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Chapitre V. FRANÇOIS-MARIE

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Harry avait refermé fermement sa main sur celle de Pierre-François en sentant sa nervosité, ce dernier eut juste le temps de lui glisser « Fais attention à toi, mon amour » avant d'être interrompu par l'arrivée du ministre du monde sorcier allemand. Jim avait vu l'échange haineux entre le secrétaire et leur amant, le mouvement de protection de celui-ci envers leur compagnon. Depuis longtemps en monde sorcier il ne se fiait plus aux apparences mais à ses sensations, il avait pleinement confiance en Pierre-François et pensa avoir identifié l'importun. Il fit donc ce qu'il estima bon pour protéger Harry, l'air très sûr de lui, il passa de l'autre côté de la table sans s'occuper du regard incisif qui le suivait.

Une fois arrivé près de Draco et leurs amis, il sembla discuter avec eux amicalement un instant avant de retourner vers ses deux compagnons, en chemin il s'arrêta à la hauteur d'Erwin, Jimmy et Jareth et se pencha pour leur souffler une mise en garde. Lorsqu'il s'assit à côté d'eux, tout le monde était déjà installé.

Après le petit discours de bienvenue de son père et au grand étonnement de ce dernier, Draco réclama la parole qui lui fut bien entendu accordée.

— Etant donné la nature de nos entretiens et la discrétion qui me semble nécessaire, je demande que sortent les secrétaires, les traducteurs et les aurors.

Un grand silence succéda à son intervention avant que tous se mettent à parler en même temps dans un véritable toho-bohu.

— Mais, fit le ministre italien, comment allons nous débattre? Je parle anglais pourtant pas assez que pour en comprendre toutes les subtilités.

— Parmi nous vous trouverez les traducteurs voulus. Monsieur Malefoy parle italien, Messieurs Vassier et Spencer espagnol, Monsieur Caelus allemand et nous sommes plusieurs à parler français, Monsieur Vassier notamment est parfaitement bilingue. développa Sylas.

— La sécurité de nos mondes vaut bien quelques désagréments et longueurs, renchérit à son tour Harry.

Le secrétaire du ministre français semblait imperturbable mais Pierre-François ne le quittait pas des yeux. Il avait compris que Jim était responsable de cette demande de Draco et leur ennemi devait lui aussi l'avoir saisi depuis longtemps. Il avait prévu la présence de Jim, mais avec ses idées sur les non sorciers, il avait considéré le jeune moldu comme quantité négligeable, c'est pourtant lui qui ruinait son plan. Son jumeau ne s'attendait certainement pas non plus à le voir là, admis aux côtés de son jeune amant, sans quoi il n'aurait pas été aussi imprudent, il savait qu'il le reconnaîtrait rien qu'à sa magie sous n'importe quelle apparence.

Il connaissait François-Marie, il devait admettre très difficilement son échec pour atteindre Harry, il était certainement déjà en train de chercher une autre façon de l'anéantir. Le détruire à travers ses attaches semblait le plus probable et le plus démuni devant ses sorts était Jim. Le fait de le blesser lui, son frère, par la même occasion dans son amour n'était qu'une motivation supplémentaire.

Le dernier argument de Harry avait convaincu les indécis et les personnes désignées sortaient lentement. Quand François-Marie, resté légèrement à la traîne, arriva à proximité de la double porte et se retourna baguette brandie, Pierre-François et Harry réagirent de la même façon et c'est sur un bouclier d'une puissance incroyable que le trait vert du sort de mort destiné à Jim vint rebondir et se trouva dévié vers le ministre allemand. D'un protego, Draco invoqua lui aussi, devant le politicien, un rempart défensif sur lequel vint se casser le sort affaibli. Il n'avait fallu que quelques secondes pour que cette scène se déroule et déjà François-Marie avait activé son portoloin de secours et n'était plus là.

— Vous voyez, Messieurs, que notre mise en garde était des plus sérieuses. Vous devriez mieux vous entourer, Monsieur le ministre. fit Harry d'une voix brève et impérieuse.

— Mon secrétaire est aussi mon beau-fils et je me porte garant de lui, je ne sais qui est cet homme qui ne peut être lui.

— Le dirigeant de la Loge Sorcière ni plus ni moins, sous polynectar je suppose. Nous le combattons depuis un an. expliqua Jim d'une voix très calme.

— Et comment l'avez-vous identifié ? s'enquit le ministre allemand à peine revenu de ses émotions.

— J'ai reconnu sa magie, explicita Pierre-François.

— Voilà un don très commode! railla-t-il.

— C'est mon frère !

Un grand silence succéda à cette réplique.

— Peut-être alors pourrions-nous nous demander ce que vous faites là ? interrogea le français.

Pierre-François pâlit mais n'eut pas le temps de répondre avant l'intervention de son agneau transformé en lion.

— Monsieur Vassier est ici à ma demande et je m'en porte garant ! Je suppose que vous ne mettrez pas mon intégrité en doute ? le ton froid et peu amène du jeune Elu fit que personne n'osa répondre à la question et qu'auraient-ils pu répondre d'ailleurs ?

Jimmy ? Peux-tu demander à Liam de revenir ici ?

Un silence lourd et pénible s'installa. Une fois de plus, le Survivant intervenait dans les affaires du monde sorcier et passait outre les prérogatives de ses dirigeants et cela choquait.

— Liam, prends quatre hommes et va voir après le gendre de Monsieur le ministre. Il est très certainement stupéfixé dans un coin. Il a des enfants? lui demanda-t-il.

— Oui, deux.

— Donc tu as peu de chance de le trouver chez lui. Vois d'abord avec Valley.

Liam eut un signe entendu de la tête avant de ressortir. Harry soupira et consacra à nouveau son attention aux débuts de la conférence.

— Je suis surpris de vous voir intervenir ainsi, osa commenter l'italien.

— Je le fais rarement mais ici cela me concerne personnellement, je me permets, c'est vrai, quelques libertés, je sais que Monsieur le Ministre ne m'en voudra pas, fit-il à Lucius qui lui rendit le sourire qu'il lui adressait en même temps.

— Je sais que tu agis toujours au mieux.

— Pourquoi pensez-vous que mon fils n'est pas chez lui parce qu'il a des enfants? questionna à son tour le français.

— Parce que mon frère ne respecte qu'une chose : l'enfance. expliqua Pierre-François d'un ton sec. Il a dû attendre le départ de votre beau-fils avant d'intervenir.

— Je suppose que nous devons l'en remercier, ironisa le ministre.

— Je ne justifie en aucun cas son attitude, nous sommes les premiers à le combattre et croyez que ça ne m'enchante guère. Nous nous menons une guerre fratricide sans répit depuis qu'il a repris à son compte les idées de Gellert Grindelwald, notre aïeul, et qu'il est devenu le grand maitre de la loge sorcière. Comme vous l'avez vu nous ne nous épargnons pas et ce sont bien des sorts mortels qui sont échangés et le premier à être visé est toujours le Sauveur. énonça froidement Pierre-François, que ce soit en lui-même ou à travers les personnes qui lui sont chères. Mais nous ne sommes pas ici afin de débattre de nos problèmes mais des vôtres.

— Vous avez raison, Pierre-François intervint leur interlocuteur espagnol sur un ton amical inattendu de la part de quelqu'un qu'ils connaissaient très peu. Depuis que nous nous sommes quittés hier, j'ai étudié les clauses de l'accord passé avec les représentants du Conseil de l'Europe et je dois avouer que vous avez fait un travail exceptionnel. J'ai les éléments juridiques nécessaires pour repousser ad vitam eternam la visite de cette commission scientifique qui trépigne d'impatience de venir examiner nos créatures magiques. Les moldus sont tout prêts à exterminer pour leur plaisir nos elfes, trolls, harpies, loup garous, vampires et centaures comme ils l'ont fait dans leur propre monde.

— Voilà résolu un de vos problèmes mais je suppose que ce n'est pas le seul? commenta le ministre bulgare.

Ils exposèrent leurs problèmes pendant plus de deux heures en un désordre stupéfiant, Hermione, Draco et Sylas avaient bien du mal à noter de façon claire les interventions de chacun. Quand on frappa seul Lucius n'eut pas l'air surpris, la porte s'ouvrit sur William et un homme d'une cinquantaine d'années, pendant que celui-ci saluait les sorciers, le premier se précipitait vers Jim qu'il serra entre ses bras avant d'accoler Harry puis Pierre-François.

— Ça va papa ! le rassura le premier en réponse à l'interrogation muette qu'il voyait dans ses yeux.

— Harry? Pierre-François?

— Je vais bien, père.

— Pas de problème, William.

— Parfait! fit ce dernier en se tournant enfin vers Lucius.

— Comment es-tu déjà au courant? fit-il avec étonnement au moldu.

— J'ai rencontré Liam devant la cheminée d'arrivée. Il attendait des nouvelles de ses hommes.

— Je vous présente le secrétaire d'état, William Spencer qui a ratifié les conventions que vous avez devant vous mais qui a aussi participé à leur élaboration, il est également, comme vous avez pu le constater, le beau-père de Harry Potter, fit Lucius ayant repris un ton plus formel. Monsieur George Beans est, quant à lui, le responsable des affaires sorcières au gouvernement moldu britannique.

— Je ne comprends pas leur présence dans une conférence sorcière! fit l'italien indigné.

— Nos relations avec les moldus se passent très bien en Angleterre ainsi que dans d'autres pays. commenta Lucius. Qui peut mieux qu'eux nous expliquer les réactions négatives à notre encontre? Dans ces problèmes il y a deux aspects, l'attitude des moldus envers nous et vice-versa, qui ne sont pas toujours exemptes de toutes maladresses. Il n'est d'ailleurs que le premier de mes invités, j'en attends d'autres. Ils ont accepté de nous donner quarante huit heures de leur temps pour nous aider. Justement en voilà un! Et même les deux, acheva-t-il en voyant Michel et Helmut entrer ensemble.

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Après les présentations et les salutations, Hermione multiplia les notes qu'ils avaient prises consignant les doléances diverses et en tendit un exemplaire à chaque participant. Ces quelques feuilles de papier serviraient de base aux discussions. Leur contenu s'étofferait très certainement mais elles permettaient de démarrer sur quelques éléments tangibles. On n'entendit plus que le bruit des plumes ou des stylos qui annotaient ou complétaient le compte-rendu du trio. Au bout d'une heure, ils se dirigèrent tous vers la grande salle à manger pour un repas typiquement sorcier servi par des elfes de maison ce qui ne perturba pas les représentants du conseil de l'Europe très à l'aise. Le responsable des affaires sorcières semblait moins fait à leurs usages.

Les sorciers étaient presque choqués de les voir discuter en souriant avec le Survivant et ses proches. En attendant le dessert, l'un des trois avait sorti une pochette remplie de photos de vacances passées en compagnie des jeunes sorciers et ils riaient ensemble, complices, amis. Ils furent scandalisés lorsque l'héritier de Salazar Serpentard posa ses lèvres furtivement sur celles du descendant du mage noir Gellert Grindelwald dont ils étaient loin d'avoir oublié les atrocités commises.

Ce jeune homme insouciant était bien différent de l'image qu'il se faisait du héros, du Sauveur de leur monde. Les rumeurs qui s'attachaient à ses pas racontant une vie privée scandaleuse décrivant un entourage assez discutable semblaient tout à fait véridiques.

Le ministre espagnol quant à lui était d'un autre avis et ne se priva pas de dire ce qu'il en pensait. Ils avaient passé des vacances calmes à Grenade dans un hôtel sorcier où il les avait rencontrés et si il est vrai qu'il vivait avec ses compagnons, ils s'occupaient à trois de deux jeunes garçons dont un orphelin que le Survivant avait adopté et de deux adolescents dont un avait été pris en charge au décès de son père par Pierre-François Vassier qui était son cousin et père d'une adorable petite fille d'environ trois ans. Ils semblaient très bien se charger de tout ce petit monde et formaient une famille unie même si elle était peu ordinaire. Les aurors qui les avaient protégés pendant leur séjour avaient rendu un rapport dans ce sens.

Si il leur arrivait d'être insouciants comme maintenant, ils n'en étaient pas moins excessivement sérieux quand ils s'agissait de défendre et de protéger leur monde. Les négociations menées avec les moldus, les accords qui avaient été signés prouvaient assez le soin pris à préserver leur univers et ses habitants quels qu'ils soient. La récente bataille de Stonehenge où ils combattaient en première ligne avait permis de supprimer la menace que représentait Dolorès Ombrage. Le Sauveur en était avec son entourage l'instigateur et le tacticien. Dans tous les esprits se forma l'image de se groupe armé et masqué qu'on appelait la Fratrie.

Leurs projets d'avenir étaient tous tournés vers le monde sorcier. L'Elu aurait pu profiter de sa renommée pour occuper un poste au ministère, guignant ensuite le mandat de ministre dans un avenir plus ou moins court. Au lieu de cela, il allait faire trois années d'études à la nouvelle université sorcière et enseigner à Poudlard la défense contre les forces du mal. Son fiancé le suivait dans ses études de politique sorcière à Cambridge et enseignerait lui aussi une matière nouvelle : Histoire et politique du monde moldu. Pierre-François Vassier était depuis le mois de juin directeur de la prestigieuse école de magie. Sorcier très puissant et charismatique, il était déjà comparé à Albus Dumbledore dont il avait été l'élève. C'est lui qui avait refermé le portail magique lors du solstice d'été ce dont leur monde devait le remercier.

Le politicien en était là de ses révélations quand ils virent entrer Liam et deux de ses hommes. Ils allèrent faire leur rapport au jeune Survivant et non au directeur du Magenmagot dont ils dépendaient ou au ministre Malefoy. Il semblait soucieux en écoutant les policiers. Il leur donna de nouveaux ordres puis passa plusieurs coups de fil, envoya deux hiboux avant de rejoindre le dirigeant français pour le mettre au courant des dernières nouvelles obtenues.

— Je suis désolé Monsieur le Ministre mais nous n'avons trouvé aucune trace de votre beau-fils ni à son domicile ni à son bureau. Les recherches continuent mais il peut être n'importe où dans les deux mondes aussi bien en France qu'en Grande-Bretagne. Les services de la DST française sont pareillement à l'œuvre, j'ai contacté également les hommes que j'ai à l'intérieur de la Loge sorcière.

— Vous le croyez vivant ?

— Je ne vous cache pas que plus le temps passe, plus j'en doute, toutefois nous ne renonçons pas, loin de là.

— La DST? intervint le ministre italien. Vous travaillez en collaboration?

— En effet, ils nous ont déjà aidés à plusieurs reprises pour des affaires se déroulant en monde moldu. Les services de police britanniques sont aussi prévenus. Cela permet de garder nos aurors pour faire les investigations en monde sorcier. Nous n'avons jamais eu jusque maintenant de refus de participation. Lors des négociations de Liège avec les représentants du Conseil de l'Europe, nous avons assuré la sécurité en coopération avec les services moldus sans aucun problème et quand un des enfants dont je m'occupe a été enlevé pour faire échouer les négociations, ils nous ont aidés spontanément.

— Comment viennent-ils ici?

— La plupart n'y sont jamais venus, d'autres ayant toute notre confiance empruntent tout simplement le réseau de cheminette. C'est le cas de ceux qui sont ici aujourd'hui, leurs bureaux sont reliés directement au réseau du ministère.

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— Ah! Voici le secrétaire d'Etat français! Il a peut-être des nouvelles. fit Harry.

Les sorciers le virent se diriger vers un homme entre deux âges qui venait d'arriver et qui accolait ses amis puis revenir vers eux avec lui.

— Votre beau-fils est retrouvé, fit-il après avoir présenté le secrétaire d'Etat.

— En effet, fit ce dernier mais j'ai bien peur que ce ne soit pas vraiment une bonne nouvelle. Il est à la clinique de Neuilly. Le gardien d'un immeuble cossu du quartier du Marais a appelé la police car un homme étrange, au regard vide semblait perdu au milieu du hall d'entrée. J'ai bien peur que les sortilèges employés par son agresseur ait affecté le cerveau.

— Il faut le faire transférer dans un hôpital sorcier! s'exclama-t-il.

— J'ai déjà pris les dispositions adéquates, car nous n'avons pas l'expérience nécessaire pour traiter ce genre de cas. Il sera à Sainte-Anne en fin de journée.

— Merci, Monsieur.

Pourquoi dans cet immeuble? s'enquit le bulgare.

— Pierre-François y a son appartement. Une provocation, une menace de plus de la part de son frère... soupira Harry en lançant un coup d'œil vers son amant qui discutait avec Helmut, jamais il n'estimera lui avoir fait assez de mal.

— Il est temps de reprendre la séance, Harry. fit Jim en posant doucement sa main sur son épaule.

— Nous nous verrons fin de semaine à Toulouse. conclut Pierre. Désolé de ne pas avoir su assister à vos débats, mais des problèmes urgents réclament ma présence à Paris. Toutefois, Monsieur le Ministre, si vous avez besoin de quoi que ce soit je suis à votre disposition, fit-il en s'adressant au Français sans remarquer l'expression étonnée des sorciers les entourant devant son initiative, Harry vous donnera mes coordonnées.

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Jusque vingt heures, ils exposèrent leurs problèmes, en débattirent, racontèrent ou écoutèrent leurs expériences bonnes ou mauvaises. Les discussions furent parfois houleuses, particulièrement quand les invités essayèrent de faire comprendre que les sorciers devaient apprendre à passer inaperçus dans leur monde et pour cela savoir se servir des technologies, de la monnaie, connaitre les habitudes, les façons de manger ou de se vêtir...

Quelques évidences se dégagèrent des problèmes exposés, la peur et le rejet des moldus, la méconnaissance et la maladresse des sorciers. Une conclusion s'imposait, il faudrait de longues années avant que ça change et l'enseignement avait un rôle essentiel à jouer.

Dans les pays où ils étaient malheureusement peu appréciés, ils devaient développer eux-mêmes des entreprises installant les réseaux électriques, informatiques, téléphoniques, cela limiterait les incursions dans leur milieu.

La meilleure solution pour ça était de donner en premier lieu des cours sur le monde extérieur dans les écoles mais aussi aux adultes désireux de faire des formations dans des entreprises ou centres moldus.

Il était indispensable que les directeurs d'école ouvrent l'enseignement aux professeurs d'origine moldue comme c'était le cas à Poudlard ou à Beaux-Bâtons. Pierre-François prit alors la parole pour décrire la matière enseignée dans le cours d'histoire et mœurs des moldus obligatoire depuis l'année précédente.

— Le nombre d'heures sera doublé cette année et le cours abordera deux matières distinctes : l'histoire et les mœurs, les habitudes et les technologies et il fera l'objet de l'obtention d'une buse. Les deux dernières années, le cours intitulé Histoire et politique du monde moldu sera donné par Monsieur Spencer expliqua-t-il en désignant son second compagnon, qui vient de finir ses études de sciences politiques avec grande distinction à la prestigieuse université de Cambridge. La réussite dans cette matière sera récompensée d'un aspic indispensable pour suivre certaines études à l'université sorcière. Un troisième cours, optionnel, celui-là sera proposé sur la vie des jeunes moldus, leur façon de s'habiller, de se distraire et de vivre tous les jours dans leur société. Il sera dispensé par un non sorcier qui a toujours évolué dans ce monde mais connait aussi parfaitement les sorciers.

— Vous aurez donc deux professeurs non sorciers cette année?

— En effet.

— N'avez-vous pas peur, avec tous ces va-et-vient pour la sécurité de l'école?

— Il faut bien choisir votre personnel enseignant et il n'y aura aucun risques, il ont des attaches dans notre monde et ont choisi d'y vivre. Tout en étant libres de leurs déplacements en dehors des heures de cours, ils séjourneront dans des appartements de fonction. C'était d'ailleurs déjà le cas de tous nos professeurs qui en éprouvaient le désir. Nous tenons à privilégier les liens familiaux et les rapports humains. Dès la rentrée, une petite crèche sera organisée à l'intérieur de l'école pour nos professeurs ayant des enfants en bas-âge ce qui est mon cas puisque j'ai une petite fille de presque trois ans, celui de ma sous-directrice et de deux de mes professeurs. C'est un système moldu qui fonctionne parfaitement bien dans leurs grandes entreprises.

Des cours similaires seront donnés pour adultes à notre université de Cambridge en soirée, ainsi que des leçons d'informatique, technologie en pleine expansion. Enfin, des cours d'études des potions, de runes anciennes, d'astronomie, de divination seront donnés aux étudiants moldus et en réciproque, l'université de Cambridge ouvrira la porte de certaines de ses branches aux sorciers. Ce dernier point est tout à fait particulier et dû à la proximité sur le même site des deux universités, le reste est réalisable dans n'importe quelle école de magie.

Pendant presque trois heures, Pierre-François répondit avec compétence, sans jamais hésiter et de façon concise à toutes les questions posées, discutant des idées avancées par ses détracteurs, contrant les arguments qui lui semblaient archaïques. Harry et Jim le regardaient mener les débats en souriant et avec il faut bien le reconnaitre une once de fierté. Les représentants du Conseil de l'Europe intervinrent peu dans ce domaine, ils écoutaient avec étonnement leur hôte des "Tamaris" et de "L'Aigle Noir" et commençaient à comprendre cette nomination à la direction de l'école de magie qui leur avait paru pour le moins farfelue.

Lorsqu'ils décidèrent de remettre la suite au lendemain, tous repartaient avec les notes d'un futur plan de révision de l'enseignement sorcier qui deviendrait dans l'avenir "La réforme Vassier".

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Hermione et ses deux hommes dînaient chez Lucius, Sirius avait décidé de revoir seul sa maison du square Grimmaurd, Harry, Jim et Pierre-François choisirent de diner à Stratford-upon-Avon du côté sorcier puis de rentrer à Astor's Lodge où les rejoindrait le second trio.

Installé dans le petit restaurant sans prétentions où il avait déjà été plusieurs fois en compagnie de Jim au début de leur relation, avant même d'être son petit ami, Harry se sentait bien. Ils avaient tenu à partager cet endroit de leurs rendez-vous avec l'aîné. Jim racontait tendrement leur amour naissant, la timidité de Harry pour qui c'était la toute première relation avec un garçon, ses hésitations à lui face à ce monde inconnu mais sa faiblesse devant les émeraudes qui étaient déjà son univers.

Pierre-François souriait au récit de son agneau, il imaginait très bien les scènes qu'il relatait, les gestes ébauchés mais jamais finis, les prétextes inventés pour le revoir, la peur de faire fuir l'autre par une maladresse. Faisant taire l'envie qu'il avait de sentir sous ses lèvres la douceur des siennes, de redécouvrir le goût suave de sa bouche, il passa le revers de l'index sur la joue de Harry qui se sentait fondre devant le double regard amoureux posé sur lui. La journée n'avait pas été de tout repos et il appréciait d'autant plus cette tendresse. Il avait réalisé tout au long de ce jour interminable que la rentrée serait plus difficile encore qu'il ne l'avait imaginé.

— J'étais déjà moi aussi fou de toi, mon cœur... Jamais je n'avais osé le premier pas vers quelqu'un, pour te séduire, j'ai aussi fait taire une partie de mes principes.

— Que veux-tu dire? demanda Pierre-François curieux.

— Il avait déjà un petit ami depuis un an et si Jim n'était pas heureux, George, lui, était très épris.

— Et tu as quand même flirté avec lui? s'étonna le sorcier.

— Si il avait tenu à George, si celui-ci l'avait respecté et lui avait donné ce qu'il était en droit d'attendre d'une relation amoureuse, je n'aurais même pas approché leur couple. Malgré son attachement, il n'osait pas assumer son homosexualité et encore moins sa tendresse pour Jim. Il se conduisait envers lui comme un copain, j'ai l'impression d'avoir plus de contacts avec Dray que ces deux là n'en avaient.

— Tu te rappelles le soir où tu m'as fait danser pour la première fois chez Lucius?

— Oui! Et aussi que tu m'as demandé pourquoi alors que j'étais hétérosexuel, j'invitais un garçon qui ne l'était pas. J'étais bien embarrassé pour te répondre.

— Et en fait?

— Je te montrais tout simplement ce que tu n'aurais jamais avec lui, mais que j'étais prêt, moi, à te donner. Je t'ai prouvé aussi que tu n'avais nulle envie de te retrouver dans son lit.

— Mais tu ne m'as rien dit!

— Pas besoin, tu étais assez intelligent pour en tirer les conclusions. Quelques jours plus tard, il n'y avait plus de George dans ta vie!

— Je passais tout mon temps libre avec toi et les week-ends ici à Stratford au lieu de les vivre à ses cotés. Je n'ai pas eu besoin de le lui dire, il avait compris. Quant à toi, il a fallu ta dispute avec Draco quelques semaines plus tard et que je te mette au pied du mur pour que tu admettes devant tous tes sentiments.

— C'est vrai! C'était nouveau pour moi et je voulais prendre mon temps, mais je n'ai pas hésité et c'est ce soir là que tout a commencé. Puis il y a eu le bal à Cambridge et je crois même me rappeler que tu as passé la nuit dans mon lit. le taquina tendrement Harry.

Ils échangèrent un sourire complice et entrelacèrent leurs doigts. Pierre-François les regardait gravement. Loin d'être jaloux, il aimait les entendre se raconter. Il savait que cette nuit et toutes les suivantes, c'est entre ses bras à lui qu'ils chercheraient ensemble l'amour, sur son corps qu'ils marqueraient leur passage, contre son flanc qu'ils s'endormiraient confiants. Ils les avaient cru agneaux pourtant leurs dents de jeunes loups avaient depuis longtemps mis à mal la carapace qu'il s'était construite jour après jour pendant des années. Il était tout à eux. Ils étaient tout à lui. Il revit la colère dans les yeux de son jumeau en comprenant qu'il avait choisi Harry comme compagnon, la haine inscrite sur son visage quand il avait lancé l'avada kedavra sur Jim, il lui fallait les protéger coûte que coûte.

— Tu rêves amour? lui chuchota Harry.

— Oui, mais à vous...

— Je suis désolé, je n'aurais pas du..., commença-t-il.

— Non! J'aime vous écouter. l'interrompit-il. Je pensais à la peur que j'ai eue ce matin.

— Nous n'étions pas en danger plus que toi. répondit-il doucement. Crois-tu que je n'aie pas vu son expression d'aversion quand il a compris que je portais le bracelet?

— Vous avez douté de moi?

— Douté de toi? non! à aucun moment... fit Harry manifestement perplexe.

— Moi non plus, compléta Jim, j'ai compris de suite qui il était.

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Ils reprirent lentement le chemin d'Astor's Lodge, le temps était doux même si il y avait une dizaine de degrés d'écart entre le midi de la France et l'Angleterre. Dès qu'ils furent en dehors des rues fréquentées, Harry les attira par la taille contre lui et c'est enlacés et en silence qu'ils terminèrent leur promenade. Le manoir était sombre et désert, même les elfes semblaient absents.

Immobile dans l'embrasure de la porte du salon télévision, il faisait un triste constat. Il était à la fois content de retrouver le foyer qui l'avait hébergé pendant plus de six mois et à la fois déçu de s'apercevoir qu'il ne s'y sentait plus chez lui. Chez lui c'était les Tamaris, la maison de Weymouth, l'appartement du Marais, ce serait ceux de Poudlard et peut-être de Cambridge, mais là c'était le logis de ses amis, comme le castel rose de Toulouse ou le quartier général.

— Que se passe-t-il, mon agneau? demanda Pierre-François en posant par derrière sa main sur son estomac pour l'attirer contre sa poitrine.

— Je m'étonne de ne plus me sentir chez moi ici. fit-il tristement en désignant le salon où il avait passé de nombreuses heures. J'y retrouve mes souvenirs, les soirées avec mes amis, les débuts de nos amours à Jim et moi, nos câlins du matin à trois, mais mon foyer n'est pas ici. Ce n'est pas chez nous. finit-il.

— C'est vrai, c'est une page qui se tourne mais une autre s'ouvre pour nous trois. Un nouveau foyer nous tend les bras où nous aurons d'autres souvenirs, d'autres moments heureux. Ne crains rien, mon amour, tu n'oublieras pas ceux-ci, ils te seront doux. finit-il en posant un tendre baiser sur sa tempe. Que dirais-tu, pour te changer les idées, d'aller voler un peu au dessus du monde sorcier avant qu'il fasse noir?

— Voler? demanda-t-il les yeux déjà pétillants de joie à cette perspective.

Quelques minutes plus tard, ils admiraient de là-haut la forêt verdoyante, la rivière qui coulait paresseuse entre les rives boisées, le soleil couchant se reflétait dans l'onde la rougeoyant. Ils filaient rapidement, suivant la tranchée que faisait dans les arbres le ruban d'eau. Conscient de Jim blotti contre lui, des mains passées autour de sa taille, de la tête sur son épaule, il était grisé par la vitesse. Pierre-François devant eux ne se laissait pas rattraper et Harry se souvint, amusé, que lors de la dernière année de son père à Poudlard, c'est le jeune serpentard de l'époque qui avait ravi le vif d'or devant le nez de son ami James. Il força l'allure pour arriver à sa hauteur. Pierre-François se tourna vers eux, les yeux brillants, un sourire moqueur aux lèvres, il s'était laissé rejoindre.

Manifestement, il aimait le vol et la vitesse, un coté de lui qu'il n'avait pas encore vu ou qu'il avait occulté car il savait depuis le début qu'il avait été attrapeur et même un très bon attrapeur. D'un signe de tête, il lui indiqua une trouée dans la forêt et fonça vers elle, slalomant entre les arbres. Harry le suivit immédiatement sans difficulté. Une fois arrivés, l'aîné montra un petit objet doré qui frémissait dans sa main avec un regard interrogatif, il acquiesça en riant et recommanda à Jim de ne surtout pas le lâcher.

Une fois lancée, la petite balle ailée disparut de leur vue. Postés en hauteur de chaque coté de la clairière, ils guettaient l'éclair brillant qui trahirait la présence du vif d'or, ils l'aperçurent en même temps et foncèrent tous les deux vers lui. Ils s'étaient rejoints et filaient maintenant au coude à coude à la poursuite du vif qui avait changé de direction. Lorsqu'il la modifia une seconde fois, revenant vers eux, Harry ne voulut pas freiner de toutes ses forces de peur de faire cabrer son balai et de déstabiliser Jim, il dépassa donc le petit objet volant alors que Pierre-François virait sec afin de l'attraper, pourtant il se retrouva les mains vides. Il se retourna pour voir Jim brandir le poing et éclata d'un rire joyeux. Son agneau calme, tendre, discret créait la surprise en rappelant sa témérité. Instinctivement, il avait lâché d'une main la taille de Harry pour attraper la balle au passage et il était ravi de son exploit. Il est vrai qu'il était certainement le premier moldu à capturer un vif sur un balai.

Ils rentrèrent plus doucement. Voler dans la pénombre avait son charme aussi. Au loin les lumières de la ville attiraient le regard. Jim, la bouche contre la nuque de son fiancé, le trophée serré dans une main, se sentait étrangement vivant. Jamais il n'aurait avoué que parfois en ce monde qui lui était encore étranger, sans pouvoirs, sans magie, il se sentait diminué. Il faisait tout pour y remédier, mais à l'impossible nul n'est tenu. Alors une toute petite victoire comme celle de ce soir le ravissait.

Quand il descendit du balai dans le parc d'Astor Lodge, il se sentit soulevé et serré par des bras fermes, vit tournoyer le ciel avant de plonger dans les yeux clairs qu'il surplombait et de se laisser glisser tout contre le corps de Pierre-François qu'il embrassa passionnément. Il se tourna ensuite vers Harry, l'enlaça et lui offrit la petite balle ailée.

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Quand il se réveilla, Draco eut du mal à réaliser qu'ils étaient dans leur lit à Astor's Lodge. Presque deux mois qu'ils vivaient en France à Toulouse ou au Cap d'Agde et en monde moldu. Autant leur séjour au castel commençait à lui peser à la fin, autant celui au Cap lui avait plu. Il s'épanouissait entre l'amour de Mia et Sylas mais son bonheur n'était complet qu'avec leurs amis autour de lui. Il savait pourtant que son homme préférait de loin leur intimité. Aux Tamaris, la solution du bastidon séparé du corps principal de la maison avait finalement satisfait tout le monde.

Sy s'était endormi à coté de Mia, pourtant maintenant il le sentait avec bonheur blotti contre lui. Il se retourna le plus délicatement possible pour ne pas réveiller leur petite femme et le prit dans ses bras en soupirant de soulagement et de satisfaction. Hier soir, il lui en voulait mais ils s'aimaient trop pour que ça dure. Il est vrai qu'avec le recul, il avait agi de façon un peu irrationnelle, comme d'habitude quand il s'agissait de Harry.

Lorsqu'ils étaient revenus du manoir Malefoy après leur diner qui s'était prolongé par des discussions sur la rentrée toute proche, ils avaient trouvé la maison déserte, abandonnée semblait-il. Comme à Harry, cette impression lui avait été particulièrement désagréable. Leurs amis n'étaient pas revenus, c'était étonnant. Inquiet, il avait essayé d'appeler Harry sur son portable et découvert en entendant la sonnerie retentir non loin de lui qu'ils étaient passés à la maison, étaient ressortis et avaient volontairement laissé leur portable sur le plan de travail de la cuisine. C'est à ce moment qu'il avait commencé à gamberger. Au bout d'une heure, il imaginait le pire. Quand il les avait vus revenir avec leur balai, ivres de vitesse, insouciants, tout souriants alors que lui était mort d'inquiétude, il leur avait fait une véritable scène de diva capricieuse dont il avait un peu honte maintenant.

Harry avait rit tendrement, Pierre-François l'avait regardé amusé et Jim avait souri avec indulgence et il avait fini étouffé dans leurs bras, laissant dans cette embrassade fraternelle le peu de dignité qui lui restait après son éclat. Ça avait moins plu à ses amours. Hermione s'était contentée de lever les yeux au ciel et de ne plus lui parler mais Sylas une fois la porte de leur chambre refermée lui avait fait bien des reproches à ce sujet, le ton avait monté et même si il sentait tout l'amour qu'il avait pour lui à travers le lien, il n'avait pas réussi à occulter les propos parfois durs de son homme, ils s'étaient disputés et s'étaient, pour la toute première fois, couchés fâchés.

Sylas avait comparé Erwin et l'amitié qu'il avait pour lui et celle de Draco envers Harry et qualifié cette dernière d'excessive et anormale! Il n'était pas Sy et Harry pas le tranquille Erwin... Il était, lui, possessif en amitié comme en amour. L'aimer c'était le prendre tel qu'il était, si Sy ne savait pas le faire, c'est qu'il ne l'aimait pas! Et si c'était le cas Draco n'avait pas besoin de lui! Bref, il avait été très injuste avec celui qu'il aimait plus que tout et sitôt les paroles lâchées il les avait regrettées, mais sa fierté déjà mise à mal lui avait interdit toutes les excuses qu'il aurait dû faire..

Tendrement, du bout des doigts, il caressa les paupières fermées sur les yeux d'agate, il suivit la pommette légèrement saillante puis descendit au coin de la bouche, effleurant les lèvres closes qu'il savait douces et accueillantes, avant de se pencher pour lui voler un baiser léger.

— Laisse-moi dormir, Dray. fit une voix peu amène.

— Je suis désolé, Sy. J'ai voulu te faire du mal comme tu me blessais, je ne pensais pas ce que je t'ai dit. fit-il en resserrant son étreinte.

— Moi aussi j'ai été trop loin. soupira Sylas sans pourtant le regarder mais en appréciant les excuses qui lui était faites. Je sais qu'il n'y a rien d'équivoque dans ton amitié pour Harry. C'est juste que je suis jaloux parfois de cette attention de chaque instant que tu lui apportes.

— Il y avait eu le matin même le problème avec François-Marie et il était encore présent dans mon esprit ainsi que la haine envers eux que j'ai vue sur son visage. J'ai eu peur, une peur irraisonnée que je n'ai pas su maitriser, c'est tout.

— ...

— Je t'aime, tu le sais! Par le lien, tu sais tout ce que j'éprouve. A la place de t'énerver, pourquoi ne m'as-tu pas rassuré? Tu m'as laissé partir dans mes délires sans un mot. Ça ne te ressemble pas!

— Si souvent je vous sers de médiateur à Mia et toi, si souvent je calme tes angoisses la nuit, si souvent j'essaye le jour de réfréner tes colères… Il m'arrive aussi d'en être las, tendre ami. avoua Sylas. Hier c'était le cas.

— Je suis désolé, répéta Draco.

— Je le sais ; je le sens. fit avec tendresse Sylas qui se pressa contre lui.

Il le serra et posa sa joue contre la sienne. Son amour avait raison, il le réalisait. Il était bien trop souvent le tampon entre lui et Mia ou son père, c'est un rôle qu'il avait endossé tout naturellement au début de leur relation et qui lui allait comme un gant. Son calme, son analyse rapide des problèmes, sa diplomatie l'avaient conduit à cet état. Il modérait ce qu'il avait d'impulsif. Il n'avait jamais deviné que ça lui pesait.

— Arrête de t'en vouloir...

— Je ne m'en veux pas pour hier. Nous nous aimons trop pour que ça affecte notre relation. Nous nous sommes jetés des choses déplaisantes à la tête c'est vrai, mais nous savons tous les deux ce qu'il en est réellement. Par contre, je n'ai pas vraiment fait d'efforts pour tempérer mon caractère parce que je comptais sur toi, parce que j'aime que tu sois là à mes côtés pour me prendre par la main et je n'ai pas compris que ça te blessait, avoua Dray.

— J'aime être là, tendre ami, et tout partager avec toi, même tes humeurs... juste que parfois je voudrais souffler un peu. lui murmura-t-il.

— Je ne suis ni Erwin, ni Jim..., mon amour, et je ne le serai jamais.

— Je sais mon petit dragon cracheur de feu, je le sais... et je t'aime comme tu es! Sois-en sûr! Viens, il est temps de se lever, finit-il en le tirant vers la douche...

Ils réveilleraient Mia après. Elle ne voulait plus se retrouver nue devant eux estimant son corps déformé et affreux. Quand ils faisaient maintenant l'amour à trois, c'était dans le noir le plus complet. Ses deux hommes ne comprenaient pas, ils ne l'avaient jamais trouvée aussi jolie. Elle n'était enceinte que de quatre mois, sa taille avait un peu épaissi et son ventre était à peine rebondi. Ils auraient voulu caresser cette douce colline qui se dessinait enfin et abritait leurs fils, leur parler, poser les mains, le visage sur la peau veloutée pour y percevoir les premiers mouvements des enfants, mais tous leurs arguments avaient été vains. Ils attendaient avec impatience sa visite à Madame Pomfresh qui aurait lieu à la rentrée.

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oOo

Quand le trio descendit, ils trouvèrent, comme chaque matin avant les vacances, Sylas et Draco en train de préparer le petit déjeuner de tous. Au bout de la table, une petite forme recroquevillée attendait. Harry reconnut avec surprise Kreattur.

— Kreattur?

— Oui, Maître Harry, fit l'elfe dans un couinement. Il voulait vous dire que le fils indigne de son ancienne maîtresse est revenu dans la maison.

— Je sais.

— Kreattur veut travailler pour Maître Harry. Il est méchant, ce traître à son sang. Il ramène des femmes de mauvaise vie qui traitent Kreattur comme un animal, continua-t-il dans un reniflement méprisant.

— Tu vas faire quelque chose pour lui, j'espère? fit une voix remplie d'indignation.

Harry soupira. Si Hermione s'en mêlait, lui, n'en sortirait jamais et pour le moment ce n'était pas tant de l'avenir de l'elfe dont il se souciait que de la sécurité de l'Ordre et de la leur par la même occasion.

— Kreattur, ces femmes qu'il a ramenées sont des sorcières?

— Le maître a dit que non, mais une d'elle en est une. Elles sont reparties très tôt ce matin. Kreattur a surveillé jusqu'à leur départ ! cracha-t-il avec mépris.

— As-tu entendu quelque chose qui peut laisser supposer qu'elles avaient de mauvaises intentions?

— Hier soir, la sorcière a écrit une lettre et a demandé à Kreattur de l'envoyer avec le hibou de maître Harry.

— Et tu l'as fait?

— Je n'obéis à personne d'autre que Maître Harry.

— Qu'est devenue cette lettre?

L'elfe avait changé pour plaire à son jeune maître qui si il n'était pas de sang-pur, était l'héritier de Salazar Serpentard et le traitait correctement, si il était toujours ronchon, il était maintenant proprement mis, il sortit de sous le linge décoloré qui lui servait de vêtement, un parchemin quelque peu froissé. Harry se pencha dessus, ses compagnons lisant par dessus son épaule. Il n'y avait que quelques mots : "Ils ne vivent pas ici. Il n'y a que Black." Pas de signature, pas de marque distinctive. Par acquit de conscience, ils essayèrent le sortilège aparecium ainsi que d'autres sans succès, il n'y avait rien d'autre.

— Merci. Tu m'as rendu un grand service. Tu peux retourner à Poudlard si tu veux. Nous y serons dans quelques jours. Je vais voir si il y a possibilité de t'attacher à moi ou de te libérer comme Dobby.

— Kreattur est puni parce qu'il n'a pas obéi à Maître Black ?

— Puni? mais non! Si tu es libre tu pourras choisir le maître que tu veux.

— Kreattur ne veut pas être libre ! il veut servir Maître Harry!

— D'accord ! fit Harry agacé. Je vais m'en occuper.

— Merci, maître ! Je retourne à Poudlard ! Je ne veux pas aller dans la maison souillée. fit-il en disparaissant.

Un silence suivit le départ du vieil elfe. Harry échangea un regard grave avec ses deux compagnons, puis se tournant vers ses amis, il leur tendit le parchemin.

— Comment se fait-il qu'il m'obéisse encore?

— Tu as reçu la maison en héritage, ainsi que ce qui lui était attaché. Sirius est revenu mais je doute qu'il ait fait le nécessaire pour récupérer le quartier général, tant que le changement n'est pas enregistré tu restes son propriétaire. fit Pierre-François.

— Par quel moyen une sorcière serait-elle entrée alors que tu es le gardien du secret ? demanda Draco.

— Peut-être n'en est-elle pas une? Ecrire quelque mots sur un bout de parchemin et demander à l'elfe de l'envoyer, c'est à la portée de n 'importe quelle moldue. argumenta Jim.

— Oui, mais un elfe qui se trompe sur la nature d'un sorcier, ce serait une première. Il n'y a qu'une explication, Sirius l'a fait entrer en même temps que lui grâce au papier que je lui avais donné avec l'adresse inscrite dessus au cas où il en aurait besoin.

— C'est bien la pire des perspectives. soupira Hermione. Nous ne sommes plus en sécurité ici non plus car les cheminées sont reliées.

— Je vais régler ça immédiatement. Vous avez fini? demanda-t-il à ses deux compagnons.

— Laisse-moi avaler mon déjeuner ! protesta Jim

Cinq minutes plus tard ils atterrissaient dans la cheminée du 12, square Grimmaurd. Sirius, la tête entre les mains, regardait d'un œil torve sa tasse de café refroidie. Il sursauta à peine quand il vit les six amis devant lui. Draco lui tendit une petite fiole de potion contre la gueule de bois. Il fit non.

— Je n'ai pas bu!

— Tu m'expliques ça? fit son filleul en posant devant lui le morceau de parchemin.

— La salope! fit l'ancien gryffondor après avoir lu les quelques mots griffonnés.

— On va aller loin avec ça, lui jeta Pierre-François. L'Ordre du Phénix n'est plus en sûreté et Astor's Lodge pareillement, tout ça parce que tu as eu envie de t'envoyer une pute dans ta propre maison. Tu ne sais pas faire ça dehors comme tout le monde!

— Je crois que je le suis pas le seul. J'ai entendu dire que certains se faisaient même enlever mettant ainsi le monde sorcier en danger, tout ça pour te trouver un amant d'un soir et tromper mon filleul qui a volé malgré tout à ton secours et qui à ce jour te fait des mamours tant que tu en veux, alors serpentard de mon cœur à ta place, je me tais! railla l'ancien Gryffondor.

— Je respecte trop ceux qui sont devenus mes compagnons pour faire ce que tu viens d'énoncer, déclara Pierre-François d'une voix dangereusement calme, et bien que notre vie privée ne te regarde en rien je ne peux pas te laisser croire que Harry, si fier, si droit, admettrait d'être bafoué ainsi. Je ne sortais pas avec eux quand c'est arrivé même si nous nous aimions déjà. Tandis que toi, sans te poser de questions, tu ramasses deux filles dans la rue qui très certainement t'ont fait un rentre-dedans pas possible, tu t'es cru irrésistible et tu as ramené le lot au quartier général de l'Ordre du Phenix. Il est beau le résultat! persifla Pierre-François auquel Harry jeta un regard tendre. Incapable de reconnaître une sorcière, il faut le faire !

Doucement l'Elu lia sa main à celle de son amant et mit en contact les bracelets, lui rappelant à la fois son amour, sa confiance et l'incitant au calme. Le soupir impatient qu'il entendit lui dit qu'il avait été compris mais que son appel ne plaisait pas.

— Je n'ai pas senti sa magie, elles doit être faible. reprit Sirius.

— Si j'en juge par ton état quand nous sommes arrivés, tu as pourtant subi plusieurs sorts de confusion si ce n'est un stupefix! Je me demande ce qui s'est passé ici cette nuit. Elles ont certainement opéré une fouille en règle. fit Harry soucieux. Nous allons changer de gardien du secret, faire fermer le réseau de cheminette entre ici et tous les autres lieux pendant un laps de temps indéterminé et prévenir Minerva qu'il leur faut trouver un autre quartier général. Enfin, je vais demander à Jimmy et Jareth de venir analyser les traces de magie et des sortilèges qui ont été utilisés.

— Ce sera plus prudent. soupira Sirius.

— Qu'as-tu fait au sujet de cette maison, l'as-tu déjà remise à ton nom?

— Je n'ai rien changé, je ne vais pas te reprendre ce que je t'ai donné!

— Tu devrais le faire afin que la maison traditionnelle des Black reste en dehors de ce conflit.

— Tu sais à quel point elle me donne le cafard. Je ne compte pas l'habiter.

— Peu importe. Par contre j'aimerais que tu me cèdes Kreattur, je m'y suis attaché et lui à moi.

Ils changèrent de gardien du secret prenant provisoirement Draco puis s'unirent pour renforcer les protections de la maison.

Une chose était sûre, même si il faisait des recherches pour fusionner avec la forme inférieure de Gellert Grindewald, François-Marie ne faisait pas que ça. Il semblait les rechercher activement et profitait de la moindre occasion pour tenter de les piéger, tout en luttant certainement contre O'Reilly. Harry se surprit à penser que peut-être il l'avait sous-estimé et que ça risquait de leur coûter cher.

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Il était plus de neuf heures quand ils arrivèrent au ministère de la magie. Harry prit Lucius à part pour l'informer de la situation. Celui-ci lança un regard furibond vers le maraudeur avant de s'éclipser pour faire le nécessaire afin que dorénavant le réseau de cheminette sécurisé du ministère ignore le 12, square Grimmaurd.

La conférence reprit dès l'arrivée de tous les ministres vers dix heures. Si les moldus furent atterrés devant le manque de ponctualité des sorciers, ils n'en dirent rien, tout au plus échangèrent-ils quelques regards de connivence. Ils n'étaient pas encore au bout de leurs surprises. Si c'est l'enseignement qui avait été abordé le jour avant, c'est la politique tant sorcière que moldue qui était sur la sellette celui-ci et elle semblait déchaîner les passions. Chaque article des accords passés fut commenté et plutôt bien noté mais très vite les sorciers abordèrent des points qui n'avaient pas fait l'objet des négociations premières et pour lesquels ils réclamaient un consensus. Les politiciens moldus appelés comme consultants se trouvèrent bientôt pris à partie.

— Ça suffit! fit Harry d'un ton sec. Nous ne sommes pas ici pour refaire les accords de Liège. De toute façon, aucun amendement ne sera possible tant que le Conseil de l'Europe sera sous présidence espagnole. En janvier 2000, la ministre des affaires étrangères finlandaise, Madame Tarja Halonen assumera cette charge, nous verrons à ce moment si quelque chose est possible. Les secrétaires d'Etat et ministres moldus qui sont ici aujourd'hui sont venus vous aider à améliorer les relations entre les deux mondes, ils sont vos alliés, non des ennemis, je vous prie de vous en rappeler et de les considérer comme tels. Ils sont mes amis et je n'admettrai pas qu'ils soient traités autrement qu'avec respect. Je vous suggère de reprendre ces débats après le déjeuner quand les esprits se seront calmés. termina-t-il en se levant et en rassemblant ses troupes d'un coup d'œil avant de sortir avec elles, ne laissant d'autre choix aux politiciens sorciers que de se calmer faute d'interlocuteurs.

Dans son coin, l'espagnol observait. D'une simple phrase, le Sauveur du monde sorcier, un gamin du même âge que le plus jeune de ses fils, venait de faire taire une quinzaine de ministres et d'un regard s'était fait obéir des quatre représentants moldus, de ses partisans dont le ministre de la magie britannique et le directeur du magenmagot. Un jeune homme charismatique, un meneur né sans l'ombre d'un doute dont il avait pu apprécié la droiture et la gentillesse à Grenade, mais aussi quelqu'un qui pourrait se révéler très dangereux. Sans le savoir, il rejoignait dans son opinion son homologue moldu.

Les débats reprirent plus calmement vers quatorze heures et se prolongèrent jusque vingt deux heures. Chaque sorcier s'en retournait chez lui avec un plan de réforme de son enseignement, des pistes pour éviter les problèmes avec les moldus, des solutions juridiques pour contrer les existants... et l'idée que le chemin vers l'entente serait long mais qu'il était possible. Ils se reverraient dans le courant du mois de septembre quand ils en auraient discuté avec les membres de leurs cabinets respectifs.

Les trios transplanèrent au restaurant préféré de Pierre-François, le Magellan en compagnie de Michel, William et Helmut. Lucius, Kingsley et Sirius étaient aussi de la partie. Comme d'habitude Hermione était la seule femme parmi une gente exclusivement masculine. Le maître d'hôtel les vit arriver avec plaisir, prévenu par téléphone depuis plus de deux heures, il les attendait avec impatience. Une tablée de clients pareils dont une partie étaient des habitués, ne se refuse pas mais, une fois de plus, sa femme ne serait pas contente de le voir rentrer aussi tard.

Ils parlèrent peu de la conférence qui était déjà derrière eux et plus de la rentrée qui se profilait et qui serait source de bien des changements. En les écoutant, Harry avait déjà l'impression que les vacances étaient finies et avait hâte de retrouver les Tamaris pour oublier l'échéance trop proche, Hermione redoutait de se trouver séparée de ses hommes qui seraient à Cambridge et remettait sa décision en cause, Jim, même si son amphithéâtre l'attendait, avait peine à s'imaginer endossant l'habit de professeur à Poudlard et Cambridge. Enfin chaque membre du trio avait difficile de réaliser qu'ils n'auraient plus le même emploi du temps que les autres. Si Pierre-François allait pouvoir jongler avec les horaires pour faire coïncider les heures de Harry et Jim à Poudlard, Minerva n'avait aucune raison de prendre cette peine. Les deux plus jeunes qui il n'y avait pas si longtemps croyaient vivre à Cambridge la semaine et ne rentrer à Poudlard auprès de leur amant que le week-end trouvaient maintenant que rester éloignés de lui les journées étaient déjà une souffrance. Ce dernier finit par remarquer leur silence et s'en inquiéter. Il connaissait bien maintenant ce petit pli mécontent entre les sourcils de Harry et cette moue boudeuse de Jim, signes que quelque chose n'allait pas.

— Fatigués mes agneaux? leur souffla-t-il.

— Non! fit Harry en secouant la tête.

— Non non... ça va ! le rassura Jim avec un sourire sans toutefois arriver à le convaincre.

Ils firent un effort pour ne pas l'inquiéter. La conversation s'aiguilla sur un autre sujet et le sourire réapparut sur le visage de ses deux jeunes compagnons. Cela donna à réfléchir à Pierre-François. Apparemment la rentrée leur posait un problème et il se mit à la redouter à son tour.

Il était plus d'une heure du matin quand ils atterrirent dans le chemin devant les "Tamaris". Harry aspira goulûment une bouffée d'air tiède chargé d'iode et du parfum des fleurs du jardin. Son bras toujours autour de la taille de Jim, il chercha le contact avec Pierre-François qui lui semblait bien lointain, il l'attira vers lui, lui volant un baiser avant de poser sa joue contre la sienne en soupirant d'aise.

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oOo

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— Il faut qu'on parle de la rentrée et de ce qui ne vous plait pas, fit ce dernier quelques minutes plus tard alors qu'ils étaient tous les trois couchés pour dormir.

— Encore ! gémit Harry.

— Oui, encore, confirma Pierre-François. Je voudrais savoir ce qui ne va pas. Est-ce la perspective de vivre tout le temps ensemble qui vous angoisse? Si c'est le cas je peux faire l'effort de vous laisser de l'espace. acheva-t-il avec difficulté.

— Où as-tu été chercher ça? demanda Harry stupéfait. Ce serait plutôt le contraire pour ma part. Nous avons l'habitude d'être toujours ensemble et là tu seras à Poudlard à te consacrer à la bonne marche de l'école ce qui est plus qu'un emploi, c'est un sacerdoce et nous nous serons à Cambridge en train d'essayer d'apprendre la politique sorcière pour exercer un métier qui nous mangera tout notre temps et nous fera oublier jusqu'au sens du mot amour et bonheur.

— J'ai l'impression que nous avons déjà eu une conversation à peu près semblable, mon amour, fit-il amplement soulagé.

— Je sais que tu ne conçois pas une vie d'oisiveté, je sais que tu as besoin de te consacrer à quelque chose d'autre que nos précieuses personnes et que tu as déjà plein de projets pour Poudlard sans oublier le tournoi des trois sorciers que je suis sûr tu vas organiser en plus. Parfois, je me demande quelle place nous tiendrons encore dans ta vie.

— Mon agneau... Rien ne m'est plus cher que votre bonheur, ne sois pas injuste. fit-il doucement avec des reproches dans la voix. Vous tiendrez toujours la première place et je ferai tout ce que je peux afin d'être le plus souvent possible avec vous, parce que ça m'est essentiel aussi. Et toi Jim?

— Je sais que nous ne pouvons toujours être ensemble, même Harry et moi nous devrons nous séparer pour assumer notre rôle de professeur donc je me suis résigné à ça, par contre enseigner me fait peur.

— Ce ne sera pas différent des cours de karaté que tu donnes à l'AD et tu n'as éprouvé aucune difficulté, ni à te faire entendre, ni à partager ce que tu savais. Je crois que tu te tracasses pour rien. Tu es doué pour ça, même si ça te demande des efforts de patience.

— A ton tour ! fit Harry. Que redoutes-tu dans cette rentrée?

Le silence qui suivit la question les surprit tous les trois. Pierre-François, pris de court, ne se décidait pas à avouer ce qui le préoccupait, ses deux compagnons qui avaient l'habitude de sa franchise, de son audace parfois, en étaient stupéfaits. Son compagnon se pressa contre lui, prit son menton entre le pouce et l'index et tourna son visage vers lui jusqu'à plonger ses yeux dans le regard clair.

— Explique, amour...

— Vous allez découvrir un nouveau milieu, fit-il avec un soupir. Faire d'autres découvertes, tisser des liens où je ne serai pas et ...

— Arrête tes belles phrases, Pierre-François ! le coupa brusquement Harry. Tu as peur que nous tombions amoureux de quelqu'un d'autre?

— Cela n'aurait rien d'impossible. admit l'ainé.

— P'ti loup! murmura Jim.

— La vie est ainsi faite... Ne pensiez-vous pas n'aimer jamais que l'autre? Jim que Harry et Harry que Jim? Je suis pourtant là.

— Donc tous nos serments d'amour sont vains ? Et ce n'est même plus la peine de te dire qu'on t'aime? le taquina tendrement Harry.

— L'amour, c'est vrai, n'est jamais acquis, mais si tu dois te torturer pour quelque chose qui n'arrivera certainement pas tu vas gâcher ce que tu peux vivre avec nous, p'ti loup.

Il ne pouvait rien répondre à ça. Il se contenta de les embrasser avec passion, avec tout l'amour qu'il avait en lui pour eux. Il eut beaucoup de mal à s'endormir. Certains jours tout était facile et d'autres tout était à cet opposé. Il suffisait parfois d'une petite phrase entendue au détour d'un couloir pour gâcher, salir, comme cet après-midi. Il revoyait les deux ministres sorciers et entendait encore et encore le dialogue surpris.

« — … il est béat d'admiration devant son compagnon ! le descendant de Grindelwald, rien que ça !

— Amourette de jeune homme. L'autre est séduisant, parle bien, représente le fruit défendu, ça n'aura qu'un temps très court...

— Je le pense aussi mais je crains les dégâts que peuvent faire ces deux frères maudits... »

Il dormit quelques heures d'un sommeil agité. Ce sont de légers baisers sur son torse et des mains douces qui le réveillèrent et dès qu'il ouvrit un œil, les tendres caresses s'interrompirent.

— Bonjour, mon loup.

— ...

— Tu dors mal. Tu t'agites, tu gémis...

— ...

— Alors maintenant, tu vas m'expliquer pourquoi celui qui semblait sûr de mon amour au point de me choisir pour compagnon s'est mis à en douter au point d'en perdre le sommeil.

— ...

— Tu me connais, mon loup, je ne te lâcherai pas tant que je ne le sais pas...

— C'est une raison idiote et je me le répète depuis hier.

— Mais tu n'es pas arrivé à oublier ce que tu qualifies d'idiotie alors on va en parler et on la chassera à deux de ton esprit...

Pierre-François soupira, il connaissait l'entêtement de son agneau, si il se taisait c'était la dispute assurée. Il lui raconta la conversation surprise, se trouvant stupide au fur et à mesure de son récit. Le sourire tendre mais un peu moqueur de Harry ne l'aida pas à terminer son histoire.

— Je t'aime, tu le sais. Quelle importance peut avoir ce genre de mesquinerie en regard de ça? Comment as-tu pu te laisser déstabiliser par deux inconnus qui ne savent rien de nous? Je te croyais si sûr de toi, si sûr de moi... lui souffla Harry en repoussant amoureusement les longues mèches blondes loin de ses yeux.

— Il n'y a pas un jour où je ne me reproche de t'avoir passé ce bracelet elfique, mon agneau. Je l'ai fait par amour sans penser à quoi je t'exposais

— Même si j'aime être ton agneau, je n'en suis pas un. Dès le début je te l'ai fait.. comprendre, fit Harry en jouant avec le pendentif-portoloin qu'il avait passé au cou de son amant au tout début de leur lien. Ce n'est pas par hasard que j'ai choisi ce loup aux yeux d'émeraude. Je savais que t'aimer ne serait pas de tout repos. C'est conscient de ça que je me suis engagé dans notre relation et à aucun moment je ne l'ai regretté. Et quand bien même il y aurait des dizaines d'étudiants beaux, riches, cultivés, en un mot, parfaits, dans cette université, aucun ne serait comparable à toi parce que tu es exceptionnel pour moi. Je suis tien et tu es mien et nul ne peut rien y faire, même pas nous.

Pierre-François retrouvait dans les propos de Harry, l'écho de ses pensées du jour précédent. Il l'attira contre lui, les mains au creux de ses reins, le serrant avec emportement. C'est sa bouche qui lui répondit violentant presque la sienne et après une lutte interminable, ils se trouvèrent haletants les yeux dans les yeux, front contre front.

Harry se laissa aller en arrière, reprenant sa place précédente entre ses deux amours, pour une fois ce fut son loup qui se blottit contre lui, il attira fermement Jim à lui, posa ses lèvres au coin de sa bouche, sur ses paupières puis sur le front bruni avant d'appuyer sa joue sur les courtes boucles. Il ferma les yeux et se rendormit.

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oOo

Le soleil était déjà haut dans le ciel quand ils s'éveillèrent pour de bon. Nullement pressés de se lever, lovés dans une même étreinte, ils établissaient le programme des deux jours et demi qu'ils avaient à eux avant de passer le week-end à Toulouse chez Sylas, Draco et Hermione. Programme sur lequel ils étaient très vite tombé d'accord et qui consistait à juste profiter du soleil, de la mer et de leur présence mutuelle. Ils entendirent une galopade le long du couloir puis une seconde...

— Viens ici, Lily, tu dois laisser dormir Papa! fit la voix d'Aymeric.

— Mais il est l'heure de se lever, répliqua une autre plus aigüe.

— Ils sont rentrés tard, ils étaient très fatigués. Tu dois les laisser se reposer !

— Tu n'en sais rien ! C'est mon papa à moi, c'est pas le tien ! ragea la petite fille.

— Mon père dort aussi. soupira Ay.

— Qu'est-ce que vous faites là? demanda la voix claire de Cloud.

— J'empêche Lily d'entrer et de les réveiller mais elle est têtue.

— C'est une fille même si elle n'a que trois ans, il faut la séduire, fit la voix basse de Justin.

— Viens petite sœur, on va manger un croissant plein de marmelade, tu reviendras après. fit à nouveau Cloud.

— Avec une tasse de chocolat?

— Si tu veux. confirma le garçon.

— Je ne vois vraiment pas ce que tu fais de plus que moi ! C'est ce qu'elle mange tous les matins ! grommela le plus jeune pendant qu'ils s'éloignaient.

Les trois dormeurs se regardèrent complices avant d'éclater d'un rire le plus silencieux possible.

— Dire que ma fille m'oublie pour un peu de confiture sur une viennoiserie, se moqua Pierre-François.

Après un déjeuner pris avec les enfants, ils descendirent tous les trois au bureau. Le courrier et les rapports les y attendaient. Harry reconnut de suite l'écriture de Liam sur une enveloppe caractéristique du Magenmagot et s'en saisit, ses deux compagnons guettaient les expressions sur son visage, attendant des informations qui tardaient à venir.

— Rien ! Ils n'ont rien trouvé ! Le beau-fils du ministre est toujours en pleine confusion et ne se rappelle que de son enfance. Ton frère l'a certainement observé pendant plusieurs jours pour que son beau-père ne s'aperçoive pas de la supercherie. Je crois qu'il faut chercher de ce coté.

— Tu penses que mon frère a effacé sa mémoire parce qu'il savait quelque chose d'important, quelque chose qui pouvait nous apporter un élément contre lui.

— Oui, c'est ce que je crois. On va attendre un peu pour voir si il retrouve quelque souvenirs mais à mon avis c'est peine perdue. Nous fouillerons alors la vie de cet homme de A à Z en espérant trouver l'élément en question. Nous ne pouvons rien négliger.

— Et pour le quartier général?

— Jimmy et Jareth n'ont pas encore envoyé de rapport.

— Ils ont l'expérience nécessaire? demanda Jim.

— Je préfère moins d'expérience et qu'ils soient sûrs... soupira Harry en passant une main nerveuse dans ses cheveux rebelles.

Ils travaillèrent jusqu'à l'heure du repas, négligeant leur entrainement physique pour rattraper le retard qui s'était accumulé pendant leur séjour en Espagne puis en Angleterre. Ils appréciaient cette atmosphère calme, studieuse qu'ils partageaient à trois, ce sentiment d'être les éléments d'un même dessein, de forger un destin conjoint. Il y avait presque une jouissance dans cette communion.

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Ils passèrent l'après-midi à la plage, retrouvant avec plaisir les joies simples de faire du bateau ou de jouer en compagnie des enfants sous l'œil indulgent du vieux Gauthier assis sur une chaise longue sous un parasol.

Allongé de côté sur le sable, la tête posée sur l'estomac de Jim endormi, Harry regardait son compagnon jouer avec Lily. Il repensait aux divers côtés de celui-ci qu'il découvrait au fil des jours avec infiniment de bonheur. Pierre-François les yeux brillants du plaisir de la vitesse en bateau ou sur un balai, Pierre-François enseignant ou discourant avec maestria devant les ministres, Pierre-François fragile, doutant de leur amour, de leur avenir et le cachant par pudeur, Pierre-François ardent amant au tempérament passionné s'oubliant, se perdant dans la jouissance... Justement, il se tournait vers eux, vit son regard et une expression d'amour transforma son visage illuminant jusqu'à ses yeux clairs.

Un mouvement de Jim le ramena à son fiancé qui s'éveillait. Il était, lui, sa force tranquille. Depuis leur rencontre, il était toujours à ses côtés pour l'épauler, il n'avait jamais plus eu peur de la solitude. Ce qu'il éprouvait envers lui était incommensurable. Il se redressa pour permettre à Jim d'en faire autant. Assis côte à côte, ils regardaient maintenant vers le large. Sans même s'en rendre compte, tant ça lui était devenu naturel, il avait passé sa main autour de sa taille et Jim s'était alangui contre lui, la tête posée sur son épaule. Soulevant son visage du bout des doigts, il l'embrassa avec tout l'amour qu'il y avait dans ses pensées quelques secondes auparavant puis nicha à son tour son visage dans son cou respirant encore et encore son odeur sensuelle mêlée à l'Eau Sauvage. Il fut tiré de sa rêverie par une petite voix excitée qui babillait.

Leur princesse sur les bras, Pierre-François revenait vers eux et n'était plus qu'à quelques mètres. Après l'avoir posée devant eux avec son seau, ses pelle, râteau, formes et moulin, il se laissa tomber à coté d'eux, se coucha sur le sable, tourné vers la mer, les cuisses de Harry en guise de coussin. Ce dernier caressait doucement les longues mèches soyeuses tout en surveillant la petite.

C'est ainsi que les trouvèrent les quatre jeunes qui revenaient de la plage voisine accompagné de deux jeunes filles et un garçon de l'âge de Sylvain et Aymeric. Ils ne bougèrent pas, nullement gênés de s'aimer, même si ils virent les regards un peu choqués voire dédaigneux des arrivantes, ils échangèrent au contraire un coup d'œil complice et moqueur. Il était loin le temps où Jim cachait son penchant pour les garçons à Cambridge, l'amour de Harry l'avait affranchi de ses craintes, de ses hontes. Fanny et Marine vinrent les rejoindre avec un panier de gâteaux et des boissons fraîches qu'ils partagèrent entre tous. Bien moins occupées depuis que leurs invités étaient repartis, elles passèrent la fin de la journée avec eux.

Ils jouèrent au beach-volley, Pierre-François, Harry et Jim avec les trois jeunes garçons contre Justin, Cloud et les quatre filles. Ils notaient la curiosité des visiteuses qui leur lançaient des regards dérobés mais insistants. Quand ils gagnèrent et que Jim s'écria pour Harry qui venait de marquer le point décisif « Bravo, mon amour ! » et Aymeric « Bravo Pa ! », le jeune garçon plus candide que ses sœurs ne put retenir la question qui le préoccupait.

— Ça ne peut pas être ton père, il est trop jeune et puis il est gay.

— Mes parents sont morts, Harry m'a adopté. Il m'a choisi pour fils et moi je l'aime autant que si c'était le cas, alors il est normal que je l'appelle papa.

— Merci fils, fit doucement ce dernier.

— Je vous aime beaucoup aussi, continua l'enfant en regardant les deux compagnons de Harry. Toi Jim, je sais que tu m'aimes même si tu veux le cacher et que tu as moins de patience mais je connais tes efforts, toi Pierre-François parce que tu es toujours indulgent mais ferme et juste. Tu veilles perpétuellement à ce que les envies, les besoins de tous soient satisfaits et tu m'as donné une adorable petite sœur. Nous formons une vraie famille et rien d'autre ne compte pour moi.

J'étais tout seul dans une grande et riche maison, avec tous les jouets que je voulais. Mes parents étaient trop pris par leurs activités professionnelles ou mondaines et c'est une nurse anglaise qui s'occupait de moi. Je ne les voyais que rarement, pourtant à leur mort, je me suis senti plus seul que jamais et maintenant encore, parfois, ils me manquent. Un oncle qui m'était totalement inconnu est venu me chercher. Heureusement, je n'ai vécu avec lui que quelques jours avant d'aller à l'école de Poudlard comme l'exigeait le testament de mes parents pendant que son fils, mon cousin, allait dans une autre école. Je n'ai retrouvé de l'amour dans les yeux de quelqu'un, fit-il à Harry que lorsque tu les as posés sur moi la première fois, il y avait en toi toute la tendresse du monde, je n'ai jamais su pourquoi.

— Parce que tu me rappelais deux des personnes que j'aime le plus. Je revoyais l'insolence et la morgue de Draco quand il avait ton âge et l'espièglerie joyeuse de Sirius.

— Tu t'es occupé de moi depuis.

— Je connaissais ton oncle et ce dont il était capable. Je ne voulais pas que tu subisses ce que d'autres avaient connu en vivant dans son entourage. Nous reparlerons de ça, Ay. Le moment est mal choisi.

— Alors fit-il au garçon après un geste entendu vers Harry, peu importe qu'il soit gay et que j'aie trois papas à la place d'une mère et d'un père. J'ai une famille, un grand frère, une petite sœur, des amis. Je ne veux rien d'autre.

— ...

— Et avant que tu me le demandes, je ne sais pas si je serai gay plus tard. Cloud et Justin sortent avec des filles, oncle Sirius aussi.

oOo

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Le lendemain soir, Didier et Harry cuisinaient sur la plancha pendant que Jim et Pierre-François disputaient une partie d'échecs sorciers devant un apéritif, les quatre garçons jouaient au tennis de table et Lily gazouillait ce qui devait être une berceuse à sa poupée préférée quand surgirent Jimmy et Erwin. Si ils avaient l'air détendu, le trio se doutait qu'ils n'étaient pas venus uniquement pour boire un verre en leur compagnie. Une fois de plus la politique du monde sorcier s'invitait dans la vie de son Sauveur. Jim vit Erwin poser brièvement une main rassurante sur son épaule au passage. Pierre-François fit rajouter deux couverts. Dès qu'il eut terminé la cuisson de ses gambas, Harry vint s'asseoir à leurs cotés, se servit un verre de vieux porto avant d'écouter le rapport informel de Jimmy, en même temps, il décortiquait les crustacés brûlants et les offrait à Jim qui avait horreur de faire ça, aimant mieux s'en priver.

— Je sais que nous nous verrons demain soir Harry mais j'ai préféré venir te mettre au courant de ce que j'ai trouvé. Nous avons identifié une des deux filles, c'est une jeune serveuse de vingt six ans qui travaille dans une taverne proche du square Grimmaurd. Je l'ai interrogée et elle ne se souvient même pas de ce qu'elle a fait ce soir là, manifestement on ne lui a pas laissé l'opportunité de s'en rappeler.

Dans la maison, il y a eu plusieurs sorts utilisés si j'en crois les relents de magie qui y subsistent dont un soutenu, certainement l'imperium, mais ce n'est pas le plus important, nous y avons trouvé un follixe et des micros moldus. Un follixe, expliqua-t-il en voyant les regards perplexes posés sur lui, c'est ce petit module qui permet à la technologie moldue de fonctionner correctement dans notre monde plein d'ondes magiques. Il est présent sur chaque réseau informatique ou de téléphonie. Ce qui a été installé au quartier général c'est un matériel très sophistiqué d'écoute, peut-être destiné à épier les réunions de l'Ordre plus probablement les conversations pour savoir où vous vivez.

— Tu te bases sur le message découvert par Kreattur je suppose?

— En effet. Nous avons tout mis hors d'état.

— Bien !

— J'ai déjà téléphoné à ma sœur afin de l'informer que nous passerons demain matin au castel pour voir si rien n'a été installé en leur absence.

— Les protections y sont très importantes.

— Contre les sorciers oui ! mais il n'y a pas de sortilège repousse-moldus.

— C'est exact nous ne pouvions pas car il est classé monument historique et repris sur tous les dépliants touristiques de la région.

— Donc il y a une grosse faille dans sa protection.

— Dans celle de l'hôtel Saint-Maur aussi puisque le même problème se présente.

— Je vais m'arranger avec Sylas, nous irons voir demain avant de rejoindre Toulouse. Vous n'y serez qu'en fin de journée je crois?

— Oui.

— Vous avez demandé à la serveuse si elle y connaissait quelque chose en électronique? intervint Jim.

— Ce n'est pas le cas, fit Jimmy.

— Donc c'est la seconde femme qui a fait cette installation, qui demande je suppose un minimum de compétences dans le domaine? poursuivit-il.

— Où veux-tu en venir? questionna Harry.

— A ce que disait p'ti loup hier lors de la conférence. Les sorciers pour apprendre à installer ce genre de matériel font des stages en monde moldu et passent rarement inaperçus.

— Bien vu Jim ! Je vais demander à Jareth de poursuivre dans ce sens, fit Jimmy.

D'un geste impatient, Pierre-François posa quelques grosses crevettes nettoyées sur l'assiette de Jim pour que Harry puisse en manger aussi, ce qui amusa Erwin qui était en face d'eux. Il avait vu la nervosité de l'ainé croître de minute en minute en regardant Jim manger distraitement ce que lui donnait Harry, ce dernier se tourna vers son amant avec qui il échangea un sourire. Il connaissait peu le futur directeur de Poudlard, il le voyait très amoureux et le savait jaloux mais le pensait capable de maitriser ce dernier sentiment, contrairement à Jim, bien entendu cette opinion n'engageait que lui.

Quand Harry reprit sa place devant la plaque de cuisson, Pierre-François le suivit, appuyé sur la balustre de la terrasse, il discutait avec lui ignorant les autres qui parlaient politique. Complices, ils avaient l'air de faire des projets et lorsque l'aîné quitta la terrasse pour revenir avec son portable sur lequel il pianota allègrement, Jim ne put retenir un grognement de dépit qui fit rire Erwin sous cape.

— Qu'est-ce qu'ils me mijotent encore ces deux là ! grommela-t-il.

— Tu disais Jim? fit Jimmy.

— Rien excuse-moi. dit-il mal à l'aise de son inattention.

Le repas se poursuivit dans la bonne humeur. Jim jetait bien de temps en temps un petit regard interrogateur à son fiancé qui lui faisait des gros yeux qui voulaient dire « plus tard quand on sera seuls ». Ils étaient devant un grand irish coffee à la crème onctueuse à souhait que Harry sirotait avec des airs de chat gourmand sous l'œil attendri de Pierre-François, lorsque les discussions s'aiguillèrent vers la rentrée universitaire.

— J'ai suivi ton conseil, j'ai remplacé les cours facultatifs que j'avais choisis par ceux de sciences politiques, commenta Erwin.

— Quelle branche as-tu prise ? interrogea Jim qui voyait déjà le "petit page" de son amour présent à leurs côtés sans arrêt.

— L'histoire de la sorcellerie et des trois magies, précisa le serpentard.

— Toi aussi Jimmy?

— Non ! Harry n'a nul besoin de deux personnes qualifiées dans la même branche, j'ai choisi l'étude des manipulations de l'esprit et des auras magiques, mais en accord avec Minerva et Lucius je n'ai pris aucun cours facultatif, je continuerai à travailler au ministère quelques heures par semaine pour me tenir au courant et aussi informer la Fratrie.

— Vous voulez dire que vous avez choisi vos études en fonction des postes à pourvoir dans le monde sorcier quand il sera soit ministre soit directeur du magenmagot?

— Bien sûr. Nous ferons le chemin ensemble. précisa Erwin.

— Tu étais au courant? demanda-t-il en se tournant vers Harry.

— Oui, répondit simplement ce dernier.

— Je dois m'attendre à retrouver d'autres de nos amis sur les gradins des amphi? poursuivit Jim d'un ton cassant.

— Ernie et Terry Boot en droit et fiscalité sorcière, Luna en Connaissance approfondies des créatures magiques, Seamus et Justin Finch en Etudes des grimoires et langues anciennes, les soeurs Parvati en langues modernes.

— J'espère pour toi que je ne serai pas assis à coté de Dean ! railla Jim avec rage.

— Non ! Lui et Susan Bones vont faire l'école de journalisme à Londres du côté moldu. Jim, il avait toujours été dit que je ferais au mieux pour le monde sorcier, fit Harry calmement, c'est ce que je fais. La fratrie est notre groupe et reste uni.

— Il en manque ! fit Erwin. Lavande et Neville?

— Ils n'étaient pas désireux de continuer leurs études, intervint Pierre-François. Lavande s'occupera de la crèche à Poudlard sous les ordres de Madame Pomfresh et Neville assistera le professeur Chourave.

— Et dans notre maison ? interrogea Erwin.

— Peu ont refait la septième à Poudlard, Theo est en France, Blaise vous savez...

Pierre-François détourna habilement la conversation sur leur séjour en Espagne et la conférence qui venait provisoirement de se terminer. Les enfants étaient allés se coucher et longtemps ils discutèrent de l'avenir de leur monde. Il était tard quant ils prirent congé, ils se retrouveraient dès le lendemain à Toulouse.

Jim avait participé avec animation à la conversation générale, maintenant il était étrangement silencieux.

— Tu comptais me le dire quand? se décida-t-il à demander d'une voix qu'il voulait calme.

— Ça a toujours été prévu ainsi, mon cœur. Dans mon esprit, c'était évident. Je ne vois pas ce que ça change pour nous?

— ...

— Tu savais que de nombreux élèves de Poudlard se dirigeraient vers la nouvelle université. Je n'ai cité que ceux de la septième bis mais très certainement il y en aura aussi beaucoup de la septième. Ils fourniront le gros des étudiants. Et encore une fois, je ne comprends pas pourquoi tu en fais un problème !

— Et ça ne te gêne pas que ce soit pour te suivre plus tard?

— Je préfère travailler avec des amis, des membres de la Fratrie en lesquels je sais que je pourrais avoir confiance plutôt qu'avec des étrangers c'est certain, mais je n'ai rien demandé. Jimmy et Erwin sont les seuls qui m'en aient parlé et je leur ai donné mon avis quand ils l'ont sollicité. Ils ont fait les choix seuls.

— Je suppose que tu étais au courant de tout ça ? fit-il en se retournant vers leur loup.

— Non ! Je savais au sujet de Lavande et Neville puisque je les ai engagés à Poudlard.

— Tu trouves ça normal?

— Harry ne nous a pas parlé de sa conversation avec Jimmy et Erwin, ce n'est pas un drame. J'avais bien oublié de vous raconter mon projet de crèche pourtant vous êtes concernés aussi puisque Lily y entrera dès la rentrée. Pour le reste c'est eux qui ont choisi pas lui.

— Et ça ne te dérange en rien?

— Jim, dis plutôt que c'est la présence de certains aux cotés de Harry qui te gêne. fit leur loup avec un petit sourire.

— Toi pas?

— J'ai d'avantage peur de l'inconnu que d'Erwin qui aime profondément Jimmy d'un amour calme et entier. soupira Pierre-François.

— Nous sommes heureux ensemble, pourquoi irais-je chercher ailleurs?

— Ne t'emballe pas, amour. fit tendrement Pierre-François. C'est aussi la peur du changement et que tout se modifie y compris notre amour.

— Et vous croyez que je ne la ressens pas moi? Pourquoi donc pensez-vous que je n'ai pas envie d'aborder le sujet? La marche du temps est inévitable et la seule chose qui me console c'est de me dire que ce chemin là, je vais le faire à vos côtés. Je suis aussi possessif et jaloux mais j'essaye de raisonner.

— Je n'ai jamais fait attention à quelqu'un d'autre que vous deux depuis que nous sommes ensemble ! fit tendrement leur compagnon.

— Ce n'est pas toi qui regarde, ce sont les autres qui te dévorent dès que tu apparais, se moqua gentiment Harry. Cependant, mon loup, je me suis posé des questions quand j'ai vu que tu t'entendais bien avec Charlie.

— Tu ne m'as rien dit ! fit-il stupéfait mais au fond de lui même assez satisfait de cette jalousie de son amour qu'il n'avait pas soupçonnée.

— J'ai préféré attendre, il n'y avait rien d'anormal à ça. Je ne vais pas te priver de parler à d'autres sous prétexte que je t'aime, si ? Quant à toi Jim, toi et ton goût pour le corps des femmes... tu crois que je suis sans inquiétude?

— Je t'aime, Harry.

— Moi aussi ! Pourtant apparemment, ce n'est pas suffisant. M'être engagé envers toi officiellement non plus ! Qu'attends-tu de moi?

— Mais rien de plus que ce bonheur et qu'il dure.

— C'est bien toi qui disait qu'à force de se poser des questions Pierre-François allait se gâcher les moments qu'il passait avec nous ? Alors peux-tu me dire ce que tu fais ? fit-il en attirant Jim d'une main posée dans sa nuque jusqu'à poser son front contre le sien avant de doucement presser sa bouche sur la sienne. Explique moi, mon tout-beau, vers où tu t'éloignes. lui souffla-t-il.

— Je suis là, à tes côtés, n'en doute pas.

.
oOo

Ce n'est que bien plus tard, après l'amour, en s'endormant entre eux, serré dans leurs bras que Jim se rappela leur complicité sur la terrasse et le fait qu'ils avaient l'air de faire des projets... Sans le réaliser, il s'agita entre leur corps, se trémoussa, soupira...

— Qu'y a-t-il ma tendresse? murmura Pierre-François réveillé par son agitation.

— Tantôt sur la terrasse vous parliez de quoi dans votre coin ?

— On cherchait une idée pour l'anniversaire de Justin.

— Et vous avez trouvé?

— On en a deux ou trois mais on t'attendait pour prendre une décision. fit l'aîné en passant une main caressante dans les boucles douces.

Il sourit en entendant Jim soupirer de soulagement ou de bien-être il ne savait, puis très vite son souffle devint régulier. Par dessus son corps, il chercha la taille ou la hanche de son jeune compagnon dont cette nuit il se trouvait loin alors qu'il sentait au plus profond de son être qu'il avait besoin de lui. Harry saisit sa main et entrelaça leurs doigts. Quand il se réveilla avant même que l'aube soit là, il n'y tint plus, se leva, fit le tour du lit et se glissa contre son dos. Il fut à peine surpris de l'entendre lui demander de le serrer très fort contre lui.

— Je suis là, mon doux amour, je t'aime. lui souffla-t-il la bouche effleurant son oreille.

Il voulut caresser son visage et fut bouleversé de le trouver mouillé de larmes. Il l'obligea à se tourner vers lui, doucement, il fit voyager ses lèvres des yeux aux coins de la bouche, buvant les perles salées au passage. Il n'avait besoin d'aucune explication. Une fois de plus, ses démons avaient envahi Harry, son passé avait ressurgi et ramené ses blessures, sa souffrance, ses incertitudes.

— Nous serons là pour faire le voyage de la vie avec toi. Ne doute pas de ce que tu fais, des décisions que tu prends pour le monde sorcier, jamais. Depuis tes onze ans, tu t'y consacres. Tu fais toujours au mieux.

— Tu seras toujours là?

— Oui ! Tu es mon compagnon.

— Si un jour tu penses que j'ai tort, promets de me le dire !

— Je te le promets, mon âme.

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oOo

Hermione ouvrit les yeux péniblement. Leur place était vide, ses hommes étaient certainement levés depuis longtemps. Elle eut une petite grimace à sa propre adresse, elle devenait de plus en plus paresseuse, non que sa grossesse la fatiguait mais elle s'ennuyait. Jamais elle n'aurait osé le dire à ses deux amours qui s'en serait sûrement vexés, mais le fait était là, elle s'ennuyait. Loin de ses livres et grimoires, elle n'apprenait rien et pour elle c'était comme mourir lentement. Chaque fois qu'elle voulait prendre un livre sérieux, Dray et Sy se récriaient qu'ils étaient en vacances. Elle était impatiente de voir la rentrée arriver. Pierre-François semblait avoir plein de projets pour Poudlard et elle avait compris qu'il était prêt à lui en confier une partie.

Etant donné la vie trépidante du jeune sorcier et son dynamisme, elle avait pensé qu'il se vouerait corps et âme à son travail, ça ne semblait pas être le cas. Il aimait cet emploi de directeur, l'idée d'apporter à ses élèves une nourriture spirituelle, mais aussi une éducation ouverte sur le monde et il lui convenait très bien. Dumbledore avait été un grand directeur, il avait dirigé l'école, géré le conflit avec Voldemort, protégé leur monde mais il avait mené Poudlard sur le chemin de la continuité et s'était contenté de prôner le rapprochement sans un seul changement pour y arriver. Pierre-François serait le directeur des réformes entre avancée vers le monde moldu, ouverture à toutes les formes de magie, accord des maisons et préparation des élèves à l'université sorcière. Pourtant il ne lui avait pas caché que sa vie privée passerait toujours en première place. Elle en avait été sidérée.

Lorsqu'il l'avait vu, il n'avait pas hésité à lui confier que c'était pour eux qu'il avait décidé de prendre une sous-directrice et à la demande surtout de Harry qui craignait que Poudlard l'accapare. Quand il parlait de son jeune compagnon, Pierre-François changeait de visage, ses yeux devenaient rêveurs, ses traits s'adoucissaient et un sourire flottait sur ses lèvres, tendre, léger, exactement comme Jim. Il refusait de se laisser manger par Poudlard au détriment de son bonheur. Harry et Jim avaient envie d'adopter des enfants et il désirait être présent à leurs cotés. Ce n'était pas pour tout de suite, mais il ne voulait pas prendre de mauvaises habitudes. Hermione avait souri, elle savait très bien que ce besoin d'enfants n'était pas de Jim mais de son meilleur ami.

Elle prit de sous le lit la farde qu'il lui avait remise. A l'intérieur des feuillets couverts d'une écriture légèrement penchée vers la droite qui n'était pas sans rappeler celle de son prédécesseur, elle était un peu plus ronde et les majuscules plus grandes et déliées. Elle se plongea dans le troisième feuillet qui était le projet de crèche, le premier qui serait mis en place à la rentrée par nécessité puisque Teddy, Lily et les deux enfants de Bill et Fleur devaient y aller. Pierre-François avait choisi un local au rez-de-chaussée, une ancienne classe d'histoire très vaste qui avait l'avantage d'être lumineuse et de s'ouvrir sur le parc de Poudlard, elle serait la salle de jeu et la classe voisine la pièce pour les berceaux ou pour faire la sieste. En lisant la fiche du projet, du matériel à acheter, les règles de sécurité à appliquer, Hermione réalisait mieux qu'il avait été à vingt cinq un père attentionné qui avait élevé seul un fils dès sa naissance.

Ligne après ligne des feuillets qu'il lui avait confiés, elle découvrait ce sorcier beau et dédaigneux qui regardait à "L'Aigle Noir"son meilleur ami avec des yeux de vampire affamé de sang. Contrairement à ses hommes, elle l'avait viscéralement détesté persuadée qu'il allait faire du mal à Harry et jamais son ami n'avait eu l'air plus heureux. Elle se replongea dans les projets et réformes de son futur patron, oubliant l'heure. C'est la voix de son frère qui la tira de là, à son ton elle sut de suite qu'il y avait un problème. Elle se précipita vers un peignoir léger, l'enfila et alla à sa rencontre.

Elle les trouva tous les quatre devant un verre sur la terrasse. A sa vue, elle vit Draco soupirer, elle pressentit qu'elle n'aimerait pas ce qu'elle allait entendre.

— Jimmy ?

— ...

— Jimmy !

— Le mari de Françoise, après votre passage à l'hôtel Saint-Maur, a pris peur. Malgré tout ce qu'elle lui a dit pour le rassurer, il l'a quittée et a fui. Elle n'a plus de nouvelles de lui depuis une semaine, il avait promis de lui en donner chaque jour, il l'a fait les six premiers, mais là plus rien.

— Après le beau-fils du ministre retrouvé dans l'immeuble où habite Pierre-François, ça fait beaucoup.

— Est-ce qu'il faut dire ça à Harry ? soupira Draco.

— Oui ! Il l'apprendra de toute façon et croira que nous condamnons sa décision. fit Hermione.

— Ce n'était pas la sienne mais la mienne, rectifia Sylas. Il n'y en avait pas d'autre possible. Fuir était la pire des choses qu'il pouvait faire en ces circonstances car il plongeait dans un univers où il n'avait pas ses repères.

— Il avait certainement ses raisons.

— François-Marie cherche son frère et ses compagnons. Il devient de plus en plus dangereux.

— C'est peut-etre O'Reilly pour son propre compte. C'est lui qui avait contacté Philippe.

— A la conférence, François-Marie a compris que Harry portait le bracelet elfique et le regard qu'il a posé sur lui voyait plus rouge que celui de Voldemort. commenta Erwin dont on sentait l'inquiétude.

— Harry était déjà son obsession avant, ça ne change pas grand chose. analysa Jimmy.

— Il sait que tôt ou tard ils iront à l'appartement du Marais ou à la discothèque. Une fois la rentrée, ils seront à Poudlard ou à Cambridge, il aura très difficile de les atteindre. Je ne vois pas pourquoi il se serait adressé à Philippe. Par contre il ne faut pas oublier que nous avons le beau-fils de O'Reilly avec nous.

— Il n'ont qu'à y renoncer ! fit Hermione.

— Renoncer à quoi? s'étonna son frère.

— Au club et à l'appartement.

— Mia ! Tu as vu leur train de vie? Tu crois que c'est avec son traitement de directeur que Pierre-François va leur offrir ça? Tu es naïve ! fit Draco peu patient.

— Ils n'ont pas besoin d'un appartement à Paris, d'un mas dans le sud de la France, d'une maison à Weymouth, d'une autre à Londres et de deux appartements de fonction. énuméra sa femme.

— Celle du square Grimmaurd est à Sirius et les logements de Poudlard et Cambridge font partie de leurs traitements de professeurs et sont des avantages en nature. rectifia Draco.

— Nous non plus n'avons pas besoin de tout ça ! nous avons pourtant un castel à Toulouse, un hôtel de maître à Paris, une double maison à Stratford et une encore dans le Sussex. Draco et moi nous avons de quoi suivre. Nous avons mis en location les demeures que nous n'habitons pas pour couvrir nos dépenses, sans parler des rentes que nous fait Lucius. De toute façon si ce n'est pas à Paris, ce sera ailleurs, il ne les lâchera pas ainsi !

Installée devant une tasse de café et des croissants tartinés d'une épaisse couche de marmelade, Mia suivait leur conversation sans plus rien dire tout en pensant qu'il fallait qu'elle aie une discussion sérieuse avec son ami. Leur séjour ce week-end à Toulouse lui en donnerait certainement l'occasion.

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oOo

Ils transplanèrent devant la Garonne. Se rappelant son premier contact avec le castel rose, Pierre-François attira ses amours contre lui pour regarder couler le fleuve avant de monter la pente herbeuse tous les trois enlacés vers les jardins en terrasses. Sylas les guettait et vint au devant d'eux en tant que gardien du secret pour introduire Justin. Sirius soutenait le vieux Gauthier pour rejoindre cette demeure qu'il avait connue en tant qu'intendant de la famille et qu'il foulerait au pied, pour la première fois, en tant qu'invité.

Harry retrouva de suite ses habitudes. Installé sur un lit solaire, Jim assis entre ses jambes, le dos contre sa poitrine, il avait enlacé ses doigts à ceux de son loup et respirait le parfum des derniers jasmins et des roses trémières qui montait des jardins. Bien qu'il soit maintenant habitué à la douceur du sud de la France, le castel du bord de la Garonne inspirait à l'amour. Etaient-ce les anciens troubadours célébrant les douces damoiselles sur leur vielle qui avaient imprégné les murs épais de cet atmosphère spéciale, sensuelle, capiteuse qu'il ne retrouvait nulle part ailleurs ?

La caresse d'un pouce sur le dos de sa main le rappela au présent. Il quitta l'image des belles dames du moyen-âge, des ménestrels chantant les exploits des chevaliers et des jouvenceaux soupirant après l'élue de leur cœur pour plonger dans le regard clair de son amant.

— Tu es bien loin, lui reprocha doucement Pierre-François.

— C'est vrai, avoua-t-il, je pensais au passé de ce château, à l'amour courtois du moyen-âge. Tous ces bels gens qui en avaient fait leur Saint-Graal.

— Que te voilà poète, mon agneau. N'oublie pas que la fol'amor ou fin'amor comme on dit en occitan faisait la part belle à la chasteté, il était de bon ton d'aimer et de soupirer après sa dame mais non de la combler charnellement. Il trouve son origine dans la littérature arabo-andalouse qu'ont découverte les croisés au hasard de leurs aventures. Après son séjour à Antioche, Guillaume IX, duc d'Aquitaine fut le premier troubadour à écrire en langue d'oc la poésie lyrique inspirée aussi des poètes arabo-andaloux. Il louait cette relation basée sur les sentiments de dévouement à la dame de ses pensées et exempte de volupté charnelle. Il faut avouer qu'il était bien pratique pour eux de laisser les épouses aux soins de leurs soupirants respectant ce code courtois pendant qu'ils allaient tranquillement guerroyer.

— Mon loup ! Voilà que tu m'ôtes toutes mes illusions, se moqua doucement Harry.

— On peut dorénavant se contenter de soupirer. suggéra Jim dans un sourire.

— Tu en serais le premier marri, mon cœur.

— Vous avez l'air bien gais, commenta Mione en venant s'asseoir à leurs côtés.

— Inspirés par les ménestrels, nous allons remettre au goût du jour les principes du fin'amor et soupirer après les beaux yeux verts que voilà, fit tendrement Jim. Bien entendu dorénavant nous ferons chambres séparées. Nous nous consumerons d'amour uniquement !

Pierre-François éclata de rire devant la moue désabusée de Harry. Hermione les regardait amusée.

— D'ailleurs il me faut tout de suite, une plume et un parchemin. Je sens l'inspiration me prendre et voudrais dans une chanson de gestes célébrer vos faits d'armes, ô mon doux seigneur. susurra Jim.

— Me voilà bien ! je voulais des beaux, des grands sentiments, je ne récolte que des bouffonneries. Làs ! Je me meurs de déception !

— Ça ce serait plutôt du Molière, si tu veux mon avis... analysa Jim avec grand sérieux.

Harry le regarda interloqué avant d'éclater de rire lui aussi.

— Comment va mon filleul, Mione ? demanda Pierre-François.

— Bien je crois. J'en saurai plus à la rentrée quand je verrai madame Pomfresh.

— Tu commences à les sentir remuer ?

— Oui ! Un peu ! fit-elle avec un doux sourire qui émut son ami.

— C'était un de mes rares plaisirs lors de la grossesse de ma femme, poser ma main sur son ventre pour sentir les mouvements de Henri-James. Draco et Sylas doivent être aux anges.

— ...

— Mione ? reprit-il intrigué par son silence.

— Je ne veux pas !

— Tu ne veux pas quoi ? fit Harry perplexe.

— Qu'ils touchent mon ventre, je suis toute déformée, je ne veux pas qu'ils me voient ou me sentent comme ça.

— Tu n'es enceinte que de quatre mois et tu n'as jamais été aussi épanouie. commenta Jim.

— Ne les prive pas de ça, c'est injuste Hermione. Si tu veux qu'ils s'impliquent après la naissance de leurs enfants, il faut les faire participer dès maintenant à l'attente. Si tu ne le fais pas pour eux, fais le pour les bébés.

— Tu veux passer tout le reste de ta grossesse sans qu'ils t'approchent? ça m'étonnerait que Dray soit un adepte du "soupirage", commenta Jim avec un petit rire moqueur.

— ...

— Ou tu comptes qu'il règle le problème entre eux?

Le regard glacial que lui lança Hermione en se levant et en quittant la terrasse lui fit faire la grimace. Il aurait dû se taire.

— Je crois que c'est un sujet qu'on ne devait pas aborder... On va se promener dans les jardins? demanda Harry en poussant déjà Jim pour le faire lever.

Ils descendirent vers le bassin et le jet d'eau, les deux petits courant à coté d'eux. Teddy était drôle à voir trottant de cette démarche maladroite, presque saccadée, jambes écartées des bébés. Les adultes flânaient. Assise tranquillement devant le bassin près de Harry, Lily n'avait pas oublié les grands discours qu'elle tenait aux poissons. Tandis que Teddy couché en travers des genoux de Pierre-François qui le chatouillait hésitait entre cris outrés et rires.

Jim à demi couché, appuyé sur son coude regardait ses hommes pouponner. Il pensait avec amusement que lui qui n'était pas particulièrement patient envers les enfants avaient choisi deux compagnons qui les adorait. Mais choisit-on? Bonne question. Dès que leurs études seraient finies et qu'ils seraient installés dans des fonctions quelles qu'elles soient, le problème se poserait. Il ne les ferait pas attendre, il les voulait heureux. Pour eux, il apprendrait la patience.

Teddy sur les épaules, la main de Harry autour de sa taille, il remontait vers le castel. Lily avait réclamé les bras de son père et s'endormait doucement bercée au rythme de sa marche. Ils échangèrent un sourire complice et heureux, ayant oublié tous leurs doutes, toutes leurs appréhensions. Le trio les attendait sur la terrasse autour de la table, Gauthier était devant la télévision, les jeunes jouaient au monopoly, on les entendait se disputer. Pierre-François installa son fardeau dans une chaise longue.

Sylas, en maître de maison attentionné, proposa un apéritif. Ils sirotaient le second lorsque arrivèrent Jimmy, Erwin et Liam. La présence de ce dernier n'était pas prévue, Harry fronça les sourcils pressentant que les ennuis n'allaient pas tarder.

— Nous avons enfin trouvé Philippe, le mari de Françoise ! fit Jimmy d'un air sombre. Mort !

Ils échangèrent un regard atterré.

— Où? Qui? Pourquoi : enfin? fit Harry d'un ton bref.

— A Lyon dans une taverne sorcière. A mon avis O'Reilly mais je ne sais si c'est pour son compte ou celui de la Loge. Enfin, parce que ça faisait sept jours qu'il avait disparu même si nous n'avons été prévenu que hier.

— Et pourquoi personne n'a-t-il jugé bon de me mettre au courant? fit Harry glacial.

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