.

.

.

CHAPITRE IX : La Nouvelle-Orléans

.

.

Rappel chapitre VIII :

— Parlons-en de la bataille de Stonehenge ! Supprimer Dolorès Ombrage et faire revenir Gellert Grindewald !

— Il y a tellement de rumeurs ! railla Harry.

— J'en suis sûr ! je l'ai vu ! Il avait la Baguette de Sureau. Il revient pour mener les Sang-Pur vers leur gloire.

— C'est impossible ! s'exclama Pierre-François.

— Ce n'est qu'une mystification ! se moqua Harry. Et je comprends bien des choses. Pour ta gouverne, il n'y a qu'un propriétaire du Bâton de la Mort ! c'est moi !

.

.

oOo

.

.

Une bulle de silence succéda à cet échange avant d'éclater en commentaires qui fusèrent de tous les côtés.

— Tu te mets en danger ! lui reprocha Erwin.

— Il faut bien rétablir les choses, fit Harry tout en passant sa main dans ses épis d'un geste las.

— On avait pourtant convenu que ça faisait partie des éléments dangereux à ne pas révéler, analysa Pierre-François à voix haute.

— On ne peut pas les laisser suivre une seconde fois un mégalomane.

— Raconte ça à d'autres ! fit le cousin. Quel est le sorcier qui possèderait la Baguette de Sureau et qui ne s'en servirait pas ?

— Un sorcier prudent, trancha Draco avec un sourire ironique.

— J'ai la mienne, elle a vaincu Voldemort et aussi celle de Salazar Serpentard. Les Reliques de la Mort doivent être prudemment mises à l'abri de la convoitise des ambitieux, répliqua Harry.

— Seul un fou peut prétendre en être le propriétaire. Tout le monde sait qu'Albus Dumbledore a désarmé Grindelwald lors de leur affrontement en 1945, donc il en a été jusqu'à sa mort le détenteur, fit Jim.

Berthram regarda d'un air dédaigneux ce moldu qui osait lui enseigner l'histoire de son propre univers.

— A ta place, je me ferais tout petit, ce n'est pas parce que tu es le fiancé du Sauveur, que tu as des droits sur le monde sorcier. Ça n'explique pas comment elle pourrait être dans ses mains !

— Jim a les mêmes droits que tous ici et de nouveau, il était là où tu n'étais pas ! jeta le Sauveur d'un ton tranchante.

— Raconte ça à qui tu veux mais pas à moi !

— Le jour de la mort de mon mentor, reprit Harry, celui-ci a été désarmé par un sorcier qui est devenu sans le savoir le propriétaire du Bâton de la Mort. A mon tour, j'ai, quelques mois plus tard, affronté son possesseur et la baguette m'est revenue, ce n'est pas plus compliqué que ça.

— Et très pratique car tu ne peux pas être contredit, mais tu n'as pas non plus de témoin, railla le Sang-Pur.

— Si ! fit Draco d'un ton sec.

— Dray !

— Non, mon ami, je ne le laisserai pas mettre ta parole en doute, fit celui-ci doucement en regardant Harry. J'étais ce sorcier possesseur de la Baguette, continua-t-il d'une voix ferme en se tournant vers l'autre. Je n'avais que seize ans et je devais tuer notre directeur sur l'ordre du mage noir. Plus tard, j'ai été jugé pour ça et j'ai été à Azkaban.

— Manifestement, tu ne l'as pas donnée au Lord qui la recherchait car la guerre se serait terminée autrement.

— J'essayais juste de protéger ma mère que Voldemort détenait en son pouvoir.

— Toujours est-il, intervint Pierre-François, que celui qui se fait passer pour Grindelwald n'est qu'un imposteur.

— Tu lui ressembles beaucoup je trouve ! se moqua Berthram.

— Cela n'a rien de bien étonnant. Celui qui a pris sa place se doit d'avoir des traits communs avec le terrible mage noir et je suis son arrière petit neveu, donc un certain air de famille semble logique. Toutefois il aurait maintenant cent dix-sept ans à moins d'avoir découvert la potion de l'éternelle jeunesse durant son séjour à Nurmengard, il doit être assez ridé, railla Pierre-François.

— Donc si je comprends bien nous avons là un Elu, un ancien mangemort et le descendant du plus grand des mages noirs ! belle tablée ! sans compter des moldus.

— Tu peux essayer de rattraper le coup pourtant tout le monde a compris, mon cher cousin, railla Erwin. A cette table, tu as des étudiants, comme toi, venus apprendre notre monde qu'ils soient sorciers ou moldu. Il y a aussi le directeur de la prestigieuse école de Poudlard et ton professeur d'histoire de la politique moldue et de la politique étrangère moldue. A sa place, je ne te porterais pas dans mon cœur vu ce que tu lui as dit. Dire qu'il faut une moyenne de douze dans ces cours. C'est bête hein ? le nargua Erwin.

— Ton petit-ami moldu et toi tenez-vous loin de moi ! ordonna sèchement le cousin.

— James Caelus, mon petit-ami comme tu dis et surtout mon compagnon dans la vie depuis presque un an est un Sang-Pur d'une famille plus ancienne que la tienne, mon pauvre Berthram. Quant à toi tu es toujours aussi doué, incapable de percevoir l'aura magique des autres sorciers.

Le silence régna un moment après que le jeune sorcier se soit éloigné sur un dernier regard assassin.

— Vive la rentrée, bougonna Harry.

— Il y a toujours un enfoiré de ce genre partout, mon amour, fit doucement Jim.

— En attendant, nous savons que mon frère a choisi de se faire passer pour Gellert Grindelwald et ainsi accréditer les rumeurs qui circulent sur son retour. C'est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle. Les crédules, malheureusement, vont se laisser berner, par contre, si il en est arrivé là, c'est que la fusion ne se passe pas comme il l'espérait.

— C'est en effet très probable, mon ange, fit à mi-voix Harry.

— Par contre on n'a rien de neuf au sujet d'O'Reilly et je trouve ça plus qu'inquiétant. Je préfère les manigances de mon frère au silence de celui-là.

— Moi aussi, murmura Harry, moi aussi.
.

Ils avaient prolongé le plus possible ce moment où ils étaient ensemble et Pierre-François contemplait, songeur, la porte de l'amphithéâtre qui venait de se refermer sur ses amours avec, sur les lèvres, un petit sourire inconscient. Tous les deux, se moquant des yeux vrillés sur eux, avaient posé brièvement leur bouche sur la sienne tour à tour pour un au revoir tendre, le réclamant publiquement en tant que leur, à son grand bonheur. Il avait craint de voir la gêne envahir leur visage quand il serait avec eux devant les autres étudiants. Il l'avait tellement redouté que l'interrogation au fil des heures du week-end était devenue obsession, il avait voulu savoir. Cette angoisse l'avait poussé, autant que le désir de les rassurer, à venir, dès le jour de la rentrée, déjeuner avec eux.

Là, il se sentait à la fois honteux d'avoir douté, ravi de leur contentement à son arrivée et léger, euphorique même, de cet amour manifesté devant tous. Leurs regards appuyés, leurs sourires complices, la douce caresse des doigts de Harry sur son poignet et sur leur lien, la main de Jim discrètement posée sur sa cuisse sous la table, autant de témoignages, qu'ils avaient voulus non provocants mais non cachés, de leur intimité.

.

oOo

.

Il reprit sans tarder le réseau de cheminette et atterrit dans son bureau. Il avait été négligeant. Tout à ses amours, il avait postposé bien des choses importantes. Il aurait déjà dû étudier la fusion entre un sorcier et une entité inférieure depuis longtemps. Les rapports que Harry avait demandés à Kingsley et Pierre sur la mort du grand-père de Sylas n'étaient pas encore rentrés mais il fallait aussi qu'il se renseigne sur Nicolas de Noailles. D'après l'arbre généalogique il devait être âgé de soixante deux ans, ce qui, pour un sorcier, n'était que la maturité. Etait-ce lui qui s'introduisait à l'hôtel Saint-Maur afin de mettre à jour les arbres généalogiques et si oui, pourquoi le faisait-il aussi discrètement ?

Avec un soupir, il prit son téléphone et composa le numéro du diamantaire anversois recommandé par le joaillier, il répondit immédiatement. Rendez-vous fut pris pour vendredi en fin de journée. Ils ne rejoindraient le castel rose que samedi après-midi, Jim enseignait le matin à l'université et Harry suivait ses cours jusque midi.

Une fois de plus ses pensées dérivèrent vers ses agneaux. Décidément, il était incorrigible. Le samedi soir les verrait encore au milieu de leurs amis lors d'un nouvel anniversaire, celui d'Hermione cette fois. Le week-end suivant ils devraient rester à Poudlard, c'était leur tour d'être de garde. Il ne put s'empêcher de faire une grimace, il avait besoin de tranquillité, faim de solitude, à trois bien sûr. En un mois, ils réussiraient à aller à Weymouth une fois. Il se rappela les craintes et les réserves de Harry lorsqu'il avait accepté le poste de directeur. Leurs problèmes étaient pourtant dus à un ensemble de faits : les recherches de son frère et la nécessité pour Frédéric et Gaby de se cacher, le poste d'enseignant de Jim, le fait que Harry soit le Survivant et toujours entouré de ses amis protecteurs. Lui, le solitaire, trouvait toutes ces contraintes pesantes.

Levant les yeux, il sursauta en voyant Hermione qui l'observait.

— Mione, mais...

— Désolée. J'ai frappé tu n'as pas entendu.

— Excuse-moi, j'étais perdu dans mes réflexions.

— Je vois et elles n'ont pas l'air réjouissantes. Ça ne s'est pas bien passé ton déjeuner avec les garçons.

— Si ! Très bien même, fit-il avec un léger sourire.

— Je vois ça, se moqua gentiment la jeune femme, toujours cet air tendre et rêveur quand tu penses à eux.

— ...

— Alors d'où viennent ces idées noires ?

Il observa le regard brun légèrement pailleté de vert qui le guettait. Si il était incapable de deviner ce qu'elle pensait, il ne décelait plus en elle aucune animosité.

— Harry ne voulait pas que j'accepte ce poste de directeur, il pensait que nous nous verrions à peine, pourtant c'était la seule solution qui se présentait me permettant de rester auprès d'eux. Je dois avouer que si même au départ, je voulais simplement prendre l'emploi de professeur qui m'avait été proposé il y a quelques années, j'étais ravi de cette occasion unique de reprendre, pour eux, une place appréciable dans notre monde. Je fais le maximum afin que nous passions du temps ensemble mais la situation est telle que nous sommes rarement seuls tous les trois et ce manque d'intimité me pèse, soupira Pierre-François.

— Ce week-end pourquoi n'allez vous pas à Weymouth dès vendredi soir tous les trois. Je prendrai Lily à Toulouse. Ils n'auront qu'à aller à l'université de là.

— Nous avons rendez-vous à Anvers, avec le diamantaire à dix-huit heures et c'est uniquement parce que le dernier cours n'est pas assuré car en temps normal ils ne sont libres qu'à vingt heures, soupira-t-il.

— Profites-en pour les inviter à dîner à Ostende, à Bruges avant de rentrer à Weymouth.

— ...

— Au début de notre amour à tous les trois, nous trouvions aussi pesante la cohabitation à Astor's Lodge. Je vois que tu es étonné, fit-elle en riant. Sylas surtout a besoin de respirer en dehors du groupe. Draco, lui, dès qu'il perd Harry de vue pendant plusieurs jours, est intenable. Pour satisfaire tout le monde, nous avions choisi de passer en dehors une soirée par semaine tous les trois. Je t'assure que ça nous faisait beaucoup de bien. Vous pourriez tout simplement aller à Weymouth ou au Cap d'Agde si vous ne voulez pas sortir. Nous prendrons la petite. Ce ne sera qu'un échange de bon procédé quand les jumeaux seront nés vous nous rendrez la pareille.

— C'est une bonne idée, oui. Ça leur fera plaisir.

— Et si tu pensais un peu à toi ?

— Eux, c'est moi et j'espère que c'est réciproque.

— Si tu en doutes, c'est que tu es aveugle. Tu sais, si tu t'oublies dans l'équation tu finiras par te lasser.

— Il n'y a pas de problème, nous sommes complémentaires et eux le sont entre eux. Je trouve chez les deux un amour différent. Quoique... finit Pierre-François avec un sourire sensuel. Arrête de rire, tu ressembles à Dray comme ça !

— Tu ne t'es pas vu ! On aurait dit un chat gourmand devant une jatte de crème. Je ne sais pas à quoi tu pensais mais ça te faisait de l'effet, se moqua-t-elle.

— A rien ! fit-il en secouant la tête.

Hermione se contenta de lui lancer un coup d'œil narquois. Elle l'avait observé depuis qu'elle travaillait avec lui et avait aimé ce qu'elle avait découvert. Des trois c'était certainement lui le plus amoureux, ou, plus exactement, celui qui faisait le plus pour que cet amour vive. La maturité aidant certainement.

— Que fais-tu, demanda-t-elle ?

— J'ai négligé trop longtemps d'étudier la fusion, il faut que je m'y mette.

Il lui raconta la scène qui s'était déroulée au restaurant universitaire.

— Pourquoi as-tu dit que c'était parmi les choses que vous aviez décidé de cacher ? Tu sais très bien que Harry a fait tout le contraire.

— Oui ! je suis au courant, se moqua-t-il, mais ainsi c'est plus crédible. Il faut bien avouer que son raisonnement peut être difficile à saisir pour quelqu'un qui ne connait pas la volonté de Harry de toujours tout assumer.

Hermione ne répondit rien, qu'aurait-elle pu dire qu'il ne savait pas ? Elle se contenta de prendre un des vieux grimoires, de s'asseoir de l'autre côté du bureau et de s'y plonger. Ils travaillèrent ainsi en silence jusqu'en fin d'après-midi. Hermione le quitta pour aller rechercher Teddy. Il décida de travailler encore une petite heure. Il leva à peine le nez du manuscrit qu'il étudiait, les portraits des anciens directeurs, seuls spectateurs, purent l'entendre jurer à plusieurs reprises « Par Salazar, c'est impossible ! ». Bien plus tard, quand il jeta un coup d'œil par la fenêtre il fut surpris de voir que l'ombre commençait à noyer les grands arbres de la forêt interdite. Il n'avait pas été recherché sa fille et ses agneaux devaient l'attendre depuis un bon moment, il referma ses documents, mit ses notes sous clef et se précipita. Il se plaignait de ne pas les avoir assez à lui et là, ils étaient rentrés depuis plusieurs heures.

.

Des bruits lui parvenaient de la cuisine et une odeur particulièrement plaisante flottait dans l'air. Penché sur une cocotte, Harry mélangeait une sauce brune recouvrant des morceaux de viande. Jim coupait des tranches de tomates que Lily ajoutait une à une au plat de salade. Il se pencha pour embrasser celle-ci, posa un baiser sur la tempe de Jim qui lui offrit un tendre sourire avant de ceinturer son agneau possessif. Pour oublier le regard de reproches qu'il reçut, il nicha son visage dans son cou en lui murmurant au passage tout contre son oreille « Excuse-moi, Amour ! ».

Ne recevant pas de réponse, il soupira et voulut s'éloigner, c'est une main autour de sa taille qui le retint.

— Goûte, ordonna Harry en avançant une cuillère de sauce brûlante devant sa bouche. Fais attention c'est chaud, ajouta-t-il en soufflant lui même sur le liquide.

— La recette que tu avais demandée au châtelain de Haultepenne, commenta Pierre-François avec un petit rire.

— Oui ! mais il manque quelque chose et je ne sais pas quoi...

— Tu as mis de la cannelle ? Je suis sûr qu'il y en avait.

— Pas de cannelle dans la recette, maugréa-t-il en la relisant.

— Essaie.

— C'est la fin de la cuisson, je vais devoir mettre de la poudre au lieu d'un bâton, ronchonna le cuisinier en cherchant dans les petits pots d'épice celui contenant la poudre brune.

Pierre-François savourait le calme tableau familial que lui offrait ses hommes et sa fille. Il enleva sa robe sorcière, la lança sur une chaise, ce qui fit rire Jim à qui il lança un clin d'œil complice.

— Sort de défroissage ! lui fit-il, imitant Harry.

Puis, à genoux, il chercha au fin fond de l'armoire quelques bières belges qui accompagneraient mieux que du vin ces carbonnades flamandes traditionnellement cuisinées à la boisson houblonnée, il les mit à rafraîchir avant de se lancer dans la confection de la salade de fruits qui était manifestement le dessert prévu. Une seconde cuillère de sauce l'interrompit.

— Ça semble bien maintenant. Non ?

— C'est parfait, mon agneau, répondit-il après avoir apprécié le goût à la fois un peu âcre mais sucré.

Un soupir de satisfaction lui répondit tandis que Harry se baissait pour happer le quartier d'orange qu'il tenait.

— Eh ! lança-t-il.

Déjà, il regagnait sa plaque de cuisson, se retournant pour lui faire une grimace moqueuse tout en caressant, au passage, d'une main tendre, les courtes boucles soyeuses de Jim.

.

Pierre-François était allé coucher leur petite princesse. Jim attira son fiancé contre lui dans le canapé, celui-ci l'enlaça et posa sa tête sur sa poitrine.

— Tu es fatigué, souffla doucement le blond moldu en caressant la nuque ployée.

— Las surtout, mon cœur. On ne peut pas dire, malgré ce dîner, que ce fut le meilleur des jours.

— Berthram et ses provocations permanentes ?

— Même pas ! J'ai connu pire avec Dray !

— P'ti loup a tenu à nous montrer qu'il prendrait du temps pour nous.

— Je sais et j'ai aimé ! mais l'horaire est tout aussi pesant !

— Et ?

— Et le reste ! s'impatienta-t-il.

— Tu t'habitueras à l'université. Dans quelques temps tu y seras aussi à l'aise qu'ici tu verras.

— J'en doute beaucoup. Poudlard a été mon univers pendant tant d'années. Je me demande comment tu fais pour t'adapter aussi facilement.

— N'en parle pas au passé, tu ne l'as pas perdu. Nous y habitons et y enseignons. Chez moi, c'est là où tu es, simplement. Et puis nous avons d'autres chez nous, les Tamaris, la villa de Weymouth.

— Pas encore ! Comment veux-tu considérer comme ta maison un endroit que tu as vu deux jours ?

— Ne dis pas ça à p'ti loup, tu lui ferais de la peine.

— Un peu tard pour que je n'entende pas, ma tendresse, fit Pierre-François en s'asseyant en tailleur, sur le tapis, devant le couple enlacé, mais je te comprends Harry et je ressens la même chose. Nous avons trop peu d'intimité. Chaque semaine nous prendrons dorénavant une soirée rien que pour nous trois. Nous sortirons si nous en avons envie puis nous irons passer la nuit à Weymouth. Par sécurité nous choisirons un jour différent chaque semaine. Vendredi nous irons voir le diamantaire à Anvers, puis pourquoi ne pas dîner au restaurant avant de rentrer au manoir ? Vous partirez à l'université de là-bas et, en fin de journée, nous serons à Toulouse pour l'anniversaire de Mione.

— Et Lily ?

— Hermione s'en occupera. Quand les jumeaux seront nés nous leur rendrons la pareille.

— Oh Merlin, non ! gémit Jim.

— Tu auras la joie de t'occuper de ton filleul, railla l'aîné.

— Tu m'apprendras, soupira le jeune moldu.

Harry lui lança un coup d'œil amusé, avant de se tourner vers son compagnon.

— C'est une très bonne idée, ça nous fera beaucoup de bien, mon ange.

— Tu la dois à ton amie.

— Pourquoi ? Que lui as-tu dit ? fit-il étonné.

Pierre-François ne sut que répondre. S'était-il vraiment confié à la meilleure amie de son compagnon ? Harry se débarrassa de ses mules afin de poser ses pieds des deux cotés de sa taille sans arriver toutefois à l'attirer vers lui.

— Viens.

Pierre-François ne voyait pas très bien où il voulait en venir.

— Viens. insista-t-il tout en tendant une main en avant.

S'appuyant des deux mains sur ses cuisses, il s'avança, se retrouvant à genoux entre ses jambes. Penché, Harry, du bout des doigts, souleva son visage vers lui non sans le parcourir légèrement des lèvres. Pierre-François, les talons de son compagnon dans le creux des reins, les yeux capturés par les émeraudes qui lui faisaient face, se sentait prisonnier de la coupe de ses mains. Il savait qu'il devait s'éloigner.

— Raconte.

— Il n'y a rien à dire, répondit-il en haussant les épaules. Il posa un bref baiser sur ses lèvres, puis s'appuya sur ses cuisses et se releva brisant le contact à la fois visuel et charnel qu'avait établi son amant.

C'était sans compter sur l'opiniâtreté de son agneau qui malgré l'avertissement de la main de Jim qui avait essayé de le retenir ne comptait pas en rester là. Il le saisit par l'épaule, avant d'entourer sa poitrine de ses bras.

— Je ne te laisserai pas fuir, mon loup, lui fit-il doucement en le forçant à se tourner vers lui.

— Qui te dit que j'en ai envie ?

— Le fait que tu te lèves et que tu t'en ailles... ironisa Harry.

— Je fuis seulement ta question qui m'embarrasse. Tu le sens et tu insistes.

— C'est vrai, admit-il. Parce que je veux que tu sois heureux et qu'apparemment ce n'est pas le cas.

— ...

— Mon ange ? murmura-t-il.

Jim regardait ce duel sans rien dire, iris verts impérieux contre prunelles bleues limpides. Il savait le gagnant. Il aurait voulu que Pierre-François se protège mieux, se garde, mais il les aimait trop et Harry, lui, n'aimait pas les barrières, surtout celles des jardins secrets.

— En discutant je lui ai simplement dit que nous manquions souvent d'intimité. Elle m'a raconté qu'avant ils s'éloignaient du groupe une fois par semaine pour une soirée à trois et que nous pourrions en faire de même. Voilà tu es content ? fit Pierre-François d'un ton bref.

— Tu es fâché ? s'enquit-il étonné.

— Je ne voulais pas te répondre, te raconter ce moment de confidence à une presque inconnue que je jugeais comme une faiblesse mais tu aurais insisté encore et encore jusqu'à ce que je cède, soupira-t-il. Oui je t'en veux de ne pas me respecter mieux.

Il le repoussa calmement, s'éloignant difficilement de son étreinte. Harry regarda, tétanisé, la porte qui se refermait sur son amour. A aucun moment il n'avait désiré le blesser, juste savoir, pour mieux l'aimer. Il voulut le suivre pour lui expliquer...

— Laisse-lui le temps de se calmer, Harry. Il comprendra tout seul, intervint Jim fermement cette fois.

— Je voulais juste qu'il me dise en quoi il n'était pas heureux, rien d'autre.

— Lui racontes-tu toutes tes pensées ? Tes incertitudes parfois ? Tes moments de désarroi ? Ne pouvais-tu deviner ?

— ...

— Crois-tu être le seul à avoir des états d'âme ?

— Tu doutes ? demanda-t-il en se réinstallant dans ses bras.

— Comme tout le monde. Pas de mon amour, jamais, répondit son fiancé en caressant son côté de la nuque à la hanche. Des instants de découragement, ça arrive à chacun.

— ...

— Pierre-François n'a pas remis son amour pour nous en question, non plus le nôtre. C'était un solitaire. Parfois il aimerait échapper à toutes ces personnes qui gravitent autour de toi perpétuellement.

— Toi aussi ?

— Moi aussi, admit Jim après un moment d'hésitation. L'ajout des amis de Pierre-François a augmenté le malaise, même le sien.

— Je vois, fit simplement Harry.

.

Ses lèvres tout contre la peau parfumée du cou de Jim, il doutait à son tour, pas de son attachement, pas du leur non plus, mais de sa propre façon de les aimer. Il leur avait promis de l'espace, tout en espérant au fond de lui qu'ils s'habitueraient et qu'il n'aurait pas à s'éloigner de ceux qu'il considérait comme sa famille. Il n'avait finalement rien changé à sa vie, il avait pris sans donner, en égoïste, en enfant enfin choyé. Il voulait qu'ils l'aiment en homme et ne faisait rien pour. Il espérait qu'il n'était pas trop tard. Il allait falloir qu'il prenne un peu de distance avec ses amis, encore un changement de plus en ce moment où il y en avait déjà tant, où il se sentait en plein désarroi.

Tout à son introspection, il percevait à peine les caresses amoureuses et rassurantes de son fiancé, inconscient que ses propres larmes roulaient doucement de son visage sur la peau blonde et douce du cou où il était niché et finissaient absorbées par le bord du tee-shirt. Jim, bouleversé, l'étreignait fermement, le berçait de mots tendres, de serments, de promesses éternelles. Il le sentait se calmer peu à peu. Lui qui pensait ne jamais le voir pleurer...

Quand Pierre-François revint de la douche, il ne vit que les yeux bleu foncé et l'air inquiets de son bel amant. Il voulut s'asseoir à ses cotés mais Jim lui désigna Harry des yeux. Bien que surpris et contrarié de se rapprocher si vite de lui après cette discussion qui lui laissait un petit goût amer, il s'assit contre son dos et l'enlaça. Immédiatement, il sentit la tension qui habitait encore son jeune compagnon et oublia sa rancœur. Il lui prit la main, joua sensuellement avec elle tout en mettant en contact leurs poignets et les bracelets elfiques. C'était la seconde fois en peu de jours qu'il s'apercevait qu'il était, pour le moment, trop émotif, trop à fleur de peau.

Quand Harry se détacha de Jim, rien sur son visage ne trahissait son angoisse des jours futurs, la décision qu'il avait prise ou les larmes qu'il avait versées. Il ne s'excusa pas, se contentant de poser ses lèvres sur celles de Jim, de serrer la main qui tenait la sienne et caressait les pierres bleues.

.

Entre leurs bras, il n'arrivait pas à s'endormir. Il récapitulait leur situation, les évènements récents, les rapports demandés, les recherches à faire... Et les inconnues, cette nouvelle prophétie mystérieuse, ces arbres généalogiques tenus à jour par un fantôme, ces joyaux dont parlait la chanson du choixpeau... Qui était le nouveau partenaire d' O'Reilly ? Qui était cette femme dont ils avaient déjà croisé deux fois la route ? et où était François-Marie ? Tant d'éléments inexpliqués ! Leur donner de l'espace mais pas au détriment de leur sécurité. Comment donc les protéger de ce qui se fomentait dans l'ombre ?

— Arrête de te torturer, mon doux amour ! murmura Pierre-François.

— Je n'arrive pas à dormir, chuchota-t-il.

— Explique-moi, souffla-t-il en effleurant de ses lèvres le lobe de son oreille faisant frissonner son compagnon.

— Vous avez raison, fit Harry en se retournant vers lui, je vous avais promis plus d'intimité et, à la place de m'éloigner de mes amis, j'ai attendu, en tenant pour acquis que vous vous habitueriez à eux Pourtant je vous veux heureux, à tout prix.

— C'est pour ça que tu pleurais tantôt ? fit-il en couvrant son visage de baisers légers.

— Je ne p...

— Harry ! l'interrompit-il avec un peu de reproche dans la voix tout en posant son index sur sa bouche.

— Vous perdre serait ...

— Chut, mon amour ! Où as-tu été chercher ça ? Crois-tu vraiment qu'il y aurait une vie en dehors de toi pour nous ?

— Maintenant oui ! Mais dans un an, dans deux ? Quand vous vous serez lassés de mon égoïsme.

— Harry, je n'ai jamais été heureux avant toi. Jamais été amoureux non plus. Des discussions comme celle de tantôt nous en connaîtrons encore, cent, mille... nous vivrons peut-être bien pire. Elles font partie de la vie de tous les jours des couples. Nous nous sommes déjà disputés.

— ...

— Nous avons tous des moments où nous sommes plus irritables, plus fatigués... mais l'amour, Harry, l'amour, il rachète tout ! Et je t'aime.

— ...

— J'étais un solitaire et j'apprécierais avoir plus d'intimité, c'est vrai, mais je sais à quel point tes amis comptent pour toi. Nous allons simplement essayer de trouver un juste milieu en y mettant chacun du nôtre. Ce n'est pas que je ne les aime pas ! Je m'entends très bien avec eux, même Mione. Simplement, c'est un peu trop. Si on ajoute Erwin et Jimmy, Frédéric et Gaby, là, ça devient vraiment beaucoup, soupira-t-il.

— Même tes amis ?

— Mais oui ! Je voudrais seulement passer des soirées devant un bon film au cinéma, autour d'un bon repas dans un resto agréable, câlines avec vous deux entre mes bras devant le feu en train de faire des projets... ça ne tente pas ? demanda-t-il tendrement tout en caressant en gestes doux et sensuels l'arrondi de l'épaule, le cou, la nuque de son jeune amant.

— Si, fit celui-ci en se pressant contre lui, frottant son bassin sur celui de son compagnon d'un geste impatient et provocant.

— Arrête, Harry, fit ce dernier d'une voix basse et rauque de désir qui lui retourna les sens, Jim dort.

— Je vais le réveiller !

— Je croyais que tu ne serais plus égoïste ? s'amusa l'ainé.

Harry descendit ses mains qui vinrent palper ses fesses et osa une caresse plus précise précipitant son souffle et lui provoquant un doux gémissement.

— Lui donner du plaisir, ce n'est pas de l'égoïsme ! fit-il en frottant lascivement le bas de ses reins contre le bas-ventre de Jim.

— Je ne dors plus, bougonna ce dernier en l'enlaçant d'une main possessive.

— Je vois ça, constata Harry qui pensa que son aimable fiancé était réveillé depuis un bon bout de temps, si il avait dormi. Alors arrête de faire le grincheux, avant que je décide de te laisser continuer ton somme là, tout de suite, se moqua-t-il tendrement.

— Tu n'oserais pas ! se révolta son homme.

— Tu paries ? railla-t-il doucement.

— Chut mes amours, intervint Pierre-François en passant au-dessus de Harry et en se glissant entre eux. Chut ! continua-t-il en se tournant vers Jim. Par Merlin, ma tendresse, c'est de la soie ta peau, souffla-t-il en la parcourant de ses mains, de ses lèvres, la sentant s'émouvoir sous la sienne, une soie chaude et vivante, un cocktail enivrant de parfum de citron et d'homme, haleta-t-il, tremblant de désir, affolé des caresses de leurs doigts sur la sienne, nue, ému par les virilités dures qui le cernaient, qui se pressaient contre lui. Il se cambra sous la sensation de la trace humide que laissait la langue de Harry tout au long de son dos et qui s'attardait maintenant dans la cambrure de ses reins, mordillant, léchant cet endroit qui était sa faiblesse. Il laissa échapper un hoquet de surprise et un long geignement quand la bouche de Jim s'empara de sa hampe dressée, gémissement qui devint frustration quand elle s'éloigna aussi vite qu'elle était venue. Mais dès qu'il attira vers lui, d'une main impatiente, la tête bouclée, douce, mutine, elle revint très vite lui faire mille caresses légères et agaçantes le menant au paroxysme du désir.

Il s'entendit à peine crier quand la langue de Harry passa entre les globes qu'il écartait tout en les palpant pour la fleur de rose, se faisant tour à tour douce et investigatrice, distendant la fine barrière de son intimité, lui donnant une folle envie de soumission que seul son petit homme provoquait. Jim l'embrassait avec une passion dévorante, apportant la saveur des quelques gouttes blanches qu'il avait laissé échapper, il caressa le corps impudique, impatient qui se pressait contre lui, ses mains terminèrent leur course sur le membre érigé. Il voulut retrouver sa bouche mais une main posée sur son front le reteint. Une autre entra dans son champ de vision, suivie d'un poignet portant un bracelet du plus beau des bleus brillants, elle caressa le visage, puis la bouche de Jim qui sensuellement lécha les phalanges de Harry sans le quitter, lui des yeux. Ces deux-là s'entendaient comme larrons en foire pour le rendre fou d'envie. Sans s'en apercevoir, il resserra sa main autour du sexe palpitant contre le sien, le palpant, le cajolant, caressant la tête humide de plaisir. Était-ce lui qui geignait, était-ce Jim ou Harry ou les trois ? D'un mouvement impatient, il releva le genou de Jim sur sa hanche afin d'avoir accès à son intimité, il en caressa l'orifice, du bout des doigts, du bout des ongles. Le corps arqué à la recherche d'une satisfaction plus complète, Jim, la tête rejetée en arrière, s'offrait fièrement le défiant du regard.

— Arrête. Viens. lui fit-il attirant ses doigts à sa bouche pour les mouiller.

C'est lui même pourtant qui les lécha, retrouvant la saveur un peu âcre de la sueur et de cet endroit particulier. Il ferma les paupières pour mieux s'en délecter. Un gémissement les lui fit rouvrir, Jim le dévorait des yeux, la bouche légèrement ouverte, se passant la langue sur les lèvres pour les humidifier. Par Salazar, qu'il était beau !

— Dépêche-toi, gémit-il.

Délicatement, il introduisit un doigt et, presque immédiatement le second, ne le quittant pas des yeux, regardant les siens s'agrandir et se voiler lorsqu'il introduisit le troisième et atteignit ce petit endroit en lui qui lui provoquait de si grandes choses. Il ne put s'empêcher de crier et de venir au devant de la main de Harry qui lui procurait un plaisir identique. Et il gémit presque en même temps que Jim un « Toi! » à la fois exigeant et plaintif. Avec une harmonie déconcertante, il pénétra celui-ci à l'instant où il était pris par Harry, lentement, trop lentement.

— Doucement, mon ange, doucement, murmura ce dernier tout contre son oreille, alors qu'impatient il voulait accélérer le mouvement.

A chaque élan de son agneau dans son dos, il pénétrait dans le fourreau chaud et étroit devant lui, plus profondément. Encore et encore. Heurtant, le plus souvent possible, comme son amour le sien, ce petit centre mystérieux qui emmènerait Jim sur les chemins de l'ultime plaisir. La jouissance qu'il en éprouvait était indescriptible. Il retrouva la main de son compagnon sur la hampe de Jim, sur ses bourses, qu'il caressait en gestes coordonnés à leur pénétration. Il mêla ses doigts aux siens pour le sentir vibrer à deux. Il s'entendit crier sans retenue sous les amples coups de hanches de Harry, à moins que ce ne soit Jim. Et vint un moment où il n'était plus Pierre-François, il n'était plus que volupté, cherchant dans ses coups de reins, dans ceux de son homme, de plus en plus puissants, de plus en plus rapides, un aboutissement que réclamait tout son être. L'orgasme le secoua le premier, il continua pourtant quelques mouvements jusqu'à celui de Jim, puis de Harry. Il baisa doucement le front du premier avant de se tourner vers le second qu'il embrassa longuement, appréciant son abandon suave, ineffable à ce moment. Il savait que dans cette position c'était ce qui lui avait manqué, à son amour qui aimait tant les baisers. Après un recurvite, les attirant entre ses bras, il se lova dans leur chaleur, dans leur moiteur, dans cette odeur de sexe satisfait qui flottait dans leur couche.

— Vous me rendez fou, constata-t-il.

Le petit rire tendre et moqueur de Jim et l'air comblé et fier de Harry le firent sourire. Il resserra son étreinte autour d'eux et s'endormit heureux comme un roi.

.

oOo

.

Hermione se dirigeait vers la garderie pour aller chercher Teddy et Lily. Ses hommes ne reviendraient de l'université qu'à plus de dix-huit heures, elle avait tout son temps. Elle aimait discuter avec Lavande de leurs petits malaises dus à la grossesse mais aussi de leur joie d'être bientôt mères. Elle avait appris à partager cette attente avec ses amours et c'était merveilleux mais par pudeur, par fierté, ce n'est pas avec eux qu'elle évoquait les problèmes typiquement féminins ou les états d'âme qu'elle rencontrait. Le seul à qui elle se confiait volontiers c'était Pierre-François dont elle devenait de plus en plus proche.

Petit à petit elle avait appris l'histoire de Lavande, elle voyait régulièrement Seamus qui était à l'université en Etudes des grimoires et langues anciennes avec Justin Finch mais sans son inséparable ami Dean Thomas qui faisait l'école de journalisme en monde moldu. La passion de ce dernier pour Jim ne devait pas être étrangère à son départ. Ils avaient l'intention de vivre ensemble dès que le jeune homme aurait fini ses études. Lavande toutefois trouvait qu'il n'était pas pressé et ne comprenait pas pourquoi il préférait vivre sur le campus au lieu de se marier et d'emménager à Poudlard avec elle, les frictions à ce sujet étaient nombreuses. Quand elle arriva à la crèche, les yeux rougis de son amie l'informèrent de suite qu'une fois de plus elle s'était disputée.

— Seamus ? lui demanda-t-elle.

— Nous devions diner ensemble. Je viens de recevoir un hibou. Il a annulé sous prétexte qu'il ne suit pas aux cours et qu'il doit avec trois autres mettre leurs notes au point.

— Malheureusement, ils en sont tous là. Draco et Sylas y passent une partie de la soirée aussi. Et je sais par Pierre-François que Harry a les mêmes problèmes. Le seul qui s'en tire bien c'est Jim qui a l'habitude et une fois qu'ils sont rentrés il aide Harry qui râle depuis plusieurs jours qu'il n'a plus le temps le soir de s'occuper de leur fille, d'Aymeric et Sylvain, de cuisiner, de passer ses soirées à paresser dans leurs bras... Il pourrait se contenter de partager les notes de Jim mais il ne veut pas le faire par fierté, pourtant il fut une époque où il ne se gênait pas pour recopier mes devoirs, se moqua-t-elle.

— Ils s'adorent ces trois là, soupira Lavande avec un peu d'envie.

— Oui. Je m'attendais bien peu à le voir vivre avec des hommes et il m'a fallu du temps pour l'accepter, mais le principal c'est qu'il soit heureux. Et ces deux-là font tout pour ça.

Une demi heure plus tard, Hermione regagna son appartement le sourire aux lèvres. Les hommes apprécieraient peut-être moins les invitations qu'elle venait de lancer, mais après tout, c'était son anniversaire. Elle pouvait bien donner un coup de pouce à une amie.

.

oOo

.

Le castel au bord de la Garonne était illuminé de mille feux. Les portes fenêtres de la grande salle à manger étaient ouvertes sur le parc. Les derniers invités qui gravissaient le petit sentier vers la terrasse entendaient des rires et des bruits de conversations animées. Les mains posées sur la taille de ses agneaux, Pierre-François n'étaient pas pressé d'arriver dans cette société bruyante. Il raffermit sa prise sur le corps de Harry qui avait posé sa tête lasse sur son épaule. Depuis plusieurs jours, celui-ci rentrait fatigué de l'université, puis il y avait les cours à donner à Poudlard, et le soir, il y avait les leçons à préparer et les notes à compléter. Il n'en pouvait plus et s'endormait dès la tête posée sur l'oreiller. Il ne trouvait même plus le temps de s'entraîner, encore moins d'explorer les carnets noirs. Jim avait essayé de le convaincre d'utiliser ses notes mais Harry s'entêtait, comme si ne pas y arriver était plus qu'un échec personnel, une offense qu'il fallait à tout prix réparer.

Le jour précédent, ils avaient été à Anvers voir le diamantaire puis il les avait emmenés dans un restaurant sorcier très réputé de Bruges. Un canot était venu les chercher à un endroit défini lors de la réservation, puis leur avait fait découvrir la ville avant de les amener dans une très ancienne maison datant de la renaissance. La salle à manger du restaurant surplombait en partie un des canaux. La cuisine du chef moldu était délicieuse et typiquement belge, cette gastronomie du terroir qui avait tellement séduit Harry lors de leur séjour au château de Haultepenne. Ils avaient dégusté et apprécié les anguilles au vert, le waterzoï à la gantoise, les aumônières au fromage de Herve, le gratin de fruits et la sélection de vins qui leur avait été proposée. C'est repus et légèrement euphoriques qu'ils avaient ensuite déambulé dans la Venise du nord profondément touché par le calme des canaux paresseux, séduit par le charme suranné de l'architecture flamande flamboyante. Dans cette soirée finissante, le temps semblait s'être figé et ils auraient à peine été étonnés de voir sortir d'une de ces maisons patriciennes un riche seigneur vêtu de chausses, la fraise autour du cou surplombant le manteau de velours et une charmante demoiselle habillée d'une robe à panier, faite de lourd brocart, rebrodée d'or et d'argent, garnie de dentelle mousseuse.

Ils s'étaient longuement attardés devant la vitrine d'une des boutiques qui vendaient cette dentelle faite aux fuseaux par des dentellières qui usaient leurs yeux sur les points et les volutes compliquées. Délicate et précieuse elle avait fait la réputation de la ville. Une longue sur-robe de baptême d'un blanc crémeux, toute en dentelle, avait retenu l'attention de Pierre-François. Il voyait très bien un petit Harry-James la revêtir pour sa présentation au monde sorcier. Il convint avec Jim qu'ils reviendraient dans quelques temps en commander pour leurs filleuls.

Ensuite, ils étaient rentrés à Weymouth. Blotti entre leurs bras sur le canapé, Harry s'était endormi. Il n'avait pas voulu le réveiller, l'avait fait léviter dans leur lit d'un sort mobilis corpus puis déshabillé. Ils l'y avaient rejoint après une douche, Jim d'un côté, lui de l'autre. Au milieu de la nuit, un tendre baiser lui avait fait ouvrir un œil, Harry s'était retourné et se serrait contre lui, une main sur sa poitrine, l'autre dans sa nuque. Il avait entendu un grognement de Jim dépité de sentir son fiancé lui échapper, avait tendu le bras par dessus le corps déjà rendormi et l'avait attiré tout contre eux, nouant ses doigts aux siens posés sur le corps de leur amour.

Ils avaient apprécié chaque minute de cette partie de journée du samedi passée à trois. Ils n'avaient emmené ni les carnets, ni les manuscrits sur la fusion des magies. Ils voulaient juste profiter de leur présence réciproque. Après le retour de l'université et le déjeuner, ils avaient fait une longue sieste pendant laquelle ils avaient peu dormi, puis ils s'étaient rendus au Chemin de Traverse pour acheter le cadeau destiné à Hermione, enfin, ils étaient rentrés à Weymouth pour se changer avant de transplaner au castel.

Dès leur entrée, ils constatèrent que la plupart des invités étaient des anciens de la septième bis et des membres de la Fratrie. Ils firent le tour afin de saluer tout le monde trouvant chacun une raison de grimacer en constatant la présence de Ginny, de Dean et de Charlie. Harry par contre n'aurait jamais pensé un jour être content de revoir Lucius Malefoy qui l'accola spontanément. Frédéric et Gaby semblaient perdus dans cette assemblée de sorciers et s'étaient réfugiés dans un coin où ils les rejoignirent après avoir offert à Hermione un ensemble tailleur-pantalon pour future maman que Pierre-François avait tenu à acheter malgré le prix prohibitif et qu'ils avaient complété d'un foulard, d'un sac et d'un parfum.

Pierre-François glissa à Frédéric les pendants d'oreilles en or blanc ornés de diamants qu'il lui avait demandé d'acheter ne pouvant quitter le castel. Ils avaient profité de leur visite à Anvers pour en faire l'acquisition. Quand ils passèrent à table, les coiffeurs en profitèrent et déposèrent sur l'assiette de leur hôtesse depuis quinze jours l'écrin de cuir noir. Un instant plus tard, celle-ci venait les remercier chaleureusement. Le diner concocté par Françoise et les elfes fut excellent, parfait mélange de cuisine sorcière et moldue. Sirius alla d'ailleurs féliciter l'intendante de ses talents s'attardant dans la cuisine plus que nécessaire ce qui fit rire Harry qui échangea avec ses hommes un clin d'œil entendu. La jeune veuve ne semblait pas laisser indifférent le maraudeur.

Ils discutaient avec animation quand les portes du grand salon furent ouvertes afin que tout le monde puisse s'y installer. Le centre en avait été dégagé et un DJ sorcier, d'origine moldue, y avait installé son matériel. Les murs du castel ne tardèrent pas à résonner de rythmes endiablés. Les bouteilles de champagne se succédaient et les bulles montaient à la tête des invités. Pierre-François guettait chez ses agneaux du coin de l'œil les signes avant-coureurs de leur envie de danser.

— Tu as l'intention d'y aller ? lui demanda Gaby qui l'observait alors que Harry discutait discrètement politique avec Lucius.

— Mais oui.

— Tu es sûr que c'est une bonne idée ?

— Oui ! répondit-il plus sèchement peut-être qu'il ne l'avait voulu. Ils aiment danser et je ne vais certainement pas les en priver sous prétexte que ça va faire grincer les dents de quelques uns.

— Au moins tu en es conscient !

— Gaby ne recommence pas, veux-tu ? Nous avons eu une semaine difficile, très chargée avec leur rentrée à l'université, les cours à donner, les enquêtes à poursuivre. Je voudrais une nuit à l'image de la journée harmonieuse que nous venons de passer enfin seuls tous les trois. Je te dois mes plus grosses disputes avec André, ça ne me facilitait pas la vie, mais ça ne me blessait pas. Le moindre différent avec Harry ou Jim me marque, me bouleverse et eux aussi. Si tu veux rester mon ami, tiens toi tranquille.

Le retour de Harry à leur côtés les interrompit. Sans gêne, il s'assit sur les genoux de son loup, lui chuchotant quelques brèves phrases qui firent sursauter ce dernier. Ils échangèrent un regard préoccupé que surprit Frédéric ainsi que Jim qui discutait non loin avec Jimmy et Erwin. Il revint immédiatement, se penchant vers eux avec une regard interrogatif. La caresse de son fiancé sur son visage, ses lèvres sur les siennes ne le rassurèrent pas, loin de là.

— Les résultats de l'enquête sur la mort de Philippe, on verra ça plus tard, mon cœur, lui souffla-t-il.

— Venez danser mes amours, fit Pierre-François en le poussant de ses genoux pour le faire lever.

Il les prit par la taille d'un geste possessif avec un coup d'œil péremptoire autour de lui, semblant défier quiconque voudrait lui contester ce droit sur eux.

Frédéric eut un sourire moqueur en voyant l'attitude captatrice de son ami, notant au passage le regard insistant d'un garçon à la peau noire et aux yeux chocolat posés sur le trio. Un peu plus loin, il nota la présence de Jimmy et Erwin qui observaient tout et tous. Il chercha l'ex-petite-amie de Harry et la trouva en train de discuter avec une femme blonde, manifestement enceinte, qui tenait la main d'un jeune homme châtain qui paraissait s'ennuyer. Un sorcier roux, râblé, au visage énergique et agréable, semblait très peu captivé par ses paroles, ses yeux perçants d'un bleu intense suivaient ses amis. Frédéric y reconnut une lueur qu'il savait par cœur pour l'avoir vue dans bien des yeux, celle du désir. Toutefois, il ignorait qui du trio la provoquait.

Celui-ci indifférent aux réactions suscitées était arrivé à destination. Il ne put s'empêcher de rire intérieurement en voyant Jim adresser une grimace explicite à son ami quand Harry commença à danser. Pierre-François eut d'ailleurs la même réaction, il se mit à sourire et à railler gentiment le jeune moldu. Gaby le rappela à l'ordre d'une main sur son genou. Il lui adressa une moue moqueuse avant de revenir à son observation. Le plus jeune semblait indifférent à tout sauf à la musique et se mouvait sensuellement au rythme celle-ci. Il paraissait ne faire qu'un avec elle, union magique et voluptueuse qui donnait envie de trouver la même harmonie, il donnait envie de l'aimer.

— Ne le regarde pas ainsi, tu vas te faire écharper ! lui souffla une voix basse.

— Ne me dis pas que tu n'as jamais ressenti du désir pour lui, je ne te croirais pas de toute façon.

— Je ne le nie pas. Et si j'étais libre, les deux autres ne me laisseraient pas indifférent non plus.

— Il est beau le meilleur ami ! ricana Frédéric.

— Après Sylas et ma femme, Harry est ce que j'ai de plus cher. Peut-être même passerait-il avant eux dans certaines circonstances, il est mon ancre de vie depuis que j'ai onze ans, fit Draco gravement.

— Te le rend-il ? fit Frédéric curieux.

— Si il refuse le poste de ministre et veut rédiger un nouveau code de justice sorcier, je crois que j'y suis pour beaucoup, admit-il.

— Et ils sont au courant ?

— Oui, Jim était avec lui quand il me l'a promis. Et Pierre-François sait que nous ne supportons pas être très longtemps l'un sans l'autre. Il n'y a jamais rien eu d'équivoque dans nos sentiments, j'aime Sy et Mia avec qui je suis lié jusqu'à la mort, lui est littéralement fou de Jim avec qui il est engagé officiellement et de Pierre-François.

— Engagé officiellement ?

— Oui, fiancé. Ils doivent se marier dans trois ans à la fin des études de Jim. Et oui, ton ami le sait, poursuivit-il en souriant. On croyait le voir brisé par leurs fiançailles, non seulement il y était pour reprendre son rôle dans notre monde, mais à la place de ça, ils étaient ensemble dès que les circonstances le permettaient main dans la main et avaient certainement déjà décidé de vivre ensemble tous les trois. Harry portait en tout cas le bracelet elfique qui faisait de lui le compagnon de Pierre-François. Je pense que ça a été une période plus dure pour Jim que pour eux deux déjà très amoureux.

— Tu supposes ? Tu n'en sais rien ? s'étonna Gaby qui s'était rapproché pour les écouter.

— C'est quelqu'un de très secret, fit-il en reportant son attention vers les danseurs. Il n'avait rien dit à Harry pourtant c'est quelqu'un de possessif. A mon avis sans s'en rendre compte, il était aussi très amoureux de Pierre-François.

Frédéric le vit tressaillir et reporta son attention vers son ami. Le jeune noir dansait avec eux avec la grâce féline d'une panthère noire. L'homme roux s'était aussi approché et glissé dans le groupe.

— Par Merlin. Qu'est-ce qu'ils font ceux là ? Tous les deux connaissent pourtant Harry.

— Explique-moi ça ! fit Gaby en souriant.

— Le noir, Dean, est un des amis de Harry ou tout au moins l'était avant d'avoir une idée fixe : mettre Jim dans son lit. Quant à Charlie, notre Elu pense qu'il s'entend un peu trop bien avec Pierre-François. Il est gâté ce soir, soupira-t-il.

— On va enfin avoir de l'action, c'est trop calme ici d'habitude, fit le jeune coiffeur.

— Tu n'aimerais pas le voir en colère. Et moi non plus, je tiens au castel familial, intervint Sylas. On va danser près d'eux, tendre ami ?

— Viens, répondit Draco en le tirant par la main.

Frédéric les suivit. Il ne savait pas très bien pourquoi, mais il leur emboita le pas naturellement. Il se retrouva dans ce cercle explosif. Les émeraudes étaient aveugles à tout ce qui n'était pas la danse, c'est ce qui fit qu'au changement de rythme il fut pris de vitesse par Dean qui serrait déjà la taille de Jim et par Charlie qui entrainait Pierre-François. C'est Frédéric qui l'enlaça dès les premières mesures de Soul Bossa Nova. L'air stupéfait de Harry le fit rire doucement.

— Voilà ce qui arrive quand on est perdu dans la danse. Ne te tracasse pas, ils savent ce qu'ils font tous les deux et je ne suis pas un mauvais danseur.

— Tu sembles même en être un très bon ! fit Harry, tout en le suivant avec facilité.

— Il y a longtemps que je n'ai pas dansé, Gaby n'aime pas ça, soupira-t-il avec une grimace éloquente.

— Et je suppose qu'il n'est pas prêt à faire un effort pour ton plaisir ?

— Tu supposes bien. Voilà... je te remercie, fit-il à la fin de la danse.

— Tu n'aimes pas le cha-cha-cha ?

— Le cha-cha-cha ?

— Paris Latino... décide-toi ! le pressa-t-il.

Frédéric referma sa main sur sa taille, l'attira contre lui et l'entraina.

— Tu vas me faire tuer par Pierre-François et Gaby !

— On ne meurt qu'une fois, dit sentencieusement son partenaire.

Frédéric éclata de rire et ce fut lui qui le retint ensuite pour un tango malgré ses protestations.

— Mais je n'ai jamais dansé ça !

— Tu vas apprendre. Tu fermes les yeux, tu fais le vide dans ton esprit et tu te laisses guider. On y va !

Pierre-François assis tout contre Jim regardait son amant, son compagnon, contre un autre corps que le sien pour cette danse d'amour qu'est le tango. Quand il avait rencontré les deux coiffeurs, ils vivaient déjà ensemble. Il ignorait que Frédéric savait danser. Manifestement, il y prenait un plaisir infini. Mais était-il indispensable qu'il serre son amour d'aussi près ? Celui-ci le suivait avec des gestes sensuels et charnels. Il croisa le regard de son second agneau, ses yeux semblaient noirs.

— Calme-toi, il ne fait que danser !

— Il se venge tout simplement, râla Jim. Comme si j'avais désiré cette bossa-nova avec Dean.

— Nous pouvions dire non, tu le sais.

— En attirant l'attention de tous sur nous !

— Je crois que ça aurait été préférable. En plus maintenant, il va bouder, soupira Pierre-François.

— L'Elu du monde sorcier ne boude pas ! lança Jim en imitant son fiancé.

— Arrête, mon agneau.

Jim s'interrompit en voyant la contrariété dans les yeux si clairs. Une fois de plus il était blessé.

— Va le récupérer, la danse finit. Je m'occupe de ton ami.

Harry retrouva les bras de son compagnon avec un plaisir infini mais il n'avait pas envie que celui-ci s'en rende compte. Pourtant il aurait fallu pour ça qu'il ne s'alanguisse pas contre lui, qu'il ne pousse pas un petit soupir de contentement, qu'il ne colle pas son bassin au sien, mais tout cela il le fit sans le réaliser. Et tout à sa jalousie, Pierre-François ne s'en aperçut pas et le serra durement cherchant le contact des yeux que son amour lui refusait.

— Harry ! Regarde moi ! Cette fois c'est toi qui a essayé de nous blesser !

— Non !

— Non ? demanda-t-il en plongeant dans les abîmes verts.

— Frédéric m'a sorti d'un mauvais pas. Tu sais quand je me suis retrouvé seul parce que toi tu étais dans les bras de Charlie et Jim avec Dean ! répondit-il d'un ton sec. Il aime danser et ne l'avait plus fait depuis des années parce que Gaby ne veut pas partager cette passion avec lui. Je l'ai tout simplement remercié à ma façon. Si tu trouves normal de danser avec quelqu'un d'autre, c'est valable pour moi aussi, non ?

— Je me suis libéré dès que j'ai pu le faire sans attirer l'attention sur moi et n'ai pris aucun plaisir à la chose, crois-moi, soupira-t-il.

Il sentit la fêlure dans la voix de son loup. Elle l'émut plus que ses reproches.

— Je fais très bien la différence entre ton étreinte et celle d'un autre, tu sais, lui souffla-t-il tendrement.

— Je ne supporte pas l'idée ...

— De quoi ? l'interrompit son agneau. Je ne vois que vous deux... Jim pourrait douter mais toi ? Tu as le bracelet devant les yeux chaque jour que Merlin fait. Tu ne le trouves pas assez bleu ? se moqua-t-il gentiment.

— Si, il est très beau ainsi, murmura Pierre-François en pressant sa joue contre la sienne.

Dès les derniers accords, Harry tira Jim vers lui avec un sourire complice à l'adresse de Frédéric. Son fiancé eut le même réflexe que leur amant avant lui, il encercla sa taille d'une étreinte de fer.

— Tu peux me dire ce que tu fais, Harry?

— Même pas chéri, amour ou ma puce ?

— Ma puce ? tu dois te tromper d'amant ! fit-il d'un ton rogue. Ça n'entre pas dans mon vocabulaire.

— Arrête, mon cœur ! Ce n'est pas faire beaucoup d'histoires pour pas grand chose ? et de toute façon, ce n'est pas moi qui ai encore dansé avec Dean et cette fois sans l'excuse de l'alcool !

— Je n'ai pas eu le choix.

— Moi non plus.

— La première oui, mais les deux autres.

— Il aime danser et Gaby non, il attendait une occasion depuis des années. Tu as eu un geste déplacé à lui reprocher ? Tu vois ! moi non plus. Je t'aime, Jim et toi aussi, fit-il en se tournant vers Pierre-François. Apprenez à me faire confiance, ce n'est pas parce que j'ai seulement dix-neuf ans que j'ai un cœur d'artichaut. Venez danser. J'ai envie de m'amuser.

Les rythmes gitans des Gypsy King résonnaient dans le grand salon, et le trio dansait ! Pierre-François conduisait Harry et Jim suivait tout contre ce dernier. Leurs déhanchements sensuels, parfaitement synchrones, attiraient bien des regards, bien des commentaires.

— Tu viens ?

Frédéric regarda étonné Draco qui lui tendait la main, il jeta un coup d'œil à Gaby qui boudait depuis qu'il était revenu après avoir fait danser Harry puis Jim. Il obtint une grimace.

— Vas-y ! puisque je ne te suffis plus.

— Ne fais pas l'enfant, Gaby. C'est toi qui y perds ! lui lança-t-il en suivant le blond.

— Tu vois, c'est ce que je te disais il y a quelques jours, expliqua ce dernier en désignant leurs amis qui dansaient serrés, ils s'aiment tellement qu'ils ne supportent pas de se disputer, il y en a toujours un qui va au devant des autres.

— En tout cas, ils sont tous les trois d'une jalousie... les yeux de Jim me fusillaient tantôt et j'ai cru que Pierre-François allait me faire ma fête ! Pourtant il a suffit de quelques mots de Harry pour qu'ils oublient tout ce qui n'était pas lui. Je n'y ai rien compris. Avec Gaby, il me faudra une semaine au moins avant qu'il oublie ces quelques pas de tango.

— Alors profites-en car on a décidé tous de te faire danser jusqu'au matin... quand ce sera son tour, tu fais attention à Mia et à nos fils, elle se fatigue vite mais elle est trop fière pour l'admettre !

— Ta femme ? demanda-t-il stupidement après lui avoir lancé un regard stupéfait.

— Oui !

Frédéric ne répondit rien, la gorge serrée. Pourquoi avait-il l'impression tout d'un coup d'avoir une famille qui se préoccupait de lui. Depuis huit ans, il était amoureux d'un homme-enfant capricieux, qu'il comblait de son mieux. Gaby l'aimait à sa manière, égocentrique, possessive. Ils ne se quittaient jamais, travaillant ensemble, mangeant ensemble, sortant ensemble, dormant ensemble. Il y avait perdu ses amis que son trublion d'amour faisait fuir. Il se sentait las de la situation, il ne négligerait pas, cette fois, ceux que les circonstances lui offraient.

Il tourbillonna jusqu'à l'aube, serrant des corps masculins, des tailles féminines pour le plaisir de la danse et parfois pour le malheur de ses pieds écrasés. A plusieurs reprises, il alla retrouver son compagnon lui demandant de se joindre à eux. Il ne récolta que des refus têtus et des regards furibonds. Même si il se sentit à chaque fois coupable de le laisser là, seul, et certainement perdu devant son attitude inhabituelle, il ne renonça pas à ce plaisir inespéré. Il n'avait jamais réalisé à quel point les limites que lui imposait Gaby lui pesaient. Pour une nuit, il avait bien l'intention de les oublier. Pour une nuit, seulement.

.

oOo

.

Une petite voix toute proche les réveilla...

— Papa !

— …

— …

— ...

— Papa ! Pa ! Daddy !

C'est ce dernier vocable qui réveilla Jim d'un seul coup. L'avait-elle bien appelé Daddy ? Récapitulons ! Papa c'est pour Pierre-François, Pa pour Harry, Daddy ne pouvait être que pour lui ! Il fixa, le cœur en émoi, la petite frimousse à quelques centimètres de son visage. Il se sentait stupide d'avoir la larme à l'œil parce qu'une bonne-femme pas plus haute que trois pommes l'avait appelé "papa" lui qui n'avait jamais désiré l'être.

— Oui chérie ? fit-il en prenant l'enfant à cheval sur lui.

Il ne voyait pas, dans son dos, l'air attendri et complice de ses compagnons qui contemplaient discrètement la scène.

— Tante Hermione a dit qu'on allait bientôt déjeuner. Vous devez vous douchez et venir !

— Il est déjà midi ? Par Merlin, fit-il en jetant un coup d'œil sur sa montre, il est plus de treize heures !

Une grosse demi-heure plus tard, ils s'installaient à table sous l'œil goguenard de Draco.

— Vous auriez-pu vous doucher ensemble, ça aurait été plus vite ! s'impatienta Hermione.

— C'est ce que nous avons fait, c'est bien pour ça que ça a pris plus de temps ! se moqua Harry.

Mione le regarda sidérée, avant de rougir et de détourner la tête vers Sylas qui cachait difficilement son amusement. Sirius fut nettement moins discret et éclata de rire.

— Ça, c'est tout James ! s'exclama-t-il.

Harry se tourna vers Pierre-François interrogatif.

— Non, tu n'es pas comme ton père, fit ce dernier tendrement. Avoir le même sens de l'humour ne veut pas dire que tu as aussi son cynisme et son inconscience.

— Heureusement que tu dis qu'il était ton ami, ricana Sirius.

— James était mon ami, insista-t-il. C'était un grand sorcier, un ami merveilleux, fidèle mais il était aussi insouciant, égocentrique. Il a fait des erreurs de jugement, mon amour, dont tu as subi les conséquences, continua-t-il doucement en se tournant vers son jeune compagnon. Tu as les yeux de ta mère, c'est vrai, mais tu as aussi sa passion, son dévouement, ce don merveilleux d'amour qu'elle avait. Elle était extraordinaire, comme toi !

L'assemblée resta muette devant cet aveu, cette déclaration d'amour, qui laissa aussi sans voix celui qui la recevait et qui ne quittait pas les yeux clairs rivés aux siens. Harry posa sa main dans la nuque de son voisin, l'attirant vers lui il appuya son front contre le sien, avant de reprendre ses esprits. Pierre-François du revers du pouce effaça d'un geste rapide et discret la larme qui coulait sur la joue de son amour, geste qui pourtant ne passa pas inaperçu. Pendant un moment, les convives se consacrèrent aux mets apportés, la discussion ne reprit que peu à peu. Doucement. Pour ne pas briser cet instant magique.

Ils s'installèrent sur la terrasse, profitant des heures les plus douces de cet après-midi de septembre. Harry faisait une partie d'échecs contre Draco sous le regard attentif de ses compagnons, Erwin et Jimmy étaient bien près de s'endormir, Lavande discutait à voix basse avec Seamus, Ginny et Hermione papotaient et riaient, Gaby boudait pendant que Sylas expliquait les échecs à Frédéric. Liam était parti assurer son service. Lucius et Narcissa avaient préféré faire une sieste dans leur chambre. Sirius avait une fois de plus disparu. Tous profitaient de cette parenthèse qui leur était accordée. Harry perdit avec une grimace et rencontra un regard triste et rancunier. Il soupira avant d'aller se planter devant Gaby.

— Viens avec moi ! lui fit-il d'un ton impératif.

— …

Il tira le jeune homme qui était plus petit et frêle, posa sa main sur son épaule et l'entraîna dans le parc, non vers les étangs, promenade réservée à ses amours, à sa petite princesse, mais vers la roseraie. Quand ils revinrent le jeune coiffeur avait un air buté et ronchon pourtant il alla s'asseoir tout contre Frédéric et posa sa main sur la sienne. Ils virent l'air surpris et heureux de son compagnon, qui la serra et lui sourit. Harry soupira avant de maugréer.

— Quelle tête de mule, celui-là !

— Comment y-es-tu arrivé ? s'amusa Jim.

— Je lui ai dit que Frédéric avait un superbe regard, des traits fins et agréables, un corps que lui envieraient bien des hommes, qu'il plaisait et qu'il allait perdre tout ça parce qu'il jouait l'enfant capricieux.

— Tout ça ?

— Mais c'est vrai ! Et que si il ne montrait pas qu'il avait muri lui aussi, qu'il l'aimait et qu'il était prêt à être autre chose dans leur couple que l'amant pourri gâté, Frédéric, une fois sa patience usée, irait voir ailleurs parce qu'il n'était pas vraiment heureux.

— Ça a du lui faire plaisir ! railla Pierre-François.

— Je sais, mon loup, mais parfois certains ont besoin d'être un peu bousculés.

— Tu n'as pas si mal réussi que ça, fit Jim en indiquant du menton le couple qui discutait à voix basse.

— J'espère, conclut Harry en souriant.

— Tu m'expliques ce que tu as appris hier soir sur la mort de Philippe ?

— Rien de bien agréable. L'enquête s'est orientée dans une direction tout à fait imprévue. Il s'avère que le frère de Philippe, le père de Maxence, connait ce cher O'Reilly. Quand ce dernier travaillait au ministère sous les ordres d'Ombrage, il l'a reçu à plusieurs reprises au sujet des recherches entreprises dans le but de retrouver son frère, car il ne faut pas oublier que les mangemorts sont toujours recherchés pour être jugés.

— On ne peut pas dire que le ministère y mette beaucoup de volonté, se moqua Pierre-François.

— Ça dépend lesquels. Des mangemorts qui, comme Philippe Balbi, n'ont pas suivi Voldemort lors de son retour non, nous n'y attachons pas d'importance, fit une voix calme derrière eux. Ils sont juste répertoriés en tant que tels et tenus à l'œil, mais des mangemorts comme Liebling, si. Depuis que je suis ministre, plusieurs aurors ne font que ça. Nous le retrouverons et il sera jugé. Quant à toi, tu vas rester entre ces deux jeunes gens qui t'adorent et tu ne vas pas essayer de faire justice toi-même.

— ...

— Le dossier Elanus est tout au fond dans la salle des archives et très mal classé, quasi introuvable, il ne faudrait pas qu'il revienne au grand jour. J'aurais difficile de te couvrir pour une autre mort mystérieuse. Ta puissance magique est maintenant trop connue.

— Je n'ai pas l'intention de m'en mêler Lucius.

Le ministre fit un signe d'assentiment avant de continuer.

— Tu feras bien. Comme le disait Harry, O'Reilly a reçu George Balbi à plusieurs reprises et l'a consigné à chaque fois, jusqu'en septembre 1997. Après une enquête dans le service concerné, il s'avère que le frère de Philippe est revenu à plusieurs reprises après cette date mais que ces entretiens ont eu lieu sans témoin.

D'un autre côté, nous avons été enquêter dans la campagne du Cumbrie, à Eamont Bridge où vivent les frères Balbi dans le manoir familial. C'est une région tellement étendue et peu peuplée que le petit village sorcier est plus que tranquille et on n'y aime pas les étrangers. Nos aurors ont eu très difficile d'avoir des renseignements pourtant ils y ont mis le temps et les manières qu'il fallait, fit Lucius avec un petit sourire inquiétant.

Après la chute de Voldemort, le manoir a abrité deux habitants inhabituels, un jeune homme qui ne semblait pas avoir vingt ans, qui a été identifié comme étant Fédor Amintus, mangemort ayant participé à deux ou trois opérations pour le mage noir, et un homme d'une quarantaine d'années, très mince, cheveux noirs, yeux vairons et une raideur dans une jambe due à une blessure reçue à la bataille de Poudlard, il a été identifié comme étant Ernest Liebling, fit Lucius en fixant Pierre-François qui ne broncha pas. Ils en sont partis il y a deux mois avec George Balbi. Le plus jeune des frères, Daniel a pris en main le domaine familial.

L'investigation suivante a été faite à Lyon dans le milieu sorcier par les aurors français. Nous y retrouvons la trace des trois hommes, accompagnés d'un quatrième dont le signalement assez vague pourrait convenir aussi bien à O'Reilly qu'à la moitié des sorciers français.

— Tu veux dire que c'est son frère qui a assassiné Philippe ? demanda Jim.

— Je ne peux pas aller jusque là. O'Reilly faisait chanter le père de Sylvain, vous n'avez laissé à celui-ci d'autre choix que de changer de camp et de le trahir, Philippe est mort à Lyon. Au même moment, son frère y était en compagnie de deux mangemorts recherchés et d'un homme qui pourrait être O'Reilly. Sans preuve, on ne peut pas aller plus loin. Nous ne savons pas si c'est à la demande de son frère qu'il s'est rendu là-bas.

— Draco m'a dit que tu connaissais bien George Balbi.

— Les trois frères même, mais nous étions adolescents. Je n'ai fait qu'entrevoir Philippe à Paris et je ne l'ai pas reconnu. George était en effet celui auquel j'étais le plus lié.

— Tu le crois capable d'assassiner son frère ? demanda Harry.

— Pas lui-même, non, mais l'ordonner à d'autres, oui ça pourrait faire partie du personnage.

— Charmant individu ! maugréa Jim.

— Il n'est jamais devenu mangemort, non parce qu'il était opposé au seigneur des ténèbres mais parce qu'il se sentait incapable de participer aux opérations sans prendre ses jambes à son cou.

— C'est un lâche ! fit Harry méprisant.

— Mais un lâche intelligent ! rétorqua Lucius.

— Nous savons en tout cas que O'Reilly ne reste pas les bras croisés, il recrute, constata Jim.

oOo

— Viens, amour, fit doucement Harry à l'aîné.

L'Elu saisit la taille de ses compagnons d'un geste ferme, ils descendirent tous les trois, accompagnés de Teddy et de Lily, vers l'étang des koïs. Pierre-François n'avait pas prononcé un seul mot depuis que Lucius avait parlé d'Ernest Liebling. Tapi tout au long de leur promenade, le fantôme d'un petit garçon aux yeux bleus les guettait. Ils s'assirent côte à côte dans le gazon tiède. Pierre-François posa sa tête sur l'épaule de Harry et lia sa main à celle de Jim qui de l'autre coté l'enlaçait. Nul besoin de mots. Ils savaient.

Ce furent les cris, les rires des enfants qui allégèrent l'atmosphère pesante, brisèrent le silence pénible. Pierre-François se pencha vers l'escargot que lui montrait sa fille, se retenant de l'entourer de ses bras et de l'y garder prisonnière de sa propre peur. Après quelques mots sur les gastéropodes, il la laissa, à regret, rejoindre Teddy. La main de Harry liée à la sienne, les lèvres de Jim sur sa tempe le rappelaient au présent, mais il ne pouvait échapper au regard vairon de cet homme qui contemplait, de sous son masque, le courage de son fier petit bonhomme et au rire sardonique qui avait salué sa chute lorsqu'il était tombé sous l'avada kedavra de Bellatrix Lestrange. Le dernier des assassins. Par Salazar ! Qu'il le haïssait, l'exécrait, l'abominait ! Il donnerait tout pour le voir, là, étendu à ses pieds. Tout ? Non !

Il rendit à Jim son baiser, caressa doucement du pouce la main liée à la sienne et contempla sa fille qui poursuivait Teddy.

— Nous aurions du emmener les garçons, nous les voyons trop peu depuis que nous sommes à Poudlard, fit-il d'une voix étranglée.

— Ils sont en sûreté, p'ti loup.

— Si je n'en étais pas persuadé, nous serions là-bas.

.

oOo

.

Pierre-François n'arrivait pas à dormir. Il se repassait en boucle leur conversation avec Lucius. Rien ne ramènerait son petit ange. Il ne bougerait pas, il ne voulait pas les perdre, encore moins les mettre en danger et il le savait, ils ne le laisseraient pas y aller seul.

— Il faut que tu dormes, p'ti loup, fit Jim à moitié endormi.

— Si tu crois que c'est facile, soupira-t-il.

— Lucius t'a promis qu'il l'aurait.

— Je sais. Rendors-toi, ma tendresse, je vais y arriver, fit-il doucement en caressant le visage posé sur la poitrine de Harry.

Sa respiration lente et régulière l'informa qu'il dormait à nouveau. Il poussa un soupir qu'une bouche tendre aspira doucement. Les bras de son plus jeune agneau qui s'était tourné vers lui, l'enlacèrent, ses jambes se fermèrent sur ses hanche l'entourant, le rassurant.

— Dors mon ange, dors, lui chuchota-t-il en posant des baisers légers sur ses paupières, dors, je suis là, je t'aime.

.

oOo

.

Pierre-François se dépêchait d'atteindre la garderie pour reprendre Lily et Teddy. Mione et ses deux hommes allaient dîner en dehors, et lui avait décidé de cuisiner pour les siens. Ils rentreraient de l'université à un peu plus de vingt heures. Un petit repas romantique aux chandelles, des mets raffinés, un bon crû, ils l'avaient bien mérité, ses agneaux, après cette semaine passée à le cajoler, à le rassurer essayant de lui faire oublier les révélations de Lucius. Pourtant la semaine avait été riche en évènements.

.

oOo

.

Lundi, il avait été déjeuner avec eux au restaurant universitaire. Ils avaient été heureux de sa présence pourtant il avait vu dans leur regard tendre qu'ils n'étaient pas dupes, il avait besoin de leur proximité. A leur retour, ils s'étaient plongés avec leurs amis dans les affaires du monde sorcier.

Ils avaient discuté du résultat de leur visite au diamantaire anversois. Si il n'était pas féru comme le joaillier d'histoire des bijoux de la couronne de France, ses observations, ses analyses ne laissaient place à aucun doute. Les deux gros diamants correspondaient à la description faite du Bleu de France et du Miroir du Portugal, au carat près. Il avait estimé les autres pierres que lui soumettaient ses visiteurs sans sourciller, annonçant un chiffre faramineux qui les avaient tétanisés et qui stupéfia leurs amis lorsqu'ils le lui répétèrent. Enfin, il lui avait jeté un sortilège d'oubli, avant de négocier l'achat de quelques pierres de moindre valeur. Il n'aurait plus que le souvenir de cette dernière transaction et ses employés qui consigneraient l'opération dans les comptes, ne trouveraient pas anormale leur visite.

Sylas avait fixé sans rien dire les zéros qui suivaient les deux premiers chiffres. Avec la vente de quelques pierres, ils avaient de quoi bien vivre et entretenir les deux demeures familiales ainsi que Astor's Lodge pendant au moins un an.

.

oOo

.

Mardi après un repas pris avec les garçons et après avoir couché Lily, Harry et Jim s'étaient acharné sur les notes des cours de la journée. Pierre-François, lui, s'était chargé des affaires sorcières qu'ils n'avaient pas eu le temps de terminer. Parmi les missives reçues, il avait trouvé le rapport sur la mort du grand-père de Sylas, le comte de Saint-Maur. Ses compagnons étaient venus le rejoindre pour l'examiner.

Il était mort à Sainte-Mangouste dans le département de pathologie des sortilèges. Les professeurs les plus réputés s'étaient succédés à son chevet sans arriver à trouver un remède à un sort inconnu des sorciers anglais. La conclusion qu'il était décédé des suites d'un sort mystérieux qui lui avait été jeté à la Nouvelle-Orléans plusieurs années auparavant était inscrite en toutes lettres. Le rapport précisait que le sort avait miné peu à peu les organes comme le ferait un cancer généralisé qui se propagerait au ralenti. Il était mort entre les bras d'un sorcier louisiannais que, selon ses instructions, le service de l'hôpital avait prévenu avant sa fin. Il était resté deux jours à son chevet puis avait disparu de suite après le décès.

Pierre-François avait alors revu en pensées ses séjours passés à la Nouvelle-Orléans. Il y a presque trois ans, il recherchait des objets pour un excentrique qui lui avait demandé une décoration lui rappellant les bayous de son enfance, il avait rencontré là-bas un sorcier d'origine créole dont les ancêtres, gros planteurs de cotons en Haïti, étaient venus habiter en Louisiane après la révolution de Toussaint Louverture en 1802. Ils y avaient établi une grande plantation employant des esclaves jusqu'en 1850 alors que la traite de ceux-ci, ou du bois d'ébène comme on l'appelait, avait été interdite en 1808, ensuite ils s'étaient reconvertis dans l'import-export avant la session en 1861.

Lors d'une réception chez un ami de son client qui lui avait ouvert toutes les portes qu'il pouvait, il avait de suite remarqué l'aura magique du sorcier. Ils s'étaient reconnus, sorciers parmi cette assemblée de moldus, ils avaient sympathisé. Ils s'étaient revus en ville, puis chez lui. Il avait passé quinze jours dans sa famille et dans la communauté sorcière très étendue de la Nouvelle-Orléans. Il y avait découvert une magie noire teintée de vaudou, terrible et effroyablement efficace.

Il y était retourné à deux reprises pour des séjours de presque trois mois. Etienne Dalcourt lui avait enseigné, comme à ses enfants, Marguerite et Jean-Baptiste, ce qu'il savait. Il avait fréquenté les salons de la riche société des sorciers cajuns, il y avait été reçu comme le Sang-pur qu'il était, lui si avide à ce moment-là de la reconnaissance de ses pairs à laquelle il n'avait plus droit dans sa vie parisienne. Mais il y avait l'envers du décor... Il y avait vu créer des inferi et avait appris à les maitriser, à les utiliser mais il avait en horreur ces morts-vivants avides de chair humaine. Il avait perçu des choses horribles comme cette manipulation des corps grâce à l'utilisation de leur représentation. Il avait observé les effets des invocations faites à distance, certains sorts terribles dans leurs résultats, dans leur lenteur d'exécution.

Dans la ville-basse, parmi les descendants des esclaves, il avait découvert un culte vaudou dénaturé où les sacrifices humains avaient encore cours, où la vie n'avait aucune valeur. Il avait fini par se sentir mal dans cette atmosphère malsaine, obsédante, où chaque communauté se méfiait de l'autre, surveillait les uns puis les autres et avait fui. Il n'y était plus retourné depuis plus d'un an. Si quelqu'un savait ce qui était arrivé au comte de Saint-Maur, c'était bien Etienne. Depuis ce soir là, il hésitait à emmener ses agneaux, même pour deux jours, dans cette atmosphère frelatée et dangereuse pour son Elu du monde britannique.

.

oOo

.

Le mercredi, dès qu'ils avaient eu fini d'enseigner à Poudlard, ils avaient pris le réseau de la poudre cheminette et été au Chemin de Traverse. Ils avaient encore une fois poussé la porte de chez Ancast & Ollivander. Ce dernier n'était pas là et rendez-vous avait été pris pour la semaine suivante. Plus que probablement il ne pourrait pas leur dire pour qui Gregorovitch avait fait la baguette découverte dans le secrétaire mais il fallait essayer.

Ils étaient ensuite allés dîner dans un restaurant de ce Londres moldu qu'ils connaissaient mal puis flâné un peu dans Hyde Park, le long d'Oxford Street avant de décider de rentrer à Weymouth, tellement contents de se retrouver chez eux qu'ils avaient décidé de ne pas sortir la semaine suivante. Dans le canapé devant la télévision, ils avaient regardé un film policier. Il avait trouvé le scénario excellent. Son amour blotti contre lui, Jim couché sur leurs genoux, la tête posée sur les siens y étaient peut-être bien pour quelque chose. Allez savoir !

.

oOo

.

Le jeudi s'annonçait calme, il ne le fut pas et, très certainement, le fait que ses compagnons veillaient à lui faire oublier que Liebling avait été localisé, lui avait épargné les bouderies de son amour. Il reçut en effet la confirmation de la participation de l'école de Beaux-Bâtons au Tournoi des Trois Sorciers.

C'est vrai que ça promettait bien du travail et une organisation importante à mettre en place à un moment où ils avaient de plus graves soucis, mais Harry n'avait rien dit. Au contraire, il avait doucement caressé le bracelet-lien sur son poignet en lui soufflant qu'ils seraient là pour l'aider. Tout au cours de cette semaine, il avait découvert une facette supplémentaire de son jeune compagnon, attentif à ses moindres besoins et humeurs, prévenant ses désirs, tellement touchant dans ses efforts pour être à son écoute. Jim l'était tout autant mais ce comportement chez lui était habituel, il était la tendresse même. Il pensait ne pas avoir découvert toutes les facettes du jeune moldu, il sentait souvent qu'il se maitrisait. Ses yeux devenaient presque noirs sous l'effet de la rage, de la jalousie, de la colère, ses mains pouvaient se faire dures, exigeantes, possessives mais il n'y avait ni scène, ni cris. Jusqu'au jour où ...

Il se surprit à rire. La boucle était bouclée. Pendant qu'il se hâtait cette fois vers son appartement, Teddy sur les bras et Lily qui trottait à côtés, ses pensées étaient revenues à l'amour de ses agneaux.

.

oOo

.

Quand ils atterrirent dans la cheminée, fatigués, la première envie qui leur vint fut d'aller prendre une bonne douche. Dans le couloir, une odeur délicieuse les accueillit, échangeant un coup d'œil complice, ils se hâtèrent vers leur chambre.

— Papa ! Il sont rentrés !

— Je sais chérie, j'ai entendu. J'ai juste le temps de terminer pendant qu'ils se changent. Teddy ! Par Salazar, lâche ce fromage. Tu vas manger, on ne mord pas n'importe quoi. Je vais te mettre dans ta chaise ! gronda-t-il.

Il contempla avec agacement les traces des petites dents dans son fromage français, avant d'en couper le morceau abîmé et de le remettre sur le plateau. Il se précipita pour arrêter la cuisson de son gratin, vérifia la présentation de sa table avant d'allumer les bougies. Quand il sentit de petites mains agripper son jean, il soupira en baissant les yeux sur la bouille levée vers lui.

— Teddy !

— Bonsoir, amour ! intervint Harry en posant ses lèvres dans sa nuque, attends je vais le prendre, ce petit monstre. Viens voir parrain, mon grand !

— Tu as besoin d'aide ?

— Non ma tendresse, sers nous plutôt un apéritif.

.

oOo

.

Le week-end à Poudlard fut loin de se révéler aussi ennuyeux qu'ils l'avaient pensé. Le trio était parti à Toulouse, Jimmy et Erwin les sachant en sécurité avaient décidé de s'accorder un week-end en amoureux. Vendredi après leur petit dîner, une fois les enfants couchés, ils avaient passé la soirée à discuter du tournoi des trois sorciers, imaginant les épreuves possibles. Très vite, les suggestions étaient devenues fantaisistes et farfelues. Harry et Jim avait regardé avec plaisir leur loup rire aux éclats et avaient volontairement rivalisé d'inventions saugrenues.

Le lendemain matin et midi, ils assistèrent aux repas dans la grande salle ensuite les garçons participèrent à leur entraînement dans la salle sur demande. Depuis longtemps ils n'avaient plus volé, aussi répartissant tout leur petit monde en deux équipes, ils décidèrent de faire une chasse au vif d'or sur le terrain de quidditch. Maxence choisit Andrew avec lequel il s'était vite lié, étant tous les deux des nouveaux parmi une chambrée déjà unie depuis quatre ans, ils se joignirent à Cloud et Justin pour former la première équipe, tandis que, Pierre-François et Harry avec Jim derrière lui constituaient la seconde avec Sylvain et Aymeric. Typhaine, qui était venue supporter Maxence, et Alicia, la sœur de Justin, jouaient avec Lily sur les gradins en les attendant.

Après la victoire d'Andrew véritablement doué comme attrapeur et le repas du soir, ils avaient flâné dans le parc avant de rentrer à leur appartement et de commencer la lecture du premier carnet noir découvrant sans grande surprise que leur rédactrice n'était autre que Camelia de Saint-Maur.

Elle y racontait une jeunesse insouciante consacrée aux mondanités entre bals et tables de pharaon. Elle côtoyait avec Narcissa, sa sœur jumelle, la cour du roi Louis XVI mais sans jamais approcher la reine Marie-Antoinette. Leur parenté avec la comtesse Anne de Noailles, née Anne-Louise d'Arpajon, qui fut chargée, à l'arrivée de celle qui n'était encore que la dauphine, de lui enseigner l'étiquette de la Cour, les desservait. N'avait-elle pas écrit dans une lettre à sa mère : "la tribu des Noailles est déjà bien trop puissante ici" (1) ? Narcissa la blonde, Camélia la brune, se moquaient de ces réticences. Elles aimaient s'amuser et la politique, les intrigues de la cour, les intéressaient peu. Le récit de la jeune fille de dix-huit ans ne faisait à aucun moment allusion au peuple affamé, à la révolte qui commençait à gronder.

Après avoir lu le premier carnet qui couvrait l'année 1787, ils échangèrent une grimace. C'étaient de longue heures perdues à lire, en ce français précieux de l'époque, des confidences d'une jeune-fille superficielle, parfois amoureuse, parfois mesquine, qui utilisait discrètement sa magie dans le but de ridiculiser l'une ou l'autre, de séduire l'un ou l'autre. Elle n'allait jamais plus loin. La cour de France se souvenait trop de la sorcière la Voisin, de Madame de Brinvilliers et du marquis de Sainte-Croix. Lors du procès qui avait suivi on avait entendu prononcer bien des noms de la grande noblesse impliqués dans cette célèbre affaire des poisons, dans les messes noires incluant des sacrifices humains, éclaboussant le trône en la personne de Madame de Montespan, pendant longtemps la maîtresse du roi Louis XIV. La Chambre ardente, le tribunal constitué par celui-ci, prononça contre des comparses secondaires trente-six condamnations à mort, plusieurs aux galères et fut dissoute en 1682 sur son ordre. Si la marquise de Montespan ne fut jamais inquiétée, bien des nobles furent priés de quitter la cour et de regagner leur domaine. La noblesse, depuis, savait qu'elle n'était pas intouchable, manifestement, elle n'avait pas compris encore à quel point. Bref, ils n'avaient rien lu d'intéressant.

Le dimanche fut rythmé tout pareillement par les repas pris dans la salle commune, l'entraînement, les affaires sorcières, le temps passé avec les enfants. Toutefois, Pierre-François avait décidé, après bien des hésitations, de leur parler de cette possibilité d'aller en Louisiane. De suite, ils sentirent ses réserves.

— P'ti loup ? Pourquoi tu nous parles de ce voyage si tu as autant d'appréhensions?

— C'est un monde que j'ai fui tant il est terrible.

— Toi ? Fuir ? Demanda Harry stupéfait. Explique !

— En majorité, ils pratiquent une magie noire mélangée à celle du continent africain et qui leur vient des esclaves, une magie qui nous est inconnue. Est-il nécessaire de savoir ce qui est arrivé au comte de Saint-Maur ? Ça ne changera rien.

— Il nous faut éclaircir toute cette affaire, n'oublie pas la chanson du Choixpeau, amour.

La prophétie guidera les guerriers

Vers les joyaux et l'inespérée liberté, récita Jim.

— En quoi leur sorcellerie est-elle différente ?

— Ils ont des pratiques que nous ne connaissons pas ici. J'ai passé presque six mois là-bas en trois séjours, approfondissant à chaque fois mes connaissances dans un désir de vengeance.

— Tu t'en es servi pour les mangemorts responsables de la mort de ton fils, fit doucement le plus jeune de ses compagnons en l'attirant contre lui.

— Non ! Le but était bien celui-là mais je n'ai pas pu. Personne ne mérite de se voir mourir pendant des années ou d'être transformé en inferi. Sais-tu ce que c'est, amour ?

Fermant les yeux, Harry revit son expédition dans la caverne aux inferi en compagnie de son mentor, le sang comme clef de la grotte, le lac ensuite avec la barque, la coupe et son liquide terrible, Albus terrassé par la boisson, le faux médaillon enfin découvert et les inferi. Une expression de dégoût mêlée d'horreur envahit son visage que regardaient avec étonnement ses deux compagnons.

— Je les connais, je les ai, de façon involontaire, côtoyés. Si Albus n'avait pas été là, je n'y serais plus. J'ai très peu apprécié la rencontre. Voldemort, lui, semblait les aimer beaucoup, soupira Harry.

— Si vous m'expliquiez ? demanda Jim.

— Les Inferi sont des cadavres ramenés à la vie et contrôlés par le Mage Noir qui les a créés, fit Harry brièvement.

— Des zombies ?

— En apparence oui, sauf que les zombies ne sont pas de vrais morts contrairement aux inferi, expliqua Pierre-François.

— Pas de vrais morts ? interrogea le jeune moldu perplexe.

— Certains sorciers vaudous font usage d'un poison à la composition très mystérieuse possédant la faculté de plonger leurs victimes dans un état de catalepsie totale, leur donnant les apparences de la mort. Ensuite, ils administrent à leurs futurs "esclaves" des substances qui les gardent en état de léthargie et sous leur contrôle total. Les mages créoles ont tout simplement modifié le principe et l'appliquent à des cadavres ramenés à la vie.

— C'est ça qui t'a fait fuir ? s'étonna le plus jeune.

— Non, mon amour, fit -il doucement, même si j'ai ces amateurs de chair humaine en horreur. C'est la rivalité sourde qui existe entre les sorciers d'un culte vaudou dénaturé et les créoles. Dès que tu es identifié comme ayant une puissance magique considérable, tu as tout à craindre de leur féroce jalousie. Les créoles sont nés dans cette atmosphère, ils sont habitués à regarder sous leur lit avant de dormir, à clouer des amulettes sur leur porte, à éviter les endroits dangereux, les mauvaises personnes, à conjurer des sorts de protection sans cesse renouvelés. Certains arrivent à vivre apparemment en bonne entente mais la menace est toujours là qui rôde. Pour garder cet accord tacite, ils en arrivent à des pratiques que je ne cautionne pas. Etienne, mon ami, nous a emmenés, ses enfants et moi, à une cérémonie vaudou, où un enfant était sacrifié aux dieux. Ce jour là j'ai quitté la Louisiane.

— En bonne entente avec ton ami ? questionna Jim.

— Oui, je lui ai dit que j'étais rappelé pour affaires à Paris.

— Quelles sont tes relations avec les membres de la famille ?

— Etienne est marié à une jolie sorcière cajun dont il est très amoureux, ils ont deux enfants de votre âge, ma tendresse, c'est ça que tu voulais savoir ? répondit-il avec un petit rire moqueur.

— Après André et Kevin …, maugréa-t-il.

Pierre-François eut juste un sourire. C'était la première fois que Jim lui montrait ouvertement sa jalousie ou tout au moins sa possessivité. Il caressa sa joue du revers du pouce avant de l'embrasser tendrement.

— Je suis entouré de possessifs, se moqua-t-il.

— Parce que tu ne l'es pas toi ? fit en riant Harry.

— Tu ne sais pas encore à quel point, confirma-t-il avec une moue complice.

.

oOo

.

La monotonie des journées de la semaine reprit, cours à Poudlard, cours à l'université, mise à jour des notes, préparations des leçons. Les nuits les trouvaient toujours blottis l'un contre l'autre, l'un dans l'autre.

Pierre-François avait écrit au directeur de Durmstrang et répondu à la directrice de Beaux-Bâtons, se laissant jusqu'au début du mois de décembre pour préparer les épreuves de la coupe des trois sorciers et l'hébergement des élèves des deux écoles.

Le mardi soir, ils discutèrent une nouvelle fois de leur séjour en Louisiane, avec leurs amis cette fois, le premier intéressé étant Sylas. Pourtant Pierre-François refusa tout net de les emmener, ainsi qu'Erwin et Jimmy. Pour la première fois, il s'opposa à Draco qui ne voulait pas abandonner Harry.

— Je ne peux pas demander à Etienne d'héberger la moitié de Poudlard. Nous serons chez lui, nous craindrons beaucoup moins en sa compagnie. Tu ne connais rien à cette magie noire, tu seras en danger et tu y mettras Harry aussi parce qu'il devra veiller sur toi. Tu ne pourras rien faire Draco.

— Dis plutôt que tu considères que maintenant il n'a plus besoin de nous, que toi seul peut le protéger. Ton amour ne le rend pas invulnérable.

— Je ne pense absolument pas ça ! Vous êtes de futurs pères, votre rôle n'est pas de prendre des risques superflus et là c'est le cas. Pour la bataille de Stonehenge, j'ai été le premier à demander votre présence à tous les trois.

— Protéger mon meilleur ami n'est pas inutile et ne le sera jamais. Pour qui me prends-tu donc, Pierre-François ? ragea l'ancien serpentard.

— Et si vous me laissiez parler tous les deux ? intervint Harry avant que la discussion ne s'envenime encore.

— Toi, tu es toujours prêt à prendre les pires risques, lui jeta son ami.

— Calme-toi, Dray, fit doucement Harry en le saisissant par la nuque. Nous y allons seulement pour quarante-huit heures. Je te laisse le tracker, tu sauras toujours où nous sommes. Nous devons être discrets. En tant que compagnons de Pierre-François nous passerons plus facilement inaperçus que si nous sommes cinq ou sept.

— Ce n'est pas comme si tu me laissais le choix, hein ? répondit Draco en appuyant son front contre le sien.

— Non ! je ne te le laisse pas !

— Alors, tout est dit !

Draco s'arracha à son étreinte et sortit de l'appartement en claquant la porte.

— Il va se calmer. Il sait que tu as raison, mais il est inquiet.

— Je sais Mione, je sais.

— Il ne pensait pas ce qu'il a dit, fit-elle à Pierre-François.

Il la regarda sans lui répondre avant de se tourner vers Harry.

— Tu me donnes tort ? lui demanda-t-il abruptement.

— Non !

— La raison n'est pas tout, fit Sylas, surtout quand c'est quelque chose qui me tient à cœur. C'est difficile pour moi de rester ici en sachant les risques que vous allez courir.

— Tu vas pourtant me promettre que vous ne bougerez pas de Toulouse, lui demanda Harry calmement.

— Je te le promets, soupira-t-il.

La discussion se renouvela le lendemain matin à l'université quand Draco en informa Jimmy et Erwin, mais les manières des uns ne sont pas celle des autres et aucun des deux ne broncha, respectant apparemment la décision de leur ami. Jim eut la surprise de voir le petit page les attendre seul à la sortie de leur dernier cours de la matinée et, après un regard d'excuse vers lui, prendre son fiancé par l'épaule et s'éloigner avec lui pour un aparté qui dura un certain temps. Les yeux noirs et le regard furibond qui accueillirent Harry à son arrivée au restaurant universitaire le firent sourire intérieurement. Le soir précédent, après le départ de Mione et Sylas, il avait déjà essuyé une crise de jalousie de Pierre-François. Ce dernier n'avait pas apprécié la tendresse qu'il avait sentie dans l'attitude de Harry envers son meilleur ami. Manifestement c'était le tour de Jim. Il s'assit à ses côtés en nouant sa main à la sienne.

— Ne me fais pas ses yeux là, ça me donne des idées incompatibles avec le lieu ! lui fit-il en souriant tendrement.

— Tu te moques de moi là ?

— Non, mon cœur, réellement, j'adore ta jalousie.

Jim lui lança un coup d'œil furtif, cherchant la raillerie sur son visage, dans son regard. Ce qu'il y trouva le fit soupirer d'aise et il serra sa main.

— Qu'est-ce qu'il te voulait ?

— Me dire des choses qu'il ne pouvait pas aborder devant Jimmy.

— ...

— Apparemment, ce voyage, à moins que ça n'en soit un autre car la destination n'est pas précisée, est prévu dans la nouvelle prophétie et rien ne doit en découler de fâcheux même si il va nous faire côtoyer un ennemi.

— Je ne suis pas sûr en effet que Jimmy apprécierait son indiscrétion.

.

oOo

.

Harry n'avait jamais été aussi souvent dans la boutique du baguettier, celui-ci les attendait derrière son comptoir, examinant les dernières réalisations de son successeur.

— Monsieur Potter ! Quel plaisir de vous voir ! Monsieur Vassier, Monsieur Spencer.

— Bonsoir Monsieur Ollivander. J'ai besoin de vous.

— Je suis à votre disposition, pour autant que je puisse le faire.

— J'ai besoin de savoir à qui appartenait une baguette. Je sais que ce n'est pas une de vos réalisations, c'est une œuvre de Gregorovitch. Malheureusement, je ne peux pas lui demander son avis.

— Je ne vous garantis rien mais je vais faire de mon mieux.

Harry posa sur le comptoir la simple baguette de combattant. Le vieil homme l'examina avant de les fixer tour à tour.

— Qu'en savez-vous ?

— Trente deux centimètres, bois de cormier très dur, nerf de magyar à pointes, une apparence simple et commune pour une arme incisive et précise.

— Parfaite analyse, Monsieur Vassier. Et son propriétaire était sans conteste un fameux combattant. Il a fait de grandes choses, des choses terribles, mais de grandes choses.

— C'est exactement ce que vous m'avez dit en parlant de Voldemort la première fois que j'ai poussé cette porte, se rappela Harry.

— Je m'en rappelle, Monsieur Potter, je m'en rappelle. Celui-ci a posé des actes aussi effroyables mais il avait un charisme que n'a jamais eu celui que ses partisans nommaient le Seigneur des Ténèbres. Gellert Grindewald avait la beauté du diable et le regard d'un ange.

— C'est la baguette de Grindelwald ! s'exclama Harry.

— Celle de sa jeunesse oui. Ensuite il l'a utilisée comme seconde avec la Baguette de Sureau comme vous avec la jumelle de Voldemort et celle de Salazar Serpentard.

— Quand a-t-elle disparu ?

— Je l'ignore, il n'en a pas usé contre Albus Dumbledore mais il y a peut-être à cela une raison toute simple que ce dernier pourrait vous donner. Son portrait est bien dans votre bureau, Monsieur Vassier ?

— En effet !

— Il vous suffit donc de lui poser la question.

— Je finis par détester entrer dans cette boutique ! pesta Harry alors qu'ils déambulaient sur le Chemin de Traverse.

— Je me demande comment cette baguette a atterrit dans le secrétaire de l'hôtel Saint-Maur, fit Jim.

— Ce petit meuble semble être une source inépuisable de surprises, soupira Pierre-François. Il est temps de rentrer à Weymouth, mes amours. Faire attendre un repas de Didier est impardonnable, se moqua-t-il.

.

oOo

.

Le cuisinier ravi d'avoir enfin ses patrons à la maison avait mis les petits plats dans les grands et leur avait concocté une suite de mets délicieux pour le plus grand plaisir de Harry qui se régalait sous l'œil indulgent et légèrement railleur de ses compagnons. Il fit une moue offensée quand il rencontra le regard de Jim posé sur lui et vit son sourire amusé alors qu'il terminait sa seconde coupe de mousse au chocolat

— Tu ne sais pas ce qui est bon, s'impatienta-t-il avec un geste agacé de la tête.

— Si, mais je ne suis pas gourmand ! rétorqua son fiancé. On dirait un matou qui se pourlèche après un bol de crème.

— ...

— Entre nous, ça tombe bien, j'adore les chats, le taquina-t-il avec un petit rire.

— Pfff ! fit Harry en affichant un air mécontent que démentait la lueur moqueuse de ses yeux. La mousse au chocolat de Didier, avec ce petit goût d'orange amère en arrière plan qui accentue celui du chocolat noir, est une merveille, finit-il en contemplant sa coupe vide d'un air nostalgique.

— Ne me dis-pas que tu en veux une troisième ?

— Non ! soupira-t-il avec une expression de regret, ce serait abuser.

Ses amours éclatèrent de rire. Pierre-François se leva en leur tendant la main.

— Allons prendre le café au salon, fit-il. Tu as le goût du chocolat, murmura-t-il à Harry la bouche encore contre la sienne.

Celui-ci sourit sans faire d'autre réponse que sa main dans sa nuque pour un second baiser et son corps pressé contre le sien. Pierre-François pensa qu'ils ne verraient pas grand chose du film qu'ils avaient choisi de regarder ce soir là.

.

oOo

.

Le jeudi, il reçut une missive de la Louisiane. Son ami se déclarait ravi de sa visite et de celle de ses amis. Le libellé lui fit froncer les sourcils. Si par prudence, il n'avait eu aucune aventure à la Nouvelle-Orléans, Etienne n'ignorait rien de son orientation sexuelle. Sa propre missive ne laissait pas beaucoup de doute quant aux liens qui l'unissaient à ceux qu'il avait nommés "mes deux compagnons". Il soupira. Il veillerait, dès leur arrivée, à mettre les choses au point. Ses agneaux ne devaient en aucun cas se sentir mal à l'aise.

Il prit contact avec Minerva et obtint d'elle d'annuler les deux heures de cours de Jim le samedi matin. Enfin, il se livra à un rapide calcul, ils arriveraient vers quatorze heures, le moment le plus chaud de la journée et en cette saison il faisait encore une trentaine de degrés en Louisiane.

Le soir, après avoir couché Lily, ils préparèrent leur sac selon les instructions de l'aîné, vêtements d'été pour un climat chaud et humide, mais aussi pantalons, chemises habillées et vestes légères pour les dîners.

— Tu veux nous faire ressembler à des gravures de mode, amour ? railla doucement Harry.

— Cela vous va très bien. Je me rappelle quand je vous ai vus arriver au vernissage de l'exposition d'André, vous étiez magnifiques !

— Quand tu en parles, on dirait Harry lorsqu'il regarde une mousse au chocolat, se moqua Jim.

— Vous étiez très appétissants, admit Pierre-François en riant. Et je ne me lasse pas de vous dévorer !

— On ne part que deux jours, leur rappela Jim en les regardant empiler les vêtements.

— La journée, la chaleur humide est éprouvante, on se change donc souvent après la courte sieste qui suit le déjeuner. Le soir, elle devient enfin agréable et avoisine les vingt degrés seulement. Chez Etienne, comme d'ailleurs chez la plupart des sorciers cajuns Sang-Pur, on dîne en tenue habillée.

— Tu te rends compte que tu y vas accompagné d'un moldu et d'un sang mêlé ? fit Jim.

— J'y vais avec mes compagnons et mes amis doivent les accepter comme moi-même. Ça c'est mon point de vue ! Etienne n'a jamais tenu des propos sur la soi-disant suprématie des Sang-Pur. De toute façon, si ça ne lui convenait pas, nous prendrions d'autres dispositions, fit Pierre-François en haussant les épaules. Vos sacs sont prêts, mes amours ?

— Oui ! Plus que la trousse de toilette à ajouter demain.

— Parfait.

— Parle-nous un peu de nos hôtes, p'ti loup.

— Etienne a la soixantaine, C'est un créole, ces ancêtres français étaient établis en Haïti. Lors de la révolution, ils se sont installés en Louisiane, ils sont devenus encore plus riches grâce à leurs plantations puis à leur société d'import-export. Il a épousé une autre Sang-Pur d'origine acadienne de quinze ans plus jeune que lui. Verdana est une femme jolie mais d'apparence effacée et indolente. Au cours de mes séjours, j'ai découvert que ce n'était qu'une illusion, cette femme a un caractère et une volonté extraordinaires. Ils ont eu deux enfants une fille, Marguerite, une vraie beauté qui a environ ton âge, ma tendresse, et un garçon, Jean-Baptiste, qui doit avoir dix-huit ans maintenant. Tous les deux ont fait leurs études sorcières à Salem. Je connais très peu le garçon qui était toujours à l'école. Je ne l'ai vu que quelques jours lors de mon dernier séjour pendant les vacances de printemps. Marguerite est une jeune fille plutôt superficielle, toujours en compagnie de deux ou trois de ses amies à parler bals, chiffons et prétendants. Lors de cette messe noire et de ce sacrifice auxquels nous avons assisté, ils n'ont aucun des deux bronché, je soupçonne même Marguerite d'y avoir pris un certain plaisir.

Ils habitent un domaine immense puisqu'il englobe les champs de canne à sucre qui n'ont pas été revendus. Les aïeux d'Etienne ont eu l'intelligence de se reconvertir avant la sécession en 1861 et la nouvelle constitution en 1864. Ils ont ainsi gardé la majeure partie de leur fortune. Leurs descendants ont fait prospérer encore l'affaire familiale. L'habitation ressemble à la demeure typique des plantations du début du XIXème siècle, mélange d'architecture classique, de colonnades romaines, de galeries extérieures entourant la maison comportant un frontispice. L'ancien quartier des esclaves a été rénové et sert de logement aux ouvriers agricoles qui entretiennent le domaine, cultivent et récoltent le blé, les légumes, font l'alcool et les produits nécessaires. La majorité des employés sont des descendants de leurs esclaves . Il y a cinq ou six familles qui vivent là dans des maisons qui si elles ne sont pas luxueuses sont correctes et ont le confort moderne, les enfants vont à l'école et Etienne leur offre de quoi faire des études. Ils sont bien entendu libre d'aller et venir et de s'en aller si ils le désirent. Peu le font, ils n'ont jamais rien connu d'autre.

— Ces gens sont des moldus ?

— En effet. Contrairement aux esclaves, ils ne sont jamais employés de maison. N'y travaillent que des sorciers, des elfes et chez certains, aux plus basse besognes, des inferi enchaînés, les esclaves de ces sorciers décadents, soupira Pierre-François avec une expression de dégoût las que nota Harry qui ne voulut pas prolonger l'épreuve.

— Je crois que là, nous avons assez de renseignements pour les deux jours que nous allons y passer, fit-il calmement. Demain, nos élèves nous attendent à neuf heures. Viens allons dormir, mon ange.

Il se tourna vers Jim avec qui il échangea un coup d'œil complice. Ce dernier le prit par la taille d'un geste possessif comme au début de leur relation, Harry s'alanguit contre lui avec un plaisir infini que nota son fiancé, passa ses bras autour de son cou. Il le poussa sur leur lit, entreprenant de l'embrasser, de le déshabiller. Leur loup eut un petit rire bas en les regardant. Ils mettaient un maximum de provocation dans leurs gestes, dans leurs caresses osées, dans leurs regards qui maintenant ne le voyaient plus. Au premier gémissement, il n'y tint plus et alla les retrouver.

.

oOo

.

Il se réveilla entre les bras de Jim, jeta un coup d'œil à sa montre, il n'était que six heures du matin. Plus ce voyage vers la Nouvelle-Orléans se profilait, plus il l'appréhendait. D'une main, il chercha le corps de Harry derrière Jim et ne trouva que le vide. Bien réveillé cette fois, il se leva immédiatement, regarda dans la salle de bain, puis se dirigea au pas de course vers la cuisine. Plongé dans les plis du ministère dont ils ne s'étaient pas occupés, une tasse de café devant lui, il était là, étudiant un rapport.

— Eh ! Que se passe-t-il ? fit Harry en sursautant.

— ...

— Mon ange ! Où voulais-tu que je sois ? demanda-t-il en voyant son air inquiet.

Il l'attira vers lui et le poussa sur la chaise voisine avant de se lever pour lui servir un café.

— J'ai quelque chose à te dire ! fit-il gravement en se postant debout à côté lui, une main sur son épaule, son regard dans le sien. Hier, Erwin m'a parlé de la nouvelle prophétie.

— Et ?

— Pas grand chose en fait. Un voyage à l'étranger est décrit comme une étape importante et indispensable à la réalisation de la prédiction.

— ...

— Il est dit que nous y côtoierons un ennemi tout en étant en sécurité. Il ne peut pas affirmer qu'il s'agit de ce déplacement car la destination n'y est pas donnée. Il m'a confié aussi que, même à lui, Jimmy n'a pas tout dit.

— Pourquoi m'en parles tu seulement ce matin ?

— Je ne voulais pas t'inquiéter plus.

— Et maintenant ?

— Je n'aime pas te cacher des choses, soupira-t-il.

Pierre-François sourit doucement, l'attira à lui par les hanches, posa sa tête sur sa taille, le serrant contre lui.

— Sais-tu à quel point je t'aime ?

Harry jouait avec les mèches longues et soyeuses, libres de tout lien et désordonnées par la nuit. Oui, il savait qu'il l'aimait. Tout comme Jim. Tout comme lui les aimait.

— Dis-moi que ça ne finira jamais, lui souffla-t-il.

— Je ne peux pas, mon doux amour. Moi vivant, je serai à tes côtés, pour le reste...

.

oOo

.

Il était un peu plus de dix-sept heures quand ils revinrent de l'université. Harry poussa un soupir de soulagement en retrouvant leur appartement qui fit sourire Jim. Ce n'était plus le stress des premiers jours, peu à peu, il s'habituait mais n'était pas encore vraiment à l'aise.

Ils sortaient de la douche quand ils entendirent les voix de Pierre-François et de Lily. Hermione viendrait à dix-huit heures la chercher pour aller au castel. Harry voulait profiter de cet instant avant de partir. Pierre-François trouva ses agneaux l'un contre l'autre, la petite sur les genoux de Harry qui lui lisait un conte de Beedle le Barde. Il les contempla un moment, silencieux. Il savait bien peu le jour où il avait fait leur rencontre à l'Aigle Noir, où le mènerait celle-ci. Il ne reconnaissait plus sa vie. Si parfois il regrettait les découvertes des pays, des objets, les rencontres faites dans le cadre de son occupation de décorateur, pour rien au monde, il n'aurait voulu faire demi-tour.

— Voilà Mione ! Va voir Papa, chérie. Tu vas aller jouer avec Teddy chez tante Hermione.

Ils embrassèrent tendrement la petite, puis Jim la déposa dans les bras de son père.

— Viens, mon cœur, allons chercher nos sacs, fit Harry en le tirant pour laisser leur amour seul avec sa fille.

Quelques minutes plus tard, ils atterrissaient dans le bureau de Lucius qui les attendait.

— J'espère que vous savez ce que vous faites, fit ce dernier soucieux.

— Moi aussi ! maugréa le directeur de Poudlard.

— Le portoloin international vous emmènera dans le domaine même, après il faudra vous débrouiller.

— Pas de problème, nous transplanerons, acquiesça Pierre-François.

— Soyez prudents !

— Nous le serons.

Après avoir accolé le ministre, ils posèrent la main sur la vieille boîte de conserve.

— Plantation "La Belle Étoile".

Comme d'habitude, ils ressentirent cette impression désagréable que créait chaque façon de se déplacer magiquement. A l'arrivée, Harry soutint Jim qui n'avait pas supporté le long déplacement. Il lui tint le front l'aidant à rendre à la terre le contenu de son estomac.

— Désolé, je...

— Chut, mon tout-beau, chut... fit-il en caressant les courtes boucles, ce n'est rien. J'ai difficile à chaque fois aussi et ce voyage était particulièrement long. Ça va mieux ?

— Oui. Pas de problème.

— Je vois ça. Tu es pâle comme un linge. Pierre-François ?

— J'essaye de m'orienter et de voir si nous pouvons rejoindre la maison sans transplaner.

— En balai peut-être ? suggéra Harry avec un sourire.

— Tu as pris les balais ? s'étonna l'aîné.

— L'expérience m'a appris qu'ils étaient très souvent utiles.

— Mais on va nous voir ! protesta Jim.

— Non, pas sous sortilège de désillusion. Qu'en penses-tu ?

— Je crois que c'est la meilleure des solutions, admit Pierre-François. Allons-y.

Ils rendirent aux balais leur taille initiale, enlevèrent les pulls qu'ils avaient au départ.

— Quelle chaleur ! soupira Jim.

— Tu la sentiras moins quand on volera et la maison est plus fraîche que l'extérieur, l'assura l'aîné.

— Le sortilège de désillusion va t'aider aussi. Monte derrière moi, mon cœur, tiens-moi bien, fit Harry en lançant un coup d'œil vers Pierre-François déjà sur son balai.

Aussitôt qu'il prononça les formules, un fluide, froid et humide, sembla couler sur eux et les enrober.

— Tu arrives à me voir ?

— Pas de problème ! vas-y !

Harry suivait sans difficulté. Si il ne voyait pas distinctement leur loup, il percevait les légères distorsions qui se produisaient dans l'air et les images qu'il traversait. Pierre-François était monté haut dans le ciel pour avoir une image étendue du sol sous eux, il aperçut au loin l'ancien quartier des esclaves, et se dirigea vers lui, après l'avoir survolé, il obliqua à droite. Les champs firent place à un vaste jardin rempli de fleurs colorées et ils virent bientôt se dessiner la maison blanche, puis ses colonnes et son perron. Ils atterrirent sur celui-ci et pénétrèrent dans le grand hall ouvert. Harry leva le sort d'un "finite incantatem" avant de regarder autour de lui.

— Je vous attendais ! J'ai senti l'approche de vos auras. Bonjour Pierre-François ! fit un homme, grand et mince avec des tempes grises.

— Bonjour Etienne. fit Pierre-François en l'accolant. Je te présente Jim Spencer et Harry Potter, mes compagnons de vie.

— Soyez les bienvenus, Messieurs. Cela fait longtemps que tu n'es venu.

— Ce que j'ai vu ici lors de mon dernier séjour a profondément choqué le jeune père que j'étais et qui venait de perdre son fils dans des conditions analogues. Il me fallait prendre du recul.

— Tu as choisi la franchise, c'est bien, mon ami, fit le sorcier en souriant pour la première fois. Suivez-moi, Verdana et Marguerite vous attendent.

Il prit ses deux agneaux par la taille pour entrer dans le grand salon. Un silence inhabituel les y accueillit. Leur hôte, étonné, se tourna vers eux et vit les liens affichés des trois hommes.

— Eh bien ma chérie, fit-il à son épouse. Te voilà muette de stupéfaction ?

— Désolée, mon ami, fit sa femme. Bonjour Pierre-François.

— Verdana. Marguerite. Je vous présente Jim Spencer et Harry Potter.

— Enchantée Messieurs, fit la première tandis que la seconde se contentait de leur adresser un simple salut dédaigneux de la tête.

L'accueil glacial stupéfia Pierre-François qui se tourna vers son ami.

— Etienne ...

— C'est seulement la surprise. L'homosexualité dans notre société reste plutôt cachée.

— L'hôtel Majestic ...

— Il n'en est pas question, tu m'offenserais, assura leur hôte. Voulez-vous un jus de fruits glacé, un verre de punch ?

— Un jus de fruits, merci, répondit Jim poliment.

— Trois jus de fruits, confirma Pierre-François. Ils sont toujours délicieux.

— Ah ! J'entends Jean-Baptiste et notre autre visiteur. Un cadeau pour toi, mon ami.

— Un cadeau ? fit-il perplexe.

S'encadrèrent dans l'embrasement de la porte deux silhouettes masculines encore dans l'ombre. En sentant la puissante aura magique qui émanait d'un des arrivants, Harry dégaina sa baguette.

— Bonjour Pierre-François, fit une voix calme.

— François-Marie ! fit son frère en saisissant sa baguette.

— Regarde ses yeux ! fit Harry.

— Tu es digne de ton mentor, Harry, fit la même voix, amusée cette fois.

.

.

(1) : Cette lettre a réellement existé.

.

.


.

.

oOoOoOoOoOo

Allez ! Par review envoyée, un paquet de Chocogrenouilles offert !

oOoOoOoOoOo

.

.