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CHAPITRE VII : Tourbillons de vie

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Rappel chapitre VI :

— Sylvain Balbi.

— Trois d'un seul coup ! Tu es un Balbi mais aussi un Saint-Maur et ça change tout. De l'intelligence, du courage, de la réflexion, une immense revanche à prendre ! Mais aussi de la sagesse et l'enseignement de l'Héritier... Serdaigle t'apporterait le savoir, Serpentard la revanche. Que choisir ?

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— Serpentard ! souffla Sylvain.

— Tu choisis la revanche... Comme tu l'entends jeune Balbi ! Serpentard !

Harry le regarda d'un air incrédule. Nulle maison ne lui semblait moins appropriée pour le garçon. Il remarqua que peu de nouveaux élèves étaient envoyés à Gryffondor. Il y avait pourtant eu beaucoup plus d'inscriptions en première, sans compter les transfuges des autres écoles qui avaient été disséminés dans les années supérieures. La répartition enfin finie ce fut le moment du discours de Pierre-François. Celui-ci se leva, posa la baguette sur sa gorge et puis, après un sort sonorus, il réclama le silence d'une voix brève.

— Nous sommes tous pressés de passer à table aussi mon discours ira de suite à l'essentiel, il sera déjà assez long comme ça.

Celui qui n'avance pas recule ! C'est pourquoi notre devoir à nous enseignants est de ne pas nous laisser dépasser et de vous transmettre des connaissances qui tiennent compte de la transformation de notre monde et même qui la devancent. Je vais donc insister sur quatre facteurs importants.

Le premier point est l'ouverture sur le monde moldu. Nous sommes confrontés à ses technologies que nous utilisons souvent sans les maitriser, à ses mœurs que parfois nous froissons par manque de savoir. C'est pourquoi de nouveaux cours sont là dans le but de remédier à ces problèmes. Certains sont obligatoires comme l'étude des moldus pour les cinq premières années et l'étude de la politique moldue pour les deux dernières, ce dernier sera dispensé par Monsieur Jim Spencer, d'autres ne le sont pas comme l'étude des mœurs moldues qui s'attachera plus spécialement à la vie habituelle des adolescents et au savoir-vivre en monde moldu, il sera donné par Monsieur Gauthier Habran qui enseignera aussi le français.

Le second point est l'initiation aux différentes sortes de magie. Très longtemps on a considéré la magie noire comme mauvaise alors que n'est néfaste que la manière dont s'en servent certains mages. Pour lutter contre ceux-ci il nous faut connaître leurs armes et leur façon de les maitriser. L'histoire de la magie et l'initiation à la magie noire étaient enseignés par une grande sorcière qui nous a quittés lors de la bataille de Stonehenge, Madame Augusta Londubat à laquelle je tiens à rendre hommage. Elle était la droiture et le courage même. L'histoire de la magie sera dorénavant enseignée par le professeur Edward Leyton fit-il en désignant un homme effacé entre deux âges. L'initiation à la magie noire qui devient pour les dernières années l'étude des trois magies sera donné par Madame Narcissa Malefoy.

Le point suivant sera une préparation à l'université sorcière de Cambridge. Les changements faits concernent bien entendu plus particulièrement les deux dernières années. Les cours qui seront dispensés prépareront au choix d'un masteria à l'université sorcière de Cambridge. Les élèves de septième encadrés par les deux préfets en chef disposent de leur salle d'étude, de chambres individuelles et doivent appendre à gérer eux-même leur travail. C'est une transition vers les conditions qu'ils rencontreront sur le campus universitaire.

Le quatrième point cher à mes prédécesseurs est le rapprochement des maisons. Il ne faut pas croire qu'un matin vos différents directeurs se sont réveillés avec l'idée étrange que les maisons devaient sans raison enfin s'entendre. Ceux qui ont participé aux batailles de Poudlard et de Stonehenge savent qu'elles n'ont été remportées que parce que nous étions unis contre l'adversité, sans rivalité idiote. Les quatre maisons sont complémentaires et doivent s'entendre pour le bien du monde sorcier.

Une salle commune aux quatre maisons a été installée et est ouverte à tous. Vous y trouverez l'affichage des activités prévues, les horaires du club de duels, les annonces ponctuelles.

Passons maintenant en revue les divers changements de professeurs. Le cours de défense contre les forces du mal sera dispensé comme l'an dernier par Monsieur Bill Weasley qui sera rejoint par Monsieur Harry Potter que je n'ai pas besoin de vous présenter. Monsieur Charlie Weasley nous ayant préféré les dragons, le vol et l'initiation au quidditch reviennent à Monsieur Sirius Black qui sera aussi le directeur de la maison Gryffondor. L'astronomie et l'arithmancie seront enseignées par Madame Freya Trelawney qui remplace le professeur Liam Mac Guignan. Les élèves des quatre dernières années me retrouveront au cours de métamorphose tandis que Madame Fleur Weasley se chargera comme l'année dernière des trois classes inférieures.

Notre corps professoral sera dorénavant complété par des assistants ayant terminé brillamment leurs études à Poudlard et désireux de devenir enseignants, Monsieur Neville Londubat assistera le professeur Chourave en botanique, Mademoiselle Tracey Davies le professeur Slughorn en potions, Monsieur Anthony Goldstein le professeur Flitwick en sortilèges.

Pour les autres cours, vous retrouverez vos professeurs habituels, continua Pierre-François en les citant et en les désignant pour les premières années.

En ce qui concerne votre vie quotidienne dans l'école, certains changements ont été apportés au règlement, je vous conseille de lire celui-ci attentivement. Il sera considéré comme su et aucun manquement ne sera toléré. Les préfets sont là pour vous aider autant que pour vous réprimander en cas d'infraction, ne l'oubliez pas. Si vous avez un problème avec vos condisciples, un préfet, si vous êtes malade, votre sous-directrice Madame Hermione Malfoy-Van Neeren est là afin de vous écouter. Si vous avez un problème d'ordre plus général, une difficulté à suivre un cours, une mésentente avec un professeur, avec votre famille ou votre entourage, je suis là.

Les sorties à Pré-au-Lard sont soumises à l'autorisation de vos parents excepté dans le cas d'élèves majeurs.

Le club de duels est à partir de cette année ouvert aux élèves des quatre dernières années et est obligatoire pour les deux ultimes , il sera organisé par vos professeurs de défense contre les forces du mal assistés de monsieur Abdelforth Dumbledore.

Enfin notre concierge, Monsieur Rusard me demande de vous rappeler que l'on ne circule pas dans les couloirs après le couvre-feu, que les objets en provenance des magasins de farce et attrapes sont proscrits dans l'école et seront confisqués, que la forêt interdite est dangereuse, finit-il en posant les yeux sur Aymeric.

Voilà ! Je vous laisse maintenant manger le succulent repas préparé par nos elfes.

Après cela, je me tiendrai ainsi que vos professeurs à votre disposition pour toutes les questions que vous voudriez poser.

Bon appétit !

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On entendit les exclamations de surprise des plus jeunes lorsqu'ils virent apparaître les plats remplis de victuailles sur la table et puis seuls les bruits des couverts troublèrent le silence. Harry et Jim assis à la gauche de leur compagnon lui jetaient en catimini des regards étonnés. Ils mesuraient le travail accompli, les professeurs cherchés et engagés, les salles communes améliorées, certaines classes transformées, sans compter le règlement élaboré, les lettres d'inscription envoyées ainsi que celles communiquant les fournitures nécessaires.

Ils se demandaient comment il avait réussi à faire autant de choses en aussi peu de temps puisque fin de l'année précédente, après sa grave blessure, il avait été juge pour les aspics. Heureusement que Lucius lui avait ordonné de prendre du repos ! Un autre sujet d'étonnement avait été la nomination de Narcissa comme professeur, ils avaient été bien cachotiers tous les deux car même Hermione en avait paru stupéfaite.

Ils reportèrent ensuite leur attention sur les tables d'élèves.

— On était aussi petits ? souffla Harry à Hermione.

— Je ne m'en souviens pas mais ça devait être le cas, répondit celle-ci avec un sourire complice !

— Regarde celui-là, il est minuscule ! Tu le vois face à un épouvantard ? Il va pleurer dans ma robe, c'est certain.

— La sœur de Justin est toute menue aussi, fit Jim en désignant, à la table des Gryffondors, une jolie fillette aux longs cheveux châtain clair, au regard rêveur qui semblait tellement fragile.

— Justin l'estime pourtant capable de résister mentalement à O'Reilly. rétorqua Pierre-François. Je me demande jusqu'à quel point l'envie d'être dans la même maison qu'Aymeric à influencé le choix de Sylvain. fit-il pensif. Le choixpeau ne se trompe jamais, je crois que nous avons encore des choses à découvrir en cet enfant.

Après le repas, pour mettre les élèves plus à l'aise, Pierre-François n'hésita pas à s'asseoir sur un coin de la table des professeurs pour rendre le débat plus informel. Seuls les plus âgés osèrent dans un premier temps poser des questions. Les sujets les plus abordés furent le quidditch, la coupe des quatre maisons et le tournoi des trois sorciers. Pierre-François précisa que les concurrents du tournoi devait avoir au moins dix-sept ans car les épreuves étaient dangereuses et pouvaient même être mortelles. Harry vint s'asseoir à côté de lui pour parler des tâches du dernier tournoi décrivant les dangers courus, les prévenant que s'inscrire n'était pas anodin et qu'il fallait y réfléchir avant de déposer son nom dans la coupe.

— Si il est organisé, les inscriptions se feront à quelle date ? demanda Cloud.

— Je n'ai encore aucune réponse affirmative de Beaux-Bâtons. Je sais pourquoi tu me poses la question, réfléchis bien Cloud.

— Oui Dad !

Pierre-François leva les yeux au ciel. Il savait parfaitement qu'il n'en ferait qu'à son idée et qu'il s'inscrirait.

— Pa ? Pourquoi nous ne pouvons pas faire partie du club de duel ? Nous nous entraînons bien à la maison.

— Professeur Potter, Aymeric ! Nous n'y sommes justement pas ! Le club de duel n'est pas un entraînement mais un moyen de tester les acquis et de se perfectionner. Jusque maintenant seuls les élèves du dernier niveau pouvaient s'y inscrire, nous y avons ajouté ceux des deux années inférieures. J'estime que les plus jeunes ont un bagage insuffisant pour y participer.

— Je suis en train de mettre sur pied un cours de close combat qui pourra se révéler très utile et qui sera ouvert à tous. précisa Pierre-François.

— C'est toi et Jim qui le donnerez ?

— Aymeric tu le fais exprès ?

— Non Professeur Potter ! C'est vous, Monsieur le Directeur et le Professeur Spencer qui le donnerez ? fit-il en appuyant sur les titres.

— Non, Aymeric. répondit Pierre-François en souriant de l'impertinence de leur enfant terrible. Ce n'est pas nous mais un professeur extérieur. Notre horaire ne nous permet pas de donner en plus des cours en soirée.

— Mais si tu continues je prendrai bien le temps de te frotter les oreilles ! s'exclama Harry ce qui fit rire toute l'assemblée.

Leur attention fut détournée par l'arrivée de Lavande avec les deux enfants. Teddy était endormi dans ses bras et Lily avançait à peine. Draco se leva du bout de table où il s'était assis discrètement et emmena Teddy. Harry prit la petite dans ses bras et elle s'endormit aussitôt, le pouce en bouche, la tête posée sur son épaule. Cloud étant préfet en chef et ne pouvant s'absenter, c'est Justin qui vint la prendre pour aller la mettre au lit au grand dam d'Aymeric qui protesta énergiquement.

— Pourquoi c'est lui qui va coucher ma petite sœur ?

— Va avec lui si tu veux ! lui souffla Harry discrètement.

— Merci, Pa ! claironna bien fort l'adolescent avant de se précipiter derrière le Serpentard.

Harry fit une moue affligée qui fit rire même ses compagnons. En tant que professeur, il ne serait jamais maître de l'espiègle. Il comptait pourtant tenir ses élèves bien en main.

Les impertinences d'Aymeric avaient au moins eu comme résultat de détendre l'atmosphère. Les questions se mirent à fuser de toute part et sur tous les sujets.

— C'est votre fille, Monsieur le directeur ? demanda une jeune curieuse. Elle va vivre avec vous à l'école ?

— Comme vous l'avez remarqué la moyenne d'âge de votre corps professoral a beaucoup diminué. Cela veut dire aussi que plusieurs de vos enseignants ont des enfants en bas âge. Mademoiselle Lavande Brown que vous venez de voir va s'occuper, sous la surveillance de Madame Pomfresh qui dirige depuis de nombreuses années notre infirmerie, d'une garderie ici à l'école pour nos enfants. Elle aura pour le moment six bambins de six mois à quatre ans à garder, avant la fin de l'année ils seront neuf. La solution d'une petite garderie sur place s'imposait.

Enseigner est une grande joie mais n'empêche nullement d'avoir une vie privée. Vos professeurs sont des hommes et des femmes comme tout un chacun.

Le dialogue avec les élèves dura longtemps mais Pierre-François ne voulait aucunement l'interrompre, il le jugeait important pour la confiance et les échanges futurs. Il était donc tellement tard qu'au moment de les envoyer enfin dans leurs dortoirs respectifs il leur donna congé le lendemain matin.

Ils se retrouvèrent avec un soupir de soulagement derrière la porte fermée de leur appartement. Aussitôt Pierre-François se dirigea vers la chambre de Lily et y découvrit le lit vide. Il avait vu revenir Justin parmi les élèves et assister à la fin du débat, c'est qu'il était tranquillisé sur le sort de la petite. Il poussa la porte de la chambre des garçons, Aymeric dormait serrant dans ses bras celle dont il avait fait sa petite sœur.

— Quand il est comme ça, il a l'air tellement sage, soupira Harry derrière lui.

— Il faut que tu le mettes au pas de suite, chéri. Tu n'en seras pas maître autrement. Il le fait devant ses camarades pour leur prouver que l'Elu, l'Héritier est son père à lui, il en est fier et c'est plutôt bien. Le problème c'est qu'il le fait de façon insolente te mettant en posture difficile devant les autres élèves, intervint Jim.

— C'est plus facile à dire qu'à faire ! Il n'y a que quelques années qui nous séparent, je serais bien plus indiqué comme grand frère que comme père, soupira-t-il. Il me respecte en tant que Survivant mais ce n'est pas ce que j'attends de la part d'un fils, l'amour, le respect filial, c'est autre chose. J'ai peur de compromettre ça.

— A cet âge là on a beaucoup de pudeur. Il y a toujours eu entre vous une relation, une complicité unique. Il te l'a dit l'autre jour sur la plage, il t'a dit qu'il t'aimait et que depuis la mort de ses parents, il n'avait plus jamais vu d'amour envers lui dans les yeux de quelqu'un avant toi. fit tendrement Pierre-François. Si tu veux, cette fois, je lui parlerai en tant que directeur ce sera plus facile pour tout le monde, ça aura un autre poids.

Jim sursauta en entendant frapper, il ouvrit la porte sur un Sylvain pratiquement en larmes.

— Je ne trouve plus Aymeric !

— Il s'est endormi avec Lily. Viens !

— Il n'y a pas que ça, Sylvain. Que se passe-t-il ? intervint Harry.

— Le professeur Slughorn m'a envoyé vous prévenir qu'il y a trop d'élèves pour le dortoir des serpentards. Il manque quatre places.

— Tu t'es perdu ? demanda doucement Harry en voyant l'adolescent le souffle court et le regard angoissé.

— Oui ! D'habitude quand je circule dans l'école c'est toujours avec Aymeric.

— Pourquoi diable Slughorn a-t-il envoyé un élève de première année la nuit dans les couloirs ? fit Jim.

— On va le savoir de suite ! J'arrive ! répondit Pierre-François en sortant.

— Mets ton pyjama et va te coucher, mon grand. Ça fera toujours deux serpentards en moins, fit Harry avec un clin d'œil.

Quand Pierre-François rentra, ils étaient déjà au lit et l'attendaient.

— Je n'en sais pas plus. Il dit qu'il a cru que Sylvain connaissait bien l'école puisqu'il habitait ici avec nous.

— Tu n'y crois pas.

— Il sait que nous sommes rentrés hier de vacances.

— C'est peut-être un bon professeur de potions mais c'est un homme détestable.

— ...

— C'est un pleutre pour lequel ne compte que la façon de se faire des relations influentes !

— Je le connais bien mon agneau, il a été mon professeur de potions pendant cinq ans et aussi mon directeur de maison jusqu'à ce que Severus lui succède en septembre 1981. J'ai fait partie du club de Slughorn, railla-t-il. Je sais qu'il n'a jamais rien fait pour moi parce qu'il ne voulait pas entrer en conflit avec la famille Vassier, tout comme il doit tenir à ne pas se heurter aux Balbi.

— A mon avis, il n'a pas particulièrement envie non plus de se mettre à dos l'Héritier Serpentard, c'est d'autant plus bizarre. Et en ce qui concerne le dortoir ?

— Il a raison mais il suffit de répartir les années différemment puisque les élèves de septième ne sont plus dans les cachots, nous nous en occuperons demain.

— Je croyais qu'on allait faire la grasse matinée ? s'enquit Jim avec un soupir.

— Les élèves, oui ! Nous devons être au petit-déjeuner, il y a les lève-tôt ! Tout au moins moi... termina-t-il en se glissant contre Harry, ne voulant pas les séparer alors qu'ils s'étreignaient.

— N'oublie pas de nous réveiller, mon ange, fit Harry en posant sa tête en arrière dans son cou avec un soupir de satisfaction.

Pierre-François apprécia son contact et faufila son bras en dessous du corps de son jeune agneau pour être plus près encore. Jim passant la main par dessus son fiancé attira son bras vers lui, posa leurs poignets liés sur la taille de Harry et plongea dans le sommeil. Pour dormir ils étaient toujours tous les trois enlacés et même si, pendant la nuit, ils se retournaient, changeaient de position, ils ne s'éloignaient jamais.

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Le réveil sonna, désagréable appel venant troubler leur tranquille harmonie. Jim grogna, enfouissant sa tête sous son oreiller, Harry soupira, se retourna vers Pierre-François et le ceintura pour le garder contre lui encore, ce dernier tendit le bras et éteignit le réveil. Il traîna quelques minutes, sa joue contre celle de son jeune compagnon, sa main caressant tendrement ses cheveux avant de doucement le repousser pour se lever.

— Où crois-tu aller comme ça ? fit-il en retenant pas le poignet.

— Il est l'heure, mon agneau.

— Alors on y va !

— Vous pouvez rester dormir si vous voulez.

— Non. Nous allons avec toi, p'ti loup. confirma Jim.

Quand ils firent leur entrée dans la grande salle, il y avait encore peu de monde. Seules professeurs présentes, Sybille Trelawney et sa nièce discutaient à voix basse, cette dernière avait déjà déposé son bébé à la garderie. Avec ses six mois, il était l'un des plus jeunes. Petit à petit les différentes tables des maisons se remplissaient. Harry trouvait bizarre d'être là alors que peu de temps auparavant il occupait une place sur les bancs communs.

Ils se rendirent ensuite dans les cachots serpentards, en firent sortir tous les élèves et modifièrent l'agencement des dortoirs. Avec l'aide de Draco et Sylas, ils en profitèrent pour rafraîchir l'ensemble. A l'heure du déjeuner, les Serpentard retrouvèrent des locaux repeints, des fauteuils confortables qu'ils avaient récupérés dans une ancienne salle de conférence. Pierre-François avait gardé le style propre à sa maison, les couleurs étaient bien sûr le vert et l'argent et il y avait toujours un je ne sais quoi d'aristocratique dans l'air dont se seraient bien moqué les griffons. Les cachots avaient été rénovés par une majorité de serpents et ça se voyait.

Ils décidèrent de prendre le déjeuner à leur appartement. Contents de se retrouver un peu seuls, ils se blottirent ensuite dans le vieux canapé que Pierre-François avait provisoirement installé au salon. Il fut le premier à se lever pour aller donner son cours de métamorphose. Il regardait Jim qui avait l'air d'un agneau qu'on emmène à l'abattoir, il devait enseigner aux élèves de sixième année et était mort de trac. Il l'attira contre lui, essayant de le rassurer de quelques mots. Harry quant à lui débutait avec les plus jeunes mais ne semblait pas particulièrement perturbé à l'idée de donner cours. Contrairement à son fiancé, il était dans son élément, Poudlard était son univers depuis plus de huit ans. Son expérience de l'AD lui avait donné une certaine assurance. Il posa au passage une main sur la taille de Jim, lui adressant un sourire tendre avant de le pousser vers leur chambre afin de revêtir une robe sorcière.

— Jim mon cœur, tout va très bien se passer, j'en suis sûr.

— J'espère.

— Tu as un don pour expliquer les choses de façon concise et abordable. Rappelle toi ce que t'a dit Draco quand tu nous as expliqué la politique moldue, il t'a dit que pour la première fois il y avait compris quelque chose. Ils vont adorer ton cours et aussi le professeur, finit-il avec une grimace.

— Jaloux ?

— De jeunes élèves de seize ans ? Non ! Juste un peu possessif... Et c'est valable pour toi aussi, Monsieur le directeur trop beau, trop chou comme disent ces jeunes demoiselles... fit-il à Pierre-François qui les regardait appuyé contre le chambranle de la porte.

Celui-ci éclata de rire pour le plus grand plaisir de ses amoureux.

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Hermione lançait des coups d'œil furtifs vers Pierre-François. Installée dans son bureau pour ranger les documents d'inscriptions dans les dossiers des élèves, elle trouvait le directeur distrait et nerveux. Une cavalcade dans l'escalier tournant le fit lever la tête vers la porte avec impatience, elle s'ouvrit devant ses deux professeurs préférés qui étaient aussi pressés que lui de le voir puisqu'ils n'avaient pas eu la patience d'attendre que l'escalier les amène à bon port.

— Ça a été ? demanda-t-il en souriant à Jim.

— Oui sans problème.

— Tu vois ! et toi ?

— Ils sont tout petits, tout mignons et ne savent strictement rien de rien, se moqua gentiment Harry.

— Tout mignons ? intervint Jim dubitatif.

— Oui, se marra Harry. Il y en a quelques uns qui sortent du lot mais peu... Alicia, la sœur de Justin à Gryffondor semble plus avancée, à Serdaigle il y en a deux qui sont capables de prononcer un sort de désarmement correct, les autres rien. Tout est à faire. Le pire c'est qu'en seconde, ils n'ont pas l'air d'en savoir beaucoup plus.

— Tu es là pour ça.

— Je m'en doutais, mon ange.

— Demain tu auras les Poufsouffle et les Serpentard le matin.

— Classes de première et deuxième deux cours successifs comme aujourd'hui, j'ai vu.

— J'ai essayé de faire notre horaire en fonction de celui de l'université que m'a communiqué Minerva hier et qui devrait être définitif. J'ai dû grouper les maisons pour que vous fassiez moins d'heures. Je sais que ça vous fait des grosses classes pourtant je n'ai pas le choix. Le jeudi vous êtes à l'université seulement en matinée, c'est pourquoi je vous ai mis quatre heures de cours à donner l'après-midi. Le vendredi tu n'as qu'un cours de dix-huit à vingt heures, Jim, mais l'après-midi tu donnes cours d'histoire de la politique moldue à l'université de quatorze à dix-sept heures auquel assiste Harry, je vous ai mis quatre heures ici le matin.

— Journée très complète en effet, soupira Jim avec une grimace.

— Le samedi matin, tu enseigneras de nouveau la politique moldue que, toi Harry, tu suivras. Et les trois premiers jours de la semaine vous avez aussi des horaires chargés soupira-t-il. Mardi vous commencez à onze heures du matin, je vous ai donc mis deux heures de cours à chacun à donner ici avant et j'ai du vous en mettre deux en fin de journée mercredi. Pour moi c'est bouclé. Tu ne donnes à l'université que six heures de cours à la place de dix, Jim, puisque cette année il n'y a que la première masteria mais vous en avez douze ici chacun ce qui fait les trente heures exigées pour ton inscription et votre appartement à Cambridge. Je ne sais vraiment pas comment Minerva voit les choses pour l'année prochaine, peut-être prendra-t-elle un second professeur, moi il n'est pas question que je me passe de mes professeurs, fit-il avec un sourire complice.

— Pourquoi ne renoncez-vous pas à l'appartement de Cambridge ? Vous ne l'occuperez de toute façon pas, demanda Hermione.

— Nous avons signé un contrat pour la durée de nos études, soupira Harry. Nous étions bien trop contents de pouvoir vivre ensemble.

— Et surtout nous n'avions, à ce moment là, aucun loup dans notre vie, confirma Jim en souriant.

— Voilà ! c'est de ma faute ! fit le loup en question avec une mine attristée que démentaient des yeux pétillants de malice.

— Ça ne marche pas, p'ti loup ! Et puis nous n'allons pas te câliner sous le regard sévère de tes prédécesseurs, termina Jim en passant en revue les portraits alignés sur le mur. Sans parler d'Hermione qui va nous soupçonner de vouloir te faire subir les pires outrages.

— De toute façon, il est dix-huit heures. Tu as fini, Mione ?

— Oui ! Je suis juste en train de recopier plus proprement les notes sur tes différents contacts avec les parents. Tu vois c'est bien mieux comme ça.

Pierre-François lui jeta un regard plein d'une horreur à peine dissimulée.

— Tu veux dire que tu passes ton temps à recopier mes propres annotations sur mes différents entretiens ? Ce sont des remarques souvent anodines, parfois futiles notées en marge des renseignements sérieux pour mieux situer les parents, le milieu des élèves et tu y as perdu des heures précieuses à seule fin que les dossiers soient plus présentables ? Je te rappelle que nous sommes les seuls à les voir. Hermione, il y a vraiment plus urgent et utile à faire.

— Tu ne m'as rien donné d'autre à faire après les fiches.

— Je croyais que tu n'avais pas fini. Il y a des montagnes de travail. Et d'abord commencer par t'installer un bureau digne de ce nom en le personnalisant, en le faisant tien. Demain, je donne cours toute la journée. C'est toi qui va devoir recevoir les élèves ou les professeurs si il y a un problème. Il y a les horaires à recopier pour les élèves classe par classe, à afficher dans la salle commune des quatre maisons, dans le hall, à distribuer à tous. Il faut vérifier les inscriptions aux cours facultatifs, chaque élève doit en avoir choisi assez que pour compléter sa grille horaire. Il faut convoquer ceux dont ce n'est pas le cas et remédier au problème. Il y a les horaires des vacations à fournir à chaque professeur. C'est le plus urgent. Si la magie nous aide, elle ne fait pas tout à notre place. Tu es intelligente Mione. Si ça n'avait pas été le cas, amie de Harry ou pas, je ne t'aurais pas prise comme sous-directrice. Nous sommes à la rentrée, il faut viser le rendement, les détails on verra après. Officieusement, nous allons établir un roulement pour notre présence aux repas dans la salle commune, ça nous permettra à tous d'avoir une vie privée en dehors de nos devoirs de professeurs. Organise une réunion informelle demain après le repas du soir, ça ne prendra pas longtemps en principe.

— Tous les professeurs ?

— Oui. Tous !

— Bon allons chercher Lily maintenant. dit-il en s'adressant à ses deux agneaux. La journée a certainement été longue pour elle aussi.

— Je suis passé la voir entre mes cours, elle avait l'air de bien s'amuser. fit Harry en souriant. Elle martyrisait les jumeaux de Bill.

— Martyriser ! De suite les grands mots ! répartit le père moqueur.

— Comment appelles-tu le fait de vouloir les enfermer dans une des armoires à jouets ?

— Les protéger d'éventuelles agressions extérieures ?

— Bien essayé ! railla Harry.

Ils suivirent les couloirs peu fréquentés à cette heure pour se rendre à la garderie. Pierre-François se fit la remarque qu'elle était située loin de la classe de défense contre les forces du mal et que Harry faisait un adorable papa-poule. Lily se précipita vers eux passant des bras de son père à ceux de ses tontons. Elle avait de plus en plus tendance à appeler Harry "Pa" comme Aymeric ce qui le mettait mal à l'aise envers Pierre-François parce qu'il ne voulait pas empiéter sur son rôle et envers Jim qu'elle continuait à appeler Tonton. Hermione, Teddy dans les bras, discutait avec Lavande de leur grossesse respective. Harry lança un coup d'œil à son amant qui lui sourit. Il comprenait mieux pourquoi il avait engagé leur amie alors qu'elle n'avait pas de formation en pédiatrie. Il se demanda si le père était Seamus.

Il faisait doux. Pierre-François, la petite menotte de Lily serrée dans la sienne, les entraîna dans le parc de Poudlard. Ils firent le tour de l'étang. Il avait fait mettre des bancs un peu partout, ce n'est pourtant pas sur un de ceux-ci qu'il avait décidé de s'asseoir. Il les emmena dans un berceau de verdure formé de quelques arbres et buissons. Au centre, un gazon fin et moelleux. Par l'ouverture, ils avaient vue sur l'étang et sur le château.

— Je comprends mieux pourquoi les Serpentard sont toujours fourrés de ce côté ci, ce qui fait que les autres maisons le considèrent comme leur territoire et ne s'y aventurent jamais, fit Harry amusé.

— Ils l'appellent la chambre verte.

— Moi qui croyait savoir tout de Poudlard et ses environs, railla Harry.

— Chaque maison a ses petits secrets. Tu ne connaissais pas non plus les anciens labos. Peu de griffons sont au courant car les serpents ne sortent pas avec eux.

— Et elle sert à quoi la chambre verte ? interrogea Jim.

— Je dois vraiment te faire un dessin ?

— Après les bords de l'étang sous le saule pleureur, grommela-t-il.

Pierre-François éclata de son rire mélodieux en regardant la moue contrariée de son agneau.

— Il y a prescription tu ne crois pas ? De toute façon, cet endroit ce n'était pas pour moi, mes amourettes devaient être bien mieux cachées que ça, mais j'ai fait souvent le guet devant pendant que mon frère lui en profitait. Aujourd'hui, c'est un peu ma revanche, une très sage revanche, termina-t-il en posant sa joue sur la tête de Lily.

Son regard effleura celui de Harry et ce qu'il y vit le fit sourire intérieurement. Il se rappela quand il lui avait décrit ses rêves de tendresse sur la plage lors de leur premier week-end au Tamaris, le soir même il s'était retrouvé dans la mer pour un doux câlin et leurs tout premiers baisers. L'instant où il avait su que dorénavant ils seraient trois à s'aimer. Un de ses meilleurs souvenirs. Il datait de deux mois et demi déjà, il avait l'impression que c'était hier. Ils restèrent là un moment, perdus dans leurs pensées dont les autres occupaient la majeure partie.

Jim se sentait désorienté dans ce monde qu'il connaissait à peine et avait eu l'impression d'être livré à lui-même toute la journée. Malgré sa bonne volonté, il avait très peu participé à l'aménagement du dortoir et s'était senti inutile. Son après-midi de cours s'était bien passée mais enseigner la politique britannique à ces jeunes en robes de sorcier qui à seize ans ignoraient ce qu'était le mot "parlement" lui avait semblé parfaitement irréel. Il n'avait attendu qu'une chose toute la journée se retrouver derrière la porte de leur appartement.

Harry avait l'impression d'avoir passé une très longue journée loin de ses amours et se trouvait parfaitement ridicule. Il avait aimé enseigner son savoir aux enfants s'estimant particulièrement satisfait qu'ils en sachent un peu plus à la fin du cours. Ils étaient tous les trois dans ce Poudlard qui était son second chez lui depuis des années et qu'il aimait. Que pourrait-il demander de plus ?

Pierre-François s'était aperçu presque avec horreur que ces deux mois passés loin de toute activité professionnelle et avec eux sans cesse l'avaient en quelque sorte amolli et il avait eu bien du mal à se concentrer sur son travail. Une heure avant la fin des cours il était déjà en train de guetter leurs pas dans l'escalier. Il avait mesuré à quel point il était devenu tributaire de leur présence et ça n'avait pas été un constat agréable.

Il réalisa qu'ils étaient bien silencieux tous les trois depuis un moment. Un regard à ses amours lui fit entrevoir une vérité pénible, leurs pensées ne semblaient pas plus gaies que les siennes. Apparemment le bilan de cette première journée n'enchantait aucun d'eux.

— Harry ? Jim ?

Ils lui firent tous les deux un sourire qui ressemblait à une grimace.

— J'ai l'impression que vous n'êtes pas satisfaits de votre rentrée.

— ...

— ...

— Oui ?

— Je me suis senti inutile le matin et perdu l'après-midi, avoua Jim.

— Jim ! s'exclama Harry douloureusement.

— Ce n'est que l'impression du premier jour, mon amour. Je ne vais pas te dire le contraire et te faire avaler que tout a bien été. D'ailleurs tu ne me croirais pas ! soupira-t-il.

— Harry ?

— J'ai aimé enseigner mais vous m'avez manqué toute la journée. murmura Harry.

— Vous aussi. fit Pierre-François. Et mon travail s'en est ressenti. Nous sommes ensemble, là maintenant. Profitons de chaque minute. Allons dîner puis nous aurons notre soirée rien qu'à trois. Demain, c'est moi qui donnerai cours toute la journée. Comme vous n'allez pas encore à l'université, vous serez ensemble tout l'après-midi. Et le week-end nous irons pour la première fois chez nous.

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La grande salle était remplie quand le directeur prit place à la table des professeurs. Sans conteste, un vent nouveau soufflait sur Poudlard. Pour preuve, la présence d'une enfant de trois ans au dîner, mais aussi l'affirmation de liens surprenants comme ceux du pacte d'alliance qui unissait la sous-directrice et ses maris présents alors qu'ils n'étaient pas professeurs ou ceux qui manifestement liaient le directeur et ses professeurs de politique moldue et de défense contre les forces du mal.

L'autorisation de dîner à une autre table que celle de sa maison avait fait des adeptes. Maxence avait rejoint à celle des Serpentard sa sœur et son cousin. Il discutait avec animation avec Cloud et Justin. Alicia, la petite sœur de Justin avait quitté la tablée des griffons pour être à ses côtés et riait avec Aymeric, Sylvain, et Typhaine. Ça et là d'autres rapprochements se faisaient. Ce n'étaient encore que des réponses à des liens familiaux la plupart du temps mais qui en annonçaient d'autres.

Les élèves des dernières années faisaient le constat que l'enseignement aussi évoluait. Les cours donnés par des professeurs plus jeunes étaient plus dynamiques, plus vivants mais demandaient plus d'attention et d'efforts. Les régents semblaient aussi plus exigeants. Ils sentaient que le cours de politique moldue bien qu'expliqué très clairement n'allait pas tarder à devenir leur cauchemar à cause du nombre de notions qu'il apportait dès le début et parce que le professeur Spencer les avait prévenus qu'il testerait à chaque début de cours si les leçons précédentes avaient été assimilées. La plupart attendaient avec impatience le cours de métamorphose donné par le directeur qui ils le pressentaient ne serait pas banal. Les participants de l'AD maintenant en septième ne tarissaient pas d'éloges sur lui mais aussi sur ses deux compagnons.

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La porte de leur logis enfin refermée sur eux, ils poussèrent un soupir de soulagement. Harry connaissait bien l'expression sur le visage de Pierre-François, c'était celle qui annonçait une surprise ou une idée dont il était fier. Ils le suivirent au salon. Les murs étaient repeints de cette couleur grège qu'ils avaient choisie, une cheminée imposante en pierre bleue patinée par l'âge avait remplacé l'ancienne de style baroque et trônait dans un espace surbaissé qui créait dans la grande pièce un second niveau brisant l'impression d'immensité. Les nouveaux canapés étaient installés dans la partie supérieure, les voilages tamisaient la lumière rougeoyante du coucher de soleil, les tapis moelleux garnissaient le parquet brillant et le devant de la cheminée où étaient installés trois gros clubs en cuir. Les objets de décoration, les lampes, les tableaux viendraient compléter au fur et à mesure la pièce qui avaient encore un côté impersonnel. Les deux plus jeunes échangèrent un regard ravi avant d'embrasser leur loup se retrouvant entre ses bras avec un plaisir non dissimulé.

Lily une fois couchée, ils s'installèrent devant le feu qu'avait allumé Harry. Le coup d'œil moqueur que Jim lui lança apporta sur ses lèvres le petit sourire provocateur et dédaigneux de celui qui en sait plus que les autres. Et quand bien plus tard, couchés enlacés et nus, sur le tapis devant l'âtre, ils se retrouvèrent satisfaits, repus les uns des autres, il ne put se retenir de lancer une petite phrase railleuse.

— Alors, mon cœur, l'ambiance était trop chaude pour toi ?

Pierre-François leur adressa un regard interrogatif.

— Monsieur s'est moqué de moi parce que j'allumais le feu dans la cheminée, expliqua Harry en souriant.

— Tu as oublié notre soirée à Astor's Lodge ?

— Vraiment pas ! Tu crois que je peux perdre de vue que tu préférais cuire emmitouflé d'un pull devant le feu plutôt que changer de tee-shirt devant nous ? Il a fallu que je te menace de te déshabiller moi-même !

— Et toi tu n'osais pas reconnaître que tu voulais sortir avec moi ! C'était pire ! Sans parler de ta crise lors de la partie de Monopoly !

Harry posa doucement ses lèvres sur celles de Jim pour le faire taire avant de raconter sa version de l'histoire à Pierre-François qui les écoutait le sourire aux lèvres, car le point de vue de Jim qui vint ensuite était tout différent.

— Vous êtes sûrs que vous avez vécu la même soirée ?

— Oui, sans nul doute... Celle d'un grand pas en avant ! fit Harry en souriant. Vers la libération du corps de Jim, bien entendu !

— Et ça s'est terminé comment ?

— J'ai été dormir, compléta Jim après avoir tiré la langue à son fiancé, et quand je me suis réveillé, deux yeux verts m'observaient et une voix me disait que j'allais voler sur un balai... Un tendre fou ! Et j'ai adoré ça.

— Le week-end suivant ça a été le bal de Cambridge, l'attaque de Ron, la blessure de Liam et toi découvrant la mort de ton oncle.

— Et tes bras pour me consoler. Ce fut ma première nuit dans ton lit même si tu en as été scandalisé.

— Scandalisé ? s'étonna l'aîné.

— Ça allait vite, trop vite. expliqua Harry. Je voulais, c'est vrai, sortir avec lui mais une partie de moi, celle qui pensait qu'un amour se passe obligatoirement entre deux personnes de sexe opposé avait encore difficile de l'admettre. Le corps d'un homme tout contre moi, c'était choquant, presque dérangeant et en même temps, j'en étais fou, je ne supportais plus ses absences. Je le voulais à mes côtés sans arrêt, et ça n'a pas changé. fit-il avec un sourire à Jim. J'avais peur de ce que je découvrais en moi mais le voir pleurer là sans rien faire c'était impossible alors je l'ai serré contre moi pour dormir.

— ...

— Je me suis réveillé dans ses bras et c'était tout simplement ma place. Je l'ai regardé dormir et je me suis dit qu'il était temps de choisir et quand, dans son sommeil, il a senti que je n'étais plus là et m'a attiré contre lui, je me suis laissé faire, finit-il.

— ...

— Au début nous nous touchions à peine en public, nous parlions avec les yeux. C'est après que nous sommes devenus aussi fusionnels et tellement tactiles que parfois ça doit déranger les autres.

— Ta rencontre, p'ti loup, a accentué ça. J'avais tellement peur de le perdre ; je voyais son amour pour toi grandir. Je l'ai compris bien avant lui, je ne pouvais plus m'en éloigner. J'ai admis le lien du bracelet pour son bonheur mais Dieu sait que j'en ai pleuré, fit Jim de l'eau au bord des yeux à cette évocation.

— Tu ne m'as rien dit, mon aimé. fit Harry interdit, posant une main possessive sur la taille de son amour.

— Tu m'aurais répété que jamais tu ne cesserais de m'aimer et je ne t'aurais pas cru. Nous aurions été deux à souffrir.

— Je me suis rendu compte que tu avais mal et j'ai tout fait afin de te rassurer.

— Je sais. C'est en partie pour cette raison que nous sommes toujours autant accrochés l'un à l'autre.

— Pardonne-moi...

— Harry ! Arrête ! Les sentiments ne se commandent pas ! Tu me troublais aussi, fit-il en se tournant vers Pierre-François mais je ne discernais pas en toi ce que lui y avait découvert de suite. Je n'ai commencé à apercevoir en toi autre chose que ton côté affreux prédateur que lors du vernissage quand je t'ai vu ému devant les tableaux de ton fils, puis si humain pendant le week-end à Toulouse. Harry était tombé sous ton charme de suite.

— C'est pour lui que tu as accepté les liens qui s'établissaient ? demanda Pierre-François.

— Au début, oui !

L'éclat de souffrance qu'il vit dans les yeux si clairs lui fit mal.

— J'ai dit, au début, p'ti loup. répéta-t-il en caressant doucement une des longues mèches qui s'étaient dénouées dans l'amour.

— ...

— J'ai simplement mis plus de temps à t'aimer et j'ai souffert de le voir se rapprocher de toi, mais lorsque nous avons décidé de vivre avec toi et de nous aimer à trois, je l'ai fait par amour. C'est quand tu as été blessé et que nous avons cru te perdre que j'ai réalisé mes sentiments.

— Draco et Sylas étaient seuls à mon chevet et ils disaient que tu pleurais.

— C'est exact. fit Harry. Nous avions profité de leur présence pour aller prendre une douche. Si Jim a compris qu'il t'aimait à ce moment, c'est à ses larmes que je l'ai réalisé moi aussi.

— Quels jours d'angoisse !

— Là encore nous sommes restés blottis ensemble à attendre le moindre signe qui nous dirait que tu allais nous revenir. Je crois que Jim à moins détesté le bracelet elfique à ce moment.

— Il était devenu notre espoir ! C'est par lui que nous avons su que tu vivrais. Si jamais tu nous refais ça un jour, je te jure que je te tue de mes propres mains quand tu iras mieux.

Sa véhémence fit rire Pierre-François qui les serra contre lui dans une même étreinte. Un double soupir de bien-être amena sur ses lèvres un sourire tendre. Leurs confidences lui faisait entrevoir ce qu'il n'avait pas deviné, une véritable souffrance, un déchirement causé par son immixtion dans leur couple.

— Je suis désolé, murmura-t-il.

— Inutile d'avoir des regrets maintenant alors que nous n'en avons plus.

— Aucun ! renchérit Jim.

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Le lendemain, quand Pierre-François sortit de la douche, il trouva Harry et Jim en train de s'activer dans la cuisine. Le premier avait fait de fines gaufres sucrées qu'il tartinait de confiture, le second des toasts, des œufs et du bacon. Il mit la table, pressa des oranges qu'ils avaient ramenées du Cap d'Agde. Il passa derrière Harry pour voir où il en était, posant au passage une main caressante sur la taille de Jim.

— P'ti loup ! fit celui-ci d'une voix sévère.

— Oui ma tendresse ?

— Comment veux-tu qu'on cuisine si tes mains traînent partout !

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Harry courait dans les couloirs. C'était bien de concocter un petit déjeuner à déguster en amoureux mais ça prenait du temps et il était en retard. Il termina sa course par une glissade qui l'amena juste devant sa classe. Essoufflé, il ouvrit aux têtes blondes moqueuses qui l'attendaient depuis un moment.

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Jim trouva les adolescents de septième devant la porte. Justin et Cloud lui lancèrent un regard interrogatif. Il leur répondit par un clin d'œil moqueur avant de reprendre son sérieux et de commencer son cours.

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Pierre-François examinait attentivement le lapin de Maxence. Il était parfait. Le garçon semblait doué. Pour voir leur niveau, il leur avait demandé de métamorphoser un verre en ce rongeur aux longues oreilles. Aucun n'y était arrivé entièrement sauf lui. Il lui fit un sourire approbateur qui fit briller les yeux du garçon de contentement.

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Ils prirent leur repas de midi à la table professorale avant de se séparer. Jim et Harry allèrent chercher Lily et Teddy pour profiter du temps clément de cette fin d'été dans le parc de l'école. Entre deux cours, par la fenêtre, Pierre-François vit Harry jouer au ballon avec les enfants. Jim assis sur un banc à coté d'eux les regardait. Le sourire aux lèvres, il se tourna vers ses élèves qui entraient et débuta ses deux dernières heures de cours. Ils se retrouvèrent pour le dîner avant d'assister à la petite réunion prévue avec tous les professeurs. Un planning fut établi pour les trois mois à venir. Ils n'assisteraient plus à chaque repas à la table professorales que deux fois par semaine et ils resteraient à Poudlard un week-end par mois.

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Ils atterrirent tard dans la cheminée de leur maison de Weymouth. Ils la parcoururent de long en large, ne se lassant pas d'admirer le résultat des transformations. Ils finirent par s'installer dans le salon détente, dans un des canapés devant la télévision.

— Je ne m'étais pas rendu compte qu'elle était si grande. fit Jim. Tu es sûr que deux elfes vont suffire pour entretenir tout ça?

— Oui ! Quand nous ne sommes là que le week-end, il n'y a pas de problème. Il ne faut pas oublier qu'il y a Didier et Robert aussi. Quand nous reviendrons en vacances nous prendrons Kreattur avec nous.

— Tu ne trouves pas bizarre qu'ils ne sont pas venus nous accueillir ?

— Ils ne rentrent que demain en fin de matinée. L'artisan qui devait placer l'auvent ne l'avait pas reçu à la date prévue.

— Tu es sûr que ça ne cache rien ?

— J'avais donné des instructions aux elfes. Si il y avait eu un problème ils seraient venus nous prévenir.

— Bien. soupira Harry.

— Votre journée s'est mieux passée qu'hier ?

— Le matin, les petits étaient toujours tout petits, se marra Harry. L'après-midi nous avons été jouer dans le parc. N'est-ce pas Mademoiselle Lily ?

— Oui, Pa.

— Ma chérie, je ne suis pas ton papa. fit-il doucement en prenant la petite sur ses genoux.

— Laisse-là, amour. Elle entend Aymeric, c'est inévitable. Cela ne me dérange pas qu'elle aie trois papas. Vous êtes mes compagnons. Elle ne va pas vous appeler maman !

Il éclata de rire en voyant le coup d'œil scandalisé que lui lançait Harry, tandis que Jim écoutait ravi le rire clair et sensuel de leur sorcier d'homme. Bien vite, elle s'endormit la tête dans le cou de Harry qui alla la coucher.

Quand il revint, il les découvrit sur leur lit l'un contre l'autre en train de s'embrasser. Il avait senti l'envie de Jim pour Pierre-François, il ferait tout ce soir, à son tour, afin qu'il connaisse le plaisir de le sentir tout à lui. Il se glissa résolument entre eux avec un regard entendu vers Jim qui passa de l'autre côté de Pierre-François qui comprit de suite. Harry vit l'appréhension agrandir son regard. Il enfouit ses mains dans les longues mèches qu'il avait libérées pour l'attirer à lui.

— Nous ne voulons que ton plaisir, mon amour... Je t'aime tant, laisse-toi aller ! Par Merlin que tu es beau, mon chéri. lui murmurait-il en ouvrant doucement les boutons de sa chemise et en laissant errer ses lèvres dans son cou, sur ses épaules. Mais si tu ne veux pas, ce n'est pas grave, tu sais qu'il arrêtera... souffla-t-il avant de prendre ses lèvres pour un baiser tout en douceur, caressant, pressant, mordillant, taquinant délicatement d'une langue mutine les lèvres de son compagnon, partageant la chaleur aphrodisiaque de sa bouche. Et c'est lui qui se retrouva nu sans même s'apercevoir que Pierre-François l'avait déshabillé, gémissant sous les caresses enivrantes de son amant et perdant pied peu à peu dans ses bras.

Il reposait blotti entre eux. Une fois de plus il s'était perdu dans son plaisir et avait du mal à en sortir. Il s'étira doucement avec délices. Pierre-François repoussa les cheveux collés sur son front moite avec tendresse puis caressa son visage du bout des doigts. Harry pensa qu'il avait crié de volupté et joui possédé par Jim. Il se croyait fort, il avait voulu offrir à ce dernier le même bonheur que celui qu'il avait ressenti et s'apercevait qu'il aurait voulu être le seul. Il s'arracha à la main câline, lui tourna le dos et nicha sa tête dans le cou de son fiancé. Pierre-François désarçonné par son attitude resta coi un moment. Il voyait le bracelet elfique briller sur son poignet. Au bleu profond des pierres magiques se mêlaient quelques filaments rouges qu'il n'y avait jamais vu. Il se souvint de son gros pincement au cœur quand il avait entendu la première fois Harry gémir de plaisir dans les bras de son fiancé. Son possessif avait mal. Il resserra son étreinte autour de son corps et souffla quelques mots tout contre son oreille.

— Arrête ça tout de suite, mon doux amour, c'est Jim. Je t'aime et être en toi m'a donné autant de félicité que lui, tu le sais.

Une fois sa peur vaincue, il avait éprouvé du plaisir, beaucoup. Jim était un amant exceptionnel, son expérience lui donnait une retenue de son corps que Harry très passionné, très impétueux, n'avait pas encore pourtant il lui avait prouvé tout récemment qu'il pouvait s'oublier pour son bien-être à lui. Depuis presque trois mois qu'ils étaient ensemble, en artiste de la volupté, Jim avait appris à jouer de l'instrument qu'était son corps comme de celui de Harry. A chaque fois, il réinventait les préludes et les concertos qui le faisaient vibrer et l'amenaient à l'extase mais jamais lui ne perdait de vue son petit homme et sa satisfaction. Avec Harry, il y avait une entente primitive, une communion amoureuse qu'il n'avait jamais ressentie qu'avec lui. Et quand il s'oubliait dans la jouissance, s'y perdait même c'est que ce dernier était dans ses bras et lui en son corps comme ce soir.

Il l'entendit soupirer. Les pierres luisaient d'une lumière bleutée sans tache, il posa sa tête contre la sienne, joue contre joue. Jim doucement les embrassa l'un après l'autre mélangeant leur salive jusqu'à plus soif, se pressant contre Harry, caressant les flancs de Pierre-François.

— Qui nous a dit l'autre jour que nous étions insatiables ? fit bien plus tard ce dernier amusé.

Jim se contenta de pousser un petit grognement satisfait avant de s'endormir dans les bras de Harry. Celui-ci lança un regard à Pierre-François qui se leva pour venir se coucher contre lui et ensuite l'enlacer.

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Quand il se réveilla Pierre-François était déjà levé, il le trouva dans le salon penché sur un document.

— Que fais-tu ?

— Bien dormi, mon agneau ?

— Oui ! J'aurais voulu paressé un peu dans tes bras mais bon...

— Viens ! fit-il en lui tendant les mains et en l'attirant vers lui.

Il se laissa tomber à ses cotés, enserra sa taille et blottit son visage dans son cou. Pierre-François passait ses mains dans ses cheveux en lui murmurant des mots tendres qui le faisaient fondre.

— Que diriez-vous d'aller dîner au restaurant ici à Weymouth, ça nous fera du bien de sortir un peu. Nous pourrions essayer un restaurant situé sur l'esplanade en bordure de mer dont la spécialité est le poisson. Nous pourrons prendre un verre ensuite si vous voulez. Demain nous irons à l'appartement du Marais, nous passerons prendre les carnets d'Ambre que nous avons oubliés lors de l'anniversaire de Justin et visiter le fameux secrétaire de Madame la comtesse qui semble contenir bien des trésors puis nous irons au club.

— Ton appartement ? pourquoi ?

— Tes cheveux deviennent un peu longs et ceux de Jim aussi.

— Tu veux encore me mettre dans les pattes de Gaby ? s'indigna-t-il.

— Je croyais que tout était très bien ? se moqua-t-il.

— Tu l'as laissé me peloter outrageusement et ça te faisait rire.

— Je savais que tu ne le supporterais pas et que tu te tiendrais loin. Tu les verras cette fois sans leur masque de folles. Evite de juger avant de les connaître. Ça fait des années que je les côtoie, mon amour, nous avons traversé bien des mauvais moments ensemble. Nous avons habité sur le même pallier dans le même immeuble miséreux quand je suis arrivé à Paris.

— Raconte.

— J'avais les mangemorts à mes trousses. Je ne pouvais pas aller chez Gringotts. Quand j'ai débarqué dans la ville lumière en directe provenance de mon monde sorcier londonien, j'avais juste de quoi louer une chambre misérable. J'ai du trouver au plus vite un emploi. Heureusement je parlais bien français, avec un accent mais apparemment c'était loin d'être un problème, poursuivit Pierre-François avec un petit rire moqueur. Ça faisait partie de mon charme parait-il. C'est Gaby qui m'a fait engager comme barman dans un bar gay pas trop mal fréquenté. C'était pas la gloire mais ça me permettait de manger et de payer ma chambre. Le seul problème était de rentrer à mon logement en traversant au milieu de la nuit le quartier de la gare du nord. Quand tu es gay, ce n'est pas vraiment une bonne idée. J'ai du apprendre à me défendre autrement qu'avec ma baguette. Je me suis inscrit aux cours de karaté croyant me transformer en Bruce Lee en trois semaines, puis je me suis procuré une arme de poing et j'ai fréquenté un stand de tir.

— C'est à ce moment là que tu as appris à te servir d'un glock ? interrogea Jim en s'asseyant tout contre lui sur l'accoudoir.

— Oui et crois-moi ça m'a sauvé la vie plusieurs fois. Le patron était un joueur, parfois il misait la recette et il ne savait pas payer les fournisseurs le lendemain, ses clients étaient pour la plupart des habitués qui connaissaient son défaut. Ils consommaient ce qu'il y avait sans trop rechigner mais un jour il a perdu son bar au poker et je n'ai pas pu m'entendre avec le nouveau propriétaire. Je suis même parti après lui avoir mis une solide dérouillée.

— Et il t'a fait des propositions...

— On peut appeler ça comme ça... Je n'ai pas ensuite retrouvé un travail immédiatement, c'est Gaby et Frédéric qui m'ont aidé. Par hasard j'ai hérité du poste d'un barman en passant dans un pub dans Le Marais un jour où il ne s'est pas présenté au boulot parce que une fois de plus il était soi-disant malade et quelques semaines après un client m'a demandé de poser pour lui, c'était André. Il m'a très bien payé. Il m'a introduit dans le tout-Paris. Je me sentais seul, tout le monde était en couple. Nous sommes devenus amants. Pour me faire plaisir, il m'a laissé décorer son appartement. Certaines de ses relations ont trouvé ça bien. Je me suis retrouvé en train de refaire les leurs, je me suis documenté et je me suis lancé. J'ai osé un jour aller dans le monde sorcier parisien, j'ai été à l'équivalent de la banque Gringotts en France et j'ai vendu discrètement par leur entremise une propriété qui m'appartenait en Italie. Avec l'argent j'ai acheté ce qui est devenu trois mois plus tard L'aigle Noir. J'ai voulu louer un autre logement, André m'a proposé de vivre avec lui et j'ai accepté.

— Tu l'aimais ? demanda Harry.

— Tu sais déjà que non, fit-il avec un regard tendre à son éternel possessif et en portant son poignet à ses lèvres, mais je peux te le redire autant que tu le veux. Au début, je n'ai pas réalisé que lui tenait à moi à ce point autrement je n'aurais pas accepté. Quand j'ai voulu ouvrir le club, il n'a pas compris. Un appartement de temps en temps à décorer pour m'occuper c'était suffisant... Pour lui je devais rester à ses côtés à me faire choyer et m'y sentir bien. Ce n'était pas le cas. Pendant tout ce temps, j'avais continué à voir Gaby et Frédéric. Quand il a fallu trouver du personnel pour la discothèque, ils ont battu le rappel de leurs connaissances, certains ont quitté leur emploi afin de travailler pour moi sur leur simple recommandation comme Sven, mon chef barman. Le club marchait bien. Je leur ai renvoyé l'ascenseur en leur adressant des clients. Ils sont devenus les coiffeurs de la jet-society mais dans le but de se faire remarquer ils se sont forgé le look que tu as vu et ils sont très vite devenus la coqueluche de ses dames. Nous avons donc progressé ensemble. Avec André c'était des scènes de jalousie quotidiennes, des reproches incessants. Je n'en pouvais plus, un jour j'ai arrêté les frais.

— P'ti loup, intervint Jim peu désireux d'entendre le récit de ses amours avec l'artiste, tu vas me faire croire que tu veux nous emmener dans ton appartement qui représente un danger certain pour nous à cause de ton frère, juste pour une coupe de cheveux ?

— Non ! En fait c'est mon téléphone qui m'a réveillé ce matin et Gaby a demandé à me voir d'urgence.

— Ils savent que tu es sorcier ?

— Oui ! Ils sont au courant pour mon fils, les mangemorts... Ils connaissent mon frère.

— Tu réalises que c'est peut-être un piège ?

— Nous avons mis au point un code au cas où ils seraient forcés de me contacter. Ça ne parait pas être le problème.

— Car il y a problème ? fit Harry manifestement soucieux.

— Il semblerait, oui.

— ...

— Je ne peux pas les laisser tomber !

— Je n'y pensais pas. Je cherche juste à assurer notre sécurité.

— ...

— Pourquoi si c'est urgent, as-tu pris rendez-vous avec eux demain et pas aujourd'hui ?

— Le samedi c'est le jour où ils travaillent le plus et en général assez tard avant de sortir.

— Bon. Donc ça ne semble pas urgent au point de craindre pour leur vie. Tu connais leur emploi du temps habituel le dimanche ?

— Si ils n'ont pas changé, c'est la grasse matinée, le café au lit vers midi avant de s'habiller et d'aller manger chez Lilou une taverne dans le Marais vers quatorze heures. Après c'est variable. Ils aiment le cinéma mais aussi discuter avec des amis.

— Et nous devons les voir quand ? demanda Harry.

— En début de soirée à dix huit heures.

— Je sens qu'ils n'iront pas au cinéma demain.

— Tu veux faire quoi ?

— Aller dans ce restaurant et les y attendre.

— Et si ils ont changé leurs habitudes ?

— Nous aviserons à ce moment là, soupira-t-il. Si ils sont suivis nous transplanerons avec eux des toilettes de la taverne. Tu ne m'as jamais répondu. Que faisais-tu ?

— Je lisais le résumé de Jim sur les carnets d'Ambre, mais j'en étais seulement au commencement. Et maintenant que nous sommes mieux au courant de ce que nous cherchons, il serait de toute façon intéressant de les relire.

— Il y en a quatre, nous n'en avons même pas lu deux. fit Jim. Nous avons commencé quand Ambre avait seize ans et fini treize ans après à la naissance des jumelles dont une était Camille de Saint-Maur, la propriétaire de la troisième baguette. A ce propos vous pouvez m'expliquer cette histoire de baguettes jumelles ou triplées dans le dernier cas?

— Elles ont été faites autour du même élément même si extérieurement elles ne sont pas nécessairement semblables. expliqua Harry.

Il raconta la sienne et celle de Voldemort refusant de se combattre parce qu'ayant le même cœur : une plume du même phénix et le fait que ça lui avait sauvé la vie lors de cet affrontement.

Une petite voix retentit appelant « Papa ». Elle ne connaissait pas la maison. Pierre-François se dégagea de l'étreinte de Harry. Il revint vingt minutes plus tard avec une petite poupée propre tel un sou neuf et jacassante telle une pie. Pendant ce temps, Harry et Jim avait investi la cuisine et préparait un brunch digne de ce nom avec les provisions apportées de Poudlard. Didier et Robert iraient faire le marché à leur arrivée même si ils avaient préféré dîner dehors ce soir pour les laisser se reposer après leur voyage.

Ils regardaient un film quand Tija et Lodi, les elfes, atterrirent. Pierre-François alla chercher le majordome et le cuisinier, la voiture fut rentrée dans le garage afin de ne pas rester apparente des moldus qui pourraient se promener dans la lande et trouver sa présence incongrue.

Le soir il allèrent jusqu'à Weymouth, ils flânèrent dans les rues, dans le quartier du port de plaisance rempli de petites boutiques. Lorsque Harry s'arrêta devant une pâtisserie, Pierre-François leva les yeux au ciel. Il se demandait comment son agneau tellement gourmand ne prenait pas un gramme. Cela ne l'empêcha pas de faire marche arrière, d'entrer dans le magasin après quelques mots échangés avec lui en souriant et d'en ressortir avec un carton contenant un gros gâteau aux pommes spécialité de l'endroit dont il se débarrassa très vite dans le coffre de la voiture se trouvant légèrement ridicule avec son paquet. Ce fut Lily ensuite qui réclama une poussette pour promener sa poupée préférée.

— Et toi ma tendresse ?

Jim secoua la tête en riant, il ne voulait rien. Pourtant quand il s'attarda devant un superbe pull Shetland écru, c'est Harry qui entra dans la boutique. Il en ressortit avec deux sachets l'un contenant le pull, le second une écharpe en cachemire d'Ecosse, douce et luisante, sur lequel le regard de Pierre-François s'était arrêté pendant qu'il faisait son achat.

Le restaurant était agréable. Dans une chaude ambiance feutrée et le ronronnement discret des conversations, une cuisine raffinée était servie. Les produits étaient de première fraîcheur et les quantités très peu nouvelle cuisine de quoi satisfaire gourmands et gourmets. Ils préférèrent prolonger un peu leur sortie en prenant un pousse-café avant de rentrer et de terminer la soirée calmement devant la télévision et le gâteau aux pommes.

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Ils atterrirent dans la cheminée de l'hôtel Saint-Maur vers douze heures. Ensuite ils se dirigèrent lentement vers le quartier du Marais. La taverne "Chez Lilou" était située dans une rue calme. Elle était pratiquement déserte, nulle présence indésirable ne semblait troubler cette tranquillité dominicale. Harry et Pierre-François étaient aux aguets, ils cherchaient à percevoir une éventuelle présence sorcière. Jim observait chaque client. La majorité étaient manifestement gays. Il cherchait celui ou celle qui détonnerait. Le seul était un homme âgé qui le fit sourire intérieurement. Un couple attira son attention, un garçon au physique androgyne, châtain clair aux longs cheveux bouclés retenus dans la nuque, aux superbes yeux bleu lumineux et à l'air sage de page, son compagnon semblait un peu plus âgé, blond foncé avec des yeux noisette pailletés de vert, les yeux de sa sœur. Harry ne leur avait rien dit mais avait apparemment pris ses précautions. Ils s'installèrent à une table devant un apéritif.

— Même en France, nous retrouvons toujours des connaissances britanniques. railla Pierre-François avec un regard furieux vers Harry qui manifestement ne s'attendait pas à ça.

— Mon loup, je ...

— Tu quoi ? A l'évidence, tu n'as pas jugé bon de nous mettre au courant.

— Mais...

— A moins que ce soit un manque de confiance ?

— Mon ange, arrête!

— Tu vas me trouver quelle explication ?

— J'ai fait au mieux pour nous protéger en tant que dirigeant de la Fratrie et c'est vrai que j'ai oublié de vous dire que je les avais appelés en renfort. Il n'y a aucune autre raison. J'ai oublié tout simplement. Je ne sais pas comment mais c'est ainsi.

— Je me demande si je dois te croire. Ce sont mes amis et c'est une affaire personnelle, la Fratrie n'a rien à faire la dedans, c'est privé. Je ne savais pas que tu nous voyais d'abord en tant que Sauveur du monde sorcier. Je croyais être ton compagnon, celui qui dort dans tes bras, celui dont tu élèves l'enfant, celui que tu dis aimer, pas un problème à régler. Je croyais qu'on avait dépassé tout ça.

— Jim et toi vous êtes tout ça et c'est pour cette raison que justement que je ne veux pas qu'il vous arrive quelque chose. Je pensais que tu savais à quel point je vous aime.

— Calme-toi, mon amour, fit doucement Jim, nous commençons à attirer l'attention.

— Tu me donnes tort toi aussi ?

— Je sais que tu es comme ça, répondit-il tendrement, caressant du pouce le dos de la main qu'il avait nouée à la sienne, que c'est ainsi qu'on t'a appris à penser, à agir depuis l'enfance. Tu n'as pas oublié de nous prévenir, tu n'y as simplement pas pensé, comme quand Pierre-François est plongé dans un grimoire ou un projet et qu'il oublie que nous sommes là à l'attendre avec inquiétude.

— ...

— Et ça te met en colère, comme lui maintenant parce que tu as l'impression que nous passons en second plan, acheva-t-il.

— Je n'ai pas voulu vous blesser. Je suis désolé, s'excusa Harry stupéfiant ses compagnons.

— Ce n'est rien, je n'aurais pas dû m'énerver, soupira Pierre-François.

Harry sentit qu'il n'était pas convaincu mais qu'il n'avait pas voulu en arriver à une vraie dispute. Ils en étaient au troisième apéritif quand deux hommes d'une trentaine d'années entrèrent en habitués. Après avoir salué le patron, ils se dirigèrent vers eux. Ils embrassèrent Pierre-François puis Jim puis lui, avant de s'installer aux côtés du premier. Tout en lisant la carte, il les observait discrètement cherchant en eux les deux folles qui l'avaient tellement agacé. Il n'en trouvait aucune trace dans les jeunes hommes vêtus de jeans, chemises et blousons sport qu'il avait devant lui. Le premier avait un beau visage trop sérieux sous des cheveux noirs coupés très courts, le second avait un vrai sourire qui remontait jusqu'aux coins de ses yeux et lui donnait un charme piquant.

— Prends une entrecôte, elles sont délicieuses ici, entendit-il Pierre-François lui conseiller.

Il le fixa incertain. Nulle trace de son mécontentement récent pourtant il en gardait une impression pénible, ce n'était pas la première fois qu'ils s'opposaient mais là il était conscient d'avoir tort et s'en voulait. Son amant sembla deviner ses pensées et posa sa main sur la sienne.

— Tu rêves, mon agneau ?

— C'est une bonne idée, répondit-il enfin, avec un gratin dauphinois et une salade.

— Moi je vais plutôt prendre un magret de canard, fit Jim.

Tout semblait plus que normal, cinq copains qui mangent simplement ensemble. Les deux coiffeurs n'avaient pas réagi en les voyant là. Ils mangèrent tout en discutant. Gaby et Frédéric racontaient des anecdotes sur leurs clientes qui les faisaient rire même si ils ne les connaissaient pas. Une conversation légère quoique un peu artificielle. L'addition payée, il fut temps de partir.

— Il faudrait peut-être sortir par derrière suggéra, Frédéric.

— Vous êtes suivis ?

— J'en ai bien peur.

— Ce n'est pas un problème, fit Harry qui lança un regard discret à Erwin qui baissa juste les paupières en signe d'assentiment.

— Vas-y avec Jim d'abord, mon amour, nous vous suivons.

Ils transplanèrent des toilettes de Chez Lilou dans la cour d'honneur de l'hôtel Saint-Maur. Harry inquiet attendait Pierre-François et ses amis qui tardaient.

— Calme-toi, ils vont arriver, ils ont certainement essayé de faire ça discrètement, eux sont des habitués de ce restaurant. Cinq hommes qui disparaissent ensemble dans les toilettes, avoue, ça fait désordre.

A leur grand soulagement, Pierre-François atterrit devant le perron quelques minutes plus tard, escortant Frédéric et Gaby. Ce dernier, peur ou sentiments, tout contre lui, serrait leur loup par la taille et, plus petit que lui, avait posé sa tête dans le creux de son épaule. Harry sursauta, les fixa un moment avant de rentrer dans la demeure sans les attendre. Après avoir adressé un regard de reproche à leur compagnon, Jim le suivit.

— Tu as ce que tu cherchais Gaby ?

— Tu vas m'en vouloir de ma petite vengeance pour ses dédains de la dernière fois ? Tu devrais être le premier à en rire.

— Non. En lui faisant du mal, tu m'en fais aussi. Harry est très jeune et très possessif, ce que je ne vais certainement pas lui reprocher parce que je le savais dès le départ. Ça signifie aussi qu'il est amoureux et ça me convient comme ça parce que je l'aime. Il ne connait absolument pas le monde gay parisien, ni même le monde de la nuit où au bout de cinq minutes tu deviens chou, chéri ou tout autre vocable amoureux qui est bradé dans une absence de sentiments totale. Son univers se résume à Jim et moi et ses amis qui n'en savent pas beaucoup plus. Je n'apprécierais pas non plus de le voir se frotter à qui que ce soit d'autre que nous ses compagnons parce que je sais que pour lui ce sont des gestes importants.

Il fut interrompu par l'arrivée de Jimmy et Erwin.

— Vous n'avez pas été suivis jusqu'ici. Ils ont compris que vous aviez transplané mais c'est tout. Pourtant ils vous avaient vus ensemble donc ils n'étaient plus en sécurité. Nous avons du faire le nécessaire.

— C'est bien. Merci à vous deux.

— Que se passe-t-il ? Où est Harry ? fit le petit page.

— Déjà rentré.

— Pourquoi ai-je l'impression que ça a un rapport avec les coups d'œil moqueurs que vous lui lanciez pendant le repas. fit-il en se tournant vers les deux moldus qui contemplaient le jeune homme à l'air fragile avec étonnement.

— Gaby a fait exprès de provoquer sa jalousie, soupira Pierre-François avec une grimace.

— Bonne chance ! se marra Erwin. Tu ferais mieux d'y aller, plus tu attends, plus il sera furieux. Nous allons dans le petit salon. C'est la seconde à droite au dessus de l'escalier, finit-il

— Joshua ?

— Il va arriver, il couvre nos arrières du côté moldu.

Pierre-François maudissait ses amis tout en cherchant ses agneaux. Il entra sans frapper dans la pièce qu'il pensait être leur chambre. Comme il s'y attendait il trouva Harry entre les bras de Jim. C'était toujours ainsi. Il s'assit sur le bord du lit de l'autre coté de son possessif.

— Harry ! Ecoute-moi ! Ce n'est qu'une stupide provocation de sa part pour ton attitude qu'il n'a pas aimée la première fois.

— C'est le dernier de mes soucis, après André puis Kevin, je commence à avoir l'habitude. Mais tu ne l'as pas repoussé !

— J'étais concentré pour transplaner avec deux personnes qui ne l'avait jamais fait. Je ne m'en suis même pas aperçu avant de le lire sur ton visage.

— ...

— Tu as si peu confiance en moi ?

— Ce n'est pas ça, c'est le voir contre toi et toi... J'ai cru qu'on me poignardait. Jim a ressenti la même chose, il ne le dit pas parce qu'il ne fait que très rarement des scènes. Je sens pourtant qu'il a de la peine. fit-il avec un sourire à son fiancé.

— Ma tendresse ?

— Oui, j'ai été blessé si tu veux le savoir. Tu supporterais de nous voir dans la même position ?

— Non ! et je viens de m'en expliquer avec Gaby. Pour eux, ce genre d'attitude ne veut pas dire grand chose.

— Et pour toi ? interrogea Harry.

— C'est devenu important parce que c'est vous et que je vous aime. Je ne ferais jamais consciemment un geste amoureux envers quelqu'un d'autre ni rien qui puisse vous blesser.

— Consciemment ?

— Ici vous l'avez pris pour un geste amoureux mais il était inconscient. Je n'ose pas imaginer ce que tu aurais fait si, dans mon sommeil, j'avais enlacé André lorsqu'il s'est glissé dans mon lit pendant que je dormais et que tu es venu me réveiller. Que Salazar me protège.

— Rien ! Je serais sorti de ta vie, estimant que tu avais fait ton choix.

— Ça n'aurait pourtant été qu'une impression. Depuis que je vous connais, je n'ai jamais plus regardé ou désiré un autre homme même avant qu'on soit réellement ensemble. Vous m'apportez tout ce que j'ai jamais voulu. On devrait y aller, ils nous attendent tous. Je suppose que Joshua est rentré maintenant. Jimmy et Erwin sont intervenus, je crois qu'ils leur ont lancé des sorts d'oubliette.

— On a déjà compris une partie du problème.

— Je sais aussi que c'est certainement mon frère. Il les connait. Apparemment, il piste ceux qui peuvent être en contact avec moi.

Quand il furent levés, il les attira contre lui, les serra très fort avant de les embrasser, goûtant chaque seconde passée à leur bouche. Que ferait-il si il les perdait, il n'osait y penser. Harry la tête dans son cou, la main enlacée à la sienne pour mettre en contact les bracelets, il le sentit, n'avait pas envie de le laisser. Pierre-François caressait doucement ses cheveux.

— J'ai l'impression que la journée tourne au cauchemar pour toi, murmura-t-il.

— Non, mais ce n'est sans nul doute pas la meilleure.

Quand ils entrèrent dans le petit salon, ils y trouvèrent une atmosphère tendue. Les quatre regards se tournèrent vers eux, reflétant des sentiments différents. Harry appela Françoise que Sylas avait prévenue. Pierre-François fit les présentations entre l'apport de la cafetière et celui des madeleines au citron dont il suivit le parcours d'un air amusé. Quand il vit le plat déposé par la gouvernante à portée de main de Harry, il éclata de rire.

— Oui mon Loup ? fit celui-ci avec un sourire innocent.

— Mange mon agneau, tu ne sais pas qui te mangera !

— Ah ? Je croyais le savoir, moi. Encore une certitude qui m'échappe. fit-il avec un sourire narquois à son adresse.

— Frédéric, tu peux nous expliquer ce qui s'est passé ? demanda Pierre-François après avoir repris son sérieux.

— En fait, nous sommes suivis depuis un moment et nous l'avons remarqué il y a une quinzaine de jours. Nous avions supposé que ça avait un rapport avec toi et le meurtre de ton fils. Comme ils ne faisaient que nous filer, nous avons estimé qu'il était préférable de ne rien dire et de laisser couler. Te contacter pouvait te mettre en danger.

— Seulement voilà, continua Gaby, il y a trois jours, ils nous ont interrogés. Je connais certaines de tes capacités et je suis sûr qu'un a visité mon esprit. Si ils le font avec nous, ils peuvent le faire avec d'autres aussi, avec ton personnel de la discothèque par exemple, avec celui de ton appartement ou cette dame qui vient de nous servir et que j'ai vu apostrophée par l'un deux.

— Je règle ça, fit une voix derrière eux les faisant sursauter.

— Sylas ? Draco ? fit Harry.

— On dirait ! Tu me manquais tellement, depuis avant-hier ! se moqua ce dernier en ébouriffant les cheveux noirs déjà en bataille.

— Nous sommes venus voir si vous n'aviez pas besoin de nous. confirma Sylas. Je vais parler avec Françoise.

— Monsieur le comte !

— Je sais chevalier, je vais y aller doucement, fit Sylas avec un sourire.

— Chevalier ? fit Jim étonné.

— Un page doit avoir un chevalier. précisa Erwin. Sinon qui servirait-il ?

— Comment ai-je pu passer à côté de ça ! s'exclama Jim avec un petit rire. Après l'Elu, le Survivant, le Sauveur, l'Héritier, je dois avouer que ça manquait.

— Ça se sont les titres pour le monde sorcier, plaisanta le page, pas pour la Fratrie.

— Pierre-François, dans quel guêpier t'es-tu fourré ? interrogea Frédéric coupant leur conversation. Qui te recherche et pourquoi ?

— Je suppose que c'est François-Marie mais ça pourrait être aussi son ancien bras droit ou les mangemorts.

— Pourquoi ton frère ?

— Il est le dirigeant d'une société secrète qui a ce qu'on pourrait qualifier d'idées d'extrême droite.

— Tu ne le savais pas ?

— Si bien sûr mais je n'avais jamais pris position contre lui, je me contentais de me tenir le plus loin possible, de lui cacher que j'avais une petite fille pour ne pas la mettre en danger.

— Tu as une autre enfant ? Mais...

— C'est une longue histoire.

— Et toi que viens-tu faire là-dedans ? Je suppose que c'est à toi qu'on doit tout ça ? dit Gaby en se tournant vers Harry.

Pierre-François lui serra la main avant de répondre à la question.

— Dans notre monde, il y a eu une guerre contre un sorcier noir véhiculant les mêmes idées que mon frère, Voldemort. Ce sont ses partisans qui ont assassiné mon fils. Il y avait une prophétie disant que le Survivant devait le tuer. Le sauveur était un bébé d'un peu plus d'un an, le fils de mes seuls amis, ceux-ci sont morts en le défendant. Depuis ses onze ans, Harry l'a affronté bien des fois, il a fini par le tuer, il avait dix-sept ans. Mon frère voulait s'allier à Harry. Il a toujours été obsédé par lui.

— Et à la place, tu l'as mis dans ton lit, ce qui fait que ton frère est furieux contre toi.

— Ou comment faire d'une histoire d'amour, une histoire de coucheries en quelques mots. s'exclama Harry dépité.

— Ou comment faire d'un homme prudent, une bête traquée par son propre frère, rétorqua le coiffeur.

— Arrête ça Gaby ! Tu parles sans savoir ! Ils sont ce qui m'est arrivé de mieux.

— ...

— C'est moi qui ai tout fait pour être dans leur vie et non le contraire.

— Je crois que c'est notre vie privée. Non ? intervint Jim d'un ton sec.

— En effet, nous ne sommes pas là pour débattre de ça. approuva Pierre-François mais de la situation actuelle.

— Tu as bien changé, fit Frédéric avec des regrets dans la voix. Où est-il le temps où nous étions tes confidents ?

— Il est venu lorsque vous l'avez appelé, fit Harry, et rien n'aurait pu le faire changer d'avis.

— Vous n'avez pas essayé d'ailleurs.

— Nous en ferions autant pour nos amis. confirma Jim calmement.

— J'espère bien, fit Draco amusé.

— Alors Françoise ?

— Oui, elle a effectivement été contactée par deux personnes quand elle faisait ses courses dans le quartier. Elle attendait d'être seule avec vous pour le dire. Ils lui ont dit qu'ils étaient des amis et qu'ils nous cherchaient. Elle les a envoyés à Poudlard. Elle ne sait de toute façon rien de plus. Mais il n'y a eu ni menaces, ni violence.

— Etrange !

— Oui, je me suis fait la même réflexion. Il faut croire que ce n'est pas sur ordre de ton frère que O'Reilly a fait assassiner Philippe mais qu'il a bien repris la faction d'Ombrage.

— Le tout maintenant est de déterminer si ils sont encore en sûreté ici et si il ne vaut pas mieux les emmener avec nous. fit Harry soucieux.

— C'est à dire ? s'exclama Gaby.

— Ils vous avaient vus avec nous donc ils savaient que vous nous aviez prévenus. Jimmy et Erwin leur ont ôté ce souvenir de la mémoire. Rien ne dit qu'ils ne viendront pas une nouvelle fois vous interroger et fouiller votre esprit.

— Ils ne verront de toute façon rien qu'ils ne savent déjà. fit Gaby en haussant les épaule.

— Si, le fait que vous pouvez nous contacter.

— Juste un numéro de portable, amour. Tu ne peux pas leur dire de s'exiler pour ça.

— Tu veux nous faire aller dans votre monde sorcier juste pour éviter qu'ils voient ce renseignement ?

— Non ! Parce qu'ils sont dangereux et qu'ils risquent de vous utiliser pour piéger Pierre-François en vous enlevant. Vous ne passerez pas un bon moment je vous assure.

— Tu seras là ! fit ce dernier tendrement.

— Je ne fais pas de miracle, mon loup.

— Tu as la mémoire courte, intervint Jim. Je ne veux pas revivre ça, p'ti loup.

— Il y a une autre solution, fit Draco à son tour. Allez passer les mois d'hiver à Toulouse avec Françoise, nous venons de l'y envoyer. Vous y serez bien. Les elfes de maison feront vos courses en monde sorcier et ils ne penseront certainement pas à vous y chercher.

— Vous y avez un appartement ? Et des elfes de maison qu'est-ce que c'est ?

— Non ! fit en riant Jim, c'est un château qui donne envie de faire l'amour.

Les regards complices qu'ils les virent échanger leur donnèrent à penser.

— Un castel rose au bord de la Garonne où il fait bon vivre et aimer, murmura Harry rêveur.

— Tant que vous êtes à l'intérieur du château et des jardins, les sorciers ne peuvent pas vous voir. Ils ne savent entrer non plus, il y a des sortilèges très puissants qui le protègent. Les elfes de maison sont des petits êtres qui s'occupent de l'entretien des ménages sorcières. Il faut bien avouer qu'ils ne sont pas très beaux mais ils ont d'autres qualités. Ils ne peuvent dire du mal, nuire ou désobéir à leur maitre sans se punir. Ils sont donc particulièrement fidèles, ils ont une magie très puissante, plus dans certains domaines que les sorciers. expliqua Sylas.

Ils continuèrent à répondre aux questions des deux moldus. Jim regarda sa montre puis échangea un coup d'oeil avec son fiancé. Ils se levèrent, Jim lança un regard à Pierre-François qui fit un signe d'assentiment.

— Tu les laisses aller seuls ?

— Erwin, il ne s'agit que d'un meuble. Harry est plus puissant que moi et même en magie noire je n'ai pas grand chose à lui apprendre.

— Il n'a pas ton expérience et en invocations tu es plus...

— Je doute fort qu'Ambre de Saint-Maur et ses maris aient fait de la magie sombre.

— Salazar Serpentard non plus ?

Sylas sortit plusieurs bouteilles du bar en les montrant à Pierre-François.

— On prend lesquelles ?

Celui-ci se leva et choisit avec lui une bouteille d'un vieux vin de Malaga et un whisky Chivas.

— La première pour Harry qui adore le doux, l'autre pour nos invités.

— Je vais aller chercher un champagne pour Jim.

Un grand bruit puis une course dans le couloir les firent se précipiter vers celui-ci qui entrait.

— Harry ! On a ouvert un tiroir secret, un nuage noir et...

Pierre-François eut juste le temps de le rattraper avant qu'il s'affaisse. Une couleur bleuâtre plombait son visage petit à petit.

— Jim... ma tendresse ! s'exclama-t-il douloureusement en le serrant contre lui, avant de le porter sur un divan.

— Je vais chercher père, je reviens, fit Sylas qui s'engouffra dans la cheminée et disparu avec une gerbe d'étincelles vertes.

Erwin faisait déjà léviter le corps de Harry qu'il avait été chercher, il le déposa dans le second canapé.

— C'était une pratique courante il y a quelques siècles de piéger ainsi les coffrets contenant des secrets d'Etat par exemple. L'art des poisons était très développé. Je crois que c'est un mélange d'arsenic et d'ambre gris, quand on ouvre le coffret, ça libère un liquide qui devient volatile au contact de l'arsenic. Pour Harry, il ne devrait pas y avoir de problème avec les précautions qu'il prend, mais Jim... expliqua Draco.

— J'aurais du aller avec eux !

— Vous seriez trois étendus là. C'est indécelable.

Les deux moldus virent atterrir dans la cheminée Sylas et un homme plus âgé auquel ressemblait Draco. Il examina Harry, tendit des potions à Draco qui les lui fit avaler pendant qu'il se penchait vers Jim.

— Vous avez commencé à prendre du poison comme Harry ?

— Oui, depuis son empoisonnement à Poudlard.

— Bien ! Une fois de plus il a devancé le problème. Toutefois, ils auront tous les deux des difficultés pour digérer pendant un moment, non pas tant à cause de l'effet du poison qui attaque surtout le système respiratoire par lequel il passe dans le sang, que par les remèdes ingérés qui ne sont pas inoffensifs. Tu peux ranger les bouteilles ils n'y toucheront pas. Je compte sur toi, ils doivent boire beaucoup d'eau. Ils ont eu la chance que le produit avec le nombre des années ait perdu de sa force car même cette habitude n'aurait peut-être pas suffit. Ce sublimé était particulièrement dangereux. Vous prenez la même quantité que lui ?

— Non. Il s'est lancé dans des calculs savants et nous avons chacun notre dose bien définie, soupira Pierre-François.

— Etre le compagnon de l'Elu, ce n'est pas une sinécure. Mais être celui du descendant de Grindelwald non plus. Dans une bonne heure, Harry devrait se réveiller, fais lui boire ça, fit-il en lui tendant une petite fiole. Quant à Jim, il lui faudra plus de temps. Si il a mal malgré les potions, masse son estomac et son ventre avec cet onguent, ça calmera la douleur.

— Père, il y a autre chose.

Sylas lui résuma ce que leur avaient appris les moldus et Françoise.

— Bien. Nous sommes donc pratiquement sûrs que la faction d'Ombrage est devenue celle d'O'Reilly. La quête de François-Marie ressemble de plus en plus à une vengeance personnelle.

— Pas uniquement, intervint Pierre-François qui raconta leur visite chez Ollivander et les mises en garde du vieil homme.

— C'est pour ça qu'ils ont décidé de visiter ce fameux secrétaire si je comprends bien ? Quand ils seront réveillés, j'aimerais savoir ce qu'ils y ont trouvé. fit-il pendant que Pierre-François caressait doucement les cheveux de Harry tout en gardant un œil sur Jim. Soyez très prudents, ne touchez rien sans gants, certains poisons fonctionnent par simple contact.

— Je te tiendrai au courant.

Il ne quittait pas des yeux ses amours, il ne vit ni Sylas et Draco partir rassurer Hermione qui avait senti par le pacte leur inquiétude, ni Erwin et Jimmy sortir suite à un coup de fil de Joshua qui n'était toujours pas rentré. Ses amis regardaient cet homme qui ne semblait plus être celui qu'ils connaissaient. L'inquiétude marquait ses traits et le vieillissait révélant l'homme mûr qu'il serait dans peu de temps. Le contraste avec Jim et surtout Harry était à ce moment frappant.

Quand ce dernier remua légèrement, serrant sa main dans son inconscience, il sourit enfin.

— Tu es amoureux fou de ce gosse, il est temps que tu retombes sur terre ! lui fit Gaby.

— Tu aimes Frédéric depuis huit ans et vous êtes heureux. Je n'y ai pas droit ?

— J'ai toujours souhaité que tu trouves un gentil garçon qui t'apprivoise et te donne le bonheur que tu mérites. Ils sont tellement jeunes ! Je ne doute pas de leur amour actuel mais de l'avenir.

— Nous qui n'avons pas la même façon d'aimer que tout le monde, devrions être les derniers à porter ce genre de jugement, soupira le sorcier.

— Nous ne voulons pas te voir souffrir !

— Tu n'as pourtant pas dit ça lorsque tu les as vus la première fois.

— Nous ne savions pas que tu les aimais au point de bouleverser toute ta vie.

— Je n'ai jamais été aussi heureux.

— Pour le moment ! Tu as trente quatre ans et lui combien ? dix-huit ?

— Dix-neuf.

— Que feras-tu quand il se rendra compte de votre différence d'âge et qu'il te laissera pour un môme de vingt ans ?

La main de Harry quitta la sienne et vint s'appuyer sur son avant-bras mettant le bracelet sindar devant ses yeux.

— Décidément ce n'est pas une bonne journée, mon amour, fit-il avec tendresse.

— Je vois ça. Pour moi non plus. confirma Pierre-François.

— J'ai entendu. Jim ?

— Moins habitué que toi aux poisons, il lui faudra plus de temps mais il n'est pas en danger.

— Soulève-moi que je le vois.

Pierre-François le prit contre lui. Il se blottit dans ses bras avant de se rendormir. Une fois de plus, une jeune femme atterrit dans la cheminée. Elle vint s'asseoir aux cotés de Pierre-François, une main sur son genou, un regard interrogatif sur le visage de son meilleur ami.

— Ils vont bien, Mione. Harry s'est déjà réveillé quelques secondes. Ton beau-père a dit que ce n'était rien.

— Vous n'êtes plus en sûreté nulle part, sauf à Poudlard, soupira-t-elle.

— Même pas rappelle toi son empoisonnement précédent. Ici, nous n'étions pas visés. Le dispositif était là depuis plusieurs siècles. Si jamais notre petit fouineur de Sylvain avait ouvert ce compartiment secret, il ne serait plus avec nous aujourd'hui.

Et il y eut trois nouvelles silhouettes dans la cheminée. Gaby et Frédéric échangèrent un regard angoissé.

— Dad ?

— Il vont bien Cloud. Ay qu'est-ce que vous faites là ?

— J'étais inquiet tiens ! Quelle question ! Où est ma sœur ?

— A la maison avec Robert et Didier. Sylvain va dire bonjour à ta maman et vous rentrez à l'école. Ce n'est pas parce que vous êtes fils de directeur et de professeurs que vous pouvez vous permettre n'importe quoi !

— Dad ! Quand on a entendu Draco dire à Hermione qu'ils avaient été empoisonnés, on ne pouvait pas rester là sans savoir.

— Ils vont bien Ay. lui répondit Pierre-François non sans avoir noté la façon de l'appeler du garçon. Ton père s'est déjà réveillé une fois, pour Jim ce sera un peu plus long parce que son organisme est moins habitué au poison. Nous rentrons ce soir de toute façon mais il sera tard certainement.

— Est-ce qu'Erwin t'as dit quelque chose de nouveau ?

— A quel sujet ?

— Je vois que non. Je te dirai ça quand vous rentrerez. En fait j'ai deux informations pour vous. Pourquoi Sylvain est à Serpentard aussi.

— Bien. fit Pierre-François en sentant poindre de nouveaux ennuis et en songeant que cette journée promettait d'être interminable.

Une fois Hermione et les enfants repartis, d'un coup de baguette il rapprocha le canapé sur lequel était Jim et sans réveiller Harry, il caressa les boucles blondes avant de mêler ses doigts aux siens.

— Je ne voulais pas te blesser. fit Gaby.

— Tu l'as fait pourtant. Tu supposais que ça me ferait plaisir ? Ça ne va pas t'apporter la sympathie de Harry qui t'a entendu. Après ta provocation de tantôt !

— Il n'a rien répondu en tout cas.

— Si à sa manière, sourit Pierre-François en pensant au bracelet tellement bleu, mais moi seul le sais.

— Qui sont tous ces gens ?

Il leur situa chaque personne, parla de leur groupe tout en n'en révélant pas plus qu'il ne fallait. Il raconta longtemps ses amours, leur famille agrandie, leur façon de vivre. Draco et Sylas revenus apportèrent en riant quelques précisions qui ne furent pas toujours du goût de l'aîné mais qui provoquèrent l'hilarité de ses amis.

— Tu es donc devenu directeur de l'école de sorcellerie la plus prestigieuse de Grande-Bretagne ?

— Oui ! C'est un des miracles Harry.

— Non ! Ce n'est dû qu'à toi-même. fit ce dernier avec tendresse.

— Réveillé, mon doux amour...

— Le rester est autre chose, fit-il. Comment nous avez-vous trouvés ?

— Jim est venu jusqu'ici pour nous prévenir. Sa volonté est toujours tellement forte, comme à Stonehenge. Il est stupéfiant.

— Il est exceptionnel. confirma Harry en posant sa main sur les leurs.

Pendant que Françoise leur concoctait un dîner, Sylas servit à tout le monde un apéritif sauf à Harry qui grimaça.

— Donne-moi une madeleine, mon ange.

— Une madeleine ? Maintenant ?

— Je veux être sûr que mon estomac supporte encore les bonnes choses ! Lucius n'a pas interdit les gâteaux ?

Pierre-François se mit à rire avant de l'embrasser amoureusement puis de lui présenter sa madeleine à croquer.

— Qu'est-ce qui est interdit ? fit Jim en ouvrant un oeil.

— Boire de l'alcool, mon cœur, fit Harry en avalant sa bouchée.

— De toute façon c'était déjà le cas avant, si je veux te surveiller, je n'ai pas le choix.

— Ne dis pas ça, malheureux! Ils vont croire qu'en plus du reste, je suis infidèle.

— Il y en a toujours un pour vouloir mettre ses mains sur toi dès je suis à plus de cinq mètres, accusa Jim avec une grimace faussement boudeuse.

— J'en ai autant à ton égard. se moqua Harry.

Leurs amis les regardaient se chamailler tendrement avec le sourire.

— Jim ?

— Sommeil...

— Rendors-toi, mon tout-beau, fit son fiancé avec une caresse sur sa joue et un léger baiser sur ses lèvres.

Les deux moldus regardaient ce petit monde un peu perdus. Entre d'un côté les sorts, les poisons, les enlèvements et les dangers de mort, les combats contre les psychopathes de tout poil et de l'autre la tendresse, les amours affichés, les liens exacerbés dont personne ne faisait mystère, ils se sentaient les spectateurs d'un film fantastique dont le scénario était improbable.

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oOo

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Pierre-François s'éveilla tard. Ce matin il ne donnait pas cours, ses deux agneaux n'avaient pas commencé à Cambridge ils pouvaient donc dormir. Il fit la grimace en pensant au dimanche qu'il venait de passer bien loin de celui qu'ils avaient attendu. La journée n'avait pas cessé de leur apporter de plus en plus de soucis. Il y a des jours comme ça où se lever n'est pas une bonne idée.

Une fois Jim réveillé, ils avaient dîné légèrement. Il avait à peine mangé, pourtant de terribles crampes n'avaient pas tardé à le terrasser. Le teint blafard, le souffle court à chaque vague de douleur, il essayait de se concentrer pour maitriser cette dernière. Il lui avait massé le ventre avec le liniment de Lucius, doucement, longuement et l'ennemie avait reflué pour un court moment avant de revenir en force. Ils restaient là impuissants à le regarder ployer devant elle, à gémir inconsciemment sous ses assauts. Quand ils avaient échangé un regard ils s'étaient compris de suite. Malgré les protestations de Jim, il avait eu recours une fois de plus à la magie elfique et à son pouvoir de guérison avec la puissance de Harry. Peut-être le paieraient-ils plus tard comme Lucius les en avait prévenus mais ils ne pouvaient le laisser en cet état. Ils n'avaient été soulagés que lorsqu'il avait souri dans leurs bras.

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oOo

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Ensuite, ils avaient vu Erwin et Jimmy transplaner une nouvelle fois dans la cour soutenant Joshua qui avait l'air blessé. Leur vieil instructeur avait l'air de se soutenir à peine. Ils s'étaient précipités.

— Mets-y un peu du tien Joshua ! si tu ne fais pas un effort pour avancer, je te fais léviter comme un paquet.

— Elève indigne ! Aucune... aucune reconnaissance ! bégayait le vieux.

— Ce n'est pas moi qui suis bourré comme un coing !

— Il fallait bien le faire parler, l'animal ! Il était méfiant il regardait tous mes gestes ! Impossible de ne pas avaler cette maudite vodka. Un salaud de première... hoquetait-il.

— Et finalement ? se moqua Erwin, qui l'a emporté ?

— Qu'est ce que tu crois, petit page à son Harry ! c'est le vieux ! Il n'est pas né celui qui m'enterrera à ce jeu-là !

— Arrêtez le massacre ! avant qu'il n'entame des chansons grivoises! On va attendre qu'il cuve son alcool et on pourra lui donner une potion gueule de bois, s'était marré Draco.

Revenus au salon, où Jim, Frédéric et Gaby les avaient attendus, ils leur avaient résumé les faits, pendant que lui se penchait vers Erwin.

— Le petit page à son Harry ? lui avait-il murmuré railleur.

— Draco, Sylas et Jimmy n'arrête pas de se moquer depuis qu'ils savent comment Harry m'appelle et souvent devant Joshua. Votre jalousie manifeste à toi et Jim n'a pas arrangé les choses.

— Il y a un moment que ce n'est plus le cas.

— Même maintenant ? avait fait Erwin ironique.

— Lorsque je l'ai entendu si mais seulement pendant un instant. Je connais mieux mon petit homme et je suis sûr de lui.

— Tu le peux.

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Ils avaient ensuite avec Draco et Sylas exploré le secrétaire de la comtesse protégés par des gants ménagers et, sans le moins du monde examiner ce qu'ils y trouvaient, ils avaient entassé tout dans un carton. Il y avait des liasses de lettres, des baguettes, des rouleaux de parchemin, un coffret à bijoux qu'ils n'avaient pas ouvert, un étui cylindrique de cuir long qui contenait certainement un arbre généalogique, plusieurs carnets avec une couverture de cuir rouge. Plus tard, ils avaient transportés tout à Poudlard. Si ils étaient certains que ce meuble avait révélé tous ses secrets, il n'en était pas de même de son pendant qui se trouvait dans l'ancienne chambre du comte. Ils verraient ça plus tard.

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Jimmy et Erwin avaient entretemps ramené Joshua à Astor's Lodge puis étaient revenus. Pendant que Draco et Sylas s'occupaient de conduire Françoise, ils avaient transplané avec eux dans le logement des coiffeurs. Situé sous les toits d'un ancien hôtel de maître transformé en appartements de luxe, il avait été doté de larges baies vitrées du côté de la terrasse et l'on apercevait au-delà des arbustes en caissettes de bois et du mobilier de jardin, les lumières de la ville. Il avait vu le regard brillant de son agneau. Il l'avait enlacé par derrière, s'appuyant contre lui.

— Tu aimes ?

— J'adore ce que tu en as fait ! Quand les portes vitrées sont ouvertes l'été ce doit être un vrai plaisir d'y vivre. Les harmonies de couleurs sont superbes. Chaque objet a été sélectionné avec soin, avait-il fait en regardant un gros vase en pâte de verre. Ce tapis est une merveille, il crée la chaleur de cette partie de la pièce. Le guéridon d'époque marqueté mis en évidence dans tout ce contexte moderne et qui rappelle l'origine du bâtiment et son style premier est une vraie trouvaille. L'ensemble est sensuel et splendide mon amour.

— Tu es sûr que c'est moi qui l'ai décoré ?

— Sans l'ombre d'un doute, je reconnaîtrais la patte de mon grand-duc n'importe où ! lui avait-il dit avec un petit rire bas et tendre qui lui avait donné des frissons.

Il l'avait serré avec emportement. Comme il aimait ce qu'il découvrait de lui au fur et à mesure ! Du coin de l'œil il avait vu Gaby qui les observait sans un mot. Après un baiser sur sa tempe, il l'avait pris par la main pour aller rejoindre les autres. Ses deux amis avaient mis leur patience à rude épreuve. Ils sélectionnaient les vêtements et les objets qu'ils voulaient emporter et le lit ressemblait de plus en plus au mont Everest. Ils avaient rangé tout dans des valises à coups de baguette puis avaient réduit les bagages.

Ils les avaient transportés sur le petit chemin qui menait du fleuve aux jardins du castel. Une fois de plus, il l'avait remonté ses deux amours serrés contre lui. Il entendait d'une oreille distraite Sylas expliquer à ses amis l'histoire du castel, ce qu'ils y trouveraient et surtout qu'ils devaient éviter de sortir avant leur arrivée le week-end suivant ce qui l'avait fait soupirer intérieurement. Quand aurait-il la possibilité d'avoir un week-end seul avec ses amours ? Draco leur avait fait visiter le château pendant que Sylas donnait ses instructions à Françoise.

Eux sur la terrasse, le regard plongeant vers l'endroit où coulait la Garonne, s'étaient attardés à rêver. Leurs premiers gestes tendres s'étaient rappelés à son souvenir, la montre offerte, le bracelet passé au poignet de Harry, les mains unies. Quand il avait voulu se détacher d'eux pour rejoindre ses amis qui ne devaient pas devenir un ennui pour les autres, ils l'avaient retenu. Il s'était retrouvé acculé contre la balustre, deux jeunes corps collés à lui, tentateurs. Leurs bouches couraient dans son cou, sur son visage. Il avait posé ses mains dans le bas de leurs reins et fermé les yeux, livré à ces sensations troublantes. Une petite toux moqueuse les avaient interrompus. Il avait soupiré.

— Désolé de vous arrêter en si bonne voie ! le spectacle me plaisait bien mais je ne suis pas seul !

— Serpentard de mon cœur, tu es toujours là au mauvais moment ! s'était moqué Harry.

Il n'avait pas voulu relever la pique amicale se demandant ce qu'il savait réellement de la scène de la plage. Derrière Draco, il y avait ses amis un peu plus souriants que l'après-midi.

— Je vois que le castel opère déjà des miracles, avaient lancé Jim, ils commencent à sourire.

Il n'avait pu s'empêcher de rire. Après quelques dernières recommandations, ils avaient transplané à Poudlard.

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Lorsqu'il se réveilla une seconde fois, il était plus de midi et on tambourinait à la porte. Il se dégagea de l'étreinte de ses amours sans grand ménagement. Hermione l'attendait sur le pas de la porte.

— Désolée, Pierre-François, mais il est plus de midi, vous deviez assister au déjeuner aujourd'hui, je me suis dit que vous n'aviez pas su vous lever.

— Tu as raison, soupira-t-il. Viens.

Hermione le suivit dans la cuisine. Elle n'était pas encore familiarisée avec l'appartement des garçons qu'elle n'avait vu qu'en vitesse, trop prise par leur propre installation mais aussi par la rentrée.

— Comment vont-ils ? demanda-t-elle en s'asseyant à la table de bois patiné.

— Bien ! Il n'y paraît plus. J'arrive, je vais les réveiller et prendre une douche rapide. Explore si tu veux pendant ce temps, c'est loin d'être fini mais nous avons commencé à aménager notre pièce de vie.

Elle fit ce qu'il lui avait dit avant de faire du café pour leur réveil. Pierre-François la retrouva une tasse fumante entre les mains.

— Lily ?

— Toujours à Weymouth, ils vont aller la chercher. fit-il en appelant Kreattur à qui il demanda, après avoir lancé un regard interrogatif à leur amie, un déjeuner pour quatre.

— ...

— Draco et Sylas ?

— Ils dorment encore. Ils n'ont, eux, aucune raison de se lever.

— Ça s'est bien passé avec tes amis hier ?

— Pas vraiment, soupira-t-il en se détournant pour se servir à son tour.

— Pierre-François ?

— J'ai entendu des choses de leur part pas très flatteuses sur mes relations avec Harry et Jim.

— Ce ne sont pas les dernières, tu le sais. L'amour à trois est peu courant. Beaucoup ne comprennent pas.

— Oui, sauf que ce n'est pas ça qui les a choqués mais leur jeunesse.

— Ça aussi c'est dans l'ordre des choses !

— D'eux, je ne m'y attendais pas.

— Laisse-les vous découvrir ensemble, comme je l'ai fait. Quand ils seront persuadés de votre amour ça ira mieux.

Il sourit, posa un baiser sur le front de la sous-directrice qui semblait enfin les accepter Jim et lui. Il lui faudrait encore certainement du temps avant de tout admettre, pensa-t-il en se rappelant quelques moments vécus sur la plage, mais c'était un pas en avant appréciable.

— Bonjour Mione ! Il y a quelque chose à manger pour cet animal ? fit Harry qui portait Mistigri dans les bras en embrassant son amie.

— Sylvain a laissé son chaton ? s'étonna la jeune femme.

— Il y a un autre matou dans leur dortoir, une vraie terreur. Il préfère le laisser ici quand il est aux cours. Il est encore trop petit pour tenir tête à l'autre ou à Miss Teigne si il la rencontre au détour d'un couloir.

— J'ai vu que vous avez mis un tableau avec un mot de passe devant la porte.

— Oui, comme ça les enfants peuvent entrer quand ils veulent c'est plus facile. expliqua Harry.

— Et les amis aussi. Le mot de passe est "tourbillons de la vie".

Harry fixa son amour puis son amie, avant d'embrasser le premier passionnément et de lui murmurer quelques mots à l'oreille. Pierre-François eut un sourire tendre avant de caresser amoureusement le visage de son vis-à-vis.

— Moi aussi, je t'aime.

— Chut !

— Ce n'est plus vraiment un secret pour personne ! se moqua Hermione.

— Ah ! Voilà le déjeuner. Merci Kreattur. Tu crois que tu peux trouver un peu de viande hachée pour le chaton.

— Je reviens après le service de la grande salle, maître Harry !

Jim, venu enfin les rejoindre, regardait les plats avec inquiétude, ce que vit de suite l'aîné.

— Tu peux manger, ma tendresse. Tu n'auras plus mal, le rassura-t-il.

— Je voudrais en être sûr, je ne veux pas revivre ça ! jamais !

— Tu n'as pas le choix ! Essaie ! Qu'allez-vous faire tous les deux cet après-midi ?

— Tu ne restes pas avec nous pour regarder ce que nous avons trouvé à l'hôtel? se plaignit le jeune moldu.

— J'aimerais bien mais je ne peux pas ! J'ai rendez-vous à quatorze heures avec des parents pour l'admission d'un nouvel élève venant de Durmstrang. Apparemment c'est une affaire un peu délicate. Attendez-moi pour ouvrir le coffret à bijoux.

— Tu prends tes précautions quand tu reçois comme ça des parents qui n'en sont peut-être pas ? demanda Harry soucieux.

— Cette fois ce sont des gens que je connais bien. Henri-James était chez eux quand il a été assassiné. C'était l'anniversaire de leur fils qui est mort aussi ce jour là. Il s'agit ici de l'aîné. Il a été renvoyé de Durmstrang. J'ai ma petite idée sur le motif réel de cette exclusion et aussi pourquoi les parents s'adressent à moi mais je vais attendre d'être sûr. Ensuite je dois recevoir une mère qui a mis ses deux adolescentes à Beaux-Bâtons parce que l'école était réservée aux filles ce qui n'est plus le cas. Comme elles sont anglaises, elle vient voir pour les inscrire ici en troisième.

— Je n'aime pas ça ! Ça fait beaucoup de visites, fais attention à toi ! Les amis d'hier, après la mort d'un fils dont il te juge éventuellement responsable, ne sont peut-être plus les amis d'aujourd'hui. Une femme seule et fragile peut très bien cacher O'Reilly.

— Je ferai attention, amour. fit-il en lui baisant légèrement les lèvres, avant d'attirer Jim contre lui pour le même geste tendre.

— Il est l'heure, fit Hermione.

Ils se dirigeaient vers leurs bureaux respectifs. Elle hésitait mais l'air tourmenté de son ami quand il les avait vu sortir la tracassait.

— Tu devrais tenir compte des avertissements de Harry.

— Sache que je les prends au sérieux, je suis sûr que sa façon de vaincre est due en partie à sa perception extraordinaire des évènements mais je ne voulais pas l'inquiéter plus qu'il ne l'était.

— En effet, en ayant l'air insouciant, tu le rassures tout à fait.

— Je suis de taille à combattre O'Reilly, Hermione, fit-il en prenant l'escalier tournant.

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oOo

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Harry et Jim étaient plongés dans les lettres d'amour reçues par le dixième comte de Saint-Maur.

— Pa ?

— Tu n'es pas au cours ?

— Le professeur est absent.

— Déjà !

— Je voulais te dire que Sylvain a choisi Serpentard non pour me suivre mais parce que le choixpeau lui a dit qu'il était un Saint-Maur.

— Un Saint-Maur ?

— Oui ! Il lui a dit qu'il devait choisir entre Serdaigle qui serait le savoir et Serpentard qui lui apporterait la revanche. Il lui a parlé aussi de ton enseignement. Comme il ne lui a pas proposé Gryffondor, tout le poussait à Serpentard. Maxence par contre s'est vu suggérer les deux et c'est lui qui a demandé à aller à Serdaigle à la place. Typhaine et Alicia n'ont pas eu d'autres possibilités, le choixpeau les envoyées directement dans leurs maisons.

— Il est grand temps de lire les documents que nous avons récupérés hier, comme tu le vois c'est ce que nous faisons.

— Pa, je voudrais te dire une une chose que nous avons surprise dans une conversation qui nous concernait pas. Les autres ne sont pas d'accord, ils disent qu'Erwin finira par rompre sa promesse de se taire et te le dira parce qu'il tient à toi autant que Draco et Sylas. Jimmy a dit qu'une nouvelle prophétie avait été faite suite à la bataille de Stonehenge et au fait qu'ils avaient changé l'avenir en ayant les jumeaux trop tôt. Il n'a pas voulu dire ce qu'elle contenait.

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