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CHAPITRE X : Tambours Vaudou

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Rappel du chapitre IX

S'encadrèrent dans l'embrasement de la porte deux silhouettes masculines encore dans l'ombre. En sentant la puissante aura magique qui émanait d'un des arrivants, Harry dégaina sa baguette.

— Bonjour Pierre-François, fit une voix calme.

— François-Marie ! fit son frère en saisissant sa baguette.

— Regarde ses yeux ! fit Harry.

— Tu es digne de ton mentor, Harry, fit la même voix, amusée cette fois.

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Etienne regardait sans broncher ces hommes se défier dans son salon. Il avait rencontré le jumeau de Pierre-François quelques jours plus tôt chez une connaissance qui les avait présentés. Sa ressemblance extraordinaire avec son ami l'avait stupéfié puis attiré. Ils avaient parlé longuement ensemble. L'homme était cultivé mais triste presque amer. Lorsque deux jours auparavant son ami avait pris contact avec lui pour annoncer sa visite, il y avait vu un signe des astres et avait voulu réunir les deux frères qui s'étaient, parait-il, brouillés pour une vétille. Il avait invité François-Marie à "Belle Étoile" et celui-ci en avait été ravi. Son ami ne semblait pas du même avis.

— Pierre-François ? Pourrais-tu m'expliquer ?

— C'est une très longue histoire, une histoire vieille de plus de cent ans. Ce sorcier n'est pas mon frère, il n'en a que l'apparence excepté les yeux que mon jumeau avait bruns.

— Si j'étais réellement François-Marie, tu serais déjà mort et ces charmants jeunes gens seraient en train de te pleurer, cher petit-neveu.

— Vraiment ? railla Harry en montrant ostensiblement la baguette qu'il avait tenue cachée jusqu'alors.

— Prudent, je vois. Penses-tu avoir assez de puissance pour me vaincre ? ricana le mage noir.

— Je crois surtout que vous ne désirez pas le savoir. Pour me vaincre, il vous manquerait à tout le moins un honnête instrument. Le Bâton de la Mort ne vous appartient plus et vous n'avez même plus la baguette que vous offrit Albus, symbole de son amour. Votre séjour à Nurmengard vous a miné. Vous avez retrouvé un corps jeune mais votre esprit, vos regrets, vos repentirs font de vous un homme âgé et rongé. Vous n'êtes plus le Gellert Grindelwald qui a cru réaliser les rêves de son amant il y a un siècle. Vous avez compris que ceux-ci vous ont éloigné de lui bien plus que la mort de sa sœur. Lors de votre tout dernier affrontement avec Voldemort, vous avez refusé de trahir votre ancien amant, préférant mourir. Il n'a jamais cessé de vous aimer. Tout comme vous.

Le sorcier regardait avec ahurissement ce jeune homme qui, se moquant de sa réputation, analysait calmement leur situation respective et semblait tout connaître d'évènements dont il croyait être le seul au courant. Sans le quitter des yeux, Harry rendit à son sac sa dimension initiale, fouilla dedans et en sortit la baguette de cormier. Il la tendit vers le sorcier sans pour autant s'en approcher. Gellert l'attira à lui d'un simple "accio".

— Comment est-elle en ta possession ? fit-il d'une voix étranglée en caressant le bois lisse.

— Peu importe. Elle est vôtre. Albus n'aurait pas admis que je la garde.

— Espérais-tu donc me rencontrer ? railla-t-il.

— Espérer ? Le mot me semble déplacé ! C'était du domaine du probable, dirons-nous, rétorqua Harry.

— Du probable ? Se rencontrer à des milliers de kilomètres de Londres sans le vouloir car ma venue en Louisiane n'a rien à voir avec vous.

— Tu cherchais un invocateur de magie noire pour que ta fusion avec le corps de mon frère devienne permanente, tu ne pouvais trouver mieux qu'en Louisiane auprès de ton fils naturel, Nicolas de Noailles, analysa Pierre-François.

— ...

— Depuis que le précédent comte de Saint-Maur est mort, il ne te reste que lui, termina-t-il.

— Et toi !

— Je ne serai jamais ton disciple, expliqua-t-il d'un ton froid. J'ai choisi mon chemin le jour où j'ai tourné le dos à mon illuminé de frère.

— Pour l'amour d'un gamin de dix-neuf ans !

— Pour mes compagnons, oui, mais pas uniquement. Je suis père, je dois à la violence, aux crimes de mon frère, la mort de mon premier fils assassiné par les mangemorts de Voldemort et je ne veux pas laisser à mes enfants un monde de chaos et d'obscurantisme. Nous travaillons tous les trois dans le sillon creusé par la Lumière.

— En étant revêtus de capes et de masques, en utilisant des armes moldues, des sorts impardonnables ? Es-tu devenu mieux qu'eux, ces mangemorts que tu honnis? jeta le mage noir.

— Parfois on n'a pas le choix ! intervint Jim. Vous savez tout comme moi qu'un bon stratège doit s'adapter au terrain, aux ennemis, aux armes. Parfois, la fin justifie les moyens.

— Voyez-vous ça ! Un moldu donneur de leçons !

— Qui est aussi le premier professeur moldu de l'Université sorcière de Cambridge qu'il a aidé à rouvrir, qui était aussi à la bataille de Stonehenge, aux négociations avec les représentants européens moldus de Haultepenne, présent chaque fois que notre monde sorcier a besoin de soutien, décrivit d'une voix glaciale Harry. Tout ce que vous avez laissé derrière vous c'est la misère, la souffrance, le deuil. Il a fait plus pour le monde sorcier que vous. Vous vous êtes caché derrière votre amour pour assouvir votre soif de puissance. Votre nom est encore exécré dans la moitié de l'Europe.

— Je sais tout cela. Et j'ai eu plus de cinquante ans de solitude pour revivre encore et encore chacune de mes erreurs.

Harry resta tétanisé par l'aveu de l'homme. Il soupira relâchant sa garde ce que l'autre vit, il fit un mouvement de la main et aussitôt la gueule noire du glock fit son apparition dans le poing de Jim.

— Pas de geste brusque ! fit ce dernier d'un ton sec.

— Je suis désolé Etienne, fit Pierre-François en se tournant vers son ami.

— Tu n'as pas à l'être, j'ai été naïf. La même apparence ne veut rien dire. Si j'ai bien compris tu es le descendant de Gellert Grindelwald ?

— Je suis son arrière petit-neveu. Mon jumeau a toujours eu deux obsessions : le mage noir et le Sauveur du monde sorcier, Harry Potter.

— Et cet homme ?

— Gellert Grindelwald a été tué des mains de Voldemort. Harry, pourtant héritier de Salazar Serpentard, œuvrait pour la Lumière et non pour les idées de suprématie des Sang-Pur et, entretemps, il était devenu, avec Jim, mon compagnon. Mon frère ne pouvait supporter ni la place qu'ils avaient prise dans mon cœur, dans ma vie ni que je sois uni à son fantasme, il a donc décidé de nous tuer tous les trois. Dans sa folie, une autre idée a germé dans son esprit, ouvrir un passage vers les limbes et en faire revenir notre aïeul. On peut dire que là, je me suis fait avoir. François-Marie, même avec celui qui à ce moment était son bras droit, O'Reilly, n'avait pas la puissance nécessaire pour refermer le portail magique et repousser les ténèbres dans l'enfer, il avait donc besoin de nous. Nous avons eu vent de son projet, une prophétie existait que nous avons déchiffrée et nous en avons conclu qu'une grande bataille aurait lieu à Stonehenge et ce fut le cas. Nous avons cette nuit là supprimé un être nuisible qui s'appelait Ombrage mais mon frère en a profité pour faire revenir d'entre les morts le pire des mages noirs.

Il a conçu le projet dément de se lier à cet être inférieur qui n'avait plus de corps et de fusionner avec lui. Ce qu'il n'avait pas prévu c'est qu'il y en a toujours un qui domine l'autre, voire qui le fait disparaître, le plus puissant des deux. Manifestement mon frère n'était pas de taille, l'esprit de l'entité lui était bien supérieur. Il y a pourtant un problème, la fusion si elle n'est pas entérinée n'est pas définitive, le sorcier assujetti peut lors d'un moment de faiblesse du possesseur essayer de reprendre l'avantage. Cela explique la présence de Gellert Grindewald à la Nouvelle-Orléans sous l'apparence de mon frère.

— Et j'ai réussi ! Je ne suis plus Gellert Grindelwald, il n'y a plus que François-Marie Vassier, grand maître de cette minable organisation qu'il appelait pompeusement la Loge sorcière, véhiculant ce qu'il croyait être mes idées. Si je n'ai pas dissous cette ridicule société secrète, c'est pour éviter que ses membres aillent grossir celle de O' Reilly ou celle de Liebling.

— Que sais-tu de Liebling ? interrogea fébrilement Pierre-François.

— Le dernier des assassins de ton fils ! Te voilà déjà prêt à te ruer vers lui pour le lui faire payer, risquant de perdre tout ce que tu as réussi à construire. Quel sentimentalisme affligeant ! fit l'autre d'un ton dédaigneux.

— Non ! Je ne bougerai pas. Je ne veux perdre ni ma vie, ni mes compagnons, ni ma fille, mais je peux agir légalement, rétorqua le jeune sorcier sèchement.

— Si tu crois que le ministère recherche les mangemorts de façon active avec à sa tête le bras droit de Voldemort !

— Lucius Malefoy a bien des défauts mais ses recherches sont réelles. Il a fait une promesse à Pierre-François, il la tiendra. De toute façon, j'y veille, fit Harry froidement.

— Et si il ne le fait pas, tu revêtiras ton masque, ta cape et avec ta Fratrie tu l'acculeras dans un coin et, pour que ton homme ne risque rien, tu le supprimeras en un soi-disant état de légitime défense comme tu l'as fait avec Mac Dowell ? N'oublie pas que je puise dans les souvenirs de ce cher François-Marie.

— ...

— Il ne méritait pas mieux, cet ignoble porc, mais ça m'étonnerait beaucoup qu'Albus ait approuvé tes méthodes.

— Je ne suis pas lui ! Si je devais choisir demain entre le monde sorcier et mes amours, ce choix serait le mien, posa Harry toujours aussi glacial.

— Le rôle de moralisateur vous va comme un gant, railla Jim.

— Je sais ce que j'ai fait, ce que j'étais, ce que je regrette et ce que je referais de la même façon. Vous avez la chance d'être trois. Vois-tu la vie pareillement depuis que tu es avec eux ? demanda-t-il à son arrière-petit-neveu en se tournant vers lui.

— Il y a des choses auxquelles je ne peux m'abaisser, fit calmement Pierre-François. Je ne veux pas être pire qu'eux. Ne t'y trompe pas, ce qui conduit et motive Harry est toujours l'amour, quel qu'il soit.

— Que diriez-vous d'une tasse de thé, Messieurs, intervint Verdana, jugeant le moment propice pour détendre l'atmosphère.

Son mari posa sur elle un regard amusé. Après plus de vingt cinq de mariage, elle arrivait toujours à l'étonner. Sans attendre la réponse, elle appela un elfe de maison qui revint aussitôt avec un plateau de cupcakes et de pralines aux noix de pécan, une théière, des tasses. La maîtresse de maison se leva pour faire le service elle-même passant devant l'arme de Jim et le mage noir sans hésitation. Par politesse, Jim baissa le révolver et Harry rangea sa baguette. Gellert fit un geste de la sienne pour désarmer Jim, aussitôt elle passa dans la main qu'avait tendue Harry.

— De la magie sans baguette ? s'étonna Jean-Baptiste.

— Non ! de la magie ancienne, répondit l'Elu du monde sorcier britannique. Tenez-vous vraiment à être prisonnier d'un sort d'incarcerem pendant que nous buvons ce thé ? continua-t-il en s'adressant à Grindelwald. Nous sommes trois, vous êtes seul, peut-être pouvons-nous agir en personnes civilisées pour le moment ?

Les paroles étaient affables mais le ton était impérieux, une manière que l'on attendait bien peu d'un si jeune homme en face d'un mage d'une telle réputation. Celui-ci le fixa de son regard si clair, le même que son amour... Pourtant non. Il sourit intérieurement et soutint sans férir le regard froid et incisif.

— J'ai toujours cru que vous aviez les yeux du même bleu. Ceux de Pierre-François sont tellement différents, constata-t-il simplement.

Il ne vit pas le tendre sourire de celui-ci mais sentit une légère caresse sur son genou. En l'absence de réponse du vieux sorcier, il s'apprêtait à lui lancer un sortilège de saucisson quand d'un geste de la tête, il accepta. Harry lui rendit sa baguette et se concentra sur la tasse de thé que lui tendait son hôtesse, tandis que son compagnon lui conseillait de goûter les pralines, une spécialité régionale.

— Je suis sûr que tu vas aimer, lui fit-il avec air moqueur.

— En effet, c'est délicieux, apprécia-t-il d'un air gourmand.

Jim eut un petit rire en le voyant guigner les cupcakes qui étaient trop loin de lui. Il lui tendit une petite alvéole en papier remplie de pâte légère garnie d'un glaçage chocolat. Verdana regardait avec étonnement ces trois hommes qui une minute auparavant affrontaient arme ou baguette à la main, l'un des plus grands mages noirs sans hésitation. Leur intimité sautait aux yeux. Quand elle parlait avec sa fille de ce sorcier a l'air romantique et mélancolique, elle l'appelait le beau ténébreux et voilà qu'elle le retrouvait lumineux de tout cet amour qu'elle sentait en eux. Pierre-François, voyant l'examen dont ils faisaient l'objet, se crut obligé de donner quelques explications.

— Harry est un vrai gourmet, il apprécie tout ce qui est bon sans a priori et il adore cuisiner.

— Il trouve toujours moyen de rentrer à la maison avec des recettes et des produits, se moqua Jim gentiment.

— Et je suppose que vous vous en plaignez ? fit Etienne narquois.

— Non, fit simplement Pierre-François, j'ai beaucoup de chance.

Le mage noir les regardait lui aussi, surtout le disciple d'Albus. Il avait été impressionné par la présence, l'impression d'autorité, de puissance et la tranquille assurance que dégageait le garçon. Etait-il conscient de son charisme ? Couvé du regard par ses amants, il discutait avec autant de naturel de la cuisine locale avec Verdana qu'il en avait mis à le désarmer en utilisant la magie primitive. Leur hôtesse l'écoutait avec un léger sourire suspendue à ses paroles ; la fille aussi bien que le fils ne le quittaient pas des yeux.

Le jeune moldu à sa droite l'avait surpris aussi. Etant le seul sans pouvoir magique parmi ces sorciers à la réputation sulfureuse, il aurait dû se sentir en position d'infériorité cependant loin de là, il semblait parfaitement à l'aise, sur ses gardes, sans l'ombre d'un doute, mais nullement effrayé. Sa beauté n'avait rien d'efféminé. Un menton un peu trop carré dénonçait sa volonté, il avait un regard comme le bleu des nuits claires, une bouche bien dessinée, aux lèvres pleines, ourlées de rose, un teint sans défaut encore bronzé des vacances certainement passées au soleil, une vraie splendeur.

Enfin il y avait son arrière-petit-neveu, séduisant, charismatique. Il l'avait perçu dans les souvenirs de son frère comme un dépravé, aimant et utilisant les hommes, méprisant la vie humaine. Sachant, pour en avoir entendu parler autour d'eux quand il n'était encore qu'une infime partie de ce corps maintenant asservi, qu'il vivait avec l'Elu du monde sorcier et son fiancé, bien plus jeunes que lui, il n'avait pas cherché plus loin et considéré les sentiments, les réminiscences de François-Marie comme vérités. Ses yeux lumineux ne quittaient pas ses amants, on le sentait attentif à leurs moindres désirs, protecteur envers eux. L'amour qui les unissait était presque palpable et il ne comprenait plus. Si cela était faux, que pouvait-il croire ? Comment se fier à cette mémoire qui pour lui était la seule qui comblait le trou noir de toutes ces années passées dans l'isolement de Nurmengard.

— Comment est mort Albus ? jeta-t-il soudainement.

Harry sursauta, arraché à la quiétude de sa conversation culinaire. Tous eurent une expression surprise en voyant Pierre-François et Jim poser une main protectrice, rassurante sur les siennes. Il hésita et sembla se recueillir avant de parler d'une voix monocorde, inexpressive.

— Voldemort pour ne pas mourir même si il était vaincu en combat avait créé des horcruxes. Il en avait dissimulé un dans le chaton d'une bague où était aussi enchâssée la Pierre de Résurrection. Albus recherchait les morceaux d'âme pour les détruire. Lorsqu'il trouva la bague dans la maison des Gaunt, son désir de voir ses parents et sa sœur le posséda et, imprudemment, il mit l'anneau à son doigt, déclenchant ainsi le terrible maléfice qui la protégeait. Il la brisa, mais le sortilège avait brûlé, paralysé sa main. Petit à petit, il se propageait, le détruisait, il se savait condamné.

Il y avait à Poudlard, un jeune garçon dont le père était un mangemort en disgrâce. Pour punir l'échec de celui-ci, Voldemort en avait fait le plus jeune de ses Mangemort, il avait seize ans. Il lui ordonna de faire entrer ses partisans dans l'école et de tuer son directeur. Il aimait la vie, il aimait ses parents, surtout sa mère et il craignait le Seigneur des Ténèbres que son père servait. Cette année là, il vécut l'enfer, replié sur son terrible secret. Vint enfin un jour où il réussit à réparer l'armoire à disparaître qui se trouvait dans la salle sur demande et à introduire les mangemorts. Poudlard fut attaqué en l'absence de Dumbledore parti détruire un autre horcruxe, je l'accompagnais dans cette quête. A notre retour, il était blessé, affaibli. Je n'oublierai jamais son expression horrifiée quand il a vu la marque des ténèbres au-dessus de son école. Nous avons réussi pourtant à rentrer et nous nous sommes retrouvés coincés en haut de la tour d'astronomie.

Le jeune garçon fut le premier à nous rejoindre. Malgré ce qu'il en disait, Poudlard était, comme pour moi, sa maison et, si il ne l'aimait pas autant que moi, au fon de lui, il respectait ce vieux fou ainsi qu'il l'appelait familièrement. Il ne put jamais le tuer, au contraire il voulut passer du côté de la lumière quand Albus lui promit de sauver sa mère. Il n'en eut pas le temps. Les mangemorts étaient là et à leur tête, cette illuminée de Bellatrix Lestrange. Pourtant même dans ces conditions, il ne put le tuer. C'est Severus Rogue qui le fit. Espion pour le compte de l'Ordre du Phénix depuis des années, il avait fait la promesse à Albus d'accomplir ce forfait afin de sauver l'adolescent. Sans comprendre, à ce moment, la signification de ce qui se déroulait devant mes yeux, je vis mon mentor le supplier de respecter son serment. Il l'a tué d'un avada kedavra.

— Tu n'as rien fait ?

— Dès notre arrivée au sommet de la tour, dans le but de me protéger, Albus m'avait immobilisé d'un sortilège et couvert de la cape d'invisibilité. J'ai assisté à toute la scène sans pouvoir bouger, termina-t-il d'une voix rauque.

— Qui était le garçon ?

— Mon meilleur ami, Draco Malefoy, fit Harry en le défiant du regard. Albus l'avait fait pour qu'il ait une chance de vivre normalement, je la lui ai donnée un an plus tard en le sortant d'Azkaban avant qu'il y meurt. Il est comme le frère que je n'ai jamais eu.

— Tu choisis mal tes amis, mon petit ! fit le mage noir méprisant.

La sonnerie de son téléphone interrompit la réplique de Harry. Il décrocha après un mot d'excuse à ses hôtes. Ils l'entendaient répondre à son interlocuteur.

— Pas de problème, nous allons bien.

— ...

— Grindelwald.

— ...

— Non, Dray, tu restes là. Ta famille a besoin de toi.

— ...

— Tu n'alertes pas Erwin et Jimmy, ils vont s'inquiéter pour rien. Tout va bien, fit-il patiemment.

— ...

— Oui c'est une bonne idée ! Passe la moi !

— ...

— Bonsoir, ma princesse. Comment se fait-il que tu ne sois pas encore dans ton petit lit ? fit-il tendrement.

— ...

— Tu es déjà en pyjama ? Le rose avec des petits boursouflets ? C'est bien, Chérie. Je te passe Papa et Daddy, puis tu vas dormir sagement avec Teddy. Je suis sûr que tante Hermione va te lire un conte de Beedle-le-Barde.

— ...

— Tonton Sylas va vous raconter l'histoire de Margot et le chaudron de la vilaine sorcière ? C'est très bien, tu vas voir, je la connais aussi cette histoire. Je te fais plein de gros bisous, ma poupée, finit-il avant de tendre le téléphone à Pierre-François.

Il fixa de ce regard qui se voulait sans expression, ce regard des Sang-Pur dont il n'était pas et dont il usait maintenant volontiers pour se protéger, le visage abîmé qui lui faisait face, le même à première vue que celui qu'il aimait caresser, embrasser. Il n'y lisait rien que de l'indifférence. Le dialogue du père et de l'enfant qui se déroulait à côté d'eux semblait le laisser froid.

— Jamais, ils ne connaîtront ce que j'ai vécu, fit-il calmement en le fixant. Je m'en suis fait le serment.

— C'est une menace ? se moqua le vieil homme.

— Une promesse, répliqua Harry en passant sa main dans ses cheveux rebelles d'un geste impatient.

— Tu as une petite fille ? l'interrogea Marguerite.

— C'est celle de Pierre-François, elle a trois ans. Elle est très éveillée.

— Et bavarde comme une pie, précisa Jim en souriant.

— Qui est Teddy ?

— Mon filleul, le fils de Draco Malefoy.

— Tu ne m'avais pas dit que tu avais une enfant, fit Etienne étonné au père qui venait de passer l'appareil à Jim.

— Il n'y a que quatre mois qu'elle est avec moi. Pour la protéger de mon frère, j'avais dû la cacher. Je ne la voyais que deux après-midi par mois. Puis les mangemorts ont découvert son existence et Harry l'a enlevée juste avant eux pour la sauver. Jim et lui s'en sont occupés ensuite.

— La protéger de ton propre frère ? interrogea Verdana.

— Par jalousie, il a toujours essayé de détruire les personnes qui occupaient une place dans ma vie, ma femme, mes amis, le petit-ami avec qui j'ai vécu quelques mois. Il avait un côté monstrueux, acheva-t-il tristement. La seule chose qu'il respectait, en souvenir de mon fils mort à cinq ans, était l'enfance. Il ne voulait pas engager dans sa Loge des mineurs, pourtant je suis sûr qu'il aurait tout oublié de ce principe si il m'avait vu avec Lily. J'étais son jumeau, sa moitié, je ne devais aimer que lui. Lui, n'aimait personne.

— Pourtant tu es avec eux et ta fille aussi, intervint Etienne.

— Ça c'est Harry. Pour lui, rien n'est impossible. Il veut toujours tout assumer, tout connaître, tout résoudre. Dès qu'il y a un problème autour de lui, il n'a de cesse d'y avoir trouvé une solution. Quand il a protégé Lily, nous n'étions rien encore l'un pour l'autre. Il l'a fait parce qu'il pensait que c'était juste et que ça devait être fait.

— « Je ne sais vraiment pas quoi faire, la vie de ce mec est un monstrueux gâchis », fit Jim en souriant, c'est ce que Harry a dit quand nous avons reçu les différents rapports te concernant.

— Et tu m'as répondu : « Commençons d'abord par l'aider à rester en vie et mettre l'enfant en sûreté, ce que nous savons, d'autres le savent aussi... ». Et le soir même a eu lieu l'enlèvement de Lily par la Fratrie juste au nez et à la barbe des mangemorts venus dans le même but, conclut Harry amusé.

— Puis vous êtes venus me sauver de leur guet-apens à la fermeture du club, fit Pierre-François rêveur. J'ai compris qui menait ce groupe masqué, que je connaissais de réputation comme le monde sorcier, en me rappelant de Cloud que j'avais vu avec vous au Café de Flore. Tout compte fait, ce n'était pas moi le grand méchant loup !

— On reparlera de ce point précis à la maison, fit Jim moqueur.

— La Fratrie, c'est ton groupe d'intervention ? questionna Jean-Baptiste voyant leur aparté durer.

Il nota l'hésitation de Harry à répondre.

— Ce n'est que la partie émergée de l'iceberg, se décida-t-il à expliquer. La Fratrie est infiltrée à tous les niveaux du pouvoir, ainsi qu'à l'étranger et en monde moldu.

— Et qui la dirige ? s'enquit le mage noir d'un ton bref.

— Moi, répondit-il en le fixant, depuis un an.

— Tu avais à peine dix huit ans ! s'exclama Verdana.

— Il combat Voldemort depuis l'âge de onze ans, expliqua Pierre-François calmement.

— Si je comprends bien, ton compagnon n'est pas n'importe qui, remarqua Etienne.

— En effet. Il est celui que le monde sorcier britannique appelle, l'Elu, le Survivant ou depuis sa victoire sur le seigneur des ténèbres, le Sauveur. J'aimerais parfois qu'il ne soit que Harry, cependant son passé, sa souffrance, ses certitudes font partie de lui et en ont fait ce qu'il est, mon compagnon, conclut-il doucement en lui lançant un regard amoureux.

— Je n'ai pas voulu mon destin, rétorqua ce dernier en haussant les épaules. Une prophétie et un mage noir ont choisi pour moi.

— Et Jim ? interrogea Marguerite.

— Jim … fit Pierre-François avec un air rêveur qui fit sourire doucement Harry.

— Tout ça, fit l'intéressé avec une petite grimace.

Pierre-François prit sa main, la retourna et posa ses lèvres sur l'artère du poignet où pulsait le sang.

— Jim, c'est l'air indispensable que nous respirons, fit-il enfin en lançant un regard complice à Harry.

— Bonne définition, acquiesça ce dernier.

Jim regarda tour à tour ses compagnons, rougit et, pour la première fois de sa vie peut-être, ne sut que répondre, ce qui fit rire les deux autres.

oOo

Verdana regardait par la porte-fenêtre son mari, leur ami et ses compagnons s'éloigner lentement entre les chênes séculaires recouverts de mousse espagnole. Elle vit Jim s'attarder auprès d'un hibiscus géant, se pencher pour en sentir le parfum. Harry jeta un coup d'œil derrière lui, revint sur ses pas et posa sa main sur la taille de son fiancé avant de se pencher vers les fleurs avec lui.

— Ils ont l'air de beaucoup s'aimer mais j'ai difficile de comprendre, fit une voix derrière elle.

— Ils semblent en effet très proches et très heureux, fit la sorcière à son fils.

— Je croyais que les homosexuels étaient des hommes dont le physique et la conduite étaient efféminés. Jim est sans conteste, pour moi, le plus beau des trois mais même si ces mouvements sont élégants, il n'y a rien en lui de féminin ou de maniéré. Pierre-François, je savais qu'il était gay et ne l'ayant jamais constaté de visu, ça ne me dérangeait pas. Ce n'était qu'une notion abstraite ou je m'étais fait à cet idée, je ne sais pas, pourtant quand il s'agit de Harry ça me paraît presque choquant, car il est considéré comme un héros.

Qui dit héros dit homme viril, ayant toujours des femmes autour de lui. Il a une aura magique plus forte encore que Pierre-François. J'ai admiré la façon dont il a tenu tête à ce sorcier noir dont on ne sait si il faut l'appeler François-Marie ou Gellert. Si j'ai bien compris, il jouit d'une influence et d'une autorité peu communes pour un sorcier de son âge. Son regard vert peut être terrible, menacer, impressionner cependant il n'est qu'amour et douceur quand il se pose sur eux, non sur une femme fragile, non sur de faibles enfants mais sur des hommes dans la force de l'âge et que l'on ne peut que craindre si demain on les affronte en combat. Je m'aperçois que je dois tout remettre en cause.

— Il n'empêche, mon fils, que c'est contre nature. Une union est faite pour procréer ce qui n'est pas le cas d'un couple masculin.

— Et l'amour n'aurait pas d'importance ?

— Les homosexuels sont mal vus, ils doivent vivre leur amour cachés et ne peuvent avoir les mêmes emplois, les mêmes postes à responsabilité que les autres.

— ...

— La société est ainsi faite, ils ne doivent pas contaminer les autres.

— Contaminer ? Tu en parles comme d'une maladie ! répondit Jean-Baptiste choqué.

— Allez vous continuez encore longtemps à abreuver ce jeune homme de pareilles balivernes ? fit une voix sèche.

— Monsieur, je ne vous permets pas !

— Madame ! Si vous aimez votre enfant, comment pouvez-vous désirer qu'il vive avec de telles idées !

— …

— Savez-vous ce que fait Pierre-François dans la vie ? demanda le mage noir d'une voix doucereuse.

— J'ai entendu parler de décoration, répliqua Verdana d'un ton agacé.

— Il est le directeur de la plus prestigieuse école de sorciers d'Europe. Jim est pour le moment professeur à l'Université sorcière de Cambridge et est destiné à être l'ambassadeur du monde sorcier britannique auprès des gouvernements moldus, comme l'a expliqué Harry. Son père est lui-même diplomate. Quant à l'Elu, il a voulu suivre les études de politiques sorcières mais dès maintenant il pourrait choisir entre le poste de ministre ou celui de directeur du magenmagot.

— Donc l'orientation sexuelle n'influence rien ?

— Elle ne change nullement la capacité, l'intelligence d'un homme ou d'une femme et il serait tout à fait stupide d'envisager se passer de telles capacités pour ce genre de considération. Toutefois, oui, la société dans certains pays, à cause de croyances ou de préjugés, se permet de choisir parfois sur d'autres critères que le mérite, et ça dans les deux mondes.

— Alors on ne peut aimer qui l'on veut.

— L'amour, Jean-Baptiste, l'amour ne choisit pas. Il n'est pas important d'aimer une femme, d'aimer un homme. Il est important d'aimer tout court car c'est la plus belle des choses. Depuis que je suis revenu de l'au-delà, j'ai entendu bien des rumeurs sur Harry Potter mais rien n'évoquait la haine et le monde sorcier britannique ne s'y trompe pas.

— Ils savent qu'il vit avec deux hommes ?

— Harry et Jim sont fiancés selon la tradition sorcière et doivent se marier dans trois ans. Tous les Sang-Pur assistaient à la cérémonie, Pierre-François y compris.

— Cela a dû être un déchirement pour lui, remarqua le jeune homme.

— Je l'ignore, je sais que Harry est son compagnon elfique, il porte le bracelet traditionnel de la famille Vassier qui compte une elfe sindar dans ses anciens.

— Ils n'ont jamais aimé de femmes ? s'enquit curieux le jeune homme.

— Pierre-François a été marié pendant cinq ans à une sorcière qui lui a donné son premier fils et sa fille a forcément été conçue avec une femme mais je n'en sais pas plus.

— Et vous ?

— A seize ans, je suis tombé follement amoureux d'un garçon, je l'ai aimé jusqu'à ma mort. J'ai serré entre mes bras bien des corps féminins ou masculins, jeunes ou vieux, blancs ou de couleur, j'ai éprouvé de la passion envers certains, de la tendresse pour d'autres. Il y en a qui sont passés dans ma vie comme des météores en des passions qui ont bouleversé des instants de ma vie, avec d'autres j'ai fait un bout de chemin plus ou moins long. Je l'ai parfois haï mais je n'ai jamais oublié Albus, nous sommes restés, à distance, amants, complices, amis jusqu'à notre mort intervenue à peu près au même moment, sauf que je suis là maintenant sans lui, pour la première fois. Par Merlin, qu'il me manque, mon compagnon, fit-il d'une voix douloureuse en passant une main tremblante dans les cours cheveux blonds.

— ...

— Toutes ces années je savais qu'il était là, je ne l'ai pas vu pendant très longtemps, mais je le suivais de loin. Nous nous écrivions de temps en temps, moi des ténèbres, lui de la lumière. Il existait et c'était bien. Même à feu et à sang de ma faute, le monde était beau parce que quelque part, il respirait.

— ...

— Puis est venu le temps des combats, et il m'a vaincu, au nom du bien, moi qui à ce moment incarnait le mal du monde sorcier. Je reconnais volontiers que j'avais été bien trop loin, que cette quête de nos idées folles de jeunesse me servait d'exutoire. J'ai ensuite passé cinquante ans enfermé à Nurmengard, dans l'isolement le plus total. Seules les lettres d'Albus m'ont tenu vivant, il me parlait du monde comme il le voyait, de sa lutte contre Voldemort, et je ne pouvais l'aider. A travers les souffrances du monde sorcier britannique qu'il me décrivait, à travers l'histoire de Voldemort et de ses mangemorts qu'il me contait, je retrouvais mes propres exactions, mes propres fautes. J'avais tout le jour, devant les yeux, la devise que nous avions choisie ensemble dans nos délires enfantins : "Pour le plus grand bien" et qui n'était plus que la bannière d'un bagne perdu dans une étendue semi-désertique. Depuis très longtemps, je savais que c'était une utopie, depuis trop longtemps, je savais que je n'étais qu'un assassin. Puis il a commencé à me parler de Harry, son élève, son disciple et de son destin et j'ai senti l'espoir renaître en lui. Le garçon a raison, il n'a pas choisi. Tout était écrit.

Un bruit de pas et de voix, interrompit le conteur. Les sorciers revenaient.

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oOo

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— Demain, nous prendrons un chabec et nous descendrons la rivière.

— Un quoi ? souffla Jim.

— Un bateau, fit Pierre-François à voix basse.

— Je vous montrerai les bayous, poursuivait leur hôte sans s'occuper de leurs chuchotis. Dimanche, nous irons au vieux carré français.

— Etienne ! Je ne veux pas les mettre en danger. La nouvelle de la présence de Harry va se répandre comme une traînée de poudre.

— Tu n'as pas le choix, mon ami. Demain soir, nous sommes invités chez Nicolas de Noailles. Tu ne m'as pas encore donné la raison de votre présence à la Nouvelles-Orléans mais je crois que cette réception servira votre but.

— C'est exact, admit Harry. Le mari de Draco, Sylas Van Neeren, est l'actuel comte de Saint-Maur. Il aimerait savoir comment est, réellement, mort son grand-père. Le rapport de l'hôpital sorcier dit qu'il a reçu ici un sortilège qui l'a tué lentement, en plusieurs années. Il est mort dans les bras d'un sorcier créole qu'il avait fait appeler et qui est parti aussitôt après son décès. Etant donné ce que nous avons appris des rapports entre Gellert Grindelwald, son disciple Philibert de Saint Maur et Nicolas de Noailles, je pense que c'est ce dernier.

— A quoi ressemblait ce comte de Saint-Maur ? s'enquit Verdana.

— Je l'ignore, fit Harry.

— Il était grand et mince, noir de cheveux et d'yeux. Il avait un très beau sourire et s'en servait souvent, faisant tourner la tête des femmes qui le trouvaient séduisant et il aimait ça, intervint Gellert. Il avait une idée un peu surannée de la noblesse ou des Sang-Pur ce qui est un peu pareil. Bien entendu, la dernière fois que je l'ai vu, il avait quarante ans. J'aimerais savoir qui l'a assassiné car cet homme était la loyauté même.

— Pour une fois, nous aurons donc un but commun, grommela Jim.

— Messieurs, le dîner sera servi dans une heure. Peut-être aimeriez-vous vous rafraîchir avant ? Frany va vous montrer vos chambres.

Pierre-François sursauta. Verdana voulait-elle dire qu'ils devaient occuper des chambres séparées ? Il n'était pas question qu'il laisse ses amours seuls et surtout pas ici. Jim posa une main apaisante sur son avant-bras.

— Viens, lui souffla-t-il.

Ils suivirent l'elfe de maison qui leur montra, en effet, trois chambres. Sans qu'ils protestent, leur porte se referma sur chacun d'eux. Harry s'assit sur le bord du lit, découragé. Il se sentait mal à l'aise, encore plus pour son compagnon puisqu'ils étaient chez ses amis. Leur amour était critiqué, rejeté pourtant il n'avait en rien changé. Simplement, ce monde ne le voyait pas de la même façon. Quant à la présence de Gellert Grindewald sous l'apparence de François-Marie, il ne savait encore qu'en penser. Il chercha dans son sac, le pantalon à pinces grège, la chemise à col tunisien blanche et la veste légère plus foncée qu'il avait décidé de porter ce soir là, posa le tout sur sa trousse de toilette avant de sortir de sa chambre et d'entrer dans celle de Jim.

— Tu en as mis du temps, amour.

— Juste celui de prendre ce qu'il me fallait, mon tout-beau. Pierre-François ?

— Pas encore là. Peut-être nous attend-t-il ?

— Prends tes vêtements, fit-il en rendant à son sac sa dimension initiale, et allons y.

Ils trouvèrent Pierre-François sur le balcon, regardant au loin le fleuve qui serpentait.

— Je suis désolé, je n'aurais pas dû vous entraîner ici, fit-il d'une voix rauque sans se retourner.

— Nous avons décidé tous les trois de venir, amour, fit tendrement Jim. Leur avis a-t-il une importance quelconque ? Notre lien se moque bien de ce genre de chose, non ?

— Tu as raison, soupira-t-il. Montrons leur qui nous sommes.

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oOo

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Etienne contemplait sa femme manifestement nerveuse. Elle jetait de fréquents coups d'œil à Jean-Baptiste qui conversait avec sa sœur à voix basse, on voyait pourtant à leur expression et à leurs gestes remplis de colère qu'ils étaient loin d'être d'accord. Il vit son fils abandonner Marguerite qui lui parlait toujours d'un pas agacé et se diriger vers lui.

— Pa, j'aimerais venir avec vous demain.

— Pourquoi ?

— Je voudrais les connaître mieux.

— Tu en as parlé avec ta mère ?

— Non ! Tu sais qu'elle les a fait mettre dans des chambres séparées ? Croit-elle que ça va changer quelque chose et qu'ils ne vont pas se coller et se donner des becs (1) dès que les portes seront fermées sur eux ?

— Elle est un peu vieux jeu mais ce n'est pas grave, je m'en expliquerai avec Pierre-François.

— Je ne sais comment considérer l'homosexualité, Père. Vous me l'avez cachée comme une chose honteuse. A Salem, à l'école, il y avait plusieurs garçons qui s'aimaient, qui sortaient ensemble, qui ne dissimulaient pas les sentiments qu'ils éprouvaient pour leurs petits amis.

— Et qu'en as-tu pensé ?

— Je les ai enviés.

L'entrée des trois jeunes sorciers l'empêcha de répondre à son fils. Il ne put s'abstenir, en les voyant, de songer que ça n'allait pas arranger les choses. Vêtus tous les trois de tenues habillées coordonnées, ils avaient l'air de gravures de mode que l'on voit dans les magazines moldus. Sûrs d'eux, le sourire aux lèvres, ils entraient en conquérants, à l'aise dans les salons aussi bien que dans les combats. Jean-Baptiste se joignit aussitôt à leur groupe pendant que lui accueillait les deux couples d'amis qu'il avait invités.

Jim regardait avec agacement Pierre-François rire des plaisanteries du fils de leurs hôtes. Le jeune garçon était agréable à regarder sans l'ombre d'un doute, sa peau brune dénonçait un métissage ancien tout comme ses cheveux bouclés et ses grands yeux noirs cachés derrière des cils qui n'en finissaient plus. Il parlait avec les mains qu'il avait fort belles, ses doigts fins et élégants dessinaient dans l'air, en gestes langoureux, son pays qu'il leur détaillait. Le moldu se pencha afin d'attraper son verre posé sur la console derrière lui et, au passage, posa sa main sur l'épaule de son homme pour s'appuyer. Celui-ci lui adressa un bref regard et un tendre sourire un peu moqueur nullement dupe de la manœuvre qui ressemblait à un rappel à l'ordre.

Jean-Baptiste répondit à la demande de sa mère et les quitta presque aussitôt remplacé par Etienne et Gellert. Ce dernier, habillé, par hasard, pratiquement de la même couleur que Pierre-François et dans le même style, n'avait jamais autant ressemblé à celui-ci. Cette similitude entre le directeur de Poudlard et le mage noir dans le corps de François-Marie était choquante pour ses compagnons mais pour Pierre-François c'était bien plus. Il savait que Gellert n'en était pas l'instigateur, que son frère était le premier responsable de son propre anéantissement pourtant, tout indigne qu'il soit, il était son frère et sa disparition le bouleversait. Il avala d'un coup son verre de whisky pur-feu, une traînée de chaleur se répandit dans son œsophage, réchauffant son cœur au passage, il tendit la main vers la bouteille.

— Arrête, mon loup, lui souffla Harry.

Il lui lança un regard perdu.

— Je sais que tu es malheureux, amour, mais je ne veux pas que tu te donnes en spectacle ici, devant ces gens qui ne comprendront rien à ton chagrin et qui ne seront que trop contents de dire que nous manquons de classe et de dignité.

Il laissa retomber sa main, choisissant un jus de fruits pour se donner une contenance avant de sourire doucement à son compagnon qui effleura légèrement le poignet qui portait le lien.

— J'ai mal.

— Et j'ai mal avec toi parce que je t'aime, lui souffla Harry.

Jim tout en ayant l'air d'écouter la discussion suivait le malaise de l'aîné et les voyait dialoguer, il voulait être près d'eux. Il changea de position sous prétexte de prendre une boisson et se retrouva pratiquement contre Pierre-François. Il caressa doucement son côté pour l'encourager avant de se coller à lui pour attraper un chausson apéritif pourtant peu engageant.

— Tu vas manger ça ? lui murmura Harry.

— Maintenant que je l'ai pris, je n'ai plus trop le choix, fit-il avec un air complice.

— Goûte avant de juger, c'est très bon, commenta Pierre-François, c'est une petite galette de maïs enroulée autour d'une farce à la morue.

— Par Merlin, souffla Jim avec une grimace.

— La cuisine de la Louisiane est vraiment délicieuse tu sais, même si il y a des produits que nous ne connaissons pas ou n'employons pas, lui expliqua Pierre-François. Moi en tout cas, j'aime beaucoup.

Jim mordit avec précaution un morceau de son apéritif.

— Eh, tu as raison. Ce n'est pas mauvais du tout. C'est très épicé et plein de saveurs.

Harry essaya à son tour puis choisit un autre petit-four sous l'œil moqueur de Pierre-François.

— Je vous préviens, ce soir, pas de baisers, railla-t-il. Celui que tu viens de choisir, mon agneau, c'est un accra à l'alligator.

— On va remédier au problème de suite, fit Harry. Ouvre la bouche, mon loup, railla-t-il, taquin, en lui présentant un petit chausson brun devant les lèvres. Notre hôte te regarde, mon ange, le nargua-t-il.

— Harry, pas aujourd'hui, je ne suis vraiment pas d'humeur, répondit-il brièvement en mangeant l'apéritif.

— Je vois que vous faites connaissance avec les produits locaux, commenta Etienne.

— C'est vraiment très goûteux, fit Jim en lui souriant poliment.

— Demain, sur le chabec, nous emmènerons des po-boy, expliqua Jean-Baptiste qui les avait rejoints, ce sont des sandwichs de vrai pain à la française, agrémentés, en fonction du marché ,d'huîtres, de poisson, de légumes, d'œufs et de plein d'autres choses. C'est à chaque fois différent et très bon.

Harry, mécontent de s'être fait rabrouer, sirotait son cocktail de jus de fruits d'un air mélancolique, Pierre-François s'en voulait de son mouvement d'humeur injustifié envers son compagnon seulement désireux de lui changer les idées, quant à Jim il aurait voulu dire à ce jeune impertinent d'arrêter de manger ses compagnons des yeux, pourtant il fit un effort pour lui répondre qu'ils étaient impatients de découvrir les bayous dont on parlait tant. L'invitation à passer à table le dispensa de poursuivre la conversation.

Les écrevisses fraîchement pêchées et grillées accompagnées de croquettes de maïs étaient succulentes et le poulet aux okras accompagné de riz qui suivit délicieux bien que fortement épicé mais la crème glacée au gingembre qui terminait le repas, très appréciée par les créoles autour de la table, fit faire la grimace à Harry et il eut bien du mal à la finir. Ils clôturèrent le festin par un brulôt du bayou, ce mélange de café, de sucre de canne, de cognac dans lequel a macéré des zestes d'orange et de citron. Pierre-François ne put s'empêcher de rire doucement en voyant les yeux de son imprudent Jim s'ouvrir démesurément après avoir avalé une grande gorgée du mélange.

— Par Salazar, que c'est fort ! murmura-t-il.

— Va doucement, ma tendresse ! lui souffla-t-il avant de regarder vers Harry qui détourna trop vite la tête.

— Harry, arrête. Je sais que j'ai eu tort, que tu voulais me faire oublier. Le problème c'est que voir à côté de moi ce sorcier qui ressemble à s'y méprendre à mon frère et qui ne te quitte pas des yeux, comme ce dernier l'aurait fait, me pose plus qu'un problème.

— Je vois que tu te sens mal, chuchota son jeune compagnon, pourtant j'ignore quoi faire pour t'aider.

— Sois-là, simplement.

— Je ne t'ai pas quitté de toute la soirée, murmura-t-il.

Pierre-François se rendit compte qu'en effet, il ne s'était éloigné de lui à aucun moment. Il poussa un soupir désolé.

— Ta présence me fait du bien, n'en doute pas, mais je n'arrive pas à oublier mon jumeau. Je sais ce qu'il était, je sais qu'il me haïssait, je sais que nous étions en danger à cause de lui, je l'aurais tué sans hésitation pour vous protéger cependant, bizarrement, quelque chose me manque, comme une partie de moi-même. Voir ce corps qui lui appartenait et qui n'est plus lui se tenir là, devant nous ou, comme tantôt, à côté de toi, me choque. Les derniers jours à Poudlard j'ai étudié la fusion des entités et des auras magiques, je savais que ça allait probablement se produire mais ce n'était que théorique.

— Tout va bien ? interrogea Etienne qui s'assit sur la bergère en face d'eux.

— Oui. Je dois t'avouer que nous discutions de la situation. Ce n'est pas facile pour moi de voir le corps de mon frère marcher, sourire et même rire, fit Pierre-François en jetant un coup d'œil à Gellert en train de discuter avec les autres sorciers invités, tout en sachant que son esprit n'est plus.

— Et surtout, tu as une décision à prendre. De celles qui peuvent engager tout l'avenir du monde sorcier. Le repentir de cet homme est-il réel ? Quel est le danger à le laisser dans ce corps ? lui demanda son ami en faisant une grimace qui indiquait combien il préférait ne pas avoir à prendre une part quelconque à cette décision.

— Je crois qu'il a des remords, oui, mais il a toujours convoité les Reliques de la Mort et je suis incapable de dire ce qu'à ce jour, il est capable de faire pour les posséder.

— Ces reliques sont plus une légende qu'autre chose, non ? railla Etienne.

— Malheureusement, elles sont bien réelles et donnent le pouvoir à celui qui les possède toutes les trois de commander à la mort. Il en détenait une, la Baguette de Sureau. Lorsqu'il a combattu Albus et a été vaincu, il l'a perdue aussi, commenta Harry.

— Laissez-le chercher, ça l'occupera !

— Si c'était si aisé, fit Jim d'un ton amer.

— Pourquoi ne serait-ce pas simple ?

— Parce que les reliques ne peuvent être que données, conquises ou volées, expliqua Harry. Si il les désire afin de ramener son grand amour à la vie, dans le but de retrouver le pouvoir qu'il avait, il ne pourra qu'affronter celui qui les détient.

— Et je suppose que tu sais qui les possède ?

Harry se contenta de fixer Etienne sans lui répondre.

— Je commence à comprendre, mon ami, pourquoi, ce soir, tu es si sombre, soupira-t-il. Non seulement tu as perdu ton frère dans des circonstances plus que pénibles et sans possibilité de faire ton deuil mais en plus tes compagnons et toi êtes en danger.

— Cela a toujours été ainsi, fit-il. J'étais en danger seul à Paris, ils l'étaient eux aussi, nous le sommes ensemble maintenant. Nos ennemis étaient déjà les mêmes. Où est la différence ? Nous avons notre bonheur en plus.

— Et des enfants ?

— Ma fille et des garçons que les hasards de la vie nous ont confiés, ils sont en sûreté à Poudlard.

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oOo

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Pierre-François referma la porte de sa chambre en poussant un soupir accablé. Avec le décalage horaire, à Poudlard, il était cinq heures du matin. Il n'en pouvait plus. Il se glissa sous la douche, laissant l'eau ruisseler sur sa peau et laver la lassitude de son corps et de son âme. Il avait envie de crier, de hurler afin de se libérer mais là, chez Etienne, il ne pouvait pas et ses efforts pour se contenir, bloquaient sa gorge, lui donnaient la sensation d'étouffer. Il eut hoquet libérateur et s'appuya contre le mur de la douche, ses larmes devenant sanglots irrépressibles, puis spasmes nerveux. Ses jambes ne le portaient plus, il s'affaissa doucement sur la faïence blanche et se replia en position fœtale perdu dans sa douleur loin de tout ce qui n'était pas ce frère qu'il haïssait et qui allait tellement lui manquer.

Il perçut à peine l'ouverture de la porte de la cabine, un appel affolé fuser vers le dehors, une course précipitée, quelques jurons bien sentis et deux corps qui le rejoignaient sous le jet tiède et le relevaient. Il se retrouva entre leurs bras fermes qui l'enserraient, il entendait de loin leurs voix le bercer de serments d'amour. Il se calma peu à peu sous les soins des mains douces qui le lavaient délicatement, apaisé par les mots tendres que lui chuchotaient ses agneaux, rassuré par les caresses qu'ils lui prodiguaient.

Il se réveilla au matin serré entre eux, le visage au creux du cou de Harry, les lèvres de Jim dans sa nuque et leurs bras fermés sur son corps en une étreinte rassurante. Sans s'en rendre compte, il dut bouger.

— Ça va mieux, mon amour ?

— Oui. C'est passé. Je suis désolé.

— Il n'y a aucune raison. Si tu savais les nuits que j'ai passées à sangloter après la mort de mon parrain. Je te comprends très bien, lui fit-il en posant ses lèvres sur son front, caressant de la pulpe des doigts le visage de l'aimé qui laissa échapper un gémissement qui fit sourire Harry qui prolongea cet instant privilégié. Il caressa son nez du sien, ses lèvres cherchèrent les siennes, sa langue cajola la sienne. Harry, son amour, son compagnon, sa moitié. Il se serra contre lui. Là, il avait tellement besoin de lui, de son corps, de l'odeur de sa peau rassurante, familière qui représentaient son ancre dans cette vie.

Une bouche veloutée et tendre effleura sa nuque, remonta jusqu'au lobe de son oreille, le mordilla sensuellement, avant de lui souffler qu'il l'aimait, plus que tout. Un frisson de plaisir le saisit et se répandit jusqu'au bas du dos, Jim, avec lui, n'était pas prolixe de mots d'amour. Souvent il le voyait chuchoter tout contre Harry blotti dans ses bras, le caressant doucement, il respectait ces moments de tendresse entre eux, même si son cœur se serrait de les voir l'oublier un peu. Il avait promis qu'il en serait ainsi. Il avait aussi de ces moments uniques avec son compagnon elfique, mais pas avec Jim qui se contentait de lui manifester son attachement par des petits noms tendres.

Quelqu'un frappa à la porte troublant ce doux instant.

— Pierre-François ! Il faut vous lever ! le petit déjeuner sera servi dans vingt minutes et nous partirons de suite après.

— Nous arrivons, Jean-Baptiste.

— En voilà un qui ne doutait pas de nous trouver ensemble, ricana Jim.

— Il nous a observé assez depuis notre arrivée pour tout savoir, se moqua Harry.

— Je vois que ça ne t'a pas échappé non plus.

— Je l'ai remarqué aussi, intervint Pierre-François, mais je ne crois pas que ce soit dans de mauvaises intentions.

— Tout dépend de la façon de voir les choses, grommela Jim.

— Encore jaloux ? se moqua l'aîné.

— Je suis certain qu'il ne te veut que du bien, mon amour, ricana le jeune moldu.

— Ça veut dire oui ! railla Harry avec un petit clin d'œil à Pierre-François.

— Jean-Baptiste n'est pas gay, trancha ce dernier.

— Pas encore, se moqua Jim. Ne me dis pas le contraire, tu sais que j'ai raison.

— Il nous observe parce que nous sommes les premiers hommes à nous aimer devant lui, rien de plus, fit-il en haussant les épaules. Il a été élevé dans une société assez homophobe, par contre à l'école de sorcellerie il a dû en rencontrer d'autres qu'il n'aura pas osé fréquenter. Dépêchons-nous maintenant. Nous allons être en retard au repas.

Après la douche, il les enduisit d'une pommade fluide et incolore au parfum un peu âcre où dominaient la citronnelle et la menthe.

— Nous allons sentir comme un plat de la cuisine locale ! soupira Jim avec une grimace.

— Et très certainement Jean-Baptiste est habitué aux maringuoins (2) et ne met plus ce produit depuis longtemps. Lui, il va sentir bon ! le nargua Harry. Contrairement à nous. Quel sorcier sensé voudrait de nous ? se plaignit -il avec un sourire railleur.

Tout en les regardant se taquiner, il s'enduisit du même liniment.

— Très certainement, personne ! Vous avez entièrement raison ! répondit-il avec un petite rire.

Il les saisit par la taille de façon possessive, posa un baiser sur leur bouche avant de les pousser vers la sortie.

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oOo

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Ils descendaient vers la rivière suivant Etienne, derrière eux Jean-Baptiste discutait avec Gellert-François-Marie. Pierre-François avait revu ce dernier prêt pour l'expédition avec déplaisir mais le plus gros choc était passé. Depuis le premier affrontement à leur arrivée, le vieux sorcier n'avait plus semblé agressif. Comme eux, il paraissait sur la défensive attendant l'évolution des choses.

Un bateau à fond plat permettant de naviguer dans les étroits canaux et dans les marécages les attendait. Ils se dirigèrent vers Honey Island Swamp, l'une des dernières zones protégées de la Louisiane. Pierre-François qui avait déjà exploré les bayous avec Etienne à maintes reprises leur désignait les animaux, les végétaux qui leur étaient inconnus. Ils observèrent les lieux de nidification des alligators, des aigrettes, des ratons laveurs, des ragondins et de nombreuses espèces de serpents.

Les po-boy que leur avait annoncés Jean-Baptiste se révélèrent délicieux et furent suivis de gros morceaux de tarte aux pacanes. Quand ses compagnons virent Pierre-François sortir une fois de plus le pot contenant le baume contre les moustiques, ils levèrent les yeux au ciel.

— Enlève ton tee-shirt, Harry, fit-il à celui-ci qui s'exécuta sans hésitation.

— Tu les maternes, railla Etienne.

— Je prends soin d'eux, c'est normal. Ce sont mes hommes, ils le font pour moi aussi. Pourquoi les laisser se faire piquer si je peux l'éviter. Je ne me rappelle que trop bien de la nuit pénible que j'ai passée ici après avoir été la première fois dans les marais avec toi. Heureusement que ta gouvernante, la vieille Cléo était là. Elle m'a fait découvrir cette pommade qui est en plus facile à réaliser même si un grand parfumeur apprécierait certainement très peu son odeur. Jim à ton tour, fit-il.

Ce dernier ne dit rien et ôta son vêtement malgré son peu de goût pour ce genre d'exhibition, ses yeux dans ceux de Harry qui lui sourit. Il savait la pudeur de son fiancé qui, même sur la plage, devait faire un effort pour se déshabiller. Il lui fallait leur amour, son propre désir, pour oublier ses inhibitions et se livrer sans autre forme de procès à leurs regards enflammés, affamés.

Il était l'heure de prendre un thé tardif sous le patio quand ils rentrèrent de leur expédition. Il s'attardèrent une heure auprès de Verdana et Marguerite avant de se retirer afin de se changer.

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oOo

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Sur le qui-vive, ils étaient dans le grand hall de Faribole, la plantation de Nicolas de Noailles. Gellert, ou peut-être devons-nous dorénavant l'appeler François-Marie puisque c'est ainsi que le percevront les autres, se dirigea vers la double porte ouverte sur la salle de réception, semblant très à l'aise chez ce fils qu'il connaissait à peine. Tous le suivirent, l'œil aux aguets. La tension était palpable parmi leur petit groupe. Harry jeta un regard discret à Etienne et Jean-Baptiste. Un je ne sais quoi de rigide dans leur attitude d'habitude nonchalante trahissait leur inquiétude, manifestement, ils étaient conscients de la possibilité d'un piège. Il fut soulagé de voir qu'ils n'étaient pas que des planteurs. Aussitôt qu'il les aperçut, un homme dont le costume bien coupé n'arrivait pas à cacher une taille déjà marquée par un bel embonpoint, s'avança vers eux. Les yeux bleus très lumineux étaient la seule ressemblance que l'on pouvait noter entre le père, le fils et le cousin qui se saluaient. Le mage noir présenta ensuite les dames et Etienne, puis l'Elu et son fiancé, terminant enfin par Jean-Baptiste.

Harry laissa errer son regard sur la société rassemblée dans ce grand salon. Il avait l'impression d'avoir fait un saut dans une époque passée. Il ne put s'empêcher de rire intérieurement en pensant que la robe qu'avait portée Ron au bal de quatrième année aurait à peine dénoté. Peu étaient habillés en vêtements moldus, encore moins selon la mode actuelle. Naïvement, il sentait toute la fierté du monde exploser dans sa poitrine quand il contemplait ses compagnons, beaux, séduisants. Avait-il vraiment cette chance qu'ils soient amoureux de lui ?

Une flûte de champagne à la main, accompagnés de leur hôte, ils firent le tour du salon pour la traditionnelle présentation. Ils entendirent bien des grands patronymes, à croire que tous les Sang-Pur, portant des noms aristocrates dans le monde moldu, s'étaient donnés rendez-vous là, en ces bayous de Louisiane. Il souriait, serrait et baisait des mains dont il ne garderait aucun souvenir, échangeait quelques propos banals sur la beauté de la région, la saveur de la cuisine avant de passer aux suivants.

— Lord et Lady Jamyson, Monsieur Sirius Black.

Ce dernier vit son filleul ouvrir des yeux démesurément grands en le voyant devant lui. Il s'y attendait. Le plaisir de les surprendre avait été une des raisons qui lui avait fait accepter ce plan ridicule de Draco.

— Parrain ? fit Harry stupéfait.

— C'est bien moi ! fit-il gaiement. Ferme la bouche, on dirait que tu as vu un revenant des limbes, se moqua-t-il. Bien que ça devienne très à la mode ces derniers temps.

— Mais qu'est-ce que tu fais là ?

— J'ai décidé de voyager un peu. Notre ministre ayant un courrier très urgent pour Lord Jamyson, je me suis proposé à le lui apporter. Je continue mon périple vers la Floride dès demain. Pierre-François, mon ami, Jim, mon grand, salua-t-il. Content de vous voir en bonne forme malgré votre exploration des marécages ce matin, ricana-t-il.

— Tu es là pour rendre service à Lucius ! tu m'en diras tant, railla Harry. Tu n'aurais pas vu Draco, par hasard ?

— Je crois me rappeler que c'est lui qui m'a remis le courrier du ministère, précisa en riant Sirius. Ainsi que quelques recommandations pour vous, je ne pouvais donc rater cette soirée organisée tout exprès pour mon filleul, acheva-t-il en appuyant sur ces derniers mots.

— Organisée pour moi ?

— En effet. Les soirées à la Nouvelle-Orléans ne commencent en général pas avant le mois de décembre, celle-ci a été improvisée par Nicolas pour toi, lui glissa une voix basse et veloutée qui le fit sursauter.

Il croisa le regard de Pierre-François qui les écoutait, il le fit frissonner, jamais il ne l'avait vu aussi impressionnant, aussi terrible. Il plongea dans le glacier qui le fixait avec tout ce qu'il avait dans le cœur pour lui tout avant de répondre à François-Marie tourné vers lui.

— Je n'en demandais pas tant, je désire juste savoir qui a assassiné le comte de Saint-Maur, je n'ai jamais aimé les mondanités.

— Tu découvriras, Harry, que parfois il faut passer par ces dernières pour avoir des renseignements. On apprend énormément dans les salons, dans les alcôves, dans les lits.

— Ce n'est pas dans mes habitudes, fit-il calmement.

— Dis-moi combien de ministres, de secrétaires d'Etat, de diplomates aussi bien sorciers que moldus tu as dans tes amis? Combien ont été reçus dans un certain castel rose du bord de la Garonne et très certainement ailleurs.

— Il se fait que lors des négociations certains liens se sont noués, c'est exact, mais je ne les ai pas recherchés.

— Si tu en es sûr, railla le vieux sorcier.

Harry se contraignit au calme, ce n'était vraiment pas le moment d'entrer en conflit avec lui. Il intercepta un serveur qui passait entre eux chargé d'un plateau, prit deux flûtes de bulles si chères à Jim et tendit un verre à chacun de ses amours d'un geste très naturel, frôlant sensuellement leurs doigts au passage.

— Et une pour toi !

— Merci, Jean-Baptiste.

— Parlez-moi de votre vie en Angleterre, demanda-t-il.

La conversation devint plus légère. Sirius ne se gênait pas pour raconter des anecdotes de Poudlard, faisant parfois grimacer les intéressés dont il se moquait allègrement. Harry se rapprocha de Pierre-François et se tint à ses côtés, son corps frôlant le sien. Sur son autre flanc se trouvait Jim, il échangea avec lui un coup d'œil tendrement complice.

Le repas fut une pénitence. Si les mets étaient délicieux, l'inquiétude, le fait qu'ils soient séparés et placés loin gâchait une bonne partie du plaisir de leur dégustation. Ils avaient convenu de manger tout ce qui était commun à tous les invités et de toucher à peine à ce qui était servi en portions individuelles comme le sorbet à la mangue en coupe ou le dessert disposé sur assiette. Harry examinait donc avec désespoir son moelleux au chocolat amer qu'il devait laisser repartir intact.

Pierre-François surveillait de loin son gourmand.

— Pourquoi es-tu si inquiet ? Nous n'avons rien vu de louche jusque maintenant, lui fit son ami.

— Cela fait quatre mois que nous sommes ensemble, J'ai failli les perdre plusieurs fois, à la bataille de Stonehenge, empoisonnés à deux reprises, … Ils sont tout jeunes et ont toute la vie devant eux.

— Quel âge a Harry ?

— Dix-neuf ans, tu vas me dire toi aussi qu'ils sont trop jeunes et me laisseront ?

— Par Merlin, non. Depuis votre arrivée et mon erreur sur ton frère, je les observe. Tu étais mal hier et ils étaient aussi tristes que toi, ils ne savaient que faire pour te soutenir. Même si vous ne vous touchez pas, votre lien est perceptible. Ils t'aiment, cela ne fait pas l'ombre d'un doute.

— La vie sans eux, je ne la conçois plus.

— Ne vas pas trop loin, Pierre-François.

— Je sais que si je les perdais, je devrai continuer quoi qu'il arrive, Etienne. Il y a ma fille, le fils adoptif et le pupille de Harry. Pourtant vivre sans eux n'aurait plus d'intérêt. Je les aime à la folie.

— Je ris, j'apprécie discuter avec mes amis, j'aime un bon plat ou un bon alcool, je vais à la chasse ou à la pêche avec mon fils, je profite de chaque instant. Il y a quelques années, je disais la même chose que toi, que vivre sans elle ne serait plus vivre.

Pierre-François ne répondit pas, attendant la suite de ces confidences étonnantes.

— ...

— Elle était belle et n'avait pas trente ans, elle avait les plus aimables jeunes hommes à ses pieds. Je n'ai jamais compris pourquoi elle m'avait choisi moi, son aîné de tant de temps. Notre amour a duré presque trois années, les plus belles de ma vie. Je vais rarement en ville car chaque endroit de la Nouvelle-Orléans me la rappelle, chaque morceau de jazz que j'entends me parle de cette musique qu'elle aimait plus que tout et que nous écoutions ensemble après l'amour, sa tête sur mon épaule... Nous avons tous aimé. Ils sont là, à tes côtés. Ne gaspille pas ton temps en des mouvements inutiles de jalousie mal placée, en des questions qui te font perdre de vue l'essentiel. Ceux qu'on aiment s'en vont toujours trop tôt, Pierre-François.

Un cri, un mouvement attirèrent leur attention un instant détournée sur l'autre bout de table et déjà Harry, debout contemplait à côté de lui une forme écroulée. Il releva le joli visage de sa voisine de table tombé de façon grotesque dans son assiette de dessert. Avant de la soulever d'un mobilus corpus et de l'étendre dans une des bergères, il fit un signe discret à Sirius et Jean-Baptiste. Penché vers elle, il essaya en vain de percevoir le moindre signe de vie, la moindre aura magique, mais rien. Cette femme aimable, spirituelle avec laquelle il discutait quelques minutes auparavant, n'était plus qu'un corps sans vie. Il entendit par deux fois son prénom prononcé avec inquiétude.

— Je n'ai rien, fit-il avec un regard rassurant vers ses amants.

— Que s'est-il passé ? intervint la voix de Nicolas de Noailles.

— Je l'ignore. Nous parlions de la nouvelle université sorcière de Cambridge quand elle s'est écroulée.

Il examina sans autre commentaire les doigts, les ongles, les gencives de la morte.

— Tu crois qu'elle a été empoisonnée ? fit la voix grave et onctueuse qu'il commençait à connaître.

— Je crois que sa mort peut être tout, sauf naturelle.

— Ne t'en mêle pas Harry, fit Jim.

— Je n'en ai pas l'intention, répondit-il à son fiancé. Nous ne sommes pas en Angleterre.

— Je suis médicomage, je vais l'examiner, fit un petit homme fluet avec des lunettes rondes sur le nez.

Harry lui laissa la place et fonça vers Jean-Baptiste et Sirius qui n'avaient pas bougé.

— Tu as pris un échantillon ? demanda-t-il discrètement à ce dernier.

— Oui, c'est fait.

— Bien. Rentre et demande à Lucius de l'analyser le plus vite possible.

Tout naturellement leur groupe se reforma, comme il s'en était assemblé d'autres où les sorciers discutaient à voix basse en lançant des coups d'œil suspicieux vers leurs voisins. Leur hôte revint bien vite vers eux, accompagné de son père qui semblait être son fils et Harry pensa qu'on nageait dans l'absurde, un absurde grotesque, tragique.

— Tu avais raison, fit le mage noir, elle a été empoisonnée. Le tout est de savoir qui était visé, elle ou toi.

— Nous ne le saurons certainement jamais, fit Harry calmement tout en pensant qu'il avait déjà une idée assez précise à ce sujet. Nicolas, pourrions nous vous parler ?

— Je sais par mon père le but de votre venue à la Nouvelles-Orléans. Comme vous pouvez le constater, le moment est mal choisi. Vous avez raison, je suis le sorcier qui était présent à Sainte-Mangouste lors du décès de Philibert. Nous pourrons en discuter plus aisément demain.

— Avec plaisir, accepta Pierre-François.

— De toute façon au vu de ce crime, votre visite à l'ancien quartier français ne semble plus une bonne idée, comme on pouvait s'y attendre la ville bruisse de rumeurs, vos faits et gestes sont très certainement épiés. Ce crime ne laissera pas la population de la ville basse indifférente. Evitez le quartier des marrones. Je vous conseille la plus grande prudence. Etienne, je passerai demain dans la journée, fit-il à ce dernier avec une expression de pitié sur le visage.

— ...

— Père ? finit-il en le voyant rester près de leur groupe.

— Je vais avec eux. Ici, je ne te suis d'aucune utilité.

— Auprès d'eux non plus.

— Je fais ce qui a été prévu, passer ces deux jours avec mon frère. Il faut aller au bout de cette histoire.

— Père !

— Non ! fit-il d'une voix sèche et autoritaire. Black ? Que faites-vous ?

— Il rentre à Poudlard immédiatement, intervint Harry. Et je ne veux plus aucun de la Fratrie ici, continua-t-il d'un ton impérieux, les yeux dans ceux de son parrain. Et Draco va m'entendre au retour.

— C'est ton ami, fit Sirius avec un sourire légèrement moqueur.

— Je sais pourquoi il l'a fait, parrain, mais ils avaient promis.

— Promis de ne pas venir, Harry. Rien d'autre. Tes amis sont des serpentards, railla-t-il.

.

oOo

.

Dès qu'ils se retrouvèrent dans le salon de Belle Etoile, Harry attira ses deux amants d'un geste captatif et les enlaça. Pierre-François posa ses lèvres sur sa tempe, pendant que Jim s'alanguissait contre lui, la tête sur son épaule. Verdana et Marguerite les avaient quittés pour se coucher dès leur retour, Etienne, son fils et François-Marie les contemplaient sans un mot. Leur instant de tendresse fut très court et le soupir de Harry dit assez combien il aurait voulu prolonger leur étreinte, pourtant il se détourna d'eux pour fixer le planteur.

— Qui était cette femme pour vous ? demanda-t-il calmement.

Etienne lui rendit son regard et il put voir au fond de ses yeux une expression de désespoir.

— Rien ! elle n'était rien !

— Je ne peux vous aider si vous n'avez pas confiance.

— ...

— Qui est Elena ?

Le planteur regarda un instant ce jeune homme qui s'immisçait dans sa vie à son corps défendant avant de s'en détourner. L'indicible tristesse de ses traits ne pouvait qu'émouvoir les hommes qui le regardaient là en silence.

— Qui est Elena ? répéta le Sauveur d'une voix brève.

Il avait ce ton de commandement qui insupportait tant Etienne qui releva la tête pour le défier du regard.

— Personne qui vous importe.

— Elle va mourir. Peut-être est-elle déjà morte ! Allez-vous laisser là votre fille par fierté ? Elle va suivre sa mère et sa tante. Oui, je suis au courant ! C'est donc ce que vous voulez ? cria presque Harry.

Les autres tétanisés par ces paroles ne quittaient pas les antagonistes du regard. Le planteur semblait regarder au delà de cette maison qui petit à petit devenait sa prison volontaire.

— ...

— Etes-vous lâche, Etienne ? jeta-t-il.

— Tu ne comprends rien !

— Non, c'est vrai, je ne comprends pas que vous puissiez regarder celles que vous aimez disparaître les unes après les autres sans rien faire.

— Mais par Merlin, de quoi te mêles-tu, jeune impudent ?

— Il ne veut que t'aider Etienne, l'interrompit Pierre-François en posant ses mains sur les épaules de son compagnon pour l'inciter à plus de modération.

— Il ne sait rien de notre société, de nos...

— J'ai dîné aux côtés d'une femme charmante, pleine de vie, d'humour et à la fin du repas elle n'était plus qu'une poupée sans vie que j'ai relevée, que j'ai prise dans mes bras et tout me dit que vous y êtes pour quelque chose.

— Père ? interrogea Jean-Baptiste d'une voix tremblante. Ai-je une autre sœur ?

— Il y a longtemps j'ai fait une terrible erreur, mon fils. Je suis tombé amoureux d'une jeune femme et malgré que j'étais marié à ta mère je n'ai pu résister à l'envie de l'aimer, fit-il infiniment las.

Ils écoutaient en silence, cet homme qui semblait toujours affable et gai, révéler, d'une voix sourde, le drame de sa vie. Une main de Pierre-François avait quitté l'épaule de Harry pour enlacer la taille de Jim.

— Donc, votre maîtresse a été assassinée peu après la naissance d'Elena, résuma Harry et sa sœur qui se chargeait de l'éducation de votre fille vient de mourir. Pourquoi ? ça n'a pas de sens. Vous nous cachez un élément important.

— Tu sais toujours tout, non ? railla le planteur.

— Avant de mourir, elle a eu le temps de me parler d'Elena, mais elle n'avait pas celui de me raconter votre vie cachée.

— Elle n'était peut-être pas visée, c'est certainement une erreur.

— Nous avons juste servis de paravent, raisonna Harry. Tout le monde était préoccupé de notre venue, l'assassin en a profité que toute l'attention était focalisée sur nous pour passer à l'acte.

— Cette femme était blanche ? interrogea son fils d'un ton sec.

— Non, murmura-t-il. Elle était quarterone, descendante d'un marrone et prêtresse vaudou.

— Comment as-tu pu ! s'exclama-t-il.

— L'amour ne choisit pas, Jean-Baptiste, intervint François-Marie une main sur l'épaule du garçon.

— Mais sa sœur... commença Harry.

— Sa demi-sœur est blanche, oui, rectifia Etienne impatient.

— Quel âge a votre fille ?

— Treize ans.

— Manifestement Nicolas est au courant, murmura Harry pour lui-même et il ne devait pas être le seul. J'ai l'impression que, comme toujours dans ces cas-là, c'est le secret de Polichinelle. Votre femme connait votre aventure et l'existence d'Elena ?

— Oui.

— Sang-Pur et racisme : un cocktail détonnant, asséna François-Marie qu'ils regardèrent tous les yeux ronds. Je sais ce que vous pensez, ça a été longtemps ma façon de penser et, justement, j'ai vu le résultat.

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oOo

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Dès que la porte de la chambre de Pierre-François se referma sur eux, ils se retrouvèrent tous les trois serrés dans une même étreinte qui leur coupait le souffle mais leur était nécessaire. Après une douche, qu'ils avaient prise successivement, ils chuchotèrent sous la mousseline blanche de la moustiquaire, commentant à voix basse les évènements. Leurs conclusions n'étaient pas encourageantes. Sans le bon-vouloir d'Etienne, ils ne pouvaient rien faire pour aider sa fille. Terminer ce pourquoi ils étaient venus et, dès les renseignements obtenus, rentrer à Poudlard, était la seule option possible.

Adossé au lit, l'aîné regardait ses agneaux se câliner, s'embrasser leurs têtes sur sa poitrine. A leur habitude, ils le provoquaient pour qu'il aille vers eux, mais il avait décidé, ce soir là, qu'il ne bougerait pas et qu'ils devraient en faire plus, beaucoup plus. Et ils se prirent au jeu. Leurs lèvres coururent sur sa peau laissant des traînées brûlantes de leur passion, leurs mains se lièrent pour caresser son corps immobile et très vite, ils furent victime de leur propre taquinerie, irrités de son impassibilité.

Leurs gestes qui se voulaient ardents devinrent fébriles, leurs élans fougueux, haletants, leur désir brûlant, impatient. Son corps n'en pouvait plus et il se sentait près du point de rupture et, lorsque la langue de Harry remonta tout le long de son désir érigé, il crut ne pas pouvoir tenir. Mais ils en étaient au même point et il se retint, désireux de les pousser au bout de leur envie, au bout de leur besoin. Et leur impatience devint de la frénésie, il la sentait monter en même temps que leur désir. Ce fut Jim qui le premier se frotta en gémissant contre son flanc immobile avec un seul appel qui lui retourna les sens.

— P'ti loup... je t'en prie.

Un Jim qui, pour une fois, lui rendait les armes, ça ne se dédaignait pas. Il l'embrassa passionnément le serrant violemment. Il eut la surprise de découvrir chez son calme agneau la même rage, le même emportement, presque de la brutalité, une manifeste envie, en tout cas, de lui faire payer cher cette reddition. On n'en était plus aux douces morsures et aux suçons des nuits du Cap d'Agde. Ses mains retenant ses poignets au-dessus de sa tête, Jim, sur lui, frottait sa virilité durement contre la sienne en des gestes saccadés.

Quand il le sentit se décoller de lui brusquement, il comprit que Harry intervenait dans l'équation. Fasciné, il les regarda lutter pour la domination de l'autre ou la sienne, peut-être, et leurs gestes sur la peau de leur vis-à-vis étaient tout sauf tendres. Jim s'était retourné aussitôt, un genou sur le lit, l'autre en angle qu'il avait posé dans le creux des reins de son fiancé, il avait immobilisé son corps en arrière, tenant son poignet loin derrière et penché sur lui, il le mordait au cou tel un vampire qui veut aspirer sa vie. Il se mit à son tour à genoux devant Harry caressant, de la paume de ses mains, ce corps mis à sa merci par Jim, se penchant pour faire courir sur sa poitrine sa bouche, descendant jusqu'à son désir érigé.

Doucement, contrastant volontairement avec la violence de l'étreinte de Jim, sa langue allait et venait tout le long de la hampe et, flattant au passage les bourses, il caressait du bout des doigts l'intimité de Harry se repaissant de ses cris de plaisir. Il ne s'en lassait pas. Le sentant préparé, il attira Harry tout contre lui, l'embrassant avec passion, caressant en geste larges son corps de soie. Il le bascula sur son côté et, tout en guettant dans ses yeux, la jouissance, il remonta ses genoux vers sa taille, et, lentement, en geignant de plaisir, il s'introduisit dans le fourreau admirablement chaud et étroit tout en s'offrant à Jim qui se colla immédiatement à lui, sa bouche dans sa nuque, une main caressant son flanc, l'autre le préparant fébrilement. Quand il le pénétra, il cria sous l'intrusion trop soudaine, trop rapide, trop violente avant de s'habituer et de geindre puis de crier de volupté sous les coups de hanches de Jim qui heurtait son centre du plaisir avec constance. Les gémissements de Harry devinrent cris de jouissance puis de délivrance quand ses mouvements se firent plus amples et que sa main massa sa virilité provoquant l'orgasme. Il souda sa bouche à la sienne y goûtant le plaisir qui secouait son amour avant de jouir à son tour et de s'arquer contre Jim pour recevoir sa semence.

Merveilleusement apaisé il se laissa aller en arrière dans les bras de Jim, entourant des siens son plus jeune agneau. Il le sentit se cabrer contre lui, frémissant.

— Tu n'en as pas eu assez ? lui murmura-t-il.

Les paupières cachèrent un instant les émeraudes troublées.

— Je ne t'ai pas eu toi ! souffla-t-il, et tu m'as rendu fou d'envie de ton corps.

— Viens, chuchota-t-il, en le caressant doucement, sois tendre, mon amour, au diapason de mon humeur présente, sois tendre, fais-moi tout oublier. Aime-moi, souffla-t-il ses mains effleurant sensuellement le corps moite et meurtri, sa bouche sur les traces de morsure qui parsemaient sa peau.

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oOo

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Il était presque dix-heures quand ils s'assirent autour de la table du petit déjeuner. Les autres n'avaient pas l'air d'être là depuis beaucoup plus longtemps qu'eux. En les voyant, Jean-Baptiste plongea le nez dans son assiette et François-Marie eut un regard insistant et inquisiteur. Ils échangèrent un coup d'œil perplexe avant de se mettre à manger.

— Nicolas a envoyé un courrier par hibou, il ne pourra être ici avant dix-sept heures, les informa Etienne. Que voulez-vous faire ?

— Si j'ai bien compris, toute sortie en ville semble exclue, soupira Pierre-François.

— ...

— Tu as envie de quelque chose ? fit-il à Harry dont il voyait l'hésitation.

— On pourrait aller pêcher des écrevisses ? suggéra-t-il.

L'aîné le regarda un court instant sans rien dire. Pourquoi oubliait-il si souvent qui il était et ce qu'il avait vécu ou comment il avait vécu ? Son agneau n'avait jamais eu la possibilité de faire ce que tous les garçons sorciers ou moldus avaient connu dans leur enfance, dans leur adolescence. Il se rappela sa fascination pour le parc d'attraction du Cap d'Agde ou son amour immodéré pour le quidditch.

— C'est une bonne idée, fit-il en souriant. Etienne ?

— Oui, bien sûr, répondit celui-ci un peu étonné et pris de court.

L'heure du déjeuner était dépassée depuis longtemps quand ils rentrèrent de leur expédition. On les entendait de loin chahuter et se poursuivre en riant, Harry et Jim suivirent Jean-Baptiste à la cuisine en portant les bourriches qui grouillaient de crustacés rouges pendant qu'Etienne remisait les balances (3). Le père et le fils semblaient en froid et ne s'étaient pas adressé la parole de toute la matinée. Pierre-François se retrouva en tête à tête avec François-Marie. Mal à l'aise il se dirigea vers le bar et se servit un verre comme le lui avait suggéré Etienne.

— Un apéritif ?

— Un doigt de whisky pur-feu sur des glaçons.

Il lui tendit son verre sans un mot.

— C'est une situation que je n'ai pas voulue.

— Je le sais. Je le haïssais, je n'aurais pas hésité à lui lancer le pire des sorts impardonnables pour protéger Harry, Jim ou les enfants mais c'était mon jumeau.

— L'amour te perdra.

— Non! il est ma force comme il fait celle de Jim ou de Harry. C'est grâce à l'amour qu'il a vaincu Voldemort.

— J'ai dans ses souvenirs ce que ton frère a laissé faire, ce qu'il a fait, ce qu'il pensait ! Comment as-tu pu le couvrir pour la mort de votre père ?

— Il était ce que mon père avait fait de lui.

— Alors pourquoi es-tu différent ? Tu aurais pu devenir un second lui.

— Loin de là. Mon frère était son attente, sa continuité. Il a toujours été son préféré, il avait en lui une violence, une arrogance qui leur était commune. J'étais trop sensible, trop humain, mais aussi trop têtu et rebelle. Lui était un vrai Sang-Pur tel que les voyait l'esprit étroit de Vassier senior, prêt à rentrer dans le carcan forgé. Il s'est donc occupé bien plus de lui et l'a marqué de son empreinte. Dès que j'ai été à Poudlard, la différence s'est marquée encore plus. François-Marie rapportait de moi tout ce qui le choquait et pouvait déplaire à mon père, mes amis des autres maisons, mes amis sang-mêlé ou d'origine moldue. Lorsqu'il m'a surpris avec un garçon, mon calvaire a commencé. Je n'étais qu'un inutile, un nuisible, un être anormal mais utilisé pourtant comme défouloir de la pire des manières. Notre cher paternel ne s'est vraiment intéressé à moi que lorsqu'il a réalisé que mon frère ne pourrait lui offrir cette descendance qu'il voulait tant. Alors il a décidé de me faire changer d'orientation sexuelle malgré moi et il n'a reculé devant rien.

Harry avait entendu la dernière partie de la conversation. Il s'approcha de son compagnon et se tint à ses côtés sans intervenir.

— Je sais ce que tu as subi ! Inutile de le raconter devant lui.

— Je suis au courant déjà, intervint celui-ci.

— Je ne crois pas non, railla le mage noir. Tu n'as aucune idée de l'enfer qu'il a vécu pendant des années.

Il jeta un coup d'œil incertain vers son amant apparemment imperturbable et appuya légèrement son corps contre le sien pour le réconforter. Pierre-François fit moins de mystère et passa sa main autour de ses hanches le serrant contre lui d'un geste possessif.

— Il en sait déjà beaucoup. Le reste viendra petit à petit, je ne peux pas dire que j'aime évoquer ces moments et je ne veux pas non plus qu'il me voit à travers ces épisodes de ma vie.

— Tu préfères lui raconter tes soirées libertines avec André et vos amis ou tes soupers aux chandelles avec ce petit disc-jockey que tu emploies dans ton club ? railla l'autre.

— Pierre-François avait trente quatre ans quand je l'ai connu, ce qui m'a séduit en lui n'était pas qu'il soit encore puceau, rétorqua Harry d'un ton sec. Il avait vécu ce qui est normal. L'important est ailleurs.

— Dans le fait qu'il te donne de la jouissance chaque nuit parce qu'il a de l'expérience acquise en prenant du plaisir avec d'autres ? ricana-t-il.

Pierre-François sentit Harry se raidir contre lui, ces quelques mots cruels l'avaient atteint. Il resserra son étreinte.

— Pourquoi cherchez-vous à le blesser à tout prix ? interrogea la voix calme de Jim qui se dirigeait vers eux, Jean-Baptiste derrière lui.

— Votre amour est-il si faible ?

— Vous êtes sûr que François-Marie n'a pas laissé en vous une partie de son obsession pour Harry et de sa jalousie pour son frère, railla-t-il nullement troublé par le regard glacial que lui lançait le sorcier. Vous avez intégré ses souvenirs mais il me semble que ce n'est pas la seule chose.

— J'ai bien assez de la réminiscence de ses mains sur le corps de son frère supplicié sans en avoir le goût ! asséna-t-il ce qui sembla faire vaciller Pierre-François.

— Vous êtes vraiment un fumier ! répliqua Jim très calme pendant que Harry le fusillait du regard. Comment pouvez-vous ?

— Avec quelques mots, persifla-t-il.

— Vous n'avez pas aimé leur bonheur, leur air épanoui ce matin. On voyait qu'ils avaient fait l'amour, qu'ils étaient comblés et depuis vous en êtes vert de jalousie, intervint Jean-Baptiste avec un air moqueur. Vous paraissez beau et jeune comme Pierre-François mais vous avez plus de cent ans, vous avez perdu l'habitude de vivre, de serrer dans vos bras un corps chaud et accueillant, de dormir la tête sur l'épaule d'un amant. Votre corps a des besoins que votre tête n'admet pas.

— ...

— Vous avez une seconde vie qui s'ouvre à vous, vous devriez en profiter, finit-il en le regardant d'un air méprisant, au lieu d'essayer de briser le bonheur que vous trouvez autour de vous.

Un long moment, François-Marie regarda d'un air impénétrable ce tout jeune homme qui lui faisait la leçon, puis ensuite le trio qui s'était reformé. Jim avait posé sa tête sur l'épaule de Pierre-François et ne le lâchait pas, lui, des yeux semblant le mettre au défi de proférer encore une seule horreur qui blesserait ses hommes. Après avoir bu son verre d'une traite, il l'abandonna sur un guéridon avant de sortir.

Pierre-François, se détournant, servit deux verres de whisky qu'il tendit à Jim et Harry ainsi qu'un verre de jus de fruits à Jean-Baptiste. Lâchement, il évitait le regard de son tendre amour de peur d'y lire du mépris ou pire mais celui-ci, une fois de plus, ne l'entendait pas ainsi.

— Regarde-moi, mon ange.

— ...

— Pierre-François, fit-il en posant une main dans sa nuque et en l'obligeant à le regarder. Cela ne me fait pas plaisir d'entendre vanter ton expérience amoureuse dans ces termes mais de Lauzun le magnifique, le libertin, c'est toi aussi, je le sais depuis le début, et peut-être même qu'inconsciemment, ça m'a attiré. Ça ne change rien à ce que je ressens pour toi. Quant aux attouchements de ton frère, je l'avais compris déjà après les révélations de Madame Pomfresh à ton directeur de maison, Severus, alors oublie ça en ce moment, tu nous le raconteras quand tu seras prêt ou pas du tout, je ne t'en voudrai jamais pour ton passé. Je t'admire profondément pour avoir réussi à te reconstruire après, tu as une volonté, une force de caractère stupéfiantes, ce n'est pas un vieux sorcier aigri qui y changera quelques chose, termina-t-il en posant ses lèvres sur les siennes pour un baiser aérien avant de pivoter vers Jean-Baptiste qui attendait la fin de leur discussion.

— ...

— Par contre, fit-il en se retournant une nouvelle fois vers lui, je me rappelle une chose qu'il a dite, dès qu'on sera rentré il faudra que tu m'expliques cette histoire de dîner aux chandelles avec Kevin parce que ça, c'est inacceptable, termina-t-il avec un petit sourire en coin.

Il ne vit pas le regard tendrement complice que Jim lui adressait car déjà il discutait avec Etienne qui arrivait.

— Ne sous-estime pas la profondeur de son amour pour toi, p'ti loup. Ni la mienne, ajouta-t-il en caressant sa joue du dos de sa main. Grindelwald pourrait dire cent fois pire que ça ne changerait rien. Par contre, je trouve qu'il est au courant de bien trop de choses de toi, de nous.

Ils échangèrent une grimace soucieuse. Tous les deux réalisaient, sans encore la mesurer, toute l'importance de ce que le vieux sorcier savait des horreurs et des outrages subis. Il connaissait mieux que quiconque ses moindres faiblesses et cela pouvait se révéler lui être une aide redoutable.

.

oOo

.

Ils prenaient le pousse-café dans la gloriette recouverte de plantes grimpantes et perdue au milieu des peupliers, saules pleureurs, magnolias blancs ou roses en fin de floraison. Située en bordure de la pièce d'eau, elle leur offrait une vue imprenable sur la végétation aquatique, les jacinthes d'eau, les nénuphars, les iris indigos et les lis d'eau mauves. Plus près d'eux, les hibiscus pourpres et les bougainvilliers multicolores dégageaient un parfum entêtant. Tout semblait décuplé, plus grand, plus coloré qu'en Europe. Au milieu de tout ce vert, les taches de couleurs vives que formaient les fleurs semblaient presque agressives. Harry et son caractère passionné paraissaient parfaitement à l'aise dans cette luxuriance. Ses yeux brillants ne se rassasiaient pas de cette vision qui lui semblait idyllique.

— Merlin ! Que c'est beau ! murmura-t-il en se laissant aller sur le dossier du banc avec un soupir de bien-être..

— Je pensais que tu aimerais, fit Pierre-François en souriant. Alors que toi, je suis sûr que tu préférerais un ciel plus haut, des horizons dégagés et des couleurs plus douces, continua-t-il en se tournant vers Jim. Nous irons dans les montagnes au printemps.

— Avec le Tournoi des Trois Sorciers ? fit-il dubitatif.

— On s'arrangera pour prendre quelques jours pour nous. Promis, mon agneau.

La conversation s'orienta vers Poudlard et leurs activités. Jean-Baptiste posait des questions, curieux de tout. Quand François-Marie vint les retrouver, ils parlaient de l'université de Cambridge. Il s'assit sans rien dire se contentant d'écouter. Ils savouraient le thé et les muffins aux myrtilles ou au sucre d'érable et noix caramélisées quand Nicolas de Noailles arriva enfin.

— J'aurais préféré parler directement à l'actuel comte de Saint-Maur, fit-il.

— Il n'était pas question d'imposer à Etienne plusieurs personnes qu'ils ne connaissaient pas et il ne serait pas venu sans Draco et Hermione. Depuis le pacte d'alliance, ils ne se sont jamais quittés. En plus Hermione attend des jumeaux, expliqua Pierre-François.

— Un nouveau pacte d'alliance et des jumeaux dizygotes ? murmura Nicolas sidéré.

— En effet, des siècles plus tard les évènements se répètent. Un pacte entre un Saint-Maur, un descendant des Black, une apparentée aux Noailles. Les enfants ont été conçus à Toulouse dans le castel au bord de la Garonne. Deux garçons. compléta Harry en souriant. Ils devraient naître en janvier.

— Ainsi murmura Nicolas, la boucle est bouclée et les prédictions de Camélia pourront se réaliser. Deux petits rois prendront possession des bijoux de la couronne.

— Que voulez-vous dire ? s'exclama Harry.

— Avant d'être arrêtée par les révolutionnaires, Camélia a fait une prophétie. Non déclarée, elle est consignée dans des carnets rouges qui sont à l'hôtel Saint-Maur. Elle dit entre autre chose que certains bijoux sont destinés à deux rois nés d'une même union.

— Nous en avons une aussi, fit Harry :

S'aimeront trois jeunes sorciers
Serpents et lionne mêlant ambre, ébène et acier,
Par l'Alliance liés, sans possible retour.
Puissants de leur fol amour,
Grandis de leur unique union,
Des mondes opposés, feront la réunion.

Lorsque s'éteindront les feux de Litha
Nourris de leurs peurs et de leurs folies
Des hommes se dresseront pour l'hégémonie
Brisant la nouvelle harmonie sous leurs pas
Se croyant les égaux des dieux anciens
Voudront briser le lien sacré du bien
Lors sur la pierre sacrificielle, un jour funeste se lèvera
Et le fracas des armes retentira

Magie blanche, magie noire mêlées,
Elle, déesse de Beltane devenue, sera,
Par Belenos dédoublé, enfin fécondée,
Ainsi des deux, roi naîtra.
Lorsque tout sera vécu fors le trépas.
Lorsque tout sera perdu fors l'inclination
De l'Elu, ils attendront l'aura
Pour sauver le monde de sa perdition.

— Par Merlin, murmura Nicolas.

— Un autre oracle a été fait à la suite de la bataille de Stonehenge, donc tout récemment, qui prévoyait ce voyage que nous venons d'accomplir et qui tire à sa fin, malheureusement nous n'en avons pas le contenu, juste cet élément.

— Sans oublier la chanson du choixpeau de Poudlard qui, en début d'année, en parlait aussi, fit Jim.

La prophétie guidera les guerriers
Vers les joyaux et l'inespérée liberté.
rappela Pierre-François.

— Les trois parlent de bijoux ou de joyaux, constata Jim, mais nous devons garder à l'esprit qu'il ne s'agit peut-être pas des mêmes, tout comme ce voyage n'est pas nécessairement celui dont parle la prophétie puisque le lieu n'est pas précisé.

— Elle parle juste d'un ennemi que nous côtoierons.

— D'où votre prudence, constata François-Marie.

— Chez Harry, le fait d'être sur ses gardes est une seconde nature et ne dépend pas d'une quelconque prescience, fit Jim gravement, s'attirant par la même occasion un sourire de l'intéressé.

— Il y a des années, commença Nicolas, que je connaissais Philibert. Je n'ai jamais voulu rester en France parce que je suis pour tous un de Noailles mais je ne le suis que de nom, je ne voulais en aucun cas porter ombrage à mon demi-frère que j'aime beaucoup. Mon côté aventureux m'a poussé aux voyages. Un jour, j'ai atterri à la Nouvelle-Orléans et je suis tombé amoureux de tous ses côtés, les mauvais comme les bons. Je m'y suis donc installé il y a presque quarante ans. Je rentre régulièrement en France mais du côté sorcier. Le comte de Noailles a toujours su que je n'étais pas son fils pourtant il m'a élevé en tant que tel et mon grand-père m'a transmis les secrets sorciers de la famille. Il y a longtemps que l'hôtel de la rue de Jouy et ses entrées secrètes n'ont plus aucun mystère pour moi ainsi que ses protections et ses poisons. Je suis le seul à présent. C'est donc moi qui mets à jour les arbres généalogiques depuis son décès et celui du comte de Saint-Maur.

C'est mon grand-père qui m'a présenté ce dernier. Il me l'a amené chez moi à Paris et nous avons de suite sympathisé. Nous nous sommes revus à plusieurs reprises et lorsque je suis rentré, il m'accompagnait. L'endroit lui a plu, veuf et sans attache autre qu'une fille adulte et mal-mariée, il acheté une maison ici. Il avait quatre-vingt ans et en paraissait vingt de moins, il était encore vert comme ont dit familièrement. Plus que ça, il avait de la classe, il plaisait et il aimait ça, dès qu'une femme était dans son champ visuel, il faisait le beau. Il avait des yeux d'ébène superbes qui attiraient ces dames. Et ce qui devait arriver est arrivé. Il est devenu l'amant de la femme d'un des plus riches sorciers de la Nouvelle-Orléans, son cadet de trente ans. Pour lui, ce n'était qu'une conquête de plus, pour cet homme, c'était l'amour de sa vie qu'il perdait.

Elle était jolie et amoureuse, ça le flattait. Il a voulu vivre avec elle. Rejetée par ceux qui étaient ses amis, elle n'avait plus que lui. Tant qu'a persisté sa passion, son goût pour elle, elle a été heureuse. Vous devez vous en douter, ça ne dura pas longtemps, un an en fait. Prétextant des affaires de famille à régler, il rentra en France. Son absence se prolongea. Le mari ne fut que trop content de récupérer sa femme fort marrie de s'être laissé séduire. Bien entendu, il revint et le mari ne tenait pas du tout à voir son épouse repartir une nouvelle fois et à passer encore pour le mari trompé. Ici, faire disparaître un rival n'est pas vraiment un problème.

Ses interlocuteurs le regardaient stupéfaits. Le conte qu'il venait de leur servir ne satisfaisait personne.

— Nicolas ! fit son père avec un mouvement de tête agacé.

— Vouloir une autre version ne modifiera nullement ce qui est arrivé, insista celui-ci.

— Ça ne changera pas ce qui s'est passé mais ce n'est que justice, tenta de faire valoir Harry. Il est naturel pour la sécurité de mes amis et de leurs futurs enfants de vouloir trouver le meurtrier et le motif de cet assassinat. Ces bijoux ne représentent pas seulement une fortune colossale, ils semblent aussi liés à l'avenir du monde sorcier britannique et peuvent attirer biens des gens malintentionnés.

— Cette disparition ne concerne en rien sa famille.

— Nous croyez-vous assez naïfs pour être venus sans avoir de bonnes raisons ? Nous avons bien entendu les documents, les carnets et les joyaux sont en sécurité.

— Mais comment ? fit Nicolas sidéré. C'est impossible ! Ce poison ne pardonne pas.

— Manifestement vous l'avez surestimé, fit Harry avec un petit air narquois.

— Ou il nous sous estime, fit Jim.

— Vous n'avez aucun droit sur les documents en question.

— L'actuel comte de Saint-Maur a tous les droits sur ce que contient son hôtel. "Possession fait loi". Je vous conseille de réfléchir et de reprendre contact avec nous, fit Pierre-François.

— Ce n'est que du chantage ! Depuis des siècles les de Noailles s'occupent des bijoux et des arbres généalogiques en accord avec la famille Saint-Maur qui nous est apparentée.

— Si vous respectez cette entraide tacite entre les deux familles, les arbres généalogiques, les fifférents documents seront remise en place. Je devrais d'ailleurs dire les familles car celle des Black et celle des Lauzun sont aussi concernées, fit Pierre-François très calmement. Retenir des informations au sujet d'un crime perpétré contre l'un des Saint-Maur n'est pas vraiment un signe de bonne entente.

— Pierre-François, intervint Etienne, Nicolas est quelqu'un de très attentif au devenir du monde sorcier, je suis sûr que si il pensait que ce qu'il sait pouvait vous aider, il le révélerait sans hésiter. Vous ne connaissez rien de ce qui se passe ici, rien de ce qui fait ce monde. Il a ses règles, ses lois, ses jugements, ses punitions qui ne sont pas ceux du monde sorcier commun.

— Il ne vous est pas venu à l'idée qu'un sorcier de chez nous pouvait avoir commandité le meurtre ?

— Aucun bokor ou sorcier vaudou ne se prêterait à ce jeu là, fit Etienne.

— Il y a toujours une monnaie d'échange. Le tout est de trouver celle qui peut corrompre la bonne personne, fit François-Marie.

— Père ! Vous n'allez pas vous en mêler aussi !

— Philibert avait bien des défauts et c'était un séducteur, je ne le nie pas, mais c'était un homme d'honneur. Jamais il n'aurait laissé dans la détresse une femme qu'il avait séduite. Tu ne me feras pas croire ça Nicolas ! fit le vieux mage noir impatient. Un homme ne change pas à ce point.

— Je n'ai rien d'autre à dire, fit son fils en soupirant.

— Alors ils ont raison, constata François-Marie au grand étonnement de tous.

— Les sorciers comme vous, avec une puissance magique aussi forte, ne sont pas les bienvenus ici. Pour eux vous représentez un danger et ils n'auront de cesse de vous avoir réduits à néant.

Comme pour lui répondre, un chant s'éleva comme venant de nulle part, des sons de tambour l'accompagnaient, lancinants.

— Ecoutez-les ! Depuis le temps de l'esclavage, rien n'a changé ! Ni la mentalité des sorciers créoles, ni celle des anciens asservis qui veulent se venger d'un passé depuis longtemps révolu, expliqua Nicolas avec véhémence.

— Ce sont les tambours qui appellent aux cérémonies vaudou. Il y en aura une dans la ville-basse ce soir, ce n'est jamais bon signe pour les sorciers étrangers.

— A mon arrivée, j'ai fait face au même problème tout comme Philibert, fit Nicolas mais je n'avais pas votre puissance. Votre trop redoutable aura magique est le symbole d'une supériorité, d'une domination dont ils ne veulent plus. Toi aussi, tu seras dorénavant en danger, fit-il en se tournant vers son père.

— Je partirai dans quelques jours. Je n'ai plus rien à faire ici pour le moment mais sois sûr que je reviendrai,

— Si vous restez ici … continua Etienne en se tournant vers le trio.

— Il n'est pas question que nous nous éternisions. Je t'avais dit que ce n'était qu'une visite éclair. Nous avions un but et malheureusement nous repartons porteurs de renseignements tronqués. Mon école m'attend, avec le décalage, il sera déjà très tard quand nous serons à la maison et demain nous donnons cours, fit Pierre-François, nos sacs sont déjà faits. Le portoloin international sera opérationnel de dix-neuf à vingt et une heures. Si tu as besoin de nous Etienne, tu sais comment me joindre. Comme l'a dit Harry, tu dois résoudre le problème de ta fille au plus vite. Je sais, l'interrompit-il en voyant son mouvement de protestation, que ce ne sera pas facile, mais il est temps d'assumer les choix que tu as faits.

Il était presque vingt heures quand ils se retrouvèrent sur le perron pour transplaner. Ils avaient fait leurs adieux aux dames qui leur avaient répondu du bout des lèvres. Nicolas et François-Marie avaient déjà pris congé depuis longtemps. Ils accolèrent Etienne et Jean-Baptiste. Jim vit Pierre-François glisser un papier dans la main du garçon et lui lança un regard noir qui fit sourire son homme. Il prit la boîte de conserve, activa le portoloin. Ils y posèrent tous les trois la main et disparurent aux yeux des créoles.

Harry avait essayé d'anticiper le malaise de Jim en l'enlaçant pour le déplacement et il le soutenait toujours contre lui à l'arrivée dans le bureau de Lucius. Celui-ci ainsi que Sirius les attendaient. Que faisaient ces éternels ennemis, à deux heures du matin, dans le très solennel bureau ministériel ? Au vu de leur visage tendu, rien de réjouissant.

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Notes :

(1) : s'enlacer, s'embrasser en patois créole.

(2) : moustiques

(3) : Les balances sont des paniers qui sont déposés dans l'eau avec au fond des appâts. Les écrevisses de Louisiane aux pattes rouges viennent manger les appâts et restent prisonnières.

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