Chapitre XI : Perdition
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Rappel du chapitre X :
Harry avait essayé d'anticiper le malaise de Jim en l'enlaçant pour le déplacement et il le soutenait toujours contre lui à l'arrivée dans le bureau de Lucius. Celui-ci ainsi que Sirius les attendaient. Que faisaient ces éternels ennemis, à deux heures du matin, dans le très solennel bureau ministériel ? Au vu de leur visage tendu, rien de réjouissant.
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— Arrête, tendre ami, ils seront bientôt là.
— Je sais Sy. Ce qui me tracasse n'est pas leur absence mais le fait qu'ils rentraient déjà très tard et qu'à la place de venir dormir, ils sont chez mon père depuis plus d'une heure, fit-il en désignant le portable sur lequel il suivait le tracker que portait Pierre-François. Ce n'est pas un bon signe. Je ne comprends pas non plus le silence de Sirius, il devait donner des nouvelles.
— Cesse de tourner ainsi en rond, tu vas finir par réveiller Mia, fit Sylas en lui prenant le poignet et en l'attirant à côté de lui dans le canapé.
Il posa une main tendre sur la nuque de son mari.
— Tu me trouves stupide ?
— Non ! Je sais ce que tu ne veux pas me dire.
— ...
— Que Harry fait tout ça pour nous et que, depuis plus d'un an, il ajoute nos soucis à ceux du monde sorcier.
— Non ! ce n'est pas ce que je pensais. Il se fait que notre union, nos bébés et l'hôtel Saint-Maur sont mêlés pour le moment à l'avenir de notre univers. Notre implication est involontaire.
— Alors quoi ?
— J'en ai assez de le voir s'occuper de tout ça pendant que nous restons là à attendre. Je suis désolé, je ne veux plus de ça. Mia est enceinte, c'est très bien mais nous, non.
— ...
— C'est trop facile de se retrancher derrière ce prétexte, je finirai par ne plus savoir me regarder dans une glace. J'ai peur de te perdre Sy, de perdre notre bonheur mais là je me perds moi-même.
— Je savais qu'on y arriverait, fit tendrement son mari en passant le revers de la main sur le visage de son homme du menton à la tempe, caressant ses yeux du bout des doigts, puis ses joues du revers de ses pouces. Tu ne pouvais supporter de rester à l'écart très longtemps.
Il posa de légers baisers sur le visage crispé.
— Je suis à tes côtés, mon amour. Où tu vas, je vais, poursuivit-il.
— Sy...
— Chut..., murmura ce dernier en posant un doigt sur sa bouche.
— Laisse-moi parler, Sy. Je n'en doutais pas, je sais que tu seras à mes côtés, comme je suis là. Pourtant prendre cette décision nous met tous les cinq en danger et j'ai beaucoup hésité.
— Ce qui est nécessaire doit être fait, tendre ami. Nous reprendrons notre place aux côtés de nos amis, même si ils ne vont pas apprécier.
— La première chose est d'en savoir plus sur cette seconde prédiction et Erwin me semble tout indiqué. Je suis sûr qu'il en sait beaucoup plus qu'il n'en a dit à Harry.
— Je crois plutôt qu'il nous faut aller dormir, fit Sylas avec un petit rire bas devant l'enthousiasme de Dray. Demain, ils nous raconteront ce qui leur est, une fois encore, arrivé et à quoi nous devons nous attendre de la part de Grindelwald. Après nous agirons en conséquence.
— Mia ne va pas voir les évènements de la même manière, dit Draco avec une grimace.
— Je sais. Il y a les jumeaux et elle tient à les protéger avant tout. Hermione est logique, elle sait que nous ne pouvons pas échapper aux choses qui se préparent, nous devons juste lutter contre. C'est ce que nous allons faire.
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Pierre-François se laissa tomber sur leur lit avec un soupir las sans voir le coup d'œil inquiet que lui jetait Harry. Jim était déjà dans la salle de bain. Il aurait aimé rejoindre son amour sous la douche pour le rassurer, faire disparaître ce petit pli d'angoisse, de mécontentement qui marquait son front depuis les révélations de Lucius mais il ne pouvait être auprès des deux en même temps. Il savait l'aîné bien plus atteint par la nouvelle que son fiancé, c'est donc vers lui que se porta sa compassion. Doucement il entreprit de le déshabiller avec des gestes caressants qui bien vite firent soupirer son homme qui commença impatiemment à lui rendre la pareille et bientôt, il se retrouva dénudé avant lui. Il le vit regarder son corps marqué par Jim, ses doigts fins et longs frôlèrent les multiples traces de dents, les ecchymoses rouges et violacées sans faire de commentaires mais son nez se pinça légèrement et ses yeux foncèrent. Il sut que cela ne lui plaisait pas.
— Viens, mon loup.
Il l'entraîna sous la douche où ils retrouvèrent Jim. Sur leur couche enfin, fatigué, ce dernier s'endormit, blotti contre Pierre-François qui le repoussa tendrement. Il fit ensuite rouler Harry sur le dos.
— Que fais-tu ? demanda ce dernier à voix basse à son compagnon.
— Je vais soigner toutes ces marques. Il a été trop loin cette fois. Je sais qu'emporté par la passion et le spectacle érotique que vous m'offriez, je n'ai rien dit mais je n'ai pas réalisé à quel point il te blessait. Il faut que j'en parle avec lui.
— Je ne veux pas que tu utilises ton pouvoir elfique pour de pareilles bêtises. Quant à Jim, je peux très bien le lui dire.
— Ce n'est pas le cas, souffla-t-il, je me sers seulement du sorcier. On ne peut pas appeler Draco pour ça, il ne comprendrait pas. Et non, tu ne lui en parleras pas, je te connais, fit-il avec une expression que Harry trouva amère, et il ira plus loin encore la prochaine fois en croyant que tu aimes ça. Nous faisons l'amour à trois, je suis concerné aussi. Je ne suis pas contre un peu de brusquerie dans nos rapports pourtant, il y a des limites et là, la mienne est atteinte. Je ne veux plus te voir dans cet état. Tu n'as pas vu l'hématome que tu as au milieu du dos, là où il a appuyé son genou.
Il soigna ses blessures avant de l'attirer, avec tendresse, contre lui. Il le serra à peine comme si il était une chose précieuse. Malgré les douces caresses et les serments d'amour, Harry lui trouva un air soucieux qui n'avait rien à voir avec ce qu'ils avaient appris, l'air atterré d'un amant qui découvre que son tendre amoureux n'en est pas un.
— Que se passe-t-il, mon ange ? lui murmura-t-il.
— Jim n'est que tendresse, que douceur mais je découvre jour après jour que ce n'est qu'une partie de sa nature. Il devient de plus en plus possessif, dominateur alors que nous sommes pourtant plus étroitement liés.
— Il découvre le côté dangereux, le côté effrayant de notre monde, ce n'est pas facile pour lui. Nous ne vivons plus que du côté sorcier. Avant nous voguions entre les deux mondes. Ici, jour après jour, il constate que quoi qu'il fasse il sera toujours sans pouvoirs, poursuivit-il malgré l'expression butée de son homme. Devant un garçon comme Jean-Baptiste qui ce week-end a multiplié les regards et les sourires séducteurs à ton égard, il se sent en mauvaise position. Sans compter ce papier que tu as cru lui glisser très discrètement au moment du départ et dont tu n'as pas jugé bon de nous parler. Il ne se rend pas compte du tour de force qu'il accomplit en s'adaptant comme il le fait. Il a peur que nous nous lassions du moldu qu'il est, il exprime son trop plein d'amour, cette crainte qui, par bouffées, lui envahit l'âme, comme il peut.
— On essayera de sortir un peu plus en monde moldu, soupira Pierre-François. Sur le papier il y avait juste nos numéros de téléphone pour qu'il puisse nous joindre si il en avait besoin, ce qui ne va pas tarder. Etant donné l'état d'esprit d'Etienne j'ai préféré les donner au garçon.
— Tu as remarqué qu'il avait vu ton geste, tu aurais pu le rassurer, mon ange et, volontairement, tu ne l'as pas fait.
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— Pourquoi ? murmura Harry voyant que la réponse ne venait pas.
— Simplement, je n'ai pas eu l'occasion puisque nous avons été accueillis par Lucius et Sirius et ensuite j'ai oublié.
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— Je suis désolé, chuchota-t-il en réalisant qu'il s'était certainement posé les mêmes questions.
— Il faut prévenir Etienne et Gellert que Liebling nous a suivis à la Nouvelle-Orléans et que, les aurors l'ayant perdu de vue, il est de nouveau dans la nature. Merlin seul sait ce qu'il mijote, souffla Harry en passant une main agacée parmi ses cheveux trop longs à son goût et qui s'entêtaient à revenir devant son visage.
Sensuellement, Pierre-François mêla ses doigts aux siens dans les mèches rebelles et la contrariété fit place au plaisir de la caresse.
— L'assassinat du ministre de la magie portugais ne va pas arranger les choses.
— La façon de faire ressemble étrangement à l'empoisonnement de cette louisianaise, hier soir chez Nicolas, analysa Harry.
— Tout le monde a fait le rapprochement. C'était écrit en grand sur les visages de Sirius et Lucius d'ici à ce qu'ils soupçonnent Grindelwald il n'y a qu'un petit pas à franchir ! Il est tard, il faut dormir, souffla son sorcier blond en déposant de légers baisers dans son cou, demain tu as cours toute la journée.
Il ne lui répondit pas, se contentant de lui rendre ses gestes sensuels et doux, se blottissant dans sa tendresse lénifiante qui correspondait parfaitement à ce dont il avait besoin. Quelques minutes plus tard, il s'endormait la tête au creux de son épaule, la main dans les boucles courtes de Jim.
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Ils retrouvèrent tous leurs amis le lendemain au restaurant universitaire. La main discrètement posée sur la cuisse de Jim sous la table, Harry les regardait discuter de façon insouciante, inconscients de ce qui, une fois de plus, se tramait pour la perte du monde sorcier. Le matin il avait laissé à contrecœur Pierre-François, redoutant que, dès leur départ, il se plonge à nouveau dans des pensées noires. Dès leur arrivée, Draco et Sylas s'étaient précipités et il les avait fait taire d'un regard. Les explications viendraient plus tard.
Il fallut donc à ces deux derniers attendre le retour à Poudlard pour écouter, avec Mia, Cloud et Justin, le récit de leur séjour à la Louisiane.
— Je sens que nous n'allons pas tarder à faire la connaissance d'au moins deux d'entre eux, analysa Sylas.
— C'est possible, j'ai glissé nos trois numéros de téléphone à Jean-Baptiste juste avant de partir, approuva Pierre-François avec un sourire tendre vers Jim qui le toisa avec rancune.
— Et vous pensez qu'on peut se fier à Grindelwald ?
— "Féroce adversaire, maintenant incertain allié,
Par les Reliques éternellement tenté...",
rappela Pierre François.
— Il a un rôle à jouer c'est certain, fit Harry soucieux. Et aussi de réels remords, c'est indubitable, pourtant sûr n'est pas un qualificatif que je lui appliquerais. Son fils, Nicolas, ne tardera pas à nous contacter, Sylas, sois en sûr.
— Que viennent faire Sirius et mon père dans toute cette histoire incertaine ? demanda Draco manifestement méfiant quant au rôle de ces derniers.
Toute la journée, Harry avait été aux petits soins envers son fiancé. Toute la journée, il s'était demandé comment Pierre-François vivait le fait de voir une fois de plus le meurtrier de son fils échapper à la justice. Toute la journée, pris par ses soucis, le sens des cours lui avait échappé complètement. Il les avait suivis sans en assimiler grand chose. Il entendit son ami l'appeler une nouvelle fois, vit l'attente des visages tournés vers lui et poussa un profond soupir.
— Il y a des moments où on préfèrerait être ailleurs, fit-il avec une grimace. Le ministre de la magie portugais a été assassiné samedi soir lors d'une réception. Il s'est écroulé soudainement en pleine conversation avec ses invités. L'enquête préliminaire favorise la théorie de l'empoisonnement. Je devrais recevoir un rapport plus complet très bientôt.
Nous devions nous réunir pour une seconde session de travail au ministère lorsque les ministres auraient approfondi les pistes que nous avions évoquées au mois d'août. La réunion qui était prévue fin septembre avait été remise à une date ultérieure à la demande de la majorité des participants. Il est à noter que le ministre portugais avait fait diligence et qu'une partie de son rapport a été publiée par les journaux locaux sorciers, ainsi que les mesures prévues, il y a quinze jours.
— Quelle folie ! commenta Hermione.
Harry approuva de la tête avant de continuer.
— Ce nouveau congrès va maintenant avoir lieu dans l'urgence. Il est prévu pour lundi prochain. Evidemment, nous y assisterons.
— Bien ! fit Draco qui jusque là n'avait fait aucun commentaire. Mais il n'y a pas que ça, n'est-ce-pas ?
— Tu as entendu ton père parler à Toulouse d'un ancien mangemort qui s'appelle Liebling. Il était surveillé par des aurors qui espéraient qu'il les mèneraient au repaire des anciens disciples de Voldemort. Ils l'ont perdu une première fois il y a un peu plus d'une semaine, puis l'ont retrouvé au manoir des Balbi. Il était une nouvelle fois en compagnie de Fedor Amintus et de George Balbi, le père de Maxence. Les aurors les ont suivis et ont ainsi atterri à la Nouvelle-Orléans.
Harry vit le sursaut de Draco et de Cloud, tandis qu'Hermione le regardait avec incrédulité.
— Mais comment... ? balbutia-t-elle.
— Je l'ignore. Peut-être n'est-ce pas nous qu'ils suivaient mais Gellert qui était déjà en Louisiane depuis quelques jours, analysa une fois encore Harry. Je crois que tous ces évènements sont liés, ainsi que le meurtre de cette jeune femme à la nouvelle Orléans, ainsi que celui de Philibert de Saint-Maur. Il me manque pourtant le fil conducteur.
— Les bijoux ? suggéra Justin. Nicolas de Noailles et Philibert de Saint-Maur étaient tous les deux les gardiens de ce trésor. Gellert est forcément au courant par son fils.
— Je ne vois pas ce qu'Etienne viendrait faire là-dedans, fit Pierre-François.
— A moins qu'il ne soit qu'un écran de fumée, fit Jim à son tour, ou une manière d'impliquer Gellert.
— C'est intéressant comme idée pourtant il ne faut pas oublier que aux yeux de tous, Gellert est François-Marie et ton frère, fit Sylas en regardant Pierre-François qui serra les dents.
— Je sais, fit ce dernier à contrecœur.
— Nous aurons bientôt les divers rapports et peut-être ainsi une vision plus claire de tout ça, intervint Harry, pour le moment nous ne pouvons que faire des suppositions. Et vous votre week-end à Toulouse ?
Le trio échangea un regard gêné qui interpella les trois hommes.
— On ne peut pas dire que ça se passe particulièrement bien, admit Hermione.
— L'entente entre Gaby et Frédéric n'est pas au beau fixe. Gaby s'ennuie de l'animation de Paris, alors que son homme se plait au castel dans cette douce oisiveté, expliqua Draco.
— Frédéric est fasciné par notre monde et ne demande qu'à y rester. Il s'entend à merveille avec nous et Gaby se sent délaissé, fit Sylas plus particulièrement à Pierre-François. Tu verras le week-end prochain. Françoise m'a dit que les murs sont les témoins de nombreuses disputes. La moindre bêtise en est le prétexte.
— On ne peut pourtant pas les laisser reprendre leur vie, fit Harry, alors que manifestement, ce n'est pas Gellert qui est à l'origine des questions qui leur ont été posées.
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Jim était enfin blotti dans les bras de Harry devant le feu ronflant dans la cheminée. Malgré les attentions de son homme ou peut-être à cause d'elles, il avait attendu ce moment toute cette longue journée.
— Je comprends l'attirance que provoque le monde magique sur Frédéric.
— Tu m'as aimé parce que je suis un sorcier ? le taquina Harry.
— Cela fait partie de toi et je suis fier de ce que tu es.
— Je suis né comme ça, je n'y ai aucun mérite, mon tout-beau, contrairement à mon fiancé, qui a tout laissé pour moi.
— Je te suivrais en enfer si il le fallait, se moqua celui-ci avec un sourire qui fit fondre Harry.
— Je n'en doute pas et je t'accompagnerais de la même manière, repartit-il en passant le revers de sa main sur sa joue.
— Et Pierre-François ?
— Tu crois qu'il nous laisserait partir seuls ? Jim ? fit-il en le voyant baisser les yeux.
— Il m'a parlé de nous tantôt, murmura-t-il sans le regarder.
— Il m'avait prévenu qu'il le ferait même si je lui avais dit que ça n'en valait pas la peine, soupira-t-il.
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— Jim ? fit-il en posant une main caressante sur la nuque ployée. Regarde-moi, mon cœur.
— Je n'ai pas voulu te blesser. J'avais compris seul que j'avais été trop loin, il n'avait pas besoin de me le dire, fit-il en plongeant ses yeux dans ceux de son amour.
— Il a eu peur d'une escalade qui deviendrait ingérable, il ne veut pas que nous nous perdions.
— Nous perdre ? s'étonna Jim.
— Il sait que je te suivrais, même dans ce genre de délire, si c'est important pour toi.
— Et lui t'accompagnerait à son tour ! termina le jeune moldu douloureusement.
— Non ! il nous emboiterait le pas à tous les deux, mon cœur, mais sans enthousiasme, alors il préfère l'éviter. Tu sous-estimes toujours les sentiments qu'il a pour toi. Il nous a aimé ensemble de suite, tu le sais.
— Mais tu portes son bracelet.
— Et toi ma bague de fiançailles, rétorqua Harry avec tendresse. C'est un lien dont il est exclu. Que crois-tu qu'il ressentira le jour de notre mariage ?
— Beaucoup de peine certainement, souffla Jim en en caressant la main de Harry et l'anneau d'or gris. Tu veux y renoncer ?
— Non ! et il ne nous le demandera jamais. Son amour est immense, généreux comme lui... Et ça ne changera en rien nos sentiments réciproques.
— Tu l'admires !
— Oui ! mais pas plus qu'un jeune moldu de ma connaissance qui aime le monde sorcier parce qu'il est mien et qui vainc tous les obstacles les uns après les autres pour y vivre avec moi d'abord, avec nous ensuite. Pour aimer, j'ai besoin de ce respect . Nous ne vivrons jamais totalement en monde sorcier, mon tout-beau, ce n'est ni mon désir, ni celui de Pierre-François.
— Où est-il ?
— Certainement dans la chambre de Lily.
— Allons le chercher, fit Jim en se levant et en tirant son amour par la main pour le faire lever.
— Tu l'aimes autant que tu m'aimes, constata ce dernier, en posant ses lèvres sur son front.
— Cela te blesse ? questionna l'autre en dévorant son visage des yeux.
— Non ! répondit brièvement Harry en le poussant à se lever sans voir le sourire satisfait qui naissait sur les lèvres purpurines de son amant qui n'avait pas cru en sa trop rapide dénégation.
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Pierre-François renversa la tête en arrière et l'appuya contre le mur sans lâcher des yeux le minois enfantin aux regards clos. Alors que d'habitude ses yeux lui évoquaient irrésistiblement son demi-frère, ainsi endormie rien en elle ne le rappelait. Aussi brune qu'il était blond, aussi ronde qu'il était délicat, aussi impétueuse qu'il était réfléchi, il n'y avait pas plus différents comme enfants. Ses souvenirs défilèrent. Jeune père et veuf, il avait tenu à s'occuper de son fils lui-même. Les elfes de maison se chargeaient des soucis domestiques. Très vite une relation unique, fusionnelle s'était développée avec ce petit être qui était entièrement à sa merci, sans aucune défense autre que lui. Il avait besoin de son père, mais lui avait besoin de l'enfant, il était son seul amour, sa raison de vivre.
A sa mort, c'est le désir de vengeance qui l'avait tenu vivant. Un léger sourire étira les lèvres de la fillette, elle rêvait. La bouche de l'adulte dessina inconsciemment un sourire tout semblable. Elle était là, têtue et courageuse comme Henri-James l'avait été, et serait sa joie et aussi celle de ses hommes. La vengeance, oui, jusqu'à leur rencontre. Maintenant qu'ils étaient là, il avait bien trop à perdre. Ils seraient là pour la protéger tous les trois. Il se leva et quitta la chambre sans bruit pour aller les retrouver.
A leur retour de l'université, la discussion avec Jim n'avait pas été facile. Il avait essayé d'y mettre ton son amour pour lui expliquer qu'ils glissaient sur une pente scabreuse que lui ne voulait pas emprunter. Le jeune moldu s'était braqué de suite l'accusant de croire qu'il était le seul à aimer. Il sous-entendait "à aimer Harry" bien évidemment. Lui était persuadé que les jeux amoureux devaient être délimités par des barrières fixées par les partenaires et il ne voulait pas aller plus avant dans la violence et les rapports de domination. Jim avait fini par acquiescer sans grande conviction et ils s'étaient quittés un peu froidement. Aussi quand ils se retrouvèrent à mi-chemin dans le couloir menant du living à leur chambre, il chercha de suite son regard. Les deux lacs sombres ne se dérobèrent pas et il n'eut qu'à tendre une main pour le recevoir dans ses bras. Harry vint se coller à eux posant des baisers légers sur leur visage.
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Malgré leur horaire chargé, la semaine fut calme. Les trois hommes avaient à cœur de préserver la paix établie après leur petit différent, le trio quant à lui tut ses craintes et les deux hommes leur décision. Ce n'est que lorsque le week-end à Toulouse fut évoqué le jeudi soir que le sujet revint à l'ordre du jour.
— Dray ?
— Oui, ma belle ? fit-il en interrompant la caresse sur le ventre de sa femme pour lui accorder toute son attention.
Blottis au creux de leur lit, ils attendaient une fois de plus Sylas qui s'attardait sous la douche.
— On pourrait peut-être rester ici ce week-end ? Après tout Pierre-François sera avec ses amis dès samedi midi.
— Non, ma mie, intervint immédiatement Sylas qui finissait de se sécher en venant vers eux.
Draco sourit de ce soutien qu'il lui apportait avant même qu'il en ai besoin. Pendant qu'il parlait, il regardait le corps de son homme que caressait la serviette éponge, suivait ses mains sur les muscles nerveux bien dessinés, regrettait la présence du drap de bain noué autour de ses hanches et anticipait déjà le plaisir qu'il aurait à lui faire l'amour un peu plus tard. Il imaginait ses mains suivant le galbe de ses fesses, sa bouche dans le creux de ses reins, sa hampe dure contre la sienne. Il ne se lassait pas de jouer de ce corps qui était à lui et qui s'accordait si bien avec le sien déjà tendu de désirs. Il croisa le regard amusé de son amour qui, comme d'habitude, l'avait deviné. En pensées, il retourna presqu'un an en arrière, dans ce pub où il avait compris, en écoutant Erwin lui parler de son meilleur ami, à quel point il tenait au beau serpentard. "Je t'aime trop Sylas et j'ai réalisé ce soir que, moi non plus, je ne veux pas te perdre..." Tel avait été son constat quelques jours seulement après ses fiançailles avec Mia ! et, si la nature de ses sentiments ne lui apparaissait pas encore clairement, il avait su à ce moment là qu'il ferait partie de sa vie. Il s'arracha à ses souvenirs pour revenir à la discussion présente.
— Quand ils ne courent aucun danger ici, je ne vois pas de problème à m'éloigner de nos trois amis. Le castel est connu de bien trop de personnes maintenant pour qu'il soit vraiment sûr, expliquait Sylas.
— Ce qui veut dire ? demanda Hermione d'un ton sec en se redressant.
— Que dorénavant nous n'avons plus l'intention de rester à l'écart des évènements. Leur séjour à la Nouvelle-Orléans aurait pu mal tourner et nous n'aurions jamais eu le temps d'intervenir, fit Draco. Lundi, nous serons à leurs côtés à la réunion des ministres de la magie comme ça a toujours été prévu mais ce n'est pas suffisant.
— Si Nicolas ne nous contacte pas et qu'un second voyage en Louisiane s'avère nécessaire, nous en ferons partie, conclut Sylas fermement.
Dray eut un sourire vers son homme qui le soutenait, ils échangèrent un coup d'œil complice qu'intercepta Hermione. Elle sut qu'elle avait déjà perdu la bataille pourtant elle s'entêta à contrer ce qu'elle pensait être folie.
— Erwin et Jimmy seront là, ils n'ont pas besoin de vous. Par contre vous courrez et ferez courir un danger inutile à nos enfants.
— Ce que tu dis n'a pas de sens Mia, fit doucement Sylas, d'un côté tu prétends que nos amis ne sont pas en danger et d'un autre que nous le serons, nous et nos enfants. Nous en avons discuté Dray et moi et notre décision est prise.
— Pierre-François ne va pas apprécier, tenta de faire valoir Hermione en désespoir de cause.
— Nous n'avons pas l'intention d'aller tenir la chandelle dans leur chambre à coucher juste de les accompagner dans leurs déplacements quand ils sont risqués. Lors de leur sortie hebdomadaire, nous ne les accompagnerons pas non plus. Mercredi, ils ont d'ailleurs choisi la sagesse en allant juste à Weymouth par le réseau de cheminées, dit Draco avec un brin d'impatience dans le ton.
— Ma vie, fit Sylas en prenant la main de sa femme et en la portant à ses lèvres, si demain nous n'avons plus l'appui de Harry que deviendraient les jumeaux et Teddy. Que nous a raconté Jimmy ? et pourquoi ? Tu sais très bien qu'il est dit dans la prophétie que leurs parrains seront la sauvegarde de leur avenir en même temps que celle du monde sorcier et rappelle-moi qui sont les parrains de nos enfants ?
— Ton frère en a dit très peu de chose mais les informations qu'il distille au compte-gouttes sont réellement importantes, compléta Draco. Nous sommes liés dans nos destins plus que jamais.
— Tu es sûr que c'est ainsi que tu vois les choses ? fit sa femme dubitative.
— Harry est mon ami et à ce titre, enfants ou pas enfants, prophétie ou pas prophétie, destin ou pas destin, je me dois d'être à ses côtés. C'est ainsi que je vois les choses, fit Draco, mais il se fait que la réalité rejoint les sentiments. Je reprends ma place à la tête de la Fratrie à ses côtés, je ne l'ai que trop négligée ces derniers mois.
— Vous ne rêvez que plaies et bosses, jeta Hermione amère.
— Non, ma vie. Ces derniers mois, depuis la bataille de Stonehenge, nous nous sommes laisser aller dans la douce quiétude de nos amours et nous avons survolé les problèmes. Harry n'a pas compris notre attitude notamment avant et après la mort de Philippe et il avait raison, reprit Sylas. Ils ont, eux, continué à s'occuper de tout, englobant tout simplement Pierre-François qui a parfaitement pris sa place. Je suis stupéfait de la stabilité qu'ils ont acquise en si peu de temps !
— Stabilité ? fit Mia surprise, ce n'est pas le terme que j'aurais employé !
— Le reste, ma mie, n'a que peu d'importance en regard de ce qu'ils ont accompli, surtout étant donné la nature fusionnelle de l'amour qu'il y avait entre Harry et Jim.
— Encore un point qu'il nous faut aborder, intervint Draco qui saisit au bond l'opportunité qui s'offrait. Le pacte d'alliance s'est relâché depuis que tu es enceinte. Il nous faut à nouveau travailler notre symbiose et notre pouvoir régulièrement afin de le resserrer. Nous devons retrouver la même puissance qu'avant.
— Tu crois que je vais participer à des interventions de la fratrie alors que je suis enceinte ? fit Hermione dont le ton commençait à se faire légèrement hystérique.
— Loin de moi cette idée, ma douce, pourtant tu ne seras jamais aussi puissante que maintenant pendant que tu rassembles ta magie et celle de nos enfants, il faut donc en tirer parti pour augmenter celle du pacte. Nous devons nous mettre en symbiose comme nous le faisions avant.
— Il ne s'agit, ma mie, expliqua Sylas en caressant les reins de sa femme pour soulager son dos qu'il savait douloureux en fin de journée, que de renforcer notre harmonie autant pour notre union qui est moins étroite que pour acquérir plus de puissance dans l'avenir.
Hermione sembla acquiescer. Elle ne pouvait s'empêcher de penser que sur ce coup là ses deux hommes étaient bien peu subtils, même Sylas semblait estimer qu'attendre un enfant avait forcément émoussé son intelligence. Elle ne leur avouerait jamais que leur passivité l'avait étonnée et que, si elle en craignait les conséquences, leur attitude actuelle ressemblait bien plus à ce qu'elle attendait de ses hommes. Serrée entre eux, leurs mains tendres et protectrices posées sur la colline que formait son ventre, elle dressait un bilan plutôt positif de leurs mois d'union. Sa grossesse lui avait apporté une profonde satisfaction. à un moment où elle ne se sentait plus pilier de leur lien. Ils étaient toujours aussi unis, aussi amoureux l'un de l'autre et la place qu'elle avait acquise était différente. Subtilement, au fil des jours, elle était devenue celle qui est et qui sera, celle qui enfante, la mère, celle qui apporte le bonheur ultime, la consécration de leur amour.
Elle aurait, il est vrai, préféré une place plus sensuelle dans leur union, la place de l'amante qui réunit mais en restant à l'écart de leurs ébats amoureux, elle n'avait pas su prendre ce tournant là. Par son choix de ne pas les accompagner à l'université, de rompre sans même leur en parler leurs rêves d'avenir à trois, elle avait opté délibérément pour le statut de mère au détriment de celui d'amoureuse. Avait-elle eu peur d'échouer dans le second rôle ? Devant leur entente, leur amour inattendu, elle n'avait pas eu l'audace, l'inconscience de s'y essayer, elle avait préféré être leur ciment. La naissance des jumeaux viendrait une fois de plus bouleverser l'équilibre acquis. Et là, au creux du cocon formé de leurs corps, évoquant leurs paroles et l'amour un peu fou et sans limites que se portaient deux jeunes sorciers et un moldu, elle pensait que peut-être, certainement même, ce virage là, elle n'avait pas fini de le regretter.
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Ils avaient emprunté le réseau de cheminette moins risqué pour Hermione qu'un transplanage. Ils entendaient déjà des voix âpres qui discutaient. Frédéric sortit du petit salon d'un pas nerveux et faillit entrer en collision avec eux. Un sourire vint éclairer son visage marqué de lassitude.
— Bonsoir. Vous arrivez à un moment un peu mouvementé, fit-il.
— Il semblerait en effet, acquiesça Sylas.
— Gaby veut rentrer à Paris. Je n'arrive plus à le raisonner, c'est devenu une idée fixe, même ce qu'il aimait tant à notre arrivée lui paraît maintenant pénible.
— Nous allons essayer de lui changer les idées. Nous attendons de la visite demain en même temps que Pierre-François et ses hommes, des moldus pour la plupart. Il y aura des réunions de travail mais pas que ça. Tu verras ça va s'arranger, fit doucement Draco en mettant une main sur son épaule.
— Je vais prendre l'air, je n'en peux plus, répondit-il en secouant la tête d'un air découragé.
Les trois échangèrent un coup d'œil soucieux. Les choses semblaient loin de s'améliorer. Ils trouvèrent Gaby étendu dans le canapé devant la télévision. Il tourna vers eux un visage fermé, des yeux durs qui les voyaient à peine ; il leur dit un bonsoir bref du bout des lèvres.
— Bonsoir Gaby, répondit Hermione.
— Où est Pierre-François ?
— Harry et Jim ont cours à Cambridge demain matin, Ils seront là de suite après.
— Il ne pouvait pas les quitter quelques heures, râla-t-il.
— Avec leur emploi du temps chargé, il les voit déjà beaucoup moins qu'avant, fit Hermione, et ça lui manque. Alors non, il n'allait pas se priver d'une soirée et d'une nuit avec eux dans leur maison de Weymouth, comme toi tu ne voudrais pas quitter Frédéric.
Gaby ne répondit pas se contentant d'un petit grognement mécontent. Il tourna la tête vers la télévision signifiant que pour lui il n'y avait plus rien à dire. Hermione haussa les épaules avant de sortir entraînant ses amours avec elle, laissant bouder seul le garçon qu'elle trouvait insupportable.
L'atmosphère de la soirée fut lourde. Hermione fatiguée s'était retirée tôt, Gaby ne décollait pas de devant le petit écran, ignorant de tous. Frédéric jouait avec Sylas aux échecs. Draco appuyé contre ce dernier, son bras autour de sa taille, la tête posée sur son épaule, analysait la façon de jouer du moldu qui était très fort à ce jeu. Il avait une force de concentration peu commune et s'était très vite familiarisé avec l'échiquier sorcier. Il ne put s'empêcher d'émettre un petit grognement réprobateur lorsque son homme, déjà en position difficile, déplaça sa tour. Un léger rire moqueur de Frédéric salua l'erreur commise par Sy.
— Echec et mat ! fit-il en déplaçant sa pièce et en se laissant aller en arrière sur le dossier du fauteuil avec un soupir de contentement.
Sylas beau joueur lui adressa un sourire avant de se lever pour aller chercher des boissons fraîches. Quand il revint Dray avait commencé une partie. A son tour, il se blottit contre le dos de son homme pour les observer, goûtant infiniment ce simple contact. Draco noua ses doigts aux siens appuyés sur sa cuisse caressant sensuellement de son pouce la naissance de son poignet. Sy ferma les yeux sous la tendresse des mots que son homme lui envoyait à travers le lien.
Frédéric était troublé de cette profonde entente qu'il sentait entre ces deux là, différente de l'amour fou qu'il percevait entre Pierre-François et ses amants et qui chamboulait à chaque fois ses certitudes. Il enviait la passion qu'il sentait en eux trois. Il avait dans les yeux les regards brûlants qu'ils échangeaient, les gestes possessifs qu'ils ne contrôlaient pas, leur jalousie dévorante qu'ils n'arrivaient pas à maîtriser, leurs déclarations d'amour impudiques, leur sensualité satisfaite étalée aux yeux de tous. Il leur en voulait de lui montrer que son amour trop raisonnable pour son homme-enfant n'était plus fait que d'habitudes et d'une tendresse qui maintenant se réduisait en peau de chagrin.
— Frédéric ? faisait une voix amusée.
— Excuse-moi, fit-il en réalisant que Draco attendait qu'il joue.
— Cela finira par s'arranger, voulut le rassurer Sylas.
— Je crois, hélas, que nous n'en avons plus réellement envie ni l'un ni l'autre, admit-il en déplaçant ses pions pour le grand roque.
Ils finirent en silence la partie que très vite Frédéric perdit, troublé par ce qu'il avait enfin osé admettre. Il se leva à la fin du jeu, tendit la main à son amant pour le sortir de son canapé avant de quitter la pièce avec lui. Il allait lui faire l'amour, ils en avaient besoin tous les deux. Il lui donnerait du plaisir, caressant ce corps familier avec des gestes qui lui étaient devenus habituels. Comme à chaque fois, il se sentirait fier de le faire crier, Gaby se blottirait contre lui, comblé, et s'endormirait aussitôt. Lui, dans le noir, attendrait, seul, un repos fuyant. Au matin, il se réveillerait les bras vides d'un amant qui sommeillerait à l'autre bout du lit.
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oOo
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Les invités commencèrent à arriver vers treize heures. Il y eut tout d'abord Erwin et Jimmy, Michel et Chi puis ensuite Jan et son compagnon Adriaan. Le trio arriva par la cheminée avec Lily, Cloud et Justin. Après avoir salué tout le monde, Pierre-François et Harry disparurent une nouvelle fois pour revenir une dizaine de minutes plus tard en comagnie du père et du frère de Jim. Il ne manquait plus que Liam, Ginny et Sirius du côté sorcier et Helmut qui arriverait avec sa famille en fin de journée par la route. Pierre pris par ses occupations n'avait pu se libérer.
Le repas se prolongea plus que de raison. Les amis ne s'étaient pas revus depuis plusieurs mois et, contents de se retrouver, avaient beaucoup de choses à partager. Ils savaient que demain serait consacré à la politique et aux problèmes entre leurs mondes, aujourd'hui l'était à l'amitié.
Pierre-François avait retrouvé ses propres amis avec un plaisir mitigé, il n'est jamais agréable d'être mêlé à l'agonie, toujours douloureuse, d'un couple, encore moins quand on a envie de ne voir que son propre bonheur. Il ne voulait prendre parti pour aucun des deux et redoutait qu'on le lui demande. Si il aimait le caractère tendre et posé de Frédéric et connaissait celui capricieux de Gaby, il savait le cœur en or de ce dernier qui aurait donné tout ce qu'il avait sans regret afin d'aider. Oh ! pas sans avoir râlé pour la forme, pas sans avoir étalé sa bonne action sur la place publique dans un besoin de reconnaissance toujours inassouvi, mais il l'aurait fait. Il leur jeta un coup d'œil. Gaby participait à la conversation générale, aimable, brillant, charmeur, comme il pouvait l'être quand il voulait séduire ses interlocuteurs. Frédéric discutait calmement avec Cloud et Justin de Poudlard et de leurs études. Pour qui ne les connaissait pas, tout aurait paru normal mais Pierre-François ne les avait jamais vus indifférents l'un à l'autre. Instinctivement il resserra son étreinte sur la taille de Harry appuyé contre lui et chercha Jim des yeux. Il discutait avec son père et Peter.
— Cela n'arrivera jamais, mon ange, lui glissa son agneau avec un sourire tendre.
— Mais comment... murmura-t-il en le regardant surpris.
— Je connais tes peurs, chuchota-t-il contre son oreille en le faisant frémir sous son souffle. Je ressens les mêmes.
Ils échangèrent un long regard avant de chercher celui de Jim qui les observait. Ils le virent s'excuser auprès de ses interlocuteurs et venir vers eux, de sa démarche souple et nonchalante. Ils laissèrent là moldus et sorciers et sortirent par la porte-fenêtre sur la terrasse pour descendre, enlacés, vers le chemin du hallage.
Le dîner succéda au déjeuner, au thé. Ils avaient l'impression d'avoir passé la journée à table. L'arrivée d'Helmut et sa famille, de Liam et Ginny puis de Sirius avait créé un entracte salutaire entre deux conversations, entre deux gâteaux et deux verres d'alcool. Dans le grand salon la musique maintenant régnait en maître forçant les bavards impénitents à élever la voix. Frédéric complétait l'éducation de Cloud et Justin en leur apprenant à danser. Gaby qui semblait avoir un peu trop bu plaisantait avec Sirius qui riait du bagout effronté du jeune coiffeur. Hermione, fatiguée, s'occupait du choix de la musique, lorsqu'elle traîna pour en changer, le silence permit à Harry d'entendre la sonnerie de son portable. Il ne put s'empêcher de froncer les sourcils avant de décrocher, très peu de personnes avaient son numéro et elles étaient pratiquement toutes sur place.
— Gellert ? Mais comment ?
— ...
— Jean-Baptiste ? Oui !
— ...
— En danger ? Nous arrivons !
— ...
— Oui, oui ! fit Harry tout en faisant un signe à ses compagnons qui immédiatement agissaient, l'un se précipitant pour aller chercher les capes et masques à Astor Lodge, le second en prévenant les membres présents.
— ...
— Il faut que vous restiez encore une quinzaine de minutes, c'est le temps qu'il nous faut pour vous rejoindre.
Il raccrocha perplexe. Que pouvaient bien faire, à Paris, Gellert et Jean-Baptiste ensemble ?
— Ils sont dans un club dans le quartier du Marais. Non seulement ils ont été suivis et sont attendus devant mais ils en ont quelques uns à l'extérieur aussi. Un sort anti-transplanage a été jeté.
— Tu veux intervenir ainsi déguisés en plein quartier du Marais qui, en ce samedi soir, doit être bondé ? demanda Pierre-François.
— Je crois en effet que ça va être difficile.
— Où sont-ils exactement ?
— A L'Axe, m'a-t-il dit, précisa Harry qui vit le sursaut incrédule de Pierre-François.
— Comment se sont-ils retrouvés là ! grogna ce dernier. On verra ça plus tard.
— Je crois que la seule manière est d'y aller à découvert.
— Harry ! on avait dit que … tenta de faire valoir Hermione.
— Il n'y a pas d'autres possibilités, fit Harry en passant une main nerveuse dans ses cheveux. C'est dangereux pour tout le monde. Ils vont de suite te reconnaître, fit-il à Pierre-François en se tournant vers lui.
— Je sais, soupira-t-il. On perd du temps.
— Jim ?
— Je suis prêt, amour, fit ce dernier.
Harry regarda sa petite troupe. Auprès de lui, Draco, Sylas avec qui il avait eu une discussion assez animée le vendredi. Il devait pourtant s'avouer qu'il était content de le retrouver à ses côtés, même si Mione lui lançait des coups d'oeil très peu aimables comme si il était responsable de leur décision. Dray les surprit et lui envoya un sourire goguenard avant certainement de la rassurer par le pacte parce qu'elle lui adressa une petite moue boudeuse avant de se détourner. Erwin et Jimmy, comme avant toute opération, ne se quittaient pas des yeux. Liam, Ginny, Sirius, Cloud, Justin attendaient calmement ses instructions sous les regards inquiets des moldus.
— Sept resteront dehors sous le commandement de Draco. Quatre viendront avec moi à l'intérieur du club. En cas de force majeur, je briserai la protection anti-transplanage qu'ils ont mise. Je prends en plus de Pierre-François et de Jim, Erwin et Jimmy. Si je vous envoie mon patronus, transplanez sans délai. Nous nous approcherons par deux ou trois et entrerons de la même façon, peut-être que pour certains l'effet de surprise jouera.
Il tourna le dos au salon brillamment éclairé, sortit et descendit rapidement le perron. Il prit Jim par la taille, s'appuya contre Pierre-François et ils transplanèrent dans la cour de l'hôtel des Saint-Maur. Quelques minutes plus tard, sans attendre le reste des intervenants, ils étaient devant la porte de L'Axe.
Le judas s'entrebailla au coup de sonnette de Pierre-François, puis le portier leur ouvrit la porte avec un "Bienvenue" obséquieux. De Lauzun n'était pas un inconnu dans le monde des nuits parisiennes. Les mains posées sur la taille de ses amants appuyés contre lui, il les poussa vers le bruit et la musique. Des yeux concupiscents suivaient les trois hommes. Harry dévisageait la clientèle cherchant leurs éventuels adversaires, ce faisant, il ne tarda pas repérer Gellert assis sur un haut tabouret devant le bar, entre ses jambes, il tenait serré contre lui Jean-Baptiste. Ce dernier avait une main dans la nuque du sorcier et la tête posée sur son épaule. Quand il les vit un fin sourire étira ses lèvres. Il glissa quelques mots à son compagnon qui hocha la tête.
— Bonjour, mon frère, fit ce dernier dès qu'ils furent à leurs côtés.
Pierre-François le fixa avant de se tourner vers le garçon.
— Tu peux me dire ce que tu fais, Jean-Baptiste ? lui demanda-t-il d'un ton sec.
— Rien de plus que toi avec eux ! jeta le jeune créole.
— Je les aime, asséna le sorcier blond. C'est toute la différence.
— On s'occupera de ça après, mon ange, fit Harry, pour le moment, il nous faut trouver une possibilité de sortir d'ici. Il y en a deux près de la sortie, le même nombre près de la porte des toilettes, et certainement d'autres parmi les danseurs,
Il jeta un coup d'œil à leur droite, Jimmy venait de s'accouder dos au bar avec Erwin contre lui. Ils chuchotaient, s'embrassaient et ne semblaient se préoccuper de personne d'autres qu'eux-mêmes. Ils se fondaient dans le décor. Harry laissa errer son regard sur le monde qui l'entourait. L'établissement ne ressemblait en rien à L'Aigle Noir. Sous les effets lumineux, une clientèle exclusivement masculine se trémoussait sur de la trans, se frottait aurait été un terme plus approprié. D'autres rodaient, regardaient, évaluaient, le but manifeste de tous ces hommes d'âge et de milieu différents était de trouver un compagnon pour une nuit et plus, éventuellement. Visiblement L'Axe était un club de rencontre, un de ces endroits où Pierre-François cherchait dans un passé très récent ses partenaires d'une nuit. Harry sentit un goût amer lui envahir la bouche.
Un homme, entre deux âges, habillé de façon excentrique d'un pantalon noir en cuir qui ne laissait rien ignorer d'une certaine anatomie avantageuse, d'une chemise en voile, entièrement ouverte qui mettait en évidence bien plus qu'elle ne le cachait un grand tatouage que l'on voyait bouger sur sa poitrine au rythme de sa respiration, s'approcha d'eux d'une démarche sensuelle. Harry vit Jim dévisager attentivement l'homme séduisant avant d'esquisser une moue approbatrice qui fit grincer des dents son fiancé.
— Pierre-François ! ça fait longtemps ! faisait l'arrivant avec un sourire séducteur qui n'atteignait pas ses yeux.
— En effet, Paolo, en effet.
— Je vois que tu as déjà trouvé ton bonheur de la nuit.
— Tu sais très bien que ce sont mes compagnons. Le monde gay est pire qu'un village. Tout se sait très vite.
— La rumeur que de Lauzun le libertin s'est rangé a en effet couru. Mais vois-tu, j'ai décidé de ne pas y croire.
— Tu avais tort.
— Alors que fais-tu ici ? ce n'est pas un endroit pour un homme casé et encore moins pour tes jeunes amants si tu y tiens.
— J'avais mon frère à voir, fit Pierre-François. Nous ne comptons pas nous attarder.
— Tu feras bien. Je te garantis que même en ta compagnie, les propositions ne vont pas leur manquer, se moqua l'homme en les envisageant tour à tour de la tête au pied.
Avant même qu'ils aient le temps de réagir, il saisit entre le pouce et l'index le menton de Jim, posa sa main sur sa hanche pour l'attirer et plongea son regard magnétique dans le sien. Jim, nullement intimidé, tira l'homme vers lui avec un petit rire moqueur et sensuel qui glaça Harry et fit sourire l'inconnu, puis il vit le corps de de ce dernier se raidir contre son amour et perçut un gémissement de souffrance.
— Ne mets jamais plus une main sur moi ou sur mes compagnons, entendit-il Jim dire d'une voix glaciale, autrement tu le regretteras.
Il relâcha sa prise de karaté sur le bras du dénommé Paolo et celui-ci essaya de récupérer sa respiration en inspirant fortement.
— Tu constates qu'ils ne sont pas sans défense, railla Pierre-François qui se tourna ensuite vers le barman qui attendait leur commande.
— Ce monde lui plait, ajouta l'homme avec un signe de tête vers Jim, et ça, tu ne peux rien contre.
Harry examina une fois de plus la clientèle interlope du club, l'impudeur des uns, les gestes obscènes des autres. Il préférait ne pas savoir ce qu'il se passait sur les banquettes dans les coins sombres mais le peu qu'il voyait lui montrait des corps à moitié nus, des ondulations de bassin bien peu mystérieuses quant à leur finalité, et lui laissait deviner que certains préféraient consommer leur trouvaille de suite. Tout le contraire de ce qu'était son pudique fiancé. Il lui lança un coup d'œil interrogatif. Pour venir l'enlacer, Jim passa devant l'homme le fusillant d'un regard noir au passage. Il posa légèrement ses lèvres sur les siennes, caressa son visage avant de doucement lui murmurer que c'était en partie vrai et qu'ils en discuteraient au retour.
Pierre-François s'était assis sur le tabouret voisin de celui de Gellert. Ainsi côte à côte la ressemblance des deux était troublante. Est-ce elle qui avait attiré Jean-Baptiste vers cet homme désabusé qui avait un siècle de plus que lui ? Ou sa réputation sulfureuse de mage noir sans pitié, sans attache ? Jim serré tout contre lui, ce qui en cet endroit ne dénotait pas, Harry s'appuya au comptoir et posa une main possessive sur la cuisse de Pierre-François qui la couvrit de la sienne. Le grand sorcier se pencha vers lui, posant de légers baisers dans son cou, sur sa mâchoire remontant vers le creux derrière l'oreille pour chuchoter plus facilement.
— Tu vois là sur, sur la banquette dans le coin droit, les trois hommes font semblant de se lutiner. Ils sont aux aguets et nous ont déjà devinés. Ils nous ont tous repérés d'ailleurs, à croire qu'ils nous attendaient.
— C'est certainement le cas, mon ange. De toute façon, il y a un petit air de famille qui ne pouvait pas tromper, railla Harry.
— O'Reilly sait ce qu'il en est de mes relations avec mon frère et du retour de Gellert, ça ne peut être que Liebling, asséna Pierre-François.
— Tu le vois ?
— Non !
— Ils sont onze, intervint le vieux mage noir devinant la raison de leur aparté.
— Nous n'avons aucune possibilité d'intervenir ici sans faire un carnage. Nous devons sortir ! poursuivit Harry.
— Et nous ne savons pas ce que nous trouverons dehors. Plus nous attendons moins il y aura de monde dans les rues et moins nous pourrons choisir notre terrain de jeu, compléta Jim.
— Ils savent qu'à un moment donné, nous allons devoir transplaner, ils interviendront donc dès que possible.
— Je vais aux toilettes, glissa Jim dans le cou de son fiancé.
— Non !
— Il faut trouver une solution, ça en est une.
Aussitôt qu'il franchit la porte des lieux d'aisances, deux sorciers lui emboîtèrent le pas.
— Harry ! non ! fit Pierre-François à son amant qui voulait le suivre. Il est capable de les gérer. Rappelle-toi notre conversation.
Jim revint quelques minutes plus tard. Il jubila en voyant l'immense soulagement dans les yeux de Harry avant d'écraser ses lèvres sous un baiser exigeant.
— Cela fait toujours deux en moins ! Ils en ont pour un moment ! constata-t-il avec un sourire satisfait. Sept contre neuf c'est largement gérable. Ce whisky est horrible, termina-t-il en reposant son verre d'un air dégouté.
— Dès que nous aurons fini notre boisson, nous sortons, avant que je tue un ou deux de ces prédateurs moldus, compléta Pierre-François en fusillant d'un regard glacial l'homme qui sous prétexte de commander un verre au bar se pressait contre Harry.
Quand il sentit ce dernier sursauter et le vit à son tour toiser l'indésirable, il se leva, attrapa l'homme et le retourna vers lui.
— Tu enlèves tes sales pattes autrement ça va mal finir, fit-il d'une voix trop calme tout en faisant une grimace lorsqu'il reçu le souffle aviné de l'homme sur son visage.
— Calme-toi Pierre-François, intervint Paolo qui s'était approché une nouvelle fois. Les règles ici ne sont pas les mêmes que chez toi et depuis le temps que tu fréquentes L'Axe, tu les connais. Tu savais à quoi tu les exposais en venant ici.
— Partons, mon ange, fit Harry sans quitter des yeux le propriétaire du club désarçonné par le regard hautain et impérieux que lui assénait le garçon, contrastant avec le ton tendre qu'il employait envers son homme.
Le jeune sorcier lança un coup d'œil discret à Erwin et Jimmy pour les prévenir puis à Gellert et Jean-Baptiste qui lui renvoya un regard provocant à souhait. Harry soupira intérieurement, il ne comprenait pas l'attitude du cajun. Après avoir salué le patron du club, calmement, ils sortirent dans la rue encore très fréquentée. Leurs ennemis furent aussitôt derrière eux. Plusieurs sorciers postés devant le club leur emboîtèrent le pas.
Pierre-François saisit ses agneaux par la taille et se mit à refaire le chemin inverse. Ils semblaient rentrer à l'hôtel de Jouy. Harry avait vérifié d'un bref coup d'œil la présence de leurs amis dans les environs du club. Ils marchaient ensemble en groupe compact de cinq. Main dans la main, se bécotant toutes les trente secondes comme deux amoureux insouciants, Erwin et Jimmy les dépassèrent et les devancèrent. Les rues devinrent de moins en moins fréquentées. Ils entendaient derrière eux le bruit des pas de leurs poursuivants qui n'essayaient même plus de passer inaperçus. Pourtant, tant que les rues étaient animées, ils avait essayé de rester discrets. Ils avaient certainement reçu des ordres dans ce sens, voilà qui était à noter.
Tout à leurs efforts pour passer inaperçus, ils n'avaient pas remarqué les deux couples d'amoureux enlacés et les trois hommes bruyants et nettement éméchés qui les suivaient. Enfin, la rue fut déserte de tout ce qui n'était pas membres de la Fratrie et leurs suiveurs. Avec un bel ensemble les trois se retournèrent baguette en main. Leurs ennemis se retrouvèrent ainsi pris entre deux feux. Le glock muni d'un silencieux, tenu par la main de Jim fut le premier à cracher ses balles. En voyant un trait vert arriver vers son fiancé en riposte, Harry forma un bouclier devant lui avant de lancer un sectumsempra. Un sort venant de derrière lui coucha un de leur adversaire et Harry nota la puissance du vieux mage noir qui avait à peine fait monter son aura. Jean-Baptiste fut presque aussi rapide que lui. Pierre-François n'avait pas été en reste et déjà il ne restait plus aucun de leurs adversaires debout. C'était facile, trop facile.
Harry garda ses réflexions pour lui, il en ferait part à ses amis plus tard. Il fit un signe à Draco qui sonda l'esprit des sorciers immobilisés et en désigna un. Jimmy et Pierre-François étaient déjà en train de soumettre les autres à un sortilège d'amnésie. Draco et Sylas relevèrent le sorcier sous incarcerem avec l'intention de transplaner avec lui quand un regard de Harry les arrêta. Celui-ci se retourna d'un mouvement rapide et pointa sa baguette vers leur droite et sa voix résonna dans la nuit quand il prononça le finite incantatem qui leur révéla deux sorciers jusqu'alors désillusionnés et qui les observaient. Aussitôt il en immobilisa un d'un incarcerem et Pierre-François se chargea du second en lui lançant un petrificus totalus.
— Ce sont ces deux là que vous emmenez fit-il à Draco et Sylas. Jimmy, Erwin vous allez avec eux. Vous les mettez au frais pour interrogatoire. On se retrouve dans un quart d'heure à L'Aigle Noir.
— Comment as-tu su ? lui souffla Jim.
— Gellert et Jean-Baptiste n'ont jamais été en danger, railla Harry. Je suppose que c'était juste une manœuvre pour voir où en étaient nos alliances, très bien calculée d'ailleurs puisque nous avons été obligés d'intervenir à découvert. Ils nous observent, apprennent à nous connaître pour mieux nous combattre. Je suis sûr qu'ils n'étaient pas les seuls observateurs. Certainement le rapport est déjà en route.
Ils prirent le chemin de leur club sans prêter attention à un chat de gouttière qui s'éloignait. Dans la rue voisine aussi déserte que la précédente, il reprit forme humaine. L'inconnu pensa que le patron ne serait pas content de ce qu'il allait lui apprendre des contre-performances de ses espions et qu'il risquait fort de faire les frais de ce demi échec. Il avait acquis, en fréquentant d'un peu trop près Voldemort, le goût des endoloris.
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Harry était content que cette soirée soit enfin finie. Trop de choses l'avait dérangé. Il faudrait qu'il en analyse les tenants et les aboutissants mais il n'aimait pas ça, il sentait en lui cette inquiétude sourde qu'il connaissait si bien. Elle était toujours annonciatrice d'ennuis. Pierre-François se glissa tout contre lui et le serra dans ses bras.
— Il faut qu'on parle, mon doux amour.
— Ce n'est pas nécessaire, soupira-t-il. J'ai très bien compris.
— Crois-tu ? Pourtant je voudrais t'expliquer pourquoi je fréquentais des endroits comme L'Axe.
— Tu n'as pas l'impression que c'est superflu ?
— Non !
— Je t'écoute.
— Après les problèmes avec André et Laurence, je ne voulais plus m'impliquer dans la moindre relation qu'elle soit sexuelle ou amicale. Même si je n'aimais pas ce genre de lieu, j'y trouvais ce que je cherchais, un homme qui ne me demanderait rien de plus qu'un moment de plaisir.
— J'avais réalisé tout ça, mon ange, murmura-t-il, tu n'as pas besoin de justifier ton passé.
— Je n'ai pas fini, fit-il en le faisant taire d'un baiser. Dès que je vous ai vus, ce genre de chose est devenu tout à fait insuffisant, frustrant et le jour où j'ai été enlevé, calmé par mes réflexions, je m'apprêtais à rentrer. Je n'avais déjà plus que vous dans le cœur, dans l'esprit, dans la peau... Ne doute jamais de moi.
— T'ai-je déjà donné cette impression ?
— J'ai vu ton regard de dégoût sur ce monde et j'en ai fait partie, soupira-t-il.
— Je sais beaucoup de choses à ton sujet, Pierre-François, et aucune ne me déplait, affirma-t-il gravement en se pelotonnant fort comme si il voulait ne plus faire qu'un avec lui. Je t'aime.
Avec emportement, les deux bras du sorcier blond se fermèrent sur lui. Transporté par l'amour serein qu'affichait son jeune compagnon, il posa sa joue contre la sienne, lui murmura qu'il était tout et qu'il l'aimait à la folie. Quand quelques minutes plus tard, il sentit Jim se blottir contre son dos, il relâcha son étreinte pour l'englober dedans surpris qu'il choisisse sa proximité plutôt que celle de Harry.
Ce dernier quant à lui, attendait les explications qui lui avait été promises. Il n'en aurait pas réclamé, considérant que cette affirmation avait été faite en l'air pour blesser Pierre-François. C'est Jim qui avait vu ça d'un autre œil.
— Je t'ai dit que je t'expliquerais ce qui me plait dans cette atmosphère et je ne sais par où commencer, murmura ce dernier visiblement embarrassé. Je n'ai été que quelquefois dans ce genre d'établissements à Londres, il y a longtemps en compagnie de Jorge et de sa femme. et en dehors de ces fois, je n'ai jamais eu envie d'y aller. Je n'ai aucun désir de me frotter à ces danseurs essayant de provoquer l'intérêt d'un éventuel partenaire sexuel, aucun besoin de lever un de ces types, aucune envie de participer là à leurs accouplements, je ne vois que vous, je ne désire que de vous. Pourtant je dois avouer que le spectacle de cette dépravation sexuelle m'excite comme un film pornographique ou un strip-tease. Je ne le justifie pas, c'est ainsi.
— Pourquoi ces explications que personne ne te réclamait, mon cœur ?
— Après le problème sur la domination, je ne voulais pas que vous me preniez en plus pour un pervers ou Dieu seul sait quoi...
— Tous, nous sommes sensibles à certaines excitations visuelles, olfactives, tactiles, il n'y a rien de plus normal, mon agneau, énonça Pierre-François qui éclata de rire en voyant posé sur lui un regard vert qu'il voyait déjà gamberger et s'assombrir. Voyez-vous le possessif, se moqua-t-il en posant un léger baiser sur le bout de son nez, même ça il le veut !
— Pourquoi pas ? Je veux tout ! jeta Harry véhément.
— Tu ne peux pas demander ça, amour, fit Jim en riant aussi.
— Je peux au moins te demander de ne pas dévisager, ou plutôt envisager, d'autres hommes comme si ils allaient t'offrir la meilleure baise de ta vie ? et éviter de te coller contre ce Paolo de malheur en ma présence ?
— Doucement, mon agneau, lui chuchota Pierre-François.
— Harry ! soupira Jim. C'est vrai que ce n'était pas très élégant, mais c'était seulement un coup d'œil en passant et je ne veux rien de ce mec, tu as bien remarqué que je l'ai remis à sa place. J'ai tout ce qu'il me faut, avec l'amour en plus, pourquoi voudrais-tu que j'aille ailleurs ? termina-t-il tendrement, en caressant son visage du bout de doigts.
Il tira à lui son fiancé pour poser ses lèvres sur les siennes avant d'effleurer celles de Pierre-François qui comprit très vite où il voulait en venir. Leurs bouches rapprochées embrassaient tour à tour, passant de l'un à l'autre, mélangeant goûts et saveurs, passion et suavité. Les mains erraient dans la semi-pénombre sur les corps dénudés, effleuraient au hasard les courbes déjà familières, descendaient le long des muscles fermes, roulaient les peaux douces entre les doigts, flattaient doucement les fesses, les attributs qui se gorgeaient de sang... doux prémices à une union plus profonde, plus voluptueuse.
Harry le premier, rompit le silence en gémissant de plaisir, arrachant un rire bas et sensuel à Pierre-François et un grognement de satisfaction à Jim. Le tendre loup enlaça le plus jeune et roulant sur lui même le déposa entre eux, son agneau choisit les rôles, en se positionnant face à lui. Il explora sa bouche ardemment, s'enivrant de son goût unique, caressant de sa langue sa compagne qui se montrait tout aussi enthousiaste. Il se dégagea pour pousser un cri rauque de volupté, se cambrant contre Pierre-François, sous la caresse affolante de Jim. L'aîné immobilisa ses hanches d'une main pour l'empêcher de bouger et permettre à Jim de continuer la fleur de rose distendant la barrière de son intimité tout en palpant fermement ses fesses. Quand il sentit Pierre-François descendre le long de son corps, s'attardant sur sa poitrine, mordillant, léchant les aréoles, puis laissant au passage une trace humide sur son ventre, il frémit d'impatience. La bouche experte vint poser de petits baisers sur sa virilité sans jamais s'attarder, les baisers devinrent coups de langue mutins tout aussi peu satisfaisants, et Harry, les mains dans les longues mèches soyeuses, en devenait fou de désir.
Quand deux doigts de Jim forcèrent la rosace distendue, il alla à leur rencontre d'un mouvement impétueux des hanches et il cria sa jouissance quand ils caressèrent doucement son centre du plaisir. Lorsque Pierre-François le saisit en bouche et aspira son gland, en fit le tour, finit dans la petite fente qui le terminait puis recommença encore et encore, tout en le caressant de la main en longs va-et-vient, il supplia, impudique, d'être pris et de prendre. Jim remonta le long du corps moite, le caressant de son corps doucement du creux des reins à la nuque, insistant de ses mains sur chaque endroit sensible, pour arriver aux épaules que ses dents vinrent mordiller. Il se colla à Harry et, avec un gémissement de volupté, força le doux barrage, envahit le couloir chaud et étroit faisant crier son aimé, puis il attendit, en caressant ses flancs en larges mouvements de la paume de ses mains, en respirant cette odeur affolante et si familière qui était celle de son homme, le signe qu'il pouvait aller plus loin.
Pierre-François, sans le quitter du regard, léchait sensuellement les doigts de Harry qui le mangeait des yeux. Volontairement, il accentuait l'amplitude des mouvements de sa langue, l'excitant en léchant ses phalanges comme il l'avait fait de ce sexe durci qui serait bientôt en lui, savourant le geignement ininterrompu et inconscient de son jeune amant hypnotisé. Qu'il était beau avec cette expression dévorante sur le visage , avec son regard tellement vert qui suivait chacun de ses gestes. Il releva son genou sur sa hanche, lui offrant l'accès à son intimité, allant au devant des doigts qui l'avaient envahi immédiatement, pourtant quelques instants à peine plus tard, c'est lui qui follement impatient, à peine préparé, positionna la hampe dure contre son entrée et s'empala dessus avec un gémissement rauque, tout en criant le prénom de son doux amour.
Ils étaient arrivés à cette communion des corps des amants qui se connaissaient, se reconnaissaient, les premiers mouvements furent lents et profonds. Harry, une main dans la nuque de Pierre-François, le front contre le sien, les yeux fermés, presque pieusement, honorait ce corps si beau dans sa plénitude, le mettant au supplice par ses coups de reins amples mais lents, tellement lents. L'aîné le laissait faire, sentant monter en lui, en vagues brûlantes, la jouissance qui le ferait crier, qui le laisserait là plus faible qu'un chaton qui ronronne sous la main du maître. Harry avait ce pouvoir sur lui, le pouvoir de lui faire tout oublier sauf son prénom qu'il psalmodiait. Le visage dans le cou moite de son amant, il s'enivrait de son odeur de mâle, de cet Antarès qu'ils lui avaient offert et qui le révélait si bien. Quand dans un élan plus sec, Harry caressa sa prostate il gémit enfin d'une voix rauque, et ce cri fut le parfait écho de la plainte de Harry comblé par Jim qui amplifia et durcit son mouvement harmonisant la sienne. Il sentait monter la jouissance de son amant sous ses aller-et-retour et lorsqu'il se sentit près de l'orgasme, il humecta son pouce et son index, en réunit les pointes formant un anneau de ses doigts qu'il fit coulisser d'un geste ferme sur son désir dressé entre leurs corps. Pierre-François cria et s'arqua contre lui. Quelques mouvements plus tard, la tête rejetée en arrière sur l'épaule de Jim, il sentait monter son propre plaisir et regardait le visage extatique de son amant foudroyé par l'orgasme, avant d'oublier tout ce qui n'était pas le sien propre et de crier sous la volupté que lui apportait les spasmes de Pierre-François et les coups de reins de Jim qui se déversa en lui dans un cri rauque.
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Jim se réveilla le premier, blotti dans les bras de Harry, figé en cette position où l'avait pris, par surprise, le sommeil. Fatigués, ils avaient peu fait l'amour tout au long de la semaine, ils avaient rattrapé ça cette nuit accordant toute leur attention au plaisir de chacun tour à tour. Il avait été le dernier à être comblé par des amants consacrés à son unique jouissance, il était maintenant repu de plaisir. Ils lui en apportaient chacun un différent, Pierre-François jouait de son corps en virtuose expérimenté, Harry instinctivement sentait ses besoins et son envie du moment. Hier il avait ls désir d'être dominé, d'être marqué dans son corps, alors son fiancé avait débridé sa passion et l'avait pris avec force, avec rage, juste comme il le souhaitait.
Il soupira de bien-être et s'étendit légèrement contre lui, passant un doigt indiscret sur les lèvres gonflées par les baisers. Pierre-François, adossé à lui, resserra son étreinte. Oui, cette nuit avait été parfaite. Il avait encore en mémoire, leur voix lui chuchotant des "je t'aime", puis les criant dans la volupté. Harry en quelques mois avait appris ces expressions qui font l'amour à l'âme et les lui prodiguait souvent, le caressant de serments, de mots tendres, avec la même ardeur qu'il avait pour aimer sa peau. Pierre-François en était plus avare mais les offrait avec un sérieux tel que chaque syllabe était précieuse. Il effleura doucement les longs doigts posés sur sa poitrine. L'expression "aristocrate jusqu'au bout des ongles" prenait avec son amant toute sa signification. Il fixa la main nue, il y manquait quelque chose, sans l'ombre d'un doute, il l'attira à sa bouche et y posa les lèvres. Le sorcier blond avait fait disparaître tout bijou et ne portait plus que sa montre, le pendentif-portoloin et le bracelet elfique le liant à Harry. Sa conversation avec ce dernier lui revint, il aimerait qu'ils soient liés tous les trois dans une même union. Si légalement ce n'était pas possible, ils pourraient au moins le faire symboliquement.
Il en parlerait avec son Elu quand il en aurait la possibilité, car, à son réveil, il aurait bien d'autres soucis à régler. Après en avoir discuté avec Sylas et Draco, ils étaient rentrés au castel en compagnie de Jean-Baptiste et Gellert. Hermione n'avait rien dit mais il était manifeste qu'elle n'approuvait pas leur présence. Pierre-François quant à lui rejetait le lien entre le terrible mage noir et le jeune créole de dix-huit ans. Il avait remarqué les regards de ce dernier sur son compagnon lors de leur week-end et se doutait que la ressemblance physique des deux frères était pour beaucoup dans le choix du garçon, la personnalité de Gellert avait dû ajouter du piment à la chose. Il ne s'agissait que du coming out provocateur d'un adolescent. Aucun n'avait voulu déclencher des disputes devant les invités du castel. Ils avaient présenté les nouveaux arrivants et continué leur soirée comme si rien n'était venu la perturber mais il savait que ce ne serait que partie remise.
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Quand ils s'assirent autour de la table du petit-déjeuner, il n'y avait là que Draco et Sylas. Harry tartina un croissant de beurre et de chocolat pour Lily qui trônait fièrement sur "une chaise comme les grands" qu'elle avait réclamée à cor et à cri. Quelques minutes plus tard, elle s'échappait pour aller retrouver Teddy qui jouait dans le jardin avec les deux filles d'Helmut laissant les cinq amis seuls.
— Comment vois-tu les choses ? questionna Sylas affichant un visage soucieux.
— Tu parles de la situation globale ?
— Oui.
— Mal. Nous avons a nouveau deux ennemis, un dont nous connaissons les intentions, un dont nous les ignorons. O'Reilly veut le pouvoir et a repris plutôt que la loge sorcière, l'organisation d'Ombrage ce qui nous désavantage fortement puisque nous n'en connaissons rien, Liebling semble diriger une faction d'anciens sympathisants de Voldemort dont nous ignorons le but final. Est-ce le pouvoir, les bijoux si l'on admet qu'il puisse être au courant ou la vengeance ? continua-t-il en lançant un tendre coup d'œil à Pierre-François. Ou les trois ? Cette dernière solution me semble la plus probable. J'ai remarqué un point curieux. Voldemort a toujours méprisé les moldus et imposé cette idée à ses mangemorts. Liebling, au contraire, semble les ménager et essaie de passer inaperçu quand il est en monde moldu, je crois que nous devons creuser dans ce sens.
— Toi, tu as une idée derrière la tête ! s'exclama Draco.
— Amour, même si tu n'es pas sûr, ça peut se révéler dangereux pour nos amis, fit Jim.
— Ce n'est qu'une impression, une intuition, répondit Harry avec réticence, en passant une main machinale dans ses cheveux.
— Tes intuitions sont rarement fausses, riposta Draco.
— L'idée m'est venue que peut-être, il agissait en accord avec certains gouvernements moldus et en attendait ensuite une reconnaissance.
— Il livrerait le monde sorcier international contre une place de ministre de la magie ? murmura Sylas atterré.
— Peut-être, oui. Avec quelques avantages au passage comme l'immunité pour la disparition de sorciers gênants, nous, et le dépouillement de certaines familles sorcières très influentes, vous notamment. L'assassinat du ministre de la magie portugais va pousser les autres à durcir leurs positions vis-à-vis des gouvernements moldus. Le but recherché est peut-être une nouvelle conférence et ça il nous faut l'éviter absolument, Liebling ou pas. Avec l'espagnol à la présidence de la communauté européenne, nous perdrons sans l'ombre d'un doute une partie de nos acquits.
— Et Gellert ? La loge sorcière ? interrogea Jim.
— C'est à lui qu'il faut poser la question, conclut Harry. Le plus urgent est d'expliquer la situation actuelle à nos amis et de leur demander de calmer les choses. J'essaierai de mon côté d'intervenir lundi auprès des sorciers.
— Es-tu en position de le faire ? demanda Pierre-François.
— J'ai remarqué une certaine méfiance et même une certaine aversion lors de notre précédente réunion. Je ne peux rien y faire, fit Harry.
— Trop charismatique ! trop puissant ! trop jeune ! confirma Draco, c'est ce qu'ils pensent.
— Et fiancé à un moldu ! murmura Jim, et donc, forcément influencé.
L'arrivée de Jean-Baptiste interrompit leur conversation mais Harry mêla ses doigts à son promis pour lui faire oublier ses idées qu'il ne pouvait nier sans mentir. Ce furent ensuite Frédéric et Gaby qui s'installèrent autour de la grande table. Après un bref bonjour, un silence pesant se fit, que finit par rompre Pierre-François.
— Ton père sait que tu es en France ?
— Non. Je suis parti quand il a installé cette fille sous notre toit ! fit le jeune homme amer.
— Elena est ta sœur, fit le beau sorcier d'un ton sec.
— Ma demi-sœur ! s'exclama avec une expression de colère Jean-Baptiste en le défiant de son regard noir.
— Tu n'as pas à en vouloir à une enfant qui n'a pas demandé à naître, qui a déjà perdu sa mère et qui n'a eu que peu de son père. Crois-tu donc qu'elle avait une vie agréable pendant que toi tu étais dans le chaud cocon familial, choyé par tes parents et ta sœur aînée ? interrogea Harry.
— Tu sais toujours tout, n'est-ce pas ? ', Grand Sauveur du monde sorcier ? railla-t-il.
— Je te connais depuis peu de temps, admit l'Elu faisant abstraction du ton déplaisant du garçon, mais ce que j'ai vu, c'est un jeune sorcier puissant, courageux, droit et très immature. Ta fuite, ta relation uniquement physique avec Gellert Grindewald sous l'apparence de François-Marie, ta présence ici en sont autant de preuves. Que veux-tu faire de ta vie Jean-Baptiste ?
— Je veux servir le monde sorcier.
— Tu penses que tu prends le bon chemin pour y arriver ?
— Parce que j'étais dans une boîte gay interlope ? railla le garçon provocant.
— Non ! Voilà une réponse tout à fait stupide ! fit Harry avec un petit rire moqueur. Tu fais ce que tu veux de tes fesses, c'est ton problème. Tu pourrais coucher avec le monde entier ça ne changerait pas ce que tu es. L'amour bouleverse un être, la baise lui apporte juste du plaisir et un court soulagement à ses besoins, le lendemain il se réveille avec le même lancinant manque dans son être entier.
— ...
— Un jour, tu te sentiras complet, conclut-il, et ce n'est pas de ça dont nous parlions mais de ton avenir. Ton ambition est de servir de petit-ami à un homme qui n'a jamais aimé qu'un seul être dans sa vie, être à cause duquel il a fait les pires choses, mené les plus sanglants des combats ?
— Tu ne le connais pas !
— Je sais ses aspirations, ses jeunes illusions perdues, son amour trop romantique, trop exclusif pour Albus qui l'a détruit. Ne crois pas que je ne l'estime pas à sa juste valeur, Jean-Baptiste, je n'ignore rien de ses remords, de son courage en face de la torture ou devant la mort. Le refus de livrer le nom du possesseur de la baguette de sureau est un des actes les plus courageux que j'aie vu. Il aurait pu monnayer sa vie, sa liberté contre ce nom, sans hésitation il a choisi la douleur.
— J'ai choisi pour une fois de protéger ce monde sorcier que j'avais tant malmené, rectifia une voix chaude et grave. Plus on avance, mieux je comprends l'attachement d'Albus pour toi, Harry. Tu ne sais pourtant rien de ce qui s'est réellement passé.
— Ne croyez pas ça ! J'étais là !
— Tu étais là ? répéta le mage incrédule.
— Quand Voldemort vous a torturé dans votre cellule pour que vous donniez un seul nom, celui de l'homme que vous aimiez. Vous avez refusé, vous saviez que de toute façon il devinerait, pourtant vous ne vouliez pas le trahir. Je vous ai vu affaibli, amaigri, ployer sous les doloris. Il jubilait, ce monstre, lui qui il se délectait de la souffrance des autres, de tous les autres, les siens y compris, avoir Grindelwald à sa merci, couché à ses pieds, il exultait. Pourtant ce n'était pas assez ! Vous n'étiez plus qu'un amas de chairs sanguinolentes mais vos yeux flamboyaient et refusaient de lui accorder sa victoire alors il vous a jeté un avada kedavra et il a ri de voir enfin votre regard s'éteindre. Il a ri ! Ce rire ! fit Harry fermant les yeux, une expression affreusement douloureuse sur le visage. Ce rire...
Pierre-François et Jim le regardaient avec inquiétude, jamais ses récits n'avaient atteints cette intensité, il semblait encore assister à la scène. Il serra leurs mains qu'ils avaient nouées aux siennes, mit sur ses traits le masque malfoyen qu'il empruntait de plus en plus souvent à son meilleur ami, avant de dire à Gellert qu'il en savait beaucoup plus qu'il ne le croyait.
— Comment ? balbutia le vieux mage tétanisé par ce qu'il venait d'entendre.
— Il existait une connexion entre Voldemort et moi. Parfois j'étais dans sa tête, je voyais les choses par ses yeux, je sentais ses joies malsaines, ses haines, ses colères. Il m'est arrivé de m'en servir volontairement pour savoir, il a aussi plusieurs fois utilisé ce lien contre lequel je ne pouvais rien pour me piéger, pour m'affaiblir. J'ai même assisté à la mort de ma mère, fit-il la voix brisée en se tournant vers Pierre-François. Si belle dans son amour, dans sa haine ! Si tu l'avais vue, ton amie, tu aurais été fier...
— Mon agneau... murmura celui-ci en caressant son visage maintenant mouillé par deux larmes qui coulaient le long de ses joues et dont Harry n'avait cure.
— Pa ? pourquoi tu pleures ? fit une petite voix inquiète.
— Je ne pleure pas ma princesse, j'avais juste une mouchette dans l'œil. Elle est partie maintenant. fit-il en s'efforçant de sourire à la petite bouille levée vers lui.
— Pa ! Tu me serres trop ! protesta la fillette qu'il avait prise dans ses bras.
— C'est parce que je t'aime fort aussi ! déclara-t-il en la reposant par terre.
— Moi aussi je t'aime. Tu viens voir les poissons ?
— Plus tard, chérie intervint Pierre-François. Et si tu boudes, continua-t-il en voyant le petit visage se rembrunir, nous n'irons pas du tout !
Du haut de ses trois ans, elle adressa à son père un regard glacial et quitta la salle à manger d'un pas décidé.
Pierre-François, Harry et Jim échangèrent un regard, puis un sourire.
— Le prochain, on devrait peut-être adopter un garçon, dit le dernier avec un mince sourire ironique.
— Oui, fit Harry, un Aymeric ou un Sylvain en miniature.
— Un chien ? interrogea le jeune moldu avec un air d'espoir qui fit rire toute la tablée.
Sous le regard amusé et moqueur de ses hommes qui manifestement signifiait "tu racontes des bêtises, tu les aimes autant que nous", il perdit contenance et focalisa son attention sur sa troisième tasse de café. Les baisers sur ses joues de Harry d'un côté et de Pierre-François de l'autre portèrent son trouble à son maximum et il rougit délicieusement. Cette intimité, cette tendre complicité qui se révélaient, stupéfiaient Jean-Baptiste qui les regardait.
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Après le déjeuner et l'arrivée de Lucius et Narcissa, ils exposèrent la situation à leurs amis moldus et leurs suppositions quant à un éventuel complot fomenté conjointement par les anciens partisans de Voldemort et certains gouvernements moldus. Les quatre secrétaires d'état, manifestement de plus en plus soucieux, notaient les évènements. Ils étudièrent ensuite les mesures prises par le ministre portugais et qui avaient été publiées dans le quotidien sorcier, ce qui lui avait valu une attention très particulière du groupe de Liebling.
Pourtant Harry passa sous silence l'existence des bijoux, leur séjour à la Nouvelle-Orléans et le meurtre de cette femme qui ne les concernait que de loin mais qui provoquait l'entrée, dans leur cercle proche, d'un mage noir plus que centenaire dont l'alliance était sujette à caution et d'un jeune sorcier irresponsable en quête du grand amour. Jean-Baptiste et Gellert, qu'ils avaient présentés comme étant le frère de Pierre-François, sans préciser qu'il était son jumeau et dont les yeux bleus avaient accrédité cette thèse, écoutaient attentivement les débats entre les sorciers et les moldus qui cherchaient des arguments pour convaincre le lendemain les ministres de le magie étrangers.
Après quelques heures de travail et maints sujets explorés qui pourraient être abordés le lendemain, ils se déclarèrent enfin satisfaits. Ils n'avaient pas la possibilité d'en faire plus sans connaître la position des ministres de la magie.
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Pierre-François regardait Harry dépoussiérer avec des gestes calmes la bouteille d'un grand cru, la déboucher puis la mettre dans son berceau avant de tendre la main vers une seconde.
— Arrête, souffla l'agneau en se penchant vers lui.
— Arrêter quoi ? répondit le loup avec un petit sourire en coin.
— De me mater comme ça. Tes yeux me dévorent. Tu me donnes des envies incompatibles avec le lieu, murmura Harry.
— Tu n'en as pas eu assez cette nuit, mon doux amour ? se moqua doucement l'aîné.
— Et toi ? railla-t-il.
— ...
— Moi non plus, je ne me lasserai jamais, finit-il en plongeant ses émeraudes dans les yeux si clairs de son homme.
D'un geste spontané, il caressa du revers de la main le visage levé vers lui, puis se baissa pour poser sur ses lèvres un baiser léger comme un souffle. Plusieurs regards observaient cette scène de tendresse entre les deux hommes, avec des expressions bien différentes, amour chez Jim, envie chez Ginny, Frédéric et Jean-Baptiste, mépris chez Gellert, complicité chez les autres. Harry se détourna inconscient de l'attention qu'ils avaient provoquée et finit de déboucher le vin.
Le dîner fut animé du côté ambiance et délicieux du côté mets. Il restait une soirée à passer en essayant de ne provoquer ni discussions, ni dissensions. Celle du jour précédent avait été interrompue, ils la reprirent là où ils l'avaient laissée et c'est tout naturellement que Harry se retrouva dans les bras de Jim pour danser une salsa tandis que Pierre-François finissait de l'apprendre à son fils. Il laissa pourtant Cloud à Frédéric et rejoignit ses amants lorsque Justin qui s'occupait de la musique lui adressa un clin d'oeil complice. Quelques secondes plus tard, ils évoluaient sur Bandeléro des Gypsy Kings. Une fois de plus, leurs amis regardaient amusés la sensualité qu'ils dégageaient en se déhanchant.
Gellert regardait toute cette joyeuse assistance, ministres moldus et puissants sorciers, se démener sur les rythmes gitans alors que demain une conférence les réunissant scellerait peut-être le destin de leur monde. Le ministre de la magie lui-même, ce Sang-Pur hautain, dansait sa femme étroitement serrée contre lui. Il chercha des yeux son trop jeune amant et l'aperçut seul, appuyé à un canapé, qui regardait avec envie les danseurs. Il avait aimé le don de sa jeunesse qui lui avait fait reprendre goût à la vie, Jean-Baptiste avait aimé la découverte des plaisirs de la chair au masculin, de la jouissance qui fait tout oublier, mais, l'un comme l'autre ils savaient qu'ils en resteraient là et que bientôt, leurs chemins se sépareraient. Il n'y avait aucun sentiment dans leur histoire, juste cette jouissance éphémère.
Il n'était pas le seul à avoir vu le désarroi du jeune cajun. Frédéric abandonna Cloud dans les bras de Sylas et alla inviter le garçon. Depuis son arrivée, son regard s'était plus d'une fois égaré du côté du jeune sorcier. Il le fascinait. Il avait des gestes indolents d'odalisque et des coups d'œil lascifs qui donnaient envie de lui faire subir les derniers outrages, il avait aussi un regard fier qui détaillait le commun des mortels comme de la bouse de dragon et des sourires d'enfant qui illuminaient son visage.
Là, il avait bien du mal à ne pas coller contre lui ce jeune corps souple et ferme qui l'émouvait dans son abandon. Ses yeux noirs de velours aux cils interminables que lui auraient enviés bien des femmes, semblaient chercher à lire, sur son visage, son passé, son présent et tous leurs secrets.
— Tu es un ami de Pierre-François si j'ai bien compris ?
— En effet.
— Il est ton compagnon ? fit-il en désignant Gaby qui discutait avec Jan et Adriaan, d'un geste du menton.
— Oui, depuis huit ans, acquiesça-t-il du bout des lèvres.
Le sorcier sembla se raidir entre ses bras et le quitta sans un regard lorsque la danse fut terminée, retournant à sa solitude.
— Viens danser, Jean-Baptiste.
Ce dernier assis dans un fauteuil près de la fenêtre se tourna lentement et leva un visage incertain vers Harry.
— Viens, répéta celui-ci.
— Assieds-toi plutôt et parlons, veux-tu.
— Comme tu préfères, fit-il en s'installant en face du garçon.
— Que vais-je devenir ? demanda celui-ci immédiatement.
— La question est plutôt : que désires-tu devenir ?
— Je sais surtout ce que je ne veux pas, murmura-t-il d'un air découragé.
— Et c'est ?
— Rentrer en Louisiane, j'y étouffe maintenant.
— J'en ai discuté avec Sylas, tu peux rester ici en attendant d'y voir plus clair. Frédéric et Gaby y vivent depuis un moment aussi, nous n'avons pas trouvé d'autres solutions pour les protéger. Malheureusement, leur union ne résiste pas au déracinement et ils ne sont pas la plus gaie des compagnies pour le moment.
— Frédéric a l'air triste, fit le jeune homme.
— Il l'est, confirma l'Elu sans s'attarder sur le sujet. Nous viendrons passer la soirée de mardi ici, si tu veux aller à l'université avec nous mercredi pour voir si tu en sortirais malgré que nous avons repris les cours depuis trois semaines, nous t'y emmènerons.
— Merci, fit-il du bout des lèvres. Pourquoi est-ce toi qui vient m'en parler et non Pierre-François ?
— On ne peut pas dire qu'il soit ravi de ton attitude avec ton père qui est son ami, de ta liaison avec Gellert qui est ce qu'il est, fit Harry avec un petit sourire en coin, de ton inconséquence en venant ici sans projet d'avenir.
— Il s'est passé tant de choses dans ma vie en peu de temps, soupira le garçon. Mon père nous ment depuis treize ans, j'ai une sœur inconnue, métisse de surcroit ce qui chez nous est inconcevable, j'apprends qu'il y a des meurtres liés à la vie de mon père, je suis devenu l'amant d'un homme moi qui n'avais jamais aimé que des femmes, je vis chez lui à Paris dans un appartement qui a tout d'un tombeau et qui me terrorise, enfin, pour terminer, celui sur lequel je croyais pouvoir m'appuyer me méprise, avoue que c'est complet.
— Il te connait peu. Qu'attendais-tu ?
— Quand il m'a donné vos numéros de téléphone, je ne croyais pas avoir à justifier des choix qui ne regardent que moi ! dit fièrement le créole.
— Sauf si il a l'impression que ces choix ont un rapport avec lui.
— C'est ce qu'il pense ?
— Il ne m'a rien dit, mais c'est ce que tous pensent.
— Toi aussi ?
— Je crois que la ressemblance physique de Gellert et de Pierre-François a favorisé ton choix, pas nécessairement parce que tu es amoureux de lui, peut-être simplement parce qu'il t'a semblé familier, rassurant et là je m'empresse de te dire que ce n'est qu'un leurre.
— Vous l'avez pourtant bien accepté ici.
— Non sans un serment sorcier indéfectible, railla Harry.
— C'est vrai. Il a eu du mal à accepter ton manque de confiance là.
— Il s'agit non seulement de ma sécurité mais de celle de tous ici. Je ne peux prendre de risques.
— C'est votre amour que j'envie, souffla-t-il complètement hors de propos.
— C'est pour ça ton regard provocant à L'Axe ?
— …
— Je n'ai jamais cru que tu aimais Grindewald, même si tu étais dans ses bras. Je suis sûr que quelque part quelqu'un t'attend qui te donnera cet amour que tu cherches. Quand j'ai connu Jim, je m'attendais bien peu à tomber amoureux d'un garçon et puis il y a eu Pierre-François, une autre surprise et de taille, cet amour encombrant qui me tombait dessus, je ne savais qu'en faire puisque j'aimais déjà ailleurs. Pourtant j'étais fou de ce superbe sorcier qui se croyait un prédateur.
— Il est très amoureux aussi, constata Jean-Baptiste.
Harry eut un sourire rêveur en réponse et son regard chercha ses amours. Les yeux de Jim le fusillaient déjà et Pierre-François détourna le visage trop vite. Il eut un petit rire railleur.
— Et très jaloux, se moqua le jeune cajun.
— C'est comme ça que je les aime. Tels qu'ils sont. Viens avec nous, ne reste pas là seul à ruminer tes pensées.
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Le lendemain matin, ils atterrirent avec Draco, Sylas, Jimmy et Erwin dans une des cheminées du grand hall du Ministère de la Magie. Seule Hermione ne les avait pas accompagnés et était rentrée à Poudlard remplir son rôle de sous-directrice.
A neuf heures tout était prêt pour recevoir les politiciens des deux mondes . Harry avait organisé les présences autour de la table selon un plan étudié. Il avait mis sur les quatre côtés de la grande table de conférence au moins deux de la fratrie entourant un des moldus. Lucius présiderait la réunion avec à sa gauche Kingsley et à sa droite Pierre-François dont Harry avait bêtement hésité à se séparer. Il ne pouvait pas, par égoïsme, le priver de cette place qui, comme directeur de la grande école de Poudlard, lui revenait. Draco et Sylas s'occuperaient de la sécurité de Jan, Jimmy et Erwin de celle de Michel. Pierre serait voisin de Pierre-François et William serait assis à la droite de son fils. Le matin même Harry avait envoyé un long mail au français lui résumant les faits et les pistes étudiées avec leurs amis à Toulouse.
Les ministres sorciers, si surpris la première fois de la présence de leurs homologues moldus, les attendaient cette fois de pied ferme. Harry l'avait prévu aussi prit-il la parole avant le début des discussions, prévenant les sorciers étrangers que les moldus étaient là en conseillers, pour les aider et qu'au moindre souci ils se retireraient les laissant se dépatouiller avec leurs problèmes. Ils commencèrent donc par aborder ce qui avait été réalisé, ce qui était en projet pourtant, très vite, l'assassinat du ministre portugais vint sur le tapis. La sorcière qui avait repris ses fonctions leur fit part du fait que les aurors piétinaient lamentablement.
— Un autre meurtre a eu lieu à la Nouvelle-Orléans lors de notre séjour là-bas, fit Harry. Ma voisine est tombée morte, empoisonnée, lors d'une réception chez une relation. La façon de procéder est la même.
— C'est certainement vous qui étiez visé ! s'exclama le ministre espagnol en le regardant avec horreur.
— Nous ne le saurons jamais, intervint Kingsley. Un ancien mangemort suivi par nos services depuis plusieurs semaines était en Louisiane en même temps que Harry, ça m'étonnerait beaucoup que ce soit une coïncidence. Cet homme est sans pitié.
— Il est arrivé tardivement dans le cercle proche de Voldemort, commenta Lucius, mais de suite, ce dernier l'a distingué parce qu'il était cruel, sadique, sans état d'âme.
— Il a notamment à son actif avec d'autres mangemorts le meurtre d'une dizaine d'enfants de cinq ans, commis dans le seul et unique but d'humilier et briser le père d'une des victimes.
— Personne ne peut être à ce point dénué de tout sentiment ! fit l'un des ministres.
— Henri-James, mon fils, avait cinq ans et j'étais le sorcier visé, les informa Pierre-François calmement.
— Ernest Liebling est un homme à l'aspect quelconque, sans prestance, sans beauté, un de ces hommes qui se fond dans le décor et passe inaperçu, intervint Jimmy. Il a quarante deux ans, il est grand, environ un mètres quatre-vingt cinq, très mince, il a des cheveux noirs, des yeux vairons. Seul signe distinctif, il a une raideur dans une jambe due à une blessure reçue à la bataille de Poudlard. Il n'est pas seul. Deux hommes semblent jouer le rôle de comparses ou de lieutenants, nous ignorons encore si il s'agit d'un groupe organisé, bien que cette hypothèse semble la plus crédible. Le premier s'appelle George Balbi, nous le soupçonnons d'avoir fait exécuter son frère aîné Philippe Balbi qui était un des proches de Sylas van Neeren, fit-il en désignant celui-ci, autant pour dépouiller son aîné que pour le punir d'avoir prêté serment à l'Elu. Le second, Fédor Amintus, est beaucoup plus jeune, il n'a participé qu'à deux ou trois opérations pour le mage noir, il est surtout connu pour avoir été le dernier amant de Bellatrix Lestrange, une des proches de Voldemort. Une enquête est en cours bien entendu.
— Vous effectuez cette enquête pour le compte de la Fratrie ou du ministère de la magie ? interrogea le politicien italien.
— Je suis langue-de-plomb au ministère. Je n'ai qu'un seul but, la sauvegarde du monde sorcier.
— Du monde sorcier britannique ! précisa le ministre suédois.
— Ce genre de considération est obsolète, fit Lucius gravement, nous sommes tous embarqués dans une même aventure.
— Nous soupçonnons Liebling d'être lié à un gouvernement moldu sans savoir lequel. Ce n'est qu'une hypothèse basée sur nos observations, fit Harry.
— Nous avons encore été obligés d'intervenir, en monde moldu, afin de sortir deux amis d'une situation provoquée par le mangemort ce week-end, raconta Draco, et j'ai bien peur qu'il n'y ait rien de bon derrière ce piège dont nous nous sommes sortis trop facilement. Suivis par plusieurs hommes de main, ils ont été obligés de se réfugier dans un établissement du Marais, un sort anti-transplanage a été invoqué, il ne leur restait aucune autre solution que de nous appeler à l'aide.
— Vous n'en savez pas plus ?
— Nous avons fait deux prisonniers que nous avons interrogés avec du veritaserum. Ils ne devaient pas intervenir dans l'action et étaient là seulement en tant qu'observateurs. Ils devaient rédiger un rapport et le déposer dans un endroit bien précis servant de boîte aux lettres. Nous avons surveillé celui-ci sans résultat car personne n'est venu chercher un quelconque message. Nous pouvons en déduire que le destinataire savait déjà que les deux hommes étaient en notre pouvoir.
— Les rescapés de votre affrontement peut-être ? suggéra Pierre.
— Impossible ! ils sont soit à Sainte-Mangouste, l'hôpital sorcier, soit à Azkaban pour quelques moments.
— Il y avait donc d'autres observateurs, conclut le ministre espagnol.
— En effet, fit Harry d'une voix brève. Revenons à nos problèmes d'entente avec les moldus autrement nous n'aurons jamais fini.
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Pierre-François se laissa tomber sur le canapé avec soulagement. La journée avait été dure. Jim, sans autre manière, s'installa sur ses cuisses, face à lui, les genoux de part et d'autre de ses hanches et la tête dans son cou. Une fois les bras de l'aîné refermés sur lui, il soupira de plaisir. Le sorcier se fit la réflexion qu'il se rapprochait de plus en plus, partageant avec lui certains gestes qu'il réservait à Harry. Il caressa tendrement les boucles blondes. Quand le plus jeune vint vers eux le visage soucieux, il lui tendit la main, Harry la prit, la retourna et déposa ses lèvres sur la paume, avant de s'asseoir auprès de lui, la tête sur son épaule, la hanche contre la cuisse de Jim.
— Tu es inquiet. Qu'y-a-t-il, mon doux amour ?
— Si je le savais, souffla-t-il, si je le savais... La conférence se déroule bien mieux que je ne l'aurais cru. Manifestement, ils ont compris qu'il fallait qu'ils soient guidés pour arriver à un résultat, ils ont accepté qu'il y ait des représentants de l'Europe qui leur soient favorables et d'autres qui veulent les supprimer. C'est bien, on progresse.
— ...
— D'après ce que Draco a lu dans leur esprit, ils ont décidé presque tous de nous faire confiance, nous allons donc éviter de remettre en question les accords de Haultepenne. Il nous faut au plus vite trouver un moyen de mettre un terme aux meurtres perpétrés par Liebling et ses accolytes.
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Le lendemain matin, ils prirent leur petit-déjeuner en quatrième vitesse. Ils se dirigeaient vers la cheminée quand Kreattur surgit avec un journal en main.
— Maître Harry, il faut que...
— Nous sommes en retard ! Plus tard ! cria Harry en prenant de la poudre de cheminette. Plus tard !
Lorsqu'ils apparurent dans le grand hall du ministère celui-ci se mit à bruisser de chuchotements, de rires, de regards méprisants. Harry échangea un regard inquiet avec ses hommes et se dirigea vers la salle de conférence une boule d'angoisse dans la gorge. Lucius, Sylas et Draco étaient déjà plongés dans un des quotidiens sorciers. Il comprit de suite que "The Independant Wizzard" avait fait des siennes et que Kreattur avait voulu le prévenir d'un problème. Aux visages paniqués qui se tournèrent vers lui, il en mesura l'ampleur.
Devant chaque place destinée aux politiciens, un exemplaire du journal était posé. Il s'empara d'un et découvrit des photos de Draco et Sylas devant l'Axe, de Sirius, Cloud et Justin dans leur rôle d'ivrogne, d'eux dans le club dans des positions pour le moins compromettantes. Pierre-François qui lui déposait des baisers dans le cou pour lui parler sans attirer l'attention alors qu'il serrait Jim blotti contre lui, Gellert qui embrassait le jeune Jean-Baptiste, pendant qu'eux discutaient avec un Paolo plus qu'entreprenant avec Jim qui semblait accepter ses avances et enfin Pierre-François qui secouait le moldu qui lui avait mis les mains aux fesses avec un visage glacial impressionnant. Le grand titre " Monde sorcier en qui as-tu mis ta confiance ? " le fit frissonner. Il replia soigneusement le journal avant de le reposer à sa place avant de tourner vers Lucius un visage de marbre.
— Heureusement, tu n'étais pas avec nous !
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