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Chapitre VI. Maxence

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Rappel chapitre V.

— Nous avons enfin trouvé Philippe, le mari de Françoise ! fit Jimmy d'un air sombre. Mort !

Ils échangèrent un regard atterré.

— Où? Qui? Pourquoi : enfin? fit Harry d'un ton bref.

— A Lyon dans une taverne sorcière. A mon avis O'Reilly mais je ne sais si c'est pour son compte ou celui de la Loge. Enfin, parce que ça faisait sept jours qu'il avait disparu même si nous n'avons été prévenu que hier.

— Et pourquoi personne n'a-t-il jugé bon de me mettre au courant? fit Harry glacial.

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Harry vit Erwin et Jimmy échanger un coup d'œil étonné ce qui le fit se tourner vers le trio.

— Nous avions l'intention de vous le dire discrètement un peu plus tard, nous voulions vous laisser un peu de temps pour vous installer, fit Draco mal à l'aise en devançant la question.

— Je dois avouer que c'est par moments assez lourd, nous savions qu'il y aurait à gérer l'inquiétude de Gauthier et celle de Sylvain. dit Sylas à son tour.

— Si vous ne pouviez-pas assumer, un coup de fil suffisait et nous annulions ce week-end, jeta Harry d'un ton sec.

— Il y avait peut-être également le remord d'une décision qui ne me semblait plus aussi justifiée. soupira Sylas.

Harry voulut répondre vivement mais la main de Jim tenait la sienne et il en connaissait le langage, celle de Pierre-François vint se poser sur sa cuisse. Il se rappela leur conversation toute récente « — Si un jour tu penses que j'ai tort, promets de me le dire ! — Je te le promets, mon âme. ». Il inspira très fort pour se calmer avant de répondre d'une voix basse, au grand étonnement de tous, que l'important était de gérer la situation pénible actuelle.

La suite fut bien entendu très loin du week-end prévu. Françoise et Sylvain pleuraient un mari et un père qu'ils avaient toujours connu aimant et attentif. Le vieux Gauthier montra que, malgré son âge, il avait encore toutes les qualités qui faisaient de lui un intendant de confiance, ordonné et maitre de lui. Pierre-François se chargea avec lui de toutes les formalités et du rapatriement du corps du Sang-Pur dans son village britannique d'origine. Pierre, une fois de plus fut d'une grande aide pour les démarches administratives en monde moldu. Plutôt que de s'occuper de l'enquête sur le meurtre, Harry et Jim laissèrent faire Jimmy et Erwin et ne lâchèrent pas leur loup d'une semelle, craignant que son frère ne soit aux aguets et ne profite de la situation pour les atteindre si ils se séparaient.

Le lundi eut lieu l'enterrement . Devant le rectangle de terre fraîchement creusé dans un coin perdu du Cumberland, il y avait Françoise, Sylvain, Gauhier et les deux trios, Cloud, Justin et Aymeric, nul autre ! La famille de Philippe qu'ils avaient pourtant prévenue n'avait pas daigné se manifester. Ses parents avaient été assassinés par les mangemorts peu de temps après la fuite de leur fils, ce qu'il n'avait pas su. Ce remord lui avait été épargné. Ses deux frères semblaient, d'après les renseignements reçus, avoir pris leurs aises dans le manoir familial et, étant donné la disparition de l'aîné, considéré celui-ci comme leur. L'existence d'une veuve d'origine moldue et d'un enfant sang-mêlé, héritier sans possibilité de contestation de tous les biens de la famille n'avait pas dû faire plaisir à ces Sang-Pur conservateurs.

Harry, conformément à son serment et en accord avec Françoise, avait déjà fait les démarches afin d' être nommé tuteur de Sylvain. Lucius avait acté et signé sa demande qui serait officialisée par le magenmagot dès la prochaine séance. La main posée sur l'épaule du jeune adolescent, il approcha de la tombe avec lui et lança après ce dernier une rose sur le cercueil, avant de revenir vers la mère qui avait exprimé le désir de se recueillir seule sur la sépulture. Ils vinrent à pas lents vers la sortie du cimetière. En jetant un coup d'œil derrière eux, ils purent voir Françoise, brisée par le chagrin, sangloter à genoux devant le caveau.

Harry sentit l'émotion le dominer et les larmes monter, non pour cet homme dont il ignorait presque tout mais pour cette femme qui perdait son amour. Le bras qui se glissa sous le sien était ferme et rassurant, le regard bleu, plus foncé encore que de coutume, guettait la moindre de ses défaillances, soutien sans faille. Il serra doucement le poignet de Jim avant de chercher Pierre-François. Il suivit le regard de celui-ci. Il était posé sur une longue silhouette solitaire qui était postée, immobile, près de la grille d'un grand mausolée et qui semblait très intéressée par cet enterrement discret, trop intéressée pour être là par hasard.

Pierre-François se tourna vers eux et eut à leur intention un sourire triste. Pour la première fois depuis cinq ans il arpentait une de ces allées bordée de tombeaux qui se ressemblaient tous, excepté pour les familles qui venaient là se recueillir sur celui d'un être cher. Il n'avait jamais voulu aller fleurir le monument de son fils. La plaque de marbre froid n'abritait qu'un petit corps sans vie, le vrai Henri-James était dans son cœur, il y jouait, il y riait, il y pleurait, il l'appelait, parfois. On avait murmuré sur son passage qu'il était sans sentiments, sans amour envers cette partie de lui-même qu'il chérissait pourtant plus que tout. Il s'en était moqué et les sorciers bien pensants qui eux allaient au cimetière régulièrement pleurer leurs enfants assassinés par les mangemorts pour lui donner à lui, Pierre-François Vassier, une leçon, y avaient trouvé une raison de plus pour lui fermer leur porte. Tout à sa douleur, il s'en était moqué aussi.

La main qui saisit la sienne avec fermeté et le regard bleu qui le fixait le sortirent de ses pensées noires. Ils se rapprochaient de la longue silhouette qui regardait venir vers lui l'Elu encourageant le fils de Philippe et deux hommes blonds.

Ils se tenaient, par le bras, par la main, groupe soudé mais insolite, presque choquant par la vie, la force que l'on percevait en eux. Derrière venaient deux adolescent et un enfant, enfin en dernier, une jeune femme entourée de deux sorciers dont il identifia l'un à sa chevelure très claire, il ne pouvait s'agir que du fils de ce Lucius Malefoy dont son père lui avait montré des photos prises dans cette école de Poudlard qu'il était pressé d'intégrer à la rentrée. Ils arrivaient à sa hauteur.

Ils échangèrent un coup d'œil perplexe, l'inconnu était un adolescent dégingandé. Il devait avoir quinze ou seize ans, pas plus. Mince, presque maigre, il avait un visage anguleux au nez un peu long, à la bouche trop grande, un regard brun semé de vert, vif, perçant. Il les salua gravement avant de s'adresser à Sylvain en français.

— Je m'appelle Maxence et je suis ton cousin. Je suis désolé de ce qui est arrivé à ton père.

— Merci. Tu parles très bien le français.

— Ma mère est de la côte bretonne. Ma sœur voulait venir avec moi mais elle est plus surveillée et elle n'a pu sortir.

— Tes parents savent que tu es là? demanda Harry.

— Non, soupira le garçon avec un air gêné.

— C'est bien d'être venu, intervint Pierre-François calmement.

— Je ne peux pas rester mais nous nous reverrons à Poudlard. Typhaine sera en première avec toi.

— Et toi?

— Je vais essayer d'intégrer la cinquième.

— Pourquoi essayer ? intervint Aymeric curieux.

— Aymeric ! protesta Sylvain. C'est mon meilleur ami, continua-t-il à l'attention de Maxence.

— Parce que jusque maintenant mon père a toujours refusé que j'aille à Poudlard ou dans une autre école. Il m'a servi de précepteur.

— Pourquoi a-t-il changé d'avis?

— Il a dit qu'avec un nouvel héritier de Salazar Serpentard et un Vassier à la tête de l'école, l'orientation de celle-ci allait changer.

— Mais il a reçu une lettre en réponse à sa demande d'inscription avec la liste des livres nécessaires ainsi que le nouveau règlement et forcément vu que ce n'était pas le cas. s'étonna Pierre-François.

— Nullement ! Le hibou a du égarer une partie du message, fit le garçon d'un air finaud. J'ai bien peur qu'il finisse par l'apprendre mais ce qui est fait est fait.

Le sourire qui avait accompagné cette tirade avait illuminé son visage qui en était devenu presque séduisant.

— Je vois, fit le directeur amusé. Hermione, voilà un jeune homme qu'il va falloir surveiller tout particulièrement. Voici Madame Malfoy-Van Neeren, ta sous-directrice, Maxence. Je suis le Professeur Vassier et donc ton futur professeur de métamorphose et ton directeur. Voici Monsieur Spencer qui est le professeur d'histoire et politique du monde moldu et Monsieur Potter qui donnera avec le professeur Weasley le cours de défense contre les forces du mal. Cloud, Justin et Aymeric sont eux aussi à Poudlard. Si tu as des difficultés à suivre, à t'intégrer ou même d'autres problèmes, n'hésite pas à le dire.

Françoise les rejoignait appuyée sur le bras de son père. Elle fixait le garçon avec qui discutait son fils.

— Maman, c'est Maxence, mon cousin.

— Bonjour, ma tante. Toutes mes condoléances. dit le jeune homme avec un petit salut.

— Merci. Je ne vois pas tes parents? commenta Françoise assez sèche.

— Ils ne sont pas ici et je ne devrais pas y être non plus. Il est temps pour moi de me retirer. fit-il avec un mouvement raide de la tête qui pouvait être pris pour un au revoir avant de s'éloigner.

— Ça n'a pas l'air d'être un marrant, constata Aymeric.

— Ay ! lui reprocha son père adoptif. Il n'y a rien de gai dans cette situation et il était très mal à l'aise. Il lui a fallu beaucoup de courage pour braver l'interdit de son père et venir rendre un dernier hommage à un oncle qu'il ne connaissait même pas, démarche qui, je trouve, n'a pas été appréciée à sa juste valeur. finit-il en se retournant vers Françoise.

— Il ne faut pas vous faire d'illusions, une veuve moldue qui plus est au service d'une autre famille sorcière, ne sera pas accueillie les bras ouverts par ces Sang-Pur traditionalistes et très fiers de leur statut. Sylvain sera toléré parce qu'ils n'ont pas le choix, c'est tout. Maxence a défié ses parents en venant et risque de le payer très cher. expliqua Pierre-François.

— Je n'ai rien à faire de cet héritage, de ces sorciers sans cœur. jeta la veuve.

— Vous jugez selon les apparences. Leur absence ne veut pas dire qu'ils n'aimaient pas leur frère mais qu'ils désapprouvent sa conduite ce qui est différent. Je ne la justifie pas mais je connais la mentalité des nobles sorciers. Quant à l'héritage c'est le patrimoine de votre fils que vous le vouliez ou non et c'était la volonté de Philippe qu'il apprenne à porter son nom avec fierté.

— Le fait qu'ils aient pris la place de Philippe à la tête de la famille est quelque chose de normal?

— Je ne suis pas sûr qu'étant donné la mort des parents et la disparition de leur frère, ils aient eu le choix, intervint Sylas. Les affaires familiales devaient être gérées et les biens administrés. L'absence et le silence de Philippe perdurant, ils l'ont cru mort, ce qui se comprend. Il n'est pas sans reproche dans cette histoire, il est le premier à avoir méprisé les conséquences qu'allait provoquer sa fuite. Sa famille en a, semble-t-il, durement pâti. Les mangemorts n'étaient pas des enfants de cœur. Ça m'étonnerait beaucoup que les frères aient évité la torture et ils ont certainement assisté à la mort de leurs parents. Ce n'est pas quelque chose qui s'oublie et qui se pardonne.

— Vous ne lui avez pas pardonné, Monsieur le Comte, quelques malheureuses photos prises au castel, railla-t-elle.

— Je vais attribuer cette remarque à votre chagrin, mais je ne l'admettrai pas en d'autres circonstances.

— Hélas, Françoise, je comprends votre amour blessé et que notre attitude vous semble dure. Il ne s'agissait que du premier service demandé, il y en aurait eu d'autres qu'il aurait accomplisafin de vous protéger, pour se sauver de la mort. Une fois qu'on entre dans cet engrenage, on n'en sort plus. constata tristement Harry. C'est très vite l'escalade. Nous ne pouvions laisser faire. Au bout du chemin, il aurait trouvé la mort de toute façon mais après le déshonneur.

— Si il avait continué sa vie comme si de rien n'était et nous avait prévenus au contact suivant, nous aurions pu l'aider, le protéger, le libérer même de cette contrainte. Fuir une fois encore était la pire des choses à faire. fit Hermione à son tour en secouant, d'un geste agacé ses boucles brunes. Ne vous trompez pas de cible, nous ne sommes pas ses assassins.

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Il était tard quand ils transplanèrent aux Tamaris après avoir reconduit la veuve et Gauthier et discuté de la charge trop lourde qu'allait représenter l'hôtel Saint-Maur pour la gouvernante. Ils avaient découvert à cette occasion que l'ancien intendant avait décidé de suivre son arrière petit-fils à Poudlard. C'était lui le professeur dont avait parlé Pierre-François à la conférence sorcière, il assurerait quelques heures par semaine les cours facultatifs de français et de mœurs moldues. Seul Harry et Jim ne semblaient pas étonnés de cet arrangement conclu par Pierre-François avec le vieil homme. Sylvain en paraissait ravi. Sylas avait alors décidé d'adjoindre à la gouvernante deux elfes de maison qui s'occuperaient de l'entretien.

Sylvain, étrangement, avait préféré rentrer avec Harry plutôt que de rester en compagnie de sa mère. Le temps s'était mis à l'unisson de l'ambiance et de grosses gouttes de pluie tombaient tièdes sur les terrasses des Tamaris. Après un repas plutôt morose, ils avaient passé la soirée devant la télévision. Pierre-François avait cédé sa place dans les bras de Harry à l'orphelin qui était resté blotti entre eux deux jusqu'à l'heure du coucher. Il l'avait porté endormi dans son lit voisin de celui d'Aymeric.

— Pa ? tu vas devenir son tuteur aussi ?

— Oui et non. Sylvain a perdu son père mais sa mère est là pour s'occuper de luii, l'aimer, prendre les décisions qui s'imposent. J'ai fait le serment de veiller sur lui jusqu'à l'âge adulte et de lui enseigner le monde sorcier et le respect de son nom. C'est ce que je vais faire.

— ...

— On verra si petit à petit s'établit une relation plus forte que celle de mentor à élève.

— Tu sais bien qu'il t'admire autant que moi.

— Seulement, Ay? L'admiration n'est pas la confiance ou l'amour filial, je croyais pourtant que c'est ce qu'il y avait entre nous ?

— ...

— Moi j'aime beaucoup le fils que le destin m'a donné. fit-il tendrement en ébouriffant les cheveux du gamin.

— Merci, Pa. fit-il en se relevant dans son lit pour l'accoler.

— Essaie de t'occuper de Sylvain, tu sais par quoi il passe.

— Je le ferai. acquiesça-t-il gravement.

Le trio était là, Hermione était lovée entre ses hommes, étrangement apaisés, la main posée sur le ventre qui abritait la vie. Elle avait fait taire ses propres craintes, ses appréhensions pour leur satisfaction profonde et la communion qui les unissait à nouveau à cet instant lui soufflait qu'elle avait eu raison. Même si ça n'était pas prévu, Jimmy et Erwin les avaient rejoints en fin de soirée et ce dernier s'endormait la tête sur l'épaule de son amoureux. Le groupe se soudait dans les circonstances pénibles et les deux jeunes gens étaient de plus en plus présents. Dans un coin, Cloud et Justin jouaient une fois de plus aux échecs sorciers. Ils étaient de force pratiquement égale et le nombre de parties gagnées par l'un et l'autre s'équilibrait sans cesse.

Jim avait attiré Harry contre lui dès son retour de la chambre des garçons. Il le sentait triste, tout comme Pierre-François. Un enterrement ne peut que vous faire penser aux êtres que vous avez perdus. Ils entendirent rentrer Sirius. Il sortait de plus en plus souvent, il revenait le regard pétillant et l'allure guillerette, il trainait derrière lui un parfum capiteux manifestement féminin. D'habitude les deux plus jeunes, sur son passage, faisaient semblant de se pincer le nez d'un air dégoûté ce qui provoquait le ricanement du maraudeur nullement dupe de leur plaisanterie. Aujourd'hui, ils n'étaient pas là pour le chahuter.

— Les gosses?

— Sylvain s'est endormi, Aymeric est allé au lit aussi pour veiller sur lui. A mon avis, il ne dort pas, il doit lire une fois de plus les contes de Beedle-le-Barde.

— Ça c'est passé sans problème ?

— Nous avons fait la connaissance du cousin de Sylvain, il est venu assister à la mise en terre, il a l'air d'un adolescent très équilibré malgré une éducation qui l'a maintenu en dehors des jeunes de son âge.

— Sans les parents?

— C'est une famille de Sang-Pur traditionaliste...

Sirius soupira. Il n'était pas nécessaire d'en dire plus. Il avait vécu dans une ambiance pareille toute sa jeunesse et l'avait fuie à seize ans.

— Tu l'auras comme élève à la rentrée, ainsi que sa petite sœur. Maxence et Typhaine Balbi. expliqua Pierre-François.

— Balbi? s'étonna Draco.

— Oui. Pourquoi?

— J'ignorais que c'était le nom de Sylvain. Mon père me parlait souvent d'un Edward Balbi, c'était un de ses meilleurs amis à Poudlard. D'après ce que j'en sais, si il n'était pas devenu mangemort, il ne cachait pas que sa sympathie allait au camp de Voldemort.

— Charmant ! soupira Pierre-François. Quand il découvrira le tour que lui a joué son fils, je sens qu'il va nous créer des ennuis!

— Philippe était plus âgé que ton père ? s'étonna Jim.

— C'est vrai qu'il n'en avait pas l'air, mais ils sont de la même génération puisque tous les deux sont devenus mangemorts lors de la première ascension de Voldemort. Je lui demanderai de m'en parler.

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Campé devant la fenêtre ouverte de leur chambre, Harry inspirait l'odeur si particulière qui montait du sol détrempé. Quand ses bras vinrent l'enserrer, il se laissa aller en arrière contre la poitrine de Jim. Tous étaient allés dormir, Pierre-François était sous la douche. Il s'inquiétait pour lui. Ces derniers jours avaient été pénibles, faisant resurgir des souvenirs douloureux. Pendant que lui prenait son bain, il était allé voir Lily et était resté dans sa chambre plus que de coutume, il avait voulu l'y rejoindre mais s'était éclipsé sans bruit en le voyant pleurer, sa main tenant celle de sa fille endormie. Il n'aurait pas aimé être surpris dans ce moment de faiblesse.

— Pierre-François ne va pas bien.

— Tout ça remue trop le passé. soupira Jim.

— ...

— Nous ne pouvons rien y faire, sauf l'entourer le plus possible et lui montrer notre amour.

— Je sais.

— Vous n'êtes pas couchés ? s'étonna leur loup quand il revint quelques minutes plus tard.

Harry se retourna pour le contempler. Rien, à première vue, ne trahissait ses états d'âme pourtant un léger voile sur ses yeux, un nez un peu pincé montraient son agitation intérieure. Il lui tendit la main et le tira vers Jim et lui.

— On t'attendait, mon loup. fit-il en se pressant contre son corps et en caressant doucement le creux de ses reins.

— Je vois ça, fit l'aîné avec un petit rire amusé.

— Juste si tu en as envie, ajouta maladroitement Jim.

— Penser à mon fils ne me fait pas oublier mes amours, ma tendresse. répondit-il en posant ses lèvres sur les siennes.

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— Tu ouvres enfin les yeux, amour...

— C'est toi qui m'as réveillé?

— J'ai bien peur de devoir répondre oui.

Harry poussa un soupir de bien-être en se tournant vers lui et en se lovant dans ses bras. Il remonta le drap sur eux alors que le soleil déjà envahissait leur chambre. Jim sentant sa moitié bouger resserra son étreinte nichant sa tête dans sa nuque.

— Je suis désolé, fit Pierre-François en repoussant tendrement les cheveux tombés sur le front légèrement humide de chaleur.

— Inutile ! Je suis très bien à paresser contre toi ! Nous avons eu peu de moments de véritable intimité ces derniers jours et le soir nous étions tellement fatigués et anéantis par la situation.

— C'est vrai, admit l'autre avec une grimace. Et nous sommes loin d'en avoir fini. Tu sais très bien que ce n'est que le début de notre lutte contre François-Marie.

— Je suis un peu surpris de le voir aussi actif alors qu'il devrait être en train de se battre pour rendre un corps à Grindelwald ou fusionner leur magie.

— Il faut croire que tout ne se passe pas comme il le voudrait.

— Tu penses ?

— Je suppose qu'il lui manque des éléments ou qu'il doit attendre pour une raison ou une autre. Dès notre rentrée à Poudlard, je commencerai des recherches sur la fusion.

— En plus de ta fonction de directeur, de professeur, de l'organisation du tournoi ? râla Harry avec une moue mécontente.

— Tu sais bien qu'on n'a pas le choix, mon doux amour.

— Ce n'en est pas plus facile à admettre.

— Tu peux t'y mettre avec moi. Je ne refuserai pas votre aide.

— Nous serons à tes côtés bien sûr. De toute façon nous sommes tous concernés.

— Jimmy et Erwin ont l'air de se sentir en effet de plus en plus impliqués. Ils ne nous lâchent plus.

— Toi aussi ? fit Harry avec un petit rire railleur.

— Oui, moi aussi ! admit Pierre-François en souriant.

— Tu as raison, je me demande ce que je fais dans les bras d'un sorcier exceptionnel que j'aime alors qu'un ami amoureux fou de son compagnon dort dans la chambre à côté. J'avoue, ça n'a pas de sens.

— Exceptionnel ?

— Tu cherches les compliments ?

— Ça ne fait pas de tort.

— Je le reconnais. Oui, tu es extraordinaire, pour le moi le plus extraordinaire des sorciers mais pas uniquement cela, tu es aussi mon compagnon et j'ai beaucoup de chance. Jim et toi vous faites ma vie.

— Je crois moi que le destin m'a fait une immense faveur en vous mettant sur ma route et surtout en m'accordant la réciprocité de mes sentiments. fit-il en blottissant son visage dans le creux de son épaule puis en remontant doucement vers le cet endroit sensible derrière l'oreille, ses lèvres effleurant à peine celle-ci en une caresse aérienne. Ses mains erraient sur la peau encore chaude et moite de sommeil. Il le savait particulièrement réceptif au réveil.

Sa bouche redescendit dans son cou pour venir mordiller doucement l'endroit où il sentait son pouls. Renversant la tête vers l'arrière, Harry se cambra contre lui avec un gémissement rauque. Aussitôt Pierre-François le pressa d'une main contre son désir tandis que de la seconde il réveillait Jim.

Il aurait tout donné pour une fois faire l'amour avec Harry seul, pour l'avoir tout à lui, le posséder enfin totalement, qu'il ne doive qu'à lui sa volupté, tout sauf leur amour à trois car tôt ou tard ce serait les perdre tous les deux. Son désir lui serra la gorge et sans s'en apercevoir, il mordit Harry à la rondeur de l'épaule avec violence. Loin de se rebeller, celui-ci lui rendit la morsure avant de s'arquer sous celle que lui infligeait Jim au creux des reins.

— Vous êtes insatiables tous les deux ! fit Jim blotti contre Pierre-François les yeux fermés, le corps alangui.

— Ça n'avait pas l'air de te déplaire, ma tendresse et j'ai même l'impression que je vais porter quelques traces de ton enthousiasme. railla le loup en caressant doucement sa joue du revers de la main. Si on doit aller à la plage cette après-midi, nous serons bien !

— J'espère qu'on va y descendre, j'aimerais qu'on profite de nos derniers jours de vacances. soupira Harry. De toute façon il faut changer les idées aux enfants.

— Il n'y a pas que les petits. Nos amis sont là aussi et je ne crois pas que ce soit par hasard. fit remarquer Pierre-François.

— Leurs buts sont différents. Le trio est là pour être soutenu, Jimmy et Erwin pour nous appuyer. analysa Harry.

— Nous sommes là pour veiller sur toi et ton petit confort, pas besoin de ton page, messire chevalier, répondit Jim avec agacement.

Harry éclata de rire en l'attirant à lui par la nuque pour baiser ses lèvres. Il adorait quand Jim était jaloux, enfin, la plupart du temps...

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La pluie du jour avant n'avait laissé nulle trace, aussitôt bue par un sol assoiffé. Sur la terrasse, ils terminaient leur déjeuner. Pendant la matinée, ils avaient expédié avec Jimmy et Erwin les affaires courantes du monde sorcier. Les diverses enquêtes semblaient au point mort. Un peu de répit avant une rentrée qui s'annonçait chargée.

Comme l'avait désiré Harry, ils passèrent l'après-midi sur la plage. Tous les trois revenaient d'une promenade le long de la mer, en jeans et chemise ouverte. Dès la limite de leur propriété atteinte, Pierre-François les attira contre lui par la taille et c'est enlacés qu'ils terminèrent leur ballade puis restèrent à contempler le large.

— Qu'ils sont beaux comme ça, fit Hermione en regardant vers ses amis.

— Moi j'aimerais bien savoir pourquoi aucun des trois ne s'est déshabillé. Ce n'est pas dans leurs habitudes de rester en jeans et chemise sur la plage, se moqua Sylas. Ils on dû encore en faire de belles cette nuit.

Dans tous les esprits passa l'image de Jim marqué de traces rouges sur les épaules et la poitrine au lendemain de l'exposition de peinture où chacun avait éprouvé de la jalousie de leurs sentiments naissants pour le loup.

— Pierre-François n'est pas comme ça. Jamais, j'en suis sûre, il n'aurait ce genre de réaction.

Draco eut un sourire railleur en se remémorant leur façon provocante de le tenter et le striptease sur la plage qui en avait découlé. Il les regardait revenir vers eux joyeux et insouciants. Il aimait voir Harry heureux comme jamais il ne l'avait été. Il le regarda se pendre en riant au cou de Pierre-François pour l'embrasser avant d'être repoussé par Jim qui fit mine de vouloir prendre sa place, ils se poursuivaient en courant autour de leur amant qui les contemplait plein d'indulgence pour leurs débordements enfantins. Il finit par les attraper et, les serrant contre lui, les embrassa tour à tour avec passion. Ils s'assirent ensuite parmi eux sans même sembler remarquer l'attention dont ils étaient l'objet.

Robert vint déposer à coté d'eux un panier contenant des rafraichissements et des pâtisseries faites par Didier. Les plus jeunes se ruèrent sur les boissons fraiches. Aymeric enjamba les pieds de Jim mais celui-ci qui ne l'avait pas vu bougea, l'adolescent trébucha et tomba sur Pierre-François, renversant son verre glacé sur lui. Stoïque il ne bougea pas mais lança un appel muet à ses compagnons, ils se regardèrent et éclatèrent de rire tous les trois.

— Je suis maudit ! se marra-t-il.

— Enlevez votre chemise, Monsieur, je vais vous envoyer Marine avec une autre. intervint la majordome.

Les rires des plus jeunes redoublèrent, Jim en avait les larmes aux yeux.

— Si vous continuez tous les deux, j'en fais autant avec vous. ricana-t-il, ce qui les fit taire un court instant.

Pierre-François en soupirant commença à retirer sa chemise.

— Tu ne vas pas faire ça ? demanda Jim sérieux cette fois.

— Je vais rester poisseux de limonade jusqu'au soir? Si tu notes leurs regards moqueurs, nos amis n'attendent qu'une confirmation à leurs suppositions malsaines, à mon avis ça ne vaut pas la peine que je me dérange pour aller me changer au mas.

Il tendit sa chemise au majordome livrant à l'observation de leurs amis un torse et des épaules couverts de trace de morsures et de suçons.

— Vous exagérez tous les deux, lâcha Hermione.

— Mais de quoi je me mêle ? Tu vas nous dire comment faire l'amour maintenant ? s'indigna Harry.

— Faire l'amour ? C'est comme ça que tu appelles ça ?

— Doucement Hermione ! intervint Pierre-François. Ne me fais l'affront de supposer que je n'étais pas consentant.

— Mais...

— Mais quoi, la coupa Jim furieux, tu crois que nous nous sommes acharnés à deux sur un p'ti loup soumis et subissant nos violences ? Je te croyais intelligente ! Nous étions trois à ce jeu amoureux. Draco, il serait peut-être temps que vous lui appreniez certaines choses !

— Calme-toi, mon agneau. fit tendrement l'aîné. Eux aussi font l'amour comme ils l'entendent.

Quand Jim voulut se lever, il le retint par le poignet, le fit asseoir entre ses jambes, son dos contre son torse et referma autour de lui ses bras. Harry soupira en regardant le visage fermé de son fiancé et lança un coup d'œil plein de reproches à Hermione. Sylas et Draco, se concentrant, se lancèrent dans des explications avec elle par le lien qui finit par secouer la tête agacée, apparemment pas convaincue par leurs arguments. Harry leva les yeux au ciel et descendit sa chemise sur ses bras dégageant ses épaules et sa nuque pareillement marqués.

— Ce ne sont que quelques morsures Mione faites et reçues en toute connaissance de cause. Demain ou après-demain, il n'en restera que le souvenir de moments intenses et délicieux. J'aimerais qu'on passe à un autre sujet que ce que nous faisons dans notre chambre quand la porte en est fermée. C'est une discussion qui se termine ici et je ne veux plus en entendre parler. Je n'admettrai pas que tu blesses Jim ou Pierre-François une nouvelle fois.

Ce fut au tour d'Hermione de lancer un regard peiné à son meilleur ami qu'il fit mine de ne pas voir. Sylas l'attira contre lui tendrement pour la consoler, tandis que Draco lui prenait la main. Ils se mirent en symbiose se coupant du monde qui les entourait pour se retrouver à trois ou plutôt à cinq déjà dans cette bulle intime dont ils avaient besoin...

Erwin et Jimmy n'avait pas dit un seul un mot, pas plus que Cloud ou Justin qui avaient assisté à toute la scène. Les premiers avaient toujours été très discrets sur leur relation et très certainement jugeaient qu'il devait en être de même pour leurs amis, les seconds ne se seraient pas permis la moindre remarque pour des raisons différentes, Cloud par respect pour son père adoptif quelle que soit son opinion, Justin parce que déjà il faisait partie des amants passionnés et excessifs comme le trio.

Pierre-François revêtit la chemise que lui apportait Marine avant de se lever pour aller aider sa fille à construire son habituel château que la marée s'empresserait de détruire dès sa montée. Harry s'étendit dans le sable très vite rejoint par Jim qui posa sa tête sur son épaule. Leur tranquillité fut rapidement troublée par une voix moqueuse à laquelle répondait une autre féminine cette fois. Sirius se dirigeait vers eux, venant de la plage voisine, il tenait par la main une jeune femme d'une trentaine d'années. Blonde, vêtue d'un paréo de couleurs vives, elle riait de ce que lui disait le maraudeur. Harry et Jim se redressèrent pour accueillir les arrivants tandis que Pierre-François laissait Lily et Teddy en compagnie de Sylvain et Aymeric pour les rejoindre.

Dès qu'elle lui fut présentée, Harry identifia la jeune femme comme étant une sorcière, anglaise de surcroit, et ça ne lui plut pas. Les chances de rencontrer par hasard une telle personne en cet endroit lui semblaient minces. Il tenait au secret de leur bastide et il savait qu'il en était de même pour Pierre-François. Une fois de plus, dans ces circonstances plus qu'incertaines, il jugea son parrain bien imprudent. Il savait qu'elle n'apercevait pas la maison située derrière la pinède, toutefois elle devait supposer, avec raison, que la plage privée correspondait à une des villas des alentours. Que Sirius soit d'accord ou pas, un sort d'oubliette lui semblait indispensable.

Il échangea avec Draco un coup d'œil que surprirent ses compagnons. Pierre-François comprit de suite leurs intentions et se mêla à la conversation pour faire diversion pendant que le legilimens se faufilait dans l'esprit de la sorcière. Celle-ci ravie de l'accueil, adressa une œillade à Pierre-François, qui ne le déstabilisa pas, dans son personnage de Lauzun il en avait vu d'autres. Jim par contre sursauta et adressa à la jeune femme un regard assassin qui fit rire son amant et Harry qui ne craignait que la gente masculine. La conversation se poursuivit un long moment sur des sujets anodins, les vacances et les loisirs. Lorsque Sirius et sa conquête reprirent le chemin de l'hôtel tout proche, le trio les escorta au bout de la plage de la Tamarisière. Arrivés dans un coin peu fréquenté à proximité du complexe, Harry lança un stupéfix qui immobilisa la jeune femme. Son parrain se retourna baguette brandie avant de réaliser que c'était Harry qui venait de lancer le sort.

— Harry ? Mais que fais tu ? s'exclama-t-il désorienté.

— Je prends les précautions que toi, tu oublies !

— Je n'ai pas droit à une vie privée ?

— Si mais Les Tamaris, c'est notre havre et personne ne doit en connaitre l'existence.

— Vous n'avez pas arrêté d'y inviter du monde ! railla le maraudeur.

— Du monde que nous connaissons et en qui nous avons confiance. Tu ne connais cette femme que depuis quelques jours. La moindre des choses est de faire le nécessaire pour s'assurer de son honnêteté ! Tu trouves que nous n'avons pas assez d'ennuis comme ça?

— Inutile de discuter de ça maintenant, intervint Jim, On va finir par nous remarquer.

— Je vais donc lui jeter un sortilège d'amnésie en ce qui concerne cet après-midi et ce qu'elle a vu.

— Je peux savoir ce que tu lui reproches qui justifie cette mesure ?

— Elle t'a rencontré par hasard, c'est vrai, étonnant mais vrai, Draco l'a vu dans son esprit.

— Ah ! Tu vois !

— Par Merlin ! Laisse-moi donc finir ! Mais elle a vite compris qui tu étais et était prête à monnayer les informations qu'elle pouvait glaner sur nous, non pas à la Loge dont elle ne sait rien de plus que tout-un-chacun mais aux journaux et plus précisément à Sorcières-Hebdo qui lui semblait le plus susceptible d'être intéressé par ce genre de potins. Maintenant que tu sais à quoi t'en tenir, tu peux continuer de t'amuser avec elle. Nous reparlerons de tes imprudence plus tard, à ton retour.

— Je te rappelle que c'est moi ton parrain et pas le contraire. Ce n'est pas un gosse qui me donnera des ordres ! Si tout le monde te lèche les bottes, ce n'est pas mon cas ! Tu es le fils de James et si tu te crois un homme parce que tu te fais sauter par un mec qui a le double de ton âge, je te montrerai volontiers que loin s'en faut !

— Je te les donne pour notre sécurité, pour celle de nos amis, pour celle de notre monde en tant que dirigeant de la Fratrie à laquelle tu as prêté serment, fit Harry en prenant sur lui pour ne pas éclater. Et que tu sois mon parrain ou pas, le meilleur ami de mon père ou pas, ne parle jamais plus de Pierre-François comme tu viens de le faire !

— Calme-toi, Amour ! lui murmura doucement ce dernier, il a tout simplement mal.

— Alors il comprendra certainement que je n'apprécie pas sa manière de parler de toi sans respect comme il le fait. Moi ce n'est pas ma fierté qui est blessée, c'est mon amour. fit-il d'une voix glaciale qui accentuait chaque parole dite.

Il jeta à la jeune femme un sortilège d'oubliette puis un sort de confusion avant de s'éloigner rapidement, laissant Sirius en sa compagnie. Jim suivit directement Harry alors que l'ainé s'attardait pour quelques mots.

— Ne lui en veux pas, il a charge d'âme et n'a pas compris que déjà tu y tenais.

— Je suis désolé Pierre-François.

— C'est déjà oublié. Tu as essayé de le blesser dans ses sentiments comme tu l'étais, je peux le comprendre, mais as-tu pensé que tu es son parrain et qu'il t'aime.

— Il n'y a donc que lui qui compte pour toi !

— Il y a lui avant toute chose. Il est mon compagnon.

— Et Jim ? Tu l'as oublié !

— Je l'aime infiniment, amant tendre, complice, fort, passionné, mais Harry c'est autre chose.

— ...

— Tu as le choix de continuer à la voir en sachant que tu ne pourras jamais lui faire confiance et l'introduire auprès de nous ou de tout arrêter avant de souffrir plus. fit-il en désignant la sorcière. Quoi que tu choisisses ...

— C'est déjà choisi ! l'interrompit Sirius. Ce n'est pas facile d'être le parrain du Sauveur du monde sorcier ! Je serai là pour dîner !

— Bien !

Pierre-François s'attendait à refaire seul le chemin jusqu'à leur plage, mais cent mètres plus loin, assis dans le sable, ils l'attendaient. Il s'en voulait un peu de l'analyse qu'il avait faite à Sirius. Jim méritait bien mieux ! Il était aussi dans toute cette tourmente son point d'ancrage dans la réalité, un port, un doux et sûr refuge où se reposer et il espérait en être tout autant pour lui. Il s'assit à leurs cotés profitant de ces instants paisibles où les amateurs de bronzage ont déserté les plages ou les familles sont rentrées pour le diner. C'était l'heure des amoureux de la mer, des promeneurs tranquilles, des amateurs de photos de coucher de soleil.

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Sur la petite plage des Tamaris, un silence avait suivi le départ du trio et du couple sorcier. Draco tenait à discuter avec Mia de la conversation qu'elle avait eue avec les garçons mais ne savait comment aborder le sujet. Une main douce et ferme se posa sur son genou, rassurante, apaisante.

— Mia, entama-t-il gentiment, Harry a raison quand il dit que chacun a sa manière d'aimer, de faire l'amour et qu'elle doit être respectée. Tu dois pouvoir admettre ce genre de chose sans prendre position, ce n'est pas ton problème.

— Tu ne parles que de moi, ça veut dire que tu trouves ça normal ?

— Ils sont passionnés et je peux comprendre que parfois, emportés par leurs sentiments et le désir qu'ils éprouvent, ils en arrivent à une joute amoureuse dont l'enjeu est une domination du ou des partenaires, fit Draco ravi de son explication qu'il trouvait particulièrement réussie.

— Et dans ce cas, ils mutent et se transforment en bêtes sauvages... ajouta sa femme ironique.

Il resta interdit devant la conclusion faite à sa tirade tandis que Justin éclatait de rire. Sylas et Cloud essayaient de ne pas en faire autant et évitaient soigneusement de se regarder.

— Ils se laissent peut-être envahir par des instincts plus primitifs oui, mais sans jamais dépasser certaines limites qui sont celles que l'autre ou les autres tolèrent car le but est non la violence en soit mais le plaisir. admit-il à contrecœur.

— On peut éprouver le besoin d'une certaine violence dans les rapports pour extérioriser et évacuer des tensions qu'elles soient provoquées par la jalousie ou le stress d'une situation difficile, intervint Justin. C'est une autre manière d'exprimer son amour et le besoin de l'autre. Des amants n'en éprouveront jamais l'envie, d'autres plus passionnés, plus "à fleur de peau" le ressentiront, comme certains éprouvent le désir de faire l'amour souvent alors que d'autres se contenteront de le faire rarement et s'en trouveront tout aussi satisfaits. Harry, Jim et Pierre-François ne sont pas conformistes et ne sont pas représentatifs de la majorité, loin de là, ils font sans nul doute partie des amants passionnés et je crois qu'ils chercheront toujours à maintenir leurs relations dans cette direction, renouvelant sans cesse leur quête de la volupté. Mais est-ce important ? Le principal n'est-il pas encore et toujours le besoin d'aimer ? L'amour, je crois que c'est ça qu'essaye depuis toujours d'enseigner Harry. Je me trompe Hermione ? demanda-t-il moqueur.

Celle-ci regarda stupéfaite le jeune serpentard de même pas dix-sept ans qui voulait lui donner un cours d'éducation sexuelle. Elle brûlait d'envie de lui dire qu'elle n'avait nul besoin de ça et encore moins venant d'un gamin mais après tout elle n'avait que trois ans de plus que lui et elle avait à plusieurs reprises constaté que Sylas et Draco mettaient dans leurs relations physiques à deux bien moins de douceur et parfois même une certaine violence.

— Et tu trouves ça normal je suppose ?

— Oui ! Le tout est de trouver une partenaire qui aime ça et de savoir ne pas dépasser la limite qu'on s'est fixée car ça peut vite tourner à l'escalade. Apparemment nos amants terribles s'accordent très bien sur ce point.

— Vous ne pourriez pas aborder un autre sujet que la sexualité de mon père et de ses compagnons ? intervint Cloud que la conversation commençait doucement à lasser. Le fait que vous soyez leurs amis ne vous donnent pas le droit de disséquer leur vie privée comme vous le faites. Ils ont le droit de s'aimer comme ils l'entendent.

— Cloud a raison. fit Erwin très succinctement à son habitude.

— On égratigne ton image parfaite du chevalier Harry, sans peur et sans reproche ? se moqua Sylas avec un sourire.

— Ce n'est pas parce que nous sommes amis qu'on n'a pas droit à un minimum d'espace et d'intimité. Pierre-François est quelqu'un de plutôt solitaire. Si vous voulez qu'il continue à apprécier votre présence n'allez pas trop loin. conseilla-t-il. Ne vous y trompez pas son attitude de tantôt ressemblait assez à une provocation en réponse à votre curiosité.

— Harry nous a toujours considérés comme sa famille. précisa Hermione.

— Je ne dis pas le contraire, Hermione. Il aime profondément son compagnon. La fin de leurs vacances est bien loin de ce qu'ils en attendaient tous les trois. Entre eux, les liens n'ont pas cessé de s'intensifier et ils ont trouvé une très belle harmonie où chacun à sa place. Ils s'étaient aménagé deux périodes rien que pour eux, une au début des congés et une à la fin. Les évènements font que nous sommes là, mais ce n'est pas une raison pour nous montrer aussi envahissants. Je crois que Harry a bien défini les limites à ne pas franchir il y a quelques instants. Si il y a un choix à opérer, il est déjà fait sans l'ombre d'un doute et je l'approuve sans aucune restriction même si il est à nos dépens.

Ils regardaient tous le jeune homme avec stupéfaction, il était d'habitude si discret, presque effacé, qu'ils en oubliaient l'orateur calme et efficace des négociations de Haultepenne. Là, pour la première fois, il dévoilait ses positions et les autres comprenaient mieux sa présence. Il serait réellement le page de son chevalier.

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Le soleil couchant rougeoyait déjà la mer et le ciel, quand main dans la main, sereins, ils reprirent le chemin du mas. Dès leur retour, ils sentirent que l'atmosphère était différente, presque contrainte. Ils échangèrent un coup d'œil interrogatif.

— Aujourd'hui j'aurais bien fait un peu de bateau moi ! regretta Jim en se chargeant du sac avec la zodiac.

— On en fera demain ma tendresse. Il nous reste une semaine de vacances.

— J'espère qu'elle sera enfin calme et que le monde sorcier nous oubliera un peu. soupira le jeune moldu.

Ils remontèrent tous vers le mas. Comme il y avait de la place, Jimmy et Erwin avaient choisi de loger dans le second bastidon autant pour préserver leur intimité à laquelle ils tenaient que pour respecter celle des autres.

Quelques minutes plus tard, Harry, Jim et Pierre-François, après une douche rapide, attendaient pour passer à table l'arrivée de tous leurs convives. Les deux inséparables que devenaient Cloud et Justin arrivèrent en premier, ce qui arrangeait Harry qui avait quelques questions à poser au sujet de l'atmosphère lourde qu'il avait perçue à leur retour. C'est Cloud qui se chargea de résumer la conversation de Draco avec Hermione, les interventions de Justin puis celle très ferme d'Erwin. Harry n'eut aucun commentaire. Beaucoup de bruits pour peu de chose. Il était pourtant content que le jeune garçon ait montré à ces deux compagnons l'autre coté du taiseux Erwin. Peut-être seraient-ils moins jaloux dorénavant ?

Sirius rentra pour le repas la mine sombre, la jolie sorcière était certainement sortie de sa vie et ça le rendait morose. Ils passèrent une soirée tranquille en discussions agréables même si quel que soit le sujet abordé, la rentrée finissait toujours par y pointer le bout de son nez.

Ils passèrent deux jours entiers à profiter de la plage et des plaisirs que leur offrait la mer. Justin avait appris à piloter le zodiac et s'en sortait très bien et si Pierre-François ne l'avait pas laissé emmener les enfants caboter, il restait des heures avec Cloud à naviguer, avec parfois comme passagères Marine et Fanny. En fin d'après-midi, Pierre-François, Harry et Jim s'évadèrent à leur tour avec les enfants le premier jour avec le trio, Jimmy et Erwin, le second seuls.

Quand l'averse les surprit, ils s'étaient éloignés vers l'embouchure du fleuve et se hâtèrent de regagner leur plage. Leurs amis avaient déjà rassemblé les serviettes et autres matelas de plage, les jouets des enfants et les parasols. Le tout réduit d'un sortilège avait trouvé place dans le sac. C'est dégoulinants d'eau qu'ils se retrouvèrent dans le salon du mas où les attendaient Robert, Fanny et Marine avec des serviettes sèches. Pendant que ces dernières s'occupaient des enfants, ils se séchaient en riant, se moquant de Cloud qui avait glissé dans le petit chemin et était tombé, de Sirius qui s'était retourné vers eux pour se moquer du plus jeune et qui avait rencontré de très près un sapin.

La pluie semblait avoir emporté le malaise qui avait subsisté entre eux depuis leur conversation et c'est une soirée très détendue qu'ils avaient passée à discuter et plaisanter jusque tard dans la nuit.

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Pourtant tôt ce matin-là, Harry n'était pas aussi joyeux. Debout devant la fenêtre il contemplait l'aube noyée sous l'averse. Ce temps correspondait trop bien à son humeur, à ses craintes. Il semblait sonner la fin des vacances et de leur insouciance. Si il avait été moins absorbé, il aurait remarqué que Pierre-François ne dormait plus et observait son visage contrarié depuis un moment.

— Viens ici, mon amour. l'appela-t-il.

— Tu es réveillé ?

— Je crois bien que oui ! se moqua-t-il gentiment. Viens. acheva-t-il en lui tendant la main.

Harry se coula tout contre lui avec un soupir. Pierre-François referma ses bras et ses jambes autour de lui, l'entourant d'une étreinte rassurante. Il roula sur lui-même, le déposant, serré, entre Jim et lui. Dans son sommeil, leur compagnon referma immédiatement ses bras autour de son fiancé avec un grognement impatient qui fit sourire les deux autres.

— Raconte. fit l'aîné doucement.

— Nous sommes déjà vendredi et nous repartons mardi.

— C'est exact mais nous serons ensemble, n'est-ce pas le principal ? Pour moi, c'est le cas.

— N'en doute pas ! Mais ça signifie aussi qu'il y aura des changements, de nouvelles choses à gérer en plus des anciennes.

— De quoi as-tu peur ?

— J'ai pris l'habitude que toi et Jim soyez toujours à me côtés et j'aime ça infiniment. J'ai peur du vide de votre absence.

— Tu vas me manquer aussi, mais nous ne serons séparés que quelques heures par jour. Quant à vous deux, vous serez ensemble presque tout le temps. Dès que vous aurez votre horaire à l'université, je m'arrangerai pour nous faire à tous les trois un planning qui nous permettra de nous voir le plus possible. Je ne tiens pas à ce que vous passiez plus de temps qu'il ne faut là-bas.

— ...

— Enlève moi cet air boudeur, mon agneau, tu sais bien que la vie est ainsi faite.

— Je ne boude jamais ! s'indigna Harry.

— Je sais, rit Pierre-François. On ne peut pas vivre d'amour et d'eau fraîche. De toute façon, nous nous lasserions très vite d'être toujours ensemble à ne rien faire. Je veux que notre amour dure très très longtemps. conclut-il avec un petit sourire plein de tendresse.

— Je me demande si c'est une bonne idée d'aller à l'université... grommela Harry.

— Tu sais très bien que oui ! Tu as de grandes choses à accomplir !

— Toujours le monde sorcier ! Et moi dans tout cela ?

— Sois honnête avec toi même et avec nous par la même occasion. Tu sais très bien que tu ne resterais jamais éloigné des affaires de notre univers.

— Pierre-François ! soupira-t-il.

— Je suis là, mon doux amour, et je ne serai jamais loin de toi. fit-il en passant sa main dans les cheveux noirs indisciplinés avant de poser légèrement ses lèvres sur les siennes.

— Je sens que nous allons transplaner souvent vers Poudlard.

— J'essayerai de passer vous voir aussi à midi et nous déjeunerons ensemble à l'appartement ou au restaurant universitaire.

— Tu sais que tu n'auras pas le temps pour ce genre de chose!

— Je le prendrai chaque fois que vous en aurez besoin.

— Tout le monde vit très bien en étant séparé de son compagnon la journée et parfois même plusieurs jours. Et moi je suis en train de te faire des histoires pour quelques heures. Tu me trouves stupide n'est-ce-pas ?

— Non ! fit-il amusé. Juste pas très réaliste. Je te sais affamé d'amour et de tendresse. Tu demandes beaucoup c'est vrai, mais tu donnes énormément aussi en retour.

— ...

— Jim lui est très tactile et a sans cesse besoin de contacts physiques surtout avec toi, alors que tu m'as dit qu'il se tenait loin de George. Les demandes varient selon les partenaires aussi.

— ...

— Et je ne peux qu'être ravi de ce besoin de moi que tu as. Le jour où ce ne sera plus le cas, je me poserai sérieusement des questions...

— Mais mon amour est excessif ?

— On dirait que tu veux absolument m'entendre dire ça. Chacun réagit avec son vécu. Même si tu es loin de moi pour une longue période, ça ne m'empêchera pas de t'aimer, de te respecter, de t'être fidèle. La distance, le temps ne changeront rien à mon amour et j'en attends autant de toi. J'aime ta fougue, ta passion, je ressens les mêmes.

Harry nicha sa tête dans le creux de son épaule. C'était au tour de Pierre-François d'être troublé par la direction qu'avait prise leur conversation. Son jeune compagnon, éternel inquiet, craignait-il qu'il se soit engagé trop précipitamment ?

— Pourquoi remets-tu notre relation en cause ?

— Mais je ne remets rien en question ! s'exclama Harry stupéfait. Je ne veux tout simplement pas te perdre en te demandant plus que tu ne peux donner.

— Si c'était le cas, je te le dirais. Je n'ai qu'un seul but, votre bonheur. Et jamais rien ne passera outre ça. fit-il tendrement en attirant son avant-bras à lui et en embrassant doucement l'intérieur du poignet avant de poser sa joue dans sa main.

Harry se rendormit serré entre leurs bras. Pierre-François, pensif, caressait doucement les cheveux qu'il portaient plus longs à sa demande et qui retombaient maintenant sur son front. Il commençait à bien connaître son petit homme. Quelque chose le tracassait, c'était évident.

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Lorsque Harry se réveilla de nouveau il était serré dans les bras de Jim. Une fois de plus, geste chéri, il blottit son visage dans son cou pour respirer avec volupté son odeur charnelle. Il laissa échapper sans s'en rendre compte un soupir de bien-être qui amena un sourire sur les lèvres de son fiancé, mais il ne bougea pas pour prolonger les doux instants. Un long moment plus tard, il posa ses lèvres à l'emplacement odorant avant de s'en éloigner. Jim ne l'aurait jamais avoué mais depuis lui, il mettait la touche de parfum toujours au même endroit.

Il caressa doucement les épaules puis le dos nu, avant de basculer Harry pour se trouver au dessus-de lui, il déposa ensuite une myriade de petits baisers légers sur son visage.

— Mmmmmmmh ! Quel agréable réveil ! fit son fiancé en refermant ses mains sur le corps à la peau douce.

— Nous pouvons paresser au lit tant que nous voulons, il fait un temps de chien !

Harry jeta un coup d'œil vers la fenêtre. Il pleuvait toujours. Il se rappela sa conversation du petit matin avec Pierre-François. Où était-il ? Jamais très loin avait-il promis. Rassuré, il attira Jim vers lui par la nuque et l'embrassa amoureusement, longuement, baiser sensuel et suave comme les aimait son fiancé en dehors de leurs ébats. Puis taquin, il embrassa le bout de son nez, alternant les bisous et les mots d'amour, petites agaceries pleines de douceur auxquelles Jim se soumettait avec bonheur.

Front contre front, sans un mot, ils profitaient du moment et de la présence de l'autre, heureux de cet aparté. Ils se mirent à évoquer l'avenir, chuchotant sans raison dans la grande chambre vide, pour le plaisir de prolonger cette chaude intimité. Du bout des doigts, il caressa les lèvres qui parlaient, cela fit rire Harry qui mordilla les espiègles perturbateurs.

— Tu ne m'écoutes pas !

— Mais si, répondit-il en lui volant un baiser de plus.

— Menteur ! se moqua son fiancé.

— Tu as dit que pour notre sécurité, tu allais demander à Lucius de raccorder la cheminée de l'appartement de Poudlard à celle d'arrivée principale de l'université. Tu vois que je t'écoute ! fit Jim.

— Ce sera plus facile pour toi, même si je préfère qu'on soit toujours deux pour se déplacer.

— Amour, …

Il n'eut pas le temps de terminer sa phrase, un fort craquement suivi d'un grand bruit, firent bondir Harry du lit, il se précipita à la fenêtre pour voir la terrasse dévastée et la grande toile de l'auvent gisant au milieu de tout ce capharnaüm. Pierre-François, baguette brandie, se relevait apparemment à moitié assommé.

— P'ti loup ! murmura Jim appuyé contre lui afin de voir.

— Viens. fit Harry se précipitant sur le premier jean venu avant de se ruer dans les escaliers. Il n'arrivait pas à calmer les battements désordonnés de son cœur. Il avait eu tellement peur en le voyant étendu. Il s'arrêta au niveau de la porte-fenêtre, il accrocha le regard de son amant.

— Tu n'as rien ? lui demanda-t-il d'une voix blanche.

— Non ça va ! Voilà ce qui arrive avec les vieilles maisons. J'aurais du faire renouveler l'armature depuis un moment.

— L'auvent aurait du être refermé hier soir et il n'y aurait pas eu de problème ! fit Harry d'un ton cassant.

— C'est exact mais j'ai oublié et quand je m'en suis aperçu la bâche avait commencé à se remplir, expliqua le majordome. Je n'ai jamais pensé que la pluie tomberait toute la nuit et l'alourdirait à ce point.

Après un regard sévère au fautif, Harry, d'un geste de sa baguette, réduisit la toile et les armatures, répara les fauteuils de la terrasse. Pierre-François était déjà au téléphone demandant à une firme moldue de venir faire un devis. Trop content d'avoir une commande pareille en fin de saison l'artisan était là en début d'après-midi. Ils choisirent dans le catalogue un nouvel auvent qui serait placé en leur absence. Robert, Didier et les deux filles restaient sur place encore quelques jours après leur départ pour nettoyer à fond le mas et les bastidons, puis fermer la propriété qui ne serait accessible qu'à son gardien qui servait aussi de jardinier.

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Le vendredi et le week-end ils profitèrent une fois de plus des choses qu'ils avaient le plus aimées pendant ce séjour. Le samedi vit Harry, Jim et Pierre-François au marché de la Tamarisière. Les trois hommes étaient considérés comme de bons clients et ils passèrent plus de temps à discuter avec les commerçants qu'ils ne reverraient que dans dix mois qu'à faire leurs achats. Le coffre de la voiture se remplit bien vite de fruits, de lavande, d'épices qui viendraient leur rappeler à Poudlard la douceur de vivre du midi de la France. Ils savourèrent un dernier mauvais vin blanc assis à la terrasse du café en bordure de la petite place.

Le dimanche après une journée à la plage, ils passèrent une soirée autour de la plancha. Les deux adolescents avaient organisés, pour les quatre plus jeunes, une partie de cache-cache dans les jardins. Ils les entendaient crier et rire même Sylvain. Si il avait des moments de d'abattement et de chagrin, l'insouciance de l'enfance reprenait très vite ses droits lors des jeux en commun.

Hermione assise sur les genoux de Sylas encourageait Draco qui jouait au ping-pong avec Sirius. Les trois hommes de la maison avec force rires et plaisanteries grillaient crustacés, poissons et légumes. Jim appuyé contre le dos de Harry, ses mains autour de la taille prétendait emmener celui-ci loin de la plaque qui disait-il lui donnait un teint de homard cuit. Cramponné à sa spatule, le dit homard retournait sans férir les crustacés vermillons. Jim décidant d'employer les grands moyens, le souleva et l'emporta, le posant quelques mètres plus loin. Aussitôt Harry, avec un rire moqueur voulut se précipiter à nouveau devant la plaque de cuisson, poursuivi par un Jim vociférant qu'il ne sortirait pas avec lui le lendemain si il avait le teint d'un iroquois. Courant tout autour de la table, il s'épuisaient pour rien. Pierre-François se détourna de sa tâche, empoigna son aide grilladin au passage et, le soulevant à son tour, voulut le déposer à ses côtés. Harry se laissa glisser tout contre lui sans le quitter des yeux, front contre front ils restaient là dans leur bulle de tendresse, isolés de tous sauf d'un, car d'un même geste, ils tendirent la main vers Jim qui les rejoignit.

Harry se rappela que c'était lors d'une soirée toute pareille autour de cet instrument rougeoyant qu'il avait renoncé il y a plus de deux mois à un couple uni et fusionnel pour créer un trio problématique et ça par amour pour Pierre-François. La perspective, ce soir là, était bien plus grave encore, la bataille de Stonehenge était imminente et il avait peur de s'y perdre ou d'y perdre ses amours mais ils étaient là, dans ses bras. Ou lui était dans les leurs, peu importe.

Loin de ses craintes de ce moment là, leur attachement n'avait cessé de se renforcer, de se magnifier... Que venaient donc faire ces pensées dans un moment pareil ? Il sentit des larmes monter sans en savoir la raison. Emotion ? Trop plein d'amour ? Regrets de ces moments insouciants dont il avait apprécié chaque minute ? Ce n'était qu'une étape, un instant dans leur vie. Posant sa tête sur l'épaule de Jim, il cacha son visage des yeux perspicaces de ses compagnons.

— Pas de l'amour, disais-tu Mia ? interrogea Draco qui les regardait un léger sourire aux lèvres.

— Oh si, ils s'aiment, confirma Erwin. Que Merlin protège un amour pareil ! acheva-t-il gravement.

— Vous êtes beaucoup plus présents qu'avant, tu peux me dire pourquoi ? demanda Hermione à son frère.

— Il se trame bien des choses dans l'ombre ! fit Jimmy; Vous avez changé le sens de la vie en prenant l'initiative de concevoir les jumeaux trop tôt et de faire revenir deux sorciers des limbes. Ce n'est pas sans conséquence. Des siècles après la première, une seconde prophétie a été faite après la bataille de Stonehenge dont vous ne saurez pas la teneur maintenant car là encore vous pourriez modifier l'avenir sans le vouloir.

— Elle nous met en danger de nouveau ?

— Vous ferez votre choix, être à leurs côtés ou pas ! Nous avons fait le nôtre ! répondit Erwin.

— Je serai là quoi qu'il m'en coûte ! fit Draco catégorique.

— Où tu vas, je vais. fit doucement Sylas.

— Alors armez-vous de courage et de patience. La route sera longue vers la lumière. conclut Jimmy.

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Le lundi matin, ils trièrent les documents dans le bureau, en laissèrent une partie au coffre et mirent les autres de côté pour les emmener. Fort de son expérience chez Hermione, Harry retira de l'ordinateur le disque dur qui alla rejoindre les bagages. Pierre-François l'avait regardé faire un peu étonné de tant de précautions mais n'avait pas fait de commentaire.

Ils descendirent au bord de la mer tôt et y prirent leur déjeuner. Assis de part et d'autre de Pierre-François, Harry et Jim avaient posé la tête sur son épaule et fixaient le large. Quand ils s'éloignèrent, laissant la garde des enfants aux plus âgés, nul ne fit de remarque. Main dans la main, ils marchaient le long des vagues qui venaient mourir sur leurs pieds. Les plages étaient pratiquement désertes, les touristes étaient déjà dans les embouteillages des autoroutes. Les autres les auraient certainement trouvés ridicules si ils avaient dit qu'ils disaient au revoir aux endroits qui avaient accueilli leur amour.

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L'après-midi, ils transplanèrent avec les enfants au Chemin de Traverse et firent avec eux les emplettes pour la rentrée scolaire. Harry offrit une jolie chouette blanche et brune à Aymeric alors que Sylvain préférait un chaton persan au pelage gris clair et aux longs poils qu'il appela Mistigri. Entre robe sorcières et livres de cours, chaudron, poils et plumes, ils furent bientôt submergés de colis qu'ils durent réduire pour les transporter plus facilement. Ils entrèrent chez le marchand de baguettes. Dès que celui-ci les vit entrer, il se précipita pour aller chercher le vieil Ollivander qui voulait les voir.

— Bonjour Monsieur Potter, je vous attendais ! Je savais que vous viendriez chercher une baguette pour ce jeune homme. fit-il en désignant Sylvain. L'annonce de son existence a fait grand bruit ainsi que le fait que vous en soyez le tuteur au détriment de ses oncles.

— L'annonce a fait grand bruit ? mais...

— La famille Balbi est puissante et crainte, le monde sorcier jase. A dix neuf ans, vous êtes déjà le tuteur du jeune Aymeric de Montsalve, vous voici celui de l'héritier Balbi, certains chuchotent que vous mettez les plus grandes familles sorcières sous votre coupe. Avec Monsieur Vassier qui est directeur de Poudlard, les plus médisants disent que vous allez endoctriner les enfants sorciers et asseoir une domination pire que Voldemort.

— Vous me mettez en garde Monsieur Ollivander ?

— Oui, Monsieur Potter. Je vous connais, je vous dois la vie. Je sais que vos intentions sont pures et beaucoup sont de mon avis, mais faites attention, la rumeur est en marche. Voyons jeune Balbi, montre moi ta main. As-tu déjà une baguette ?

— Oui.

— Voyons la ! Votre seconde baguette Monsieur Potter ! remplacée, je suppose, par celle de Salazar Serpentard ! Bien, nous allons essayer de vous en trouver une plus personnelle !

Longtemps, il en chercha une qui choisirait Sylvain, mais aucune ne semblait lui convenir. Il s'apprêtait à déclarer forfait quand son successeur en avança une vers l'adolescent, très spéciale, courte, presque blanche, très ouvragée sur toute sa longueur, la poignée incrustée d'un saphir bleu très foncé et d'entrelacs d'or, un véritable joyau. Sylvain la prit presque craintivement mais dès qu'il l'eut en main, elle dégagea une douce lumière blanche et au premier sort qu'il tenta comme il l'avait fait avec toutes les autres, elle lui obéit immédiatement.

— Voilà qui résout le problème, fit le baguettier. Il est dit Monsieur Potter que chaque fois ce sont les plus surprenantes que je vous vendrai. Après la sœur de celle de Voldemort, vous voici avec la sœur de celle de Rowena Serdaigle : vingt-cinq centimètres, bois de citronnier, crin de licorne, une baguette toute en finesse pour faire de la magie puissante et précise. Le saphir est la pierre de la paix et de la prudence. Un avenir plus que prometteur, Jeune Balbi !

— …

— Trois de ce type ont été faites, la troisième a disparu il y a bien longtemps, elle porte en lieu et place du saphir un superbe rubis. Elle appartenait à une sorcière française nommée Camelia de Saint-Maur. Nul ne sait ce qu'elle est devenue à sa mort survenue dans des circonstances pour le moins bizarres.

Harry échangea un regard stupéfait avec Pierre-François et Jim. Il discuta ensuite des diverses nouvelles du monde sorcier avec le vieux boutiquier. Celui-ci était au courant de bien des choses, moins occupé, il parlait beaucoup avec ses anciens clients et surtout il écoutait. Hormis le problème de cette rumeur au sujet de Sylvain et du Survivant, le monde sorcier était calme, très calme tout au moins en apparence. car il se chuchotait qu'une lutte se déroulait dans l'ombre entre deux factions prônant la suprématie des Sang-Pur et que le monde moldu en faisait les frais.

Il en vint à parler des commandes spéciales qu'il avait honorées au cours des années.

— L'une des plus étranges est toute récente et provient de votre frère Monsieur Vassier. J'ai dû la décliner d'ailleurs. Il m'a demandé de faire une réplique de la Baguette de Sureau. Copier une Relique de la Mort n'est pas un acte anodin et pourrait même être répréhensible si la contrefaçon devait servir à remplacer la vraie, ça deviendrait alors un faux. Au point de vue pratique, il est utopique de croire qu'on peut ainsi s'approprier le travail de la Mort. (1) On peut éventuellement en imiter l'apparence extérieure mais ce ne serait jamais qu'une enveloppe sans pouvoir aucun, moins que la plus ordinaire des baguettes. Certains disent que les trois Reliques de la Mort sont la possession d'un seul homme, la vôtre, Monsieur Potter, vous donnant l'invulnérabilité mais peu y croient. continua l'artisan de sa voix fluette. Si c'était le cas, cela pourrait cependant en pousser certains à essayer de s'en emparer. Mais nous savons tous que le Sauveur du monde sorcier n'est pas assez fou pour conserver un tel pouvoir destructeur. Et si ça avait été le cas le combat qu'on appelle déjà la bataille de Stonehenge n'aurait pas eu lieu.

— Bien étrange bataille que celle-là !

— Etrange en effet, Monsieur Potter ! Très étrange ! Elle vous a ramené votre parrain des limbes mais est-ce la seule chose qui, ce soir là, est revenue du royaume des morts ? Etrange affaire ! vraiment étrange ! fit le vieil homme à mi-voix.

— Encore une rumeur ?

— Plus que ça, bien plus ! Mais il est l'heure du thé, Monsieur Potter, et c'est un appel qu'à mon âge on tient à honorer. Au nom de la Lumière, nous nous reverrons très bientôt, très bientôt. finit-il avant de disparaitre dans son arrière boutique.

Ils sortirent du magasin et retrouvèrent l'air libre avec soulagement. Harry, le visage impassible, tira ses compagnons vers la boutique d'accessoires de quidditch. Il y fit l'acquisition de balais de très bonne qualité pour Sylvain et Aymeric dont le sien laissait à désirer avant de se diriger vers la ruelle derrière la banque Gringotts pour transplaner.

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oOo

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Assis sur une chaise longue, devant la mer, Harry récapitulait les diverses mises en garde d'Ollivander. Pierre-François s'assit à ses côtés, prit sa main et la serra doucement.

— Que manigance ton frère, mon ange ? murmura-t-il en caressant du pouce la main enlacée à la sienne.

— ...

— ...

— Je vois deux possibilités. fit l'aîné revenu de la surprise créée par le tendre surnom qu'il entendait pour la première fois. Il sait où tu as mis la Baguette de Sureau et il veut la remplacer par une copie ou il ne le sait pas et a fait cette demande à Ollivander en sachant parfaitement qu'il refuserait et que tu ne tarderais pas à être mis au courant.

— Afin que j'aille chercher la baguette et la change de place. termina Harry.

— Il y a peut-être une autre possibilité, fit Jim en s'asseyant par terre et en posant sa tête sur les genoux de son fiancé.

Harry caressa les boucles blondes nettement plus longues qu'à leur arrivée avec un plaisir sensuel non dissimulé.

— Je t'écoute, mon cœur !

— Dans les circonstances présentes, j'ai un peu difficile de rassembler mes idées. fit-il avec un petit sourire moqueur ce qui fit rire Pierre-François.

— ...

— Si François-Marie voulait seulement faire croire qu'il a une des reliques pour faire taire cette rumeur selon laquelle tu es invincible ? Il doit être difficile de trouver des partisans pour lutter contre quelqu'un qui ne peut être vaincu.

— Crois tu qu'il puisse être naïf au point de supposer qu'Ollivander allait copier une des Reliques de la Mort ?

— Si il n'a plus personne pour le guider dans ses décisions, sa folie peut en effet le pousser à croire qu'il ne peut subir d'échec, acquiesça Pierre-François, mais peut aussi lui faire supposer que son charisme suffit à lui apporter des dévouements.

— Il serait peut-être temps, amour, que tu concrétises ton projet de traduire les carnets d'Ambre. Il y a longtemps que je ne crois plus au hasard. Si le nom des Saint-Maur est revenu au jour une fois de plus aujourd'hui il doit y avoir une bonne raison, d'autant plus quand il surgit au sujet de Sylvain dont la famille sert celle du comte depuis des générations. Je voudrais en savoir plus sur Camelia et sa mort qualifiée de bizarre.

— Pourquoi ?

— Je ne sais pas, je sens que c'est important.

— Je ne suis pas sûr que ce soit le bon moment. Avec la rentrée à Poudlard puis à l'université... soupira Jim.

— Nous l'avons déjà remis une fois. Si nous avions lu les carnets en entier peut-être aurions nous évité certaines erreurs.

— Nous nous sommes arrêtés treize ans après le pacte d'alliance qu'Ambre avait conclu, je ne crois pas qu'il y avait autre chose à découvrir sur les jumeaux.

— J'aimerais les voir, fit leur loup qui n'était pas intervenu depuis qu'ils avaient abordé le sujet. Si tu as cette intuition, elle mérite d'être suivie.

— Ils sont à l'hôtel Saint-Maur.

— Il faut en parler à Sylas, il nous suffira de les prendre en allant au club ce soir. Même si nous n'avons pas le temps de les lire maintenant, ma tendresse, ils seront à notre portée quand nous aurons un moment à leur consacrer. Et maintenant mes amours, il faut oublier tout ça pour nous focaliser sur l'anniversaire de Justin et passer la meilleure des soirées.

— Que lui as-tu préparé que tu 'as pas voulu nous dire ?

— Ce n'est pas le genre de chose que tu apprécieras, j'ai même beaucoup hésité car je sais que ce n'est pas ton goût. Je suis sûr par contre que Justin va bien aimer ! fit-il en regardant Harry, mais ce n'est que le spectacle qui précédera la soirée en elle-même.

— Ne me dis que tu as prévu une spectacle de strip-tease ?

— ...

— En effet, la vulgarité ce n'est pas mon genre et je ne savais pas que c'était le tien ! commenta-t-il brièvement avant de vouloir se lever.

— Harry ! fit Pierre-François en le retenant par le poignet.

— Je vais prendre une douche et me changer ! répondit-il d'un ton sec en se libérant de son étreinte.

— Justin et Cloud sont de jeunes adultes, ce n'est pas comme si c'était des gosses ! fit-il à Jim lorsqu'ils furent seuls.

— Harry n'a même pas pensé à eux, p'ti loup ! Ils peuvent baver tant qu'ils veulent devant un corps de femme, il s'en moque !

— ...

— C'est à nous qu'il a pensé ! railla Jim.

— A nous ? Voir une femme se déshabiller ne me fait ni chaud ni froid !

— ...

— Oh ! oh ! mais toi si ! Donc j'ai provoqué la jalousie de mon agneau. Tu accepterais de porter un bandeau pendant le spectacle, ma tendresse ? railla Pierre-François.

— Viens ! on va aller le rassurer.

— On n'a plus vraiment le temps !

— On va le prendre, p'ti loup ! On va le prendre !

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oOo

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A leur retour, les deux adolescents avaient retrouvé Cloud et Justin devant la télévision. Sur un signe des plus jeunes, ceux-ci les avaient suivis. Installé sur le lit de son cousin avec les trois autres, Aymeric racontait leur visite au magasin de baguettes et les paroles du vieil homme.

— Donc il a mis en garde ton père contre l'opinion des autres sorciers.

— Oui.

— Montre ta baguette, Sylvain ! demanda Cloud.

— Très belle commenta Justin. Un peu féminine mais infiniment élégante.

— Je la trouve superbe, fit le jeune garçon en passant un doigt timide sur les volutes d'or.

— Tu as raison, Sylvain. Elle est exceptionnelle, lui fit Aymeric avec un sourire.

— Mais elle était bien trop chère pour moi ! dit le plus jeune embarrassé.

— Tu es l'héritier d'une grande famille sorcière.

— J'ai entendu Harry dire que pour le moment il ne voulait pas exiger l'héritage de mon père et que si je l'avais, il ne voulait pas y toucher.

— Il a raison mais tu ne manqueras de rien.

— Apparemment, le retour de Grindelwald n'est plus un secret pour le monde sorcier.

— Peut-être ! peut-être pas ! La rumeur court que quelque chose est sorti du royaume des morts mais savoir quoi ou qui, c'est une autre affaire !

— Nous savons aussi qu'il y a une nouvelle prophétie qui les met en scène alors que eux l'ignorent.

— Nous devrions le leur dire ! fit Cloud plutôt que de les laisser chercher dans la mauvaise direction.

— Si Erwin ne le dit pas à Harry, on s'en chargera. rétorqua Justin.

— Pourquoi lui ?

— Parce que Jimmy accomplit son devoir de langue-de-plomb avant tout, tandis qu'Erwin aime Harry autant que Draco ou Sylas.

— Si j'étais toi je passerais ce fait sous silence, railla Cloud.

Justin éclata de rire et fit un clin d'œil complice à son ami.

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oOo

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Le gâteau orné de ses dix-sept bougies fut l'apothéose du diner d'anniversaire de Justin. Une suite de mets délicieux, des vins fins comme les aimaient cette assemblée joyeuse s'étaient succédés et même si l'apéritif avait duré plus longtemps que prévu, car les trois hommes de la maison étaient en retard, ils seraient à l'heure pour la suite de la soirée.

Le dessert une fois savouré, les liqueurs appréciées, ils couchèrent les enfants avant de transplaner dans la petite ruelle à côté du club. Si Harry retrouvait avec plaisir l'endroit où tout avait commencé entre eux et Pierre-François, il ne put s'empêcher de faire une grimace à l'idée du spectacle qui les attendait. La main que Jim posa sur sa taille était possessive et rassurante, il lança un coup d'œil vers lui et se trouva face à un sourire tendre et un peu moqueur.

— Je dois te répéter combien de fois que je t'aime ?

— ...

— Ne peux-tu me faire confiance ?

— Je te fais confiance.

— Alors pourquoi serres-tu ma main comme si j'allais te fausser compagnie à la moindre occasion ?

Ils descendirent dans la partie privée et Pierre-François les dirigea vers le même coin qu'ils occupaient lors de l'anniversaire de Draco. Ne tardèrent pas à arriver les autres membres de la fratrie qui en habitués de l'endroit amenaient les amis proches de Justin à Poudlard. Lorsque tous les invités furent arrivés, Kevin se dirigea vers leur table. Harry pensa que cette soirée serait très très longue. Malgré qu'il était assis tout contre lui, il ne put se retenir de poser une main possessive sur la cuisse de Pierre-François ce qui fit sourire doucement ce dernier qui noua ses doigts aux siens.

— On peut débuter, Pierre-François ?

— Tu peux y aller ! Tu vois ce jeune homme aux longs cheveux châtain clair, habillé tout en blanc ? C'est lui le roi de la soirée donc c'est à lui que les filles doivent se consacrer.

— Bien ! Et après ?

— Nous remonterons pour nous mêler à la clientèle. Ce n'est pas ici qu'ils trouveront un flirt pour la soirée.

— André est là avec sa nouvelle conquête.

— Alors ça c'est la cerise sur le gâteau ! lâcha Harry avec une grimace. Il manquait au tableau.

— Arrête mon doux amour ! Nous ne sommes pas obligés de le côtoyer !

Kevin immobile regardait avec un sourire en coin son ancien amant discuter avec son petit ami. Si tout se passait bien, en fin de soirée, ils repartiraient chacun de leur côté.

Quand Kevin apparut deux minutes plus tard au milieu de la lumière concentrée au centre de la piste, il affichait résolument le programme qu'il allait présenter. Le corsaire moulant déchiré à plusieurs endroits, le haut qui ressemblait plus à un filet de pêche qu'à un tee-shirt révélaient plus qu'ils ne cachaient un corps androgyne, ferme et bien proportionné. Les gestes sensuels, une voix à laquelle il donnait des accents langoureux en faisaient un tentateur redoutable. Peu suivirent ce qu'il disait, tout à leur contemplation, et lorsque la pénombre envahit la piste, ils le cherchèrent pour prolonger l'instant.

Le projecteur de lumière prit dans son faisceau la première des danseuses. Un striptease sur "Lili Marlène" n'avait rien de bien nouveau mais la jeune fille était très belle et avait, ce qui ne gâchait rien, un réel talent de danseuse. Serré entre ses deux amours, la main de Jim autour de sa taille, celle de Pierre-François tenue dans la sienne, Harry pensait que ce n'était pas si terrible que ça et qu'il avait vraiment fait beaucoup d'histoires pour rien.

L'atmosphère s'échauffa légèrement quand la seconde danseuse suivie par le projecteur loin de rester au milieu du disque de lumière tamisée s'approcha des clients, prenant des poses langoureuses. La troisième ne fut pas reste et comme la précédente accorda ses attentions surtout à un Justin que le projecteur montra souriant quand elle s'assit sur ses genoux vêtue en tout et pour tout d'un string, promenant les mains du garçon tenues dans la sienne sur ses seins, sur son ventre. Charlie eut droit à la même provocation. Quand elle voulut en faire de même avec Jim, il sentit le corps de Harry se raidir contre lui. De sa main libre, il repoussa doucement la femme avant même qu'elle s'assoit, elle n'eut d'autre choix que de passer à son voisin qui était Neville que l'on vit devenir aussi rouge qu'une tomate.

Le numéro suivant était exécuté par deux garçons et une fille, numéro très érotique où l'acte d'amour était mimé avec beaucoup de sensualité sur le boléro de Ravel. Il était plus difficile d'échapper aux attentions de trois personnes que d'une mais manifestement ni Justin, ni Cloud ne se plaignaient des provocations des danseurs. Les cris enthousiastes des plus jeunes et les applaudissements des spectateurs et spectatrices disaient assez combien leur savoir-faire les mettaient en émoi et combien l'atmosphère montait crescendo comme la musique du maestro.

Ensuite un des garçons s'installa de face sur les genoux de Harry le décoiffant un peu plus en passant une main dans ses cheveux dans un geste qu'il voulait sensuel, tandis que la jeune femme appuyée sur Jim, son visage à quelques centimètres du sien, prenait une pause suggestive pour offrir à la salle un postérieur rond et parfait. Harry sentit son corps réagir au contact de cet impudique dénudé qui se frottait à lui. Pourtant à aucun moment, il ne perdit de vue la présence de ses amours à ses côtés. Lorsque le stripteaseur passa sur les genoux de Pierre-François et posa ses mains sur sa poitrine pour s'arquer en arrière avant de se retourner pour offrir aux spectateurs son corps tendu sa tête posée pratiquement sur l'épaule de son amant, Harry ne changea pas de visage. Le second pendant ce temps aguichait Sirius qui était le voisin de Jim.

Pierre-François commençait à trouver que les danseurs en faisaient beaucoup, surtout à leur égard. Il jeta un coup d'œil à ses agneaux, Jim les seins de la jeune fille offerts juste devant les yeux détournait ceux-ci vers la salle et mordait ses lèvres, Harry semblait imperturbable. Devant le manque de réceptivité de leurs victimes, ils passèrent aux clients et clientes suivants avant de disparaître quelques minutes plus tard sous les applaudissements. Kevin vint faire l'annonce que la soirée dansante les attendait au rez-de-chaussée avant de se diriger vers leur table.

— Ils sont bons, hein ? Tu avais dit d'engager les meilleurs. fit-il à Pierre-François qui se levait pour escorter leurs invités.

— Oui, ils étaient bien, même si je n'avais pas demandé d'homme, par contre ils ont semblé plus préoccupés de notre table que d'une autre.

— Tu es le patron ! sourit le DJ.

— Ça dépend surtout des instructions qui leur ont été données ! jugea Harry sans le quitter des yeux.

Il reçut en retour un regard provocateur qui le fit rire.

— Tu perds ton temps, ce n'est pas ce genre de choses qui pourrait nous séparer ! Je suis peut-être possessif et jaloux mais pas idiot ! Et surtout je l'aime ! finit-il en se redressant et en s'abandonnant contre Pierre-François.

La joie qu'il vit dans les yeux de son amant récompensa Harry de cet aveu public. Il attira Jim contre lui d'un geste possessif.

— Calme-toi, je suis là ! Tu as très bien affronté ta première soirée de strip-tease, mon amour.

— Mon corps peut s'émouvoir à mon insu mais pas mon esprit, il ne voit que vous deux !

— C'est ce qu'on a essayé de t'expliquer depuis le début mais sans le vivre c'est difficile. Prêt pour l'étape suivante ? demanda Jim avec un petit sourire.

— ...

— Moi, c'est maintenant que commence mon paradis et mon calvaire, murmura-t-il. J'adore te voir danser, malheureusement, je ne suis pas le seul.

— Tu es aussi tentant, ma tendresse, intervint Pierre-François. Pour moi c'est à chaque fois un vrai plaisir de vous contempler, même si je préfère que ce soit du plus près possible.

André et un homme blond aux yeux foncés furent les premiers qu'ils virent au bar. Ils les saluèrent sans s'attarder avant de se diriger vers leur table. Pierre-François avait du promettre qu'il ne les laisserait pas cette fois pour aller vérifier ses comptes. Ses deux agneaux contre lui, leurs mains unies sur sa cuisse il était bien.

Il notait d'un œil exercé le nombre de clients, ce qui n'allait pas dans le service, le manque d'entrain d'un serveur ou les verres trop remplis... A mi-voix, il expliquait à ses agneaux ses diverses observations leur expliquant la marche du club, le rôle de chacun, les qualités nécessaires pour chaque emploi. A ses cotés les deux plus jeunes l'écoutaient avec beaucoup de sérieux. Il voyait le regard de Harry analyser les différents éléments qu'il lui donnait, Jim observait aussi, il lui désigna d'un geste discret un homme agacé qui essayait d'attirer l'attention du garçon qui était passé à plusieurs reprises à côté de sa table sans le voir. Aussitôt Pierre-François se leva pour aller sermonner le distrait.

Quand il revint il vit l'attente dans les yeux de Harry, il les tira pour les faire lever puis les emmena vers la piste. De Lauzun le magnifique, le sourire aux lèvres, ne quittant pas du regard ses amants, dansait avec eux. Ses clients habituels présents ce soir là, son personnel qui avaient les yeux rivés sur lui, ses élèves qui le regardaient médusés, plus rien ne comptait que ces deux jeunes gens qu'il aimait au point d'en oublier tout le reste. Quand vint une série de slows il les attira à lui, les embrassant longuement avant de les ramener vers leur table.

Ils regardaient avec indulgence Justin fêter sa libération. Dix-sept ans c'était la majorité et avec elle non pas la sécurité mais au moins la possibilité de ne plus vivre caché de son beau-père et de sa mère. Sous sa véritable apparence, une jeune fille serrée contre lui, il affichait sa volonté de profiter de la vie. Hermione, les yeux brillants de plaisir, appréciait entre ses deux serpentards ce moment privilégié d'insouciance. Entourés de leurs amis, une fois de plus, ils étaient bien. Pierre-François le solitaire devait reconnaître que leur fidélité à l'Elu était pour lui la plus belle des qualités. Ministres, combattants ou étudiants, moldus ou sorciers, tous séduits par le charisme de son homme.

Aux premières mesures de rythmes latino, Pierre-François le tira vers la piste. Sylas surgit à leurs côtés entrainant Jim. Les deux couples ainsi formés attirèrent bientôt l'attention. Le sorcier blond dansait par plaisir guidant pour la première fois Harry seul dans des figures plus compliquées. L'accord instinctif de leurs corps était juste une évidence et quand sans rompre cette harmonie Harry prit l'initiative de coller son corps contre celui de son compagnon, celui-ci ne changea rien. Soudés ils semblaient ne faire qu'un dans la danse.

Sylas guidait Jim avec maestria, la grâce nonchalante du jeune moldu faisait le reste. Quand Draco réclama sa place auprès de son mari, Jim vint tout naturellement vers ses compagnons. Pierre-François se retourna pour le guider, le serrant contre lui amoureusement. Harry passa ses mains autour de sa taille et s'appuya sur le dos de son loup, le visage dans son cou, continuant à suivre les mouvements de son corps. Ils passèrent, une fois de plus, de deux à trois simplement.

La nuit s'écoula plaisante, agréable. Il y eut bien ce moment où André s'invita à leur table avec son petit ami mais même ça ne réussit pas à gâcher une soirée qui n'avait pourtant pas tellement bien commencé.

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oOo

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Au petit matin, Kevin assis au bar, discutait en regardant vers leur table.

— Laisse tomber il est heureux avec eux ! lui disait Sven.

— Tu crois que ça va durer combien de temps ? Ils sont tout jeunes et ne savent rien de cette vie !

— Tu te fais du mal ! Pourtant si j'en suis le premier surpris car tout les oppose, tu vois bien qu'ils l'aiment.

— ...

— Je suis là depuis l'ouverture du club. C'était, il y a quatre ans, un homme amer et désespéré. Si le succès de la discothèque lui a apporté une satisfaction, je ne l'avais jamais vu ni amoureux, ni heureux même lorsqu'il était avec lui, fit le barman en désignant André du menton.

— ...

— Des disputes mémorables, j'en ai entendu ici. Au bout de quelques mois c'était tous les jours qu'il lui faisait des scènes de jalousie. Puis pendant une longue période, il n'a plus mis les pieds ici, il était même repris dans les indésirables. Ensuite ils ont été amis, bien que je crois que le peintre en est toujours fou, cette période semble aussi révolue.

— Tu sais qu'il va vivre en Angleterre avec eux ? Le club devra se passer de son patron.

— Je ne crois pas. Regarde-le, il est en train de leur expliquer comment tout fonctionne. Il vient de créer une société où ils sont repris au même titre que lui comme propriétaires du club. Le gérant a reçu les papiers la semaine dernière.

— Ils l'aiment hein ? Ils préparent leur retraite au soleil surtout !

— Ne soit pas mauvaise langue, Kevin, fit le chef barman, ils sont plus riches que lui. Le blond est le fils d'un lord et d'un ministre, le jeune brun a hérité d'une des plus grosses fortunes de Grande-Bretagne. Tu sais très bien qu'il n'y a jamais eu de sentiments de sa part dans ce qui vous unissait. Vous avez baisé quelques fois ensemble au gré de soirées un peu trop arrosées, un peu trop solitaires, c'est tout ! Il ne t'a jamais considéré comme son petit ami. Arrête tes petites manigances, fais toi une raison, autrement tu vas perdre un job qui te rapporte bien pour quelques soirées par mois de travail.

— Si ils deviennent patrons, tu crois que lui va me garder longtemps ? fit-il en désignant Harry qui remorquait Jim vers la piste, suivi de Pierre-François avec Sylas pour un rock endiablé qu'ils avaient demandé au DJ.

— C'est vrai qu'il semble jaloux, mais il a la tête sur les épaules. Tant que tu feras ton boulot... Evite seulement les plans foireux comme celui de ce soir...

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oOo

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— Par Merlin, je n'en peux plus ! s'exclama Pierre-François en se laissant tomber dans le fauteuil de leur chambre avec un soupir de soulagement.

— Fatigué ? très fatigué ? insista Harry en s'installant sur ses cuisses face à lui, un genou de chaque côté.

Pierre-François referma avec un sourire tendre ses bras sur le corps offert.

— Jamais trop pour t'aimer. fit-il en passant une langue indiscrète sur la lèvre inférieure de son vis-à-vis avant d'investir sa bouche. Toute la nuit, j'ai pensé à ce moment, toute la nuit j'ai eu envie de ce corps que les autres déshabillaient des yeux alors qu'il est à moi, toute la nuit j'ai rêvé d'être tien enfin.

Harry recula pour mieux voir son visage, doucement il souleva son menton pour plonger dans les yeux clairs avant de violenter sa bouche dans un baiser passionné.

— Viens. Jim nous attend sous la douche.

Jim et ses baisers suaves, Jim et ses caresses voluptueuses... Il ne pouvait s'empêcher de gémir de plaisir sous les mains expertes mais pourtant elles n'arrivaient pas à lui faire oublier d'autres doigts qui en douceur massait une fine barrière bien souvent forcée violemment sans son consentement. Il ne fallait pas qu'il y pense... C'était un temps révolu, une époque qui ne reviendrait plus.

C'était lui, c'était son doux amour, son petit homme, celui qu'il aimait plus que tout et nul autre. Il ne fallait pas qu'il pense à eux et le rejette cette fois, il y avait tant de temps qu'il voulait être sien complètement.

— Ne te crispe pas Amour, tu vas avoir mal. lui mumura-t-il au creux du cou, y déposant mille légers baisers. Tu peux m'arrêter quand tu veux ! Maintenant même si tu le désires! J'attendrai encore, ce n'est pas un problème.

Mais il ne le désirait pas. Il ne répondit pas trop absorbé par les sensations qu'il appelait, qu'il en était arrivé cette soirée à désirer plus que tout, il se cambra et pressa doucement ses fesses contre son envie érigée, demandant une autre volupté que celle que lui dispensaient maintenant les doigts qui massaient en légers attouchements cette petite glande que l'on disait apporter tant de plaisir mais que tout à son appréhension il ne ressentait pas. Un soupir rauque lui répondit. Il sentit Harry se positionner contre le fin anneau élastique distendu par l'envie, par les caresses puis ressentit son intrusion lente, douce, il y mettait tant d'amour, il faisait taire son caractère passionné pour son plaisir à lui. Et par Merlin, comme c'était bon de le sentir l'envahir, le posséder. Jamais il n'avait imaginé cette jouissance à ce moment bien plus spirituelle que physique qui le faisait enfin complet.

Il eut un gémissement rauque de plaisir, caressant doucement les cheveux de Jim qui interrompit les va-et-vient de sa bouche sur son membre érigé, remontant le long de son corps, jusqu'à arriver à sa bouche. Il goûta dans la sienne les premières perles de plaisir qu'il avait laissé échapper. Ses mains erraient lascivement sur la peau de soie de son agneau avec un plaisir indescriptible. Quand Harry se retira légèrement, il trembla d'impatience de le sentir revenir, de sentir la volupté qu'avait annoncée les doigts indiscrets.

— Viens. pressa-t-il. Viens.

— Je suis là mon ange.

Il soupira sous les attouchements de la langue de Jim qui avait repris ses caresses sur sa hampe avant de geindre sous les lents aller-et-retour en lui. Fébrile, prenant l'initiative, il alla au devant de lui ce qui fit frémir Harry qui amplifia immédiatement le mouvement. Jim vint prendre sa bouche pour un baiser plein de fougue, de passion faisant monter son envie de connaître plus que cette trop douce intrusion. Ils soudèrent leurs deux corps, virilité tendue contre virilité tendue. La tête rejetée en arrière, offert à ses lèvres, Jim se frottait contre lui, tremblant de désir. Caressant une fesse ferme, une cuisse, il remonta sa jambe au niveau de sa taille, l'y maintint et pénétra d'un coup dansle fourreau étroit et brulant, le faisant se cambrer. Ses gémissements de jouissance se muèrent en cris rauques quand Harry vint buter contre le centre de son plaisir.

Il reposait, échoué là où l'avait terrassé l'orgasme, dans les bras de Jim, Harry blotti contre son dos. C'est seulement maintenant qu'il réalisait combien tous les deux s'étaient oubliés pour être uniquement à l'écoute de son propre corps. Son doux amour toujours possessif, passionné, impatient parfois, n'avait été que douceur, l'enveloppant d'une douce étreinte, le rassurant de mots d'amour, de baisers tendres, quant à Jim il s'était oublié complètement pour se mettre à leur disposition, faisant grandir doucement la passion en lui pour aider Harry. Il ne savait plus que faire de cette tendresse qui montait en lui, qui lui serrait la gorge, qui l'étouffait et qui finit pas se libérer en larmes silencieuses sur son visage.

— Là, mon amour, murmura Jim en caressant tendrement ses joues, essuyant du pouce les perles d'eau salée. Pourquoi ces pleurs ?

— Ce sont des larmes de joie et d'amour tout simplement. Vous ne pouvez savoir ce que signifie pour moi l'oubli de ce cauchemar et le fait de pouvoir vous aimer, être à vous sans arrière-pensées.

Il sentit l'étreinte de Harry se resserrer autour de lui et sut qu'il pleurait lui aussi. Il en fut bouleversé. Il lui laissa le temps de reprendre ses esprits avant de changer de position, il se tourna sur le dos et les prit dans ses bras, il les regarda échanger un long baiser avant de s'endormir la tête sur sa poitrine. Harry avait posé sa main dans son cou sur sa nuque dans un geste possessif qui l'émut, il eut envie d'embrasser doucement ce poignet orné du bracelet elfique dont les pierres luisaient d'un bleu profond mais il le laissa dormir. Il resta lui éveillé un long moment encore se demandant comment il avait fait pour vivre trente quatre ans sans eux. Il revit ses différentes passades qu'il ne pouvait même pas appeler des passions, ses aventures sordides à la recherche d'un plaisir éphémère, ces conquêtes d'un soir qu'il congédiait d'un mot bref ne supportant plus leur vue. Il essaya avec ses pieds, pour ne pas les déranger de se couvrir. Une main monta sur lui le drap, une bouche déposa un baiser sur sa poitrine.

— Dors, mon loup chéri, demain nous rentrons à Poudlard, tu seras fatigué.

Sa dernière pensée avant de s'endormir fut qu'on était déjà demain, qu'il était plus de sept heures et que quoi qu'il fasse il aurait une sale tête.

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oOo

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Bien entendu ils s'étaient levés tard mais pas encore assez pour être bien reposés. Malgré l'intrusion des enfants qui l'avait sorti du sommeil en sursaut et fait couvrir précipitamment les corps nus de ses amours, ce réveil lui avait été doux. Il les avait câlinés avec force baisers et caresses avant de pousser deux zombies à moitié endormis sous la douche.

Il était pourtant dit que rien ne leur serait épargné. Quand ils prirent place autour de la table sur la terrasse, pour un déjeuner tardif, les conversations continuèrent. Pas un ne se détourna pour les observer et Pierre-François poussa un soupir de soulagement. Aucune indiscrétion n'avait été faite. Ils appelèrent les enfants qui jouaient dans les jardins. Lili accourut vers son père et ses tontons, grimpa sur leurs genoux pour les embrasser avant de demander très sérieusement

— Pourquoi vous avez dormi tout nus ?

L'éclat de rire général qui accueillit l'interrogation leur fit comprendre que la question avait déjà été posée et débattue.

— On ne doit pas demander ce genre de chose chérie ! Les petites filles bien élevées ne sont pas curieuses et ne posent pas des questions indiscrètes.

— Tonton Draco a dit que je pouvais, protesta la petite chipie.

— Voyez-vous ça, fit Harry en adressant un sourire moqueur à son meilleur ami. Tu peux lui demander à lui, il dort aussi très souvent tout nu quand il a trop chaud.

— T'avais trop chaud ?

— Oui.

— Tu vois Papa, tu ne devais pas les couvrir. protesta la fillette.

Pierre-François leva les yeux au ciel mais ne put s'empêcher d'échanger avec ses deux amours un sourire complice. Draco observait attentivement ses amis, il leur trouvait une nouvelle plénitude, une plus grande sérénité.

Les bagages commencèrent à s'amonceler dans le hall. Pierre-François regardait d'un air catastrophé les balais, les sacs de vêtements, les portables, les fournitures scolaires, les animaux familiers. Même en réduisant ce qui était possible et en jetant un sort aux sacs, ils ne pourraient transporter tout en une fois et allaient devoir transplaner à plusieurs reprises.

— On pourrait peut-etre en laisser une partie à Robert et Didier et aux elfes, nous les retrouverons à Weymouth le week-end. suggéra Harry.

— Même comme ça, il y a déjà les enfants à faire transplaner puis Cloud et Justin. Ce n'est pas parce qu'il a eu dix-sept ans hier que tout d'un coup il est capable de faire de longues distances.

— Jimmy et moi nous allons vous aider. intervint Erwin qui eut la surprise de voir Pierre-François le remercier le sourire aux lèvres.

Ils trièrent les bagages qui iraient à Weymouth et ramenèrent ceux qui devaient aller à Poudlard à de plus justes proportions.

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Pierre-François, accoudé à la balustre, regardait vers la Tamarisière et l'embouchure du fleuve. Encerclant sa taille Harry s'appuya sur son dos, geste qu'il n'osait faire avant de peur que son amant l'interprète mal.

— Un dernier regard, mon ange ?

— J'aimerais descendre une fois encore sur la plage. murmura-t-il.

— Qui nous en empêche ? Nous ne sommes pas pressés à ce point.

Tous les trois, ils parcoururent une fois encore le sentier dans la pinède. Un autre trio était déjà installé dans le sable. Serrés dans la bulle du pacte d'alliance, ils regardaient en symbiose la mer. Jim prit Harry entre ses jambes. Contre lui, la tête posée en arrière sur son épaule, la main de Pierre-François dans la sienne, l'Elu rêvait à ce moment à un univers où seul le monde moldu existerait.

Jim eut un soupir avant de repousser Harry et de se lever. Il leur tendit la main et sans un mot ils reprirent le chemin des Tamaris.

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— Merci Erwin, c'est vraiment gentil. Oui, tu peux poser ça là, nous allons nous en occuper. soupira l'ainé avec un coup d'oeil désespéré au tas de bagages posés dans la salle à manger de leur appartement.

— A nous tous ce sera vite fait Dad !

Harry s'était attendu à ce que, en leur absence, l'appartement ait été aménagé. Ce n'était pas le cas, il semblait à leur retour tel qu'il l'avait quitté. Il empoigna le sac d'Aymeric et se dirigea vers la chambre qu'il partagerait de temps à autre avec Sylvain. Pas question qu'ils aient des avantages par rapport à leurs condisciples, ils dormiraient dans leur dortoir respectif. Pierre-François avait pourtant fait très simplement meubler celle-ci et Harry contemplait une pièce de couleur claire, avec des meubles massifs foncés. Il laissa les deux garçons ranger leurs effets dans l'immense lingère.

Il se laissa tomber sur le grand lit de leur chambre. Il avait craint, à un moment, que leur appartement soit aménagé au goût exclusif de Pierre-François, là, qu'il ne le soit pas du tout le déprimait comme si il avait, lui, jugé superflu, inutile même, de leur aménager un cadre de vie plaisant et douillet. Il se détourna pour voir Erwin appuyé au chambranle de la porte qui l'observait. Il eut un sourire qui ne dut pas être très réussi.

— Très belle chambre ! Tout comme les différents projets qu'a dessinés Pierre-François pour vos pièces de vie. A ta place, je ne saurais lequel choisir.

— ...

— Ce n'est pas les Tamaris mais le principal c'est que ce soit votre chez vous.

— Merci Erwin ! fut Harry avec un vrai sourire cette fois.

— Les instants de découragement ce n'est pas grave du moment qu'ils ne blessent pas les autres.

Harry se ressaisit et suivit le petit page dans la salle à manger, il empoigna le sac de Pierre-François, mit celui de Jim et le portable à côté et les fit léviter jusqu'à leur lit. Il appela Kreattur lui donnant les instructions pour ranger les vêtements dans les diverses garde-robe que leur amant avait rassemblées dans une pièce attenante qui servirait de dressing. Il répartit les bagages restant pendant que Pierre-François commençait à ranger dans leur cuisine les produits méditerranéens. Erwin et Jimmy transplanèrent une fois de plus pour ramener les derniers objets et les sacs de linge de lit que l'aîné avait tenu à emporter pour débuter avant de prendre congé. Ils iraient faire des emplettes tous les trois ensemble dès que possible. Jim regardait avec crainte les dizaines de bougies suspendues qui éclairaient pour le moment leur appartement. Harry vit son désarroi et s'en voulut de l'arracher à son univers de confort pour le plonger dans un monde où il serait toujours mal à l'aise sans magie. A Cambridge leur appartement était équipé comme en monde moldu.

Pierre-François comprit de suite ce qui motivait leur silence et leur gêne, il tendit la main vers un petit boitier et alluma les appliques qu'il avait fait placer par un des rares électriciens sorciers.

— Pour le moment, les panneaux photovoltaïques discrètement installés suffisent pour l'éclairage de notre appartement, la batterie du portable et la cafetière électrique de la cuisine, fit-il avec un clin d'œil vers son agneau. C'est juste un petit plus pour toi, ma tendresse, je ne compte pas aller plus loin pour le moment. Il faudra t'habituer dans le reste de l'école à circuler avec une lampe-torche. Par la suite je compte faire installer l'électricité partout et une salle d'ordinateurs comme à l'université sorcière mais chaque chose en son temps.

Pour leur première soirée, après le repas venu des cuisines de l'école, ils se retrouvèrent autour des croquis de Pierre-François à discuter de l'agencement de leur logis. Discussions précieuses, projets d'un avenir commun qui les menèrent loin dans la nuit.

Harry et Jim se réveillèrent tard blottis l'un contre l'autre. Pierre-François semblait levé depuis longtemps. Ils prirent le petit déjeuner seuls. Harry déplia la carte du maraudeur et l'installa devant eux. Pierre-François était chez Hagrid. Ils virent son petit point quitter sa cabane, revenir vers le château et monter dans le bureau directorial. Ils allèrent le retrouver. Ils n'eurent plus un moment à eux de toute la journée, entre la nouvelle salle commune aux quatre maisons à aménager, les différents classes, dortoirs et locaux divers à vérifier.

Ils prirent leur repas sur le pouce. Sirius, Neville et Hermione vinrent les retrouver, ensuite ce furent Draco et Sylas, jamais loin de leur femme, ils voulurent arranger la salle commune des serpentards avec Cloud et Justin puis leur appartement. Jim décida d'installer dans sa classe une grande carte de l'Europe politique moldue. Lavande vint prendre possession de son appartement puis de son local de garderie où elle fit connaissance de Lily et Teddy que surveillait en attendant Gauthier qu'ils avaient été chercher à Paris. Aymeric et Sylvain entrainèrent ce dernier pour lui faire découvrir son petit appartement que Pierre-François avait fait aménager au rez-de-chaussée dans la même tour que le leur. Il l'avait donc fait bénéficier aussi d'un éclairage électrique.

Enfin vint l'heure de l'entrée du Poudlard Express dans la petite gare de Pré-au-Lard. Harry et Jim attendaient les élèves qu'ils guidèrent vers les carrosses tirés par les sombrals. Comme chaque année, ceux de première année étaient pris en charge par Hagrid qui les emmenait vers le château en barque. Dans le grand hall, Hermione prenait le relais de Hagrid et guidait les plus jeunes vers la grande salle, tandis que les autres allaient déposer leurs bagages dans leurs dortoirs. Cloud qui était préfet en chef accompagna les grands dans l'ancienne tour de la septième bis leur expliquant les diverses règles qui dorénavant régiraient leur vie en dehors des cours.

Enfin tout le monde se retrouva dans la grande salle. Les premières attendaient placés en ligne devant la chaise sur laquelle trônait le choixpeau magique. Harry assis à la table professorale écoutait attentivement la chanson qui chaque année les mettait en garde contre les dangers courus par l'école. Cette année pourtant à ce sujet la chanson ne parlait que d'heureux changements et de réunion des maisons. La dernière partie pourtant parlait du monde sorcier, Harry espéra que Draco l'avait mémorisée.

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Aux temps anciens lorsque j'étais tout neuf

Et que Poudlard sortait à peine de l'œuf

Les fondateurs de notre noble école

De l'unité qui avait fait leur symbole

Rassemblés par la même passion

Ils avaient tous les quatre l'ambition

De répandre leur savoir à la ronde

Dans l'école la plus belle du monde

"Ensemble bâtissons et instruisons !"

Décidèrent les quatre compagnons

Sans jamais se douter qu'un jour viendrait

Où la destinée les séparerait.

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Toujours amis à la vie à la mort

Tels étaient Serpentard et Gryffondor

Toujours amies jusqu'à leur dernier souffle

Tels étaient aussi Serdaigle et Poufsouffle.

Comment alors peut-on s'imaginer

Que pareille amitié vienne à sombrer ?

J'en fus témoin et je peux de mémoire

Vous raconter la très pénible histoire.

Serpentard disait : "Il faut enseigner

Aux descendants des plus nobles lignées."

Serdaigle disait : "Donnons la culture

A ceux qui ont l'intelligence sûre."

Gryffondor disait : "Tout apprentissage

Ira d'abord aux enfants du courage."

Poufsouffle disait : "Je veux l'équité

Tous mes élèv's sont à égalité."

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Poudlard vécut alors en harmonie

De longues années libres de soucis.

Mais parmi nous la discorde grandit

Nourrie de nos peurs et de nos folies.

Les maisons qui comme quatre piliers

Soutenaient notre école et ses alliés

S'opposèrent bientôt à grand fracas

Chacune voulant imposer sa loi.

Maintenant le Choixpeau magique est là

Et vous connaissez tous le résultat :

Je vous répartis dans les maisons

Puisque l'on m'a confié cette mission

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Mais ouvrez bien vos oreilles à ma chanson

Que je clame chaque année à l'unisson

Je vous vois œuvrer pour la plus belle des réunions

Qu'il vous faudra réaliser en communion

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Oyez les augures, lisez les présages

Des prophéties respectez scrupuleusement les usages

Car notre monde n'est point hors de danger

Ne négligez nulle aide apportée de l'étranger

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Ruse et courage seront enfin réunis

Et intelligence et honnêteté indissociablement liées

Guerriers des quatre maisons enfin rassemblées

Compagnons du fils du serpent tellement unis

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Le septième élément a ouvert notre esprit

Mais n'a pu empêcher le retour de l'ennemi

Frères dans le combat et dans la vie,

Ils devront une fois de plus lutter pour la survie.

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Féroce adversaire, maintenant incertain allié,

Par les Reliques éternellement tenté

La prophétie guidera les guerriers

Vers les joyaux et l'inespérée liberté.

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La répartition maintenant commence. (1)

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Harry échangea un coup d'œil avec Hermione qui avait elle aussi saisit le message qui leur était adressé dans la chanson qui leur semblait plus longue chaque année. Il revint à la répartition qui commençait par deux élèves plus âgés qui devaient entrer en cinquième année. Il tendit l'oreille.

— Maxence Balbi ! appela la sous-directrice.

— Oh oh ! murmurait le choixpeau, un Balbi ! Cela faisait longtemps, le premier depuis les trois frères. De l'intelligence et de l'ambition mais aussi du courage et du cœur, Serpentard te conduirait sur le chemin du pouvoir, Gryffondor de la gloire.

— Je préfère le savoir !

— Tu es sûr de toi ?

— Oui !

— Serdaigle !

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Maxence le sourire aux lèvres se dirigea vers la table des Serdaigle qui l'applaudissaient. La seconde élève fut envoyée chez les Poufsouffle. Les premiers premières années s'avancèrent et furent répartis.

— Typhaine Balbi.

— Encore une Balbi ! Pour toi, nul doute ! De l'intelligence, de la patience, de la ruse et beaucoup d'ambition ! Serpentard !

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— Sylvain Balbi.

— Trois d'un seul coup ! Tu es un Balbi mais aussi un Saint-Maur et ça change tout. De l'intelligence, du courage, de la réflexion, une immense revanche à prendre ! Mais aussi de la sagesse et l'enseignement de l'Héritier... Serdaigle t'apporterait le savoir, Serpentard la revanche, Gryffondor l'amour. Que choisir ?

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1. : La légende des Frères Peverell

2. : Le début de la chanson du choixpeau est reprise du tome 5. Je n'ai écrit ue les dernières strophes à partir de "Mais ouvrez bien vos oreilles à ma chanson...".

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