CHAPITRE XII : Les espions
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Rappel du chapitre XI
Devant chaque place destinée aux politiciens, un exemplaire du journal était posé. Il s'empara d'un et découvrit des photos de Draco et Sylas devant l'Axe, de Sirius, Cloud et Justin dans leur rôle d'ivrogne, d'eux dans le club dans des positions pour le moins compromettantes.
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Le grand titre " Monde sorcier ! en qui as-tu mis ta confiance ? " le fit frissonner. Il replia soigneusement le journal avant de le reposer à sa place et de tourner vers Lucius un visage de marbre.
— Heureusement, tu n'étais pas avec nous !
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Ses deux hommes examinaient à leur tour le quotidien. Jim lançait des coups d'œil furtifs à son fiancé qui réagissait avec un calme impressionnant. Il était au téléphone, discutant gravement avec son interlocuteur. Il le vit passer un second appel puis d'autres encore... Quelques minutes plus tard, Neville, Luna et François-Marie arrivaient alors que Harry était déjà en train de donner ses consignes à Jareth qui les avaient précédés de peu. Lorsque Liam et un de ses collègues qui appartenait à l'Ordre du Phénix, débarquèrent, il leur fit signe de faire équipe. Ensuite, il le vit s'entretenir avec les deux propriétaires du "Chicaneur", il les vit hocher la tête à plusieurs reprises avant de s'éclipser l'air pressé. Il semblait attendre encore quelqu'un, et, en effet, Blaise ne tarda pas à le rejoindre. Il lui donna ses consignes à vois basse avant de le présenter à Gellert et ils s'éloignèrent ensemble.
Il revint vers eux et nul n'aurait pu dire qu'il était en colère ou anxieux, sauf lui et très certainement Pierre-François. En passant à proximité pour saluer les politiciens moldus qui entraient, Harry chercha son regard et il plongea dans les émeraudes assombries. Ce qu'il y lut le bouleversa. Etait-ce bien son amour qui lui demandait pardon de la situation ? Il resta là tétanisé. La main ferme que Pierre-François posa sur sa taille le rappela à la réalité.
— Viens !
Il le poussa vers Harry qui discutait avec leurs amis moldus, en montrant l'article et les photos. Ils devaient être à ses côtés, il avait raison. Pierre-François posa sa main sur l'épaule de l'Elu et se mêla à la conversation sans difficulté. Jim fut étonné de voir que pas un seul ne mettait en doute ses explications. Que ce serait-il passé si Draco n'avait pas déjà parlé du piège dans lequel ils étaient tombés ?
— Jim ? l'interpella son père.
— Oui ? fit-il en le suivant à l'écart.
— Tu es le fiancé d'un futur dirigeant du monde sorcier, tu ne peux pas te permettre ce genre d'attitude en public. On a l'impression que réellement tu t'apprêtes à répondre favorablement aux avances d'un homme qui manifestement n'est pas des plus recommandable et ceci devant tes compagnons. Pour eux, tu ne seras qu'un moldu qui manifestement n'a aucune idée de la chance qu'il a d'avoir retenu l'attention du Survivant, du Sauveur du monde sorcier.
— Je n'ai pas besoin de tes remontrances. J'aime Harry. Je donnais une leçon à ce Paolo de malheur, grogna Jim. Je ne pouvais pas prévoir que quelqu'un était en train de prendre des photos. Quelques secondes plus tard, il était plié de douleur pour avoir osé me toucher comme si j'étais un objet de plaisir.
Harry lança un coup d'œil en direction de son futur beau-père et de son fiancé. Leur conversation semblait animée et Jim, rouge de colère, paraissait se défendre sous le regard noir de William. Il soupira intérieurement, ce n'était pourtant pas le moment d'augmenter le sentiment d'insécurité que ressentait son homme.
— Va le chercher, mon ange, souffla-t-il à Pierre-François qu'il vit se tourner vers Jim et sursauter en voyant dans quelle position peu agréable il se trouvait.
Tout à sa discussion avec son fils, le politicien anglais ne s'aperçut de la présence à leurs côtés de l'amant de celui-ci que lorsque sa voix chaude les interrompit.
— Excuse-moi, William de t'enlever Jim mais Harry voudrait que nous soyons tous les trois ensemble pour accueillir les ministres étrangers.
— Paraître unis à tout prix, railla le diplomate.
— Je ne sais quelles fausses idées tu t'es faites mais nous sommes unis comme jamais, protesta Pierre-François avec un sourire tendre à Jim.
Les dirigeants arrivaient les uns après les autres. Des conversations se tenaient à voix basse, des exclamations outrées ou passionnées s'échappaient parfois des petits groupes formés puis les chuchotements reprenaient de plus belle. Ils ne se turent que lorsque tous furent à leur place et que Lucius prit la parole.
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Harry aurait voulu se blottir entre leurs bras pour oublier cette insupportable journée. Il ne pouvait se le permettre. Ils n'avaient même pas pris ce petit chemin qui menait de la berge du fleuve à la terrasse dallée et qui les avait vus si souvent enlacés. Il le regrettait mais le castel rose du bord de la Garonne qui avait bercé leurs amours naissantes et caché leurs doux secrets, allait, dans quelques instants, ressembler à un QG de campagne. Combien il aurait voulu être loin de là, combien il aurait voulu fuir tout ça, se cacher avec ses hommes et oublier ce monde sorcier auquel il avait déjà tant donné. Enfin être heureux, entre eux, avec leurs enfants, en adopter d'autres, les regarder grandir... mais cela voulait dire leur apporter un monde où ils pourraient, enfants sorciers, évoluer heureux et en paix. La quadrature du cercle ! Il ne put s'empêcher de soupirer. Aussitôt des doigts se nouèrent aux siens et une main ferme se posa, possessive, sur sa hanche. Il ferma les yeux un instant avant de prendre une grande inspiration. Du pouce, il caressa la main de Jim et se laissa aller contre le corps rassurant de Pierre-François, frôlant de son poignet, le bracelet elfique et les mettant en contact.
Il fut à peine surpris de trouver Justin et Cloud les attendant déjà. Ils discutaient avec Frédéric et Jean-Baptiste. Nulle trace encore des membres de la Fratrie, de leurs amis, de François-Marie ... Pierre-François disparut quelques minutes et revint avec trois tasses de café qu'ils savourèrent en silence chacun conscient de la présence réconfortante des deux autres.
— Qu'as-tu fais Harry ? osa demander Jean-Baptiste malgré l'humeur manifestement peu engageante des arrivants.
Il n'eut bien entendu pas besoin de demander au jeune cajun à quoi se rapportait sa question.
— Que voulais-tu que je fasse ? J'essaye de limiter les dégâts, grogna l'Elu. Un article dans le Chicaneur, un dans La Gazette du Sorcier. Un avertissement pour Liebling.
— Pour ce mangemort ? Harry ? Regarde -moi ! Quel avertissement ? interrogea Pierre-François en agrippant son bras nerveusement et en le forçant à se tourner vers lui.
— Je lui ai renvoyé ses espions en colis cadeau! Livrés à domicile chez son complice! railla-t-il.
— Chez les Balbi ? demanda le sorcier blond.
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— Tu n'as pas fait ça, mon amour ? Pas toi ! fit-il encore d'une voix blanche.
— Ils ne comprennent que ça ! répondit Harry en lui lançant un regard désespéré. Que veux-tu que je fasse ? Que je leur dise merci ? Ils sont en vie.
— La vie du corps mais pas celle de l'esprit... c'est ça ? Ces procédés ne sont pas dignes de toi ! conclut l'aîné brièvement.
— Je ne peux pas les laisser faire ! cria-t-il.
Pierre-François, tétanisé, regardait la douleur au fond de ses yeux. Il avait tué les mangemorts qui avaient assassiné Henri-James et n'en avait eu aucun regret. Ce n'était pas la justice telle qu'elle devait être rendue, mais à ce moment là, le monde sorcier était grandement vendu à Voldemort et l'équité n'existait plus. Ils avaient les mains pleines de sang, pleines de son sang, et ne méritaient aucune pitié. Un petit corps froid en témoignait. Harry montrait qu'il n'attendrait pas d'en être là pour prendre des mesures drastiques, même si, en les protégeant de cette manière, il devait y perdre sa propre estime.
— Surtout si ils touchent à tes compagnons, n'est-ce pas ? fit une voix grave.
Le Sauveur du monde sorcier se retourna vivement vers l'arrivant et le toisa d'un regard impérieux.
— Vous n'avez pas l'impression que vous y êtes pour beaucoup ? lui cracha-t-il. Aux dernières nouvelles, The Independant Wizzard était le journal de la Loge Sorcière et vous qui méprisiez cette petite organisation minable, vous n'avez rien vu venir. Vous n'avez pas été capable de la tenir en main. Le grand Grindewald ! Le plus puissant des mages noirs ! Celui qui faisait trembler tout le monde sorcier ! railla-t-il. Il s'est fait piéger comme un débutant et nous a fait tomber dans le guet-apens avec lui.
— Je dois tout réapprendre de cet univers, Harry. Crois-tu qu'il ressemble encore à celui que j'ai connu ?
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— Je ne peux pas me fier à la vision de François-Marie. Le monde envisagé par lui n'est composé que de pions à utiliser. Sa folie a transformé ses souvenirs, si je dois me fier à eux, je dois accepter que Pierre-François soit un monstre de luxure, Jim moins qu'un insecte et toi, le Graal à conquérir et à mettre dans mon lit ou l'ennemi à éliminer, selon les événements, gronda le mage noir.
— La méchanceté des hommes est éternelle, sa soif de pouvoir aussi. Vous saviez que nous n'étions pas en sécurité.
— Tu m'as raconté tes petites histoires ? Je n'ai rien su d'autre que ce que tu as dit à mon fils, s'énerva-t-il. Dès le début, tu m'as refusé ta confiance.
— Et bien entendu il n'y a aucune raison à cela ? railla Harry.
— Tu savais que j'avais changé !
— Tant que les Reliques de la Mort ne sont pas à l'horizon ! Qui me dit que vous ne serez pas prêt à mettre tout à feu et à sang une fois encore pour les conquérir ?
— Que voudrais-tu que j'en fasse ? J'ai déjà tant perdu à vouloir les posséder une première fois !
Tous regardaient Harry qui plein d'une froide colère se dressait devant le plus grand des mages noirs.
— Calme-toi, fit Jim doucement avant qu'il réponde. Il n'y a rien d'irréparable.
— Que ce serait-il passé crois-tu, si Draco n'avait pas, par hasard, raconté aux politiciens des deux mondes que nous étions tombés dans ce piège ? Crois-tu qu'ils nous auraient conservé leur confiance ? fit-il plus sèchement qu'il ne l'aurait voulu à son fiancé qui lui lança un regard blessé.
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— Nous ne devons celle-ci qu'au hasard ! Malheureusement, le monde sorcier lui n'était pas à cette conférence, expliqua-t-il en mettant plus de douceur dans sa voix et dans son regard pour Jim.
— Ce n'est pas la première fois qu'une campagne de dénigrement est lancée contre toi, intervint une voix calme. Rappelle toi Skeeter. Tu t'en es toujours sorti. Les sorciers savent ce que tu vaux Harry. Tu es le Survivant, continua Hermione.
— J'étais mis en cause c'est vrai, Mione. Là c'est vous que j'entraîne avec moi dans la fange. C'est tout mon entourage qui est accusé d'être pourri.
— Tous, nous avons choisi d'être à tes côtés Harry. Depuis des années, nous voyons la Gazette du Sorcier te mettre, régulièrement, plus bas que terre mais finalement la majeure partie du monde sorcier ne s'y trompe pas. Tu dois avoir confiance, intervint Neville.
Harry regarda autour de lui. Sans qu'il s'en aperçoive, le salon s'était rempli des membres principaux de la Fratrie, de ses compagnons de la première heure qui étaient déjà à ses côtés lors de leur combat contre Voldemort, d'autres auxquels il avait appris à faire confiance lors de la lutte contre Ombrage.
— Jareth ? fit-il en soupirant.
— Nous avons livré tes cadeaux. Nous avons été surpris de l'agitation qui semblait régner dans la propriété, nous en avons donc profité pour jeter un coup d'œil et manifestement ce ne sont pas des ouvriers agricoles qui logent pour le moment dans les bâtiments annexes du manoir.
— Cela n'a pas de sens ! il ne peut pas nous confier ses enfants et nous combattre en même temps, s'indigna Pierre-François.
— Réfléchis ! railla Draco avec un regard étonné et incrédule à leur ami. Tous les mangemorts ont toujours confié leurs enfants à Poudlard et donc à Dumbledore. Il est établi que la Lumière ne peut à aucun moment faire pâtir des enfants du choix de leurs parents. Ils sont donc parfaitement protégés en camp ennemi.
La moue dégoûtée qui déforma un moment les beaux traits de son amour, amena sur les lèvres de Harry un furtif sourire lui faisant oublier un instant sa colère. Les élèves de Poudlard étaient en de bonnes mains.
— Combien ? questionna-t-il brièvement.
— A vue de nez une quinzaine de combattants, répondit Liam. Nous avions déjà déposé les espions, nous ne pouvions pas nous attarder. Il nous faudra tenir ça à l'œil.
— Blaise ? fit Harry en se tournant vers ce dernier qui découvrait le castel rose pour la première fois.
Le vieux mage sursauta et lança un nouveau regard peu amène à l'Elu qui demandait au jeune membre de la Fratrie son rapport. Oubliait-il qui il était ? Qu'attendait-il pour s'adresser à lui correctement ?
— Tu t'égares Harry ! fit-il d'un ton sec. Si quelqu'un doit discuter du problème du journal avec toi c'est moi qui en suis le propriétaire.
— C'est votre quotidien en effet, pourtant c'est en Blaise que j'ai confiance.
Un silence mortel suivit cette petite phrase incendiaire. Il reçut le regard clair qui tenta de faire baisser ses émeraudes sans y parvenir. Il avait affronté les prunelles rouge sang, pleines de haine, de Voldemort, ce n'est pas celui-ci qui le déstabiliserait. Il était certain que François-Marie ne lui ferait pas de mal. Pourquoi ? Il l'ignorait.
— C'est la deuxième fois que tu me défies ce soir. Je sais que tu m'en veux, Harry, mais tu joues là un drôle de jeu ! fit le mage sans le quitter des yeux, toute colère retombée, d'une voix chaude, presque tendre.
Une main possessive qui se posa sur sa taille rappela à l'ordre le jeune sorcier, le sortant de cet affrontement. Il vit la stupeur sur les visages qui l'entouraient.
— Blaise ?
— J'ai vérifié les relents de magie dans la salle de rédaction, dans les différents bureaux. Manifestement c'est le rédacteur en chef qui a été soumis à l'imperium mais je n'ai pas pu en savoir plus. Il a disparu !
— Il fallait s'y attendre , murmura Harry pour lui-même.
Il leva les yeux vers Grindelwald qui, après un moment de silence, se décida à répondre au message muet. Il était clair qu'il s'obligeait à rester calme devant ce garçon qui, sans tenir compte de ses mises en garde, semblait lui demander un rapport comme à un de ses sous-fifres.
— Un second article paraîtra demain désavouant le rédacteur en chef, expliquant que pour te discréditer les photos ont été sorties de leur contexte et que tout cela faisait partie d'une intervention en monde moldu pour sauver deux personnes poursuivies par d'anciens mangemorts et contraintes à se réfugier dans cet endroit. Si nous sommes obligés par la rumeur publique de publier d'autres détails notamment l'identité des piégés en question nous seront bien embarrassés.
Harry opina de la tête.
— Je sais. Neville ?
— Même version. Nous avons vérifié, il ne semble pas y avoir de problème avec notre personnel. Depuis l'affrontement avec François-Marie, nous surveillons ça de très près.
— La Gazette du Sorcier ? interrogea Jimmy.
— Mon père s'en occupe en ce moment même, intervint Draco.
— Nous savions qu'ils cherchaient à nous atteindre, Harry, dit Sylas calmement. Et si ce n'est pas Liebling, il y a aussi O'Reilly. Ne prends pas tout sur toi, une fois encore. Nous sommes tous là et tous liés.
— Tu n'as pas peur qu'avec ton avertissement nous ne courrions à l'escalade de la violence ? interrogea Jim.
— C'est une possibilité, admit Harry, mais avons nous le choix ?
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Harry laissait l'eau chaude de la douche effacer de son corps les souillures de cette interminable journée. Il avait en bouche le goût amer de l'impuissance, de la honte des ordres indignes donnés dont seule une partie était connue. Les autres, demandant à des inconnus d'épier des membres de sa propre Fratrie, étaient enfouis au plus profond de sa mémoire. Pourtant rien ne viendrait gommer ça. Les mains pleines de savon qui se posèrent sur ses épaules le prirent par surprise, massant son cou et son dos. Il frémit et s'appuya sur le corps derrière lui.
— Jim ! murmura-t-il doucement comme une plainte.
— Je sais, mon amour ! Laisse toi aller... souffla ce dernier tout contre son oreille ce qui fit le frissonner.
Les mains fermes parcouraient ses muscles noués, insistaient jusqu'à leur relâchement et bientôt Harry laissa échapper un soupir de bien-être. Il se retourna face à son fiancé, passa ses bras autour de son cou pour se serrer contre lui avant de chercher sa bouche. Doux baisers de soie. Caresses de velours. Peaux de satin qui se frôlent, qui se frottent. Jim passait inlassablement ses mains parmi les épis rebelles, descendait jusqu'au haut des bras pour l'apaiser, effleurait son visage de ses lèvres avant de reprendre les siennes. Harry sourit. Il se sentait tellement bien au creux de cette tendresse. Il savait toujours ce dont il avait besoin, son amour.
Jim le sortit de la douche, le frictionna, lui enfila un de ces peignoirs de bain que leur avait offert Pierre-François et que lui n'utilisait jamais. Déjà à moitié endormi, il le vit passer le sien sans prendre le temps de se sécher puis il se sentit poussé dans leur chambre. Pierre-François était déjà installé dans leur lit et lisait, manifestement, il avait préféré utiliser la grande salle de bain de l'étage plutôt que de les rejoindre. Il en fut presque choqué. Jim lui tendit un boxer qu'il enfila machinalement avant d'enlever le peignoir et de se glisser sous les draps contre leur compagnon qui eut un soupir agacé et lui tourna le dos. Et Harry sut que la journée merdique qu'il avait vécue n'était pas finie !
Il passa son bras au dessus de la taille de l'aîné et posa sa main sur la sienne mettant en contact les deux bracelets elfiques.
— Tu m'expliques ? demanda-t-il calmement.
— Il n'y a rien à expliquer, lui répondit sèchement son loup sans même se tourner vers lui.
— Je vois ça, soupira Harry, frustré de parler à un dos. Tu arrêtes de lire et tu me prends dans tes bras ?
— Tu es sûr que tu ne préfères pas ceux de mon frère ?
— Ton frère ? répéta le plus jeune, ahuri.
— Tu as déjà oublié tantôt ? J'ai cru qu'il allait te sauter dessus et le pire c'est que tu n'avais pas l'air contraire !
— Je … je, quoi ? bégaya Harry.
— Tu avais l'air complètement hypnotisé ! sous son charme !
— Pierre-François, là, tu exagères ! soupira-t-il.
— Vraiment ? Demande à Jim !
— Je ne voulais tout simplement pas baisser les yeux devant lui ! Je ne l'ai jamais fait devant Voldemort, ce n'est pas maintenant que je vais commencer, s'énerva Harry. Qu'il ressemble à ton frère ou pas ! Jim ?
— Par moments, François-Marie n'arrive pas à cacher la tendresse qu'il éprouve pour toi, fit ce dernier après une hésitation.
— Mais je n'en suis pas responsable ! De la tendresse, ce n'est pas de l'amour et si même c'était le cas, je n'ai absolument rien fait pour ça ! s'indigna-t-il.
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— Je ne t'ai pas accusé d'être responsable des sentiments que André ou Kevin éprouvent envers toi. Et toi Jim, je ne t'ai pas reproché le fait que Dean, qui était un de mes meilleurs amis, soit tombé fou amoureux de toi ! Vous êtes tout à fait illogiques !
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— Vous savez que vous êtes tout pour moi ! fit-il d'une voix brisée.
— Calme-toi, mon amour ! nous avons tous les trois vécu une journée pénible, souffla Jim en l'enlaçant et en se collant contre son dos.
— Je t'avais prévenu, maugréa Pierre-François.
— Jamais plus, tu entends, jamais plus je n'ai eu un regard de concupiscence vers quelqu'un d'autre, cria Harry indigné par sa mauvaise foi. Il s'agissait juste d'un putain d'affrontement !
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— Que dois-je faire de plus pour te convaincre que je t'aime ? Tu veux que je rampe à tes pieds en te suppliant de me pardonner une faute imaginaire ? Ne compte pas sur moi !
— Je ne veux pas te retrouver dans d'autres bras que les miens. J'en ai assez de leurs regards sur toi. Tu avais raison, on aurait dû se contenter de vivre au Cap d'Agde et oublier le monde sorcier ! gronda Pierre-François d'une voix coléreuse.
— P'ti loup... Tu sais très bien que le monde sorcier n'est pour rien dans tout cela, fit Jim doucement. Harry provoquera autant de réactions en monde moldu, parce qu'il est spécial, parce qu'il a ce charisme qui fait les meneurs, parce qu'il est lui tout simplement. Je croyais que tu l'aimais ?
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— Sois honnête avec toi-même, poursuivit le jeune moldu. Il n'y a pas que ça. Le problème c'est que tu adores provoquer et que tu es fier jusqu'à l'orgueil. Tu nous aimes, je n'en doute pas. A côté de ça, te montrer avec nous contre toi ou dans tes bras a toujours été une jouissance pour toi. Par deux fois, aujourd'hui, cette arrogance a été mise à mal, la première avec la photo où on a l'impression que je vais céder aux avances de Paolo, te donnant le rôle de l'amant trompé complaisant, et la seconde lors de cet affrontement visuel entre François-Marie et Harry devant tous nos amis et ça, tu ne le supportes pas. Tu n'as pas à blesser Harry pour ta saloperie de fierté, finit-il plus durement.
— Je ne te reconnais pas, mon ange, murmura ce dernier. Je sais que tu es possessif et jaloux et ce depuis le début de notre amour, tout comme moi, tout comme Jim. Je n'ai rien contre, j'aime ce sentiment exclusif, quand tu me serres comme si on allait m'enlever de tes bras, je me sens unique . Pourtant là, tu es injuste et je ne sais quoi faire. Toute la journée, je me suis blâmé de mon incapacité à vous protéger de ces ennuis que je vous amène. Là tu es en train de me le reprocher de la pire des façons, termina-t-il en posant son front dans la nuque blonde pour qu'il ne voit pas à quel point il le chagrinait.
Pierre-François se sentait de plus en plus mal sous les reproches combinés de ses agneaux et surtout les pierres bleues du bracelet elfique, salies de filaments rouge sang, lui disaient que son jeune compagnon souffrait. Il ferma les yeux un moment avant de jeter le livre au loin, de se tourner vers lui et de le prendre dans ses bras. Harry eut l'impression de se retrouver pris dans un étau, tant l'étreinte était dure, mais il n'en avait cure, il était tellement soulagé, pourtant, cela ne suffit pas à le rassurer complètement et il chercha ses lèvres qui ne se refusèrent pas. Le baiser âpre, exigeant mais aussi passionné les laissa pantelants. La main de Pierre-François se posa dans sa nuque et il attira son visage dans son cou. Il comprit qu'il ne voulait pas affronter son regard. Pas une seule fois ses yeux n'avaient rencontré les siens.
— Regarde-moi, mon ange, demanda-t-il alors qu'il se retrouvait devant ses paupières closes.
— Harry, laisse-moi...
— C'est moi qui devrais t'en vouloir, souffla le plus jeune.
— Je t'aime tellement, fit-il d'une voix sourde en détournant la tête.
— Et ?
— Physiquement, il me ressemble et vous êtes tellement semblables par certains côtés.
— Tu me compares au pire des mages noirs, ange de ma vie ? Je ne suis pas sûr d'apprécier ! Il n'y a qu'un problème dans ta théorie tout à fait farfelue, se moqua tendrement Harry, je vous aime Jim et toi et personne d'autre. Je ne sais même pas pourquoi on en discute tant c'est ridicule ! conclut-il en posant doucement de légers baisers sur son visage.
Il laissa aller sa tête en arrière sur l'épaule de Jim qui embrassa doucement sa tempe et lui susurra des mots câlins et amoureux, caressant ses épaules, le haut de ses bras. Par Merlin, qu'il aimait ça ! Il se pressa contre le corps nerveux, de son fiancé, puis, resserra son étreinte autour de la taille douce et ferme de Pierre-François. Ce dernier posa la tête sans le creux de son épaule et dégagea une main pour la poser sur la hanche de Jim. Même la nouvelle du retour de Voldemort n'aurait pu, à cet instant, les séparer.
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Harry et Jim atterrirent le lendemain dans le grand hall de l'université avec Jean-Baptiste. Nombreux étaient les étudiants plongés dans les journaux du matin. Ils échangeaient des commentaires à mi-voix et se retournaient sur leur passage dévisageant Jean-Baptiste qui figurait le jour précédent sur les photos infamantes. Ils s'attendaient à des réactions il n'y eut que des chuchotements sans fin.
Les membres de la Fratrie faisaient bloc autour de leur leader et ne le lâchaient pas des yeux. La matinée se traîna interminablement. A la sortie de leur dernier cours, ils furent ravis de voir Pierre-François qui les attendait dans le couloir pour déjeuner. Lorsqu'il était habillé de ses élégantes robes sorcières, Harry le trouvait beau et impressionnant, vêtu en moldu, d'un simple jean anthracite, d'un pull à col roulé près du corps de même couleur et d'un long manteau de cuir noir comme il l'était ce jour-là, dans tout ce sombre qui faisait ressortir sa blondeur et ses yeux clairs lumineux, il le trouvait follement, dangereusement séduisant. Il revoyait en cet instant le beau de Lauzun qui l'avait tant attiré à L'aigle Noir. Pierre-François reçu le regard admiratif et très amoureux de son compagnon comme un cadeau et se demanda ce qui avait bien pu l'inciter à lui faire une pareille scène, le soir précédent. Les lacs sombres, emplis de tendresse, de Jim achevèrent de le chambouler, ce n'est pas en ayant leur corps contre le sien et leur bouche sur la sienne qu'il revint sur terre.
Les étudiants qui passaient à côté de leur trio ne les dérangeaient pas. Uniquement préoccupés de leur harmonie retrouvée, ils ne voyaient pas les diverses expressions sur les visages, dégoût, mépris, envie, curiosité, rarement indifférence. Ils se rendirent au restaurant universitaire avec une certaine appréhension. Si ils devaient être pris à partie, ce serait à ce moment. Ils discutaient avec Jean-Baptiste des cours, des horaires, des branches diverses, quand ils virent Berthram approcher de leur table. L'affrontement allait manifestement se produire.
— Je croyais qu'après un scandale pareil, vous auriez la décence de vous tenir à l'écart du monde sorcier.
— Vraiment ? Et pourquoi ? railla Draco en haussant son sourcil dédaigneux.
— Tu peux jouer les Sang-Pur tant que tu veux Malefoy ! Tu n'en étais pas moins dans cette ruelle sordide en train de te faire peloter par ton mari aux yeux de tous ! Je suis étonné de l'absence de mon cher cousin en ces lieux !
— Pourtant j'y étais avec mon compagnon, répliqua Erwin fermement. Nous n'avons simplement pas intéressé le photographe qui était là pour prendre les clichés les plus scandaleux de personnes bien définies.
— Bien trouvé votre prétexte d'une soi disant intervention pour protéger des amis encore faudrait-il qu'ils existent.
— J'étais l'un d'eux, intervint Jean-Baptiste.
— Tu fréquentes de beaux endroits, railla le cousin en le dévisageant avec insistance.
— Je suis américain et mon ami est anglais, nous ne connaissions absolument rien à Paris. De toute façon quand tu es suivi en monde moldu par plusieurs sorciers ayant de mauvaises intentions tu ne choisis pas vraiment l'endroit où tu te réfugies, mentit allègrement Jean-Baptiste.
— Ce n'est pas le courage qui t'étouffe ! ricana le déplaisant personnage.
— Jean-Baptiste est un sorcier puissant et rapide, intervint Harry, mais contre une dizaine d'adversaires dont certains sont d'anciens mangemorts, il n'y a pas grand chose à faire.
— Et pourquoi penser de suite à mal ? Ils le trouvaient peut-être à leur goût. Il y en a qui aime les êtres androgynes, se gaussa l'arrogant garçon en déshabillant du regard le jeune homme qui ne cilla pas.
— Pierre-François est un ami de longue date. Il a séjourné avec ses compagnons chez nous, à la Nouvelle-Orléans, expliqua le jeune cajun imperturbable. Une soirée a été organisée en l'honneur de Harry. Sa voisine de table, ma tante par alliance, s'est écroulée au milieu du repas, empoisonnée par des inconnus, ceux qui ont aussi assassiné le ministre de la magie portugais ce week-end là, de la même façon. Dans ces conditions, devenir légèrement méfiant semble logique. La suite des événements nous a d'ailleurs prouvé que nous avions raison, même si le piège n'était pas tel que nous le redoutions. Nous n'avions d'autre solution que d'appeler des amis et eux, d'autre solution que d'essayer de calmer le jeu pour que ça ne se termine pas en bain de sang en monde moldu. Nous nous sommes donc retrouvés dans un club gay du Marais, ce quartier bien connu de Paris, essayant de nous fondre dans la clientèle pour ne pas alerter les moldus.
Un silence pesant succéda à ces déclarations. De façon intelligente, le garçon avait préféré donner une calme explication que tous les étudiants des tables voisines avaient entendue plutôt que de relever les grossièretés de Berthram qui tourna les talons plein de haine. Harry lança un coup d'œil complice au créole qui manifestement n'attendait que ça car il y répondit par un petit sourire en coin satisfait. Pierre-François se leva de table le premier afin de rentrer à Poudlard. Il se pencha pour baiser tendrement les lèvres de Jim puis de Harry, tout en leur murmurant qu'il irait chercher Lily et qu'il les attendrait.
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Il était tard. Le dîner était déjà oublié, les enfants étaient couchés et, une fois de plus, tous penchés sur les journaux du matin même, ils étaient réunis pour les affaires du monde sorcier. Le compte-rendu officiel des délibérations avec les ministres de la magie étrangers s'étalait à la une. Ils avaient bien fait les choses. On pouvait y lire que la conférence avait été présidée conjointement par le ministre Lucius Malefoy, le directeur du Magenmagot Kingsley Shacklebolt et le directeur de l'école de magie Poudlard Pierre-François Vassier, que l'Elu du monde sorcier britannique, Harry Potter, ainsi que son fiancé, James Douglas Spencer, avaient, malgré leurs études et leur poste d'enseignant, accepté d'y assister en tant que conseillers. Les trois précisaient que la conférence avait été un échange très fructueux. Si par souci de vraisemblance, le ton du Independant Wizzard était mordant voire caustique, il n'attaquait ni Harry ni ses compagnons personnellement, François-Marie, cette fois, y avait veillé. Il faudrait, en plus, l'en remercier.
Le Survivant repoussa l'exemplaire de La Gazette du Sorcier d'un geste las. Il se laissa aller contre le dossier de sa chaise et promena son regard sur ses proches amis rassemblés.
— Il faut que j'aie une conversation sérieuse avec François-Marie, il y a trop de choses qui nous sont inconnues en ce qui le concerne entre Stonehenge et maintenant.
— Il ne t'apprendra que ce qu'il voudra bien te dire, fit Hermione.
— Je le sais mais ça nous permettra de nous appuyer sur des bases concrètes.
— Tu veux faire faire une enquête sur lui ?
— Par Salazar, Mione ! Il y en a déjà une ! Tu imagines bien qu'il fait partie des trois sorciers les plus surveillés par le ministère et par la Fratrie ! Les deux autres étant bien sûr Liebling et O'Reilly. Crois-tu donc que nous restons inactifs ?
— Je n'aime pas ta façon de faire, Harry, protesta la jeune femme en secouant sa crinière brune d'un geste de tête agacé. Tu l'introduis dans notre entourage mais tu fais faire une enquête sur lui.
— Tu connais une meilleure façon de le tenir à l'œil ? railla Harry.
— ...
— Il est fini le temps où, jeunes idéalistes, nous courrions la campagne à la recherche des horcruxes sans rien d'autre que notre fois en un avenir meilleur. Notre seul port d'attache était Poudlard, notre forteresse aussi. Nous avons confondu pendant des années protéger notre propre univers enfantin et le monde sorcier. Les choses ont changé. Tout a évolué. Nos ennemis ne sont plus les mêmes. Nous avions en face de nous Voldemort et sa clique, c'était une chose tangible. Te surprendrais-je beaucoup si je te disais que je regrette presque cette situation qui avait au moins l'avantage d'être claire ? Qui sont nos ennemis aujourd'hui ? Ils sont tellement fuyants que nous sommes incapables de mettre un nom dessus.
— Il y a un jeu politique qui intervenait beaucoup moins avant, acquiesça Sylas. Les moldus sont devenus aussi un facteur important dans l'équation, ce qui n'était pas le cas lors de la guerre avec Voldemort.
— On retrouve en effet la roublardise, le mensonge, à tous les niveaux, confirma Draco manifestement soucieux.
— Dray ? interrogea Harry inquiet de l'air sombre de son ami.
— J'ai eu l'envie ce matin de voir ce qu'un pauvre type comme Berthram avait dans l'esprit pour nous provoquer ainsi devant tout le monde. Tu me répondras peut-être, fit-il avec un rire moqueur, que je l'ai bien fait pendant six ans mais nous étions adolescents, ce n'est plus son cas.
— ...
— Il n'est pas ce qu'il semble être. Il n'est pas cet étudiant butor, ce cousin lourdaud et rétrograde qu'il veut être aux yeux de tous. Il est beaucoup plus. Il fait partie du groupe de Liebling. Il a noté avec dépit que vous étiez toujours aussi unis, Pierre-François, Jim et toi. Il a écouté attentivement Jean-Baptiste et en a conclu que le garçon était loin d'être stupide mais qu'il pourrait, avec des précautions, représenter une bonne monnaie d'échange parce que certainement moins protégé.
— Une bonne monnaie d'échange ? s'exclama Hermione.
— Je n'en ai pas vu plus, repartit Draco en secouant la tête. Il s'est éloigné. Ce n'est que partie remise.
— Contre quoi ? murmura Harry comme pour lui-même. Il y a tout un tas de choses qui semblent n'avoir aucune logique. Ils se sont renseigné sur nous en monde moldu français de façon bien peu discrète nous alertant et provoquant notre mise à l'écart de Françoise, Gaby et Frédéric. Ils ont ainsi perdu des otages précieux qui sont tous à Toulouse.
— Tu penses que ? fit Pierre-François dubitatif.
— C'était plus facile de les enlever à Paris, fit Jim.
— Il nous faut récapituler ce que nous avons. Ils sont très à l'aise dans le monde moldu dont ils ménagent les habitants. Ils ont tout fait pour que nous les remarquions, pourquoi ? certainement pour nous pousser à cacher, à déplacer ce qu'ils convoitent.
— Les bijoux ou les Reliques de la Mort, suggéra Jim.
— Peut-être, oui. Plus intéressant est de savoir, pourquoi. Dans quel dessein ? dit Harry.
— La chanson du Choixpeau parle de bijoux mais à aucun moment de la Baguette de Sureau car je suppose que c'est à elle que tu penses ? fit Pierre-François.
— En effet. Il faut que je sache si c'est bien ton frère qui est allé chez Ollivander demander cette copie et seul François-Marie peut nous répondre.
— Tu as noté que nous n'avons plus entendu parler de O'Reilly depuis un bon moment ? intervint Hermione.
— J'ai remarqué en effet, grommela l'Elu. Je suis certain que ce renard attend tapi dans l'ombre le bon moment dans le but de changer l'équation.
— ...
— Je me demande ce qui a poussé le père de Maxence à s'acoquiner avec Liebling. Lucius dit qu'il est lâche, continua-t-il en se tournant vers Draco. Qu'est-ce qui a changé dans sa vie ?
— La mort de son frère et l'apparition d'un héritier dont le tuteur, toi en l'occurrence, pourrait lui demander des comptes ? avança Hermione.
— Exact ! à notre connaissance en tout cas. Il nous faut donc un bilan de la situation financière des Balbi. Pour ça je vais avoir besoin de l'appui de ton père à Gringott, Dray, poursuivit-il.
— On pourra lui demander ça demain soir si tu veux, je préviendrai Narcissa, proposa l'aîné.
— Bonne idée, mon loup ! Et une visite à Eamont Bridge s'impose.
— Harry ! laisse faire Jareth ou Liam ! protesta Hermione.
— Non ! pas cette fois. Je veux comprendre ! Je veux voir ! c'est trop important.
— Je suppose que c'est inutile de te convaincre du contraire donc nous t'accompagnerons ! affirma Sylas.
— Il faut aussi avertir Nicolas de Noailles, il n'est pas en sûreté ! fit Pierre-François.
— François-Marie n'a qu'à s'en charger, après tout, c'est son fils, grogna Jim.
— De toute façon, nous devons le voir, rétorqua Harry.
— Il y a le problème de Jean-Baptiste, intervint une nouvelle fois Pierre-François.
— Demain et vendredi, comme convenu, je transplanerai à Toulouse pour qu'il vienne avec nous à l'université, nous ferons le bilan avec lui ce week-end qui va une fois de plus être très chargé, soupira Harry.
— Tu as l'intention de le prendre dans la Fratrie ?
— C'est la meilleure des solutions, mon cœur, répondit Harry malgré le grognement de dépit de Jim.
— C'est le petit-ami de François-Marie ! protesta-t-il.
— Non, je ne pense pas … Il a été son amant, ça s'arrête là. Je le crois même séduit ou tout au moins attiré par quelqu'un d'autre, se moqua Harry.
— Tu as remarqué aussi ? fit Pierre-François avec un sourire amusé.
— Oui ! ça promet des cris et des pleurs supplémentaires au castel, railla l'Elu qui refusa d'en dire plus malgré les visages interrogateurs autour de lui.
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Le lendemain matin, après un petit déjeuner rapide, Harry transplana avec Jim près du halage toulousain. Main dans la main, ils grimpèrent le sentier les menant à la terrasse comme au début de leur relation. Depuis des mois, ils ne l'avaient plus emprunté qu'appuyés amoureusement contre les flancs de Pierre-François.
Celui-ci, au même moment, quittait leur princesse à la garderie après un dernier baiser sur les petites joues rebondies, contemplant tendrement sa fille qui le quittait déjà sans un regard en arrière pour aller jouer avec Teddy. Il emprunta les couloirs le menant à sa classe sans même noter le chemin parcouru. Il connaissait pratiquement chaque recoin de ce château et machinalement ses pas le conduisaient à bon port. Son esprit, quant à lui, vagabondait, imaginant un couple d'amants qui gravissaient seuls une sente montant en pente douce vers un castel rose. Ils venaient à peine de quitter ses bras et déjà il ressentait leur absence.
Jean-Baptiste les attendait, assis seul à la table de la salle à manger buvant un café. Dès leur entrée, il leva un visage fermé vers eux devant lequel Harry ne fit aucun commentaire. La position actuelle du garçon n'était pas enviable, il en convenait mais ne voyait d'autre solution. Il les transporta à Cambridge. Les cours comme d'habitude passèrent lentement même si il arrivait à prendre les notes de façon presque correcte. Jim quant à lui essayait d'aider le jeune cajun assis à côté de lui, tout en essayant de ménager la jalousie de Harry, ce dont ce dernier était parfaitement conscient.
A midi, ils transplanèrent de nouveau à Toulouse et laissèrent le jeune sorcier remonter vers le château rose. Bientôt il serait capable de se rendre seul à Cambridge si il décidait d'y poursuivre des études. Ils prirent leur déjeuner à la table des professeurs à Poudlard avant d'enseigner jusqu'au soir. Il était tard quand ils rentrèrent enfin dans leur appartement.
Le lendemain ne se passa pas différemment. L'horaire était toutefois plus contraignant et il était un peu plus de vingt heures quand ils eurent fini. Est-il besoin de dire que les cours donnés par son fiancé étaient ceux que Harry écoutait le plus attentivement ? De temps en temps, il jetait un coup d'œil à son voisin pour voir si il s'en sortait. Il était conscient de la froideur dont ils faisaient tous preuve envers le jeune créole. Comme tout célibataire séduisant, il représentait le danger, celui qui pouvait éventuellement bouleverser leur trio, les autres couples. Leur jalousie, leur instinct les poussaient à se préserver, à le maintenir à l'écart, situation dont le jeune homme devait souffrir.
Avec impatience, Pierre-François guettait le léger bruit qui l'avertirait dans la cuisine du retour de ses hommes par le réseau de cheminette. Il goûta une dernière fois la sauce napolitaine et retourna les fines escalopes panées. Il avait préparé la mousse au chocolat dont raffolait Harry pendant son temps libre de midi et maintenant elle était bien ferme dans les coupes placées au réfrigérateur. Sur la table, il passa en revue les antipasti, les gressins, le vin italien léger. Tout était prêt. Il entendait Lily jouer avec sa poupée préférée et lui tenir de grands discours. Il avait aujourd'hui voulu rassembler tout leur petit monde, leurs garçons ne tarderaient pas à arriver. Le bruit de la porte du bureau qui se refermait le fit sourire. Ils étaient là. Il ne fallut que quelques instants pour que le corps de Harry s'appuie contre le sien pendant qu'il mettait les pâtes dans l'eau bouillante.
— Amour, je t'ai ramené un invité, lui murmura-t-il la bouche tout contre son oreille.
Il se retourna vers l'arrivant avec le sourire. Harry lui avait dit son malaise devant leur attitude envers le garçon, le connaissant, il s'attendait à le voir ce soir.
— Bonsoir Jean-Baptiste. Les enfants vont arriver, tu vas te mettre à l'aise, chéri ?
Ses lèvres dans le cou, pour un baiser de remerciement, puis d'un pas pressé il s'éloigna et le laissa orphelin de sa tendresse. Il soupira.
— Je me trompe où tu n'es pas ravi de me voir, Pierre-François ?
— Tu es le bienvenu, fit-il calmement. La situation actuelle fait que nous sommes un peu tendus. Cela n'a rien à voir avec ta présence.
— J'aimerais vous aider.
— C'est Harry, le dirigeant de la Fratrie.
— Je sais ! Je ne veux pas le faire sans ton accord. Je tiens à ce qu'il n'y ait ni malentendu ni dispute entre vous.
— Parce que tu crois qu'il pourrait y en avoir ? railla doucement Pierre-François.
— Ce n'est un mystère pour personne que vous êtes tous les trois d'une jalousie incroyable, précisa le jeune cajun gravement. C'est d'ailleurs une des faiblesses que pourraient utiliser vos ennemis.
— Nous nous aimons assez que pour surmonter bien des choses, intervint Jim serein en attirant son amant vers lui pour doucement baiser ses lèvres. Cela a été tes cours ? fit-il.
— Oui ! Merci, amour, fit Pierre-François en passant légèrement son pouce sur la bouche qui venait de quitter la sienne.
— Nous attendons d'autres invités ? poursuivit le jeune moldu en s'appuyant contre lui.
— Les garçons vont arriver.
— Tu avais prévu la présence de Jean-Baptiste ? se moqua-t-il en regardant la table mise pour neuf.
— Je savais que nous avions de grandes chances de le voir en effet, fit Pierre-François avec un léger rire sensuel, tout en échangeant un coup d'œil complice avec son homme.
— Je suis transparent à ce point ? interrogea Harry qui revenait.
— Tu m'étonnes souvent, fit l'aîné en plongeant dans les émeraudes, mais là ...
Ils furent interrompus par des voix excitées et bientôt une joyeuse tablée faisait honneur à la cuisine de Pierre-François en bavardant entre deux bouchées. Harry qui l'observait se rendit compte combien son compagnon s'épanouissait lorsque leur petite famille était réunie. Il le vit se pencher vers Lily et essuyer son visage décoré d'une moustache de sauce rouge, faire une remarque à Aymeric sur sa façon de se tenir à table, avant de répondre à une plaisanterie de Justin le sourire aux lèvres. Oui, son loup avait changé en quelques mois et lui aimait ce qu'il voyait. Et soudain, il réalisa qu'il aurait trente cinq ans dans quelques semaines. Lui avait toujours désiré avoir des enfants, fonder une famille qu'il n'avait jamais eue, il n'avait que dix-neuf ans, il pensait avoir le temps. Jim, sa moitié, ne semblait pas pressé, loin de là. Il serait toujours plus amant que père, c'est dans leur amour qu'il s'ouvrait. Et lui ? Serait-il capable, à peine adulte, de réaliser les rêves de cet homme ?
De Lauzun le libertin... de la poudre aux yeux ! juste une manière de se protéger. Pierre-François... Son amour, sa folie... Qui méritait tellement d'être enfin heureux. Qu'attendait-il ? Avait-il au fond du cœur, comme lui, cette envie d'enfants communs à leur trio, lui qui était déjà père ? Il rencontra son regard et le vit plisser légèrement les yeux quand il se rendit compte de l'observation dont il faisait l'objet. Une moue interrogatrice se dessina sur le beau visage, faisant apparaître au coin des yeux clairs les petits plis de maturité qui l'émouvaient tant. Son âme en cet instant se gonflait d'amour, débordait, il aurait voulu qu'il le comprenne pourtant il détourna les yeux, sans savoir pourquoi.
Perplexe, Pierre-François le fixait. Il n'avait pas rêvé, il en était sûr, l'expression remplie d'amour de son jeune compagnon, pas plus que celle qu'il lui avait adressée l'autre jour à l'université. Pourtant il avait l'impression qu'il le fuyait depuis trois jours, depuis la fameuse nuit où il lui avait fait cette scène de jalousie que maintenant il regrettait. Lorsque Jean-Baptiste fut rentré à Toulouse, les plus jeunes dans leur dortoir, il alla coucher Lily. Cloud et Justin resteraient là à la surveiller pendant qu'ils iraient au manoir Malefoy. Alors qu'il était penché sur le lit de sa fille, il entendit la porte de la chambre doucement s'ouvrir puis se refermer presque aussitôt. Il était sûr que c'était Harry. Que se passait-il ? Quelle pensée tracassait donc son éternel inquiet ?
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Quelques minutes plus tard, ils atterrirent dans la grande cheminée du manoir Malefoy. L'air harassé, les traits tirés et l'air soucieux, Lucius les attendait devant son bureau. Le ministre prenait son poste de plus en plus à cœur et ne lésinait pas sur le nombre d'heures de travail. Narcissa avait répété à son mari ce que lui avait dit Pierre-François, aussi la conversation fut brève. Lucius avait déjà pris rendez-vous avec son contact à Gringotts et devait le rencontrer le lendemain. Ils se retrouveraient au castel pour faire le point.
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Chaud... il avait chaud ! Serré dans les bras de Harry avec Jim collé contre son dos, blotti sous la couette, il étouffait. Il l'écarta, exposant leurs corps nus à l'air frais. Tendrement il repoussa un peu Harry et contempla, dans la lueur de l'aube, le corps de cet homme, de son homme, qu'il avait caressé, aimé cette nuit. Il suivit d'un doigt léger les muscles nerveux du haut du bras, de l'épaule, descendit le long de la poitrine presque imberbe, frôla le nombril et suivit la ligne de poils sombres menant au sexe qui reposait sur la forêt pileuse. Il se retint à grand peine de saisir celui-ci pour en ressentir encore la texture douce sous ses doigts. Ses yeux remontèrent vers le visage, il ne voulait pas le réveiller, seulement le contempler en cet abandon. Pas un muscle de son visage ne tressaillait. Confiant, il dormait.
— Voyeur ! fit une voix tendre tandis que Jim se pressait contre son dos et posait la tête sur son épaule.
— Je m'aperçois que je ne suis pas le seul, répondit-il.
Un léger rire lui parvint.
— J'aime tes mains sur lui, murmura Jim.
— Je vais finir par le réveiller, chuchota-t-il.
— Continue.
— Ce ne serait pas sage, hein ? demanda-t-il à Jim tout en caressant la hanche de Harry du revers de la main.
— Non ! confirma-t-il en faisant voyager ses doigts sur la poitrine de Pierre-François.
Avec des gestes caressants, il repoussa les longs cheveux blonds et posa la bouche dans la nuque dégagée.
— Pas sage du tout … Mais Harry n'a jamais aimé la sagesse, finit-il en promenant la paume de ses mains sur le bas ventre de son amant, évitant soigneusement, pour mener l'envie à son paroxysme, de toucher la hampe érigée.
Sa langue léchait la peau fine dans le creux de ses reins, il en goûtait la saveur un peu salée, légèrement âcre, cette amertume de la sueur, du plaisir qui avait embrasé, plus tôt dans la nuit, leurs corps enlacés. Il caressa l'intérieur des cuisses, le sentant frémir sous ses effleurements. Il ne put retenir un petit sourire de victoire quand son amant gémit son prénom avant de se cambrer lui-même contre ce second corps chaud et moite qui soudainement venait de se coller à lui, contre ce désir dur qu'il sentait appuyé sur ses fesses.
— Comment veux-tu que je sois sage auprès de vous, se moqua Harry en mordillant son oreille.
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Il était plus de midi quand, revenant de l'université, ils retrouvèrent Pierre-François. Ils transplanèrent aussitôt sur la rive de la Garonne, fuirent vers le castel sous une pluie fine et serrée, puis enfin se retrouvèrent trempés et glacés dans le grand hall.
— Je croyais que c'était en Ecosse qu'il faisait tout le temps mauvais, râla Jim.
— Comme tu le vois, ça arrive aussi ici, railla Harry.
— Madame Françoise fait dire que l'apéritif est servi et qu'on vous attend impatiemment dans le grand salon, fit le plus jeune des elfes de maison surgi à leurs côtés et qui leur tendait à chacun une serviette chaude. Harry échangea un regard perplexe avec ses compagnons. Séchés et débarrassés de leurs vestes, ils se dirigèrent vers la grande pièce. Dès leur approche, leur parvinrent des éclats de voix furieux. En reconnaissant celle de Gaby, Pierre-François ne put s'empêcher de soupirer.
— Ce n'est pas comme si on ne s'y attendait pas, mon ange, fit Harry en lui lançant un coup d'œil encourageant.
— Avoue qu'on n'a pas besoin de crise sentimentale en ce moment.
— Frédéric est quelqu'un de trop droit pour se lancer dans une relation sans être libre et il ne laissera jamais Gaby parce qu'il s'en sent responsable, intervint Jim. C'est autre chose.
La scène qui les attendait les laissa pantois. Gaby, dressé en face de Frédéric, avait tout du petit coq en colère et lui assénait des regards meurtriers.
— Tu as toujours été libre de faire ce que tu voulais, lui répondait ce dernier dont le calme contrastait avec l'excitation du premier. Je ne rentrerai pas à Paris. De toute façon, ce n'est qu'un prétexte pour une nouvelle dispute, pour une rupture que tu pourras ainsi m'attribuer et dont tu te plaindras longuement auprès de nos amis avec des sanglots dans la voix. Tous tes artifices, je les connais, alors, cette fois, il faudra que tu assumes tes choix.
— C'est toi qui veux rester ici et je sais très bien pourquoi ! lança-t-il.
— Tu ne sais rien ! Deviens adulte. Depuis huit ans je n'ai pas un compagnon mais un enfant dont je dois m'occuper.
— Un enfant ! s'exclama Gaby outré.
— Tu n'as jamais pris une seule décision réfléchie, Gaby. Tu as encore et encore fait des caprices que je satisfaisais comme on offre des jouets à un gamin.
— ...
— Même me posséder a été une lubie !
— Je t'aimais ! fit Gaby tremblant de colère.
— Et moi j'aimais ailleurs ! jeta Frédéric méchamment. Tu étais jeune et beau, tu me tentais perpétuellement, nous habitions ensemble. Tu as tout fait pour qu'il me quitte et ensuite, il est arrivé ce qui devait se passer.
Gaby sursauta et lança un regard blessé à un Frédéric maintenant hors de lui.
— C'est comme ça que tu vois l'amour que nous vivons depuis huit ans ? Comme un accident de cohabitation ?
— Je ne sais même pas ce que j'ai été pour toi ! un compagnon ? un amant ? un grand frère incestueux ? Je ...
— Arrête Frédéric ! fit une voix douce et veloutée. Tu le regretteras.
Incertain, le moldu s'arrêta pour regarder le cajun qui venait d'intervenir. Ces derniers jours, il avait assisté à plusieurs disputes, sans jamais réagir. Conscient de sa présence, Frédéric s'était toujours modéré, jusqu'à cette fois. La fois de trop. Se sachant incapable de conserver son sang-froid, il préféra tourner les talons et quitter la pièce, se faisant, il aperçut les trois amants qui contemplaient la scène. Pierre-François l'attrapa par l'épaule au passage et sortit avec lui. Les fiancés embrassèrent tout le monde avant de s'asseoir le premier dans un fauteuil, le second sur l'accoudoir, la main posée sur la nuque de son homme.
— Vous pouvez m'expliquer ce qu'il se passe ici ? interrogea Harry en fixant successivement les protagonistes et les spectateurs de la scène, Gabriel assis à présent sur le bord d'une précieuse ottomane, Sylas, Hermione et Draco sur un canapé, François-Marie appuyé nonchalamment contre la cheminée et Jean-Baptiste adossé au chambranle de la porte fenêtre.
— Puisque Frédéric ne veut pas rentrer à Paris, j'y retourne avec François-Marie, énonça Gaby simplement.
— Je vois. Tu es conscient du danger ?
— Je m'en occuperai, intervint le mage noir en ne le quittant pas des yeux.
— Êtes-vous en position de le faire ? s'enquit railleur Jim.
— Autant que Harry envers toi !
— Je sacrifierais ma vie pour Jim ou Pierre-François. Ils sont ma préoccupation première. Ici Gaby est en sécurité.
— Je ne veux pas rester, encore moins depuis qu'il est là, répondit ce dernier en désignant Jean-Baptiste de la tête.
— Et que me reproches-tu ? demanda le créole d'un ton dédaigneux bien différent de celui qu'il utilisait avec Frédéric.
— Rien. Tu es là et c'est déjà trop !
Il n'y avait rien à dire. Harry savait que le coiffeur avait raison. Le regard de Frédéric suivait le créole bien plus souvent qu'il ne l'aurait dû, trahissant les sentiments naissants qu'il éprouvait envers ce dernier.
— Tu as tout fait pour le perdre, constata Jean-Baptiste. Ne viens pas t'en plaindre maintenant.
— Tu devrais être content ! Je te laisse la place ! elle est encore toute chaude ! cracha le moldu.
— Peu importe ! Je la prendrai avec plaisir si il veut de moi.
Un silence stupéfait succéda ces quelques mots dits d'un ton ferme. Seuls Harry et Jim échangèrent un regard amusé. Une fois de plus le jeune homme se montrait incisif et décidé. Une fois de plus, il fonçait et réfléchirait ensuite aux conséquences. Une fois de plus, ils devraient, eux, trouver une solution pour protéger cette union peu ordinaire d'un moldu français, avec sorcier Sang-Pur américain, encore adolescent et considéré par des fanatiques comme un otage idéal, car, ils n'en doutaient pas, le premier serait ravi de la prise de position du plus jeune. L'air frondeur Jean-Baptiste fixait avec insolence l'autre qui, cette fois, en était resté coi d'étonnement.
Dès son retour, Pierre-François perçut l'amusement dans les yeux de ses amours qu'il rejoignait. Il les interrogea du regard.
— Attends, souffla Harry. Regarde.
Indécis, Frédéric cherchait à comprendre ce silence après les cris. Tous semblaient n'avoir d'yeux que pour l'affrontement muet qui opposait les deux garçons. Il admira un instant la fierté qui animait le beau créole. Depuis que celui-ci était apparu dans sa vie, il avait de plus en plus difficile de se contenter de ce qu'était devenu sa relation avec Gaby. Le sorcier à l'allure indolente, aux gestes sensuels, à la démarche lascive, qui évitait son regard mais dont il surprenait les coups d'œil brûlants et discrets vers lui, l'émouvait profondément. Et quels yeux ! des yeux de jais qui promettaient la passion et le plaisir. Il voulait vivre, retrouver cette fougue, cette envie d'aimer qu'il avait connue et puis perdue. Le jeune homme, peut-être parce qu'il se sentait fixé, tourna la tête vers lui, sursauta en l'apercevant et lui adressa une question muette. Frédéric, encore perdu dans ses pensées remplies de lui et sans en savoir plus, lui répondit par un léger sourire sonnant la défaite de son compagnon qui lui lança un regard ulcéré avant de se diriger vers François-Marie.
Inconscient d'avoir pratiquement changé de compagnon par un simple mouvement des lèvres, Frédéric restait là indécis à l'entrée du salon. L'elfe de maison, annonçant que le déjeuner était servi, le sortit de son embarras. Il fut atterré quand, à table, Jean-Baptiste vint s'asseoir à ses côtés et que Gaby alla s'installer près du mage noir. Il réalisa alors que manifestement il y avait du changement dans l'air et qu'il semblait bien être le seul à ne pas être au courant. Il se promit d'éclaircir tout cela, en privé, dès la fin du repas. Seulement voilà, le café sitôt pris, les sorciers s'éloignèrent pour discuter de l'opération à venir et il ne put que les suivre.
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La discussion entre Harry et François-Marie fut pleine d'enseignements et infiniment perturbante. Il ne s'était jamais rendu chez le baguettier, pas plus qu'il n'avait demandé à Ollivander de faire la copie de la Baguette de Sureau et n'avait pas fait interroger les deux jeunes coiffeurs ou leur intendante. Ce n'était pas la façon de procéder de O'Reilly, il ne restait que Liebling.
Ensuite, vint le tour de Jean-Baptiste. Frédéric regarda le tout jeune homme prêter le serment sorcier qui l'engageait envers la Fratrie dirigée par Harry et le transformait en combattant de l'ombre. Ses sentiments étaient partagés. Il ne voulait pas établir de comparaison pourtant elle lui venait spontanément à l'esprit. Bien différent de Gaby, le sorcier qui était prêt à défendre son monde, était impulsif, téméraire. Son expression en ce moment où il prêtait serment était grave, froide mais aussi déterminée. Frédéric était certain qu'il pensait chaque mot prononcé de sa promesse. S'embarquer dans une relation avec lui ne pouvait être fait sans réfléchir. Il serait un petit-ami avec qui il faut compter. Pourtant dès que Jean-Baptiste eut fini et se tourna vers lui comme pour quêter son approbation, il eut subitement envie de le prendre dans ses bras, de l'éloigner de tout ça puis il se rappela les récits de Pierre-François, les sacrifices clandestins des sorciers vaudou et les deux adolescents que leur père emmenait là comme au spectacle. Pensée, ô combien dérangeante. Il effleura d'un doigt discret la main du jeune homme qui s'était approché de lui sans le quitter des yeux. Premières découvertes, premières caresses, premiers émois des regards qui se nouent, des peaux qui se touchent.
— Tu m'en veux ? souffla Jean-Baptiste.
— Non ! j'aimerais juste comprendre.
— Il faudra que tu attendes, fit le jeune homme avec un geste de la tête vers les autres qui se rassemblaient autour de Harry pour préparer l'expédition qui aurait lieu le soir même.
Hermione, Draco, Sylas, Pierre-François, Jim, Jimmy, Erwin, François-Marie et enfin Jean-Baptiste étaient réunis autour de Harry et du portable leur montrant la topographie des lieux.
— Ils ont ajouté des bâtiments sur la droite, constata Erwin.
— Tu es sûr ? fit Harry étonné.
— Certain ! Celui-ci notamment, fit l'ancien serpentard en désignant un bâtiment légèrement à l'écart des bâtiments principaux.
— Il nous faut donc voir en plus à quoi il sert, fit Jim soucieux.
— Nous allons y aller le plus discrètement possible, fit Harry. Cela peut être un piège. Ils savent bien trop de choses sur nous. Dray tu t'occuperas de notre couverture.
— Tu as l'intention d'en prendre d'autres avec nous ? demanda Sylas.
— Cloud, Justin et Sirius vont arriver, ainsi que Lucius et Narcissa. Jareth amènera Joshua.
— Juste le noyau, fit remarquer Mione en le regardant fixement.
— Oui, juste le noyau, répondit l'Elu en lui rendant son coup d'œil.
— Qui ?
— Si je le savais, fit-il en secouant la tête. Peut-être personne ! une écoute chez l'un ou chez l'autre. Avec la façon de faire de Liebling qui contourne allègrement nos pouvoirs et nos serments sorciers nous sommes démunis. Nous devons voir les choses autrement. Joshua va nous être très utile.
Les autres échangèrent des regards atterrés.
— Tu as vérifié à Astor's Lodge ? Nous ne l'avons plus occupé depuis longtemps mais Jareth et Violaine y sont ainsi que Joshua et c'est une de nos résidences, suggéra Sylas.
— Oui. Je m'en suis chargé, intervint Jimmy.
— Nous avons toujours cru que c'était O'Reilly qui avait essayé de mettre le quartier général de l'ordre du Phénix, accessoirement ta maison, sous écoute, peut-être avons nous fait une erreur ? fit à son tour Draco.
— J'y ai pensé ! admit Harry brièvement. On verra ça après. Reprenons. Je prends avec moi Jim et Pierre-François bien sûr, Lucius, Jean-Baptiste, Joshua. Nous resterons en groupe. Lucius et toi Jean-Baptiste vous protégerez Joshua qui est désarmé devant les sorts.
— Pourquoi le prendre avec nous ? interrogea le créole.
— C'est notre instructeur en armes moldues, tu seras d'ailleurs bientôt son élève. Il servira a évaluer leur armement si il y en a. Et peut-être aura-t-il à faire, précisa-t-il enfin après une hésitation.
— Tu veux piéger les bâtiments ? demanda Erwin.
— Cela dépend de ce que nous trouverons.
— Harry ! intervint François-Marie, il est temps de nous confier ton idée.
— Elle est trop inconcevable pour ça ! selon ce que nous allons trouver ce soir, je vous en ferai part ou non, fit-il d'un ton tellement déterminé qu'aucun n'osa insister.
— Tu as pris le noyau, mais aussi les plus puissants et les plus entraînés excepté Jean-Baptiste, fit remarquer une nouvelle fois son amie.
Il pensa qu'elle n'avait rien perdu de sa perspicacité ni de son habituelle franchise.
— Si j'ai choisi de prendre Jean-Baptiste malgré qu'il est presque novice c'est que j'ai peur d'avoir en face de nous des créatures qu'il est le seul à bien connaître.
— Inferi ? interrogea le créole.
— Oui, répondit-il en épiant la réaction du jeune homme qui n'en eut aucune.
— Nous devons savoir à quoi nous attendre ! s'exclama François-Marie.
— Peut-être à des hommes entraînés aussi bien au close combat qu'à la lutte sorcière, des combattants armés infiniment dangereux. Bien plus que les mangemorts de Voldemort.
— En peu de mots : le même entraînement que nous, analysa Erwin.
— Sauf que pour eux c'est peut-être plus qu'une nécessité.
— Des mercenaires...
— On verra ça ce soir, éluda Harry.
— J'aimerais savoir quelle est la place de François-Marie dans cette mission, fit Draco, il ne fait pas partie de la fratrie.
— Hors de question que je t'obéisse, morveux ! trancha le mage noir en toisant le jeune Malefoy.
Harry avait longuement réfléchi à la question. Il savait que le grand Grindewald ne prêterait jamais serment d'allégeance à personne, fusse même le Sauveur du monde sorcier et sa confiance en lui n'était pas encore entière, surtout quand il s'agissait de la Baguette de Sureau. Il ne tarderait pas à retrouver tous ses moyens, il avait l'expérience des combats et une immense puissance , il pouvait se révéler une aide précieuse et surtout, un ennemi redoutable. Il n'avait d'autre solution que le laisser agir à sa guise, électron libre et espérer qu'il compléterait leur équipe au lieu de la gêner.
— Il est là en tant que soutien. Il connaît maintenant les positions que nous allons prendre. Explique-lui les tiennes, il agira en conséquence. Il n'a aucune autorité sur toi, précisa Harry en se tournant vers François-Marie qui hésita puis acquiesça sans pourtant s'empêcher de lui lancer une remarque acerbe.
— Je suis obligé de faire mes preuves comme une de tes jeunes recrues ?
— Vous avez l'intention de prêter serment à la Fratrie ?
— Certainement pas ! Tu es peut-être l'Elu du monde sorcier, j'en ai été, c'est vrai, l'ennemi, mais j'ai ma fierté, je ne combattrai pas sous les ordres d'un gamin.
Pierre-François lui adressa un regard railleur qui manifestement voulait faire comprendre à ce « frère » qu'il n'était pas dupe. Aucun des deux ne le voyait en enfant.
— Alors pas besoin de prouver quoi que ce soit ! terminait froidement Harry pendant ce temps. Et Draco est un fin stratège, je ne l'ai jamais vu commettre d'erreur. Même Lucius se plie à ses ordres quand c'est nécessaire.
Le mage noir échappa au regard ironique de Pierre-François en se penchant avec intérêt sur cet appareil moldu appelé ordinateur et qu'il découvrait. Il regarda Draco montrer aux autres présents sur une image, plus ou moins nette, représentant le lieu à investir, les positions qu'ils allaient devoir occuper. Il dut reconnaître que le garçon tirait parti au mieux de la topographie qu'il grava dans sa mémoire, avant de reporter son attention sur Harry qui discutait avec son groupe de cinq à présent complet. Les autres ne le lâchaient pas des yeux. Tout comme lui, d'ailleurs. Il le vit rire à une plaisanterie de Lucius et s'appuyer familièrement contre son frère derrière lui qui l'encercla de son bras avant de sourire de façon moqueuse, de retrousser ses lèvres comme un vampire et de faire semblant de le mordre dans le cou, faisant s'esclaffer les autres. Le jeune moldu qui était son second compagnon les regardait jouer avec amusement.
A vrai dire, il aurait fallu bien peu de choses pour qu'il tombe amoureux fou de cet Elu, de ce disciple qu'avait modelé son Albus, pourtant il s'obligeait à ne pas franchir la barrière. Ce n'est pas de ça dont avait besoin le jeune homme dans la situation où il se débattait. Il était déjà plus que bien pourvu en ce domaine et manifestement il aimait beaucoup ses compagnons. Il fut attiré par un mouvement près de la porte et vit ce petit insolent de Gaby. Il le regarda amusé. Il lui plaisait avec son effronterie, ses airs de gamin boudeur, ses envies de provoquer des dissensions pour ensuite se repaître de leur spectacle. Conscient de l'examen dont il était l'objet, celui-ci lui lança un regard railleur qui signifiait bien des choses et surtout qu'il était parfaitement conscient de l'intérêt suscité. Il oublia la mission et sa tactique, pour la passion et sa libido illogique. Il se dirigea vers le jeune moldu, lui parla à l'oreille avant de l'entraîner vers les jardins encore luisants de gouttes de pluie et leur odeur d'humus mouillé. C'était bon d'être vivant !
Frédéric leva les yeux au ciel en voyant son ex-compagnon s'éloigner, main dans la main, avec François-Marie, puis il reporta son attention sur les sorciers en train de mettre au point leur opération. Il surprit le regard inquiet de Jean-Baptiste posé sur lui et sourit. Le jeune homme s'avança vers lui immédiatement.
— Prends ton temps, lui fit-il sérieusement. C'est important pour ta sécurité, surtout que c'est ta première mission.
— C'est vrai mais...
— Gaby et moi, c'est fini. Quand j'ai pris une décision, je ne reviens jamais dessus, va faire ce que tu as à faire, Honey.
Il regarda le jeune homme s'éloigner de la même démarche sensuelle, légèrement provocante qu'il avait eue pour venir à lui. C'est vrai que la décision, il ne l'avait pas réellement prise lui-même mais au fond il ne la regrettait pas. Jean-Baptiste lui plaisait infiniment physiquement. Il aimait sa grâce indolente, son corps mince, son allure androgyne, ses gestes langoureux. Ce qu'il avait vu de sa personnalité l'intriguait, le fascinait. Et par dessus tout, il aimait se plonger dans ses yeux noirs veloutés si bavards. Il se sentait irrésistiblement attiré. Tout en lui le bouleversait jusqu'au parfum de son corps quand il le frôlait. Il avait juste peur de ce qui allait arriver à Gaby, on ne peut oublier huit ans de vie commune en un clic. Quand leur réunion fut enfin finie, il discuta avec Jean-Baptiste de Paris, de la Nouvelle-Orléans, juste pour apprendre à le connaître, mais sans jamais évoquer les problèmes que représenteraient sa famille ou sa séparation à lui et le partage qui en découlerait.
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Le soir tombait et Frédéric, assis dans une bergère, regardait les sorciers s'équiper et découvrait qu'il n'avait pas envie de rester planté là à attendre Jean-Baptiste qui allait risquer sa vie. Ce côté là des choses, il ne l'avait pas envisagé. Il n'était pas comme Jim un karatéka ou un futur diplomate capable de se faire sa place dans le monde sorcier. Il avait mis de l'argent de côté mais pas assez pour se permettre de ne rien faire et offrir une vie aisée à un compagnon. Il regardait Pierre-François veiller à l'équipement de ses deux amours. Il le vit vérifier leurs armes alors qu'ils l'avaient déjà fait eux-mêmes, se pencher pour rectifier leur étui de cheville qui contenait un poignard et une seconde baguette, puis ajuster leur holster qui portait le pistolet glock automatique et les chargeurs. Il les vit ensuite s'enlacer, se serrer l'un contre l'autre comme si ils ne faisaient plus qu'un. Hermione, Draco et Sylas était eux aussi unis et communiquaient par le pacte sous un dôme de lumière opalescente. Plus loin, c'est Erwin qui chuchotait entre les bras de Jim. A son habitude, Sirius faisait rire les jeunes avec des plaisanteries déjantées. Il regarda le garçon de dix-huit ans qui avait réclamé une place dans sa vie. Il avait pensé Pierre-François fou lorsqu'il l'avait vu avec Harry et Jim, il faut croire qu'il l'était aussi. En tout cas, il ne pouvait pas le laisser partir ainsi, sans un mot, même si c'était prématuré. Il accrocha le regard du garçon qui attendait avec le groupe Sirius, Justin et Cloud et lui fit un signe discret. Quelques instants plus tard, il était en face de lui.
— Pourquoi n'es-tu pas équipé comme les autres ?
— Je ne sais pas encore me servir des armes moldues, répondit-il en haussant les épaules.
— Jean-Baptiste... Fais attention à toi !
— C'est de l'inquiétude que je sens dans ta voix ? fit-il en s'accroupissant devant lui afin d'être à son niveau, la main, posée sur son genou pour s'équilibrer, imprimant une marque chaude sur sa jambe.
— Bien sûr ! Je hais le fait de rester ici à t'attendre alors que tu vas combattre. Je devrais pouvoir te protéger et...
— Me protéger ? Je ne suis plus un enfant.
— Ai-je dit cela ? Là, je me fais l'effet d'une dame qui attend que son aimé revienne des croisades ! essaya-t-il de plaisanter. Il ne me manque que la ceinture de chasteté.
— Suis-je ton aimé ? questionna le garçon gravement.
— Nous commençons tout juste à nous connaître, Honey, fit-il en couvrant les doigts posés sur lui des siens. Tu sais que tu me plais, tu l'as toujours su. Déjà quand nous avons dansé ensemble, j'avais envie de te garder dans mes bras.
— Je ne demandais que ça, mais il y avait Gaby.
— Je l'ai lu dans tes yeux ! Ils en disent beaucoup tu sais, fit Frédéric avec tendresse.
— Seulement quand je le veux bien, chuchota le garçon légèrement moqueur.
— Jean-Baptiste, il faut y aller, intervint Pierre-François. Ne te tracasse pas, poursuivit-il en s'adressant à son ami, nous allons veiller sur lui.
Celui-ci eut un signe de tête approbateur avant de sourire au jeune sorcier qui déposa un baiser bref sur ses lèvres puis se redressa. Frédéric eut un petit rire amusé, il semblait prendre toutes les initiatives des débuts de leur relation. Il lui adressa une petite moue complice avant de s'éloigner avec les autres.
Enlacés, les membres du trio descendirent le petit sentier qui menait à la Garonne . Harry et Pierre-François se jetèrent mutuellement un sort de désillusion avant de le faire sur Jim. Lucius quant à lui s'occupait de Joshua. Malgré les protestations du jeune créole qui voulait le faire seul, François-Marie se chargea de transplaner avec lui. Ils atterrirent non loin d'Eamont Bridge, sur le pourtour de la cuvette où se situait, en contrebas, le manoir familial des frères Balbi.
Il eut été plus juste de parler de propriété car si l'habitation était le bâtiment principal, il était entouré de dépendances agricoles plus ou moins proches. Sur la droite, avoisinant le nouveau bâtiment repéré par Erwin, un second était manifestement en construction, fait comme l'autre de panneaux préfabriqués à assembler.
— Couchez-vous ! inutile d'être exposés si un « finite incantatem » venait à fuser. Manifestement, quelqu'un règle l'addition ! railla Harry à voix basse. Etant donné qu'ils croulent sous les dettes et ont mangé tout le patrimoine de Sylvain, je ne vois pas comment ils paieraient ces aménagements.
— Ce n'est pas un hasard si les hypothèques qui grevaient le manoir ont été levées il y a environ un mois, gronda Lucius.
— Pourquoi n'ont-ils pas mis un sort de fidelitas ? demanda Jean-Baptiste.
— Je suppose que c'est parce qu'il y a trop de va-et-vient y compris de moldus, lui souffla Harry.
— Il ne semble pas y avoir non plus de protections, souffla Cloud.
— Si, murmura Harry. Je les sens, elles sont très puissantes et fort habilement posées, indétectables pour des sorciers de peu d'expérience.
— Tu peux les lever ?
— Oui, sans problème, mais ce n'est pas ça qui m'inquiète. Il y a des protections moldues aussi.
— Bien, gamin ! fit Joshua qui s'était glissé derrière eux. Il y a en effet une barrière Solaris dont on voit une borne là presque collée au tronc de cet arbre isolé, le capteur solaire doit être un peu plus loin ou plus haut sur une branche exposée. Je me suis documenté sur les barrières infrarouge en prévision de notre expédition et j'en ai étudié trois différentes. Je me doutais qu'on trouverait ce genre d'obstacle. Je cherchais quelque chose de spécial et celle-ci est ce que j'ai trouvé de mieux. Les faisceaux couvrent une surface appréciable, du sol à trois mètres de hauteur. Elle ne demande pas d'électricité donc elle est idéale pour l'univers sorcier. Elle a une batterie interchangeable qui peut être rechargée dans le monde moldu pendant qu'une seconde fonctionne ici. L'autonomie est très longue, au moins septante deux heures. C'est un système français fort pointu. J'en ai trouvé d'autres mais aucun aussi complet.
— C'est important ?
— Oui parce que le système peut être couplé avec un maxibus III et accessible localement ou à distance grâce au serveur web intégré.
— En anglais compréhensible ? grogna Draco.
— Qu'alors toute intrusion peut-être suivie sur un écran d'ordinateur placé ici mais aussi dans le monde moldu. Pour cela par contre, il faut de l'électricité et un follixe, ce module qui permet à notre technologie de fonctionner correctement dans cet endroit plein d'ondes magiques.
— En résumé, tu penses que cet investissement ils ne l'ont pas fait ? interrogea Harry.
— Je ne pense pas que ce soit une question d'argent. Je crois qu'ils se sont entourés d'un maximum de discrétion et qui dit installation dit techniciens et ouvriers curieux. Vous vous rendez bien compte qu'ils n'ont pas acquis un pareil matériel dans le but de protéger un champ de patates ou de betteraves ! fit le vieil instructeur.
— Et quelle est ton opinion ?
— La même que toi, gamin ! il y a une forte demande de mercenaires bien entraînés et pour les projets de certains, des combattants sorciers peuvent être le summum. Encore faut-il savoir si ce camp d'entraînement est financé par un état en particulier ou par une faction terroriste. Cette dernière hypothèse correspond bien à tes suppositions ?
— Oui ! souffla Harry.
— Et tu estimes qu'ils peuvent éventuellement se servir d'inferi, continua Pierre-François.
— Exact. Que ce soit contre les moldus ou les sorciers ils sont des combattants effrayants même pour les plus aguerris, sans sentiments et difficiles à vaincre. Je suppose que c'était la raison première de la présence de Liebling à la Nouvelle-Orléans, mais on en discutera plus tard. Tu as une solution pour les infrarouges ?
— Oui ! Comme je te l'ai dit j'ai pris mes dispositions et le matériel nécessaire. On ne peut supprimer une borne ou rompre le contact entre les points sans donner l'alerte mais il est possible d'introduire un second poste de commande dans le circuit, réglé afin de modifier les données du premier. Pour cela, il me faut absolument le nombre de bornes composant le circuit.
— Bien ! Jimmy, Jareth, Erwin, vous pouvez allez voir ça ?
— Le risque n'est pas égal à zéro, hein. Il y a toujours une possibilité qu'ils aient installé le système vidéo.
— On fera avec. Joshua, si tu devais conserver un arsenal ici où le placerais-tu ?
— Pour moi, le grand bâtiment à droite est un dortoir, le plus éloigné avec des barreaux et construit en dur est le local où ils pourraient garder vos monstres. Ce devait être une écurie qu'ils ont réaménagée. Le nouveau en construction pourrait être un bloc sanitaire ou une cantine. Quant à tes armes, regarde vers la gauche, tout à l'opposé de tout ça, tu verras une sorte de long talus herbeux et une trappe discrète à chacune des extrémités, l'une doit mener à la salle d'entraînement, celle située vers la maison, l'autre à l'arsenal. Ils sont en sous-sol ou des souterrains y mènent selon les possibilités. La salle pourrait être aménagée dans les caves du manoir mais jamais les armes ne sont entreposées trop près des dortoirs et ici de la maison. C'est la disposition habituelle des camps d'entraînement israéliens.
— Ben tiens donc ! ils manquaient à l'appel ceux-là, grommela Jim, ce qui fit rire Harry.
— Il y a de grandes chances pour que les instructeurs moldus soient d'anciens militaires devenus mercenaires et ce quelque soit leur nationalité. Cela n'implique nullement les gouvernements en question, rectifia le vieux.
— Et les instructeurs sorciers d'anciens mangemorts, souffla Draco.
— Avec Liebling, ça me semble une évidence, grogna à son tour Pierre-François.
Un léger bruit sur la gauche les alerta et ils se retrouvèrent aussitôt baguette ou glock en main. La visibilité était maintenant très réduite. Ce n'était que les trois, envoyés en repérage, qui revenaient.
— Il y en a trente six et la superficie couverte est assez impressionnante, fit Jareth.
— Dépêche-toi Joshua ! dans peu de temps on n'y verra plus grand chose ! souffla Jimmy.
— J'ai emporté ce qu'il faut dans mon sac : des jumelles de vision nocturne, des générations 3. Elles vous feront voir la vie en vert ! C'est l'ancien modèle de l'US Army qui est équipée maintenant du modèle Omni-VII. Mettez-les et habituez-vous à la vision que vous aurez du monde vous entourant pendant que je règle ce foutu machin. Ce qui va prendre un sacré moment.
Harry ne put s'empêcher de faire la grimace en voyant les lanières formant casque et les deux protubérances qui contenaient les lentilles passives. Il le posa pourtant sur sa tête et referma la jugulaire avant d'ajuster les lunettes. Pendant ce temps, Jimmy avait sorti, sur l'ordre de Joshua, un boîtier carré de la grosse besace et lui rendait sa taille d'origine.
— C'est nous qui allons faire peur aux inferi avec ses yeux de crapauds, railla Harry. Et nous sommes obligés de sacrifier le masque.
— Vert ! La couleur de l'espoir ! ricana à sa suite Sirius.
— Ils nous connaissent déjà, pas d'illusion ! fit Jim avec un haussement d'épaule. En plus il fait noir.
— Peut-être pas tous ! Ils ignorent les rôles de François-Marie, Lucius, Jareth ...
— Vous êtes en mission ou dans un salon ! le coupa le vieil instructeur ! Qui m'a foutu des emmerdeurs pareils ! Vous avez déjà essayé de vous concentrer avec un essaim de pies bavardes dans votre dos ? Fermez vos gueules !
Harry échangea un sourire complice avec les autres avant de faire une grimace derrière le dos du vieux mais il se tint coi un moment. Il se mit à examiner les bâtiments et le terrain. On voyait maintenant de la lumière dans le manoir lui-même mais tous les autres bâtiments semblaient vides.
— Tu n'as rien remarqué de spécial, Jimmy ? souffla-t-il.
— Comme quoi ?
— Tu as parlé d'une quinzaine d'hommes, devons-nous envisager qu'ils sont au manoir lui-même et traités comme des invités ? Les autres bâtiments ont l'air déserts. Si ils n'ont ni réfectoire ni sanitaires, ils ne peuvent héberger une troupe si minime soit-elle.
— Tu penses donc qu'ils en sont toujours à la phase « aménagements » et ne sont sur place que la journée ?
— Non ! intervint la voix basse de François-Marie, ils sont habitués à vivre dans des conditions précaires, ce sont des combattants de terrain. Ils ont certainement des douches et des sanitaires dans le bunker d'entraînement, rudimentaires mais provisoirement suffisants. C'est un noyau d'instructeurs confirmés. Les recrues à instruire, elles, ne sont pas encore là. Des camps comme ceux là, avec une technique bien plus ancienne, c'est vrai, j'en ai organisé plusieurs. Ils se contentent certainement de repas de pain et de fromage ou de viande en boîte, d'un rata à midi cuisiné au manoir et servi dehors dans des gamelles, de biscuits secs. Ils doivent avoir fini tout ceci avant les premiers froids. Ils sont au travail dès que le jour se lève et au lit dès que le soleil se couche.
— ...
— Si tu veux leur faire prendre du retard, tu peux saboter leurs installations mais ils reconstruiront, peut-être ailleurs, et tu auras perdu le bénéfice de posséder cette information contre eux.
— Il a été prévu une reconnaissance pour voir ce qui se tramait réellement et une intervention éventuelle si ça se justifiait, pour le moment nous n'avons encore que des suppositions. Votre raisonnement se tient, conclut Harry en se retournant une fois de plus vers le bâtiment noir. Le fait qu'il n'y ait pas de lumière me gène.
— Un sort abrumpere outlucem et le tour est joué, intervint Lucius, personne ne voit la lumière qui est pourtant là. Où serait l'avantage d'être vieux si les jeunes savaient tout ? fit-il à son fils qui le regardait d'un air étonné.
— Voilà, c'est fait. Je vais aller le mettre en place, fit enfin Joshua après un temps qui leur avait semblé interminable. Je ne peux que modifier le trajet des faisceaux et non les interrompre. La hauteur maximum de la barrière est de trois mètres, j'ai mis les premiers à un mètre vingt de hauteur car il leur faut un espacement minimum. Il vous faudra donc passer en vous baissant fortement ou en rampant mais c'est valable pour toute la longueur ! Vous pouvez donc passer où vous voulez.
Après avoir détendu leurs muscles, ankylosés par l'immobilité qu'ils s'étaient imposée, ils descendirent vers le domaine. Harry sortit ses deux baguettes et sous l'œil attentif de ses amis, les croisa, murmurant des incantations qui firent sourire Lucius et François-Marie qui reconnaissaient tous deux la magie noire qu'utilisait, une fois de plus, l'Elu pour supprimer une à une les puissantes protections du camp. Pourtant ils restèrent perplexes lorsqu'il fit monter la puissance de son aura et en psalmodia une qui leur était inconnue afin de vaincre la dernière. Quelques instants plus tard, ils se faufilaient en dessous de la clôture infrarouge et pénétraient sur la propriété des Balbi.
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Hermione essayait de se concentrer afin de percevoir ses hommes et n'y arrivait pas. Malgré leur demande, elle avait refusé de travailler pour essayer d'amplifier la puissance de leur lien tant qu'elle était enceinte et s'en repentait maintenant. Frédéric, assis en face d'elle, était plongé dans un livre dont il n'avait pas tourné une seule page depuis leur départ. Quant à Gaby, il était captivé par une émission de variétés mais toutes les cinq minutes, c'est sa montre qu'il regardait. Elle jeta un coup d'œil à la sienne. Plus de trois heures qu'ils étaient partis.
Elle se rappelait leurs premières missions pour l'Ordre du Phénix. Elle arrivait à ce moment là à communiquer avec Draco alors qu'ils étaient à peine unis. La distance était bien plus grande, mais était-ce ça qui troublait leur contact ou le fait que toute à sa grossesse, toute à l'aventure merveilleuse de l'évolution des jumeaux, elle avait quelque peu négligé ses amours ? et encore plus ses amants ? Elle passa machinalement une main sur son ventre rebondi qui tressaillait sous les coups de pieds reçus. Ils se manifestaient de plus en plus souvent, ses petits chenapans. Un sourire tendre erra un moment sur ses lèvres.
Elle essaya de se rappeler quand ils avaient fait l'amour à trois pour la dernière fois et n'y parvint pas. Elle resta là, la course de ses doigts en suspens, atterrée. Etait-elle encore la jeune fille qu'ils avaient aimée ? Celle que Draco avait épousée ? Celle à laquelle Sylas avait voué sa vie ? Elle les entendait parfois dans la nuit noire gémir leur jouissance, ça l'agaçait parce que ça la réveillait mais le fait qu'ils s'aiment sans elle, pour le moment, lui importait peu, même les mots d'amour qu'ils échangeaient d'une voix lasse et comblée ne la troublaient plus. Mère avant d'être femme, avant d'être amante.
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Harry se dirigeait d'un pas rapide vers le talus et la trappe la plus éloignée du manoir proprement dit. Elle était fermée et il ne put s'empêcher de soupirer sachant déjà qu'un simple alohomora ne suffirait pas. En effet, il dut s'y reprendre à plusieurs fois pour trouver le bon sortilège d'ouverture. Il se faufila avec Jim, Pierre-François et Joshua à l'intérieur, tandis que Jean-Baptiste, Lucius et François-Marie restaient en dehors afin de les couvrir éventuellement.
Des dizaines de caisses en bois étaient entreposées là, il voulut en ouvrir une.
— Laisse moi faire, lui enjoignit Joshua qui sortit un fin poignard et entreprit de glisser la lame pour soulever le couvercle sans l'abîmer. Mitrailleuse FN Minimi Para, une arme belge, la plus légère ! la plus utilisée aussi, commenta-t-il en voyant le contenu. Tellement d'armées s'en servent dans le monde qu'il est difficile de les citer toutes. Ici en sa version d'origine, termina-t-il avant de refermer la caisse minutieusement. Là ce sont les munitions ! voyons le reste.
Pierre-François était déjà en train d'ouvrir une autre caisse avec les mêmes précautions. Il n'avait pas l'intention de traîner là. Le reste en question se révéla constitué de pistolets Beretta, des grenades et des pains de plastique. Il y avait là de quoi équiper une centaine de combattants et de quoi piéger des dizaines de bâtiments, de véhicules, d'avions. Ils ressortirent à l'air libre avec soulagement. Etait-ce le fait de contempler ces armes qui causeraient tant de morts ou l'air particulièrement lourd qui régnait sous terre mais Harry sentait les gouttes de sueur couler sur son front. Passant devant la maison éclairée, il se dirigea vers le bâtiment dont les fenêtres étaient munies de barreaux, il en ouvrit la porte sans difficulté. Il était vide. Des chaînes de deux mètres environ munies à leur extrémité d'un bracelet large en métal étaient scellées dans le mur, prêtes à accueillir des prisonniers ou des inferi. Ils en savaient assez.
Ils s'apprêtaient à repartir quand la porte du manoir s'ouvrit sur Liebling, accompagné d'une femme et d'un homme grand, massif d'une cinquantaine d'années qu'il n'avait jamais vus. Instinctivement il posa brièvement sa main sur le bras de Pierre-François qui tourna la tête vers lui. Il avait aperçu le mangemort, il le savait et voulait lui rappeler la prudence. Pour autant qu'il puisse la voir, la femme pouvait correspondre à sa conquête d'un soir qu'avait décrite Sirius. L'homme était un sorcier. Il essaya de graver l'image de son visage carré dans son esprit. Son aura était puissante, il la ressentait très fortement et comprit en une seconde que si ils restaient là, ils ne pourraient jamais passer inaperçus. Il percevrait très vite leur aura magique qu'ils étaient obligé de maintenir pour le sort de désillusion sur les deux moldus. Quand il le vit s'arrêter brusquement et promener un regard acéré vers les ténèbres avant de descendre les marches du perron, il se leva et couplant une fois de plus sa baguette avec celle de Salazar Serpentard, il récita de façon tout à fait inaudible une incantation, fit tournoyer très lentement ses baguettes. Dans l'espace devant la maison, une masse d'air chargée de poussière s'éleva lentement du sol, comme un vent violent qui se lèverait, puis s'étendit, les trois sorciers rentrèrent s'abriter dans le manoir et les combattants de la Fratrie s'esquivèrent discrètement. Quelques instants plus tard, le second poste de commande était enlevé de la barrière qui retrouvait son parcours normal et les autres membres de la Fratrie disparaissaient. Harry resté le dernier avec ses deux compagnons croisa les baguettes pour faire cesser ce vent subi et inexpliqué dont il ne savait si il avait fait illusion ou pas. Il chuchota quelques mots à Jim et Pierre-François, puis ils transplanèrent enlacés dans un petit square du Londres moldu.
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Hermione entendit leurs éclats de voix avant de les voir.
— Je ne comprends pas ils étaient derrière nous ! Où sont-ils ? Ils ne peuvent pas avoir disparu, disait Cloud d'une voix coléreuse qu'elle ne lui connaissait pas.
— Vous étiez censés ne pas les quitter des yeux ! criait Justin.
— Calmez-vous ! intervint la voix chaude de François-Marie. Ils ont transplané ailleurs et ne vont pas tarder. Arrêtez de paniquer. Tout s'est très bien passé.
— Alors où sont-ils ? répéta Cloud à cet étranger si semblable d'apparence mais qui le dévisageait sans cette chaleur qu'avait son père dans les yeux quand il le regardait.
— Je sais ! s'exclama Erwin. Enfin, je crois.
— Erwin, arrête de te faire prier ! s'agaça Sylas.
— La femme ressemblait à celle que tu nous as décrite, fit-il en se tournant vers Sirius. Si ils ont compris qu'il y avait là des sorciers en train de les espionner, ils savent aussi au vu de la puissance de l'illusion créée qui ils étaient. Le seul endroit où ils pourraient l'atteindre éventuellement si les deux parties recherchent l'affrontement direct, c'est le quartier général de l'Ordre du Phénix.
— Ce que tu essayes de me dire c'est qu'il sont allés attendre au square Grimmaurd qu'ils leur tombent dessus si ils en ont envie ? s'énerva Draco.
— En quelque sorte : oui ! Mais il y a très très peu de chances pour que ça se produise, pourtant il n'aura certainement pas voulu rater une occasion pareille de régler le problème sans autre sang versé que le leur et sur son propre terrain en plus.
— Ce serait de l'inconscience ! Tu te rends compte de ce que tu dis ? intervint Hermione.
— Il en est capable, tu sais sa puissance, tu l'as vue au château des Princes de Ligne en Belgique, à Stonehenge. A force de travail, il est devenu aussi puissant que Dumbledore même si il n'en a pas l'expérience. Il a aussi vaincu sa répugnance pour la magie noire parce qu'il faut pouvoir contrer les ennemis qui l'utilisent. Il est devenu très fort à ce petit jeu pourtant il s'est fait seul, sans mentor. Quant à Pierre-François, nous n'avons jamais vu jusqu'où il pouvait aller. Il est rapide, puissant mais surtout il fait une magie instinctive. Il ne semble jamais faire le moindre effort, elle parait faire partie de lui. Peut-être son héritage elfique. Les élèves adorent ses démonstrations de métamorphoses, il les fascinent avec sa magie poétique mélangée d'un grain de folie. Quant à Jim ses qualités de combattant et son courage en font un adversaire redoutable.
— Alors si ils sont si forts, pourquoi leur collez-vous aux basques sans arrêt pour les protéger ? ricana Sirius qui récolta un regard insondable d'Erwin.
— De toute façon nous allons les rejoindre, fit Sylas.
— Et le plus rapidement possible, confirma Draco. Erwin, Jimmy, Sirius, Lucius nous accompagnent. Les jeunes vous en avez fait assez pour aujourd'hui. Je crois que nous serons de retour très vite.
— Vous pouvez transplaner directement à l'intérieur. Il a forcément annulé le sort de fidelitas et les protections, fit Hermione.
— Ce serait suicidaire en cas de surveillance par d'autres, s'exclama Draco.
— C'est inévitable si ils veulent être repérés.
— Je sais déjà ce que nous allons trouver, soupira Sirius. Harry en train de faire du café pour ses deux hommes et plaisantant sur leur mission.
— Bah ! se gaussa Lucius, un autre, bien qu'entouré de mangemorts, nous l'avons trouvé en train de passer le temps agréablement avec une jeune fille en attendant que nous arrivions !
Tout le monde éclata de rire en regardant Justin qui pas gêné pour un sou leur adressa une grimace moqueuse.
— Raconte ! fit Jean-Baptiste à ce dernier alors que les autres s'éloignaient.
Tout en écoutant son ami, il promena son regard dans la pièce et vit Frédéric se replonger vivement dans son livre. Il sourit intérieurement. Il en avait déjà fait beaucoup, c'était à lui maintenant à faire le pas suivant. Depuis le début, il savait qu'il rencontrerait deux problèmes, le fait que Frédéric ne soit pas sorcier et son âge. Lui se moquait bien des 16 ans qui les séparaient mais pour le plus âgé il devinait que ce n'était pas le cas. Il laissa ses yeux envisager la silhouette mince pelotonnée dans le fauteuil, le visage trop sérieux qui le bouleversait, les yeux foncés, de cette teinte si particulière qui n'était ni du bleu ni du gris mais semblait être un mélange des deux.
Captivé par son observation, il ne s'était pas aperçu que Justin s'était tu et le fixait .
— Mes aventures semblent te captiver tellement, railla-t-il, j'en suis tout ému !
— Désolé ! s'excusa le créole, je ...
— Tu observais le beau Frédéric. Je l'avais remarqué, se moqua l'autre en riant.
— Le beau Frédéric ?
— Bien sûr ! il est beau d'une beauté mélancolique, renchérit Cloud. On a l'impression qu'il revoit des choses terribles. Par moments, son expression tourmentée me fait penser à Harry dans ses mauvais jours.
— Ses mauvais jours ?
— Quand il est hanté par son passé. Notre français doit aussi en avoir un peu agréable. Tout comme mon père et beaucoup de ceux qui ont vécu la période Voldemort. Il n'est pas nécessaire d'être sorcier pour souffrir et c'est plus visible chez lui. Je crois qu'il veut te parler, souffla Cloud en souriant.
Frédéric n'avait aucune envie de discuter avec les jeunes gens, il se contenta de s'arrêter à côté du jeune cajun.
— Tu veux prendre un café ?
— Oui, fit-il avec un geste d'excuse vers Justin et Cloud avant de le suivre vers la cuisine.
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Ils furent à peine étonnés quand il virent surgir au 12 square Grimmaurd, leurs amis. Harry vit de suite que Draco était furieux et ne put s'empêcher de rire en le regardant.
— Tu... tu ris ! bafouilla son meilleur ami. Tu agis en irresponsable et tu ris ! Tu n'es pas Justin ! s'énerva-t-il en lui lançant des regards incendiaires. Ce sont des manières de disparaître ainsi ? Alors que tu sais très bien que nous ne voulons pas te lâcher d'un pas ! Tu … Oh ! s'interrompit-il, ses yeux d'acier s'agrandissant de stupéfaction, tu l'as fait exprès !
— ...
— Tu m'énerves Potter ! tu es inconscient ! tout compte fait tu n'as pas changé ! au fond de toi-même tu es toujours un satané Gryffondor irréfléchi, prêt à te jeter dans la gueule du loup. Héritier de Salazar Serpentard ! C'est ça ! Tu n'as pas la moindre notion de la serpentardise, tu … Oui ? aboya-t-il à Sylas qui tentait de le modérer en posant une main sur son bras.
— Laisse Sy, Dray. Inutile de t'énerver ! Je ne suis pas irresponsable, en aucune façon. Nous aurions tout à fait suffit à maîtriser trois sorciers et je ne voulais pas laisser le castel sans protecteurs. On ne sait jamais.
— Et si ils étaient venus à plus ?
— Je savais que vous ne tarderiez pas.
— Ben oui ! Quelle évidence ! comme tu nous as dit où tu allais...
— Vous êtes là non ? En fait, ce n'est pas le problème. Tu es en colère parce que je ne t'ai pas mis au courant avant mais je fais les choses suivant les circonstances qui se créent peu à peu !
— Tu ne parles plus de rien de toute façon, jeta Draco avec une grimace amère.
— Je n'ai rien à dire... que des hypothèses dont j'attends confirmation. Le reste vous le savez.
— Avant nous faisions tout ensemble.
— Tu as charge d'âmes, Dray, fit Harry. Il y a Teddy et les jumeaux. Cela change beaucoup de choses.
— Oui ! c'est une raison de plus de nous battre pour leur offrir un monde propre. J'ai l'impression que tu t'éloignes, que ...
— Arrête. l'interrompit son ami. Je suis toujours là, je fais au mieux !
— Peut-être que ton mieux n'est pas le nôtre ! s'énerva Draco une fois de plus. Quand un homme a des enfants, il ne peut plus se battre pour son idéal ? où as-tu été chercher ça ?
— Un enfant a besoin de ses parents, de sa famille !
— Harry ! fit doucement Sylas qui comprenait mieux que Draco les raisons de leur ami, il a aussi besoin de parents dont il peut être fier. Les tiens sont morts pour leur idéal et tu as grandi sans eux, tu en as souffert, mais tu les admires pour ce qu'ils étaient. Lily et James Potter n'auraient pu vivre sans être eux-mêmes. C'est ce que nous voulons, simplement. De toute façon notre avenir est écrit dans les prophéties, tu le sais,
— Il est temps de rentrer à Toulouse et de faire le point. Ils nous attendent, termina Harry en transplanant sans attendre ses compagnons.
Jim et Pierre-François échangèrent un regard préoccupé.
— Je suis désolé, je ne sais pas ce qu'il a ces jours derniers, dit le second.
— Vous vous êtes disputés ? demanda Erwin.
— ...
— Toi, tu lui as encore fait une scène de jalousie ! se moqua gentiment le page.
— Cela n'a pas de rapport. Enfin je ne crois pas.
— Donc c'est oui ! se marra enfin Draco. C'était qui cette fois ?
— Avec les enfants, il n'y a pas de problème ? demanda Sylas en donnant un coup de coude à son mari pour le faire taire.
— Aucun ! si ce n'est que nous les voyons peu, répondit Jim cette fois.
— Il est tracassé mais je ne sais pas pourquoi, c'est tout ! fit Pierre-François, le visage fermé.
— Fais nous transplaner, p'ti loup, dit Jim avec un sourire. Il ne faut pas le laisser seul quand il est ainsi disposé, souffla-t-il à son amant.
Ils trouvèrent Harry aux côtés d'Hermione en train de discuter gravement. Il lança un regard penaud à ses compagnons. Pierre-François s'assit tout contre lui et tendit une main à Jim qui s'installa sur ses genoux.
— Je suis désolé !
— On en parlera, mon amour. Crois-moi, tu n'y échapperas pas ! fit tendrement Pierre-François en nouant ses doigts aux siens.
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oOo
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Harry ouvrit un œil paresseux quand un remous agita l'eau déjà trop tiède du bain et tomba sur un tendre regard bleu qui l'observait. Doucement lui aussi caressa des yeux le corps encore bronzé par les vacances, les épaules larges, la poitrine imberbe aux tétons sombres, il entrevit dans l'eau mousseuse le ventre plat, la toison blonde et le sexe en repos, les cuisses fermes, un corps qu'une fois de plus il jugeait parfait dans sa plénitude. Pierre-François, conscient de l'examen dont il faisait l'objet, eut un léger rire et se tendit en avant, s'offrant aux regards de son homme. Harry avança les mains et il vint aussitôt se lover sur lui, un genou de chaque côté de son corps. Leur lèvres se trouvèrent pour un baiser à peine appuyé puis, du bout des doigts Harry redessina le visage aimé en face de lui. Pierre-François le voyait hésiter, au bord des confidences.
— Je ne sais pas si je suis le compagnon qu'il te faut, chuchota-t-il enfin.
— Tu es le compagnon que j'aime, répondit l'aîné avec un paisible sourire.
— Je ne suis pas sûr d'arriver à te donner ce que tu cherches, ce à quoi tu aspires, insista-t-il.
— Et je désire quoi, mon amour, que tu ne pourrais me donner ? fit-il en caressant son corps doucement, en larges gestes rassurants.
— J'ai vu comme tu t'épanouissais quand notre petite famille est paisiblement réunie, tu es fait pour être père.
Ah ! c'est donc ça, pensa Pierre-François, qui se rappela la conversation avec Draco sur les jumeaux et qui attendit une suite qui ne vint pas. Voyant son embarras, ce fut lui qui se décida.
— Avant toi, je n'avais jamais pensé avoir d'autres enfants que Lily. Je n'ai pas connu le bonheur d'élever un enfant en couple. C'est ton désir qui a fait son chemin en moi. Des enfants venant couronner notre entente. Je n'en veux que parce que c'est avec toi. Je n'oublie pas Jim, mais tu sais très bien qu'il sera notre compagnon avant tout, même si il les aimera profondément. Alors oui, j'aimerais ça mais nous avons le temps ! il y a bien des choses à régler avant et bien des choses à découvrir, à vivre. Nous ne sommes ensemble que depuis quelques mois et nous avons déjà une famille qui s'entête à s'agrandir de façon anarchique. Nous sommes passés de quatre à huit en peu de temps. Vais-je t'étonner en te disant que j'apprécierais d'abord de vivre notre amour à trois ? La vie d'un sorcier est longue.
— Je serai toujours Harry Potter.
— Je le savais avant de te choisir pour compagnon, fit Pierre-François avec un léger sourire. Quand j'ai attaché à ton bras ce bracelet.
— Tu as hésité.
— Tu l'as vu, s'étonna-t-il. Pas parce que tu étais toi, je te voulais, je vous voulais, plus que tout. J'ai hésité parce que je t'attachais à moi sans vraiment t'expliquer ce que signifiait ce bracelet et en excluant Jim de cette relation. Tu savais que je créais un lien privilégié entre nous mais tu ignorais que tu devenais mon compagnon elfique.
— Je ne voulais surtout pas en savoir plus, murmura Harry.
— Je l'ai compris quand tu as nié voir le bracelet.
— Je ne voulais pas admettre mes sentiments pour toi. Ils étaient contraires aux promesses que j'avais faites à Jim.
Pierre-François doucement effleura de ses lèvres celles de Harry avant de murmurer, son regard dans le sien.
— Même si j'étais alors plus de Lauzun que Vassier, j'y avais réfléchi. Je savais ce que me lier à vous signifiait. Je t'aime.
— Moi aussi.
Il restèrent là l'un contre l'autre, l'un sur l'autre jusqu'à ce qu'une voix les sorte de ce tendre engourdissement.
— Mais elle est glacée cette eau, constata Jim, qui venait de descendre dans le bain et qui s'empressa de tourner le robinet d'eau chaude.
— Où étais-tu passé ?
— Je discutais avec Dray. Tu sais comment est ton meilleur ami quand il s'agit de toi. Tu l'as blessé, fit Jim un peu brusquement.
— D'accord ! je m'excuserai demain, fit-il avec une grimace. C'est bien ce que tu veux ?
— Pas si tu ne le désires pas, pourtant j'estime qu'il avait raison. Ce n'était pas prudent.
— Nous ne pouvons pas toujours l'être, mon cœur. Il faut aussi savoir prendre des risques les plus calculés possible, soit, mais risques quand même. Quand je vous l'ai suggéré là-bas avant de transplaner tu pouvais me dire non ! pas maintenant que c'est fait.
— Tu as eu l'impression de demander notre avis ? fit Jim doucement.
— Je ...
— Oui ? l'encouragea son fiancé en souriant.
— Non ! souffla-t-il avec difficulté.
— Il me semblait bien.
Jim eut un petit rire moqueur en voyant l'air perdu et coupable de son homme. Lorsqu'ils partaient en mission, il était le dirigeant de la Fratrie et eux étaient sous ses ordres qu'ils le veuillent ou non. Jim tout comme Pierre-François. Il n'avait donc pas à lui reprocher sa décision, il le savait très bien. Toutefois, Harry était le premier à mélanger les deux aspects de leurs relations en les choisissant, eux, pour l'accompagner à chaque fois. Il y avait leur trio à l'intérieur de la Fratrie, comme celui de Draco qui ne se séparait jamais de Sylas et d'Hermione, comme le couple Jimmy et Erwin. Non pas qu'il ne veuille pas accompagner ses hommes, au contraire. Il se serait insurgé si quelqu'un avait osé le lui suggérer il avait juste envie de mettre mal à l'aise son fiancé. Mouvement d'humeur parce qu'il le retrouvait avec Pierre-François blotti dans les bras alors que lui essayait, tant bien que mal, de rasséréner Draco qui était son meilleur ami ? Peut-être … Certainement même ! Ils ne se sont même pas rendu compte que l'eau devenait glacée, songea-t-il avec dépit.
C'était sans compter avec son amant qui le regardait d'un air à la fois agacé et amusé.
— Et si à la place de ronchonner et de provoquer un sentiment de culpabilité chez Harry pour de mauvaises raisons, tu venais nous réchauffer ? fit-il en l'attirant vers eux, contre eux.
— Vous ne sembliez pas avoir froid ! ne put-il s'empêcher de lancer.
— On discutait simplement, fit son amour dont il avait vu les yeux s'agrandir de surprise à sa réplique un peu amère. Viens-là, mon tout-beau, continua-t-il tendrement en posant sa bouche sur la sienne légèrement. Viens-là...
— N'empêche l'eau est toujours froide, grommela-t-il.
— Arrête de râler, murmura Harry en nichant sa tête dans son cou pour le respirer et en caressant le bas de son dos ce qui le fit irrésistiblement se cambrer contre lui.
Pierre-François recula sur ses cuisses et poussa Jim à se mettre entre eux, avant de faire courir sa bouche sur ses épaules, dans sa nuque, dans le creux de l'oreille, sur celle-ci, tandis que, entre leurs corps pressés l'un contre l'autre, le sexe de Jim était dressé contre la hampe érigée de Harry et s'y frottait irrésistiblement. Pourtant bien vite, ce dernier, malgré les baisers passionnés et les caresses, commença à trouver la position inconfortable. Le poids de ses compagnons sur ses jambes étaient plus qu'il ne pouvait supporter.
— Vous allez me casser là, tous les deux ! souffla-t-il en les faisant basculer doucement sur le côté.
Il eut juste le temps d'entendre le rire moqueur de Pierre-François avant de se retrouver la tête sous l'eau et de ressortir suffocant et crachant. Il n'eut de cesse de se venger, commença un semblant de lutte où les caresses, les frôlements des trois corps, remplaçaient les coups, aimables préludes à des jeux bien moins sages.
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Comme tous les matins, Draco se réveilla entre les bras de Sylas et voulut prolonger ce bien-être. Il n'aimait rien tant que ces minutes paresseuses, entre inconscient et conscient, qu'il passait serré contre lui. Elles étaient signes annonciateurs d'une bonne journée. Il bougea un peu et provoqua une légère protestation dans son dos qui lui fit arrêter tout mouvement. Mia ! lovée tout contre lui. Elle s'était endormie après l'amour, blottie entre ses bras. Il avait dû se retourner vers Sy au cours de la nuit. Dans le creux de ses reins, il sentait mieux maintenant son ventre rebondi. Caresser leurs fils était une chose qu'ils aimaient plus que tout mais qu'ils faisaient au dessus de ses vêtements, au mieux au dessus des pyjamas en soie qu'elle portait maintenant. Aussi, sentir son ventre nu contre son dos était troublant, inhabituel, dérangeant mais exaltant.
Dire qu'ils avaient été surpris du désir manifesté par leur femme, la veille au soir, était bien en dessous de la réalité. Depuis quelques mois, ils avaient pris l'habitude de s'aimer toujours à deux. Surpris mais aussi embarrassés. Ils n'avaient pas comme la plupart des hommes sentit le corps de leur femme changer sous leurs doigts au fur et à mesure de son évolution et adapté leur façon de l'aimer. C'était presque une étrangère qu'ils leur fallait réapprendre. Au début leurs caresses s'étaient faites douces, tendres, adressées autant à leurs fils qu'à leur mère, puis la passion, le plaisir les avaient emportés loin de ces contingences et ils n'avaient plus eu qu'un but la jouissance, celle qui la ferait se tendre, se tordre, crier, celle qui les mènerait eux à l'extase. Ils avaient oublié son état en retrouvant l'odeur de son corps en émoi, ses gémissements qui leur retournaient les sens, ses coups de hanches qui venaient au devant de leur sexe qui la pénétrait. Tout comme elle l'avait oublié le temps d'une nuit.
Il la repoussa doucement avant de se tourner une nouvelle fois vers Sylas. Il entreprit de le réveiller de ses baisers, taquinant ses lèvres du bout de la langue, nouant ses mains aux siennes et les maintenant sur les draps, pour l'avoir à sa merci. Au léger creux qui s'était inscrit au coin de sa bouche, il savait qu'il ne dormait plus. Par Merlin que je t'aime, lui souffla-t-il par le lien. Il reçut en échange une bouffée d'amour, de tendresse brûlante.
— Si tu me laissais te prouver que je t'aime tout autant, tendre ami, souffla Sy qui, retrouvant sa liberté de mouvements, l'attira vers lui.
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Pour la première fois depuis qu'il était en Europe, Jean-Baptiste se réveilla le sourire aux lèvres. Il s'étendit comme un chat qui ferait la sieste au soleil. Il était bien. Oh bien sûr ! Il était seul dans son lit, mais le plus important était que Frédéric l'était aussi. En fin de soirée, Gaby avait, en compagnie de François-Marie, transplané avec une grosse partie de ses bagages. Jusqu'à la dernière minute, il avait craint qu'il ne change d'avis. Il ignorait ce qui ce serait alors passé et quelle aurait été l'attitude de son petit-ami. Frédéric était son premier copain. François-Marie avait été son amant, son initiateur aux jeux de l'amour physique mais il n'y avait entre eux aucun sentiment, aucune envie de faire un bout de chemin ensemble, juste du sexe. Le mage noir avait de l'expérience et avait tu ses propres envies pour lui apporter du plaisir, il avait fait preuve de tendresse, de respect, pourtant il souhaitait plus que cette jouissance du corps. Il voulait ce que tout le monde demande. Il voulait être aimé. Il avait hâte de continuer cette découverte avec Frédéric. Souvent il avait lu du désir dans ses yeux mais manifestement il ne souhaitait pas précipiter les choses et attendre qu'ils se connaissent mieux.
Il savourait le souvenir de la soirée d'hier. Il s'était retrouvé entre ses bras pour la première fois depuis qu'ils avaient dansé ensemble. Frédéric avait eu peur pour lui, il l'avait compris rien qu'à la façon dont il l'avait serré dès qu'ils avaient été loin des autres. Le café, ce prétexte, ils ne l'avaient pas bu. Il l'avait entraîné dans un petit salon qu'il ne connaissait pas et qui semblait n'avoir pas changé depuis des siècles. A demi étendu sur une ottomane recouverte d'un tissu délicat, il l'avait attiré contre lui et c'est la tête sur son épaule qu'il lui avait raconté l'intervention du soir, puis ce qu'il savait des inferis. Il l'avait étonné en posant de questions très pertinentes qui prouvaient qu'il savait écouter et réfléchir.
Lorsqu'il lui avait demandé des explications sur la scène avec Gaby, il ne lui avait rien caché. Il avait eu un léger rire amusé et l'avait embrassé légèrement sur les lèvres. Ce qui avait suivi était assez flou dans son esprit, qui avait pris l'initiative du baiser suivant ? Il l'ignorait. Lui ? Il en avait envie follement. Un sourire paresseux étira sa bouche. Il avait été passionné, ce baiser, dont il revivait la sensation, le goût en fermant les yeux. Les suivants aussi. Et les mains de Frédéric qui le caressaient, de douces, s'étaient faites pressantes allumant le feu dans ses reins. Lorsque tout s'était arrêté, il l'avait fixé frustré. La tête appuyée contre le dossier, les paupières closes, la respiration rapide, Frédéric faisait manifestement des efforts pour reprendre ses esprits. Il l'avait trouvé touchant avec son désir de ne pas le brusquer, s'était blotti entre ses bras, la tête sur sa poitrine, et s'était endormi bercé par les battements de son cœur. Il avait le vague souvenir que son homme l'avait réveillé et tiré le long des couloirs puis poussé dans sa chambre. Son homme … pouvait-il déjà l'appeler comme ça ?
Il s'étira une dernière fois avant de se lever et d'aller à la salle de bain. Il se regarda dans le miroir en passant. Il n'enviait plus la haute taille de Pierre-François, ou le corps parfait de Jim ou encore les yeux d'orage de Draco. Le jeune homme qui lui faisait face plaisait à Frédéric avec sa peau brune, son mètre soixante huit, son corps encore adolescent, son visage trop fin et ses yeux noirs trop grands. En pensant que quelqu'un, certainement, l'attendait, il se fit un sourire qu'il trouva niais avant de se faufiler dans la douche.
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Erwin se souleva de leur couche et jeta un coup d'œil à celui qui était devenu son mari il y a plus d'un mois déjà, dans le plus grand des secrets. Seuls Lucius qui les avait mariés, Narcissa et Joshua, leurs témoins étaient au courant. Ni fête, ni voyage de noce... juste un échange de serments pour contrecarrer une petite phrase dans une prophétie ! une petite phrase qui parlait de l'avenir du monde sorcier, d'un guerrier terrible, de ses compagnons et de son page.
Il se moquait des festivités, ça n'avait jamais été sa tasse de thé. Quant au voyage, ils avaient le temps. Son ange à multiples facettes était tout ce dont il avait besoin, il ne s'en lassait jamais. A multiples rôles aussi, pensa-t-il amusé. Jimmy langue de plomb, trop sérieux et juste un peu trop bavard envers lui, Jimmy membre de la Fratrie, un rien jaloux, un rien trop secret pour faire pleinement partie d'un groupe, Jimmy grand-frère, protecteur indulgent, surveillant de loin les intérêts de sa sœur, Jimmy son homme, amoureux tendre, un tantinet dominateur, Jimmy son amant qu'il dominait avec délice.
La tête posée sur son bras, tourné sur le ventre, nu, il dormait. Comme d'habitude, il avait repoussé couette et draps, l'oreiller gisait à côté du lit. Seules ses jambes étaient encore couvertes. Il résista à l'envie de poser sa tête dans la cambrure du dos, sur la peau brunie, juste là sur la ligne qui délimitait la partie plus claire cachée, cet été, par les maillots de bain. Il contempla un instant le corps mince mais musclé par les entraînements, puis, en veillant à ne pas le réveiller, se pencha vers lui et appuya doucement ses lèvres dans la nuque à peine recouverte par les petits cheveux très courts.
Il était fatigué ces derniers temps, son amour. L'université, son emploi, à mi-temps maintenant, au ministère, les missions pour la Fratrie... Il le suivait dans ces dernières, négligeant ses entraînements. Jimmy était aussi tracassé que Harry de ses fuites perpétuelles. Leurs adversaires semblaient très, trop, bien renseignés sur leurs découvertes, sur leurs déplacements. Fuites intentionnelles ? ou mise sur écoute ? Pour le moment ils n'avaient rien trouvé. Ils avaient vérifié les maisons des plus proches collaborateurs de Harry, même leur propre maison du Cap d'Agde et l'appartement de Paris qu'ils n'avaient pourtant plus occupés.
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Les habitants du castel Saint-Maur au bord de la Garonne, s'éveillaient et, tout à leurs amours, comptaient bien profiter d'une journée de calme.
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