tu t'en veux d'avoir jouer les voyeurs.

- Aussi! admit-il. Comment vais-je les regarder en face maintenant?

- Nous allons le savoir tout de suite, les voilà.

- Pas encore au lit vous deux? Et Mione?

- Non en fait je t'attendais... Mon père a téléphoné et veut que tu le rappelles même tard. Mione est allée dormir.

- Tu sais pourquoi?

- Non!

Harry s'éloigna pour aller téléphoner et Jim pour faire une tasse de café. Pierre-François se laissa tomber sur une des chaises avec une grimace.

- Tu as mal au dos? lui demanda Draco.

- Oui! répondit-il en se servant un verre de limonade.

- Je vais te donner un baume à mettre avant d'aller dormir.

Pierre-François regarda Dray avec perplexité, depuis qu'ils étaient remontés de la plage il évitait leur regard. Que se passait-il? Que lui avait appris son père? qu'allait encore affronter son agneau?

- Que se passe-t-il Dray?

- Mon père ne m'a rien dit.

Si le blond était un bon legilimens, il se défendait aussi plus que bien et le faisait de façon très discrète. Il hésita puis s'y décida. L'image qu'il vit directement dans l'esprit de leur ami l'étonna tellement qu'il en perdit toute concentration et se retira, mais c'était suffisant. Il eut un rire moqueur. Ainsi il était venu les chercher sur la plage et ce qui le mettait si mal à l'aise c'est ce qu'il y avait vu. Il préférait ça à une catastrophe dont Harry aurait encore souffert. Pourtant il était persuadé qu'il valait mieux que ce dernier ignore que son meilleur ami avait été témoin de son effeuillage.

- Ne fais pas la même tête avec lui! Il n'est pas idiot, il ne mettra pas plus de temps à comprendre que moi. Ce n'est pas la fin du monde!

Seul un regard penaud lui répondit.

- Même si tu y as trouvé du plaisir. ajouta-t-il goguenard. Que tu l'aies vu lui, peu importe, mais nous, ça ne lui plairait pas, il est trop possessif et trop jaloux. Merci ma tendresse, fit-il à Jim qui revenait avec une tasse de café.

- Que se passe-t-il? demanda le jeune moldu.

- Draco est venu nous prévenir sur la plage que son père appelait Harry !

- Oh! fit Jim en regardant son amant les yeux ronds puis leur ami.

Le retour de Harry les ramena à des préoccupations plus sérieuses. Il avait sa figure des mauvais jours. Pierre-François l'attira vers lui avec un regard interrogateur.

- Lundi, je dois rentrer à Londres. soupira-t-il.

- Nous rentrons... corrigea l'aîné. Combien de jours? et pourquoi?

- A cause des moldus espagnols et italiens. Je dois assister à une réunion de la Confédération internationale des mages et sorciers. Nos accords avec l'Europe moldue les avaient obligés début de cette année à revoir la Charte internationale du Secret magique signée en 1692 protégeant nos secrets, mais aussi les créatures magiques, les elfes, les centaures, les trolls, les vampires ainsi que les animaux comme les licornes, les dragons, les sombrals pour ne citer qu'eux. Les relations entre les ministres de la magie espagnol et italien et leurs homologues moldus se passent assez mal et remettent en cause nos accords. Je n'en sais pas plus pour le moment.

- ...

- Cela prendra un ou deux jours je suppose.

- Ainsi nous en sommes arrivés à ce que nous redoutions. murmura Jim.

- Il semblerait, oui! L'intolérance mais aussi l'avidité des moldus mettent notre monde en danger. Si c'est sérieux nous demanderons une nouvelle réunion avec les représentants européens.

- ...

- Nous n'avions pas le choix pourtant. fit-il douloureusement.

- Tu sais bien que nous n'en avions pas d'autre, Harry. lui fit Sylas. C'était ça ou le conflit armé avec toutes les souffrances que nous connaissons déjà. Tu as bien fait.

- Devons nous annuler notre petit séjour en Espagne? demanda Pierre-François.

- Non, mon loup, non! fit Harry avec une caresse légère sur son poignet. Nous serons juste prudents pour qu'on ne nous identifie pas à l'extérieur de l'hôtel en tant que sorciers. Nous sommes tous familiarisés avec le monde moldu, nous serons noyés dans les touristes. Ce sera sans problème. Demain matin, il nous faut finir les recherches des victimes de chantage pour que je puisse transmettre la liste à Jimmy. Il s'occupera du reste.

- Il est temps d'aller se coucher alors. confirma Jim en s'appuyant contre Harry une main caressante posée au creux de ses reins.

Ce dernier le regarda étonné puis sourit en resserrant son étreinte autour de la taille de son fiancé apparemment pas contre un nouveau rapprochement, ce dernier en profita pour l'embrasser longuement. Pierre-François leva les yeux au ciel avec une mimique amusée et Jim lança un regard narquois à Draco qui ne savait plus quelle contenance adopter, il opta pour le masque sang-pur malefoyen ce qui fit rire le provocateur.

oOo

Pierre-François s'éveilla une fois de plus. On ne peut pas dire que la nuit était de tout repos. Il essaya de bouger, sans réveiller plus cette douleur qui le vrillait malgré la pommade de Draco qui le soulageait seulement pour une période de courte durée. Il échoua lamentablement.

- Tu souffres encore, mon loup. Attends, fit une voix tendre, je vais te masser avec le liniment et tantôt je demanderai à Lucius de passer.

- C'est juste l'affaire de deux ou trois jours, ne t'inquiète pas.

- Tu avais mal, on n'aurait pas dû hier sur la plage...

- Arrête, mon agneau, ça m'est déjà arrivé, ça passe toujours. essaya-t-il de le tranquilliser.

Dès qu'il eut fini de le soigner, il le prit dans ses bras pour le rendormir. Jim se blottit contre son flanc, il posa sa tête sur la sienne avant de sombrer.

Quand Harry se réveilla de nouveau, il faisait grand jour. Il se dégagea doucement de leur étreinte, caressa tendrement, afin de le rassurer, le visage de Jim qui avait gémit quand il l'avait poussé et descendit téléphoner. Il donna des instructions à Robert pour la journée. Les elfes et ceux du quartier général appelés en renfort pour l'occasion achemineraient à Grenade les bagages dès qu'ils seraient terminés. Il calcula les frais éventuels pendant leur absence, en discuta avec le majordome puis lui laissa la somme nécessaire. Enfin il en profita et examina les factures récentes pour les commandes passées par Didier. Quand il entendit des bruits de pas et de voix qui s'approchaient, il poussa un soupir de soulagement réalisant combien il était tendu. Il accueillit Lucius avec empressement. Devant une tasse de café, il lui raconta les flagellations mais aussi les viols répétés subis par Pierre-François, la gêne qu'il éprouvait dès qu'il se fatiguait et parfois, comme à ce moment-là, la douleur qui durait plusieurs jours ne lui laissant aucun répit.

- Qui l'a soigné jusque maintenant?

- Pendant son adolescence c'est Madame Pomfresh mais après, je l'ignore.

- Il avait quel âge lors des flagellations?

- Vingt ans.

- Ces crises de douleurs arrivent souvent?

- C'est la première depuis que nous sommes ensemble.

- Je vais voir ce que je peux faire mais je crois qu'il n'y aura qu'une solution et il ne sera pas facile à convaincre.

- Il faut me convaincre de quoi?

- Bonjour Pierre-François. Laisse-moi d'abord t'examiner veux-tu que je puisse rassurer Harry qui m'a tiré du lit à sept heures du matin.

Il sembla à ce dernier que l'examen n'en finissait plus. Le visage sérieux de Lucius ne trahissait aucun sentiment, pourtant le soupir qu'il poussa n'était pas encourageant.

- C'est ce que je pensais. La circulation sanguine quand tu es fatigué se fait moins bien dans la moelle épinière parce que tes vaisseaux sont comprimés et en mauvais état. Parfois une inflammation se déclenche et t'occasionne les douleurs que tu ressens. Il suffirait de te donner un potion anti-inflamatoire mais ça ne fera que repousser le problème.

- C'est à dire?

- Dans l'état actuel des choses, tu peux à tout moment perdre la mobilité du bas de ton corps.

Harry regarda Lucius avec horreur, puis son loup avec amour.

- La solution? demanda ce dernier d'une voix blanche.

- Moi, je ne peux rien faire.

- ...

- Il faut que tu laisses Harry te soigner avec la magie elfique.

- Mais je ne suis pas un elfe. s'étonna celui-ci.

- Tu es son compagnon. A travers le bracelet.

- Tu as dit l'autre jour que si je sollicitais sa puissance magique pour soigner j'allais l'affaiblir.

- C'est ta seule chance.

- On va le faire.

- Explique moi mieux. demanda l'aîné d'une voix ferme.

- Vous allez mélanger vos auras magiques à travers le lien que crée entre vous le bracelet comme vous l'aviez fait sans même le réaliser pour soigner Draco puis Violaine.

- Jusque là rien de compliqué, commenta Harry.

- Par contre la dernière fois, Pierre-François, c'est toi qui a soigné, ici il faut que Harry le fasse et là est la difficulté puisque ça lui est tout à fait inconnu. Tu ne peux donc que compter sur sa faculté de perception et surtout sur sa puissance.

- Les dangers?

- On ne peut complètement écarter la possibilité que vos deux magies se rejettent ou se combattent.

- Et dans ce cas?

- Je l'ignore. Le risque que cela se produise est infime puisque vous l'avez déjà fait sans problème, au contraire vos auras devraient se reconnaître. Sans le réaliser, vous l'avez tenté deux fois.

- Il peut perdre une partie de sa magie?

- Oui.

- Et si je le soigne mal?

Lucius ne répondit pas et se contenta de les regarder.

- Etends-toi, amour. On va faire ça de suite avant que tu me trouves cent raisons pour fuir.

- Non!

- Vous devez le faire! intervint la voix calme de Jim qui semblait là depuis un moment.

- Tu ne sais pas ce que provoquerait, pour le monde magique, le fait que l'Elu perde la plus grosse partie de sa magie.

- Peut-être! Mais je sais ce que tu feras si demain tu venais à être paralysé. Tu t'estimeras un fardeau pour nous. Il n'est pas question de perdre notre bonheur. Alors tu n'as pas le choix. Toi aussi tu cours un risque si Harry te soigne mal.

- Tu dois le faire, mon loup. Pour toi d'abord, mais aussi pour Lily et Cloud, pour nous aussi. Je t'en prie. finit-il d'une voix brisée.

Pierre-François, déconcerté, regardait l'Elu, son amour si fier, si fort, pratiquement en train de le supplier, devant Lucius et Jim, de se laisser soigner pour qu'ils puissent continuer leur vie ensemble. C'est vrai que jamais il ne voudrait être une charge pour eux et que dans ce cas il préférerait s'effacer. Devait-il renoncer à ce bonheur sans même se battre? Jim était venu s'appuyer contre Harry et ils ne le quittaient pas des yeux. Ce furent les larmes qui se mirent à couler lentement des émeraudes le fixant qui emportèrent ses dernières hésitations. Du revers de l'index, il cueillit doucement une larme, la but d'un geste naturel puis sans un mot, se coucha sur le canapé que Lucius avait magiquement agrandi. Harry se plaça à genoux à côté de lui de telle façon à joindre son bracelet à celui de Pierre-François, posa doucement ses lèvres sur sa tempe et tous les deux firent monter leur puissance magique.

- Je vais te donner les instructions au fur et à mesure.

- Bien.

- Tu vas te concentrer et ne plus voir que son dos. Tu ne dois plus penser à rien d'autre. Tu fais le vide en toi et tu me dis quand tu arrives à percevoir les légères stries blanches sur le corps de Pierre-François qui sont les vestiges des coups reçus.

Jim était venu se placer à la tête de ce dernier pour l'encourager mais ses yeux étaient rivés sur son fiancé.

- Je les vois, fit-il d'une voix calme au bout d'une dizaine de minutes d'attente.

- Bien! fit Lucius surpris de la rapidité de Harry à se concentrer.

- ...

- Monte ta puissance sans les perdre de vue. Redescends, redescends! s'affola-t-il en sentant la magie développée par l'Elu ce qui fit sourire Pierre-François.

- ...

- Voilà ça devrait-être bon comme ça. Transfère toute cette magie dans la pointe de tes doigts.

Bientôt les extrémités des mains de Harry furent entourés de la même brume opalescente que ceux du descendant des sindars quelques jours auparavant.

- Bien! Suis maintenant chaque sillon jusqu'à ce qu'il disparaisse. Je ne peux plus t'aider. C'est ici le plus difficile car il faut que tu ajustes ta puissance ni trop forte pour ne pas faire de dégâts collatéraux ni trop faible car elle ne soignerait pas complètement.

Le silence régnait dans la pièce. Jim suivait les gestes de Harry qui très lentement passait sur des sillons que lui ne voyait pas. Une heure passa sans qu'il s'interrompe. Lucius fit une grimace. Il n'arriverait jamais en une séance à tout enrayer. Les stries blanches guéries s'effaçaient et faisaient place à d'autres plus anciennes encore qui remontaient à la surface de la peau. Pourtant, patiemment le Survivant, les dents serrées, faisait disparaître les effets du calvaire subi par son amant. Naïvement, il avait cru que Pierre-François n'avait subi qu'une flagellation et qu'il avait cédé ensuite aux ordres de son père d'épouser la femme qu'il lui avait destinée. Manifestement c'était loin d'être le cas et il avait résisté longtemps avant d'obtempérer. Le visage de plus en plus grave, de plus en plus tendu, il le soignait mais son cœur étouffait sous la tendresse qui montait, mouillait ses yeux et bientôt il savait qu'il en perdrait sa concentration. Il essaya de se ressaisir. La main de Pierre-François unie à la sienne l'encouragea d'une douce pression qu'il lui rendit, il inspira profondément et poursuivit.

Ce n'est que presque deux heures plus tard qu'il s'arrêta satisfait mais épuisé étant enfin arrivé à faire disparaître toutes les marques blanches. Il en avait profité pour soigner des blessures plus intimes et plus anciennes encore occasionnées par les viols sauvages et répétés. Où avait-il trouvé la force, leur courageux amour, après tout cela, après la mort de son fils, de devenir de Lauzun le magnifique? Ce fut sa dernière pensée avant de sombrer dans le noir.

Ce fut Jim qui le premier réagit et étendit les bras pour rattraper le corps qui glissait vers le sol. Il leva un visage angoissé vers Lucius.

- Juste de la fatigue, trop de concentration, trop de magie utilisée, trop d'émotions, un repos de quelques heures devrait suffire à le remettre sur pieds.

- Bien!

Sans un regard pour leurs amis rassemblés autour d'eux depuis un moment, il le prit dans ses bras et le transporta dans leur chambre. Il l'étendit sur le lit et se coucha à ses côtés, bien décidé à attendre là son réveil. Harry gémit dans un demi-sommeil et se pressa contre lui.

- Jim...

- Je suis là, mon amour, je suis là.

- Je t'aime. murmura-t-il avant de se rendormir.

- Je le sais. J'en suis le premier surpris après cette relation unique que je viens de voir mais je suis sûr que tu m'aimes et je t'aime aussi, plus que tout.

Il resserra son étreinte autour du corps abandonné, posa sa bouche sur la sienne. Baiser léger pour ne pas le réveiller, baiser amoureux par besoin de le toucher, baiser pour se rassurer.

oOo

- Comment te sens-tu?

Pierre-François se releva avec précaution mais sans ressentir de douleur.

- Bien!

- Il m'a étonné, il est arrivé à se mettre en condition très vite, puis il a fait ça avec beaucoup de minutie. Il a dépensé une magie incroyable. Quand j'ai vu ce qu'il découvrait à faire peu à peu, j'ai pensé qu'il faudrait plusieurs séances. J'ai bien peur que deux ou trois heures ce soit insuffisant pour qu'il récupère.

- Et sa magie?

- Je ne crois pas qu'il y ait un problème, peut-être lui faudra-t-il un peu de temps avant de récupérer sa puissance maximale.

- Merci Lucius.

En fait, Pierre-François était pressé de retrouver Jim dont la réaction l'avait blessé. Dès le départ du ministre, il passa à la cuisine prendre un plateau de viennoiseries, deux tasses de café et se dirigea vers leur chambre. Il trouva son agneau, appuyé sur la tête du lit, le casque de son baladeur sur les oreilles et Harry endormi serré dans les bras. Il s'assit sur le bord du lit.

- Ça va, ma tendresse? fit-il

- Oui et toi? la douleur?

- Envolée. Tu veux du café?

- Merci.

- Pourquoi es-tu parti ainsi?

- Je voulais le tenir dans mes bras, le sentir contre moi, l'emmener loin de ce qu'il avait lu dans ton dos en le guérissant et qui lui avait amené les larmes aux yeux...

- Je ne me suis pas aperçu de ça.

- Tu ne pouvais pas. Qu'a-t-il vu, amour?

- Harry a vu dans la mémoire de Draco l'image d'une flagellation.

- Je l'ai vue aussi dans la pensine.

- J'aurais dû m'en douter, sourit Pierre-François, il a certainement supposé que c'était la seule. Ce n'était pas le cas, j'ai résisté presque un an enfermé au manoir des Vassier. Mac Dowell le père de Cloud était l'exécuteur du mien aidé de mon frère qui a assisté à tout cela sans un mot.

- Tu as dû détester ta femme.

- Moins que François-Marie.

- ...

- Au début oui, mais elle était autant victime que moi. Elle devait épouser un homosexuel notoire, partager sa couche et lui donner une descendance. Elle était d'une santé fragile et le rôle qui lui était attribué, celui d'une génitrice, ne lui convenait aucunement. Elle en est morte d'ailleurs.

- ...

- Nous avons fini par vivre en bonne harmonie comme frère et sœur si on excepte les nuits que j'ai dû passer avec elle pour donner un héritier aux Vassier. Si je ne l'ai jamais trompée, je n'ai pas réussi à aller plus loin que ce respect de la parole donnée et à créer un semblant de bonheur ou à lui donner du plaisir, pas plus que je n'en ai pris.

- Et ton frère?

- Nous avons été très proches jusqu'à notre entrée à Poudlard. Avant, nous vivions en vase clos. La découverte du monde extérieur nous a séparé peu à peu. Je m'ouvrais aux idées autres que celles qu'on m'avait inculquées, lui non. Puis est venu le moment où il a compris mes penchants et mon attirance pour les autres garçons. Il n'a rien eu de plus pressé que d'aller le raconter à notre père devant Mac Dowell, à partir de ce jour je n'ai plus eu de repos.

- ...

- Après la mort des Potter et la disparition de Harry, à plusieurs reprises j'ai pensé mettre fin à ma vie, chaque fois quelque chose m'a retenu. Aujourd'hui, je ne le regrette plus, fit-il en amenant le dernier morceau d'un croissant devant le bouche de Jim.

Celui-ci sourit avant de le manger puis de libérer une main pour boire son café. Ils finirent de déjeuner en silence. Pierre-François ôta le plateau et s'installa appuyé contre Jim, profitant simplement de leur présence. Il somnolait depuis un moment, rattrapant sa mauvaise nuit, lorsqu'on frappa à la porte. Aymeric et Sylvain venaient aux nouvelles. Le premier, inquiet, ne quittait pas des yeux son paternel adoptif ; le second tenait en main le fameux manuscrit et l'album trouvés dans l'hôtel Saint-Maur.

- Il va aller mieux?

- Mais oui mon grand, dans une ou deux heures il sera bien, peut-être un peu moins puissant ces prochains jours mais personne ne s'en apercevra.

- Je ne sais pas ce que je deviendrais si il lui arrivait quelque chose.

- Il ne lui arrivera rien, Ay, et si un jour c'était le cas, nous serions là Jim et moi, pour toi et Sylvain.

- Pourquoi mon père ne m'a-t-il pas dit qu'il était sorcier? demanda ce dernier.

- Parce que quand il était jeune, il a fait une erreur de jugement et adopté les idées que son père lui a inculquées sans chercher si elles étaient justes ou non et maintenant il en a honte.

- Il a suivi Voldemort et est devenu mangemort. C'est ce que je t'avais dit! s'exclama le jeune serpentard.

- C'est exact, mais ensuite il a réalisé son erreur et il lui a fallu beaucoup de courage pour ne pas continuer dans la mauvaise direction. expliqua Pierre-François.

- Pourtant il a fuit! Ce n'est pas très valeureux! soupira Sylvain.

- Il est parfois plus difficile de partir que de rester. Il a perdu tout contact avec sa famille, ses habitudes, le monde sorcier et lui un sang-pur a dû apprendre à vivre et à travailler comme un moldu. Ne le sous-estime pas.

Montre ce que tu nous apportes.

- Je les ai trouvés dans le même secrétaire où j'avais découvert la baguette. Il y a plein de tiroirs secrets.

- ...

- Voilà la photo qui te ressemble! termina-t-il en tendant l'album ouvert à Pierre-François.

Celui-ci resta étonné devant l'ancien portrait en couleurs déjà d'un sorcier aux cheveux longs bouclés et au regard enjoué et vif, d'un bleu très clair, il semblait plus âgé que lui. Plus qu'une vraie ressemblance, c'était une impression familière que rendait le cliché, en dessous un prénom et une date : Gellert – 1935. Ainsi, c'était là le portrait de son arrière grand-oncle, Gellert Grindewald. Rien en ce visage beau et aimable ne trahissait les folles ambitions, les méfaits perpétrés, les crimes commis.

- Albus avait raison, il avait un regard étonnant, bien loin de sa nature. fit une voix calme et claire à leurs côtés.

- Tu es déjà réveillé! s'exclama Jim. Comment te sens-tu?

Harry regarda avec plaisir les quatre visages qui attendaient son éveil. Il se rappelait avoir voulu, avant sa rencontre avec eux, fonder une famille élargie avec ses amis. Quelle utopie! Il les adorait mais ils avaient leur vie et chacun créait la sienne, ils auraient toujours une très importante place dans son cœur mais sa famille à lui c'était eux, ses amours et ces enfants que le hasard avait mis sur son chemin.

- Je vais bien! fit-il en embrassant doucement son fiancé. L'impression d'être un peu mou, mais ça va. Et toi? acheva-t-il en se tournant vers l'aîné.

- Plus de douleur. C'est parfait.

La joie qui inonda ces traits disait assez la peur qu'il avait eue pour lui et le soulagement qu'il ressentait.

- Il avait donc cinquante deux ans au moment de la prise de cette photo. Et le reste? fit-il en désignant le manuscrit.

- Nous n'avons pas encore regardé.

- C'est un journal intime qui appartient à Gellert Grindelwald et commence en 1899, il y a cent ans, il contient des pages avec des poches en papier de soie et des papiers dedans, précisa Aymeric, mais ils sont blancs et ne répondent pas au revelio.

- Si je comprends bien vous avez déjà fait votre petite enquête, se moqua-t-il gentiment tout en prenant une feuille de papier vierge et en tendant une à Pierre-François.

Tous les deux avec leurs baguettes essayèrent différents sorts de révélation sans succès. Après avoir épuisé les sortilèges de magie blanche et noire, ils se concertèrent du regard.

- A quoi penses-tu, mon agneau?

- Si ce sont des lettres d'amour, elles proviennent très certainement d'Albus et, comme je le connais, elles ne sont lisibles que par Gellert. Je me rappelle avoir lu dans un vieux grimoire de la réserve à Poudlard un sort de verrouillage qui permet de dissimuler à tous le contenu de lettres, de contrats qui ne peuvent être lus qu'avec le mot convenu.

- Le sort sigillum palinodia, confirma Pierre-François. J'en connais la formule mais encore faut-il avoir le mot d'ouverture.

- Essaie le mot citron ! suggéra Harry.

- Non !

- Suçacides ?

- Non plus !

- Sorbet citron?

La feuille de papier se couvrit immédiatement d'une écriture fine et régulière, légèrement penchée. Pierre-François le regarda avec étonnement, il s'était attendu à une longue série inutile de mots et à un échec au bout mais Harry semblait connaître son mentor bien mieux qu'il ne le supposait. Ils se penchèrent ensemble sur la lettre. L'en-tête "Mon amour" fit hésiter l'élève d'Albus, lire cette missive lui semblait une trahison. Il la replia sans aller plus loin et regarda ses compagnons. Pierre-François caressa doucement le bracelet lien qui les unissait.

- Tu veux la lire seul? demanda Jim.

- Je ne veux pas la lire du tout. fit-il en secouant la tête.

- Voyons le journal ! murmura le descendant des elfes.

"16 octobre 1899.

Je me décide à écrire dans tes pages, journal, mais c'est à lui que je vais m'adresser, lui qui t'a offert à moi, lui à qui je confiais tout depuis plus de deux mois, lui mon amour, mon âme, ma moitié... Qu'il me manque depuis ce tragique accident qu'a été la mort d'Ariana, comment en sommes-nous arrivés Abdelforth et moi à échanger des sorts impardonnables? Il n'a pas supporté de découvrir son frère amoureux d'un garçon et encore moins de moi, nos idées n'ont été qu'un prétexte pour justifier sa colère!

Et moi, comment me suis-je retrouvé mêlé à cette querelle fraternelle ? Même si j'avais été blessé par toutes les horreurs que j'ai entendues, jamais je n'aurais dû sortir de mes gonds. Et me voilà, ici, dans cette France inconnue, accusé des pires atrocités et dans l'impossibilité de rentrer en Angleterre. Pourtant il y a pire...

Notre pauvre Ariana, notre tendre complice de la première heure, elle qui protégeait notre amour s'est retrouvée entre ses deux grands frères. Pourquoi, petite fée, a-t-elle voulu s'interposer? Nous avons fauché ses quinze printemps, sa joie de vivre, son regard innocent ... Je me suis enfui horrifié. Même si ce n'est pas mon sort de mort qui l'a touchée, je me sens aussi coupable que lui.

Une seule fois, j'ai senti ses bras autour de moi en presque deux mois, pendant ces quelques heures passées ensemble dans ce monde moldu que j'abhorre et où nous étions perdus. Depuis la rentrée, quelques lettres dont le mot de passe me rappelle le moment dans ce salon de thé de la rue Rivoli devant un sorbet acidulé que je ne voyais pas, trop préoccupé de ses yeux, de sa bouche, de ses mains que je désirais sur mon corps... Ensuite cet hôtel miteux où je lui ai appartenu pour la première fois. Regards méprisants, velours rouge mité, odeur de moisi, ressorts grinçants et draps douteux que j'ai oubliés contre lui. Puis dépouillé de lui par la séparation sans savoir quand nous nous reverrons mais plus fort de ses "je t'aime" et de son serment...

En attendant sa présence, je vais continuer de rêver de ce programme que nous avons mis au point ensemble pour sauver le monde sorcier et que je lui ai juré de réaliser coûte que coûte. Je lui parlerai à travers toi journal, lui racontant jour après jour mes idées, mes journées, mes humeurs..."

La page de garde finissait par ces mots et le journal commençait par : "Albus, mon amour".

Harry referma le journal atterré. Albus pour protéger son frère, la réputation de sa famille mais aussi la sienne avait laissé courir les rumeurs accusant Gellert de la mort de sa sœur et malgré cela, il était devenu l'amant de ce jeune homme de seize ans perdu dans un pays inconnu et lui avait fait des promesses et certainement des serments qu'il n'avait pas tenus.

- Harry, il n'avait que dix-huit ans... tenta de justifier Pierre-François.

- Admettrais-tu cette raison si demain, malgré mes mots d'amour, je te laissais? Gellert lui n'en avait que seize.

- Nous ne savons pas ce qui les a éloignés l'un de l'autre... Albus n'a jamais cessé de penser à lui puisqu'ils sont restés en contact jusqu'à la fin. Ne juge pas sans savoir. Il est évident que Gellert était très amoureux mais rien ne dit que la réciproque n'était pas vrai. Ton mentor a reconnu avoir fait bien des erreurs peut-être pensait-il à cela aussi. De toute façon, ça ne change en rien le parcours du mage noir Grindelwad.

- Il est presque l'heure du repas, les interrompit Jim. Nous n'avons pas terminé la recherche des adresses des victimes de chantage et j'aimerais passer notre après-midi à la plage avant le départ en Espagne puis en Angleterre.

- Il faut aussi faire nos valises. précisa Harry.

- Vous pouvez sortir ce que vous voulez emporter et les elfes se chargeront de les mettre dans nos sacs.

- Bien! apprécia Jim ce qui fit sourire ses compagnons qui le savaient incapable de plier correctement des vêtements dans une valise.

- Les garçons vous le ferez avec Marine avant d'aller à la plage. Fanny aidera Gauthier. fit Pierre-François en sortant de sa garde-robe les tee-shirts choisis.

- Je vais transmettre à Jimmy les dossiers avec les adresses que nous avons déjà, les autres attendront notre retour. J'ai prévenu Pierre et la DST est allée interroger notre photographe très officiellement sur les photos parues. Elle se tiendra tranquille un moment. fit Harry en composant le numéro sur son portable.

La discussion téléphonique se prolongeait et si Harry ne répondait que par monosyllabes son interlocuteur semblait plus bavard. Il ne pouvait manquer les coups d'œil de plus en plus insistants de ses amours. Aussi reçut-il un double regard noir et coléreux lorsqu'il susurra un "Oui, chéri, tu as raison". Il esquiva la main de Jim qui se tendait vers le portable.

- Pourquoi je t'appelle ainsi? Pour faire bouillir les deux jaloux qui sont devant moi et qui estiment ma conversation avec toi trop longue.

- ...

- Oui! bien sûr que c'est pour ça que je prends mes distances!

- ...

- Mais non, je n'ai pas changé, mes amis restent mes amis et le resteront, mais j'ai des comptes à rendre maintenant. se marra Harry en tenant à distance un Jim rageur.

- ...

- Oui, tu peux passer prendre les dossiers demain, Robert sera au courant et on se voit au ministère lundi.

- ...

- Arrête Jim! tu es ridicule! fit-il à ce dernier quand il eut raccroché. Que pouvais-tu critiquer avant que je vous taquine en l'appelant "chéri"? Il me racontait son emménagement avec Jimmy et les cours qu'il a choisis à l'université, rien d'anormal quand on est amis... Si?

- ...

- Et je n'ai pas à les renier parce que vous êtes possessifs.

- Certainement non! mon agneau. répondit Pierre-François en lui tendant une main que Harry s'empressa de saisir en lançant un regard interrogatif à son fiancé qui vint les enlacer en soupirant.

Ils passèrent l'après-midi à la plage comme l'avait souhaité Jim, nageant, faisant du bateau et jouant avec les enfants. Ils y restèrent tard profitant jusqu'au dernier moment de cette douce quiétude. Ces quelques jours en Espagne qu'ils avaient voulus, maintenant, ils les appréhendaient. Il avait suffit d'un coup de fil de Lucius pour les replonger dans le monde sorcier et ses soucis.

Il leur avait rappelé que la rentrée approchait et avec elle leur retour en Angleterre, la lutte de la Fratrie contre La Loge et O'Reilley, la réalisation de la prophétie, le combat de l'Elu pour la protection de leur monde, le début de leurs études à Cambridge, l'organisation du tournoi des trois sorciers et la venue des deux écoles rivales mais aussi plus personnellement leur emménagement à Poudlard, leur emploi de professeur et leur nouvelle vie de tous les jours.

Une année qui s'annonçait riches en évènements, en soucis mais Harry voulait avant tout qu'elle consolide leur union et il ferait tout pour ça.

oOo

- Alors, fit Juan le garçon aux yeux noirs, on sait enfin qui c'est?

- Non! Les femmes de chambre sont en train de ranger les bagages apportés par quatre elfes de maison et d'après elles il s'agit de personnes jeunes et possédant des vêtements luxueux aussi bien sorciers que moldus.

- Il y a aussi deux tout jeunes enfants et deux plus grands, renchérit Dolorès la jeune fille toute menue. J'ai reçu l'ordre de mettre dans la chambre de ces derniers une console de jeux, les jeux qui vont avec et dans celles des bébés un lit de poupée pour coucher celle qui était dans les bagages et un porteur pour le garçonnet.

- Ils sont aux petits soins! c'est la première fois que je vois ça!

- Surtout que c'est la Walters qui m'en a donné l'ordre. Elle semble particulièrement concernée par la chose et elle n'a attribué à leur service que des personnes sachant parler anglais, ainsi que les aurors qui prendront leur service demain matin une heure avant leur arrivée, j'ai vérifié. poursuivit Dolorès.

- Donc ils sont anglais ou américains. Et les elfes?

- Ils n'ont rien dit, certainement tenus au secret. Par contre ils étaient soignés, bien habillés et souriants, ce qui est rare.

- Tout l'hôtel fait des paris sur l'identité de ces clients.

- Plus que quelques heures à attendre...

oOo

Ils transplanèrent en fin de matinée dans le sas de réception de l'hôtel. Etrangement, il y avait plus de personnel à cet endroit que d'habitude, les uns et les autres trouvaient tous les prétextes pour y traîner. De jeunes sorciers apparurent d'abord, l'un avait des cheveux très blonds et portait un bébé, le second aux yeux noirs aurait pu être espagnol, il soutenait un monsieur âgé, une jeune femme brune souriante complétait le groupe, ensuite ce fut un sorcier, la quarantaine aimable, le regard pétillant de malice qui servait de transplaneur d'escorte à deux jeunes gens qui apparemment n'avait pas l'âge pour se déplacer seuls, enfin survint un groupe composé d'un jeune homme blond aux yeux bleus et d'un noir aux yeux verts, d'un beau sorcier qui portait une petite fille d'environ trois ans et de deux jeunes garçons d'une bonne dizaine d'années. Le directeur de l'hôtel accompagné de Madame Walters vint au devant d'eux.

- Monsieur Potter, quel honneur de vous accueillir parmi nous!

Un certain vent de stupéfaction soufflait sur le personnel du "Riad Inès". Ainsi les clients tellement attendus n'étaient autres que le Sauveur du monde sorcier britannique, le Survivant, l'Elu, et son entourage. La situation actuelle en Espagne justifiait amplement les précautions prises. Seul un jeune homme aux cheveux roux et aux nombreuses taches de sons affichait un sourire satisfait. Ses collègues lui devaient une petite fortune et ça le dédommagerait des quolibets subis toute la semaine à cause de ses idées soi-disant farfelues.

Ils passèrent quatre jours de rêves. La curiosité insatiable de Harry qui n'avait jamais vu du monde moldu que Little Whinging, le square Grimmaurd, la gare de King Cross, le quartier de la banlieue de Londres où se situait la maison d'Hermione, Stratford-upon-Avon où il sortait avec Jim et enfin un peu de Paris ainsi que du Cap d'Agde, ravissait ses compagnons. Il semblait aussi émerveillé devant les jardins andalous et arabisants, devant l'Alhambra de Grenade ou la Giralda de Séville que Sylvain et Aymeric. Le fait que Jim et Pierre-François parlent espagnol facilitait leur séjour et les excursions.

La table de l'hôtel était délicieuse et ils découvraient avec joie la cuisine relevée espagnole. Les jardins de l'hôtel étaient splendides et incitaient à la flânerie.

Ooo

C'était la veille de leur départ et aussi celle de l'assomption très fêtée en Andalousie, ils déambulaient à travers les rues du quartier traditionnel pour rejoindre la feria de la plaza Santa-Maria. Le lendemain une grande procession était organisée et la vierge serait promenée dans toute la ville, mais le 14 août était réservé aux chants et aux danses. Ils avaient décidé d'aller assister à une démonstration de fandango, de séguedille et de flamenco. Le fond de l'air était doux et la liesse ambiante mettait de la joie sur les visages, nos touristes sorciers avaient comme tous le cœur léger.

Harry adorait leur séjour et les richesses découvertes. La civilisation islamique se retrouvait en tout, dans les noms, dans la cuisine, dans chaque ruelle, dans l'architecture très fortement marquée par les musulmans pendant plus de sept siècles. La domination de Grenade avait cessé en 1492 mais la présence musulmane avait perduré jusqu'en 1609. Quatre siècles de chrétienté et d'inquisition n'avaient pas réussi à faire disparaître les influences trop profondément ancrées.

Il avait été frappé de voir que sous toutes les latitudes les ambitions se traduisaient toujours de la même façon. La très célèbre inquisition avait réprimé avec excès les actes qui s'écartaient d'une stricte orthodoxie comme le blasphème, la fornication, la bigamie, la pédérastie et combattu l'hérésie des judaïsants, mais aussi établi en 1556 la délivrance des "certificats de propreté du sang". Cette mesure était destinée à bouter hors d'Espagne les Maures, les juifs et enfin les protestants. Les sorciers, les homosexuels n'avaient pas été épargnés. Les dénonciations étaient légions puisqu'une partie des biens était attribuée au dénonciateur, l'autre allant grossir les richesses de l'église catholique espagnole. L'inquisition avait été abolie une première fois avec la conquête du pays par Napoléon en 1808, puis définitivement par la reine Marie-Christine en 1834, pourtant l''influence sous-jacente des extrémistes de l'église se faisait encore sentir et la chasse aux sorciers n'était pas obsolète.

A leur arrivée, il avait discuté longuement avec le propriétaire de l'hôtel et ensuite toléré, pour la sécurité des siens, la présence à leurs côtés des deux aurors chargés de leur protection. Il leur avait demandé de veiller sur les enfants plutôt que sur celle des adultes capables de se défendre. Pour un entretien informel, il devait rencontrer le lendemain matin le ministre de la magie espagnol qu'il retrouverait lundi lors de la conférence à Londres.

Mais, pour le moment, il découvrait les ruelles de l'ancienne ville avec ses compagnons et ses amis, la petite main de Lily serrant la sienne.

Ils s'assirent à une des terrasses improvisées pour la feria devant les bars espagnols et commandèrent un grand verre de sangria ou de horchata pour les plus jeunes cette boisson sucrée traditionnelle introduite par les maures, faite à base de jus de chufas appelées aussi amandes de terre. Sur des tréteaux, huit danseuses dont deux fillettes d'une dizaine d'année tapaient des talons sur les rythmes enlevés du fandango joués par un guitariste. Pendant plusieurs heures, Harry se plongea dans cette musique exceptionnelle qui renferme "les trois mémoires de l'Andalousie, mêlées de façon inextricable : la musulmane, savante et raffinée ; la juive, pathétique et tendre ; la gitane enfin, rythmique et populaire" (1).

Le flamenco était jusque il y a peu réservée aux adultes en tant que danse de l'amour, appelée ainsi suite aux mouvements collés et à la vivacité des gestes effectués. Il fut captivé par la farruca, traditionnellement une danse masculine, exécutée avec maestro par un jeune danseur qui devait avoir son âge, bouleversé par une ballade triste où la profonde sensibilité musicale des Gitans s'exprimait racontant leur éternel exil sur fond de guitare flamenca, touché aux larmes par un chant aux accents déchirants où l'on découvrait toute l'influence des berceuses des mères juives.

Si Jim avait quelque peu froncé les sourcils en voyant l'admiration dans les yeux de son fiancé pour le danseur de farrucca, Pierre-François découvrait avec passion la sensibilité du jeune compagnon qu'il s'était choisi. Jamais il n'admettrait, par respect pour son second agneau qu'il aimait profondément, qu'il se sentait plus en harmonie avec le jeune sorcier mais le bracelet elfique qu'il avait passé au poignet de ce dernier le trahissait.

Il était tard lorsqu'ils reprirent le chemin de l'hôtel, les plus jeunes au milieu des adultes. Teddy dormait dans les bras de Sylas, Draco enlaçait Mia. Le vieux Gauthier fatigué s'appuyait sur Sirius. Les deux aurors suivaient de près. Désignés parce qu'ils parlaient anglais, ils avaient accepté cette mission comme une corvée nécessaire, estimant que le Survivant faisait preuve de bien de légèreté en venant en Espagne en pareil moment. Depuis quatre jours, ils avaient vécu avec eux, avaient surpris les secrets de leur vie familiale et intime et avaient changé d'avis sur bien des points. Ils avaient été de suite intégrés au groupe, ils partageaient leurs repas, leurs distractions et étaient considérés comme des amis. Ils avaient eu, une fois rentrés dans leurs suites, de longues discussions politiques avec eux, s'apercevant avec stupéfaction que les autres mondes sorciers ne connaissaient rien de leurs problèmes.

Le jeune Elu les écoutait mais aussi ses compagnons et ses amis. Très vite ils avaient parlé de leur envie de former un groupe semblable à la Fratrie anglaise dont les exploits étaient relayés par la presse sorcière, très vite ils avaient compris sans que ce soit dit que Harry en était le dirigeant et que les autres en étaient les premiers membres. Ils avaient à leur tour appris la situation en Angleterre, leur lutte contre la Loge sorcière, Ombrage, la présence de Gellert Grindewald, ce qui attendait l'Elu et son entourage à leur retour à Londres.

Ce soir, Harry n'avait pas envie de discuter. Ce qui le gênait le plus depuis le début de leur séjour, c'était la distance qu'il était obligé de mettre entre lui et ses compagnons, ne retrouvant leurs tendres gestes que la nuit, une fois les portes de leur suite refermées enfin sur eux et les aurors partis dormir. Il savait qu'il devrait en faire autant en monde sorcier anglais et la perspective ne le réjouissait pas.

La sangria, cette traitresse, l'avait transporté dans un monde un peu flou, cotonneux où la seule réalité était ses deux compagnons. Dès qu'ils atteignirent leur suite, il attira son fiancé contre lui avant même que les aurors aient vérifié leur appartement comme tous les soirs. Jim lui murmurait des mots tendres en souriant, laissant à Miguel et Domingo le temps de s'assurer que nul n'avait piégé leurs chambres pendant que Pierre-François couchait sans la réveiller leur petite Lily. Quand il revint dans leur salon, il eut un petit rire en voyant la scène, ce qui attira son attention sur lui.

- Mon loup!

- Il me semble que tu as bu un peu trop ce soir, commenta-t-il tendrement. C'est la première fois que je te vois dans cet état.

- Viens! appela-t-il en tendant la main.

- Nous avons fini, il n'y a pas de problème, ni chez les enfants, ni chez vous. Nous allons vérifier la suite des Malefoy-Van Neeren. A demain. fit Miguel le plus jeune des policiers.

- Oui, nous descendrons à neuf heures pour déjeuner avec le ministre de la magie,

- Nous y serons.

Avant de sortir, Domingo se retourna. Le Survivant, serré dans les bras de ses amants, embrassait Pierre-François avec passion. Doucement, il referma la porte sur eux pour ne pas les déranger tout en pensant qu'il ne comprenait ni leurs sentiments ni leur relation et il se mit à penser à sa femme qu'il n'avait plus vue depuis cinq jours.

oOo

Harry ouvrit les yeux péniblement, se traîna dans la salle de bain, aspergea sa figure d'eau froide avant de se regarder et de se faire peur. Etait-ce bien lui ce visage hagard aux yeux injectés de sang? Il fouilla la poche secrète de son sac et en sortit une petite fiole qu'il avala d'un coup. A peine quelques minutes plus tard, il voyait plus clairement ce qui l'entourait. Il se rappelait vaguement la sollicitude de ses compagnons, les mots rassurants de Jim, la main fraîche de Pierre-François qui soutenait son front pendant qu'il était penché au dessus de la cuvette des toilettes et rendait cette fichue sangria. Il se laissa tomber lourdement dans le fauteuil et, la tête renversée sur le dossier, yeux fermés, pensa au spectacle qu'il leur avait offert.

Une main se posa sur son genou, apaisante.

- Je suis désolé.

- Ça m'est arrivé aussi, rappelle-toi la soirée à Poudlard.

- ...

- On va prendre une douche puis on réveille p'ti loup?

- Quelle heure est-il?

- Presque quatre heures.

- Après ce début catastrophique, ça m'étonnerait qu'il ait envie de ça en pleine nuit.

- Harry, ce n'est pas le fait que tu aies bu trop un soir qui changera le regard amoureux qu'il pose sur toi. C'est notre dernière nuit ici. Viens.

Un peu plus tard, deux corps nus se glissaient tout contre Pierre-François qui ouvrit un œil et referma ses bras sur eux, surpris de les sentir encore chauds et humides de leur douche, excités de s'être lavés mutuellement. Une bouche qui cherchait la sienne, une autre dans son cou lui contèrent mieux que des mots ce qu'ils venaient partager avec lui.

Pierre-François s'éveilla bêtement heureux, on aurait pu même dire euphorique. Il resserra son étreinte autour de ses amours blottis contre lui, réveillant à moitié Harry au passage. Dans son esprit, la nuit dernière avait scellé leur union. Ils auraient pu faire l'amour seuls sous la douche, il n'en aurait rien su, ils ne s'étaient rien promis, rien interdit, mais ils ne l'avaient pas voulu. Tout naturellement, ils étaient venus le retrouver. Il n'avait jamais pu oublier qu'au début, ils avaient prévu de vivre avec lui seulement les fins de semaine et d'habiter leur appartement de Cambridge seuls le reste du temps. Depuis Harry lui avait assuré plusieurs fois qu'amoureux, ils voulaient tout partager avec lui mais il en était resté une sourde inquiétude qui avait enfin disparu.

- Excuse-moi pour hier!

- Harry! Arrête!

- Je sais que tu as horreur de ça!

- C'est vrai, mais chez toi j'ai juste trouvé ça plutôt attendrissant, excepté quand tu as été malade mais ce n'est pas grave, ce n'est pas comme si tu en faisais une habitude. J'ai passé une très bonne soirée. J'ai d'ailleurs beaucoup aimé ces quelques jours et ce que je découvre de vous petit à petit.

Amoureusement, il caressa chaque trait de son visage avant de poser légèrement ses lèvres sur les siennes.

- Malheureusement la politique reprend déjà ses droits ce matin. fit Harry avec une grimace.

- Il nous restera encore cet après-midi. Que voudrais-tu faire?

- J'aimerais retourner à l'alhambra.

- Dommage qu'il y ait autant de touristes, c'est un lieu chargé de magie ancienne dont on ne se lasse pas. répondit Pierre-François avec un sourire et un air rêveur.

- ...

- Quand nous serons à Londres nous en profiterons pour faire les achats pour la rentrée d'Aymeric et de Sylvain. Nous n'aurons pas besoin ainsi d'y retourner.

oOo

Le ministre de la magie espagnol était un homme entre deux âges, le cheveu rare, l'embonpoint conséquent, le sourire bonasse. Si il fut surpris d'avoir en face de lui non seulement l'Elu mais aussi ses compagnons ainsi que trois autres jeunes sorciers qu'il lui présenta, il ne le manifesta pas.

Il décrivit longtemps les problèmes rencontrés depuis l'accord passé par le Conseil de l'Europe avec le monde sorcier britannique. Les contacts prévus avaient bien eu lieu entre le gouvernement et le ministère de la magie espagnols, un service avait même été créé pour traiter les différents entre les deux communautés, mais ce n'était là que apparence. Dès qu'un sorcier était identifié en monde moldu comme tel, il était en butte à toutes les tracasseries administratives et policières. L'…glise catholique, très fortement opposée à l'existence de leur monde indépendant, continuait d'exercer une influence considérable, pas tant sur la société mais sur la législation et l'école. La hiérarchie ecclésiastique s'était peu à peu installée sur le terrain de l'extrême droite. Les scientifiques avaient demandé à ce qu'une commission soit constituée pour visiter le monde sorcier et le ministre de la magie n'arrêtait pas de repousser cette incursion. Les membres de ce groupe de travail comptaient dans leurs rangs des sympatisants de ces partis et le ministre de la magie tentait d'obtenir la suppression de cette visite.

Harry et Jim échangèrent un regard en se rappelant la clause de discrétion qu'ils avaient fait ajouter avec l'aide de William et Michel lors des négociations de Haultepenne.

- Vous pouvez invoquer la clause de non divulgation des secrets du monde magique.

- Il y a un article de ce genre?

- Vous n'avez pas étudié le texte des accords? fit Harry après un sursaut de stupéfaction.

- Encore faudrait-il l'avoir! Nous avons reçu un résumé en espagnol comme si nous étions trop ignares pour traduire un texte anglais!

- Qui vous a communiqué ce document?

- Votre ministre de la magie!

- Je ne peux croire que mon père ait fait une erreur aussi grossière. lâcha Draco atterré qui s'en voulut aussitôt de cette critique faite publiquement.

- Je suis désolé, jeune homme, malheureusement c'est le cas. fit le ministre débonnaire.

- ...

- Donc vous êtes sûrs que cet article existe dans ces négociations?

- Sans l'ombre d'un doute, c'est nous qui les avons rédigés avec l'aide du père de Jim qui est le secrétaire d'Etat britannique moldu et son ami le représentant belge qui est juriste. expliqua Sylas.

- Vous si jeunes? Et des moldus vous ont aidé à protéger notre monde? s'étonna l'espagnol.

- Nous avons mené en effet ces négociations et sommes restés en contact avec différents représentants des états européens moldus. Ils viennent de passer une partie de leurs vacances dans la maison que nous avons en France. Vous nous retrouverez d'ailleurs lundi matin autour de la table de conférence aux côtés du ministre de la magie britannique.

- ...

- Jim vit en monde sorcier avec moi, nous sommes fiancés, continua Harry. Etudiant en sciences politiques à Cambridge, il en est sorti avec distinction cette année et dès la rentrée il intègre l'école de Poudlard comme enseignant et notre université en tant qu'étudiant en politique sorcière. Il sera le premier ambassadeur de notre univers auprès du monde moldu. Son père a appris à connaître notre monde ainsi que ses amis qui sont aussi devenus les nôtres. Chacun parmi nous a des attaches en monde moldu et peut y évoluer sans problèmes. C'est peut-être ce qui manque à la plupart des sorciers, dès qu'ils sortent de leur milieu ils ne passent pas inaperçus.

- Je vais vous chercher une copie de cet accord, décida Draco en se levant. Je n'en ai pas pour longtemps.

- Je t'accompagne.

Pendant l'absence de ses deux hommes, Hermione fit au ministre un résumé des débats et des évènements arrivés lors de la conférence, elle expliqua comment l'enlèvement de Sylvain avait attiré la sympathie vers eux alors qu'il était censé empêcher la signature des accords, elle parla de la visite du monde sorcier par les politiciens, de celles de Gringotts, de l'université puis le séjour à Poudlard enfin de la signature des accords sur place et de la soirée d'adieu offerte aux moldus. Le petit sourire complice qu'échangèrent ses deux agneaux n'échappa pas à Pierre-François qui comprit que c'était la fameuse soirée trop arrosée de Jim.

- Ensuite, relaya Harry, nous avons pressé la ratification des accords avant la présidence de votre représentant. Elle s'est faite discrètement à Paris et nos détracteurs ont été mis devant le fait accompli.

Une fois Draco et Sylas revenus, ils multiplièrent les copies d'un simple sortilège et étudièrent les différentes clauses de l'accord passé. Jim penché sur l'épaule du ministre lui traduisait en espagnol les passages sur lesquels il hésitait. Pierre-François et Sirius qui était enfin venu les rejoindre découvraient eux aussi les textes approuvés par les représentants et le travail accompli par les jeunes gens. Le futur directeur de Poudlard appréciait une facette de plus de ses agneaux.

Il était plus de treize heures quand ils arrêtèrent leur séance de travail rappelés à l'ordre par un Aymeric boudeur qui vint se planter devant son père adoptif lui déclarant qu'ils avaient tous faim, que sa petite sœur était infernale ainsi que Teddy et que le personnel de l'hôtel attendait depuis un long moment leur bon vouloir. Le ministre se confondit en excuses pour les avoir retenus aussi longtemps alors que c'était leur dernier jour en Espagne et se retira.

Après le repas, ils passèrent le reste de l'après-midi dans les magnifiques jardins de l'alhambra avant de paresser dans le patio de l'hôtel bercés par le murmure des fontaines. Ils prirent leur dernier dîner espagnol avant de faire leurs adieux Riad Inès.

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Sur la terrasse devant la mer, blotti contre Jim dans le même fauteuil, Harry savourait le plaisir d'être rentré chez eux. Quand Pierre-François les rejoignit, ils restèrent un long moment, mains unies, à regarder au loin les quelques crêtes blanches danser dans le noir. Nul n'osait dire aux deux autres qu'il appréhendait de reprendre la vie active et de se retrouver à nouveau dans la tourmente politique, pourtant tous les trois le pensaient.

Et quand, plus tard ils se serrèrent au creux des draps dans une même étreinte c'est à travers celle-ci qu'ils firent passer leurs craintes et leur amour.

Le lendemain matin, ils se levèrent de bonne heure afin de prendre le déjeuner ensemble. Ils avaient hésité à emmener les enfants avec eux puis après en avoir discuté avec Gauthier et Robert ils avaient décidé de les laisser là. A Londres, absents toute la journée ils auraient dû les confier à Narcissa. Aux Tamaris, ils seraient choyés et surveillés par Fanny et Marine qui n'avaient plus grand chose à faire. Ils résistèrent au désir d'aller les embrasser avant de partir pour ne pas les réveiller et empruntèrent avec Sirius le chemin qui les mena en dehors de la zone abritée par les sorts de protection, d'anti transplanage, de repousse-moldu, ils transplanèrent dans le parc d'Astor's Lodge.

Ils y furent accueillis par Erwin arrivé avant eux. Le petit regard narquois qu'il lança aux compagnons de Harry après avoir accolé celui-ci fit rire Sirius et faire la grimace à Jim. Pierre-François eut un sourire amusé mais posa la main sur la taille de son agneau.

Ils se changèrent et revêtirent des tenues traditionnelles sorcières. Une fois de plus Harry fut impressionné par la prestance de son amant et le charme de Jim qui portait la robe sorcière aussi élégamment qu'il portait un jean ou un costume cravate, tout allait à sa nonchalante décontraction.

- Chacun a un portoloin de secours ? Et une arme en plus de sa baguette ? demanda-t-il redevenu le dirigeant de la fratrie.

- Nous allons à une conférence au ministère ou dans l'allée des embrumes ? railla Sirius.

- Tu es pourtant bien payé pour savoir que ce n'est pas un lieu exempt de dangers. fit son filleul en fixant dans une poche de sa robe de sorcier un petit pistolet de calibre 22.

- Voldemort n'est plus !

- En effet, mais il a été remplacé immédiatement, des mégalomanes il y en a toujours. Nous ne nous sommes pas tourné les pouces l'année dernière, loin de là.

Ils laissèrent Sirius puis Erwin entrer dans la cheminée et disparaître dans une gerbe d'étincelles vertes. Harry, Jim serré tout contre lui, l'embrassa amoureusement avant de le laisser à son tour prendre le réseau de cheminette. La bouche exigeante et passionnée de son amant remplaça celle suave et aimante de son fiancé, avant qu'il atterrisse lui aussi dans l'atrium du ministère. Après avoir fait enregistrer leur baguette auprès d'Erich Munch, ils se dirigèrent de concert vers les ascenseurs pour se rendre au niveau cinq, département de la coopération magique internationale. Ils y retrouvèrent Draco discutant avec son père. Manifestement il lui reprochait le fait que le ministre espagnol n'avait reçu qu'un résumé des articles ratifiés. Dès qu'il vit son ami, il fonça vers lui.

- Harry! C'est une catastrophe! Aucun ministère n'a reçu le texte entier des accords! Ils ont tous eu un memorandum plus ou moins complet selon les compétences des traducteurs.

- La première chose à faire est donc de remédier à ce problème. fit-il tout en accolant Lucius négligeant de lui faire le moindre reproche trop tardif pour être utile.

A la place de chaque ministre étranger, il fit déposer un dossier contenant la totalité des accords conclus. Il choisit les places des membres de la fratrie plaçant Hermione avec ses deux hommes et Sirius à une extrémité de la grande table de conférence, Pierre-François, Jim et lui de l'autre côté. Il plaça Lucius au centre d'un des côtés avec Kingsley à sa droite et Arthur à sa gauche. En face Jimmy, Erwin et Jareth. Les ministres étrangers seraient ainsi entourés et protégés en cas de problème. Ensuite il s'intéressa aux aurors et demanda le remplacement du dénommé Valley par Liam, se rappelant que le premier travaillait pour Ombrage et qu'ils avaient déjà eu affaire à lui.

Il avait à peine fini ses préparatifs que les dirigeants des différents mondes sorciers commencèrent à arriver. A l'entrée de la salle de réunion, aux côtés de Lucius, Harry les accueillait, Jim et Pierre-François ne le quittaient pas. Bon nombre étaient déjà installés lorsque vint le ministre français, assez âgé, il était accompagné de son secrétaire particulier qu'il présenta sous le nom de Stéphane Dunier. Ce dernier inclina la tête vers eux pour les saluer de façon ostentatoire, plantant au passage son regard dans celui de Pierre-François.

Harry sentit de suite l'atmosphère changer. La tension entre les deux hommes était palpable, leurs regards se chargèrent de haine. Son amour ne put retenir un geste de protection instinctif, il noua sa main à la sienne, mettant les bracelets elfiques en contact. Leur vis-à-vis suivit le mouvement, vit le bijou et son visage se déforma sous l'effet d'une immense colère. Quelques secondes plus tard, redevenu impassible il s'éloignait.

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(1) : Sophie Galland, in Le Courrier no 66, de janvier 1993

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